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Full text of "Revue encyclopédique : liberté, égalité, association"

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REVUE 

ENCYCLOPÉDIOUE; 


REVUE 

ENCYCLOPÉDIQUE, 

OU 

ANALYSE  RAISONNÉE 

DES  PRODUCTIONS  LES  PLUS  REMARQUABLES 

DANS  LA.  LITTÉRATURE,  LES  SCIENCES  ET  LES  ARTS, 

PAR   UNE   RÉUNION 

DE    MEMBRES    DE    L'INSTITUT, 

ET   d'autres    hommes    DE    LETTRES. 

{^toiè lèi iicj  QjXomiecj .  ) 


TOME  XIL 


PARIS, 


AU  BUREAU  CENTRAL  DE  LA  REVUE  ENCYCLOPEDIQUE, 
Rue  d'Enfer-Saint-Michel,  n''  18. 

ET  CHEZ  ARTIIUS   BERTRAND,   RUE    HAUTEFEUILLE ,    N°  25. 

LONDRES. TREUTTEL  ET  WiÏRTZ,  ET  DKLAU  ET  C^'^' 


WWVWW^'VV 


OCTOBRE    1821 


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03 

t.lSL 


«  Toutes    les  sciences   sont  les  rameaux   d'une  même    tige.  » 

Bacon. 

c  L'art  n'est  autre  chose  que  le  contrôle  et  le  registre  des  meilleures 

productions A  contrôler  les  productions  (et  les  actions) 

d'un  chacun  ,    il  s'engendre  envie  des  bonnes  ,  et  mépris  des  mau- 
vaises. » 

MONTAIGÎÎE. 

a  Les  belles -lettres  et  les  sciences,  bien  étuâlie'es  et  bien  comprises  , 
sont  des  instrumens  universels  de  raison^  de  vertu  ,  de  bonheur.  » 


REVUE 

ENCYCLOPÉDIQUE , 

OU 

ANALYSES  ET  ANNONCES  RAISONNÉES 


Des  productions  les  plus  remarquables   dans   Ici 
Littérature  y  les  Sciences  et  les  Arts» 

V«/V\\«/\iVVVV\V%r«A>VVVV\'V\^iVVV\'W\'\>VWVWWV«/V\«'VWWW  JVWWV«IVW\fVWVW%%lWV% 

L  MÉMOIRES,  NOTICES, 

LETTRES    ET    MÉLANGES. 


De  l'enseignement  du  chant,  considéré  comme  l*un 
des  objets  essentiels  qui  doivent  faire  partie  4c 
l'instruction  primaire  et  commune* 

L'influence  morale  de  la  musique,  consacrée  chez 
plusieurs  peuples  de  l'antiquité ,  surtout  chez  les  Grecs , 
par  leur  lé^çislation  et  par  leurs  institutions  publiques , 
avait  été  presque  entièrement  méconnue  ou  mal  diri- 
gée dans  nos  tems  modernes.  C'est  dans  quelques  états 
de  l'Allemagne  qu'on  a  commencé  à  considérer  le 
chant  et  la  musique ,  non  point  comme  un  art  de  luxe 
et  d'agrément,  exclusivement  réservé  aux  classes  riches, 
mais  comme  un  attribut  général  de  l'humanité ,  que 


6  ENSEIGNEMENT 

l'instruction  commune  et  publique  doit  développer. 
Aussi,  dans  ces  états,  la  plupart  des  instituteurs  pri- 
maires sont  en  même  tems  chargés  d'exercer  leurs 
élèves  à  chanter. 

La  musique  est  un  moyen  essentiel  de  la  culture  de 
l'homme  ,*  elle  se  lie  à  la  fois  à  l'éducation  physique  et 
gymnastique ,  en  développant  chez  lui  les  organes  de 
la  voix ,  en  augmentant  la  force  des  poumons  et  de 
la  poitrine;  h  Véducation  morale  et  intellectuelle,  en 
éveillant  dans  son  cœur  des  sentimens  de  bienveillance 
et  d'amour,  en  donnant  à  son  intelligence  plus  de  mou- 
vement et  de  vivacité.  Elle  est  destinée  à  pénétrer  son 
ame  d'impressions  profondes  ,  douces  et  variées  ,  à  polir 
ses  mœurs,  à  embellir  son  existence,  à  relever  la  so- 
lennité des  rites  religieux ,  à  ranimer  le  courage  dans 
les  combats ,  la  gaîlé  dans  les  fêtes  ;  elle  répand  sa 
bienfaisante  influence  dans  le  sein  des  familles;  elle 
contribue  à  charmer  les  loisirs  de  l'homme  studieux , 
à  délasser  sa  tête  ,  à  inspirer  son  génie ,  à  fixer  la  légè- 
reté de  l'homme  du  monde,  qu'elle  rappelle,  pour 
ainsi  dire,  en  lui-même;  à  consoler  le  malheur,  à  prê- 
ter un  nouveau  charme  à  la  prospérité  ;  elle  verse  enfin 
dans  l'ame ,  avec  l'oubli  des  douleurs  et  des  peines  de 
notre  vie,  le  pressentiment  d'une  autre  existence, 
pure ,  douce  ,  aérienne ,  céleste ,  dégagée  de  cette  at- 
mosphère nébuleuse  qui  obscurcit  nos  plus  beaux  jours 
sur  la  terre. 

La  musique  mérite  d'être  enseignée  avec  soin  ,  même 
dans  les  classes  inférieures  du  peuple:  elle  doit  entrer 
dans  l'enseignement  des  écoles  primaires,  comme  la 


DU  CHANT.  r 

lecture,  l*écriture,  les  élémens  du  calcul,  de  la  géo- 
métrie et  du  dessin   (i). 

Peu  d'individus,  dans  la  société,  sont  assez  favorisés 
des  dons  de  la  fortune  pour  pouvoir  se  procurer  un 
instrument  de  musique  et  pour  apprendre  à  s^en  servir. 
Mais  la  nature,  toujours  libérale,  a  donné  à  chaque 
homme ,  dans  la  voix  et  dans  le  chant ,  l'instrument 
le  plus  agréable  et  le  plus  riche ,  par  la  variété  infinie 
des  sons  qu'il  peut  produire.  La  voix  humaine  peut, 
mieux  que  tous  les  insirumens  inventés  par  l'homme , 
pénétrer  dans  l'ame  humaine ,  et  en  remuer  fortement 
les  fibres  les  plus  délicates  et  les  plus  cachées  :  elle 
réunit  tous  les  tons  que  les  instrumens  sont  capables  de 
former. 

J'aime  à  saisir  ici  l'occasion  de  payer  un  tribut  d'af- 
fection et  de  regrets  h  l'honorable  mémoire  de  l'ancien 
prince   primat,  feu  Charles  Dalberg,   grand-duc  de 
Francfort,  également  recommandable  par  la  noblesse 
et  l'élévation  de  son  esprit  et  par  les  rares  qualités  de 
son  cœur ,  ami  de  l'humanité ,  comme  tous  les  chefs 
des  États  devraient  l'être  ,  et  qui  rapportait  toutes  ses 
pensées  au  bonheur  des  peuples  dont  le  gouvernement 
lui  était  confié.  Cet  excellent  prince^    qui  m'honorait 
de  son  amitié ,  et  qui  m'a  souvent  exposé  ses  vues  sur 
l'améhoration  de  l'enseignement  élémentaire  et  sur  les 
rapports  Intimes  de  celte  améfioration  avec  la  prospé- 
rité publique ,   avait  senti  la  nécessité  de  comprendre 
l'enseignement  du  chant  ou  de  la  musique  vocale  au 

(i)   Koyez  l'ouvrage  intitulé  :  Esprit  de  la  méthode  de  Pestalozzi. 
Milan,  1812.  T.  II,  pag.  a5a  et  suivantes. 


8  ENSEIGNEMENT 

nombre  des  objets  qui  appartiennent  à  l'instruction 
primaire.  Il  avait  surtout  en  vue,  par  ce  moyen, 
d'adoucir  et  d'embellir  la  condition  des  individus  des 
classes  pauvres,  de  mettre  à  leur  portée  des  plaisirs 
purs,  simples  et  faciles,  de  réveiller  et  de  nourrir 
dans  leurs  amas  les  deux  sentimens  qui  honorent  le  plus 
l'homme  à  ses  propres  yeux;  la  douce  et  consolante 
piété,  par  laquelle  il  s'élève  jusqu'à  l'auteur  de  son 
élre;Vamour  de  ta  patrie,  qui  étend  et  agrandit  son 
existence ,  associée  à  celle  d'un  grand  nombre  de  ses 
semblables.  La  musique  vocale  a  formé ,  dès  l'origine , 
une  partie  essentielle  de  l'instruction  dans  le  célèbre 
institut  de  Pestalozzi  ,àYverdun,et  dans  les  deux  ins- 
tituts d'éducation  qui  dépendent  des  beaux  établisse- 
SDens  agricoles  d'Hofwil  (i).«M.  Felienberg  la  consi- 
dère, dit  M.  Pictet  (2)  ,  comme  un  moyen  d'éducation, 
comme  une  ressource  auxiliaire  précieuse  pour  adoucir 
le  caractère  et  les  passions  malveillantes ,  pour  mettre 
l'harmonie  entre  les  pensées  et  les  sentimens,  pour 
fortifier  l'amour  de  l'ordre  et  du  beau ,  pour  animer 
l'instinct  qui  attache  Thomme  à  son  pays,  et  pour 
élever  vers  le  ciel  son  imagination  et  ses  vœux.  Tous 
les  élèves  apprennent  donc  la  théorie  de  la  musique  , 
et  sont   exercés    au   chant.    C'est  le  dimanche  qu'on 


(1)  Voyez  Revue  Encyclopédique ^  T.  XI,  pag.  495— 5i8. 

(a)  Voyez,  dans  l'excellent  recueil  intitulé  alors  :  Hibliothèque 
Britannique^  et  continué  depuis,  avec  un  égal  succès,  par  les  mêmes 
rédacteurs,  sous  le  titre  de  Dibliutlièque  universelle  (cahier  de  fé- 
vrier iSia,pag.  247  et  suivantes},  une  lettre  très-intéressante  et 
détaillée  sur  les  établissemens  agricoles  d'Hof>vil,  fondes  et  dirigés 
par  M.  Felienberg. 


DU  CHANT.  9 

prend  pour  celte  étude ,  ainsi  que  pour  la  lecture ,  le 
calcul  à  la  plume  ,  un  peu  de  dessin  et  de  géométrie.... 
Les  enfans  chantent  en  partie  des  cantiques  ou  des 
chansons  nationales...  » 

Dans  plusieurs  écoles  primaires  de  Suisse ,  on  fait 
usage  d'une  méthode  d'enseignement  de  la  musique , 
inventée  par  MM.  Pfeiffer  et  Nageli  ,  de  Zurich ,  qui 
ont  eux-mêmes  appliqué  à  l'art  qu'ils  voulaient  rendre 
populaire ,  les  principes  de  la  méthode  générale  de 
Pestalozzi  ,  en  s'attachant  à  remonter  aux  premiers 
élémens ,  et  h  les  faire ,  pour  ainsi  dire  ,  trouver  par 
les  enfans  (i).  —  Les  principes  déjà  anciens  de  cette 
méthode  nouvelle  consistent  à  bien  poser  les  bases  de 
la  science  et  de  l'art ,  à  ne  donner  dans  les  commen- 
cemens  que  peu  de  chose  à  étudier  à  la  fois ,  à  bien 
isoler  et  simplifier  les  élémens ,  à  les  rendre  familiers 
les  uns  après  les  autres,  en  s'avançant  par  une  gra- 
dation insensible  et  par  une  série  continue ,  à  ne  rien 
mêler  ni  confondre  de  ce  qui  doit  être  distinct,  à 
construire  peu  à  peu  la  science ,  de  manière  qu'elle 
soit  solidement  établie  dans  l'esprit.  Le  résultat  est 
de  rendre  les  élèves  ,  à  la  fm  de  leur  cours  d'instruc- 
tion ,  capables  d'exécuter  sur-le-champ  avec  précision 

(i)  M.  Nâgeli  a  publié  son  travail  à  Zurich ,  en  1809 ,  sous  ce  titre]: 
Nouveaux  élémens  de  Vart  de  chanter^  daprès  la  méthode  de 
pFEiFFEB,  adaptée  à  celle  de  Pestalozzi;  il  a  préparé  depuis,  sur 
le  même  sujet ,  un  ouvrage  très-étendu ,  destiné  à  présenter  une  ex- 
position complète  ,  plus  claire  et  plus  analytique ,  de  cette  méthode, 
qui  paraît  avoir  obtenu  les  suffrages  de  beaucoup  d'hommes  éclairés, 
et  qui  est  considérée  par  eux  comme  une  découverte  dans  la  science, 
et  comme  un  perfectionnement  de  l'art  d'apprendre  la  musique. 


î' 


iO  ENSEIGNEMENT 

et  fermelé  les  morceaux  les  plus  diflicilcs;  enfin^  celle 
méthode  n'est  qu'une  application  à  la  science  musicale 
de  la  marche  analytique  et  philosophique  tracée  par 
Bacon,  Locke,  J.-J.  Piousseau,  Condillac  ,  Destutt- 
Tracy  ,  Cabanis,  etc.,  et  qui  doit  s'introduire  dans 
toutes  les  scijnces  et  dans  tous  les  arts ,  pour  assurer 
leur  marche  et  pour  accélérer  leurs  progrès. 

La  Société  établie  à  Paris  pour  i'ainélioration  de 
l'enseignement  éléinentaire, ,  qui  a  si  bien  mérité  des 
classes  pauvres  et  industrielles  ,  et  qui  a  contribué  si 
puissamment  à  relever  et  à  perfectionner  en  France 
Tinstruclion  primaire  trop  long-tems  négligée ,  ou  très- 
inccmplète ,  et  même  vicieuse ,  s'est  aussi  occupée 
d'introduire  des  leçons  de  chant  dans  les  écoles  d'en- 

« 

seignement  n)utucl.  Cette  heureuse  innovation  a  déjà 
commencé  à  produire  d'excellens  elTets,  et  surtout  des 
résultats  moraux  Irès-remarquables. 

L'un  des  membres  de  la  même  société,  M.  Amoros, 
Espagnol  naturalisé  Français ,  auquel  nous  sommes 
redevables  de  la  fondation  d'un  gymnase  normal , 
civil  et  militaire  (i)  ,  où  les  jeunes  gens  se  livrent, 
sous  la  direction  de  maîtres  habiles  ,  aux  divers  genres 
d'exercices  propres  à  développer  leur  force  et  leur 
adresse,  n'a  point  oublié  de  comprendre  la  musique 
au  nombre  de  ces  exercices,  puis4u'elle  contribue 
efficacement  h  fortifier  les  poumons  et  les  organes  de 

(i)  Ce  gymnase  est  établi  à  Paris ,  place  Dupleix  ,  entre  le  Champ- 
de-Mars  et  la  barrière  de  Grenelle.  Voy,  ci-dessus,  i?ef .  Enc.  T.  X 
pag.  464.  ) 


DU  CHANT.  11 

la  voix;  et  il  a  principalement  insislé  sur  la  puissance 
morale  de  cette  partie  de  l'instruction  (i). 

Comme  nous  aimons  à  signaler  tous  les  procédés 
nouveaux  ou  perfectionnés  qui  caractérisent  l'avance- 
ment d'une  science  ou  d'un  art,  à  mesure  qu'ils  sont 
appliqués  avec  succès,  nous  avons  invité,  par  ce  motif, 
un  de  nos  estimables  collaborateurs  (M.  Francoeur)  , 
juge  très-compétent  dans  cette  matière,  h  écrire  la 
Notice  qui  va  suivre  ,  dans  laquelle  on  fait  connaître 
plusieurs  méthodes  nouvelles  employées  depuis  peu  pour 
apprendre   la  musique. 

«Si  la  musique  vocale,  dit  M.  Amoros  (2) ,  a  perdu 
de  sa  dignité  primitive;,  et  surtout  de  son  influence, 
depuis  qu'elle  a  cessé  d'être  populaire  ou  générale  ,  et 
qu^'elle  s'est  réfugiée  dans  des  cloîtres  ou  sur  les  théâ- 
tres ,  pourquoi  ne  chercherait-on  pas  à  lui  rendre  son 
ancienne  splendeur,  et  à  la  faire  servir  à  l'amélioration 
de  nos  mœurs ,  de  notre  caractère,  de  notre  organisation 
même  et  de  notre  tempérament?....  Qutl  obstacle  pour- 
rait empêcher  de  mettre  en  pratique  des  conceptions  aussi 
heureuses?»  M.  A.  Jullien  ,  de  Paris. 


(1)  Voyez  l'ouvrage  intitulé  :  Cantiques  religieux  et  moraux, 
ou  la  Morale  en  chansons^  à  l'usage  des  enfans  des  deux  sexes  ; 
ouvrage  spécialement  destiné  aux  élèves  qui  suivent  les  exercices 
du  cours  d^ éducation  physique  et  gymnastique^  dirigé  par  M.  Amo- 
ros.— Paris,  1818.  Un  vol.  in-i8  de  267  pages,  et  musique  gravée 
pour  les  mêmes  cantiques,  48  pages.— Consultez,  au  moyen  de  la 
table  des  matières,  article  Musique,  les  pages  de  ce  petit  recueil ,  où 
il  est  question  des  effets  moraux  de  la  musique^  et  de  son  utilité 
dans  l'éducation. 


(2)  Même  ouvrage  déjà  cité,  page  195. 


12  DIVERS  PROCÉDÉS 


VX'W^VWWWVWX  \^'V'^ 


NOTICE 

sua    DIFFÉRENS  PROCÉDÉS  MIS  EN   USAGE  DEPUIS    QUELQUES 
ANNÉES  POUR  ENSEIGINER  LA  MUSIQUE^par  MM*  ChORON, 

Massimino  ,  WiLHEJi  et  Galin. 

L'exécutiox  musicale  présente  de  si  grandes  difficultés 
qu'on  doit  être  étonné  qu'il  y  ait  un  aussi  grand  nombre 
d'habijes  musiciens.  Je  ne  parle  pas  de  ces  artistes  fameux 
faits  pour  exciter  l'admiration  générale,  par  le  talent 
qu'ils  déploient  à  exprimer  et  orner  les  morceaux  qu'ils 
exécutent;  ces  hommes  sont  toujours  fort  rares  ;  la  nature 
est  avare  de  toutes  les  productions  extraordinaires  :  mais 
je  veux  designer  ici  cette  foule  d'artistes  des  deux  sexes, 
qui  font  chaque  jour  les  délices  de  la  société.  Lire  un  mor- 
ceau de  musique  à  livre  ouvert,  et  le  rendre,  soit  par  la 
voix,  soit  sur  un  instrument,  est  un  talent  si  ordinaire  , 
qu'il  semblerait  que  l'art  musical  soit  d'une  extrême  faci-» 
lité;  et  cependant,  lorsqu'on  y  songe,  on  reconnaît  qu'il 
n'en  est  peut-être  pas  un  qui  exige  plus  d'études  ,  de 
tems  et  de  dispositions  naturelles. 

La  cause  de  cette  singularité  se  découvre  aisément.  Les 
principes  de  la  musique  sont  simples  et  peu  nombreux , 
la  conception  n'en  est  pas  embarrassante  ;  il  ne  faut  que 
quelques  dons  naturels  pour  les  goûter  ,  et  le  tems  néces- 
saire pour  les  mettre  en  pratique;  un  très-long  exercice 
est  une  condition  indispensable  au  succès;  et  comme,  dès 
le  commencement,  cette  étude  porte  avec  soi  ses  jouis- 
sances ,  chaque  effort  est  un  plaisir  qui  ne  coûte  rien,  et 
ou  ne  s'aperçoit  pas  soi-même  du  tems  qu'on  y  passe.  Je 
ne  sais  si  les  célèbres  Viotti  et  Baillot,  lorsqu'ils  charment 
leur  auditoire,  éprouvent  maintenant  plus  de  plaisir  que 


1^  D'ENSEIGNEMENT  MUSICAL.  13 

lorsque,  débutant  dans  la  carrière,  ils  tiraient  de  leurs 
violons  des  sons  discordans  dont  ils  fatiguaient  le  voisinage. 
jkf    Plusieurs   modes   d'enseignement  ont  récemment  été 
employés.  Il  semblait,  à  entendre  leurs  auteurs,  que  de 
nouveaux  artistes   allaient  être  improvisés ,  et  qu'avant 
peu  leurs  jeunes  disciples  seraient  capables  de  lutter  avec 
des  professeurs  formés  par  le  tems  et  l'étude.  S'il  est  des 
hommes  qui  se  révoltent  contre  toutes  les  nouveautés   et 
qui  les  repoussent  de  toutes  les  puissances  de  leur  être  ,  il 
en  est  d'autres,  au  contraire,  pour  qui  toute  idée  neuve 
est  un  bien  qu'ils  accueillent  avec  empressement,  avant 
que  l'expérience  en  ait  garanti  les  avantages.  Le  public, 
d'abord  entraîné  par  des  promesses  flatteuses  que  l'événe- 
ment n'a  pas  réalisées ,  est  revenu  de  sa  crédulité  ;   il  a 
reconnu  que  rien  ne  peut  dispenser  de  l'étude,    surtout 
dans  l'art  musical,  où  l'empire  de  l'habitude  et  un  long 
exercice  sont   des  conditions   nécessaires.  S'il    est  vrai , 
comme  je  n'en  doute  pas ,  que  toute  la  difficulté  de  l'exé- 
cution musicale  cède  à  une  longue  étude ,  aidée  de  quel- 
ques dispositions  naturelles,  un  enseignement  bien  dirigé 
doit  surtout  avoir  pour  but  d'abréger  un  peu  cette  durée, 
en  rendant  les  premiers  essais  plus  faciles  et  plus  agréables. 
Parmi  les  personnes  qui  ont  donné  de  nouveaux  modes 
d'enseignement  de  la  musique,  je  citerai  d'abord  M.  Mas- 
siMiNO  :  une  voix  agréable,  une  belle  méthode,  des  chants 
heureux,  un  talent  véritable,  tout  se  réunissait  pour  attirer 
l'affluence  à  des   leçons,   d'ailleurs   pleines  d'agrément. 
Quoiqu'on  puisse,  par  des  leçons  spéciales  de  musique  vo- 
cale,  apprendre  à  déchiffrer  un  morceau  à  livre  ouvert, 
cependant  chacun  sait  que  cette  faculté  naît  d'elle-même  , 
en  apprenant  à  jouer  d'un  instrument  :   l'habitude  d'en- 
tendre sortir  des  sons,  par  le  mécanisme  des  doigts ,  à  la 
seule  vue  des  notes ,  dispose  naturellement  la  voix  à  pro- 


lA  DIVERS  PROCÉDÉS 

férer  les  mêmes  intervalles.  La  science  de  la  lecture  delà 
musique  se  crée  aussi  d'elle  seule  par  l'usage  des  instru- 
mens  ,  et  l'on  sait  bientôt,  sans  y  songer ,  écrire  les  notes 
lorsqu'on  les  sait  lire.  M.  Massimino  a  imaginé,  au  con- 
traire, de  faire  apprendre  la  lecture  par  l'écriture;  cette 
idée  ne  paraît  pas  heureuse.  Ce  n'est  assurément  pas  une 
chose  très-difficile  que  d'écrire  et  de  lire  ensuite  tous  les 
intervalles  musicaux  :  en  pratiquant  cette  double  opéra- 
tion, que  l'on  procède  vite  ou  lentement  dans  l'exécution  , 
cela  est  à  peu  près  indifférent,  et  le  tems  ne  fait  rien  à 
l'affaire  :  mais  qu'il  y  a  loin  de  là  à  exécuter  un  morceau 
de  musique,  en  donnant  à  chaque  note  la  très -courte 
durée  qui  lui  appartient,  et  en  exprimant  8,  16,  32  sons 
différens,  et  même  plus  encore,  dans  une  seconde  de 
tems! 

M.  Massimino  présenta  sa  méthode  (  1  )  sous  le  titre 
d'enseignement  mutuel,  quoiqu'elle  n'eût  rien  de  com- 
mun avec  ce  genre  d'instruction  :  je  ne  veux  pas  faire  à 
cet  habile  professeur  l'injure  de  croire  qu'il  ait  voulu  par 
là  s'attirer  les  nombreux  amis  d'un  mode  dont  l'expérience 
a  consacré  les  succès  :  un  homme  d'un  aussi  grand  mérite 
n'a  pu  que  se  tromper,  parce  qu'il  ne  connaissait  pas 
exactement  la  méthode  d'enseignement  mutuel.  La  sienne 


(1)  Nouvelle  méthode  pour  V enseignement  de  la  musique,  par 
FA<?c?é/-ic  MASSiMino ,  de  Turin; — i**  partie  y  contenant  l'exposition 
des  principes,  le  mode  d'organisation  d'un  cours  d'après  la  nou- 
velle mélhode  ,  l'indication  des  moyens  d'introduire  la  méthode 
dans  les  écoles  d'enseignement  mutuel ,  et  une  première  suite  de 
solfèges  avec  accompagnement  de  piano,  à  la  portée  des  voix  les 
moins  étendues.  Prix  :  5o  fr.  —  2*  partie ,  contenant  une  série  de 
solfèges  à  deux  voix  principales  et  une  basse  avec  accompagnement 
de  piano.  Prix  :  36  fr.  Paris,  1S20  ;  chez  l'auteur,  rue  Montmartre, 
n*   180,  et  chez  tous  les  marchands  de  musique. 


D'EiNSEiGNËMENT  MUiilCAL.  15 

est  plutôt  une  i'ormc  particulière  d'enseignement  simul- 
tané. D'habiles  artistes,  M.  Chelard ,  madame  Davin  , 
mademoiselle  Renaud  Dalain,  dont  les  talens  sont  connus 
et  estimés  du  public  ,  ont  réuni  leurs  efforts  pour  soutenir 
ce  mode  d'enseignement  :  le  public  n'a  point  vu  ces  ra- 
pides succès  sur  lesquels  il  avait  compté  ,  et  l'aflluence  a 
diminué. 

Je  me  plais  à  reconnaître  le  talent  de  M.  Massimino  ; 
son  solfège  est  composé  de  beaux  chants;  les  accom- 
pagnemens  en  sont  nobles  et  choisis ,  et  il  fera  sans  doute 
oublier  nos  vieux  solfèges,  dont  les  chants  sont  devenus 
surannés.  Si  les  difficultés  musicales  n'en  sont  pas  peut- 
être  asseï  graduées,  et  même  si  la  lecture  en  est  géné- 
ralement trop  facile,  l'excellent  solfège  à  plusieurs  voix, 
composé  par  M.  Chelard  {'j)  ,  complète  très-bien  l'en- 
seignement. On  aimera  toujours  à  recevoir  des  leçons  de 
ces  habiles  maîtres  ;  mais  je  ne  crois  pas  que  l'on  continue 
d'apprendre  à  écrire  la  musique  avant  de  la  savoir  lire. 

La  méthode  de  M.  Choron  doit  former  d'excellens  lec- 
teurs. Sa  classe  est  divisée  en  quatre  sections,  selon  les 
différens  degrés  de  force  des  élèves  :  chaque  section  a  son 
chant,  très-simple  pour  les  uns,  plus  composé  pour  ceux 
qui  ont  acquis  plus  d'habitude  :  ces  airs  sont  chantés  d'abord 
à  l'unisson  ;  mais  les  quatre  sections  forment  ensuite  un 
chœur,  parce  que  toutes  les  parties  sont  composées  de 
manière  à  pouvoir  s'accorder  ensemble.  Cette  méthode  est 
ingénieuse;  elle  forme  de  bons  lecteurs,  et  M.  Choron, 
dont  les  utiles  travaux,  dans  diverses  branches  de  con- 
naissances, ont  été   si  souvent  heureux,   obtient  encore 


(a^  Se  trouve  chez  l'auteur,  impasse  Coquenard,  et  chez  lemoine, 
rue  de  l'Echelle,  n°  9. 


16  DIVERS  PROCÉDÉS 

chaque  jour  des  succès  dans  l'école  de  musique  qu'il  di- 
rige (i),  et  d'où  sortent  des  artistes  pour  nos  cathédrales 
et  pour  nos  théâtres. 

Dans  le  solfège  de  M.  Choron ,  les  notes  sont  disposées 
dans  tous  les  intervalles,  et  sans  former  ce  qu'on  appelle 
proprement  des  chants  :  ce  style  de  chapelle  a  paru  à 
l'auteur  plus  propre  pour  former  des  musiciens,  que  s'il 
se  fût  servi  de  chants  faciles  à  retenir  ou  à  deviner.  Mais 
lire  les  notes  est  la  moindre  partie  de  l'art  de  la  musique  ; 
le  principal  devoir  de  l'exécutant  est  de  plaire  :  je  ne  crois 
pas  qu'il  soit  utile  d'habituer  l'élève  à  proférer  des  sons 
rudes  et  sans  ame  ,  sauf  à  le  forcer,  lorsqu'il  sera  devenu 
lecteur,  à  faire  un  nouvel  apprentissage  de  l'art  du  chant; 
il  lui  faudra  perdre  ses  mauvaises  intonations,  changer 
ses  formes  vocales,  et  contracter  de  nouvelles  habitudes, 
qu'il  aurait  dû  prendre  dès  l'origine.  Ecoutez  un  chanteur 
de  village,  sa  voix  est  belle,  les  sons  ont  de  la  justesse; 
l'air,  devenu  populaire,  est  descendu  jusqu'à  lui;  il  le 
chante  donc,  et  nul  ne  s'y  trompe.  Cependant,  ses  chants 
sont  traînans ,  ses  cadences  heurtées ,  ses  tenues  âpres 
et  saurngos;,  et  vous  jugez,  à  ce  chant  intolérable,  qu'au- 
cun art  ne  pourrait  corriger  des  défauts  qu'une  longue 
habitude  a  enracinés. 

L'ancienne  amitié  qui  m'unit  à  M.  Choron,  me  porte 
à  lui  présenter  ces  réflexions ,  moins  comme  une  critique 
que  comme  un  moyen  de  perfectionner  son  excellente 
méthode.  Qu'il  introduise  dans  chacune  des  quatre  par- 
ties de  son  solfège  des  chants  agréables ,  pour  en  rompre 
la  monotonie  et  semer  quelques  charmes  dans  cette  étude; 
qu'il  oblige  ses  élèves  à  chanter  avec  grâce ,   et  je  pense 

(4)  Le  pensionnat  et  l'école  musicale  de  M.   Gboron  sont  établis 
sur  le  bouIeTard  du  Mont-Parnasse,  n"  4'. 


D'ENSEIGNEMENT  MUSICAL.  17 

que  j  de  toutes  les  méthodes  d'enseignement  simultané  . 
la  sienne  obtiendra  la  préférence  et  survivra  à  son  auteur. 

La  musique  des  églises  est  partout  dans  l'état  le  plus  dé- 
plorable :  il  semble  naturel,  dans  les  villages,  de  recourir 
à  l'école,  souvent  gratuite,  pour  en  tirer  les  chantres  et  les 
enfans  de  chœur  nécessaires  à  la  célébration  du  service 
divin.  C'est  à  cet  ancien  usage  que  le  théâtre  a  souvent 
dû  ses  plus  beaux  ornemens  ;  et  de  jeunes  paysans  ,  qui 
auraient  ignoré  toute  leur  vie  combien  est  précieux  l'organe 
dont  les  avait  doués  la  nature,  sont  devenus,  sous  cette 
influence,  des  artistes  célèbres.  M.  Bocquillon-Wilhem  , 
après  avoir  étudié  avec  attention  l'enseignement  mutuel  , 
a  conçu  le  dessein  d'y  introduire  la  musique,  et  de  renou- 
veler les  écoles  d'où  sortaient  autrefois  les  plus  belles  voix. 

Comme  le  mode  que  suit  M.  Wilhem  est  mis  en  activité 
à  Paris,  dans  l'école  de  la  rue  Saint-Jean-de-Beauvais,  où 
chacun  peut  se  rendre  témoin  des  procédés  et  de  leurs 
résultats  ;  que  d'ailleurs  cette  méthode  est  très-bien  ex- 
posée dans  un  ouvrage  qu'il  a  récemment  publié  (i)  ,  je 
me  dispenserai  d'entrer  à  ce  sujet  dans   des  détails    qui 

(i)  Méthode  élémentaire  et  analytique  de  musique  et  de  chant, 
conforme  aux  principes  et  aux  procédés  de  renseignement  mutuel, 
et  facilement  applicable  dans  les  institutions  de  tous  les  degrés  ; 
adoptée  pour  les  écoles  d'enseignement  mutuel ,  par  la  société  d'ins- 
truction élémentaire.  L'ouvrage  sera  composé  de  huit  livraisons, 
hai première f  actuellement  en  vente,  se  compose  des  tableaux  et 
du  guide  des  deux  classes,  et  contient  plusieurs  feuilles  coloriées  ; 
elle  se  vend  i4  fr.;  chacune  des  sept  livraisons  suivantes  coûtera  7  fr. 
On  souscrit  à  Paris  cher  l'auteur,  rue  Saint-Denis,  près  le  boulevard  , 
n»  374;  et  chez  Colas,  libraire,  rue  Dauphine,  n"  32.— On  peut  se 
procurer  séparément  le  Guide  de  la  classe  préparatoire  ;  il  est  précédé 
de  la  préface  de  l'ouvrage  et  des  pièces  authentiques  qui  s'y  rap- 
portent ;  d'une  introduction  établissant  trois  degrés  d'instruction 
musicale;  de  l'exposé  sommaire  dç  la  méthode  ;  enfin ,  d'instructions 
TOMB  XII.  2 


18  DIVERS  PROCÉDÉS 

auraient  peu  d'intérêt   pour  les   lecteurs.   Il  est    un  point 
seulement  sur  lequel  j'appellerai  l'attention. 

Les  premiers  principes  de  la  musique  sont  enseignés  sur 
un  tableau,  que  M.  AYilhe'm  nomme  V Indicateur  pocal ; 
on  y  voit  tracées  des  lignes  horizontales ,  vides  de  notes ,  et 
imitant  le  papier  réglé  qu'on  destine  à  recevoir  l'écriture 
musicale.  Une  clef  quelconque  est  placée  sur  l'une  de  ces 
lignes  ;  et,  lorsque  le  maître,  ou  le  moniteur  qui  le  rem- 
place ,  pose  le  bout  d'une  baguette  sur  le  tableau  ,  les 
élèves  se  représentent  une  note  au  même  point,  et  sur-le- 
champ  profèrent  le  nom  et  le  son  de  cette  note  comme  si 
elle  était  tracée.  En  changeant  de  ligne,  on  fait  naître  de 
la  sorte  tous  les  intervalles  ,  même  ceux  des  dièzes  et  des 
ÎDémols  ,  et  Ton  exerce  la  classe  entière  à  lire  et  à  chanter, 
sans  avoir  aucune  pièce  de  musique  sous  les  yeux. Ce  st  un 
spectacle  assez  curieux  que  d'entendre  la  voix  des  enfans 
suivre,  à  l'unisson,  les  gestes  de  leur  maître,  qui  parcourt 
ainsi  tous  les  points  de  son  tableau.  Ce  qui  distingue  sur- 
tout cette  méthode  de  toute  autre,  c'est  qu'elle  est  mii- 
tuelle^  c'est-à-dire  que  les  étudians  s'enseignent  les  uns 
les  autres,  et  que  les  leçons  du  maître  ne  sont  pas 
nécessaires. 

L'Indicateur  vocal  a  été  suggéré  à  M.  "NVilhem  par  la 
lecture  d'un  ancien  ouvrage  de  Sébaste  Hayden  ,  où  ce 
mode  est  employé.  Cette  invention  ingénieuse,  abandonnée 
bientôt,  est  devenue  féconde  dans  les  mains  de  M.  AVilhem. 
Cor  .ne  il  importe  que  ,  hors  de  la  classe,  les  élèves  puis- 
sent l'exercer  et  se  rappeler  les  leçons  de  chant  qu'ils  ont 
reçues,  il  leur  montre  qu'ils  portent  toujours  avec  eux  un 


générales,  relatives  à  la  première  introduction  du  chant  dansin 
établissement.  Prix,  a  fr.  a5  cent. ,  mêmes  adresses  déjà  indiquées. 
Voye::,  ci-dessus  Rev.  EnCfT,  X,  pag.  433. 
t 


D'ENSEIGNEMENT  MUSICAL.  19 

indicateur  vocal  ;  car  ,  lorsque  la  main  est  ouverte  ,  les 
cinq  doigts  disposés  parallèlement  imitent  les  cinq  lignes 
d'une  portée  musicale  ,  sur  laquelle  on  peut  marquer  la 
place  des  différens  sons  de  l'échelle  diatonique.  C'est  ce 
qu'il  nomme  la  main  musicale. 

Tous  les  professeurs  qui  ont  voulu  prendre  connaissance 
de  la  méthode  de  M.  "Wilhem,  en  ont  reconnu  les  avan- 
tages ;  le  véritable  talent  et  l'excellent  esprit  qui  le  dirige 
dans  ses  recherches  sont  généralement  avoués;  sa  modestie 
le  retient  dans  des  limites  trop  étroites  ,  et  un  artiste  plus 
ardent  que  lui  aurait  sans  doute  donné  plus  d'éclat  aux  suc- 
cès dont  ses  efforts  ont  été  couronnés  dans  plusieurs  établis- 
semens  publics.  Les  élèves  del'école  de  Saint- Jean-de-Beau- 
vais  se  sont  réunis  à  ceux  de  l'école  polytechnique ,  pour 
célébrer  les  fêtes  sacrées  par  des  chants  religieux,  et  ont 
mérité  des  distinctions  honorables  de  l'ecclésiastique  qui 
préside  aux  solennités  de  cette  chapelle. 

Il  nous  reste  à  traiter  d'une  dernière  méthode  d'ensei- 
gnenient  de  la  musique  .  qui  a  été  mise  en  action  par 
M.  GÎTlin.  Ce  professeur  emploie  aussi  un  tableau  marqué 
de  lignes  sans  notes,  qu'il  nomme /Tze/op/as^e;  mais,  comme 
son  enseignement  est  dirigé  dans  le  mode  simultané ,  il 
n'a  de  commun  avec  celui  de  M.  Wilhem  que  l'usage  de 
ce  tableau  ,  pour  l'exposition  des  principes.  M.  Galin  a 
réclamé  la  priorité  de  l'invention,  en  prouvant  qu'il  ensei- 
gnait la  musique  à  Bordeaux  avant  que  M.  Wilhem  eût 
imaginé  son  indicateur  vocal  :mais,  outre  que  l'indicateur 
vocal  est  la  moindre  des  innovations  du  système  de  ce  der- 
nier professeur,  il  a  constaté  qu'il  n'avait  aucune  connais- 
sance des  procédés  de  M.  Galin.  On  a  d'ailleurs  pu  suivre 
les  traces  de  son  invention  dans  les  méthodes  qu'il  a  suc- 
cessivement modifiées  ,  méthodes  dont  l'idée  lui  a  été  sug- 
gérée par  la  lecture  de  l'ouvrage  de  Sébaste  Hayden  ,  qurt 

2* 


20  DIVERS  PROCÈDES 

M.  Galin  ne  connaissait  pas  ;  il  est  demeuré  constant  que 
M.  Galin  était,  de  son  côté,  inventeur  du  méloplaste  et  en 
avait  rendu  l'usage  fécond  ,  njais  que  M.  Wilhem  ne  lui 
avait  rien  emprunté. 

M.  Galin  divise  sa  classe  en  deux  sections;  et ,  s'îirmant 
de  deux  baguettes  qu'il  promène  sur  ce  tableau,  il  impro- 
vise un  air  à  deux  parties,  que  les  élèves  solfient  en  chœur. 
Cet  art  de  noter  ainsi  rapidement  les  lignes  d'un  duo  an- 
nonce un  talent  particulier.  Le  sentiment  de  satisfaction 
que  le  spectateur  en  éprouve  est  un  effet  général.  S'il  était 
possible  à  M. Galin  de  faire  mouvoir  ensemble  plus  de  deux 
baguettes ,  il  noterait  aussi  facilement  une  partition  à  trois 
ou  quatre  lignes  ,  à  peu  près  comme  un  pianiste  fait  suc- 
céder les  accords  qu'il  improvise.  Pour  suppléer  à  notre 
organisation,  il  a  perfectionné  le  mode  d'écriture  musicale 
dont  J.  J.  Rousseau  a  donné  les  principes.  Les  élèves  peu- 
vent, sous  la  dictée  et  i  la  manière  de  l'écriture  cursive , 
sans  papier  réglé,  noter  un  chant  quelconque.  M.  Galin 
trace  ainsi  sur  un  tableau  une  partition  complète  que  la 
classe  entière  s'exerce  à  chanter  sous  sa  direction. 

Ces  procédés  sont  développés  dans  un  ouvrage  intitulé  : 
Exposition  d^une  nouvelle  méthode  pour  V  enseignement  de 
Zrt  77^7is^^/?^é'(I). L'impression  que  j'avaiscprouvée  envoyant 
la  classe  m'avait  préparé  au  plaisir  de  lire  cet  ouvrage,  et 
celui  que  j'ai  ressenti  a  étéplus  grand  encore  que  je  ne  l'espé- 
rais: je  l'ai  lu  plusieurs  fois  avec  un  grand  intérêt.  Les  artistes 
sont  très-rarement  capables  d'exprimer  leurs  idées  sur  les 
principes  qu'ils  adoptent  ;  la  plupart  des  traités  qui  donnent 
les  règles  de  la  musique  ,  sont  rédigés  dans  un  style  inin- 
telligible, et  dont  l'incorrection  est  le  moindre  des  défauts. 
L'ouvrage  de  M.  Galin  annonce  un  maître  aussi  versé  dans 

(i)  Un  vol.  in- 8",  i8ao.  Rey  et  Gravier,  libraires,  quai  des  Au- 
gustin?, n"  55, 


D'ENSEIGNEMENT  MUSICAL.  ,21 

son  art  qu'habile  à  en  exposer  les  doctrines  :  la  partie  mc- 
laphysiquc  y  est  surtout  traitée  avec  une  profondeur  digne 
de  réflexion.  Le  seul  regret  que  m'ait  laissé  cette  lecture  , 
c'est  que  les  règles  de  la  composition  n'aient  pas  été  écrites 
par  le  même  homme  ;  c'est  une  entreprise  digne  de  lui. 
Tous  les  ouvrages  d'harmonie  n'offrent  que  des  catalogues 
d'accords  ,  accompagnés  des  règles  qui  servent  à  préparer 
et  à  sauver  les  dissonances.  Si,  M.  Galin  écrit  sur  ce  sujet , 
nous  aurons  le  premier  bon  livre  sur  un  art  intéressant, 
peut-être  inconnu  dans  ses  principes  des  musiciens  même^ 
qui  l'exercent  avec  le  plus  de  distinction. 

Je  terminerai  cet  exposé  en  manifestant  mon  opinion 
personnelle  sur  les  méthodes  dont  je  viens  de  présenter  les 
bases.  La  méthode  de  M.  Choron,  qui  est  la  plus  ancienne, 
me  semble  plus  propre  à  former  des  lecteurs,  des  croque^ 
notes,  ainsi  que  l'expriment  les  artistes  ;  mais  elle  a  de  la 
sécheresse  et  de  l'ennui;  ses  phrases,  privées  de  chant  , 
n'ontqu'une  harmonie  sanscharme.  La  méthode  de  M.  it/as- 
."s//7i//zo  façonne  les  élèves  à  la  mélodie;  elle  est  plus  propre  à 
former  des  chanteurs  qu'à  commencer  leurinstruction.  Celle 
de  M.  TVilliem  convient  à  renseignement  mutuel ,  et  doit 
rendre  dans  les  écoles  des  services  nombreux  ;  elle  peut 
être  appliquée  en  tous  lieux  ,  et  n'exige  nullement  la  pré- 
sence etlesconseilsdu  maître.  Enfin,  la  méthode  de  M.  Galin 
me  semble  mériter  la  préférence  sur  tous  les  procédés  d'en- 
seignement simultané,  si  toutefois  un  autre  que  lui  est  ca- 
pable de  la  mettre  en  action.  C'est  une  bonne  fortune  pour 
ceux  qui  peuvent  se  confier  à  ses  soins  ;  je  les  félicite  de 
cet  avantage,  et  je  leur  prédis  des  succès  rapides  et  cer- 
tains (i).  On  impute  à  un  savant  musicien  un   pamphlet 


(i)  L'école  musicale  de  M,  Galin  est  établie  à  Faiis,  rue  de  Ri- 
chelieu. 


22  ÉTAT  DES  LETTRES 

anonyme,  où  la  mélhode  de  M.  Galin  est  traitée  avec  une 
sévérité  injuste  ;  je  ne  puis  croire  que  cet  écrit  ait  une  ori- 
gine aussi  recommandable  :  l'arrêt  ne  peut  avoir  de  valeur 
que  lorsqu'il  est  signé  et  molivé;ces  deux  conditions  man- 
quent à  cette  diatribe  injurieuse.  Il  n'est  pas  permis  ,  pour 
rendre  hommage  aux  talens  des  rivaux  de  M.  Galin  ,  de 
fermer  les  yeux  sur  son  mérite  personnel ,  que  je  me  fais 
un  devoir  de  reconnaître;  commie,  de  son  côté,  M.  Galin 
doit  se  soumettre  à  entendre  louer  des  rivaux  qu'on  l'accuse, 
peut-être  à  tort ,  d'avoir  traités  avec  peu  d'égards  ,  et  dont 
il  ne  doit  pas  décrier  les  conceptions.  Francota'r. 


wv%%wwwvvvv% 


Notice  sur  l'état  des  sciences  et  des  lettres  en 
Pologne  ,  pendant  l*a?inéc  i8jg  (i). 

Cette  Notice  ne  s'applique  réellement  qu'au  royaume 
de  Pologne,  tel  qu'il  existe  depuis  le  congrès  de  Vienne, 
en  i8i4;  c'est-à-dire,  à  la  réunion  d'une  petite  partie 
seulement  des  provinces  jadis  polonaises,  qui,  par  le  der- 
nier partage  de  la  Pologne,  étaient  échues  au  pouvoir  de 
l'Autriche  et  de  la  Prusse,  et  dont  la  population  totale 
s'élève  environ  à  trois  millions  d'habitans,  tandis  que  l'an- 
cienne Pologne,  dans  son  intégrité,  en  contenait  près  de 
seize  millions.  Cette  partie  du  territoire  polonais,  sous  le 
nom  de  royaume  de  Pologne,,  ainsi  que  la  ville  libre  de 
Cracovie  et  son  territoire,  jouissent  des  bienfaits  du  régime 
constitutionnel,  dont  elles  sont  redevables  i\  l'empereur 

(i)  Une  partie  des  renscigneniens,  contenus  dans  celte  Notice, 
nous  a  été  transmise  de  Varsovie  par  un  de  nos  correspondans,  M.  N. 
PnvMCRi.  Nous  avons  profité,  pour  y  faire  des  cliangcmcns  et  des 
additions,  d'après  l'autorisation  qu'il  nous  a  donnée,  de  plusieurs 
rommunicalions  que  nous  avons  obtenues  dr  quelques-uns  de  ses 
rompalriotes. 


EN  POLOGNE.  23 

•  Alexandre.  Il  n'en  est  pas  de  même  du  grand-duché  de 
Posen,  incorporé  à  la  Prusse,  ni  de  la  Gallcle ^  conservée 
à  l'Autriche,  ni  des  neuf  gouvernemens  ou  provinces, 
comprenant  la  Lithuanien  la  TJ^olhynie ,  la  Podolie  et 
V UkrainGj  qui  appartiennent  à  l'empire  russe.  Un  même 
esprit  et  un  même  sentiment  d'amour  de  la  patrie  et  de 
confiance  dans  le  caractère  d'Alexandre  continuent  d'ani- 
mer ces  membres  dispersés  de  la  grande  famille  polonaise. 

Aucune  partie  d«  l'ancienne  Pologne  n'a  subi  plus  de 
changemens,  soit  dans  l'organisation  administrative,  soit 
dans  le  système  de  l'instruction,  que  celle  qui  forme  au- 
jourd'hui le  royaume  de  Pologne.  Après  la  chute  de  la  ré- 
publique»,  en  1 795,  les  écoles  reçurent  toutes  une  organi- 
sation autrichienne  ou  prussienne.  Le  duché  de  Varsovie 
eut  en  partage  un  système  en  général  tout  allemand,  mais 
auquel  on  mêlait  quelques  idées  des  méthodes  françaises. 
Ce  système  avait  pour  but  principal  de  propager  les  con- 
naissances relatives  aux  arts  et  aux  métiers.  Une  rétri- 
bution fut  exigée  de  ceux  qui  fréquentaient  les  écoles 
publiques,  et  des  institutions  particulières  furent  établies 
pour  les  hautes  sciences.  Depuis  la  création  du  royaume 
de  Pologne,  il  s'est  formé,  de  tous  ces  systèmes,  un  mé- 
lange qui  paraît  devoir  prendre,  de  plus  en  plus,  une  cou- 
leur nationale.  Le  comité  pour  les  livres  élémentaires, 
composé  presque  entièrement  de  Piarisies  ^  sous  la  pré- 
sidence de  M.  Lindé ,  paraît  quelquefois  pencher  vers  le 
retour  de  l'ancien  ordre  de  choses ^  qui,  au  lieu  de  traiter 
avec  une  égale  faveur  les  sciences  et  les  belles-lettres,  ac- 
cordait une  attention,  pour  ainsi  dire  exclusive ,  aux  études 
grammaticales  et  philologiques.  Ce  comité  est  chargé  de 
faire  composer,  d'examiner  et  de  choisir  les  livres  élémen- 
taires destinés  aux  écoles ,  et  il  fait  des  rapports  sur  ce 


n  ÉTAT  DKS  LETTl^ES 

sujet  au  ministère  de  rinstruclion  publique  (i).  Il  reste 
encore  plusieurs  améliorations  à  obtenir  dans  cette  partie 
importante.  On  se  plaint  avec  raison  que  les  livres  élémen- 
taires soient  devenus,  en  faveur  de  quelques  maisons  de 
librairie,  l'objet  d'une  sorte  de  monopole.  Ordinairement, 
tout  ouvrage  élémentaire,  approuvé  et  introduit  dans  les 
écoles  par  le  gouvernement,  est  fait  dans  la  vue  de  diriger 
autant  ceux  qui  enseignent  que  ceux  qui  apprennent;  et 
cette  double  tendance  doit  nuire  à  leur  composition. 

La  plupart  des  Iwres  élémentaires  sont  écrits  par  les 
Piaristes.  Cette  congrégation  religieuse,  qui  se  consacre 
spécialement  à  l'éducation  de  la  jeunesse,  a  rendu,  sous 
ce  rapport,  et  depuis  long-tems,  de  véritables  services  à 
la  nation  polonaise.  Les  Piaristes  entretiennent  aujour- 
d'hui plusieurs  écoles,  en  partie  à  leurs  frais;  et  c'est  au 
zèle  et  au  dévouement  du  père  Gaétan  Kaminshi,  et  de 
quelques  autres  membres  du  même  ordre,  qu'on  est  rede- 
vable de  l'état  florissant  de  cette  communauté. 

Le  nombre  des  écoles  du  royaume,  tant  celles  des  pa- 
roisses que  celles  des  districts  (powiat)  et  des  palatinats 
{  fj^oiewodztwo) ,  a ,  il  est  vrai,  augmenté;  mais  il  ne  pa- 
raît pas  que  le  système  des   études  ait  été  perfectionné. 

(i)  Ce  ministère  est  confié  aujourd'hui  (juin  1821)  à  M.  le  comte 
Stanislas  Gbabowsei  ,  qui  réunit  dans  ses  attributions  la  surveillance 
des  cultes  (catholique,  protestant,  grec,  arménien,  juif,  mahomé- 
tan,  etc.)  et  celle  de  l'instruction  publique.  M.  le  comte  Stanislas 
PoTOCKi,  qui  a  remis  à  M.  le  castellan  Grabowski  le  portefeuille  du 
ministère  des  cultes  et  de  l'instruction  publique,  en  conservant  lui- 
même  la  place  de  président  du  sénat,  s'est  distingué  depuis  long- 
tems  ,  parmi  les  seigneurs  polonais ,  par  son  talent  et  par  son 
application  à  l'étude  des  beaux-arts  ;  il  a  enrichi  la  bibliothèque 
publique  de  Varsovie  p^ir  le  don  de  sa  belle  et  nombreuse  collection 
d'estampes,  précieuse  surtout  à  cause  des  moyens  qu'elle  offre  pour 
étudier  rhistoiic  de  l'ail  de  la  gravure  et  pour  en  suivre  k»  progrès. 


EN  POLOGNE.  25 

Le  paiement  imposé  pour  l'admission  dans  les  écoles  a 
rebuté  plusieurs  familles  villageoises  ;  et  la  noblesse  des 
campagnes  elle-même  les  fréquente  moins  qu'auparavant, 
probablement  faute  de  moyens.  Les  ressources  dont  peut 
disposer  le  ministre  de  l'instruction  publique  sont  du  reste 
insuffisantes  pour  réformer  et  améliorer  cet  ordre  de 
choses  ;  et  il  a  été  obligé  d'employer  différens  moyens  pour 
se  procurer  des  dons  volontaires. 

Les  écoles  df enseignement  mutuel^  dirigées  d'après  la 
méthode  de  Lancaster,  prospèrent  sous  la  direction  de 
M.  Kraïnski,  C'est  la  seule  institution  qui  soit  en  état 
d'étendre  le  bienfait  de  la  lecture  et  de  l'écriture  à  toutes 
les  classes  de  la  nation,  surtout  aux  apprentis  et  aux  ar- 
tisans. 

Uunipersité  de  Varsovie j  instituée  depuis  trois  ans, 
en  1817,  commence  à  perfectionner  les  différentes  parties 
de  son  organisation,  et  compte  déjà  plusieurs  professeurs 
distingués.  Le  gouvernement  n'épargne  aucuns  soins  pour 
la  faire  prospérer.  Elle  possède  un  grand  jardin  botanique, 
avec  une  orangerie  et  une  serre;  les  plantes  y  sont  placées 
d'une  manière  qu'il  serait  peut-être  à  désirer  de  voir  adop- 
ter partout  :  chaque  plante  se  trouve  isolée  dans  un  carré, 
ce  qui  en  facilite  l'approche ,  et  donne  à  son  développe- 
ment tout  l'espace  nécessaire.  Elles  sont  rangées  selon 
l'ordre  adopté  par  M.  de  Jussieu.  M.  Szubert  (on  prononce 
Schoubert),  professeur  de  botanique  à  l'université,  s'oc- 
cupe d'augmenter  le  nombre  de  ces  plantes,  dont  le  cata- 
logue, publié  en  1820,  en  comprenait  déjà  plus  de  5, 000. 

Le  cabinet  d'histoire  naturelle  a  été  arrangé  par  M.  Ja- 
rotshij  qui  en  a  fait  connaître  au  public  la  plus  grande 
partie,  lorsqu'il  a  publié  le  catalogue  des  oiseaux,  au 
nombre  de  4 02.  Pour  ce  qui  regarde  les  qiiadrupèdes  et 
les  poissons,  la  collection  est  peu  nombreuse  :  les  amphi- 


26  ETAT  DES  LETTRES 

bies  y  sont  en  partie  conservés  dans  l'esprit-de-vin.  On  y 
trouve  une  collection  suffisante  d'insectes  ;  et,  parmi  les 
coquilles  qui  sont  en  grand  nombre,  il  y  en  a  de  très-cu- 
rieuses. Jusqu'ici,  il  n'existe  aucune  collection  minéralo- 
gique  appartenant  à  l'université. 

La  faculté  de  médecine ,  les  établissemens  d'anatomie , 
de  clinique  et  la  bibliothèque  n'ont ,  jusqu'à  présent,  qu'un 
local  provisoire,  auquel  on  paraît  devoir  en  substituer  un 
plus  convenable. 

L'université  possède  des  modèles  en  sculpture,  de  gran- 
deur ordinaire,  tels  que  le  Laocoon ,  la  Vénus  de  Médicis, 
l'Apollon  du  Belvédère,  le  Gladiateur,  et  plusieurs  bustes  , 
en  assez  grand  nombre.  M.  Malinshi,  sculpteur  et  profes- 
seur ,  a  donné  des  preuves  de  talent  à  l'exposition  de  1 8 1 9, 
où  le  tableau  de  M.  Brodowski,  élève  de  M.  David,  a  ob- 
tenu tous  les  suffrages.  Ce  tableau,  qui  représente  la  colère 
de  Saïd j  a  remporté  le  prix.  La  même  exposition  offrait 
aussi  de  belles  copies. 

La  bibliothèque  de  l'université  de  Varsovie  renferme  une 
quantité  assez  considérable  de  livres.  Elle  est  dirigée  par 
le  savant  M.  Lindè^  correspondant  de  l'Institut  de  France. 
Chaque  année,  aux  ventes  étrangères,  elle  fait  l'acquisi- 
tion de  plusieurs  milliers  de  volumes.  Les  bénédictins  de 
Cîteaux  et  quelques  autres  couvens  a3"ant  été  réformés  en 
1817,  leurs  biens  furent  réunis  aux  fonds  des  ecclésias- 
tiques séculiers,  et  M.  Lindé  parcourut  les  bibliothèques 
de  ces  couvens  pour  y  choisir  les  livres  dont  pouvait  s'en- 
richir celle  de  l'université  ;  on  y  a  fait  alors  transporter 
cinquante  mille  volumes,  et  elle  en  possède  aujourd'hui 
plus  de  soxante-dix  mille.  La  plupart  sont  des  livres  de 
théologie  cl  d'histoire,  parmi  lesquels  on  compte  quinze 
cents  manuscrits  des  xv*  et  xvi«  siècles,  dont  quelques-uns 
bonf  lu.^^loriques ,  cl  le  rcslc  de  peu  de  valeur:  il  on  existe 


EN  POLOGNE.  27 

même  plusieurs  du  x^  siècle.  On  y  montre  également  des 
livres  imprimés ,  d'une  rareté  fort  remarquable  ;  tels  que 
la  bible  de  Mayence,  de  i462,  sur  parchemin;  les  sta- 
tuts de  Pologne,  de  l'année  1532,  dont  on  connaît  à  peine 
cinq  exemplaires.  A  côté  de  la  bibliothèque,  on  voit  un 
cabinet  d'estampes,  de  la  collection  du  feu  roi  Stanislas 
Auguste,  et  qui  renferme  plus  de  soixante  mille  gravures. 
Cette  collection  ,  achetée  par  l'université  à  la  famille  du 
roi  Poniatowski,  s'augmente  tous  les  jours;  elle  contient  le 
Vatican  enluminé,  de  même  que  les  peintures  d'Hercula- 
num  ,  exécutées  en  couleur.  Depuis  la  perte  de  la  biblio- 
thèque de  Zaluski,  transportée,  en  1795,  à  Pétersbourg, 
la  Pologne  n'en  a  possédé  aucune  qui  surpasse  celle  dont 
nous  parlons  pour  le  nombre  des  livres,  bien  qu'il  y  ait 
à  Varsovie  quelques  autres  bibliothèques  assez  considé- 
rables, entre  autres  celle  de  la  Société  royale  des  amis  des 
lettres ,  qui  renferme  un  cabinet  de  minéralogie ,  et  les 
bibliothèques  des  pères  des  Missions,  et  des  pères  des  écoles 
pieuses,  ou  des  Piaristes. 

Depuis  la  renaissance  des  lettres  en  Pologne,  plusieurs  par- 
ticuliers ont  rassemblé  aussi,  à  grands  frais,  de  fort  belles 
bibliothèques.  Celle  de  M.  C7i7r/)/ojf/cz^  chancelier  du  grand 
duché  de  Lithuanie,  fut  transportée,  à  sa  mort,  àSzczorsy,cn 
Lithuanie,  où  elle  reste  ouverte  pour  l'usage  des  amateurs. 
On  remarque  aussi  celles  de  M.  Dzialynshi,  àPosen;  de 
M.  Chodkiewicz  et  de  M.  Kwiath'owhi ,  à  Varsovie  ;  de 
M.  le  comte  Ossolinski  (  Maximilien  ) ,  à  Vienne  (i),  et 
celle  de  M.  de  Potocki,  président  du  sénat,  à  Villanova, 
près  Varsovie  :  cette  dernière  contient  plusieurs  manus- 

(1)  Celte  bibliothèque,  entièrement  composée  de  livres  polonais, 
rares  et  bien  choisis ,  a  été  léguée  à  l'université  de  Léopold ,  en  Gal- 
Jicic  5  où  elle  sera  transportée  après  la  morl  de  M.  ObsouKSRi, 


58  ÉTAT  DES  LETTRES 

crits  très-intéressans  pour  l'histoire  de  la  Pologne;  elle  a 
été  enrichie  par  la  réunion  des  livres  de  feu  le  prince  Lu- 
bomîrski,  maréchal  de  la  couronne. 

Mais  la  bibliothèque  de  Pulawy  surpasse  toutes  celles 
que  nous  venons  de  citer.  La  famille  du  prince  Czartojyshi 
n'épargna  ni  soins  ni  dépenses  pour  l'augmenter.  Elle 
vient  d'acquérir,  en  1819,  au  prix  de  12,000  ducats  de 
Hollande  (  environ  six  mille  louis  ),  la  bibliothèque  de  feu 
Thadée  Czavhi  (  Tschatski  ) ,  la  plus  riche  en  manuscrits 
historiques  delà  Pologne.  Mais  on  doit  regretter  que  cette 
bibliothèque  ne  soit  pas  ouverte  au  public,  et  que,  jusqu'à 
présent,  l'accès  en  ait  même  été  très-difficile. 

Tels  senties  établissemens  scientifiques  et  littéraires  les 
plus  remarquables  qui  ont  pris  naissance,  ou  qui  ont  reçu 
quelque  accroissement  durant  l'année  181g. 

Avant  d'arriver  à  l'indication  des  ouvrages  qui  appar- 
tiennent à  la  Revue  bibliographique  de  la  même  année , 
nous  devons  jeter  un  coup  d'œil  sur  les  gazettes  et  les 
feuilles  publiques;  et  nous  ne  pouvons  nous  dispenser  de 
faire  mention  de  la  censure  établie ,  le  22  mai ,  pour  tous  les 
journaux.  La  situation  du  royaume  de  Pologne,  trop  sem- 
blable à  celle  de  la  Norvège ,  telle  que  l'a  décrite  M.  Hei- 
berg,  dans  son  analyse  très-remarquable  de  V Histoire  des 
révolutions  de  ]Vorpi?ége,^i\r  ïeu  M.  Catteau-Catteville(voy. 
Repue  Encyclopédique,  Tom.  IV,  p.  264  et  4/4),  explique 
l'établissement  de  cette  institution  censorialc,  regardée 
par  beaucoup  de  bons  esprits  comme  contradictoire  avec 
la  disposition  constitutionnelle  qui  garantit  la  liberté  de  la 
presse,  sauf  les  lois  répressives.  Ce  nouvel  état  de  choses 
fit  suspendre ,  par  une  simple  défense  de  la  police ,  la  pu- 
blication du  journal  intitulé  la  Quotidienne ,  dont  les 
jeunes  rédacteurs  signalaient,  avec  une  hardiesse  quel- 
quefois inconsidérée  pcut-ctrc,  les  actes  de  l'autorité  ré- 


EN  POLOGNE.  29 

pûtes  contraires  à  la  constitution.  Les  mêmes  écrivains 
entreprirent  alors  de  publier  une  Chronique  de  la  moitié 
du  XIX'  siècle.  Cet  ouvrage ,  dont  les  numéros  paraissaient 
à  des  époques  indéterminées,  fut  néanmoins  considéré 
comme  périodique,  et  soumis  à  la  censure;  ce  qui  empêcha 
le  rédacteur  de  le  continuer.  Le  16  juillet,  l'institution  de  la 
censure  fut  rendue  applicable  à  tout  écrit  ou  livre  imprimé, 
et  l'on  nomma  des  censeurs  salariés  par  le  gouvernement.  La 
défiance  etle  découragement  frappèrent  à  mort  les  différentes 
entreprises  littéraires,  déjà  languissantes  et  à  demi-para- 
lysées par  l'état  du  pays  (1).  La  littérature  et  l'instruction 
de  la  nation  n'attendent,  pour  prendre  un  nouvel  essor, 
qu'un  regard  favorable  de  l'empereur  Alexandre.  Ce  prince 
sentira  que  plus  les  hommes  sont  éclairés,  plus  ils  de- 
viennent, pour  les  chefs  des  gouvernemens,  d'honorables 
instrumens ,  également  utiles  à  la  prospérité  de  la  patrie 
et  à  la  gloire  du  monarque.  Plusieurs  écrits  relatifs  à  la 
philosophie,  à  la  morale,  à  l'histoire,  à  la  politique,  et 
dans  lesquels  le  génie  et  le  caractère  de  la  nation  aspirent  à 
se  développer  d'une  manière  honorable,  avaient  craint  de  se 
montrer  au  grand  jour  à  l'époque  de  la  première  apparition 
de  la  censure;  mais  l'année  1820,  à  laquelle  nous  consa- 
crerons plus  tard  une  notice  particulière ,  a  été  plus  féconde 
que  l'année  précédente  en  ouvrages  sur  les  sciences,  la 
poésie  et  la  littérature. 


(1)  Il  y  a  eu,  dans  les  premiers  jours  de  cette  année  (1821,),  un 
grand  changement  dans  la  censure  des  livres.  Les  anciens  censeurs 
ont  été  renvoyés  et  remplacés  par  d'autres  qui ,  comme  cela  arrive 
ordinairement ,  donnent  à  leurs  décisions  une  couleur  plus  rem- 
brunie ,  et  vont  peut-être  au-delà  des  intentions  de  l'autorité  qui 
les  a  institués.  La  vente  d'une  Description  de  Vienne,  écrite  en 
polonais ,  et  publiée  depuis  plusieurs  mois ,  ouvrage  dans  lequel  il 
était  fait  mention  du  congrès ,  a  été  prohibée  par  ordre  supérieur. 


30  i?:ïat  des  lettres. 

Penckntl'année  1819  5  la  plupart  des  écrits  périodiques 
de  l'an  1818  ont  continué  de  paraître.  Les  éditeurs  de  la 
Quotidienne,  puis  de  la  Chronique,  ont  publié,  quatre 
fois  par  semaine,  une  gazette  intitulée  :  \ Aigle-Blanc j 
consacrée  à  la  fois  à  la  politique  et  à  la  littérature  (1).  Il 
paraît  aussi  un  nouveau  journal  hebdomadaire,  sous  le 
titre  àeV  Abeille  de  Cracovie,  dans  lequel  ons'occupede  poé-  \\ 
sic  ert  de  littérature.  Le  Mémorial  de  Léopol  ^  qui  se  nomme  Ij 
maintenant  VAbeillej  a  entrepris  de  faire  un  examen  des  ii 
autres  journaux  polonais  et  d'en  offrir  un  résumé  (2). 

Sciences  physiques  et  mathématiques.  —  Èlèmens  de    \\ 
l)liysique  rédigés  d'après  les  leçons  faites  sur  cette  science, 
à  l'université  de  Cracovie,  par  M.  le  professeur  J^owam 
Markiewicz. 

Vêla  Chlorine,  par  M.  le  comte  Alexandre Cuodkizvîicz. 
L'auteur  cultive  à  la  fois  les  sciences  et  les  lettres  avec 
zèle  et  avec  succès,  non  seulement  en  amateur  éclairé, 
mais  en  littérateur  instruit  et  en  savant  laborieux.  Il  n'est 
pas  moins  recommandable  par  la  protection  qu'il  accorde 
aux  amis  des  sciences  et  des  arts. 

Dissertation  de  M.  Antoine  AVaga,  ayant  pour  litre  :  De 
la  connaissance  de  la  nature,  et  particulièrement  de  V his- 
toire naturelle.  L'auteur  rappelle  les  anciens  botanistes  po- 
lonais qui  étaient  assez  nombreux;  il  fait  revivre  le  mérite  des 

(i)  Ce  journal  a  cessé  de  paraître  au  mois  d'octobre  1S20. 

(a)  Quoique  la  Lithuanic  ne  soit  point  comprise  dans  cette  notice, 
nous  citerons  le  Journal  de  FUna  ,  devenu  plus  intéressant ,  depuis 
qu'il  a  commencé  à  publier  les  extraits  des  voyages  de  quelques 
jeunes  Polonais  dans  diverses  contrées  de  l'Europe.  Parmi  ces  voya- 
geurs ,  on  distingue  M.  Cboda»koski,  qui  s'occupe  de  rechercbes 
sur  l'ancienne  mytbologie  des  Slaves.  11  recueille  dans  ce  dessein 
des  anecdotes,  des  traditions  et  des  cbansons  populaires.  M.  Scn- 
ko>\ski,  parti  pour  Constantinople ,  doit  visiter  toutes  les  possessions 
turques.  Ou  attend  les  içsultals  des  travaux  de  ce  voyageur. 


EN  POLOGNE.  SI 

Jonston,  des  Gabriel  Rzonczynski,  des  *Syre7ims,  des  Mar- 
tin  àiUrzendow^  etc.  Il  paraît  qu'il  ignorait  les  travaux  de 
M.  Besser,  son  compatriote,  bien  connus  à  Kurt,  à 
Sprengel,  et  à  d'autres  naturalistes  étrangers. 

Médecine  jpojpulaïre  ow  le  Conseiller  domestique  {Voï^à- 
nik  Domowy),  par  M.  Dziark.o\vski  ,  en  deux  volumes  , 
ensemble  de  845  pages. 

TJArt  des  accoucliemens  ^  en  deux  volumes  de  270 
pages  5  par  Michaelis  ,  ci-devant  directeur  d'une  école 
d'accouchemens;  Michaelis  est  mort  depuis  peu.  Cet  ou- 
vrage est  intérieur  à  celui  qu'a  publié  M.  Mianowhi  ^wx 
le  même  sujet. 

La  Comparaisondes  anciennes  mesures  polonaises  j  aifec 
celles  dont  on  se  sert  aujourd'hui  en  Pologne  j  et  celles  des 
principales  contrées  de  V Europe  y  nommément  de  France  j 
par  R0LBERG5  est  un  ouvrage  très-exact,  et  dont  on  ne  sau- 
rait se  passer,  à  cause  de  l'introduction  des  mesures  nou- 
vellement établies.  Cette  réforme  n'a  pas  produit  l'effet 
que  l'on  s'était  proposé.  On  a  cru  convenable  de  laisser 
subsister  l'ancienne  division  duodécimale,  ainsi  que  les  an- 
ciennes dénominations.  On  s'est  borné  seulement  à  com- 
parer la  longueur,  la  capacité  et  la  pesanteur  des  mesures 
polonaises  et  des  mesures  françaises,  en  ajoutant  aux  unes 
et  en  réduisant  un  peu  les  autres.  Ainsi ,  le  but  principal 
du  calcul  décimal  est  manqué  ;  et  tout  le  fruit  que  l'on  a 
retiré  de  cette  réforme,  c'est  que  l'aune  a  reçu  une  moindre 
dimension ,  et  le  korzec  ou  boisseau ,  une  augmentation. 

La  petite  Guerre  [inala  u>oynd)j  ou  la  Disposition  mili- 
taire des  bataillons ,  selon  la  théorie  et  la  pratique  du 
maréchal  de  Saxe,  ouvrage  de  M.  le  major  Wroniecki, 
dédié  au  grand  duc  Constantin.  L'auteur  tire  ses  principes 
des  Réueries  du  maréchal,  et  y  ajoute  ses  propres  réflexions. 


ZZ  ÉTAT  DES  LETTRES 

en  citant  à  l'appui  l'exemple  de  dispositions  du  même 
genre  faites  dans  les  campagnes  de  l'armée  polonaise. 

Agriculture,  jardinage  et  technologie.  —  De  bons 
agriculteurs,  exercés  par  la  pratique,  et  des  hommes  ins- 
truits dans  les  arts ,  ont  publié  ,  sur  ces  différens  sujets , 
divers  écrits  originaux,  et  surtout  des  traductions,  parmi 
lesquelles  on  distingue  celle  que  M.  Biernacki  a  faite  de 
l'ouvrage  de  London,  sur  la  manière  écossaise  de  former 
des  métairies,  imprimé  à  Berlin.  Il  est  à  regrettée  que  ce 
bel  ouvrage,  dédié  à  l'empereur  de  Russie,  soit  écrit  et 
imprimé  d'une  manière  très-incorrecte  (i). 

M.  TVodzickl  vient  d'achever  et  de  publier,  à  Cracovie, 
son  excellent  ouvrage  sur  la  culture  des  arbres  et  tes  avan- 
tages qiLon  en  retire,  — Un  ouvrage  sur  la  rnanière  ds  soi- 
gner les  agneaux , par  Roudolf  [André') ,  et  VArt  du  tein- 
turier y  par  Hermstaed,  ont  été  traduits  de  l'allemand  en 
polonais. 

Sciences  religieuses,  morales  et  politiques.  —  Théologie 
morale, — Vincent  Frydryck  a  publié  des  homélies pastO' 
raies  imprimées  à  Lowicz. 

Législation  et  droit  public, — Cette  matière  ,  si  intéres- 
sante pour  ce  royaume,  devait  fixer  l'attention  d'un  grand 
nombre  d'esprits.  L'année  1819  ^  ^'"  naître  quelques  bro- 
chures. Voici  les  principales  :  des  Juifs,  des  Prison- 
niers,  de  r Aristocratie  et  de  rinégalité  des  conditions,  du 
Gouvernement  représentatif,   du   Droit   de   changer  les 

(i)  Les  travaux  de  M.  Michel  Oczapoyvski  ,  imprimés  à  Vilna,  font 
espérer  aussi  de  grands  avantages  à  l'agriculture  nationale.  La  théorie 
(Zasady)  agronomique ,  la  théorie  de  la  chimie  agricole,  et  la  théorie 
de  l'agriculture  raisonnêe ,  ne  sont  en  général  qu'un  exposé  de  la 
méthode  de  M.  Thaer-^  mais  la  langue,  aussi  bien  que  la  science  , 
peuvent  tirer  beaucoup  d'utilité  de  cet  expose  approfondi,  quoi- 
que assez  succinct. 


EN  POLOGNE.  33 

officUrs  civils.  Mais  les  écrivains  se  sont  trouvés  réduits 
au  silence,  depuis  la  nouvelle  organisation  de  la  cen- 
sure (i).  Parmi  les  ouvrages  de  droit  publiés  en  1819  ?  ^^ 
remarque  celui  de  M.  l'abbé  Szaniawski,  professeur  A 
l'université  de  Varsovie,  auteur  de  la  Statlqus  du  droit  ou 
de  la  Science  des  comparaisons  dans  l'étude  de  la  loi  (2). 

Statistique. — Il  n'a  été  publié  sur  cette  matière  que  la 
Géographie  du  royaume  de  Pologne  et  de  la  république 
libre  de  Cracovie,  par  l'abbé  Politowski,  ouvrage  qui  est 
devenu  élémentaire. 

Histoire  universelle.  —  L'histoire  nationale  occupe  la 
plupart  de  nos  écrivains.  Le  Pèlerin  (  Pielgrzym  )  de  Do- 
hromili    ou  plutôt  les  Instructions  des  villageois  ,    avec 

(i)  Dans  les  provinces  ci-devant  polonaises,  maintenant  soumises 
au  gouvernement  russe ,  la  servitude  des  paysans  dure  encore,  et  le 
seigneur,  propriétaire  de  la  terre,  conserve  une  autorité  arbitraire 
sur  eux.  Aux  diètes  de  i8i8,  dans  le  gouvernement  de  Vilna,  on 
agita  la  question  de  l'affranchissement  des  serfs ,  et  le  monarque 
donna  son  entière  approbation  à  cette  mesure  dictée  par  la  justice, 
par  l'humanité  et  par  une  saine  politique.  La  Courlande,  néanmoins, 
devança  les  autres  provinces  polonaises.  C'était  elle  qui  souffrait 
le  plus  de  la  servitude  ;  et  ce  furent  les  soigneurs ,  possesseurs  de 
terres  dans  cette  province,  qui  se  désistèrent  volontairement  de  leurs 
droits,  d'après  les  représentations  faites  par  le  gouverneur.  Les 
statuts  relatifs  à  V émancipation  des  paysans  courlandais  furent 
alors  publiés  à  Vilna. 

(2)  C'est  à  Vilna  qu'a  paru  le  meilleur  ouvrage  de  droit,  égale- 
ment remarquable  par  son  plan ,  par  la  manière  dont  l'auteur  l'a 
rempli  et  par  l'exécution  ty{;ographique.  Cet  ouvrage  est  un  Manuel 
du  droit  canonique^  en  cinquante  tableaux  synoptiques,  avec  des 
notes  qui  annoncent  beaucoup  d'érudition,  par  M.  Aloys  Capelli, 
professeur  à  l'université  de  Vilna.  (A  Vilna,  chez  Joseph  Zawadzki, 
in-4°.)  Ce  savant  étranger,  qui  s'était  déjà  rendu  très-utile  par  ses 
travaux  dans  cette  université,  s'est  acquis,  par  cet  ouvrage  ,  de  nou- 
veaux droits  à  la  reconnaissance  de  sa  patrie  adoptive. 
Tome  xi.  ^  S 

\ 


U  ÉTAT  DES  LETTRES 

ho  portraits  lithographies  des  rois  de  Pologne,  par  ma- 
dame Isabelle  ,  née  Flemming  ,  princesse  Czartoryska  , 
ont  eu  deux  éditions  en  une  année.  Le  talent  distingué  de 
cette  dame  se  fait  remarquer  surtout  dans  les  anecdotes 
placées  à  la  fin.  L'auteur  avait  promis  un  second  volume  , 
qui  vient  en  effet  de  paraître  (i). 

\f  Abrège  de  V histoire  polonaise  ^  par  M.  FalensJci,  est 
un  bon  extrait  de  la  première  édition  de  l'ouvrage  de 
M.  Samuel  GeorgeBandtkie  ;  quoique  la  nouvelle  édition  de 
ce  dernier  ouvrage  ,  publié  à  Breslau,  chez  Korn,  en  deux 
volumes  in-8°  ,  de  io36  pages,  avec  huit  estampes  en 
taille-douce,  porte  la  da^te  de  1820,  elle  doit  figurer  dans 
la  notice  sur  l'année  1819,  parce  que,  dès  celte  époque, 
plusieurs  exemplaires  en  avaient  déjà  été  répandus  dans 
le  public,  impatient  de  la  connaître.  Cette  édition  forme 
presque  le  double  de  la  première.  Elle  est  enrichie 
de  considérations  sur  les  progrès  de  la  civilisation  et  des 
lettres  en  Pologne.  Ce  livre,  très-estimé,  est  le  meilleur 
que  nous  ayons  dans  son  genre.  Il  contient  un  grand  nom- 
bre de  remarques  neuves,  et  qui  répandent  de  grandes 
lumières  sur  l'histoire  nationale. 

'V Histoire  du  règne  de  Sigisnioud  III ^  en  3  vol.  in-8°, 
ornée  des  portraits  des  personnages  les  plus  illustres  de  la 
Pologne  ,  a  été  accueillie  avec  un  grand  empressement. 
L'auteur  de  cet  intéressant  ouvrage,  M.  Niemcewicz,  doit 
être  compté  parmi  les  premiers  historiens  de  la  Pologne  (2). 

Les  Chants  historiques  du  mOme  écrivain  que  nous 
avons  déjà  signalés  comme  un  ouvrage  d'un  genre  remar- 

(1)  Voyez  Ref.Enc.^  T.  VIII,  pag.  5So,  rannoncc  de  la  troisième 
édition  du  premier  volume  de  cet  ouvrage,  et  T.  XI  ,  p.  563,  lan- 
nonce  du  second  volume. 

(a)  Voye»  Reu.  Enc  ,  T.  VI ,  page  557. 


EN  rOLOGiNE.  35 

quablc  par  une  tendance  éminemment  morale  et  patrio- 
tique, ont  été  réimprimés. 

Parmi  les  ouvrages  d'un  ordre  moins  relevé  ,  nous  cite- 
rons un  Abrégé  des  bons  mots  des  anciens  Polonais,  pu- 
blié à  Cracovie,  dans  le  choix  desquels  l'auteur  anonyme 
n'a  pas  toujours  été  heureux ,  mais  dont  la  continuation  est 
cependant  à  désirer.  La  traduction  de  l'ouvrage  allemand 
de  Jekel ,  sur  la  Pologne,  son  histoire  et  sa  constitution  , 
par  Slotwinski  ,  n'a  point  satisfait  les  hommes  instruits;  on 
a  reproché  au  traducteur  d'avoir  supprimé  plusiem^s  pas- 
sages injurieux  à  la  nation  polonaise; les  obligations  impo- 
sées à  un  traducteur  prescrivaient  à  M.  Slolwinshi  de  con- 
server fidèlement  ces  passages,  malgré  le  peu  d'exactitude 
des  faits  qui  aurait  exigé  une  réfutation.  M.  Slotw  inski  a 
mieux  réussi  dans  l'imitation  qu'il  a  entreprise  de  l'ou- 
vrage chronologique  allemand  de  Frédéric  Strass,  intitulé 
le  Fleuve  du  tems ,  et  qui  contient  un  abrégé  généalogique 
de  l'histoire  des  rois  et  des  princes  polonais. 

M.  le  comte  Maximilien  de  Tenczyn  Ossolinski  ,  dont 
nous  avons  mentionné  la  belle  bibliothèque  très-riche  en 
ouvrages  nationaux,  a  publié  à  Gracovie  une  partie  de  ses 
longs  travaux,  sous  ce  titre  :  Relations  historiques  et  criti- 
ques pour  r histoire  de  la  littérature  polonaise  et  des  écri- 
vains polonais  ou  étrangers  qui  ont  écrit  en  Pologne  ou  sur 
la  Pologne.  L'auteur,  qui  paraît  avoir  pris  Bajle  pour  mo- 
dèle et  pour  guide ^  a  entrepris  de  signalerl'accroissement 
et  les  vicissitudes  de  la  civilisation  et  des  lettres  chez  la 
nation  polonaise  :  il  a  déjà  paru  deux  volumes  de  cet  ou- 
vrage, l'un  de  51^1,  et  l'autre  de  6A5  pages.  D'autres  vo- 
lumes doivent  être  publiés  successivement  ;  c'est  une  des 
plus  belles  entreprises  Uttéraires  et  nationales  qu'on  ait 
faites  en  Pologne.  Elle  sera  l'objet  d'un  article  particulier 
dans  ce  recueil. 


56  ETAT  DES  LETTRES 

Jean  DanielJenisch  ou  Janotski  ,  mort  le  lO  novem- 
bre 1786,  ci  -  devant  conservateur  de  la  bibliothèque  de 
Zaluski  (1),  avait  publié,  en  1776  et  1779,  un  ouvrage 
en  deux  volumes,  intitulé  :  Janociana,  sive  clarorum 
atque  illustrium  Poloniœ  auctoruin  Tnœcenatumque  Tne- 
moriœ  miscellœ.  Le  hasard  ayant  fait  tomber  entre  les 
mains  de  M.  Linde  le  manuscrit  de  Janotski,  en  partie 
inédit,  ce  savant  s'est  empressé  de  publier  ce  troisième 
volume,  qui  complète  l'ouvrage. 

L'abbé  Olszewshi  a  fait  preuve  d'un  vrai  talent,  en  tra- 
duisant les  Lettres  sur  V Italie,  de  Dupaty,  et  V Abrégé  de 
l'histoire  de  la  Grèce,  de  Goldsmith,  d'après  la  traduction 
française  de  M.  Musset  Pathey. 

Archéologie. — L'abbé  Ciampi ,  professeur  de  l'univer- 
sité de  Varsovie  ,  l'un  des  correspondans  de  la  Repue  En- 
cyclopédique, a  publié  une  savante  brochure,  intitulée  , 
Fericc  çarsavieuses j  dans  laquelle  on  distingue  quelques 
explications  sur  la  figure  et  les  inscriptions  d'un  vieux 
sabre^  et  l'éclaircissement  d'un  passage  de  Pausanias,  con- 
tenant la  description  du  temple  de  Jupiter-Olympien  (2). 

Idéologie  et  métaphysique.  —  Après  la  destruction  des 
jésuites ,  époque  d'où  date  la  renaissance  des  lettres  en  Po- 
logne, la  commission  préposée  à  l'éducalion  nationale 
chargea  le  célèbre  Condillac  de  la  composition  d'un  ou- 
vrage sur  la  logique  élémentaire;  cet  ouvrage  ne  put  re- 

(1)  Cette  bibliothèque ,  fondée  à  Varsovie  par  l'évêque  Zaluski, 
pour  l'usage  de  ses  compatriotes ,  a  été  transportée  à  Saint-Péters- 
bourg, en  1796,  par  ordre  de  l'impératrice  Catherine. 

(2)  Voyez  Rei^.  Encycl,  T.  III,  p.  4o5  ;  T.  VI,  p.  566;  et  T.  IX, 
p.  556.  — La  littérature  polonaise  manquait  d'un  bon  ouvrage  sur 
la  géographie  ancienne ..  M.  Uldynskî,  professeur  à  Kozemieniec, 
en  Volhynie,  a  rempli  cette  lacune,  en  publiant  dans  cette  ville  une 
traduction  de  l'ouvrage  de  Nitsch  ;  in-8°  de  54^  pages. 


EN  POLOGNE.  Il 

cevoir  sa  dpstinalion  ;  le  démembrement  de  la  malheu- 
reuse Pologne  ayant  interrompu  toutes  les  améliorations, 
l'impulsion  nouvelle  donnée  à  l'instruction  publique  dut 
aussi  s'arrêter  ;  les  jeunes  Polonais  allèrent  s'instruire 
dans  les  universités  d'Allemagne,  où  la  philosophie  spé- 
culative de  Leibnitz  et  de  Wolff  cédait  déjà  la  place  à  la 
philosophie  critique  de  Kant.  C'est  de  là  que  quelques-uns 
d'entre  eux  ont  rapporté  dans  leur  patrie  un  sentiment 
d'enthousiasme  ou  la  nouvelle  doctrine  du  philosophe  de 
Kœnisberg.  Les  bons  esprits,  habitués  à  la  clarté  et  à  l'é- 
légance du  style  des  philosophes  français  du  dix-huitième 
siècle,  craignirent  que  cette  doctrine,  pleine  d'obscurité 
et  de  néologisme,  ne  fût  nuisible  au  bon  goût,  et  surtout 
ù  la  pureté  du  langage  national,  l'unique  héritage  qui, 
après  la  perte  de  l'indépendance  politique,  soit  resté  aux 
Polonais.  C'est  cette  considération  qui  a  déterminé  beau- 
coup de  littérateurs  savans  et  judicieux,  entre  autres  , 
Dmocliowshi ^  traducteur  d'Homère,  et  l'abbé  Kopczynski, 
auteur  d'une  excellente  grammaire  de  la  langue  polo- 
naise, à  se  déclarer  contre  la  métaphysique  des  Allemands. 
Dernièrement  encore,  l'astronome  Sniaclecki,  savant  très- 
recommandable ,  dont  les  écrits  se  distinguent  par  l'élé- 
gance, la  pureté  et  la  vigueur  du  style ,  s'est  attaché  à  dé- 
montrer que  les  formes  scolastiques  et  la  méthode  de  la 
philosophie  allemande,  introduites  dans  la  littérature  na- 
tionale ,  pourraient  entraver  la  marche  des  lumières  et 
nuire  aux  progrès  des  lettres  et  des  sciences.  Au  reste  , 
outre  quelques  écrits  publiés  dans  les  années  précédentes 
par  Jean  Szaniawskl,  métaphysicien  profond,  mais  qui 
donne  une  préférence  exclusive  aux  philosophes  allemands, 
la  Pologne  ne  possède  encore  aucun  ouvrage,  ni  original, 
ni  traduit,  sur  cette  branche  des  connaissances  humaines. 


38  ÉTAT  DES  LETTRES 

L'année  qui  nous  occupe  actuellement  n'a  produit  que  des 
brochures  polémiques  de  TVigara  et  de  Bychowiec  ,  qui 
n'ont  rien  prouvé  en  faveur  de  la  philosophie  allemande. 

Philosophie  morale  et  science  -pédagogique,  —  Le  séna- 
teur Castellan  Gliszczynshi  a  publié  une  belle  traduction 
de  l'ouvrage  allemand  de  Pockels,  sur  la  sociabilité.  M.  Jo- 
seph MiKLAszEwsRi  a  traduit  le  traité  du  mandarin  chinois 
sur  les  femmes  ,  et  M.  Bobrowsri  l'ouvrage  de  Kant  sur  la 
pédagogique.  On  a  aussi  publié  plusieurs  écrits  sur  la  mé- 
thode de  Lancaster,  etsur  les  moyens  de  la  mettre  en  pra- 
tique. Les  souvenirs  d'une  bonne  mère  (Pamionlka  podo- 
brey  matce) ,  par  mademoiselle  Clémentine  Tatnsra  ,  fille 
d'un  poète  distingué,  est  un  ouvrage  remarquable  par  un 
bon  choix  d'exemples  et  de  pensées;  il  a  été  lrè»-bien  ac- 
cueilli du  public. 

Littérature  et  beaux  arts. — Poésie. — La  jeunesse  polo- 
rtaise  cultive  avec  succès  la  liltérature  proprement  dilc  , 
et  donne  d'heureuses  espérances.  Il  paraît  que  les  meilleurs 
poètes  vivans,  MM.  TVoronicz  ^  Molshi  ,  Kruszynski ,  se 
reposent,  puisque  les  journaux  ne  sont  remplis  que  des 
essais  de  leurs  jeunes  émules,  tels  que  MM.  Tjmou^ski , 
Brodzinskij  Kicinskij,  GorecJI:iiitDmochot4^ski'Les  Polonais 
témoignent  toujours  une  prédilection  particulière  pour  les 
ouvrages  de  poésie,  qui  obtiennent  presque  seuls  les  hon- 
neurs de  la  réimpression.  Les  œuvres  de  6'tanis^s  Trem- 
BECKi,  les  délices  des  admirateurs  de  la  poésie,  étaient 
restées  jusqu'à  présent  dispersées  dans  des  journaux,  ou 
inédites  et  inconnues.  La  nouvelle  édition  de  ses  œuvres, 
qu'on  a  donnée  en  trois  volumes  ,  quoique  fort  incom- 
plète encore,  renferme  du  moins  beaucoup  de  pièces  qui 
ne  se  trouvent  poijit  dans  celle  qu'on  a  publiée  à  W  ilna, 
sous  la  rubrique  do  Lcipsick.  Les  Géorgiqucs   de  Virgile  et 


EN  POLOGNE.  39 

ia  poésie  latine  en  général  ont  été  l'objet  des  travaux  de 
plusieurs  traducteurs,  parmi  lesquels  se  distingue  M.  Fran- 
kou^ski. 

Romans. — On  a  quelquefois  prétendu  (voyez  Rei^.  Enc.^ 
tom.  VII,  pag.  1 3)  que  la  langue  polonaise  est  peu  propre 
à  se  plier  au  genre  de  style  qui  convient  aux  romans. 
M.  Louis  Sfi.0M0R0vrsKi  a  voulu  prouver  le  contraire,  et  il 
en  a  publié  un  cette  année.  Ce  roman  est  intitulé  :  Le 
comte  Ostrorog.  Nous  avons  eu  aussi  plusieurs  traductions, 
entre  autres,  les  Mères  rivales _,  de  madame  de  Genlis  ; 
Eléonore  ,  ou  la  Constance  triomphante ,  le  J^oyage  de 
Klinius  et  Simon  de  Nantua^  ou  le  Marchand  forain ,  de 
M.  de  Jussieu,  sorte  de  roman  populaire,  destiné  à  former 
une  lecture  à  la  fois  agréable  et  instructive,  surtout  pour 
les  enfans  des  classes  pauvres.  Le  traducteur  l'a  intitulé  : 
Mathieu  de  Jendrychow. 

Théâtres. — Il  y  a  six  principaux  théâtres,  où  Ton  repré- 
sente des  ouvrages  polonais,  à  Varsovie,  à  Wilna,  à  Minsk, 
àCracovie,  à  Léopol  et  à  Posen.  Nous  avons  aussi  quelques 
troupes  ambulantes.  Pour  donner  une  analyse  raisonnée 
des  ouvrages  dramatiques  représentés  sur  le  thééltre  de  la 
capitale,  il  faudrait  y  avoir  au  moins  passé  une  année,  parce 
que,  jusqu'à  présent,  les  pièces  même  les  plus  remarquables 
n'ont  pas  été  imprimées.  Il  y  a  quelque  tems  ,  la  So- 
ciété royale  des  amis  des  lettres  ayant  engagé  les  poètes  à 
consacrer  leurs  talens  à  des  sujets  nationaux  ,  MM.  Wen- 
zyk ,  Kropinshi  et  Felinski  se  distinguèrent  par  de  bons 
ouvrages  ;  mais  ces  ouvrages  n'avaient  pas  encore 
été  livrés  à    l'impression    en  1819   (i).  La.  comédie  et 


(1)  Felinski  est  mort  en  1820,  après  avoir  vu  imprimer  sa  tra- 
duction des  Géorgiques  françaises  de  Delille.  Il  a  laissé  une  tragédie 
intitulée  :  Barhè  Radzwil,  épouse  de  Sigismond  Auguste.  Le  second 


M  ÉTAT  DES  LETTRES 

l'opéra  se  sont  aussi  emparés  de  quelques  sujets  natio- 
naux. Boguslawski  (i]  ,  DmuszeusJci  et  Ziolkowski,  qui 
sont  au  rang  de  nos  premiers  acteurs,  ont  donné  au  théâ- 
tre beaucoup  de  pièces  originales.  Nous  avons  encore 
quelques  auteurs  comiques  et  tragiques,  et  deux  composi- 
teurs d'opéras  ,  MM.  Ehner  et  Kurpinski. 

Les  principaux  ouvrages  dramatiques,  publiés  en  i8ig, 
sont  des  traductions.  Nous  citerons  V Ecole  des  femmes  de 
Blolière  ,  mise  en  polonais  par  M.  Gérard  Y^^itowski,  et 
les  Templiers^  tragédie  de  M.  Raynouard,  traduite  par 
M.  Brodzinski.  La  versification  de  M.  Brodzinski  est  facile 
et  soignée,  et  sa  traduction  très-fidèle.  Il  l'a  fait  précéder 
ùiun  Précis  historique  bur  les  Templiers ,  dans  lequel  il  se 
montre  persuadé  de  leur  innocence  ;  il  pense  qu'il  exis- 
tait entre  eux  un  secret,  que  le  tems  n'a  pu  jusqu'ici  faire 
découvrir.  La  monstrueuse  tragédie  de  Fausty  de  Kliiige- 
mcum,  qui  s'est  emparé  du  sujet  déjà  traité  par  M.  Goethe, 
a  également  été  traduite;  mais  le  traducteur  a  gardé  l'a- 
nonyme. 

Parmi  les  ouvrages  dramatiques  nationaux,  imprimés  , 
on  distingue  Zbignieiu  (frère  duroi  Boleslas  lïl) ,  tragédie 
de  M.  NiEMCEWicz;  nous  citerons  aussi  le  drame  de  M.  Hu- 
MiCKi,  intitulé  :  G  aurore  k ,  et  le  château  de  Czorstyuy  ou 

volume  de  ses  œuvres  a  paru  depuis  peu  ;  on  y  trouve  une  traduc- 
tion de  Rkadamiste  et  Zènobie.  En  faisant  ici  mention  de  quelques- 
uns  de  nos  meilleurs  artistes  dramatiques,  nous  ne  pouvons  passer 
$ous  silence  le  nom  de  madame  Lcduchovrska  ,  née  Truskulavvsta  ; 
il  est  difficile  de  trouver  i#n  talent  aussi  distingué;  elle  est  surtout 
remarquable  dans  les  rôles  d'Atbalie ,  de  lady  Macbeth  et  Ophelie. 

(i)  Le  tjiéûtre  national  est  redevable  de  son  existence  à  M.  Bo- 
guslanski ,  qui  peut  en  Ctrc  regardé  comme  le  fondateur  ;  ses  co- 
médies ot  ses  opéras  sont  les  premières  pièces  <|u*on  y  ait  repré- 
^utécs 


EN  POLOGNE.  Al 

Bojom'ir  et  fVanda ,  opéra  de  M.  Joseph  Krasinsri  ,  dont 
la  musique  est  de  M.  Kurpinski  (i). 


(i)  Les  renseignemens  contem.s  dans  cette  Notice  ne  donnent 
pas  une  idée  complète  de  l'état  de  la  littérature  en  Pologne  ; 
d'autant  plus  qu'elle  ne  comprend  point,  comme  on  l'a  annoncé, 
ks  ouvrages  publiés  hors  du  royaume  de  Pologne,  proprement  dit, 
dans  les  autres  provinces  polonaises,  soumises  à  la  Russie,  à  l'Au- 
triche et  ^  la  Prusse.  La  littérature  polonaise  est  aussi  cultivée  dans 
les  capitales  de  ces  provinces,  Vilna,  Léopol  et  Posen ,  surtout  à 
Vilna  ;  et  quelques  Polonais,  amis  des  lettres,  ont  bien  voulu  s'en- 
gager à  nous  tenir  au  courant  des  progrès  que  feront  les  sciences 
chez  cette  intéressante  nation  ,  dont  les  derniers  efforts  promettent 
de  nouveaux  succès.  Nous  pourrons  ainsi  achever  le  tableau,  dont 
nous  n'avons  présenté  qu'une  ébauche.  Nous  espérons  que  nos  cor- 
respondans  des  autres  pays  voudront  bien  aussi  nous  adresser  de 
semblables  communications,  qui  nous  permettront  défaire  mieux 
apprécier,  par  d'utiles  rapprochemens,  les  progrès  comparés  de  la 
littérature  et  des  sciences  dans  les  principales  contrées  du  monde 
civilisé. —  Lorsqu'au  bout  de  quatre  ou  cinq  anaées,  nous  aurons  pu 
passer  en  revue,  d'un  côté,  les  différentes  nations  et  leurs  littéra- 
tures, ^insi  que  leurs  travaux  les  plus  importans;  de  l'autre,  les 
différentes  branches  des  connaissances  humaines,  et  les  inventions, 
les  découvertes  ,  les  méthodes  perfectionnées,  les  procédés  nouveaux, 
les  chefs-d'œuvre  des  arts  mécaniques  et  industriels  ou  des  beaux- 
arts;  puis  les  hommes  distingués  et  utiles  qui  consacrent  leur  vie  et 
leurs  pensées  à  des  objets  de  bien  public  ;  enfin  les  productions 
Scientifiques,  philosophiques,  historiques  et  littéraires  les  plus  re- 
marquables ,  dont  la  réunion  offrira  un  répertoire  bibliographique 
assez  complet  des  meilleurs  ouvrages  publiés  dans  chaque  pays,  nous 
rédigerons ,  d'après  ces  divisions ,  une  table  générale  et  raisonnée 
des  matières  contenues  dans  nos  seize  ou  vingt  premiers  volumes  ;  et 
cette  table ,  destinée  à  former  elle-même  un  Précis  des  résultats  de 
la  ciuilisaiion  comparée  ,  ou  de  V histoire  scientifique  et  littéraire  de 
chaquepays^  sera  envoyée  aux  souscripteurs  des  quatre  ou  cinq  pre- 
mières années  de  la  Rkvue  EiHcyci.opÉDiQUK,  comme  un  complément 
de  cette  collection,  et  un  moyen  d'y  faciliter  tous  les  genres  de  re- 
cherches. M.    A.    JULLIEN. 


VV^VVV\VVVVVVVVt)VVVVVV\VVVV«<V»\%-|/V\«%.««VVV>VVV\VVV\VVWV%VV\VVVVVVV\^VV\VVVfc 

IL  ANALYSES  D  OUVRAGES. 


SCIENCES  PHYSIQUES. 

Traité  couplet  de  mécanique  appliquée  aux  art&, 
contenant  ^exposition  méthodique  des  théories  et 
des  expériences  les  plus  utiles  pour  diriger  le  choix, 
l'invention ,  la  construction  et  l'emploi  d3  toutes  les 
espèces  de  machines  ;  par  M.  J.  A.  Borgnis  ,  ingé- 
nieur,  membre  de  plusieurs  académies    (i). 

Septième   traité. 

Des  machines  qui  servent  à  confectionner  les  étoffes _, 
contenant  la  manière  de  préparer  les  matières  filamen- 
teuses 5  animales  ou  végétales  y  l'examen  comparatif  des 
moyens  m,écaniques  employés  dans  les  filatures  ;  la  des- 
cription des  Tnétiers  avec  leurs  accessoires  pour  toutes  es- 
pèces  d'étoffes  ,  depuis  les  plus  simples  jusqu  aux  plus  figu- 
rées ;  enfin  ^  la  m,anière  de  donner  aux  étoffes  les  derniers 
apprêts  avant  qu  elles  soient  livrées  au  commerce  (  i  ). 

La  fabrication  des  étoffes  offre  une  série  d'opérations 
très -remarquables,  depuis  le  moment  où  les  matières 
premières  quittent  leur  forme  filamenteuse  pour  se  chan- 
ger en  un  tissu  qui  nous  frappe  par  son  fini  et  son  éclat, 
ou  nous  éblouit  par  la  vivacité  de  ses  couleurs  ou  par  la 

(i)  Voyez  les  analyses  des  autres  volumes  du  même  ouvrage  , 
qui  forme  une  sorte  à' Encyclopédie  des  arts  jnécaniques  et  indus- 
triels,  ci-dessus,  T.  I,  p.  227-244;  T.  II,  p.  21 5 -254;  T.  X,  p.  299- 
320,  et  T.  XI ,  p.  42-69  de  la  Rei-'ue  encyclopédique. 

(2)  Paris,  1S20.  Un  vol.  in-8°  de  546  pages,  avec  44  planc'cs. 
Bachelier,  libraire.  Prix  ,  3o  fr. 


SCIKJNCES  PHYSIQUES.  AS 

variété  de  ses  dessins.  Elle  emprunte  ses  méthodes  variées 
à  la  chimie  et  à  la  mécanique  usuelle.  Ses  opérations 
principales  peuvent  se  réduire  à  quatre ,  qui  se  retrouvent 
plus  ou  moins  dans  la  préparation  de  toutes  les  étoffes; 
i**  premiers  apprêts,  c'est-à-dire  nettoyage,  peignage  et 
cardage  des  filamens  ;  2"  filature  ;  3"  tissage  ;  A"  apprêts 
ultérieurs.  Mais  ces  opérations  élémentaires  reçoivent  des 
modifications  infinies,  suivant  la  nature  des  matières  pre- 
mières, qui  peuvent  être  prises  dans  les  trois  règnes  de 
la  nature,  et  qui  sont  animales,  comme  les  laines,  les 
duvets,  les  crins,  la  soie  ;  ou  végétales,  comme  le  lin,  le 
chanvre,  le  coton;  ou  enfin  minérales ,  comme  les  fils  ou 
les  lames  métalliques  d'une  grande  finesse. 

Elles  se  modifient  encore  d'après  les  usages  auxquels 
doit  servir  chaque  espèce  d'étoffe  et  selon  qu'elles  doi- 
vent leur  donner  divers  degrés  d'élégance  ou  de  richesse, 
de  force  ou  de  finesse,  de  souplesse  ou  de  légèreté^  d'élas- 
ticité ou  de  douceur.  En  un  mot  ,  elles  se  plient  ù  tous 
les  caprices  du  luxe  et  de  la  mode. 

Cette  branche  de  commerce,  déjà  si  digne  d'attention 
par  la  place  éminente  qu'elle  occupe  dans  l'industrie  na- 
tionale ,  se  fait  encore  remarquer  par  la  multitude  des 
procédés  ingénieux  qu'elle  a  créés  pour  varier  ses  produits 
et  les  approprier  à  tous  les  besoins  et  à  tous  les  goûts.  C'est 
une  suite  de  problèmes  de  mécanique,  dont  la  solution 
hardie  intéresse  le  savant  et  frappe  d'étonnement  l'homme 
vulgaire. 

Il  faudrait  un  volume  pour  analyser  tout  ce  qui  a  été 
fait  dans  ce  genre.  Nous  nous  bornerons  à  indiquer  les 
principales  améliorations  dont  s'est  enrichie  la  fabrication 
des  étoffes  dansées  derniers  tems,  au  point  d'être  devenue 
presque  un  art  nouveau.  Nous  renverrons  pour  le  surplus 
ù  l'ouvrage  même,  dans  lequel  toutes  les  parties  de  cet 


hk  SCIENCES  PHYSIQUES 

art  important  sont  décrites  avec  autant  de  clarté  que  de 
précision. 

Personne  n'ignore  que  c'est  à  M.  Douglas  qu'on  doit  l'in- 
troduction, en  France,  des  belles  machines  anglaises  à  ou- 
vrir et  à  mélanger  les  laines.  La  première  fait  l'ouvrage  de 
soixante  ouvriers,  et  la  seconde,  celui  de  plus  de  trente. 
Cet  artiste  habile  a  importé  aussi  les  machines  suivantes: 
1*  deux  machines  qui  donnent  le  premier  et  le  second 
dsgré  de  cardage.  Elles  cardent  i  Ao  livres  de  laine  par 
jour,  et  font  l'ouvrage  de  vingt-quatre  personnes  ;  2°  une 
machine  à  ébaucher  la  filature  ,  qui  file  jusqu'à  72  livres 
par  jour;  3°  une  machine  qui  perfectionne  celte  filature 
et  qui  file  en_fin  comme  le  feraient  vingt-quatre  ouvriers  ; 
4°  un  métier  à  navette  volante;  5°  une  machine  à  lainer, 
qui  fait  le  travail  de  vingt-quatre  ouvriers  ,  et  rend  le 
drap  plus  soyeux  et  plus  souple;  6°  des  machines  à  tondre 
les  draps  ;  7°  une  machine  ù  brosser  les  draps  pour  la 
presse.  Cette  machine  couche  le  poil  et  donne  le  lusfre , 
en  dix  minutes,  à  une  pièce  de  trente  aunes,  ce  qu'un 
homme  ne  ferait  pas  en  deux  heures. 

Ces  machines,  déjà  si  économiques,  ont  encore  reçu 
d'importantes  améliorations  par  MM.  Dobo,  John  Collier 
et  Cockreil. 

MM.  Faux  et  Georges  ont  imaginé,  en  1802,  plusieurs 
machines  ingénieuses  appelées  loups,  très-propres  à  ouvrir 
et  à  mélanger  les  laines. 

Monge  a  expliqué,  dans  un  mémoire  plein  d'intérêt, 
les  principes  du  feutrage;  l'auteur  en  rapporte  les  prin- 
cipaux faits  et  en  développe  le  mécanisme. 

La  machine  à  carder  la  laine  est  plus  simple  que  celle 
à  carder  le  coton.  La  laine  a  des  poils  raboteux  et  entor- 
tillés; les  filamens  du  coton  sont  droits  et  unis.  5Liis  ces 
deux  machines  se  ressemblent   en  ce  qu'elles  produisent 


SCIENCES  PHYSIQUES.  A5 

une  économie  et  une  perfection  extraordinaires,  que  n'at- 
teindrait jamais  la  main  de  l'homme.  Leur  principe  a  été 
appliqué  au  cardage  des  poils  pour  les  chapeaux,  par 
M.  Sarrazin ,  de  Lyon. 

Le  rouissage  du  lin  et  du  chanvre  'a  occupé  beaucoup 
de  personnes;  M.  Borgnis  cite  le  procédé  de  M.  Bralle 
pour  rouir  le  chanvre  et  le  lin  en  deux  heures  :  celui  de 
M.  d'Hondt  d'Arcy.  Il  explique  pourquoi  la  machine  de 
M.  Christian  n'a  pas  pu  réussir  pour  teiller  sans  rouissage. 

Le  décreusage  de  la  soie  exigeait,  pour  arriver  à  sa 
perfection,  la  main  de  M.  Roard,  exercée  aux  opérations 
manufacturières;  l'auteur  décrit  les  moyens  qu'il  met  en 
usage. 

Le  peignage  de  la  laine,  du  lin  et  du  chanvre  a  pour 
but  principal ,  de  démêler  les  filamens,  de  les  ranger  et 
de  les  coucher  parallèlement  les  uns  près  des  autres  en 
leur  conservant  leur  longueur.  Par  cette  opération,  la  laine 
ainsi  que  les  autres  matières  en  acquièrent  une  grande 
force.  M.  Porthouze  a  imaginé  une  machine  ingénieuse 
à  peigner  le  chanvre,  mais  elle  n'est  pas  sans  défauts» 
M.  Demaurey  a  eu  plus  de  succès  dans  le  peignage  de 
la  laine.  Sa  machine,  qui  lui  a  mérité  un  prix  en  1812, 
a  résolu  le  problème  d'une  manière  satisfaisante. 

Après  que  la  laine  et  les  autres  matières  ont  été  con- 
venablement épurées,  et  ensuite  cardées  ou  peignées,  on 
procède  à  la  filature,  qui  a  pour  objet  d'étirer  et  de  tordre 
les  filamens.  L'étirage  règle  la  finesse  du  fil  ;  la  torsion 
comprime  et  resserre  plus  ou  moins  les  filamens  qui  le 
composent. 

Les  procédés  de  filature  varient  suivant  la  nature  des 
matières  que  l'on  soumet  à  cette  opération.  La  filature  de 
la  laine  cardée  et  du  coton  présente  des  mécanismes  re- 
marquables, qui  possèdent  à  un  haut  degré  les  propriétés 


A6  SCIENCES  PHYSIQUES. 

indispensables  à  toute  machine ,  celle  de  produire  à  la 
fois  économie  et  perfection.  M.  Borgnis  est  le  premier  qui 
en  a  donné  une  description  complète  et  détaillée.  II  a 
rendu  par  là  un  grand  service  à  cette  branche  d'industrie', 
qui  prend  chaque  jour  de  nouyeaux  accroissemens,  tout 
en  perfectionnant  ses  produits. 

Les  divers  systèmes  de  filature  en  usage  pour  le  coton 
et  pour  la  laine  peuvent  se  réduire  à  trois,  désignés  sous 
les  noms,  i°  de  MuU-Jenny  à  pince  ;  2°  continue;  3°  Mull- 
Jenny  à  laminoir,  qui  est  une  combinaison  des  deux  pre- 
miers. 

Le  premier  de  ces  mécanismes  sert  particulièrement  à 
la  filature  de  la  laine.  M.  Sureda  a  proposé  de  diriger  le 
mouvement  du  chariot  par  un  procédé  mécanique  qui 
éviterait  l'inconvénient  d'un  long  apprentissage  pour  les 
fileurs,  et  rendrait  en  même  tems  la  filature  plus  parfaite 
et  plus  facile.  La  mécanique  ,  appelée  continue j  est  em- 
ployée pour  faire  la  chaîne  des  étoffes  de  coton.  Elle  pro- 
duit, par  un  mouvement  continu,  l'étirage,  la  torsion  et 
le  renvidage  du  fil.  Les  Mulls-Jennys  à  laminoir  servent 
à  filer  la  trame  et  les  fils  de  coton  d'un  numéro  très-élevé. 

A  la  description  de  ces  mécaniques,  M.  Borgnis  ajouté 
celle  d'une  machine  pour  carder  et  filer  à  la  fois,  et  d'un 
mouvement  continu,  le  coton  ou  la  laine.  Nous  regret- 
tons qu'il  n'ait  pas  fait  connaître  plus  en  détail  cette  ma- 
chine ingénieuse ,  de  sorte  que  nons  ignorons  si  l'expé- 
rience a  constaté  les  avantages  qu'elle  paraît  posséder. 

En  Tan  XI,  le  gouvernement  ouvrit  un  concours  dont 
le  but  était  le  perfectionnement  des  machines  à  filer  le 
coton.  Le  rapport  du  jury  contient  des  notices  intéres- 
santes sur  toutes  les  machines  présentées  par  les  concur- 
r^ns,  ainsi  qu'un  détail  historique  de  l'introduction  et  des 


§,  SCIENCES  PHYSIQUES.  A7 

progrès  de  ces  mécaniques  en  France.  Le  prix  fut  accordé 
à  MM.  Liewen  Bawens  et  James  Farrar. 

Les  procédés  pour  filer  la  laine  peignée  ne  ressemblent 
pas  aux  précédens.  C'est  à  M.  Dobo,  habile  mécanicien, 
que  l'on  doit  la  plupart  des  améliorations  que  cette  branche 
imporlante  de  l'industrie  française  a  acquise  depuis  quel- 
ques années. 

Quoique,  depuis  l'an  Y,  on  ait  établi  en  France  plusieurs 
mécaniques  à  filer  le  lin,  il  ne  paraît  pas  que  ces  machines 

i    soient  assez  perfectionnées  pour  devenir  d'un  usage  géné- 
ral. A  cette  occasion,  M.  Borgnis  élève  cette  question  qui 

\  a  lieu  de  surprendre  :  a  Serait-il  bien  désirable  que  ces 
mécaniques,  ainsi  que  bien  d'autres,  arrivassent  à  un  tel 
degré  de  perfection,  qu'elles  pussent  être  partout  substi- 
tuées, apec  un  avantage  évident  j  à  la  filature  ordinaire?» 
De  la  manière  dont  l'auteur  a  posé  cette  question ,  on  ne 
s'attendait  pas  à  une  solution  négative  ;  c'est  cependant 
celle  qu'il  donne,  plus  frappé  sans  doute  des  inconvé- 
niens  passagers  de  ces  machines,  que  de  leurs  avantages 
perpétuels.  S'il  est  vrai  que  les  machines  sont  des  esclaves 
ingénieux  et  actifs,  qui  travaillent  et  nous  servent  sans 
exiger  aucun  salaire,  on  ne  voit  pas  quel  motif  pourrait 
porter  à  proscrire  ces  ouvriers  aussi  précieux  par  leur  ha- 
bileté que  par  leur  désintéressement.  C'est  ce  qu'ont  senti 
les  nations  les  plus  industrieuses  qui  se  sont  empressées 
d'adopter  des  mécaniques  de  toute  espèce  pour  abréger 
et  perfectionner  leurs  travaux,  et  qui,  en  conséquence, 
ont  vu  s'accroître  leur  industrie,  leur  aisance  et  leur  popu- 
lation. 

La  filature,  ou  plutôt  le  retordage  de  la  soie,  s'opère  par 
des  mécanismes  entièrement  différens  de  ceux  employés 
pour  les  autres  matières.  Le  fil  de  soie  est  filé  par  le  ver 
lui-même  ;  il  ne  reste  plus  qu'a  lui  donner  plus  de  force  en 


A8  SCIENCES  PHYSIQUES. 

réunissant  et  en  retordant  plusieurs  fils  simples.  MM.  Vil- 
lard  ,  Tabarin  et  Rival  ont  imaginé  plusieurs  tours  pour 
tirer  la  soie.  La  belle  machine  de  Vaucanson  pour  organ- 
siner  la  soie  est  encore  la  meilleure  que  l^on  connaisse , 
malgré  ses  défauts. 

L'opération  du  tissage  offre  encore  plus  de  variétés  que 
la  filature;  elle  donne  des  étoffes  unies,  satinées,  croisées, 
à  mailles,  elc. ,  sans  compter  le  nombre  infini  de  combi- 
naisons que  peut  donner  l'emploi  du  fil  de  diverses 
couleurs. 

Le  tissage  des  étoffes  unies  peut  se  faire  par  des  pro- 
cédés entièrement  mécaniques.  Vaucanson  est  le  premier 
qui. ait  eu  Tidée  de  cette  importante  amélioration,  qu'il  fit 
connaître  en  17A7.  M.  Rober-Miller  prit,  en  1796,  une 
patente  pour  l'invention  d'un  métier  mécanique;  mais 
celui  de  M.  Horrok  de  Stokfort,  qu'on  a  vu  exposé  au 
Louvre  en  1819,  présente  des  perfectionnemens  qui  le 
rendent  préférable  à  tous. les  autres.  M.  Borgnis  le  fait 
connaître  en  détail,  de  même  qu'un  mécanisme  qui  présente 
de  grands  avantages,  et  dont  M.  Despiau  est  inventeur. 

L'auteur  décrit  la  fabrication  des  étoffes  façonnées ,  des 
lapis  de  la  Savonnerie,  d'Aubusson  et  de  Beauvais,  et  des 
tapisseries  des  Gobelins  ;  un  métier  mécanique  pour  fabri- 
quer plusieurs  pièces  de  ruban  à  la  fois.  Il  passe  ensuite 
à  la  fabrication  des  tissus-maille,^  dont  il  fait  connaître  les 
améliorations  produites  parle  métier  à  bas  de  M.  Jandeau, 
ceux  de  MM.  Viardot,  Dautry,  Bellemère;  le  métier  à 
tricot  de  M.  Moisson ,  et  surtout  celui  de  M.  Favrcau,  qui 
possède  de  grands  avantages.  Le  métier  pour  les  tricots 
fourrés  de  M.  Mathis  est  aussi  très-remarquable. 

Après  le  tissage,  il  ne  reste  plus  qu'à  faire  subir  aux 
étoffes  quelquos  apprêts  ultérieurs,  afin  de  les  livrer  aux 
consommateurs. 


SCIENCES  PHYSIQUES.  A9 

i"  Lavage.  Deux  nouvelles  machines  sont  employées 
pour  blanchir  et  repasser  le  linge  de  ménage  avec  éco- 
nomie et  promptitude.  Le  blanchiment  des  étoffes,  le 
foulage  et  le  dégraissage  du  drap  s'exécutent  aussi  par  r>es 
procédés  mécaniques  très-avanlageux. 

2°  Teinture.  M.  de  la  Boulaye-Marillac  a  inventé  une 
espèce  de  laminoir  pour  tondre  plus  parfaitement  les  pièces 
de  drap. 

3°  Impression.  Cette  opération  s'exécute  actuellement 
avec  autant  de  rapidité  que  de  perfection,  grâce  à  lu 
machine  à  cylindre. 

A"  Lustrage  j  moirage  ,  laminage ,  gaufrage  et  ratinage. 
Les  étoffes  reçoivent  ces  apprêts  par  des  machines  plus 
ou  moins  parfaites,  mais  dont  il  serait  trop  long  de  don- 
ner seulement  l'indication.  Nous  en  dirorïs  autant  du  gril^ 
lagej  du  tondage,  et  du  ciselage\  dont  les  procédés  mé- 
caniques sont  décrits  avec  le  plus  grand  soin  par  M.  Bor- 
gnis.  Nous  ferons  mention  seulement  de  la  tondeuse  de 
M.  Poupart  de  Neuflize ,  que  l'on  a  vue  en  activité  au 
Louvre,  en  1819,  qui  donne,  en  douze  heures,  la  coupe 
à  1200  aunes  de  drap  cinq-quarts,  et  remplace  par  con- 
séquent 4o  forces  à  la  main. 

Huitième  Traité. 
Des  machines  qui  imitent  ou  facilitent  les  fonctions 
vitales  des  corps  animés  ;  suivi  d'un  appendice  sur  les 
macJiines  théâtrales  ancinenes  j  et  sur  les  procédés  en 
usage  dans  les  théâtres  modernes  ^  pour  effectuer  les  chan- 
gemens  à  vue ,  les  vols  directs  et  obliques ,  et  plusieurs 
autres  effets  (i). 

Ce  traité  renferme  une  série  de  machines  très-curieuses 
par  lesquelles  la  mécanique  étale  tous  ses  prodiges. 

(i)  Paris,  1820.  Un  vol.  in -4°  de  Sri  pages,  avec  27  planches. 
Bachelier,  libraire.  Prix,  21  fr. 

Tome  xii.  .  A 


50  SCIENCES  PHYSIQUES. 

Le  premier  livre  a  pour  objet  les  moyens  mécaniques 
propres  à  imiter  ou  à  aider  les  fonctions  vitales  corporelles. 
L'auteur  y  passe  d'abord  en  revue  les  membres  artificiels, 
mécanismes  bienfaisans ,  qui  rétablissent,  dans  l'usage  de 
ses  membres,  l'infortuné  qui  aurait  eu  le  malheur  de  les 
perdre,  entre  autres  les  belles  inventions,  à  l'aide   des- 
quelles M.  Dèsormeaux  est  parvenu  à  suppléer  à  une  main 
qu'il  a  perdue.  Il  décrit  ensuite  les  androîdes  ou  hommes 
artificiels,  qui   imitent  les  mouvemens  naturels   à   Taide 
d'une  force  motrice,  placée  soit  à  l'intérieur,  soit  à  l'exté- 
rieur. Il  fait  connaître  les   diverses  méthodes  de  trans- 
porter les  personnes  d'un  lieu  à  un   autre,  les  chaises  à 
porteur,  les  litières,  les  palanquins,  les  brancards,  les 
lits  mobiles  à   l'usage  des  malades.  Il  donne  avec  détail 
la  description  des  diverses  espèces   de   traîneaux  et    de 
voitures,  et  les  moyens  de  prévenir  les  accidens  que  leur 
usage  pourrait  occasionner;  les  péhiciiles-aufomates  mus 
par  des  hommes  qui  s'y  font  traîner,  et  ceux  de  pure  cu- 
riosité mus  par  des  ressorts  intérieurs. 

Dans  les  cas  si  fréquens  d'incendie,  on  emploie  des 
mécanismes  précieux  qui  servent  à  pénétrer  dans  l'inté- 
rieur des  édifices  pour  sauver  les  personnes  et  les  efi'ets. 
On  remarque  dans  ce  nombre  les  chaises  et  les  planchers 
volans,  et  surtout  les  belles  inventions  de  MM.  Régnier, 
Daujon ,  Castera  et  Tréchart.  M.  Borgnis  s'arrCle  sur  les 
expériences  remarquables  de  Van-Marum,  et  sur  les 
moyens  qu'elles  donnent  pour  maîtriser  avec  promptitude 
les  incendies  les  plus  dévorans.  Il  n'a  point  oublié  la 
description  de  l'appareil  anglais  pour  ramoner  les  che- 
minées. 

Il  traite  ensuite  du  parachute  et  des  moyens  qui  ont 
été  proposés  pour  la  direction  des  ballons  aérostatiques. 

Les  vcnlilaleurs  et  les  divers  appareils  pour  détruire  le 


SCIENCES  PHYSIQUES.  5! 

méphltisme,  les  émanations  insalubres  ou  désagréables, 
et  pour  secourir  les  noyés  et  les  asphyxiés,  terminent  le 
premier  livre. 

Le  second  livre ,  consacré  aux  procédés  artificiels  qui 
facilitent  les  fonctions  intellectuelles,  contient  les  mé- 
thodes d'imiter  mécaniquement  la  voix  et  le  chant ,  de 
fixer  la  pensée  et  d'en  faciliter  la  propagation ,  de  la  trans- 
mettre au  loiaavec  célérité,  et  enfin  de  faciliter  les  calculs 
et  la  détermination  des  quantités  diverses.  Les  inventions 
les  plus  remarquables  dans  ce  genre,  sont  les  automates- 
parlans,  le  Auteur  et  le  joueur  de  tambourin  de  Vaucanson, 
les  musiques  mécaniques  et  le  notage  des  cylindres. 

Pour  fixer  et  multiplier  la  pensée  ,  on  remarque  les 
polygraphes  ,  les  ambotraces,  les  presses  à  copier,  l'ingé- 
nieuse machine  à  graver  les  lettres  de  M.  Rochon,  et  les 
instrumens  pour  écrire  à  l'usage  des  aveugles. 

Pour  transmettre  la  pensée  au  loin,  on  emploie  des  si- 
gnaux de  diverses  espèces.  L'invention  la  plus  nouvelle 
est  celle  de  M.  Chappe,  qui  a  donné  naissance  aux  télé- 
graphes de  terre,  à  ceux  pour  la  marine,  et  aux  télégra- 
phes portatifs  et  militaires.  Cette  découverte,  dontle  gou- 
vernement s'est  réservé  le  monopole,  pourrait  devenir  d'une 
importance  bien  supérieure ,  si  elle  était  appliquée  aux 
usages  de  la  vie  civile,  et  surtout  aux  besoins  rapides  du 
commerce. 

Pour  mesurer  les  quantités ,  on  emploie  des  moyens 
mécaniques,  tels  que  les  compteurs,  les  odomètres,  etc. 
D'autres  machines  servent  à  calculer,  comme  les  a^<2</2:^^5, 
le  bâton  de  Neper ,  les  règles  à  échelles  logarithmiques , 
les  boîtes  à  calculer  et  la  machine  arithmétique  de  Pascal. 
L'auteur  joint  à  cette  dernière  la  machine  de  Clairault 
pour  construire  les  équations  ,  et  les  divers  instrument 
pour  dessiner  mécaniquement  la  perspective. 

A* 


52  SCIENCES  PHYSIQUES. 

La  dernière  partie  de  ce  volume  n'est  pas  la  moin» 
intéressante  :  elle  renfermé  tout  ce  qui  est  relatif  aux  ma- 
chines théâtrales  anciennes  et  modernes. 

Les  édifices  de  l'antiquité  destinés  aux  spectacles  pu- 
hlics  étaient  plus  grands  et  plus  variés  que  les  nôtres; 
tels  étaient  le  cirque,  l'amphithéâtre,  les  hassins  pour  les 
naumachies  ,  le  théâtre  et  TOdéon. 

La  plus  étonnante  ,  sans  contredit,  des  machines  théâ- 
trales des  anciens  devait  êlre  le  mécanisme  pour  faire 
manœuvrer  le  velarium,  qui  couvrait  leurs  immenses  am- 
phithéâtres. Aucun  auteur  de  l'antiquité  ne  l'a  décrit  ; 
cependant  M.  Borgnis,  en  prenant  pour  hase  les  passage» 
des  auteurs  qui  en  ont  pailé  et  l'examen  des  amphi- 
théâtres antiques  qui  existent  encore,  en  a  trouvé  une 
explication  aussi  simple  qu'ingénieuse.  Il  a  rendu  compte, 
avec  un  égal  succès,  de  la  forme,  de  la  position  et  de  la 
manœuvre  des  décorations  théâtrales  antiques,  qu'on  avait 
cherché  à  expliquer  par  des  suppositions  erronées. 

Il  passe  ensuite  aux  théâtres  modernes,  et  donne  la  des- 
cription des  plus  remarquables.  Il  entre  dans  beaucoup 
de  détails  sur  la  distribution  et  sur  la  construction  des 
diverses  parties  d'un  théâtre  à  machines,  sur  les  pièces 
de  service  qui  doivent  lui  êlre  annexées,  sur  les  nou- 
veaux moyens  inventés  pour  éviter  les  incendies,  et  enfin 
sur  les  divers  modes  d'éclairage  des  spectacles. 

L'art  du  décorateur,  à  l'aide  des  machines,  est  par- 
venu, sur  les  théâtres  modernes,  â  imiter,  en  produisant 
la  plus  parfaite  illusion,  non  seulement  les  effets  naturels, 
mais  encore  tout  ce  que  la  mythologie  et  la  féerie  ont 
imaginé  de  plus  merveilleux.  On  y  a  multiplié  les  chan- 
gemens  c\  vue,  les  vols  directs  et  obliques,  la  descente  et  l'ap- 
parition soudaine  des  divinités  célestes  et  infernales.  On 
y  imite,  à  s'y  méprendre,  le  vent,  le  tonnerre,  les  éclairs. 


SCIENCES  rinSIQlES.  5,1 

iv,6  Icinpcles,  les  incendies,  les  flots  d'un  fleuve,  les\agucs 
de  la  mer,  la  couleur  de  l'aurore  prenant  imperce|)lil)!c- 
menl  des  teintes  plus  vives  et  plus  éclatantes,  la  lumière 
douce  et  divine  de  i'Êlyséc,  etc.  L'explicalijn  de  ces 
effets  merveilleux  termine  agréablement  le  dernier  livre 
de  l'ouvrage,  et  délasse  l'esprit  du  lecteur  de  la  fatigue 
qu'a  pu  lui  donner  l'étude  attentive  de  tant  d'objets  que 
nous  venons  de  pnrcourir. 

Cependimt  M.  Borgnis  ne  se  croit  pas  encore  au  terme 
de  la  carrière  qu'il  a  parcourue  avec  tant  de  succès.  Il  a 
formé,  il  est  vrai,  une  collection  complète,  autant  que 
possible ,  des  moyens  mécaniques  que  l'industrie  em- 
ploie; mais,  cet  ouvrage  étant  spécialement  consacré  à 
Futilité  des  artistes,  iladûéviteiiavecsoin  tout  ce  qui  aurait 
pu  les  détourner  d'en  faire  usage;  il  a  dû  s'abstenir  d'em- 
ployer les  méthodes  géométriques  et  analytiques,  ainsi  que 
tout  autre  appareil  scientifique.  Il  n'aurait  pu  d'ailleurs 
entremêler  la  théorie  de  la  science  de  détails  descriptifs, 
sans  lui  faiie  perdre  l'ordre,  la  clarté  et  la  concision  qui 
lui  sont  si  nécessaires,  et  pour  l'entendre,  et  pour  la  rendre 
fructueuse. 

11  se  propose  de  publier  un  volume  qui  contiendra  la 
théorie  de  la  mécanique  usuelle,  c'est-à-dire  les  applica- 
tions, non  seulement  de  la  géométrie  proprement  dite, 
mais  encore  de  l'analyse  et  de  la  physique  ,  au  perfec- 
tionnement des  moyens  mécaniques  dont  l'industrie  fait 
usnge. 

A  cet  ouvrage,  il  en  joindra  trois  autres.  Le  premier  con- 
tiendra un  Essai  sur  rhistolre  de  la  mécanique  et  sa  biblio- 
graphie ;  le  second,  la  Description  des  macliiiies  et  des 
iiLstrumens  de  physique^  de  géodésie  et  d'astronomie ^  et 
le  dernier  sera  un  Dictionnaire  de  mécanique  ^  qui  renfer- 
mera la  t;il)le  analytique  et  raisonnée  de  l'ouvrage  entier. 


BA  SCIENCES  PHYSIQUES. 

Puisse-t-il  bientôt  nous  donner  ce  complément  précieux 
du  grand  et  important  ouvrage  qu'il  a  entrepris! 

La  manière  dont  M.  Borgnis  a  traité  la  description  des 
arts  mécaniques  nous  fait  juger  d'avance  de  tout  l'intérêt 
que  présenteront  les  quatre  volumes  qu'il  a  annoncés.  En 
éclairant  la  marche  de  l'industrie,  il  lui  fera  faire  des  pas 
plus  sûrs  et  plus  rapides  dans  la  route  de  la  perfection. 

En  parcourant  ce  Traité  de  mécanique  applicable  à 
l'industrie,  on  s'aperçoit  de  la  liaison  intime  qui  unit  tous 
les  arts  entre  eux,  et  qui  fait  que  la  perfection  des  uns 
contribue  nécessairement  aux  progrès  des  autres.  Ainsi ^ 
l'invention  de  la  machine  à  vapeur  a  facilité  l'extraction  des 
métaux  et  perifectionné  les  travaux  de  la  métallurgie  :  à  son 
tour,  celle-ci  a  amélioré  et  rendu  plus  facile  la  construc- 
tion de  ces  machines  précieuses.  Ainsi,  le  perfectionne- 
ment dans  la  fabrication  des  étoffes,  par  les  moyens  des 
mécaniques,  a  étendu  et  amélioré  la  culture  des  matières 
premières;  et  celles-ci,  perfectionnées,  ont  permis  aux 
manufactures  de  donner  de  plus  beaux  tissus.  L'étude  des 
arts  prouve  à  chaque  instant  cette  vérité.  On  voit  donc  quel 
service  éminent  leur  a  rendu  notre  auteur,  en  réunissant 
dans  un  même  ouvrage  tant  de  procédés  qui  s'éclairent  et 
se  soutiennent  mutuellement. 

Mais  cette  fraternité  qui  unit  tous  les  arts  entre  eux,  les 
rattache  également  aux  sciences  par  des  liens  intimes. 
C'est  seulement  depuis  que  les  arts  ont  fourni  aux  savans 
des  instrumens,  des  machines,  des  moyens  d'observer  , 
que  les  sciences  ont  fait  des  progrès  rapides.  Ce  ne  sont 
pas  seulement  les  sciences  proprement  dîtes,  mais  encore 
toutes  les  connaissances  humaines,  qui  doivent  aux  arts 
leurs  étonnans  progrès.  Il  suflira  de  citer  pour  preuve 
l'art  de  l'imprimeur  et  celui  du  navigateur. 


SCIEiNCES  PHYSIQUES.  55 

Puisque  les  arts  industriels  ont  tant  d'influence  sur  les 
progrès  des  sciences  ,  les  savans,  si  ce  n'est  par  reconnais- 
sance, au  moins  par  intérêt,  devraient  rendre  à  l'indus- 
trie les  bienfaits  qu'ils  en  reçoivent ,  en  éclairant  de  leurs 
lumières  sa  marche  trop  souvent  timide  et  incertaine.  Tel 
est  le  but  que  se  propose  M.  Borgnis  par  la  publication  des 
quatre  volumes  qu'il  annonce,  but  qu'il  atteindra  ,  nous 
n'en  doutons  pas,  à  la  satisfaction  générale.  Ce  dernier 
ouvrage  rendra  aux  arts  industriels  un  service  non  moins 
éminent  que  le  premier.  Ce  travail,  une  fois  complété,  et 
renfermant  en  môme  tems  la  théorie  et  la  pratique  ,  sera 
un  monument  durable  élevé  à  l'industrie  scientifique,  et 
manufacturière,  et  qui  méritera  à  son  auteur  la  reconnais- 
sance de  tous  ceux  qui  s'intéressent  aux  progrès  des  con- 
naissances humaines,  ou  au  bonheur  de  Thumanité. 

L.  SÉb.  Le  Normand  ,  professeur  de  technologie. 

Recherches  statistiques  sur  (a  ville  de  Paris  et  sur  le 
département  delà  Seine;  recueil  de  tableaux  dressés 
et  réunis  d'après  les  ordres  de  M.  le  comte  de  Cha- 
brol ,  conseiller-d'état f  préfet  du  département  (  i  ) . 

C'est  un  résultat  nécessaire  du  mouvement  progressif  de 
civilisation,  que  la  publicité  qu'on  donne  aujourd'hui  en 
France  à  une  foule  de  documensprécieux,  qui  restaient  jadis 
enfouis  dans  les  archives  de  l'administration.  Perdus  pour 

(i)  Paris,  1821  ;  imprimerie  de  Ballard,  rue  J.-J.  Rousseau,  n°8, 
et  lithographie  de  l'école  royale  des  ponts  et  chaussées.  Un  vol.  in-S* 
de  1 13  pages  et  62  tableaux  (ne  se  vend  pag;  ce  qui  excite  les  justes 
regrets  des  hommes  éclairés  ,  qui  sentent  combien  fa  publicité  de 
pareils  ouvrages  serait  favorable  aux  progrès  des  lumières  et  de  1« 
civilisation),  N.  D.  R. 


56  SCIENCES  PHYSIQUES. 

les  sciences,  pour  l'histoire  et  pour  l'utilité  publique  ,  ces 
matériaux  demeuraient  souvent  inutilesau  magistrat  même, 
à  cause  de  la  diirK3ulté  de  comparer  des  faits  incohérens  ou 
hétérogènes  ;  cet  ordre  lumineux ,  sans  lequel  la  vérité  ne 
se  découvre  point,  ne  pouvait  y  pénétrer  que  parle  secours 
de  l'esprit  d'analyse,  de  l'art  d'observer  et  des  rapproche- 
mens  éclairés  par  la  science.  Heureusement,  nous  avons  eu, 
depuis  vingt  ans,  à  la  tête  des  affaires,  ou  da  nsles  grandes 
magistratures  administratives,  des  esprits  supérieurs  aux 
anciennes  routines,  qui  n'ont  pas  craint  d'exposer  au  grand 
jour  les  résultats  capables  d'intéresser  le  commerce  ,  l'in- 
dustrie ,  la  santé  publique  ,  les  élémens  de  la  population, 
la  production  et  la  consommation  des  denrées ,  la  distribu- 
tion des  secours  ;  en  un  mot,  toute  l'économie  civile.  De  là , 
le  perfectionnement  graduel  parmi  nous  delà  slatist/que, 
science  qui,  pour  être  nouvelle  ,  n'en  est  pas  moins  posi- 
tive, et  qui  est  en  honneur  chez  nos  voisins  depuis  plus 
long-tems  que  chez  nous.  Il  appartenait  surtout  à  cette  science 
de  profiter  de  l'heureuse  révolution  qui  s'est  faite  dans  les 
esprits  :  de  toutes  parts,  on  sentait  le  besoin  de  donner  aux 
recherches  de  statistique  une  direction  plus  sûre  ,  lorsque 
l'institut  de  France  résolut  d'offrir  un  prix  annuel  pour  le 
meilleur  ouvrage  en  ce  genre.  Plusieurs  travaux  importans 
ont  déjà  été  couronnés  ,  et  l'on  doit  s'applaudir  de  l'ému- 
lation qui  anime  aujourd'hui^sur  tous  les  points  du  royaume, 
un  grand  nombre  de  magistrats  et  de  citoyens  éclairés. 

L'objet  des  travaux  de  statiïtique  est  l'énumération 
exacte  ,  méthodique  et  complète  des  faits  qui  intéressent 
l'état  physique  et  l'état  civil  d'un  pays,  ou  bien  d'une  grande 
ville.  Déjà  le  célèbre  Lavoisier  avait  posé  les  fondc- 
mcns  de  cette  branche  importante  de  l'économie  pu- 
blique, dans  un  savant  mémoire  lu  à  Tacadémie  des  scien- 
ces. Il  convenait   donc  à  cette  savante  compagnie   de   se 


SCIENCES  PHYSIQUES.  57 

mettre  à  la  tête  des  nouvelles  recherches  ,  encore  plas  pré 
cises  et  plus  approfondies,  dont  la  France  va  devenir  l'objet. 
On  ne  saurait  dire  jusqu'à  quel  point  un  tel  plan,  suivi 
avec  persévérance  pendant  quinze  années  seulement,  peut 
accroître  les  lumières  et  la  prospérité  publique. 

L'ouvrage  que  nous  annonçons  aujourd'hui  peut  être  mis 
au  premier  rang  parmi  ceux  qui  méritent  de  fixer  l'atten- 
tion générale.  D'abord,  il  présente  ce  cachet  d'authenticité 
qui  inspire  une  confiance  entière.  On  doit  la  réunion  des 
matériaux  dont  il  se  compose,  et  la  publicité  qu'ils  reçoi- 
vent, à  l'un  de  nos  administrateurs  les  plus  éclairés,  en 
même  tems  que  les  plus  zélés  pour  le  bien  public.  Premier 
magistrat  de  la  capitale,  il  a  dès  long-tems  médité  sur  l'im- 
portance des  recherches  qui  embrasseraient  toute  la  statis- 
tique de  cette  grande  ville;  de  bonne  heure  aussi,  il  a  reconnu 
l'avantage  qu'il  y  aurait  de  publier  les  faits  et  les  résultats, 
afin  d'appeler  l'examen  des  savans,  des  hommes  d'état,  des 
personnes  qui  sont  à  la  tête  du  commerce  et  de  l'industrie , 
enfin  de  tous  les  citoyens  amis  du  pays.  C'est  avec  raison 
que  M.  le  comte  de  Chabrol  a  pensé  que  cette  publicité 
était  sans  inconvénient ,  et  qu'elle  serait  au  contraire  très- 
utile  à  l'amélioration  physique,  industrielle,  commerciale 
et  même  morale  et  intellectuelle  de  la  cité.  On  lui  doit 
donc  des  actions  de  grâces  pour  ce  nouveau  service  rendu  à 
la  ville  de  Paris ,  qui  lui  est  déjà  redevable  à  tant  d'égards. 
La  seule  exposition  des  principaux  résultats  compris  dans 
les  Recherchf^s  statistiques  sur  la  ville  de  Paris,  suffira 
pour  en  faire  comprendre  le  mérite  et  l'étendue.  Soixante^ 
deux  tableaux  numériques,  accompagnés  d'explications  et 
précédés  d'un  rapport  au  ministre  sur  le  dernier  dénom- 
brement, forment  la  seconde  moitié  du  recueil.  Ces  ta- 
bleaux renferment  une  quantité  presque  innombrable  de 
résultats  exprimés  en  chilTres,  c'est-à-dire  sous  une  forme 


68  SCIENCES  PHYSIQUES. 

exacte,ct  par  conséquent  exempts  de  l'arbitraire,  du  vague 
et  de  l'incertitude  attachés  aux  idées  conjecturales;  ils  rou- 
lent sur  les  objets  suivans  :  météorologie;  état  de  la  rivière; 
dénombrement  de  la  population  de  Paris  ,  considérée  par 
rapport  à  l'âge,  au  sexe,  à  l'état  civil,  aux  ménages,  etc.  ; 
loi  de  population  ;  mortalité  ;  enfans  naturels  ;  maladies  les 
plus  communes  ;  petite  vérole  et  vaccination  ;  population 
des  hospices  ,  avec  l'âge  et  la  profession  des  individus  qui 
y  sont  admis  ;  agriculture  des  arrondissemens  ruraux  du 
département  de  la  Seine  ;  marchés  ;  écoles  gratuites  élé- 
mentaires; produits  des  théâtres  et  des  lieux  d'amusement 
public  ;  voitures  et  moyens  de  transport  de  toute  espèce  ; 
consommation  des  hospices;  consommation  générale  de  la 
ville  de  Paris  ,  etc.  etc. 

Déjà,  ce  dernier  sujet  avaitété  traité  avec  succès  par  M.  de 
Chateauneuf,  dans  un  mémoire  qui  a  obtenu  le  suffrage  de 
l'académie  des  sciences,  et  qui  a  pour  titre:  RecJierches  sur 
les  consommations  de  tout  genre  de  la  ville  deParis^en  1817, 
comparées  à  ce  qiùelles  étaient  en  1789.  Cet  ouvrage  est 
même  un  des  meilleurs  qui  aient  été  imprimés  en  France 
sur  la  statistique  ;  mais  ce  n'est  pas  ici  le  lieu  de  le  com- 
parer avec  les  tableaux  publiés  par  l'administration  ,  qui 
d'ailleurs  a  libéralement  fourni  à  l'auteur  tous  les  rensei- 
gnemens  dont  il  avait  besoin.  Nous  nous  bornerons  à  citer 
quelques-uns  des  résultats  consignés  dans  le  tableau  56  , 
destiné  à  faire  connaître  les  consommations  de  Paris  en 
tout  genre.  En  1818,  il  a  été  vendu  522,891  hectolitres 
devin,  4o,343  hectolitres  d'eau-de-vie,  73,870  bœufs  , 
3.35,^16  moutons,  62,4o6  porcs,  environ  3,34o,ooo  kilog. 
de  beurre,  80,000,000  d'œufs ,  i,oii,3oo  stères  de  bois  , 
1,613,569  hcct.  de  charbon  de  bois,5o3,372  de  charbon  de 
terre,  879, 681  d'avoine,  i,i52,i  12  de  plâtre,  3,777,101^,000 
carreaux  de  terre   cuite  ;  enfin  ,  pour  2,826,567  franc»  de 


SCIENCES  PHYSIQUES.  59 

marée,  et  6,689,318  francs  de  volaille  et  gibier.  Ces  di- 
verses consommations  sont  proportionnellement  moindres 
qu'avant  la  révolution  ,  excepté  pour  le  charbon  de  terre  , 
l'eau-de-vie  et  la  viande  de  porc  ;  la  consommation  des 
deux  premières  denrées  est  plus  que  doublée. 

A  l'égard  du  pain  ,  on  sait ,  par  des  données  exactes  , 
quoiqu'un  peu  moins  précises,  que.  la  consommation  est 
de  ii3,88o,ooo  kilog.  par  année,  ou  167  kil.,  99  par  tête 
d'habitant  (o,kil.  A6o25  par  jour  et  par  individu,  à  peu 
près  une  livre  ).  Il  est  remarquable  que  cette  mesure  est , 
à  un  millième  près,  précisément  celle  que  Lavoisier  avait 
trouvée,  par  ses  calculs  pour  1775  et  1789. 

La  consommation  des  pommes  de  terre  est ,  dans  une 
année,  de  323,6 10  hectolitres;  il  a  été  constaté  par  la  fa- 
culté de  médecine  que  trois  kilogrammes  de  cette  racine 
nourrissent  autant  qu'un  kilogramme  de  pain. 

Les  nombres  qui  précèdent  ne  forment  qu'une  très- 
petite  partie  de  l'état  des  consommations  de  Paris,  qui,  lui- 
même  ,  n'est  qu'un  exemple  puisé  dans  les  62  tableaux 
formant  la  deuxième  partie.  J'en  citerai  encore  quelques 
résultats.  Le  recensement  de  la  population  de  Paris,  au 
1"  mars  1817,  montait  à  713,966  individus,  et  non 
713,765,  comme  on  l'a  donné  dans  l'Annuaire  du  bureau 
des  longitudes.  Sur  657,172  individus  dont  l'âge  a  été 
connu  par  le  recensement,  A3,35o  étaient  âgés  de  5  à  10 
ans,  et  47,368  de  10  à  i5  ans. 

Les  hospices  civils,  intérieurs  et  extérieurs >  ont  reçu 
1 5,842  individus,  ce  qui  porte  la  population  totale  dépen- 
dant de  Paris  à  717,212. 

Les  657,172  individus  recensés  forment  224,922  mé- 
nages, qui  habitent  26,801  maisons;  il  y  a  donc,  par  mé- 
nage, moins  de  3  personnes;  par  maison,  moins  de  9  mé- 
nages et  de  25  personnes. 

ï)n  1817,  il  y  a  eu  28,759  naissances,  6,382  mariages, 


Ca  SCIENCES  PHYSIQUES. 

3i,i2''i  décès.  En  1818,  23,067  naissances,  6,616  mariages, 
22,421  décès.  On  est  affligé  de  voir  qu'en  1817,  679  en- 
fans  de  1  à  i5  ans  ont  péri  de  la  petite  vérole,  et  66  indi- 
Tidas  de  i5  à  4o  ans;  en  1818,  le  nombre  approche  de 
1,000;  il  a  augmenté  en  raison  inverse  des  vaccinations 
gratuites. 

Les  hôpitaux,  en  1817,  renfermaient  15,910  personnes, 
dont  les  célibataires  forment  le  plus  grand  nombre;  les 
trois  cinquièmes  se  composent  d'ouvriers  et  journaliers , 
et  près  d'un  dixième  d'individus  adonnés  à  des  professions 
libérales.  En  1818,  il  y  a  eu  amélioration  dans  les  hô- 
pitaux, sous  tous  les  points  ,  et  2,5oo  indigcns  de  moins 
ont  eu  besoin  des  secours  publics.  On  a  secouru  à  do- 
micile 86,4 1 5  individus,  c'est-à-dire  plus  de  la  moitié  des 
indigens  :  le  nombre  de  ceux-ci  est  plus  grand  en  femmes 
qu'en  hommes ,  à  peu  près  dans  le  rapport  de  5  à  4.  La 
mortalité  annuelle  dans  les  hôpitaux  est  de  100  sur  735  ; 
dans  les  hospices,  de  100  sur  669.  Le  nombre  des  indigens 
secourus  à  domicile  est  beaucoup  moindre  qu'en  1791,  en 
1802  et  i8i3  ;  la  plus  grande  différence  va  au-delà  du  quart. 

Sur  les  23,759  naissances  de  1817,  on  a  compté  9,047 
ênfans  naturels,  dont  5, 01)9  dans  le  12'=  arrondissement 
seul.  Ily  a  eu  à  peu  près  un  suicide  par  jour;  dans  ce  nom- 
bre, qui  a  diminué  en  1818  ,  on  remarquait  deux  fois  plus 
d'hommes  que  de  femmes. 

Les  deux  neuvièmes  des  décès  sont  causés  par  les  mala- 
dies du  système  pulmonaire,  et  la  moitié  de  ce  nombre, 
par  la  seule  phthisie  ,  dont  les  ravages  les  plus  cruels 
s'exercent  sur  les  individus  de  20  à  3o  ans. 

Le  nombre  des  élèves  des  écoles  de  charité,  et  autres 
écoles  gratuites,  est  moindre  que  le  quart  des  cnfans  âgés 
de  5  à  12  ans,  clc. 

Le  nombre  des  rues,  proprement  dites,  est  de  1,09'?,  leur 
<lévcIoppemcnt  de  21  9,871  met.  La  sunorficic  de  la  ville  r'^» 


SCIENCES  PHYSIQUES.  Cl 

d'une  lieue  carrée  et  |,  ou  3,439  ^<^ct.  J.  Sous  Philippe- 
Auguste  ,  elle  était  de  252  hect.  ;  sous  François  I'',  de 
483;  sous  Louis  XV,  de  i,337  :  mais  il  n'y  a  que  ^  de  la 
surface  qui  soient  bâtis.  On  compte,  par  hectare,  plus  de 
207  habitans.Il  faut  un  million  de  pavés  pour  réparer  an- 
nuellement les  rues  de  Paris,  et  600,000  livres  d'huile  pour 
les  éclairer^  y  compris  les  établissemens  publics. 

Je  passe  à  l'autre   partie  du    recueil ,    qui  se  compose 
d'une  introduction  et  de    notions  générales  sur  la  popula- 
tion. En  lisant  ce  dernier  morceau  ,  qui  est  assez  étendu, 
on   est  frappé  de  la  clarté  que  l'auteur  a  su  répandre  sur 
un  sujet  difficile,  tout  en  faisant  usage  de  quelques  expres- 
sions  de   calcul ,   inévitables  dans   une  telle    matière.  Il 
détermine  les  relations  mathématiques  quf  existent  entre 
le  nombre  des  habitans,  le  nombre  des  décès,  celui  des 
naissances  et  la  durée  moyenne  de  la  vie  ;  mais  un  traité  où 
tout  se  lie  étroitement,  les  principes  aux  conséquences,  et 
celles-ci  l'une  à  l'autre,  se  refuse  absolument  à  l'analyse. 
Quiconque  aura  lu  attentivement  cet  écrit,  sera  complète- 
ment au  fait  des  principes  qui  font  la  base  de  la  théorie  de  la 
population  ,  et  c'est  sans  doute  le  but  que  l'auteur  a  voulu 
atteindre.  Ainsi ,  un  administrateur,  un  homme  de  lettres, 
tout  homme  enfin  qui  a  besoin  d'avoir  des  idées  justes  sur 
cet  objet  ,  ne  peut  manquer  de  les  acquérir  ,  en  se  péné- 
trant bien  de  ces  notions  générales.    A  l'élégance  et  à  la 
netteté  du  style  ,  on  reconnaît  le  savant  géomètre  à  qui  l'on 
doit  la  découverte  de  la  vraie   théorie  de  la  chaleur,    et 
qui  ,    dans  des  ouvrages  d'un  genre   opposé,  a  su  réunir 
toutes   les   qualités  d'un  habile  écrivain. 

Tous  les  tableaux  sont  lithographies,  et  la  plupart  d'une 
écriture  fort  nette  :  si  cette  innovation  n'ajoute  rien  à  leur 
mérite,  c'est  du  moins  un  exemple  des  applications  utiles 
qu'on  peut  faire  de  la  lithographie.  Jomard, 


SCIENCES  MORALES  ET  POLITIQUES. 

Du  SYSTEME  d'impôt,  FONDÉ  SUR  LES  PRINCIPES  d'ÉCO- 

NOMiE  POLITIQUE,  par  M.  de  Saint-Chamans,  maître 
des  requêtes  du  conseil d*état  (i). 

La  science  de  réconomie  publique,  ou  autrement  la 
connaissance  du  développement  des  facultés  physiques  et 
morales  des  hommes,  et  leur  application  à  la  création  dei 
produits  de  toute  nature  qui  peuvent  suffire  à  leur  bien- 
être  ou  créer  leur  richesse;  cette  science,  dis-je,  qui 
embrasse  la  plupart  des  autres,  est  tellement  utile  à  con- 
naître et  importante  à  perfectionner,  qu'on  doit  savoir  gré 
à  des  écrivains  laborieux  de  s'y  consacrer,  même  lors- 
qu'ils s'écartent  des  principes  que  l'expérience  et  la  raison 
semblent  avoir  invariablement  fixés;  les  services  qu'ils  ren- 
dent à  la  science,  en  attirant  l'attention  sur  elle,  sont 
au-dessus  du  tort  qu'ils  peuvent  lui  faire,  en  contestant 
quelques-unes  des  vérités  qui  lui  servent  de  fondemens. 

On  supposera,  sans  doute,  d*après  cet  exposé,  que 
nous  ne  partageons  pas  entièrement  les  opinions  de  l'auteur 
du  livre  dont  nous  allons  rendre  compte.  En  effet,  tout 
en  louant  dans  l'auteur  son  zèle  à  s'occuper  de  celte  ma- 
tière, nous  ne  pouvons  nous  empêcher  de  contester  le 
système  qu'il  a  conçu,  ou  plutôt  les  anciens  erremens 
qu'il  a  cherché  à  remettre  en  vigueur. 

M.  de  Saint-Chamans,  déjà  connu  par  plusieurs  ou- 
Trages  sur  la  politique  et  l'administration ,  ne  s'était  pas 
encore  occupé  d'économie  politique  ;  et  il  ne  l'aurait  peut- 
être  pas  fait,  s'il  eût  consulté,  je  ne  dis  pas  ses  forces  et 
ses  lumières,  car  sans  doute  elles  lui  auraient  suffi,  mais 

(i)  Paris,  i8ao.  Un  vol.  in-8<'.  Lenormand ,  imprimeur-libraire, 
rue  de  Seine ,  n"  8.  Prix,  0  fr.,  et,  par  la  posto ,  8  fr. 


SCIENCES  MORALES  ET  POLITIQUES.         63 

ses  opinions,  qui  devaient  être  un  obstacle  dans  la  carrière 
qu'il  allait  embrasser,  carrière  où  l'on  ne  peut  faire  quel- 
ques progrès  qu'en  abandonnant  toute  espèce  de  préjugé. 
Voici  quelles  sont  les  opinions  de  M.  de  Saint-Chamans, 
ainsi  qu'il  nous  les  fait  connaître  lui-même (pag.  i53). 

«  J'ai  beaucoup  entendu  parler  de  la  perfectibilité  et 
du  progrès  des  lumières;  ce  système  me  paraissait  infail- 
lible, puisqu'il  est  fondé  sur  la  sagesse  humaine  et  sur  le 
profit  qu'elle  ne  manque  pas  de  faire  des  leçons  de  l'ex- 
périence. A  mesure  que  le  monde  va,  nous  ajoutons  à 
nos  lumières,  les  lumières  de  tous  nos  devanciers  anciens 
et  modernes.  Quel  foyer  de  lumières  !  ces  raisonnemens 
paraissent  si  évidens  en  théorie,  que  j'en  tirais  autrefois, 
avec  toute  la  naïveté  de  la  jeunesse,  cette  conclusion  : 
que  nous  valions  beaucoup  mieux,  et  que  nous  en  savions 
beaucoup  plus  que  tout  ce  qui  avait  existé  jusqu'ici.  Ce- 
pendant, quand  j'ai  commencé  à  regarder  autour  de  moi, 
j'ai  été  forcé  de  reconnaître  (et  jugez  quelle  fut  ma  sur- 
prise) que  le  progrès  des  lumières  ne  se  faisait  sentir, 
ni  en  religion ,  ni  en  morale ,  ni  en  politique ,  ni  en  lit- 
térature, ni  en  métaphysique,  et  qu'au  contraire,  nous 
avions  désappris  ce  que  savaient  fort  bien  nos  aïeux.  Je 
fus  alors  réduit  à  restreindre  les  effets  de  notre  perfec- 
tibilité et  de  nos  lumières  à  quelques  progrès  dans  les 
sciences,  où  les  découvertes  faites  par  les  grands  esprits 
qui  nous  ont  précédés,  ne  se  perdant  jamais,  pour  peu 
que  nous  fassions  quelques  pas  en  avant,  et  que  nous 
ajoutions  quelque  chose  à  leurs  grandes  conquêtes,  nous 
nous  trouvons ,  avec  moins  de  génie ,  plus  avancés  qu'eux  ; 
mais  il  faut  que  j'aie  encore  le  chagrin  d'avouer  que  la 
science  de  l'économie  politique  n'est  pas  une  de  celles 
qui  ont  fait  quelques  pas  en  avant,  et  qu'elle  doit  plutôt 
être  rangée  parmi  celles  qui  ont  reculé.  » 


6A  SCIENCES  MORALES 

P 

Ajoutez  à  celte  profession  de  foi  Topinion  que  Vèpargn 
appaupiit  les  états  j  au  lieu  de  les  enrichir  ;  que  le  lux. 
est  la  plus  grande  source  des  richesses  y   que  les  dépen- 
ses du  gouvernement  n' appauvrissent  pas  plus  les  par, 
que  les  autres  dépenses _,   et  même  que  les  impôts  bien  ré- 
ptarlis  enrichiraient   la    société j  au   lieu   de   l'appauvri] 
(pag.  88)  ;  qu'au  lieu  àt  payer  un  million  pour  Vinventioi 
cVune  machine  qui  filerait  le  lin  ou  le  chanvre ,  il  serai 
plus  politique  de  payer  un  million  pour  ensevelir  ce  secret _ 
s'il  était  découvert;  qu  il  faut  renverser  le  trône  usurpX 
de  V  industrie  J  pour  y  substituer  les  riches  oisifs  j  qui  nA 
peuvent  dépenser  nohlnnent  leur  fortune  j  sans  enrichir  IruA 
paySjet qui  7'eprésententla  consonunation  (pag.  o\2)\qucsm 
les  Américains  n^ont point  toutes  les  vertus j  toutes  Its  haulei 
conceptions  des  autres   nations   civilisées _,   ce  n^est  pccs  \ 
comme   on  le  prétend ^    à   cause  de   leur  amour  pour  lA 
gain ,  mais  à  cause  de  l'absence  cVun-j  noblesse^  etc.  etc\ 
(appendice). 

A  la  lecture  de  semblables  assertions,  il  est  beaucoup] 
de  gens  qui  se  croiraient  dispensés  de  lire  l'ouvrage;  il<| 
auraient  tort,  et  ils  se  priveraient  d'une  lecture  souveutl 
agréable  et  intéressante.  Le  principal  système  de  l'auteurl 
n'a  même  rien  de  déraisonnable  ;  il  consiste  à  établir  que 
c'est  de  la  consommation  seule  que  proTient  la  production, 
et  que,  par  conséquent,  le  meilleur  mode  d'imposition  est] 
celui  qui  porte  le  plus  spécialement  sur  la  consommation. 
Malheureusement,  dans  l'examen  de  chacune  des  con-l 
séquences  de  cette  idée,  l'auteur  manifeste  une  opinion 
trop  .absolue.  Au  lieu  de  préférer  celles  des  consommations 
qui  sont  le  plus  favorables  à  la  reproduction,  ou  plutôt  qui 
renferment  en  elles-mêmes  le  germe  de  la  production,  il 
ne  fait  aucune  distinction  :  peu  lui  importe  qu'une  valeur 
ait  été  bien  ou  mal  consommée ,  pourvu  qu'elle  le  soit  ; 


ET  POLITIQUES.  65 

qu'une  épargne  ait  servi  à  une  chose  imporlantc  ou  futile, 
pourvu  qu'elle  ne  reste  point  clans  un^coffre  fort.  Il  met 
au  même  rang  les  dépenses  du  faste  et  celles  de  l'industrie , 
de  la  richesse  blasée,  capricieuse,   destructive,   ou   du 
travail  créateur.  Il  ne  voit  pas  que  le  luxe  n'est  autre 
chose  que  l'emploi  d'une  richesse  accumulée  dans  quel- 
ques mains  par  le  travail  multiplié  de  toutes  les  autres, 
et  que ,  si  cette  camulation  ne  doit  plus  rien  rendre  à  !a 
reproduction,  le  pays  demeurant  toujours  stationnaire,  ses 
habitans   ne   verront   accroître   ni   leur  nombre,   ni  leur 
aisance,   ni  leurs   moyens  d'opérer.   Ils  n'auront  d'autie 
but  que  de  parvenir  eux-mêmes,    ou  de  faire  parvenir 
quelques  uns  des  leurs  à  une  jouissance  puérile   et  sans 
aucun    avantage   pour   leur   pays.    Sans    doute,    lorsque 
Louis  XIV  dépensait  trente  millions  pour  retourner  vingt 
fois  le  terrain  de  Marly,  le  planter  et  le  replanter,  il  li- 
vrait bien  à   la   production   ces   trente   millions  par   les 
mains  des  ouvriers  qu'il  employait;  mais,   s'il  eût  em- 
ployé celte  même  somme  et  ces  mêmes  ouvriers    t\  dé- 
fricher 5  ou  6,oao  arpens  dans  les  landes  de  la  Beauce  ou 
de  la  Sologne  ,  il  aurait  obtenu  un  résullat  bien  autrement 
profitable  à  ses  intérêts  particuliers  et  à  ceux  de  la  France. 
Sans  doute,  une  vieille  duchesse  est  bien  libre  de  faire 
monter  dix  fois  par  an  ses  diamans  ;  et  ce  qu'elle  dépense 
à  cet  effet  tourne  au  profit  des  ouvriers  qu'elle  emploie; 
mais,  si  elle  avait  employé  la  même  somme,  avec  les 
mêmes  ouvriers,  à  monter  six  métiers  de  bas,  elle  aurait 
gagné  et  fait  gagner  ii  son  pays  tout  ce  qu'elle  lui  a  fait 
perdre  de  main  d'œuvre  inutile  et  improductive. 

M.    de  Saint-Chamans  n'est  point  de   cet  avis.    On  a 
beaucoup  reproché  à  Louis  XIV ,   dit-il  (pag.  356),  ses 
grandes  dépenses  en  bâtimens;  on  pourrait  dire  que  l'im- 
pôt établi  dans  ce  but  est  une  taxe  des  pauvres  et  la  plus 
Tome  xii.  5 


66  SCIENCES  MORALES 

parfaite  de  toutes;  car  on  prend  aux  riches  qui  paient 
l'impôt  pour  nourrir  des  milliers  d'ouTriers  qui  man- 
quaient d'ouvrage.  Je  suis  fâché  d'être  obligé  d'ayoir  une 
opinion  toute  contraire;  il  me  semble  que  c'était  ôter  à 
rhomme  qui  pouvait  reproduire  une  somme  qu'on  don- 
nait à  des  ouvriers  pour  ne  rien  faire  du  tout.  Mais 
noire  auteur  va  plus  loin ,  et  voici  le  calcul  qu'il  fait  : 

«  U  impôt  direct  passe  de  la  main  des  propriétaires  dans 
celle  des  employés  >  rentiers ,  ou  fournisseurs  de  l'état. 
Ainsi ^  le  revenu  généralcu  la  somme  des  revenus  neis  ne  se 
trouve  pas  changé  j  si  le  revenu  que  les  propriétaires  ont  de 
moins  se  trouve  de  plus  chez  les  employés _,  etc.  Ainsi ,  par 
exemple  j  je  compte  looo  francs  c/e  moins  au  propriétaire  y  s'il 
paie  looo  francs  d'impôt;  et  je  compte  looo  francs  déplus 
aux  employés,  etc.  Dans  ce  cas^  iln'y  aurait  ni  perte  ni  gain 
pourVétat.  Maisj  si  les  employés  ont  réellement  lOOo  francs 
déplus  i  et  si  le  propriétaire  n'a  pas  looo  francs  de  moins  j 
■alors  il  est  clair  qu'il  y  a  bénéfice  ;  c'est  réellement  ce  qui 
arrive.  Ces  employés^  etc.,  qui  ont  un  revenu  de  looo  francs, 
emploient  la  moitié  de  ce  revenu  à  acheter  aux  propriétaires 
des  denrées  qu'ils  n^  auraient  point  achetées  sans  l'impôt- 
avec  l'autre  moitié ^  ils  achètent  des  marchandises.  Les 
producteurs  j  obligés  de  fabriquer  plus  de  marchandises  ^ 
achètent  plus  de  matières  premières  aux  propriétaires  j  et 
emploient  de  nouveaux  ouvriers  qui  achètent  aussi  aux 
propriétaires  des  vivres  qu'ils  n'auraient  pas  eu  de  quoi 
payer  sans  l'impôt.  De  cette  manière  _,  les  propriétaires 
retrouvent  les  trois  quarts  de  ce  qu'ils  ont  payé  à  l'impét; 
leur  revenu  n'est  diminué  que  de  '2bo  francs  :  celui  des 
employés  J  etc.  9  est  augmenté  de  1000  francs  :  donc  l'impôt 
a  enrichi  la  nation,  w 

Ce  raisonnement  est  curieux;  et  si  seulement  il  était 
juste,  quel  plaisir  n'aurait-on  pas  i  enrichir  ses  amis, 


ET  POLITIQUES.  67 

sans  qu'il  vous  en  cofilût  rien!  on  leur  donnerait  à  chacun 
mille  francs,  à  la  condition  qu'ils  vous  achèteraient  une 
partie  de  votre  récolte.  Alors  vous  seriez  remboursé  de  vos 
mille  francs,  et  vous  n'auriez  évidemment  rien  perdu  pour 
les  obliger.  Il  est  vrai  que  vos  amis  auraient  votre  récolte , 
et  c'est  une  bagatelle  à  laquelle  M.  de  Saint-^Chamans  n'a 
pas  cru  devoir  s'arrêter;  son  enthousiasme  pour  le  luxe, 
ainsi  qu'il  l'avoue  lui-même,  lui  suggère  beaucoup  d'au- 
tres propositions  semblables,  il  n'a  pas  moins  entrepris 
que  d'anéantir  l'école  moderne  des  économistes.  Adam 
Smith,  Saj,  Garnier,  Ricardo  tombent  alternativement 
sous  ses  coups  ;  il  cherche  le  déAiut  de  leur  cuirasse ,  et  il 
y  enfonce  impitoyablement  sa  plume.  Je  ne  puis  assurer 
qu'il  soit  victorieux  dans  cette  lutte,  mais  il  la  soutient 
avec  opiniâtreté.  Seulement,  on  désirerait  ne  pas  lui  voir 
employer  l'ironie  et  le  sarcasme  dans  des  matières  aussi 
positives  et  aussi  étrangères  à  l'esprit  de  parti.  Ces  expres- 
sions :  7205  modernes  docteurs...  nés  écononies  libéraux,... 
quittez  ce  masque  hypocrite.  ...  sonnent  mal  dans  les  re- 
cherches scientifiques. 

Quoi  qu'il  en  soit  de  la  forme  et  du  fond  de  l'ouvrage  que 
nous  examinons ,  il  n^en  est  pas  moins  vrai  qu'au  milieu 
des  erreurs  d'un  faux  système,  on  y  rencontre  des  idées 
exactes  ;  qu'il  fait  bien  connaître  l'ancienne  et  les  nou- 
velles écoles,  cl  nous  ne  pouvons  qu'inviter  à  le  lire  ,  tout 
en  conseillant  de  ne  pas  adopter  les  principes  qu'il  pro- 
clame. Un  certain  prédicateur,  dont  la  vie  n'était  pas  très- 
régulière,  disait  :  «Faites  ce  que  je  dis,  et  non  pas  ce  que 
je  fais.  »  M.  de  Saint-Ghamans  pourrait  dire  :  Instruisez» 
vous  de  ce  que  j'écris,  et  ne  vous  inquiétez  pas  de  ce  que 
je  pense.  Alexandre  de  ia  Borde  ^  de  V Institut. 


6* 


68  SCIENCES  MORALES 


ft.\/VM^'V%%'V\l\\VV'V 


Voyage  dans  la  Grande-Bretagne,  entrepris  relati- 
vement aux  services  publics  de  la  guerre,  de  la 
marine  et  des  ponts  et  chaussées ,  de  181G  <t  1820  , 
par  Charles  Dupin  ,  officier  supérieur  au  corps  du 
ixénle  maritime ,  membre  de  l'Institut  de  France, 
Académie  des  sciences,  etc.  Force  navale;  Tom.  I, 
constitution  de  la  marine,  Tom.  II,  études  et  tra- 
vaux (i). 

Cet  ouvrage,  où  des  connaissances  très-importantes 
sont  exposées  avec  une  grande  supériorité  de  vues  et  de 
talens,  est  continué  avec  ardeur,  et  obtient,  au-dedans 
et  au^dehors  ,  un  glorieux  succès.  C*est  ici  la  seconde 
partie  de  ce  beau  travail  dont  nous  avons  déjà  fait  con- 
naître les  premières  publications  (  voy.  Rei^.  Encycl. , 
Tom.  YII,  p.  69,  et  Tom.  VIII,  p.  48).  On  se  rappelle 
que  Xa.  prëjnière  partie  est  relative  à  la  force  militaire  de 
terre  ;  la  troisième  expliquera  tous  les  moyens  des  com- 
m,unications  en  Angleterre ,  durant  la  paix  et  pendant  la 
guerre,  les  routes,  les  canaux,  les  ports,  les  phares,  etc. 
Enfin,  l'auteur,  ayant,  dans  sa  marche,  agrandi  son  plan, 
ajoute  une  quatrième  partie  j  concernant  la  force  produc- 
trice,  c'est-à-dire  V industrie  proprement  dite. 

Nous  ne  devons  pas,  cette  fois,  nous  arrêter  à  la  per- 
sonne de  M.  Dupin.  La  juste  renommée  de  son  esprit,  de 
ses  talens ,  de  son  noble  caractère ,  nous  dispense  d'au- 
tres éloges,  et  son  nom  seul  rappelle  ceux  de  ses  deux 
frères,  si  distingués  au  barreau. 

Les    deux   volumes  dont  nous   allons    rendre    compte 

(1)  Paris,  1821.  2  vol.,  chacun  de  5oo  pages,  l'un  avec  un  atlas  de 
planches  gravées,  lîachclicr,  libraire. 


ET  POLITIQUES.  69 

sont  précédés  d'une  introduction,  où  l'auteur,  portant 
d'abord  ses  regards  vers  sa  patrie,  développe  les  avantages 
d'une  marine  pour  la  France ,  mais  sans  se  permettre  d'ap- 
pronver  ni  de  blâmer  notre  administration  maritime,  à 
laquelle  il  est  subordonné  par  son  grade.  J'ose,  dit-il, 
regarder  la  force  navale  comme  nécessaire  et  comme  in- 
dispensable,  non  seulement  à  l'opulence  de  l'état,  à  la 
prospérité  nationale,  mais  à  l'indépendance,  et  par  con- 
séquent à  l'honneur  de  la  France.  Dans  cette  partie, 
comme  dans  tout  le  reste,  il  exprime  avec  une  louable 
modération  ses  vœux  et  ses  conseils ,  qui  paraissent  très- 
dignes  de  l'attention  publique. 

Au  moment  où  l'on  imprimait  cette  introduction ,  des 
signaux  télégraphiques  apprenaient  à  l'Europe  que  le 
chef  du  ci-devant  empire  avait  cessé  d'être  prisonnier, 
ils  racontaient  sa  mort.  Voici  les  réflexions  que  cet 
,  événement  a  inspirées  à  M.  Dupin ,  et  qu'il  a  consignées 
en  note:  «Heureux  les  écrivains  qui,  forcés  par  leur 
sujet  i\  parler  des  travaux  ou  des  actions  de  ce  chef, 
n'ont  jamais  oublié  les  égards  dus  au  malheur^  et  n'ont 
insulté  jamais  à  la  captivité  du  guerrier  qui  tant  de  fois 
conduisit  un  grand  peuple  à  la  victoire!  Elevé  sur  le 
pavois  militaire  comme  un  trophée  national;  couronné 
dans  le  sein  du  triomphe;  salué  fils  aîné  de  l'église, 
et  restaurateur  de  la  foi;  rendu  l'oint-' du  Seigneur  par 
le  premier  pontife;  enfin,  ayant  acquis  pour  subalternes 
des  rois,  des  empereurs;  ayant  vu  son  amitié  mendiée 
par  les  Césars,  comme  un  bienfait  des  dieux;  enivré 
d'hommages,  «t  monté  trop  haut  dans  la  prospérité,  il 
tombe  :  soudain,  les  sceptres  qui  s'abaissaient  jusqu'à  ses 
pieds,  s'appesantissent  sur  sa  tête  ;  les  chaires  sacrées , 
d'où  retentissaient  pour  lui  des  paroles  de  servage  et 
d'admiration  ,  retentissent  des  paroles  d«  malédiction  et 


70  SCIENCES  MORALES 

de  mépris.  Tous   ses  adulateurs,    tous    les  corrupteurs 
de  sa  fortune,   lui  font  subir  l'insupportable  affront  de 
l'éclat  de  leurs  derniers  éloges,  souillés  par  l'ignominie 
de  leurs  derniers  outrages  ;  ils   lui  reprochent  une  \\c 
qu'ils  ont   adorée,   ils  s'indignent  qu'il  ne  l'abrège  pas 
par  le  crime  du   suicide!  mais  il    meurt,  et   leur   joie 
se  concentre  pour  faire   place  à  l'hypocrisie  de  la  dou- 
leur,   dernier  raffinement  d'un  siècle  poli.  Telles  sont, 
cependant,   les   moindres  leçons  que  la  chute  du  con- 
quérant présente  à  la  prospérité  des  rois.    Celui  qui   fut 
naguère    si  brillant  par   ses  conceptions ,   si  fameux  par 
ses  travaux,  si  grand  par  ses  combats;  celui  qui   crut, 
avec    des    monumens    de    la  gloire    et   des    conquêtes , 
nous  payer  nos  libertés  ravies;   celui  qui  voulut  rendre 
aussi  des  fers  aux  noirs  d'une  colonie   française,   livré 
lui-même  à  la  traite  par  les  potentats  qu'il  avait  comptés 
au  nombre  de  ses  tributaires,  après  six  ans  de  servitude, 
il  a  expiré  sur  le  rocher  de  la  proscription,   entre  le  con- 
tinent qui  enfante  les  esclaves,  et  les  colonies  qui  les  dé- 
vorent. Voilà  donc  ce  que  produit  cette  science  du  jyoïwoir ^ 
depuis  vingt  ans  prêchée    par   tant  d'apôtres    avec  tant 
d'insolence  :  elle  frappe  dé  mort  le  génie  même  qui  l'a 
inventée  ;  et  quel  puissant  génie  ! » 

I.c  plan  de  notre  auteur  est  si  habilement  tracé,  qu'il 
peut  être  utile  d'en  offrir  presque  tout  l'ensemble,  malgré 
la  sécheresse  trop  ordinaire  des  tables  synoptiques. 

Chaque  tome  est  divisé  en  six  livres;  —  chaque  livrée 
en  six  chapitres.  — Tom.  I,  Vw.  i*^"^,  de  }f autorité  royale 
et  de  Vauioritè  législative.  Chap.  i/^'',  puissance  maritime 
des  rois  d'Angleterre,  domination  des  mers;  2,  rapports 
de  l'autorité  royale  avec  la  force  navale  britannique  ; 
3,  rapports  du  parlement  avec  la  force  navale;  4,  en- 
quêtes royales,  accusations  et  jugemcns  parlementaires; 


ET  POLITIQUES.  71 

5,  budget  de  la  marine;  6,  comité  spécial  pour  l'examen 
de  la  dépense  et  du  revenu. 

Livre  deuxième,  —  Commandement _,  et  Personnel  des 
forces  navales.  Chap.  i,  amirautés;  2,  amiraux  (état- 
major  général);  3,  grand  état-major  des  grands  bâtimens 
de  guerre;  4,  officiers  comptables  de  ces  bâtimens; 
5,  équipages  des  bâtimens  de  guerre;  6,  les  troupes  dites 
Royal-Marin  e. 

Livre  troisième.  —  Offices  centraux  de  la  marine. 
Chap.  1^"^,  office  des  paiemens  de  la  marine;  2,  office  du 
conseil  naval;  3,  conseil  naval;  '5,  comité  des  comptes; 

5,  comité  des  matières;  6,  comité  des  constructions; 
inspecteurs  de  la  marine. 

Livre  quatrième.  —  Chap.  i'^'';  office  des  transports  ; 
2,  marins  et  soldats  embarqués  sur  les  transports;  3,  ad- 
ministration des  malades  et  des  blessés;  4,  traitement  des 
prisonniers  de  guerre  ;  5,  office  des  vivres;  6,  service  des 
vivres  à  bord. 

Livre  cinquième.  —  Organisation  des  ports  et  des  arse- 
naux, Chap.  1^^,  considérations  générales,  amiral  du 
port;  2,  commission  des  arsenaux;  3,  directeurs  des  tra- 
vaux; 4,  clercs  comptables;  5,    devis  de   l'inspection; 

6,  personnel  des  diverses  classes  de  ports  et  d'arsenaux. 
Livre  sixième. — Piedde  guerre j pied  de  paix.  Chap.  i*"  , 

pied  de  guerre;  2,  levée  des  marins,  presse;  3,  pertes 
et  non  valeurs  de  l'armée  navale;  4,  prises;  5,  pied  de 
paix;  6,  demi-pension,  invalides,  caisse  de  Chatam, 
hôpital  de  Greenvich. 

Il  n'y  a  pas  un  des  chapitres  qui  ne  pût  présenter  une  riche 
et  agréable  matière  à  nos  extraits.  Arrêtons-nous  d'abordau 
chapitre  de  la  domination  desmers.  11  contient  des  faits  histo- 
riques très-remarquables,  et  qu'il  importe  de  ne  pas  oublier. 
«La  Grande-Bretagne,  sans  marine,  fut  long-tcms  la 


n  SCIENCES  MORALES 

proie  des  peuples  navigateurs.  Cette  conquête  du  devan- 
cier d'Auguste,  et  du  héros  immortalisé  par  Tacite,  est 
méprisée  par  les  successeurs  d'Auguste.  Alors,  les  faibles 
Bretons  vont  mendier,  chez  les  demi-barbares  de  l'Occi- 
dent, un  maître  qui  les  protège  contre  les  barbares  du 
Nord.  Ainsi,  pour  n'avoir  pas  su  compter  sur  leurs  propres 
forces,  ils  voient,  durant  cinq  siècles,  leur  sol  envahi  et 
déchiré  par  sept  tyrannies  contemporaines  qui  s'englou- 
tissent dans  la  monarchie  saxonne.  Ici,  commence  l'his- 
toire de  la  force  navale  britannique.  Le  grand  Alfred  l'ins- 
titua; et  ses  successeurs,  Edouard  l'ancien,  Adelstan,  fils 
d'Edouard,  et  Edgard,  surent  la  maintenir.  Déjà,  ce  der- 
nier s'intitulait  souverain  des  îles  voismes  d'Albion  et  de 
l'Océan  qui  les  entoure. 

Mais  la  marine  britannique  déchoil,  et  laisse  l'héritage 
d'Alfred  sans  défense  contre  les  rois  de  Danemarck , 
grands   navigateurs,  pirates  et  conquérans. 

Canut,  l'un  de  ces  rois,  usurpe  l'Angleterre.  Ses  im- 
prudens  successeurs  négligent  aussi  de  maintenir  la  ma- 
rine sur  un  pied  respectable;  aussitôt,  les  Normands, 
établis  sur  les  côtes  de  la  France  ,  tournent  leurs  vues 
ambitieuses  contre  l'Angleterre.  Ils  en  proclament  la  con- 
quête, avant  de  l'avoir  tentée;  les  amis  du  butin  et  du 
pillage  accourent  sous  les  bannières  de  Guillaume ,  ap- 
pelé depuis  le  Conquérant.  Il  sait  vaincre  et  conserver 
sa  conquête  en  formant  les  cinq  ports  de  Douvres,  Has- 
tings ,  Hyde  ,  Romney  et  Sandwich,  un  corps  politique 
auquel  il  attribue  de  grands  privilèges,  à  la  seule  charge 
de  lui  fournir,  pour  quinze  jours,  dès  qu'il  le  voudra, 
cinquante -deux  bâlimens  armés  et  montés  chacun  par 
vingt-quatre  marin?. 

Richard  Cœur- de- lion  ,   de    concert    avec  Philippe- 
Auguste,  marche  à  la  conquête  de  laïcrrc-Saintc,  détruit 


ET  POLITIQUES.  7S 

la  HoUe  des  infidèles;  ensuite,  il  est  proclamé  capitaine- 
général  des  forces  des  chrétiens  dans  l'Asie. 

Edouard  III  gagne  en  personne  la  bataille  de  iSAo  , 
contre  la  flotte  de  Philippe  de  Valois;  il  détruit  les  navires 
français;  il  bloque  par  mer  et  prend  la  ville  de  Calais, 
illustrée  alors  par  sa  défense  et  sa  reddition  ;  ensuite^  il  se 
venge  des  Espagnols,  ses  agresseurs,  en  battant  com- 
plètement leur  flotte  ;  il  est  vaincu  à  son  tour,  en  1872  , 
par  les  flottes  combinées  de  France  et  d'Espagne.  La  voix 
des  communes  d'Angleterre  se  fait  entendre  de  suite  au 
monarque  auglais  humilié  ;  elles  demandent,  elles  obtien- 
nent le  rétablissement  des  lois  constitutionnelles  ;  et  la 
marine  anglaise  renaît  de  ses  ruines, 

Henri  VIII  fit  plus  pour  elle  qu'aucun  de  ses  prédé- 
cesseurs; il  eut  le  premier  des  vaisseaux  dont  l'état  fut 
propriétaire,  et  des  ofliciers  attachés  d'une  manière  fixe 
au  service  maritime;  il  fut  donc  le  créateur  de  la  marine 
royale  d'Angleterre.  Il  institua ,  pour  le  service  et  les 
travaux  des  ports,  le  conseil  et  l'oflice  naval;  organisa  la 
confrérie  des  pilotes ,  connue  sous  le  nom  de  maison  de 
'  la  Trinité  ;  il  fonda  les  arsenaux  de  Deptford,  de  Wool- 
vich  etde  Portsmouth,  fit  protéger  par  des  forts  l'entrée 
de  la  Tamise   et  une  grande  partie  des  côtes  du  royaume. 

Elisabeth  favorise  également  la  force  navale.  Elle  bâtit 
Opnor  Castle  pour  défendre  l'arsenal  de  Chatam,  mul- 
tiplie ses  vaisseaux,  fait  conserver  les  bois  de  la  marine, 
éta])lit  dans  ses  états  la  fabrication  de  la  poudre  de  guerre, 
fait  fondre  les  canons,  accroît  la  paie,  et  adoucit  le  sort 
des  marins;  elle  communique  au  peuple  de  l'ardeur,  de 
l'enthousiasme;  c'est  ainsi  qu'elle  triomphe  de  Philippe  II 
et  de  la  grande  Armada  ;  elle  est  proclamée  restauratrice 
de  la  gloir.3  nawale ^  et  souveraine  des  mers. 

Sou9  Jacques  I",  point  de  gloire  nouvelle  pour  la  marine 


7A  SCIENCES  MORALES 

anglaise.  Sous  la  dénomination  captieuse  de  Mers  briiaii' 
niques,  les  Anglais  comprennent,  outre  les  mers  qui  bai- 
gnent leurs  côtes,  celles  d'Irlande  et  des  îles  circonvoisines, 
l'océan  qui  borde  l'Espagne  ,  la  France ,  la  Batavie ,  la 
Suède  et  le  Danemarck,  et  déclarent  qu'ils  en  sont  maîtres 
absolus.  Ils  s'y  attribuent  la  pêche  exclusive  des  poissons, 
du  corail ,  de&  perles,  de  l'ambre,  etc.  ;  le  droit  d'y  élever 
des  tributs  sur  les  pêcheurs,  sur  les  navigateurs  et  les 
marchands  de  toutes  les  nations,  d'y  exercer  la  police  et  la 
justice,  d'en  permettre  l'entrée  aux  bâtimens;  enfin,  d'y 
faire  le  monopole  du  commerce  maritime  ,   et  d'exiger 
un  hommage  de  tous   les  pavillons   étrangers.    L'auteur 
donne  l'histoire  abrégée  des  tentatives  de    l'Angleterre, 
pour  usurper   celte  espèce  de  souveraineté  sur  laquelle 
Grotius  écrivit  son  mare  liherum ,   et  Selden  son    mare 
clausum. 

Les  provinces  unies,  vaincues  et  bloquées  dans  tous 
leurs  ports,  sont  forcées  de  convenir,  par  un  traité  so- 
lennel, que  leurs  vaisseaux  baisseront  pavillon  devant 
ceux  d*AngIeterre.  Sully,  comme  ambassadeur  d'Henri  IV^ 
est  soumis  de  fait  à  celte  humiliation  attentatoire  au  droit 
des  gens.  Louis  XIII  rend  cet  hommage  ;  Louis  XIY  le 
refuse,  et  se  montre  assez  injuste  pour  l'exiger  lui-même 
de  l'Espagne,  par  une  déclaration  de  1680. 

Il  est  douteux  qu'aujourd'hui  l'Angleterre  ait  abandonné 
ses  prétentions  à  la  souveraineté  des  mers.  Elle  y  exerce 
un  empire  de  fait;  mais,  si  elle  n'exige  plus  des  nations 
le  honteux  hommage  dont  nous  avons  parlé  ,  elle  en  est 
blâmée  assez  clairement,  en  18 15,  par  un  capitaine  an- 
glais, Schomberg,  dans  sa  Chronologie  nai.'ale  d'Angle- 
terre; et  des  jurisconsultes  anglais,  Blackstone  lui-nicme, 
osent  encore  essayer  de  prouver  que  leur  gouvernement 
a  le  droit  conslituUonuel  de  commelUc  des  hostilités  de 


ET  POLITIQUES.  75 

corsaires ,  avant  que  la  déclaration  de  guerre  ait  rompu 
les  pactes  de  la  paix.  Enfin,  ce  gouvernement  a  inventé, 
il  met  en  pratique  la  théorie  des  blocus  maritimes;  il  pose 
à  volonté,  sans  croisière  établie,  des  barrières  idéales  sur 
les  plaines  de  l'Océan  ;  et ,  dans  le  système  qu'il  s'est  forgé, 
tout  bâtiment  neutre  devient  saisissable  aussitôt  que, 
pour  continuer  ses  relations  commerciales  avec  des  peuples 
amis ,  il  ose  franchir  les  barrières  ainsi  fixées.  Quel  abus 
du  sophisme!  quel  emploi  de  la  violence I...  Quelquefois 
les  nations  opprimées  ont  réuni  leurs  moyens  pour  résis- 
ter à  ces  envahissemens  par  la  force;  telle  fut  la  neutra- 
lité armée  des  puissances  du  nord  ,  au  commencement  de 
ce  siècle;  mais  la  mort  de  Paul  V'  laissa  de  grands 
exemples  sans  résultats  utiles  ;  ce  fut  la  faute  de  Napoléon; 
vainement  il  affecta  de  parler  aux  peuples  de  leur  liberté 
sur  les  mers,  lorsque,  par  la  ruse  et  la  violence j  il  dé- 
truisait leurs  libertés  dans  leurs  propres  foyers. 

Elle  est  trop  affligeante  la  leçon  de  Blackstone,  qui, 
pour  justifier  les  excès  de  son  gouvernement,  assimile  à  la 
loi  des  nations  l'acte  arbitraire  le  plus  opposé  aux  premiers 
principes  du  droit  des  gens. 

Mais,  ce  qu'il  y  a  d'incroyable,  continue  M.  Dupîn, 
c'est  qu'ici  le  professeur  s'appuie  des  déprédations  exer- 
cées par  les  Grecs,  lorsque  Thucidide  reconnaît,  ce  qui 
est  l'évidence  même,  qu'ils  n'étaient  encoi^e  que  des  pirates. 
F'ojeZ)  dit  Blackstone,  cotnment  Nestor  enlevait  les  hes" 
tiaux  des  Epeïens ,  afin  d^ idemniser  ses  sujets  et  d'obtenir 
satisfaction.  C'est  donc  par  lespiralerîes  du  siècle  d'Ulysse 
que  Blackstone  veut  motiver  la  législation  anglaise  des 
prises  maritimes  ?  Tout  ce  que  prouverait  celte  citation, 
c'est  qu'il  n'est  pas  plus  barbare  de  faire  précéder  l'état 
de  guerre  par  le  pillage  sur  les  mers  que  par  le  pillage 
dans  les  campiignes.  C'est  en  cet  unique  sens  que  l'exemple 


76  SCIENCES  MORALES 

de  Nestor  peut  être  appliqué.  Notre  auteur  a  recueilli  les 
détails  les  plus  intéressans  sur  l'inexcusable  conduite  des 
Anglais  envers  la  France ,  immédiatement  avant  les  guerres 
de  1766  et  de  i8o5. 

Dans  le  chapitre  des  lois  pénales ,  nous  croyons  aperce- 
voir qu'il  y  a,  dans  la  législation  et  dans  la  procédure  an- 
glaise pénale  maritimes,  des  règles  et  des  usages  qui  ne  sont 
pas  bons  à  imiter,  quoiqu'ils  soient  peut-être  sans  grands 
inconvéniens  chez  nos  voisins. 

Mais  ce  qui  est  digne  de  servir  de  modèle  à  la  législa- 
tion dans  les  gouvernemens  constitutionnels,  et  ce  qu'on 
trouve  bien  exposé  par  M.  Dupin,  ce  sont  les  formes  parle- 
mentaires employées  au  commencement  de  ce  siècle  pour 
accuser  et  pour  juger  lord  Melville,  ministre  de  la  marine  : 
c'est  surtout  la  forme  des  enquêtes  sur  les  désordres  d'ad- 
ministration publique. 

Lorsque  le  parlement  a  lieu  de  présumer  qu'une  des 
branches  de  l'administration,  confiée  au  pouvoir  exécutif, 
recèle  des  vices  ou  des  abus,  il  crée  dans  son  sein,  par  un 
bill,  par  une  loi  spéciale,  une  commission  temporaire, 
chargée  d'informer  contre  les  délinquans,  et  de  proposer 
les  remèdes  convenables.  Sur  le  compte  rendu  par  la  com- 
mission, le  parlement  avise  aux  moyens  de  prévenir  ou 
de  réparer  le  mal  :  en  même  tems  il  examine  s'il  y  a  lieu 
de  faire  le  procès  aux  délinquans  devant  les  tribunaux  or- 
dinaires, ou  de  les  accuser  devant  le  parlement  constitué 
en  haute  cour  de  justice.  C'est  là  un  des  ressorts  les  plus 
essentiels  du  gouvernement  anglais,  et  relui  dont  le  besoin 
s*est  fait  le  plus  sentir  sous  d'autres  gouvernemens  consti- 
tutionnels. 

Lord  Melville  fut  définitivement  acquitté;  mais  il  n'en 
fui  pas  moins  déchu  de  ses  emplois,  et  accusé  devant  la 
cour  suprême  d'Angleterre,  pour  avoir  laissé  des  commis 


ET  POLITIQUES.  77 

s'approprier,  pendant  un  certain  tems,  l'intérêt  de  quelques 
millions;  et,  comme  dit  notre  auteur,  JVIazarin,  sous 
Louis  XIV,  après  un  long  ministère  exercé  dans  la  fraude 
et  le  péculat,  mourut  en  paix,  laissant  vingt  millions  à  ses 
héritiers. 

Il  ajoute  la  réflexion  suivante,  qui  est  d'une  grande  jus- 
tesse :  a  cependant  le  despotisme  est,  pour  les  ministres 
même,  le  régime  le  moins  heureux.  Un  favori  peut  s'en- 
graisser quelque  tems  de  la  fortune  publique;  il  peut  tout- 
à-coup  sortir  de  la  pauvreté  pour  éclipser  le  faste  des  rois, 
et  régner  avec  insolence.  Mais,  à  l'instant  où  le  peuple  in- 
digné, les  grands  irrités,  le  trône  humilié,  appellent  un 
maître  à  déployer  son  orgueil  et  sa  vengeance ,  il  exerce 
contre  son    favori  même  tout  le  pouvoir  arbitraire  ;  l'exil 
à  vie,  la  prison  sans  fin,  !a  spoliation  et  l'assassinat  mili- 
taire ou  populaire,  ou  tellement  quellement  judiciaire  : 
Yoilà  le  sort  du  ministre  disgracié.  Tel  fut  celui  des  "Wolsey, 
des  Fouquet,  des  Olavidès,  des  Concini,  des  Guise  et  des 
Acomat.  Les  ministres   égoïstes,  mais  éclairés,  doivent 
donc  eux-mêmes   trouver  leur  condition,   plus  modeste 
peut-être,  mais  bien  plus  assurée  sous  un  régime  constitu- 
tionnel que  sous  les  monarques  absolus.  »  Que  de  leçons 
utiles  renfermées  dans   les  deux  iraportans  chapitres  du 
budget  de  la  marine  et  du  comité  spécial  pour  examiner  la 
recette  et  la  dépense  ! 

Cependant,  nous  n'avons  parcouru  que  le  premier  livre 
du  I"  Tome,  et  nous  n'avons  rien  dit  du  Tom.  II,  que  son 
titre  général  ;  Etudes  et  Travaux.  Voici  encore  l'aperçu  de 
ce  second  Tome  : 

Liure  premier ,  chap.  1*'.  —  Force  morale  y  études,  po- 
pularité de  la  marine  en  Angleterre,  Elle  est  ici  bien  dé- 
montrée, bien  expliquée;  mais  on  vient  d'en  avoir  un 
exemple  récent  daus  les  troubles  qui  ont  eu  lieu  à  l'occa- 


78  SCIENCES  MORALES 

sion  de  la  pompe  funèbre  de  la  dernière  reine  d'Angleterre. 
—  Chap  2.  Honneurs  et  récompenses.  Encore  un  chapitre 
qu'on  voudrait  transcrire  en  entier.  —  Chap.  3.  Discipline, 
chûtimens.  —  Chap.  A.  De  l'instruction  et  du  personnel 
des  arsenaux,  école  d'apprentis,  école  d'architecture  na- 
vale.—  Chap.  6.  Instruction  de  la  flotte,  collège  naval  et 
asile  naval. 

Livre  deuxième. — Exercices,  tactique,  combats.  Ch.  i", 
exercices  ;  2,  tactique  navale  ;  3,  puissance  effective  de  la 
force  navale;  4,  force  navale  employée  contre  des  forces  de 
terre;  5,  moyens  intermédiaires;  6,  combats  singuliers. 

Livre  troisième.  —Artillerie  de  la  marine.  Chap.  i", 
canons;  2,  caronnades  et  mortiers;  S,  affûts  de  canons, 
affûts  de  canonnades;  A,  projectiles;  5,  objets  qui  concourent 
à  la  charge  et  au  tir  des  pièces  ;  6,  du  tir  et  des  portées. 

Livre  quatrième.  —  Force  et  durée  des  hâtimens  de 
guerre,  Chap.  i"^  bûtimens  classés  d'après  la  force  de  leur 
artillerie;  2,  force  comparée  des  hâtimens;  3,  leur  force 
défensive;  A,  intérieur  des  vaisseaux,  de  la  cale  et  du  faux 
pont;  5,  des  différentes  batteries;  G,  conservation  et  entre- 
tien des  hâtimens. 

Livre  cinquième. — Etablissemens  centraux  etarsenaux. 
Chap.  i®'^,  etablissemens  centraux  ;  2,  des  arsenaux  en  gé- 
néral ;  3,  Deptford  ;  4,"\Voolwich,  forges  ;  5,  Chatham,  scies 
de  long  et  scies  circulaires;  6y  Sherrness,  puits  de  Sberr- 
ness,  cloche  à  plongeur. 

Livre  sixième.  —  Suite  des  arsenaux.  Chap.  i'"'',  Porst- 
mouth;  2,  office  des  vivres;  3,  hôpital  d'Haslar;  A,  Ply- 
moulh;  5,  suite  de  Plymouth,  hôpital  de  la  marine;  6, 
jetée  ou  brcak-water  [brise-vagues)  à  Plymouth,  (Voyez 
Revue  Encyclopédique,  Tom.  XI ,  pag.  280.  ) 

Toutes  ces  divisions  sont  si  bien  remplies,  que  l'ouvrage 
sera  lu  partout  avec  un  vif  intérêt  par  ceux-là  même  qui 


ET  POLITIQUES.  79 

n'ont  point  les  connaissances  spéciales  nécessaires  pour 
mieux  apprécier  ces  utiles  et  importantes  recherches.  Notre 
administration  maritime  ne  peut  manquer  d'en  tirer  de 
grands  avantages.    L'auteur  a  soin   de  remarquer   ceux 
qu'elle  en  a  déjà  recueillis.  Nous  citerons,  par  exemple,  l'u- 
sage des  caisses  en  fer  pour  entretenir  l'eau  salubre  dans 
les  vaisseaux  :  l'auteur  atteste  qu'elle  devient  par  là  d'une 
pureté  vraiment  inaltérable  et  fraîche  comme  si  elle  sortait 
d'une  source  limpide.  Ainsi,  l'on  peut,  dans  un  même  es- 
pace, en  embarquer  de  plus  grandes  quantités,  éviter  aussi 
les  souffrances  et  les  dangers,  qui,  dans  de  longues  navi- 
gations, résultent  du  dépérissement  des  tonneaux.  On  a 
donc  moins  souvent  à  faire,  sur  les  rations  d'eau,  des  re- 
tranchemens  si  funestes  à  la  santé  des  équipages  dans  les 
voyages  de  long  cours  et  dans  les  croisières.  Enfin  ,  ce  qui 
est  d'une  extrême  importance,  jamais  cette  eau  n'est  mal- 
saine. Dès  1816,  lorsque  M.  Dupin  fit  adopter  en  France  les 
caisses  en  fer  pour  conserver  l'eau,  le  gouvernement  an- 
glais en  avait  commandé  à  la  fois  sept  mille,  qui  devaient 
contenir  quatorze  mille  tonneaux  d'eau.  D'après  ces  faits, 
il  est  naturel  de  présumer  que  les  caisses  en  fer  pourraient 
être  adoptées  dans  nos  habitations  terrestres,  et  qu'elles  y 
remplaceraient  avantageusement  nos  citernes  et  nos  fon- 
taines artificielles. 

Il  ne  suffit  point  de  procurer  aux  navigateurs  de  l'eau 
sàlubre;  il  faut,  pour  les  préserver  du  scorbut,  et  pour 
diminuer  parmi  eux  les  fièvres  et  les  ulcères,  leur  fournir 
des  liqueurs  spiritueuses  et  acidulées. 

0  Depuis  1796,  c'est  une  règle,  dalnsla  marine  anglaise, 
de  distribuer  chaque  jour  du  rhum  tempéré  d'eau  :  depuis 
1796 ,  chaque  ration  de  ce  rhum  est  mêlée  de  jus  de  citron. 
Les  effets  de  cet   anti-scorbutique  ont  été  surprenans  en 
neuf  années  de  guerre.  Avant  1796,  sur  cent^lle  hommes, 


80  SCIENCES  MORALES  || 

il  en  cntraît  chaque  année  vingt-cinq  mille  cinq  cents  claitt 
les  hôpitaux  de  la  marine;  mais,  dans  les  neuf  années  de 
guerre  qui  ont  suivi  l'usage  du  jus  de  limon  ,  sur  cent  mille 
marins,  il  n'en  est  plus  entré  dans  les  hôpitaux  que  onze 
mille  sept  cent  soixante  quinze,  année  moyenne.  Tel  est 
l'effet  qu'a  produit  un  seul  préservatif  choisi  avec  discer 
nement,  et  distribué  dans  une  juste  mesure.  Aujourd'hui, 
la  ration  régulière  de  chaque  marin  anglais  se  compose 
d'une  once  de  jus  de  citron  et  d'une  once  et  demie  de 
sucre  mêlé  avec  la  ration  de  rhum  étendue  d'eau ,  ce  qui 
forme  une  espèce  de  punch  fait  à  froid.  Cependant,  les 
Anglais  ont  trouvé  qu'il  est  plus  salubre  de  changer  moitié 
de  ce  breuvage  pour  une  demi-ration  de  vin,  et  le  tout 
pour  une  entière  ration  de  vin.  On  a  proposé  d'encourager 
le  goût  du  thé  parmi  les  matelots^  afin  de  tempérer  leur 
penchant  funeste  pour  les  liqueurs  fortes.  Voici  comment 
notre  auteur  combat  le  préjugé  vulgaire  qu'une  boisson 
aussi  relâchante  diminuerait  le  courage  militaire. 

«  11  semble  que  les  hommes  n'ont  pas  un  besoin  réel 
de  liqueurs  spiritueuscs  pour  acquérir  et  conserver  du  cou- 
rage. Lorsque  les  tribus  arabes  marchèrent  i\  la  conquête 
de  l'Orient,  sous  Mahomet,  ce  profond  législateur  n'avait 
pas  craint  d'interdire  l'usage  des  boissons  enivrantes  à  la  na- 
tion qu'il  voulait  rendre  toute  belliqueuse.  Les  Musulman^ 
abstèmes  ne  furent  ni  moins  robustes  ni  moins  courageux. 
Les  anciens  Gaulois  ne  buvaient  que  de  l'eau,  ou  du  mau- 
vais cidre  :  cependant,  si  l'on  juge  par  la  terreur  qu'ils  ré- 
pandirent si  long-tems  chez  les  Italiens,  possesseurs  de 
nombreux  et  riches  vignobles,  il  faut  bien  croire  qu'un 
peuple,  sans  faire  usage  de  liqueurs  fortes,  peut  se  battre 
avec  autant  d'énergie  que  les  hommes  dont  elles  sont  la 
boisson  journalière.  » 

Terminons  par  quelques  extraits  de  Timporlant  chapitre 


ET  POLITIQLES.  81 

de  l'auteur,  sur  le  traitement  des  prisonniers  de  guerre 
dans  l'empire  britannique.  C'est  bien  servir  la  cause  de 
l'humanité,  que  d'avertir  ceux  qui  se  permettent  de  l'of- 
fenser cruellement,  et  de  réfuter  leurs  sophismes. 

M.  Dupin  s'est  acquitté  de  cette  tAche  avec  les  secours 
de  la  vérité,  de  la  raison  et  de  son  beau  talent,  et  de  plus 
,  aussi  avec  les  ménagemens  et  l'impartialité  les  plus  dignes 
d'éloges.  C'est,  à  notre  avis,  le  chapitre  qui  fait  le  plus 
d'honneur  à  l'esprit,  à  la  sagesse ,  à  la  sagacité,  à  la  juste 
circonspection  et  à  l'éloquence  très -distinguée  de  notre 
auteur.  Nous  regrettons  d'être  forcés  d'abréger  ce  beau 
chapitre,  et  nous  promettons  beaucoup  d'émotions  tou- 
chantes et  d'instructions  utiles  à  ceux  qui  voudront  le  lire 
en  entier. 

«  Il  existe  en  Europe  deux  peuples  rivaux  ,  bien  diver- 
sement célèbres  par  l'usage  qu'ils  ont  fait  de  la  victoire. 
Le  contraste  de  leur  conduite  réciproque  envers  les  prison- 
niers de  guerre,  et  les  effets  que  chacun  de  ces  peuples 
en  a  ressentis,  font  voir  qu'il  en  est,  sous  quelques  rap- 
ports, des  nations  comme  des  individus;  qu'elles  ne  peu- 
vent être  impitoyables  sans  châtiment,  ni  bienfaisantes 
sans  récompense. 

«  Les  prisonniers  qu'avaient  faits  les  armées  françaises 
ont  trouvé  chez  nous  cette  généreuse  et  douce  sympathie 
qui  prodigue  son  estime  aux  vertus,  ses  égards  à  la  vail- 
lance et  ses  bienfaits  au  malheur.  En  retournant  sur  leur 
terre  natale,  ils  ont  partout  célébré  le  peuple  vainqueur; 
ils  ont  plaidé  la  cause  de  notre  caractère  national  auprès 
de  leurs  concitoyens,  et  plus  d'une  fois  ils  ont  calmé  ou 
éteint  les  anciens  souvenirs  de  haine  que  notre  ambition 
avait  justement  excités  contre  nous. 

«  Mais  les  captifs  qu'avait  faits  l'Angleterre  n'ont  quitté 
les  geôles  et  les  pontons  que  pour  remplir  les  deux  mondes 
Tome  xii.  6 


82  SCIENCES  MORALES 

de  leurs  cris  de  vengeance  et  d'exécration.  Le  récit  de 
leurs  douleurs  et  de  leurs  humiliations  a  soulevé  des  ini- 
mitiés, que  d'immenses  services  rendus  à  quelques  nations 
,  dans  la  grande  lutte  européenne  n'ont  pu  contre-baiancer. 
Le  gouvernement  britannique  a  conservé  des  intimités 
avec  des  gouvernemens  pour  lesquels  il  est  redoutable; 
mais  déserteur,  après  la  paix,  de  la  cause  des  peuples 
qu'il  fit  triompher  pendant  la  guerre,  chaque  année  lui 
révèle  qu'il  a  perdu  parmi  eux  des  amis.  » 

Malgré  ce  qui  a  été  dit  et  redit  tant  de  fois,  l'auteur  ne 
peut  pas  croire  que  le  gouvernement  anglais  ait  jamais 
formé  l'exécrable  projet  de  miner,  de  détruire  les  forces  et 
la  santé  des  prisonniers  de  guerre,  même  français,  en  les 
soumettant  à  des  épreuves  où  la  nature,  accablée,  épuisée, 
devait  succomber.  Cependant,  il  ne  reste  que  trop  de  faits 
pour  convaincre  le  ministère  de  la  Grande-Bretagne  qu'en 
entassant  les  captifs  désarmés  sur  les  pontons  ou  dans  les 
châteaux  forts,  cédant  uniquement  ou  non  à  des  terreurs 
exagérées,  il  s'est  montré  sourd  à  la  voix  de  la  pitié, 
comme  aux  conseils  d'une  sage  philantropie. 

Ici,  l'auteur  s'avertit  lui-même  ,  afin  de  ne  pas  manquer 
d'égards  ni  de  modération.  Pour  adoucir  des  couleurs  dont 
la  simple  véracité  ne  sera  que  trop  sévère ,  c'est  ici  qu'il 
aime  à  se  rappeler  le  noble  accueil  que  depuis  la  paix  il  a 
reçu  dans  les  trois  royaumes ,  près  des  hommes  les  plus 
dignes  de  l'estime  et  de  l'amitié  de  tous  les  étrangers. 

«  Admirateur  déclaré,  dit-il,  des  grandes  et  belles  ins- 
titutions qui,  dans  l'empire  britannique,  forment  le  lien 
sacré  du  citoyen  et  du  gouvernement,  je  ne  serai  point 
taxé,  j'en  ai  l'espérance,  d'être  le  détracteur  d'un  peuple 
que  je  révère  pour  la  sagesse  de  ses  lois  et  l'énergie  de  ses 
vertus  civiques;  mais,  sans  m'aveugler  sur  les  erreurs  de 
son  ambition,  ni  sur  les  égaremens  de  son  patriotisme, 


Eï  POLITIQUES.  83 

nous  dirons,  en  fidèle  narrateur,  ce  qu'ont  vu  nos  propres 
y€ux,  ce  qu'ont  vu  et  ce  qu'attestent  les  Anglais  eux-mêmes, 
et  leurs  propres  magistrats. 

«  L'illustre  Howard  dépose  qu'il  a  trouvé  des  prisonniers 
de  guerre  détenus  en  Angleterre ^  à  Plymouth,  Bristol, 
Winchester,  Forton,  Deal,  Carlisle,  Fembroke,  Chester, 
Liverpool,  Hull,  Lincoln,  Shrewsburry,  Yarmouth  et 
Falmouth;  en  Ecosse,  au  château  d'Edimbourgh  ;  en  Ir- 
lande ^  à  Dublin ,  Belfast  et  Rilkunay  ;  que  ces  prisonniers 
sont  habituellement  gardés  par  une  milice  dont  les  senti- 
nelles se  sont  montrées,  dans  maintes  circonstances,  trop 
empressées  à  faire  feu  sur  les  détenus;  qu'elles  y  ont  été  ' 
encouragées  par  des  officiers  inexpérimentés  ;  que  plu- 
sieurs captifs  ont  été  de  la  sorte  tués  sur  la  place,  quoique, 
peut-être ,  ils  n'eussent  aucun  dessein  sérieux  d'évasion  (  i  )  ; 
que,  d'après  l'affirmation  des  prisonniers,  lorsqu'il  s'élevait 
quelque  rixe  ou  tumulte,  souvent  la  garde  faisait  feu  sur 
les  captifs,  sans  chercher  à  ramener  l'ordre  par  des  moyens 
plus  doux;  que,  depuis  1796,  on  a  conservé  sur  la  côte  ,  à 
Portsmouth ,  Plymouth  et  Chatham ,  des  prisons  flottantes 
et  des  casernes-prisons  ;  à  Greenwich  et  Yarmouth,  des  pri- 
sons flottantes  seulement;  à  Greenlaw,  Staplelon,  Nor- 
man-Cress,  et  près  des  marais  d'EIy,  des  casernes-prisons  ; 
que,  plus  tard,  on  a  bâti  la  prison  de  Darmoore,  au  fond 
des  montagnes  du  Devonshire  ,  dans  un  pays  froid,  maré- 

(1)  Sur  le  prétexte  de  la  crainte  d'évasion,  M.  Dupin  observe, 
d'après  un  état  officiel  en  sa  possession ,  qu*il  y  a  eu ,  depuis  i8o5> 
à  i8i4,  sur  10,000  prisonniers  de  toute  classe,  évadés  quoique  dé- 
Français  détenus  en  Angleterre 32 

Anglais  détenus  en  France no 

Français  détenus  en  Angleterre 20 

Anglais  détenus  en  France 44 2 

Ces  chififres  parlent  assez  d'eux-mCines. 

6* 


tenus  sur  parole , 

évadés  sans  être 
détenus  sur  pa- 
role , 


SA  SCIENCES  MORALES 

cageuxj  désert  et  sauvage,  afin  d'y  reléguer  une  foule  de 
soldats  et  de  matelots  français  ;  que,  trop  de  fois,  les  officiers 
et  soldats  prisonniers  ont  été  assaillis  d'outrages  par  une 
multitude  grossière;  que,  si  les  soldats ,  les  matelots,  qui 
ne  sont  pas,  eux,  retenus  sur  parole ,  ont  fait  quelque  ten- 
tative pour  s'échapper,  ils  ont  été ,  à  terre ,  enfermés  dans 
les  cachots ,  ou  sur  les  pontons,  jetés  à  fond  de  cale,  et  là, 
réduits  à  la  famine.  Voici  les  terrhes  de  Howard  à  ce  sujet  ; 
«  quarante  jours  de  cachot,  à  la  demi-ration,  pour  payer 
«  sur  le  prix  des  vivres  les  personnes  qui  ont  repris  les 
«  fugitifs  ! ...  » 

L'auteur  décrit  un  bagne  flottant  pour  les  forçats  et  une 
prison  flottante  pour  les  prisonniers  de  guerre ,  et  il  s'en- 
suit que  le  sort  des  malfaiteurs  était  moins  déplorable  que 
celui  des  prisonniers. 

Tout  est  dans  ce  mot  du  célèbre  Hovrard  :  les  pontons 
sont  une  peine  qui  ne  doit  être  infligée  que  pour  les  crimes 
les  plus  atroces,  Hulks  ought  to  be  the  punishment  only 
for  the  most  atrocious  crimes. 

Comment  donc  un  peuple  humain,  généreux,  magna- 
nime à  tant  d'égards ,  pouvait-il,  envers  des  ennemis  vain- 
cus et  sans  défense j  dépouiller  ainsi  tout  sentiment  de  jus- 
tice et  de  commisération  ? 

LiNJumAis,  de  l'Institut. 


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Histoire  D£S  français  ,  par  j.  c.  l.  simonde  de  sis- 
UONDI ,  Correspondant  de  L'Institut  de  France ,  etc. 

M.  Sismondi  est  du  petit  nombre  des  écrivains  dont  le 

(i)  Paris,  1821.  3  volumes  in-S",  formant  ensemble  1,620  pages. 
Treuttel  et  Wùrtz,  libraires,  rue  de  Bourbon,  n»  17  ;  à  Strasbourg 
et  à  Londres,  même  maison  de  commerce.  Frix  ,  21  fr. 


ET  POLITIQUES.  85 

nom  suffit  pour  exciter  l'intérêt ,  dès  qu'on  le  voit  à  la 
tête  (l'un  ouvrage.  Le  succès  de  son  Histoire  des  républi- 
ques italiennes  du  moyen  âge  est  général,  et  sa  réputation, 
fruit  de  ce  premier  succès ,  s'est  accrue  par  la  publication 
de  la  Littérature  du  midi  de  l'Europe  ,  et  des  Nouueaux 
principes  d'économie  politique ,  ou  de  la  richesse  dans  ses 
rapports  avec  la  population  (i). 

Cet  auteur  a  deux  genres  de  mérite,  incontestables  aux 
yeux  de  tous  ses  lecteurs,  celui  de  leur  faire  connaître  une 
grande  quantité  de  faits  nouveaux  pour  eux,  dus  à  ses  sa- 
vantes recherches,  et  celui  de  les  présenter  avec  un  esprit 
philosophique,  sans  lequel  une  grande  histoire  n'est  qu'une 
longue,  ennuyeuse  et  inutile  gazette.  M.  Sismondi  s'étonne , 
avec  raison,  du  peu  de  succès  des  efforts  répétés  qu'on  a  fait* 
jusqu'à  présent,  pour  répandre  quelque  intérêt  sur  l'his- 
toire moderne,  et  particulièrement  sur  celle  de  la  France. 
Cependant ,  comme  il  le  remarque  aussi,  «  la  situation  de 
notre  patrie,  sa  puissance,  la  longue  durée  de  la  monar^ 
chie  lient  tous  les  peuples  au  peuple  français.  Leurs  révo- 
lutions sont  des  effets  de  celles  de  la  France  :  presque 
toutes  les  nations,  aujourd'hui  civilisées,  ont  fait  partie  de 
la  monarchie  des  Francs  ;  et,  pour  apprendre  leur  histoire, 
elles  doivent  nécessairement  étudier  la  nôtre.  »  —  «  Tout 
ce  que  l'orgueil  national,  continue  M.  Sismondi,  la  véné- 
ration pour  l'antiquité,  le  respect  pour  des  noms  et  pour 
des  races  illustres ,  ont  pu  inspirer  de  patience ,  de  criti- 
ques ingénieuses  et  d'art  pour  la  divination  historique ,  a 
été  épuisé  par  les  érudits ,  pour  retirer  des  ténèbres  du 
moyen  âge  les  origines  de  la  monarchie.  Tout  ce  que  la 
force  d'esprit  spéculative,  l'enthousiasme  pour  les  rois, 

(2)  Voyez  le  compte  rendu  de  ce  dernier  ouvrage ,  Reu.  Enc<. , 
T.  I,  p.  57a,  et  T.  V,  p.  474. 


86  SCIENCES  MORALES 

pour  la  noblesse,  pour  les  anciennes  lois  ,  pour  la  religion 
et  même  pour  la  liberté  ,  ont  pu  inspirer  de  théories  ,  d'é- 
loquence, de  poésies,  de  méditations  philosophiques,  a 
été  mis  en  œuvre  par  des  hommes  doués  de  rares  talens  , 
pour  coordonner,  pour  expliquer  les  uns  par  les  autres, 
pour  ranimer  des  faits  qui  nous  étaient  connus,  sans  que 
nous  trouvassions  le  principe  de  vie  qui  les  avait  fait 
naître  les  uns  des  autres.  Quelle  est  donc  la  cause  qui  a  pu 
dépouiller  de  tout  intérêt  une  histoire  enrichie  par  tant  de 
grands  événemens  ;  une  histoire ,  dans  laquelle  chaque 
nom,  ou  de  lieu,  ou  de  famille,  rappelant  des  souve- 
nirs qui  nous  sont  chers ,  devait  parler  à  notre  imagination? 
Chaque  fait ,  s'expliquant  par  des  coutumes  ou  par  des 
opinions  qui  existent  encore,  ou  qui  ont  laissé  des  traces; 
par  des  droits  dont  nous  sommes  encore  en  jouissance  ou 
que  nous  avons  regretté ,  lorsqu'ils  nous  furent  ravis  y  de- 
vait éveiller  notre  attention, 

M.  Sismondi  répond  à  cette  question  qu'il  a  lui-même 
posée  ;  il  attribue  la  froideur  des  histoires  modernes  au 
manque  de  vérité,  de  cette  vérité  complète,  sans  réserve, 
sans  arrière-pensée ,  qui  ne  se  trouve  que  dans  les  histo- 
riens de  l'antiquité.  »  Je  ne  pense  pas  tout-à-fait  comme 
lui;  la  vérité,  l'indépendance,  l'impartialité,  sont  certai- 
nement de  très-grands  mérites  dans  un  écrivain,  et  doivent 
inspirer  autant  d'estime  pour  son  ouvrage,  que  de  respect 
pour  son  caractère  ;  mais  il  en  est  des  historiens  comme 
des  orateurs;  ils  peuvent  être  vertueux,  savans  ,  sincères, 
impartiaux,  et  ne  pas  exciter  d'intérêt.  S'il  n'était  ques- 
tion que  d'utilité  ,  il  est  certain  qu'une  histoire  où  les  faits 
seraient  racontés  tels  qu'ils  se  sont  passés,  où  l'on  trouve- 
rait leurs  causes  et  leurs  conséquences  expliquées  par  une 
critique  philosophique,  qui  dédaignerait  de  plaire  à  tous 
les  partis  et  à  toutes  les  ambitions,  ne  devrait  rien  laisser 


ET  POLITIQUES.  87 

ù  désirer;  mais  la  difficulté  que  M.  Sisniondi  proposait  de 
résoudre  ne  consiste  pas  à  savoir  pourquoi  l'histoire  mo- 
derne est  plus  ou  moins  instructive ,  mais  à  expliquer  pour- 
quoi, jusqu'à  présent,  elle  a  paru  froide  à  tous  ceux  qui 
ont  voulu  la  comparer  avec  les  histoires  anciennes. 

Or,  je  crois  que  l'unique  cause  de  l'ennui  que  fait  éprou- 
ver la  lecture  des  historiens  modernes ,  se  trouve  dans  un 
préjugé  auquel  nous  sommes  asservis,  et  que  les  anciens 
ne  connaissaient  pas.  Nous  avons  tant  de  respect  pour  la 
muse  de  l'histoire,  que  nous  ne  voulons  lui  donner  aucune 
parure,  aucun  ornement,  comme  si  nous  craignions  de  la 
profaner.  Les  anciens  la  faisaient  belle  et  riche,  elle  plai- 
sait; nous  la  voulons  docte  et  négligée,  elle  ennuie. 

Dès  qu'on  écrit  ou  dès  qu'on  parle  en  public,  lanatureetla 
vérité  ne  suffisent  pas;  l'art  est  nécessaire  :  l'historien  doit 
étudier  cet  art  avec  autant  de  soin  que  l'orateur,  que  le 
peintre  et  que  le  poète  dramatique;  iJ  doit  être  varié,  atta- 
chant; son  style  ne  peut  éviter  la  longueur  que  par  un 
mouvement  continuel;  il  doit  passer  sans  cesse  de  la  nar- 
ration simple,  claire  et  rapide ,  à  la  description  des  lieux, 
aux  portraits  des  personnages. 

Ce  n'est  point  assez  de  raconter  des  faits,  il  faut  les 
peindre,  les  mettre  en  mouvement;  on  doit  les  voir  en  ac- 
tion, les  entendre  parler;  c'est  ainsi  que  Tacite ,  que  Sal- 
luste  ,  que  Tite-Lwe  et  Xénophon  ont  traversé  les  siècles. 
Ils  vivent  encore,  parce  qu'ils  plaisent  toujours;  si  leurs 
leçons  n'avaient  été  que  vraies  et  savantes  ,  on  les  aurait 
déjà  oubliées. 

Je  conviens  donc  que  ce  sera  un  très  -  grand  serTÎce  à 
rendre  aux  hommes  de  tout  âge  que  de  ne  plus  les  trom- 
per, ainsi  que  l'ont  fait  plusieurs  grands  écrivains,  qui, 
pour  me  servir  des  paroles  de  M.  Sismondi,  n'hésitent 
point  à  torturer  les  faits  pour  présenter  sous  leurs  garan- 


SS  SCIENCES  MORALES 

ties  des  opinions  dont  ils  n'auraient  point  osé  exposer  la 
théorie,  ou  5  comme   d'autres,  qui  ont   cru  yoir  dans   le    | 
passé  tout  ce  qu'ils  désiraient  dans  le  présent,  et  qui  cher- 
chent dans  l'histoire  les  droits  de  la  génération  présente  , 
au  lieu  d'exemples  pour  guider  la  postérité.  » 

«  Boulainvilliers,  Dubos,  Montesquieu,  Mably,  et,  de 
nos  jours ,  plus  d'un  écrivain  de  parti ,  ont  été ,  il  est  vrai , 
chercher  dans  l'ancienne  monarchie  des  titres  pour  ce 
qu'ils  regrettaient  ou  pour  ce  qu'ils  voulaient  établir  ,  et 
ils  n'auraient  jamais  dû  perdre  de  vue  qu'une  ancienne 
pratique  ne  prouve  pas  un  droit,  plus  qu'un  abus,  et  que 
le  passé  doit  nous  éclairer,  mais  qu'il  ne  nous  lie  pas.» 

Certes,  on  fait  très-bien  d'éviter  un  pareil  esprit  de  sys- 
tème,.qui  égare  au  lieu  d'instruire;  mais  je  soutiens 
qu'en  faisant  ce  grand  pas  vers  la  vérité,  on  n'aura  point 
encore  animé  la  statue  de  Pygmalion.  Le  style  est  la  vie 
de  l'histoire  comme  de  tout  écrit.  Nos  historiens  les  plus 
distingués  n'épargnent  aucun  soin  pour  recueillir  les  faits, 
pour  éclaircir  les  difficultés ,  pour  remonter  aux  causes  des 
événemens,  pour  ranger  avec  ordre  leurs  matériaux;  mais 
lorsqu'ils  sont  contens  de  ce  travail,  ils  croient  tout  fini; 
et,  quand  ils  prennent  la  plume  ,  on  voit  qu'ils  ne  s'occu- 
pentque  de  la  clarté ,  de  lapureté  du  style ,  de  la  justesse  des 
réflexions  qu'ils  étendent  sans  mesure.  Ils  ne  pensent  nul- 
lement au  choix  des  images,  à  l'élégance  des  expressions, 
àla  rapidité  des  mouvemens  ,  à  la  variété  des  tournures,  à 
l'adresse  des  transitions,  à  l'harmonie  des  périodes.  Ils  ne 
peuvent  pas  se  figurer  que  la  prose  historique  doit  être  soi- 
gnée comme  celle  d'un  discours  éloquent  où  d'un  drame 
poétique  ;  en  un  mot,  ils  écrivent  l'histoire  sans  verve,  sans 
couleur,  comme  ils  écriraient  à  un  ami  une  lettre  raisonna- 
ble et  soignée.  Dès-lors,  doit-on  s'étonner  de  voir  la  pré- 
férence qu'on  accorde  aux  éloqucns  et  entraîoaus  historiens 


ET  POLITIOUES.  89 

de  l'antiquité,  sur  nos  doctes  et  froids  commentateurs  de 
l'histoire  moderne? 

Je  ne  sais  si  ce  préjugé  existera  long-tems  :  mais,  ce  qui 
me  paraît  certain ,  c'est  que ,  tant  qu'on  s'y  soumettra  , 
l'histoire,  n'ayant  rien  de  dramatique!,  de  pittoresque , 
ni  d'éloquent,  ne  sera  qu'une  étude,  très-utile  sans  doute, 
mais  froide  et  fatigante.  Au  reste,  quoique  M.  Sismondi 
n'ait  pas  examiné  la  question  qu'il  se  propose  sous  le  même 
point  de  vue  que  moi,  je  dirai  que  souvent  l'élévation  de 
son  esprit,  la  solidité  de  sa  raison  et  la  lumière  de  sa  phi- 
losophie, ont  prêté  à  son  style  simple  quelque  chose  de  vif 
et  d'animé,  qui  ne  se  soutient  pas  toujours  à  la  vérité,  mais 
qui  attache  etqui  donne  à  ses  écrits  une  couleur  particulière. 
Par  exemple,  lorsqu'en  parlant  de  la  morale  pure  et 
simple  des  chrétiens  dans  les  deux  premiers  siècles  de 
l'Église,  des  disputes  de  leurs  sectes  depuis  Constantin,  et 
de  l'avidité  du  clergé  sous  la  première  et  la  seconde  race 
de  nos  rois,  il  dit  que  «  le  clergé,  à  la  première  époque  , 
enseignait  ce  qu'il  fallait  faire;  à  la  seconde,  ce  qu'il  fal- 
lait croire;  à  la  troisième,  ce  qu'on  devait  payer  et  don- 
ner. »  On  voit  une  pensée  forte,  une  vérité  hardie  ,  une 
tournure  neuve  ;  et  certainement ,  ces  trois  lignes  laissent 

*  plus  de  traces  dans  le  souvenir  que  quatre  longues  pages  de 
dissertations. 

Dans  tout  son  ouvrage,  M.  Sismondi,  véritable  philo- 
sophe ,  donne  beaucoup  à  réfléchir  ;  il  attaque  avec  cons- 
tance ce  vieux  monde  féodol  dont  tant  de  gens  s'efforcent 

-^  d'adoucir  les  horreurs  pour  en  faire  un  monde  héroïque  et 
poétique.  Toutes  ses  réflexions,  qui  peut-être  auraient  eu 
plus  de  force  encore ,  si  elles  avaient  été  plus  parsemées  et 
plus  concises,  sont  justes  et  appuyées  sur  des  faits  incon- 
testables. Aussi,  cet  écrivain  recueillera  immanquable- 
ment l'honneur  d'être  compté  au  nombre  des  plus  fcrmci" 


90  SCIENCES  MORALES 

champions  de  la  vérité  contre  l'erreur,  des  principes  contre 
les  préjugés,  et  de  la  liberté  contre  le  despotisme. 

Son  chapitre  premier  contient  un  précis  des  événemens 
dont  les  Gaules  furent  le  théâtre  avant  l'invasion  de  l'em- 
pire ,  au  quatrième  siècle.  Il  aurait  pu  rendre  ce  précis 
plus  complet;  mais  il  a  cru  que  la  Gaule,  soumise  à  un 
grand  empire,  n'avait  pas  proprement  d'histoire.  On  di- 
rait, ce  sont  ses  termes,  «  que,  pendant  la  décadence  de 
l'empire,  l'histoire  du  monde  est  réduite  à  celle  d'un 
homme  ;  encore,  cet  homme  est-il  presque  toujours  la  honte 
de  son  espèce.»  Je  crois  qu'ici  l'auteur  se  trompç,  et  que, 
pendant  cette  période  de  désolation  ,  l'histoire  ne  manque 
pas  plus,pour  ses  tableaux,de  grands  courages  et  de  grandes 
vertus,  que  de  grands  vices  et  de  grands  crimes.  C'est  en- 
core là  qu'on  peut  trouver  la  preuve  de  cette  vérité ,  que 
l'intérêt  de  l'histoire  dépend  moins  du  sujet  que  du  talent 
de  l'historien;  et  les  plus  beaux  tableaux  que  nous  pré- 
sente Tite-Lwe  des  tems  héroïques  de  Rome,  ne  sont 
point  supérieurs  à  ceux  que  Tacite  a  su  tracer  des  règnes 
du  sombre,  cruel  et  soupçonneux  Tibère,  de  l'imbécile 
Claude  et  de  l'infâme  Néron. 

Je  suis  persuadé  que  M.  Sismondi,  qui  nous  a  fait  sui- 
vre avec  tant  d'intérêt  les  discordes  scandaleuses  des  papes 
et  des  empereurs,  les  querelles  sanglantes  des  Guelfes  et 
des  Gibelins  j  et  les  scènes  anarchiques  dont  les  républi- 
ques italiennes  ont  été  si  long -tems  le  théâtre,  aurait  pu 
de  même  nous  attacher  en  nous  retraçant  avec  détaij  la 
chute  de  l'empire  romain,  tombant  sous  les  coups  des  bar- 
bares. Au  reste,  le  précis  dans  lequel  il  a  rappelé  les  prin- 
cipaux événemens  de  ce  bouleversement  qui  changea  la 
face  de  l'Europe,  est  rapide  et  suffisant  pour  faire  connaître 
l'état  de  la  Gaule  sous  les  Romains,  ses  mœurs  ,  les  cala- 
mités auxquelles  l'habitude  de  la  dépendance  ,  la  faiblesse 


ET  POLITIQUES.  91 

ies  empereurs  et  la  férocité  des  Germains,  livrèrent  cette 
lualheureuse  contrée.  On  y  trouve  des  détails  très-curieux 
ur  la  population  des  Gaules  et  sur  leur  administration  ;  il 
aeint  en  peu  de  mots  cette  triste  situation  de  rempirejro- 
main,  où  la  culture  était  livré€  aux  esclaves,  et  le  pouvoir 
lux  parvenus,  aux  eunuques,  aux  affranchis,  tandis  que 
es  sénateurs,  comme  le  dit  Aurélius  Kictor^  se  délectaient 
ians  leurs  loisirs  j  tremblaient  toujours  pour  leurs  richesses  y 
n préféraient r usage  et  Vajffluence  à  V éternité  elle-même , 
t  préparaient  ainsi  la  cote  aux  soldats  et  presque  aux  bar- 
bares pour  dominer  sur  eux  et  sur  leur  postérité. 

M.  Sismondi  paraît  s'être  appliqué  à  suivre  avec  exacti- 
ude  les  différens  peuples  barbares  qui  s'emparèrent  de  la 
jaule.  Il  remonte  à  leur  origine,  et  raconte  leurs  progrès 
t  leurs  établissemens.  Cependant,  je  doute  que  ce  tableau 
)uisse  intéresser  d'autres  lecteurs  que  les  savans.  Peut- 
;tre,  il  eût  mieux  fait  de  ne  s'étendre  que  sur  les  person- 
lages  les  plus  dramatiques  de  cette  époque  ;  car  il  est 
nutile  de  porter  si  long-tems  un  flambeau  sur  des  ténè- 
ires  trop  épaisses  pour  qu'aucune  lumière  puisse  les  éclai- 
er.  Cependant,  ce  travail  a  un  mérite  réel,  puisqu'il  peint 
es  mœurs  de  toutes  les  différentes  hordes  qui  se  parta- 
gèrent la  Gaule  avant  la  conquête  des  Francs  ;  et  c'est  là 
'objet  de  ses  trois  premiers  chapitres. 

Dans  le  quatrième ,  après  avoir  raconté  les  progrès  des 
/isigoths  et  des  Bourguignons  dans  le  midi  et  à  l'est  de  la 
îaule,  les  combats  à^Aëtius,  la  défaite  d'Attila,  la  chute 
le  Rome  et  les  exploits  peu  constatés  des  princes  francs 
Ians  le  nord  de  la  France ,  il  arrive  à  l'époque  où  Glovis 
întreprit  la  conquête  de  cette  contrée  ;  et  si  l'on  se  plaint 
le  la  confusion  qui  règne  dans  cette  partie  de  son  histoire, 
m  doit  l'attribuer,  non  à  l'auteur,  mais  au  sujet;  il  n'était 
)»s  possible  de  mettre  de  l'ordre  daus  un  tel  chaos;  de  la 


92  SCIENCES  MORALES 

symétrie  dans  la  représentation  de  l'écroulement  d'un  en 
pire  envahi  partant  de  barbares,  et  de  la  lucidité  dans  ui 
époque  d'ignorance  et  de  ténèbres. 

On  ne  pouvait  éviter  ce  défaut  qu'en  s'attachant  unique 
ment  aux  Romains  et  aux  Francs, et  en  laissant  dans  l'élc 
gnement  et  dans  une  sorte  d'ombre  les  autres  acteurs  ( 
cette  scène  désastreuse.  Il  fallait  au  moins  ne  les  placer qi 
sur  les  second  et  troisième  plans;  l'intérêt  eût  été  moins  r 
froidi ,  la  marche  moins  pénible  ,  mais  l'instruction  y  ai 
rait  perdu;  à  chaque  pas,  on  retrouve  dans  l'histoire  cet 
difficulté.  La  science  exige  ce  que  l'art  refuse  ;  l'éruditic 
vous  reproche  ce  que  vous  ôtez  à  l'enseignement,  tand 
que  la  plupart  des  lecteurs  se  plaignent  quand  vous  voul 
tout    dire.  L'attention  se  fatigue  d'un   dessin  trop  con 
pliqué  ^  vous  ne  pouvez  la  captiver  long-tems  que  par  ui 
sorte  d'unité   dramatique,   et  par  un   point  de  vue  pri 
cipal  dont  on  ne  s'écarte  jamais  long-tems  sans  regret. 
Arrivé  au  règne  de  Clovis^M.  Sismondi  est  rapide  et  intére 
sant.Il  achoisi  dans  les  écrits  de  Grégoire  de  Tours,  dans  1 
Epitomes  de  Frédegaire^  dans  les  Gestes  des  Francs ,  da 
les  recherches  savantes  de  Duhos,  dans  les  observations  ( 
Mahly,  dans  les  mémoires  de  Boulainvilliers,  dans  la  m 
niwç^xïeAe Montausier,  dans  les  Légendes  ei\es  Chroniqu 
de  S.  Denis,  tout  ce  qui  peut  répandre  des  lumières  suri 
tems  reculés  ;  les  premières  victoires  de  Clovis ,  son  m 
riage  avec  Clotilde,  sa   conversion,  la  défaite  des    AU 
mands  ,  sont  narrés  avec  esprit ,  simplicité  ;  l'auteur 
sert  à  propos  d'un  passage  de  Procope  pour  prouver  que  1 
Romains   de  la   Gaule  s'incorporèrent  promptement  da 
l'armée  et  dans  la  nation  des   Francs. 

Cependant ,  on  s'aperçoit  trop  peut-être  du  dégoût  q^ 
le  guerrier  barbare  et  le  chef  d'une  faible  tribu  inspire 


■ 


ET  POLITIQUES.  95 

ji  récrivain  philosophe.  Ce  sentiment  se  peint  dansée  peu 
le  mots  :  Clo^ls  était  le  chef  de  ces  barbares  ^   que  leurs 
\ujets  regardaient  toujours  comme  étrangers;  il  était  le  roi 
les  hommes  et  non  celui  du  pays.  Je  suis   loin  de  vouloir 
ixagérer  le  mérite  et  la  puissance  de  Clovis,  comme  d'at- 
énuer  son  ignorance  et  ses  crimes  ;  cependant,  il  serait 
njuste  de  ne  pas  reconnaître  que  ce  héros  barbare  était 
upérieur  à  son  siècle  ;  qu'il  fut  habile  autant  que  brave , 
idroit  autant  qu'ambitieux,  et  qu'il  se  servit  trop  politi- 
[uement  de  la  superstition  du  tems  pour  croire  qu'il  en  fût 
ui-même  seulement  atteint;  plusieurs  traits  de  sa  vie  ,  sa 
use  de  la  biche,  et  ses  plaisanteries  sur  Saint-  Martin, 
essemblent  plus  à  l'artifice  qu'à  la  crédulité. 
Dans  cette  partie  du  travail  de  M.  Sismondi,  on  trou- 
era peut-être  la   narration  un   peu  trop  concise ,  et  les 
éflexions  un  peu  trop  longues  ;  mais  il  éclaircit  fort  bien 
ilusieurs  questions ,  jusqu'à  présent  très-obscures,  relati- 
ement  à  la  force  des  Francs,  au  mode  de  leur  établisse- 
oent,  au  sort  des  Gaulois  vaincus,  à  l'autorité  du  con- 
quérant,  étendue  comme   général,  très -bornée  comme 
magistrat.  La  situation  politique  des  Romains  et  des  différens 
'euples  qui  leur  enlevaient  la  Gaule  est  fidèlement  peinte, 
t  il  rectifie  beaucoup  de  fausses  idées  sur  le  partage  du 
erritoire  gaulois,  ainsi  que  sur  les  différentes  classes  qui 
omposaient  la  population /omaine  et  la  population  bar- 
bare. 

L'auteur  s'est  surtout  appliqué  à  nous  instruire  avec 
larté  des  différentes  législations  de  tous  ces  peuples;  mais 
uelques  lecteurs  regretteront  qu'il  n'ait  pas  trouvé  le 
aoyen  de  mêler  assez  adroitement  ses  leçons  utiles  au 
écit,  pour  n'en  point  ralentir  la  marche  et  l'intérêt. 
Je  ne  pense  pas,  comme  lui,  que  nos  historiens  aient  eu 


9A  SCIENCES   MORALES 

tort  d'attacher  quelque  importance  aux  dignités  de  consu 
et  de  patrice ,  dont  Clovis  consentit  à  se  revêtir.  L'empin 
était  tombé;  mais  son  ombre  inspiri*  long-tems  encor 
un  grand  respect ,  et  l'habile  Clovis  faisait  bien,  pou 
affermir  sa  domination  sur  des  peuples  accoutumés  à  dé 
pendre  des  empereurs,  de  se  servir  de  tous  les  moyen 
qui  pouvaient  légaliser  son  pouvoir  aux  yeux  de  la  mul 
titude.  En  se  faisant  chrétien  et  catholique,  il  se  créa  ui 
grand  parti;  en  se  laissant  nommer  patrice,  il  se  donn; 
des  légions. 

M.  Sismondi  dit  quà  la  fin  de  sa  vie j  Clouis  n^ètai 
encore  aux  yeux  de  ses  contemporains  que  le  capitain 
heureux  d'une  bande  d' aventuriers ,  plus  nombreuse  qu 
de  coutume  _,  et  que  rien  ru  annonçait  en  lui  un  homm 
supérieur  à  Oc/oacré'.Ilme  semble  que  le  contraire  estprou 
vé  par  les  lettres  même  du  vainqueur  àHOdoacre,  du  célèbr 
Théodoric ,  qui  traitait  Clovis  en  grand  roi  et  en  princ« 
habile.  J'ai  vu  avec  surprise  que  M.  Sismondi  avait  néglige 
d'orner  son  récit  par  ces  lettres  qui  expliquent  la  politiqm 
dutems,et  qui  mettent  en  action  les  deux  plus  grand 
personnages  de  cette  époque.  Il  ne  nous  donne  pas  noi 
plus  d'extrait  de  la  loi  Salique  :  mais  il  en  montre  suffi- 
samment l'esprit,  et  il  fait  surtout  parfaitement  connaîtn 
l'accroissement  de  richesses  et  de  pouvoirs  que  le  clergt 
français  sut  tirer  de  cette  révolution.  Ce  fut  véritablemen 
lui  seul  qui  trouva  le  moyen  de  s'élever,  de  se  fortifier 
lorsque  tout  tombait  autour  de  lui. 

Avant  d'écrire  la  vie  orageuse  et  barbare  des  fils  d< 
Clovis,  l'auteur  fait  un  examen  assez  curieux  de  leufi 
motifs,  pour  partager  l'état  entre  eux  avec  une  irrégu- 
larité si  singulière.  On  trouve  aussi,  dans  ce  chapitre,  uih 
vraie  peinture  des  mœurs  de  ces  nouveaux  conquérans. 
<le  leurs  cours  et  du  genre   de  pouvoir  de   leui'S  che6. 


Eï  POLITIQUES.  95 

Leurs  exploits  et  leur  barbarie  sont  l'objet  d'une  narra- 
tion un  peu  confuse,  comme  son  sujet;  mais  cependant 
parsemé  de  réflexion^  justes  et  de  citations  bien  choisies, 
qui,  à  mon  avis,  rendent  son  histoire  supérieure  à  celles 
de  tous  les  auteurs  qui  avaient  avant  lui  écrit  sur  la  même 
matière.  Théodebert,  seulement,  méritait  d'être  mieux  traité 
par  lui.  C'était  un  grand  prince,  le  plus  brave  d'entre  les 
braves  de  son  tems  ;  il  était  impossible  qu'il  fût  complète- 
ment exempt  des  défauts  de  ses  contemporains ,  mais  il 
montra  des  vertus  inconnues  à  tous  les  hommes  de  son 
siècle. 

Le  portrait  de  Clotaire  est  mieux  tracé  ;  c'était  un  tyran 
digne  de  la  sévérité  du  burin  de  M.  Sismondi.  L'auteur 
s'écarte  de  la  route  commune  d'une  manière  ingénieuse  et 
instructive,  dans  tout  ce  qu'il  dit  de  la  justice,  sous  le 
règne  des  Mérovingiens  :  justice  qui  émanait  plus  du 
peuple  que  du  roi.  Il  dit  avec  raison  «  que  la  corruption 
et  la  servilité  des  Leudes  donnaient  quelquefois  aux 
princes  le  moyen  de  faire  verser  le  sang  de  leurs  ennemis, 
mais  qu'alors  c'était  de  leur  part  un  assassinat,  et  non  une 
condamnation  juridique.  ^ 

Le  même  esprit  philosophique  a  guidé  M.  Sismondi  dans 
tout  le  récit  des  horreurs  commises  par  les  fils  et  les  petits- 
fils  de  Clotaire,  par  le  cruel  Chilpéric,  par  l'artificieuse 
Brunehaut,  par  la  sanguinaire  Frédégonde.  En  général , 
cet  historien  philosophe  réfléchit  plus  qu'il  ne  raconte,  et 
c'est  pour  les  esprits  méditatifs  que  son  ouvrage  semble 
particulièrement  fait. 

Comme  ce  tems  est  celui  dont  on  a  gardé  de  plus  exactes 
connaissances,  parles  détails  dans  lesquels  Grégoire  de 
Tours  est  entré,  sur  tout  ce  qui  concernait  les  princes 
contemporains;  c'est  aussi  la  partie  de  l'ouvrage  de  M.  Sis- 
mondi, où  l'on  voit  le  tableau  le  mieux  tracé  des  hommes 


96  SCIENCES  MORALES 

de  cet  âge  et  de  leurs  mœurs.  Cette  peinture  animée 
finit,  avec  son  premier  volume,  par  le  récit  de  la  révolu- 
tion qui  donna  le  trône  de  toute  la  France  à  Clotaire  II, 
et  par  laquelle  périt  «  Brunehaut,  fille,  sœur,  mère,  aïeule 
de  rois ,  et  l'une  des  plus  puissantes  reines  dont  la  terre 
ait  vu  se  prolonger  la  domination.  Elle  mourut  en  61 3  ; 
et  c'était  en  566  qu'elle  était  venue  en  France  pour 
épouser  Sigebert;  et,  dans  le  cours  de  quarante-huit  ans, 
quoiqu'elle  eût  souvent  éprouvé  une  fortune  contraire  , 
elle  avait  toujours  su  se  relever  par  la  force  de  son  carac- 
tère, par  un  courage  indomptable,  de  rares  talens,  et  un 
art  pour  gouverner  les  hommes  que  ne  posséda  au  même 
degré  aucun  des  princes  de  la  première  race. Vindicative  et 
ambitieuse,  elle  ne  connut  ni  la  pitié  ni  l'amour,  et  elle  sa- 
crifia à  son  ressentiment  ou  à  l'accroissement  de  son  pouvoir, 
ceux  qui  lui  tenaient  de  plus  près  par  les  liens  dn  sang. 
Cependant,  on  l'accusa  aussi  de  beaucoup  de  crimes  qu'elle 
n'avait  pas  commis  ;  on  parla  de  son  libertinage ,  à  une 
époque  où  l'âge  avait  probablement  glacé  un  sang  long- 
tems  brûlant;  et  ce  qui  reste  d'aVéré  parmi  ses  forfaits,  ne 
passe  pointla  mesure  commune  des  rois  de  la  race  de  Clovis. 
Ceux  qui  la  condamnèrent  et  qui  la  firent  périr  n'étaient 
pas  moins  féroces  qu'elle,et  n'avaient  pas  ses  talens.Sonzèle 
religieux  se  manifesta ,  soit  par  la  protection  qu'elle  ac- 
corda constamment  aux  missions  nombreuses  que  le  pape 
Grégoire-le-Grand  envoya  de  son  tems  pour  convertir 
l'Angleterre  ,  et  qui  se  recrutaient  toujours  dans  ses  états, 
soit  par  le  nombre  prodigieux  d'églises  et  de  couvens  qu'elle 
fit  bâtir  dans  toutes  les  parties  de  son  royaume.  L'archi- 
tecture semble  avoir  été  son  principal  luxe  ;  elle  y  con- 
sacra les  trésors  qu'elle  amassait  par  les  concussions  qui  ont 
souillé  sa  mémoire  et  qui  causèrent  sa  ruine,  et  elle  donna  à 
toutes  ses  construction?  un  caractère  de  grandeur  imposante 


ET  POLITIQUES.  97 

qui  frappait  l'imagination  du  peuple.  Ses  monumens ,  sa 
puissance  et  son  malheur  avaient  fait  ane  impression  si 
profonde  dans  l'esprit  des  hommes  ,  qu'on  lui  attribua 
ensuite  un  grand  nombre  d'ouvrages  qui  n'étaient  point 
d'elle.  Tout  ce  qu'on  racontait  de  grand,  de  fort,  de  du- 
rable, prenait  le  nom  de  Brunehault.  II  y  a,  en  Belgique, et 
peut-être  encore  dans  d'autres  provinces,  des  chaussées  de 
Brunehault,  dont  les  larges  pavés  et  la  construction  iné- 
branlable semblent  plutôt  signaler  un  ouvrage  romain.  On 
montrait  dans  la  (orèt  Leccinienjie ,  près  de  Bourges  ,  un 
château  de  Brunehault  ;  une  tour  de  Brunehault,  à  Etam- 
pes  ;  la  pierre  de  Brunehault,  près  de  Cahors  ;  et  son  nom 
redouté  était  encore  répété  de  bouche  en  bouche  par  un 
peuple  qui  n'avait  plus  de  souvenir  d'aucun  de  ses  con- 
temporains » . 

J'ai  cité  ce  morceau,  parce  qu'il  m'a  paru  l'un  des  plus 
saillans  de  ce  volume ,  et  le  plus  propre  à  donner  une 
juste  idée  du  style  de  l'auteur.  On  trouvera  sans  doute 
que  ce  portrait  d'une  reine  célèbre  est  bien  tracé  ;  mais 
je  crois  cependant  que  s'il  eût  été ,  à  la  manière  des  an- 
ciens ,  plus  concis ,  il  aurait  eu  plus  de  force  et  aurait 
produit  plus  d'effet.  Nous  donnerons,  dans  un  autre  ar- 
ticle ,  l'analyse  des  second  et  troisième  volumes  de  cet 
estimable  ouvrage.  Le  comte  de  Ségvb. 


«/w\iwv«''vr/v%\'vw%/vw 


Collection  des  mémoires  relatifs  a  la  révolution 
FRANÇAISE ,  publics  par  MM.  Bertille  et  Barrière, 
première  livraison;  Mémoires  de  madame  Roland. 
-^Seconde  livraison^  Mémoires  du  marquis  de  Fer- 

RlkRES  (i). 

Si  la  curiosité  naturelle  qui  nous  porte  à  connaître  ce 

(i)  Paris,  1820  et  1821.  Baudouin  frères,  rue  de  Vaugirard ,  n.  36. 

Tome  xi.  7 


98  SCIENCES  MORALES 

qui  fut  avant  nous ,  est  encore  encouragée  par  l'avantage 
des  expériences  individuelles  que  chacun  peut  trouver 
dans  le  tableau  du  passé ,  ou  par  cette  utilité  supérieure  , 
cette  expérience  plus  haute,  qui,  dans  les  faits  histo- 
riques, envisage  les  progrès  de  l'esprit  humain;  quel 
événement  dans  l'histoire,  quelle  époque  plus  importante 
à  tous  ces  titres,  que  la  révolution  française!  Et  d'abord, 
quel  drame  plus  vaste,  plus  capable  de  captiver  l'intérêt 
des  spectateurs,  par  l'importance  de  l'action,  parle  ca- 
ractère des  personnages ,  et  les  rôles  divers  qu'ib  ont 
joués  !  Quelle  matière  plus  riche  en  instructions  person- 
nelles! Enfin,  quel  sujet  plus  digne  de  l'attention  du  phi- 
losophe qui  observe  la  marche  de  l'humanité,  que  cette 
grande  catastrophe,  longuement  préparée  ,  accélérée  par 
les  résistances,  et  qui  a  commencé  pour  le  monde  une  ère 
nouvelle  ! 

Aussi,  la  génération  présente  s'empresse-t-elle  de  cher- 
cher dans  l'histoire  le  récit  de  ces  événemens  qu'elle  n'a 
pu  voir  par  elle-même  ;  et  peut-être  la  distance  d'où  nous 
les  apercevons  aujourd'hui,  a-t-elle  des  avantages  qui 
compensent  celui  d'en  avoir  été  témoins  oculaires  ?  Car  , 
outre  qu'il  n'est  pas  donné  à  tous  de  bien  voir,  ceux  qui 
furent  témoins  ou  même  acteurs  dans  cette  grande  action, 
n'ont  pu ,  quelle  qu'ait  été  leur  position ,  en  considérer 
qu'une  partie  ;  cette  position  même  ne  leur  a  présenté 
qu'une  seule  face  :  souvent  donc  les  meilleurs  esprits 
n'ont  dû  avoir  qu'une  vue  incomplète  de  l'ensemble.  Or, 
un  pareil  drame,  comme  tous  les  grands  spectacles,   a 

4  vol.  in-8o.  Prix ,  22  fr.  La  5«  livraison  a  paru  :  elle  se  compose  des 
Mémoires  de  Bouille ,  sur  V  émigration  ;  de  Linguet ,  sur  la  Bastille, 
et  de  Dusaulx  ,  sur  /e  i4  juillet  :  nous  en  rendrons  compte  dans 
l'un  de  nos  prochains  cahiers.  La  collection  entière  aura  20  vol. 


ET  POLITIQUES.  99 

besoin  d'être  vu  à  ce  point  de  perspective  qui  domine 
les  objets  en  entier^  et  les  montre  dans  leurs  justes  pro- 
portions. Voilà  pourquoi  une  histoire  complète  de  la  révo- 
lution n'a  pu  être  l'ouvrage  d'un  contemporain.  Ce  qui 
appartient  aux  contemporains,  c'est  d'écrire  des  mémoires. 
Les  Mémoires j  ces  révélations  individuelles  que  chacun 
vient  nous  faire  de  ce  qu'il  a  vu,  des  impressions  qu'il  a 
ressenties,  nous  font,  en  quelque  sorte,  assister  nous- 
mêmes  au  passé  :  isolés  ,  pris  chacun  à  part,  ils  seraient 
insuffisans;  mais  le  rapprochement  les  éclaire  l'un  par 
l'autre  :  toutes  les  opinions  viennent  se  produire  devant 
nous,  et,  dans  les  mêmes  événemens,  chacun  expose  le 
point  de  vue  qu'il  a  saisi.  Auprès  du  généreux  enthou- 
siasme de  la  liberté,  apparaissent  les  désordres  de  l'anar- 
chie ;  et  de  la  comparaison  de  ces  témoignages  divers  , 
quelquefois  contradictoires,  jaillit  la  vérité,  ou  du  moins 
l'opinion  la  plus  probable.  De  plus,  animés  par  les  pas- 
sions de  l'écrivain  qui  nous  met  dans  sa  confidence,  la 
lecture  en  offre  d'ordinaire  plus  d'agrément,  Le  récit  naïf 
d'un  homme  qui  raconte  les  scènes  qui  se  passèrent  sous 
ses  yeux,  et  auxquelles  il  a  peut-être  pris  part,  le  tableau 
vivant  qu'il  en  fait,  l'intérêt  qu'il  y  porte,  ses  partialités 
même,  s'il  en  a,  ne  laissent  pas  d'être  instructives,  lors- 
qu'on a  le  soin  d'y  opposer  celles  du  parti  contraire.  C'est 
donc  une  entreprise  éminemment  utile  de  rassembler 
dans  une  même  collection  tous  les  mémoires  remar- 
quables qui  ont  paru  sur  les  différentes  époques  de  la  révo- 
lution française  :  l'instruction  qui  résultera  dé  ces  témoi- 
gnages comparés  est,  sans  contredit,  la  meilleure  manière 
de  l'étudier,  de  parvenir  ù  la  connaître  dans  toutes  ses 
parties,  et  d'en  avoir  un  jour  une  véritable  histoire;  car 
c'est  dans  ces  monumens  originaux  que  la  postérité  la 
trouvera.  Heureux  encore  si  la  vue  de  ces  diversités  de 

7* 


100  SCIENCES  MORALES 

jugemens  et  d'opinions  entre  des  hommes  également 
recommandâmes,  quoique  placés  dans  des  rangs  opposés, 
pouvait  nous  enseigner  l'indulgence  et  l'impartialité! 

«  Mon  but  est  de  fournir  des  matériaux  aux  écrivains 
qui  viendront  après  moi  ;  c'est  à  quoi  doivent  se  borner 
les  auteurs  contemporains....  Je  n'écris  point  l'histoire 
de  la  révolution  française;  ce  sont  des  Mémoires  pour 
servir  à  l'histoire  de  l'Assemblée  constituante  et  de  la 
révolution  de  1789.  C'est  aux  hommes  qui  ont  vu  et  suivi 
les  événemens  à  fournir  les  matériaux  nécessaires  à  l'Jiis- 
toire  :  ce  n'est  point  à  eux  à  l'écrire.  J'ai  voulu  faire 
connaître  l'Assemblée  constituante,  les  hommes  qui  la 
composaient,  l'esprit  qui  la  dirigeait,  les  moyens  dont  elle 
s'est  servie.  »  C'est  ainsi  que  le  marquis  de  Ferrières, 
en  commençant  ses  Mémoires  ,  caractérise  la  nature  et 
l'objet  de  son  travail;  et  ce  peu  de  mots  en  donne  une 
idée  exacte. 

Député  de  la  noblesse  aux  Etats-généraux,  le  marquis  de 
Ferrières  siéga,  dès  l'ouverture  des  états,  sur  les  bancs  où 
s'asseyaient  les  plus  fermes  soutiens  ,  les  orateurs  les  plus 
éclairés  du  côté  droit.  Mais ,  bien  que  sa  naissance  et  ses 
habitudes  lui  eussent  faitadopter  généralement  leurs  prin- 
cipes, toutefois  il  ne  se  pique  pas  de  soumettre  en  aveu- 
gle son  jugement  à  leur  autorité  ;  il  n'approuve  pas  tou- 
jours leurs  projets;  quelquefois  môme  il  censure  assez 
vivement  leur  conduite.  Il  dit  quelque  part,  en  parlant  des 
exagérations  des  deux  partis  :  Il  y  avait  dans  l'assemblée 
environ  trois  cents  membres  qui,  sans  paraître  à  la  tri- 
bune, votaient  selon  leurs  lumières  et  leur  conscience,  et 
décidaient  souvent  les  délibérations.  —  On  voit  qu'il  était 
de  ce  nombre.  Il  semble  quelquefois  que  ses  habitudes,  ses 
affections  et  certains  préjugés  qu'il  devait  à  sa  position 
sociale  Je  retiennent  d'un  côté,  tandis  que  ses  lumières  et 


ET  POLITIQUES.  101 

sa  raison  l'attirent  de  l'autre.  Je  ne  m'arrêterai  pas  davan- 
tage à  faire  connaître  son  caractère  comme  homme  pu- 
blic, d'ailleurs  très-bien  apprécié  dans  une  notice  élégante 
de  l'éditeur.  Comme  écrivain,  on  peut  reprocher  à  M.  de 
Ferrières  quelque  mobilité  dans  les  idées;  on  pourrait  dé- 
sirer parfois  plus  d'ordre  et  de  liaison  dans  la  narration. 
Il  se  livre  à  ses  impressions,  et  s'abandonne  volontiers  au 
sentiment  qui  l'entraîne  :  aussi ,  réussit-il  surtout  à  retra- 
cer les  scènes  attendrissantes.  Sous  le  rapport  du  mérite 
historique,  ses  mémoires  sont  émineuament  instructifs; 
ils  se  recommandent  surtout  par  une  impartialité  remar- 
quable. Nul  autre  écrit,  sans  excepter  les  plus  récens, 
n'a  mieux  fait  connaître  l'Assemblée  constituante  (i). 

Cette  utilité  historique  n'est  pas  le  mérite  principal  que 
je  me  propose  de  faire  ressortir  dans  les  écrits  d'une  femme 
que  la  révolution  tira  de  l'obscurité  de  la  vie  privée ,  dont 
l'adversité  fit  éclater  les  vertus  et  le  caractère  énergique, 
et  qu'une  mort  glorieuse  recommande  au  souvenir  des 
hommes. 

A  la  lecture  des  Mémoires  de  madame  Roland  ^  pénétré 
d'admiration  pour  les  senfimens  généreux  qu'exhale  cette 
belle  ame,  plus  frappé  du  caractère  même  de  l'héroïne 
que  des  faits  qu'elle  raconte  ,  je  n'ai  pu  résister  à  l'attrait 
de  m'occuper  de  sa  personne  ;  ce  qui  m'a  conduit  à  envi- 
sager ce  livre  sous  un  point  de  vue  plutôt  moral  qu'histo- 
rique. 

En  aucun  tems  ,  et  aujourd'hui  moins  que  jamais,  il 
n'est  superflu  de  reproduire  les  exemples  de  hautes  ver- 
tus ,   de  nobles  sacrifices  ,  et  surtout    le  courage  d'une 

fi)  Les  éditeurs  viennent  de  faire  paraître  une  suite  inédite  des 
Mémoires  du  marquis  de  Ferrières.  Cette  seconde  partie  com- 
mence aux  premiers  jours  de  rAssemblée  législative,  et  finit  au 
21  janvier. 


102  SCIENCES  MORALES 

conscience  qui  ne  sut  point  capituler  avec  elle-même.  Or, 
les  écrits  de  madame  Roland,  respirant  partout  le  plus  pur 
enthousiasme  pour  ce  qui  est  beau,  et  le  respect  le  plus 
profond  pour  la  sainte  loi  du  devoir,  peuvent  offrir  plus 
d*^une  leçon  salutaire  :  et  si,  dans  son  livre,  elle  a  transmis 
à  la  postérité  un  monument  des  grâces  et  de  la  force  de  son 
esprit,  son  courage  dans  l'adversité  ,  l'inaltérable  fermeté 
de  son  ame  en  présence  des  bourreaux,  son  attachement 
inébranlable  à  des  principes  pour  lesquels  elle  a  témoi- 
gné par  une  mort  héroïque,  sont  un  noble  exemple  légué 
à  tout  homme  de  cœur  appelé  à  vivre  en  des  tems  orageux. 

Mais  il  ne  peut  être  non  plus  sans  intérêt  de  démêler  les 
secrets  de  l'éducation  qui  a  formé  ce  noble  caractère ,  et 
de  suivre  dans  ses  jeunes  années  l'action  réciproque  d'un 
heureux  naturel ,  et  des  circonstances  qui  ont  développé 
cet  esprit  à  la  fois  solide  et  brillant,  préparé  cette  ame  vi- 
rile et  généreuse  qui  se  révéla  tout  entière  dans  les  périls 
d'une  révolution.  J'ai  donc  taché,  pour  la  faire  mieux 
connaître,  de  recueillir,  d'après  elle-même,  la  suite  et 
l'histoire  de  ses  pensées. 

Sans  doute,  une  des  principales  causes  qui  attachent  à 
la  personne  de  madame  Roland  et  qui  la  font  chérir  et  admi- 
rer, c'est  la  belle  unité  qui  préside  à  toute  sa  vie,  et  met 
entre  ses  opinions  et  sa  conduite  ce  noble  accord  qui,  seul, 
conserve  la  dignité  de  l'homme,  et  qui  maintient  dans 

c 

l'intérieur  de  son  ame  une  paix  inaltérable.  Encore  jeune  , 
elle  comprit  que  cette  harmonie  était  la  condition  du 
bonheur,  et  elle  sut  le  chercher  dans  l'accomplissement 
de  ses  devoirs,  a  Je  résumai  promptement,  dit-elle,  que 
l'unité  du  moi  personnel,  c'est-à-dire  le  plus  grand  ac- 
cord entre  les  opinions  et  la  conduite  ,  est  nécessaire  au 
bien-être  individuel  :  il  faut  donc  bien  examiner  ce  qui  est 
juste,  et,  quand  il  est  une  fois  reconnu,  le  pratiquer  ri- 


ET  POLITIQUES.  lOS 

goureuscment.  »  Ce  fut  lù  le  principe  qui  dirigea  toutes 
ses  actions. 

Au  milieu  des  scènes  gracieuses  de  son  enfance ,  dont 
elle  trace  des  descriptions  pleines  de  charme,  déjà  l'on 
peut  démêler  les  germes  d'un  esprit  heureux  que  fécon- 
dera la  culture ,  et  d'un  caractère  décidé  qui  ne  consent 
pas  Tolontiers  à  ce  dont  il  ne  voit  pas  la  raison.  Une  petite 
anecdote  qu'elle  raconte  (T.  I,  p.  17)  montre  de  quelle 
résistance  opiniâtre  elle  était  déjà  capable  à  l'age  de  six 
ans. 

Malgré  sa  vivacité  naturelle,  elle  était  pourtant  sérieuse 
et  recueillie.  Est-il,  par  exemple,  beaucoup  d'hommes 
capables  de  réflexions  aussi  graves  et  aiissi  profondes,  que 
la  jeune  fille  qui  avait  jeté  sur  la  vie  un  regard  aussi  hardi 
et  aussi  perçant?  «  J'aimais  à  réfléchir  :  je  songeais  vérita- 
blement à  me  former  moi-même,  c'est-à-dire  que  j'étu- 
diais les  mouvemens  de  mon  ame,  je  cherchais  à  me  con- 
naître; je  commençai  à  sentir  que  j'avais  une  destination 
qu'il  fallait  me  mettre  en  état  de  remplir.  » — C'est  encore 
cette  jeune  fille  qui  avait  fait  pour  elle-même  la  prière 
suivante  :  «  O  toi  qui  m'as  placée  sur  la  terre ,  fais  que 
j'y  remplisse  ma  destination  de  la  manière  la  plus  con- 
forme à  ta  volonté  sainte ,  et  la  plus  convenable  au  bien  de 
mes  frères  !» 

Douée  d'une  imagination  vive  et  d'une  sensibilité  qui 
grave  profondément  les  impressions,  et  les  conserve  dans 
toute  leur  force,  elle  éprouvait  un  besoin  de  bonheur 
qu'elle  ne  pouvait  satisfaire  que  par  un  grand  développe- 
ment de  ses  facultés.  Les  idées  religieuses  vinrent  à  fer- 
menter dans  sa  tête  et  y  produisirent  une  grande  explosion. 
«  Je  lisais  des  livres  de  dévotion,  j'avais  besoin  de  m'occu- 
per  de  ces  grands  objets  de  bonheur  ou  de  malheur  éter- 
nel :  toutes  mes  pensées  se  tournaient  insensiblement  de 


lOA  SCIENCES  MORALES 

ce  côté.  Bientôt,  les  idées  religieuses  me  dominèrent  :  le 
règne  du  sentiment,  hâté  par  leur  concours  pour  une 
trempe  déjà  précoce,  s'ouvrit  par  l'amour  de  Dieu.»  Ce- 
pendant, l'ardeur  qui  la  portait  à  apprendre,  ù  exercer  ses 
facultés,  lui  faisait  chercher  sans,  cesse  de  nouyelles  lec- 
tures ,  de  nouveaux  alimens  à  son  insatiable  activité.  En 
même  tems  que  son  ame  affectueuse  s'épanchait  dans  l'a- 
mour divin,  le  raisonnement  naissant  se  développait,  s'ap- 
pliquait à  tout  avec  indépendance.  Elle  s'avisa  de  soumettre 
à  l'examen  ce  que  l'on  offrait  à  sa  croyance ,  et  bientôt  le 
doute  entra  dans  cet  esprit  curieux.  Son  cœur  se  révolta 
d'abord  contre  la  damnation  universelle  des  païens,  et  son 
intelligence  ne  put  se  soumettre  à  concevoir  l'autorité  su- 
prême, l'infaillibilité  qui  n'appartient  qu'à  la  raison  éter- 
nelle ,  qu'à  Dieu ,  personnifiée  dans  un  homme.  Enfin  , 
elle  étudia  les  historiens  et  les  philosophes ,  et  son  esprit 
fut  émancipé. 

La  douce  amitié  vint  remplir  cette  ame  ouverte  à  tous 
les  beaux  sentimens  :  rien  de  plus  gracieux  que  les  pages 
où  elle  décrit  les  doux  et  purs  mouvemens  qui  agitaient 
son  jeune  cœur.  La  correspondance  qu'elle  entretint  avec 
l'amie  de  son  choix,  et  l'habitude  qu'elle  prit  de  mettre 
sur  le  papier  les  pensées  qui  l'occupaient,  rendit  ses  idées 
plus  nettes  enfermant  son  style,  et  contribua  sans  doute  à 
préparer  ce  talent  qui ,  plus  tard,  adressa  de  hardis  conseils 
aux  rois,  et  traça  pour  la  postérité  Y  Appel  qui  a  consacré 
le  souvenir  de  ses  vertus ,  en  flétrissant  ses  persécuteurs. 
Ainsi  s'écoulaient  ses  jeunes  années,  sous  les  yeux  d'une 
mère  chérie  :  d'heureux  hasards  secondèrent  cette  édu- 
cation domestique,  et  la  servirent  mieux  peut-être  que 
n'eût  fait  le  système  le  plus  habilement  combiné.  Par 
exemple,  son  père,  honnête  artiste,  mais  peu  éclairé 
d'cillcurs,  s'avisa  de  lui  acheter  les  livres  de  Locke  et  de 


ET  POLITIQUES.  105 

Fénélon  sur  l'éducation  des  filles,  ouvrages  qui  semblaient 
mieux  convenir  au  maître  qu'à  l'élève  ;  et  il  se  trouva 
qu'entre  les  mains  de  la  jeune  fille,  ils  ne  furent  ni  dé- 
placés ,  ni  sans  fruit.  Mais  Plutarque  surtout  eut  ses  affec- 
tions ;  elle  conçut  une  véritable  passion  pour  les  héros 
qu'il  fait  revivre  :  cette  lecture  semblait  être  l'aliment 
qui  lui  convenait  ;  et  véritablement  sa  belle  ame,  toute 
empreinte  des  vertus  antiques,  semble  avoir  avec  les  héros 
de  Plutarque  une  sorte  de  parenté.  De  ce  moment,  datent 
les  impressions  et  les  idées  qui  disposaient  son  ame  à 
l'enthousiasme  du  patriotisme.  Ce  fut  beaucoup  plus  tard, 
et  quand  son  esprit  était  déjà  formé,  qu'elle  lut,  pour  la 
première  fois,  les  ouvrages  de  Rousseau;  sans  doute, 
grâce  à  la  sage  prévoyance  de  sa  mère,  qui  craignait  d'exal- 
ter encore  un  caractère  que  la  nature  avait  fait  si  ardent. 
Plutarque  l'avait  préparée  pour  devenir  républicaine  ;  il 
avait  éveillé  en  elle  la  force  et  la  fierté;  il  lui  avait  inspiré 
l'amour  des  vertus  publiques  et  de  la  liberté;  Rousseau  lui 
montra  le  bonheur  domestique  auquel  elle  pouvait  pré- 
tendre, et  les  ineffables  délices  qu'elle  était  capable  de 
goûter. 

Il  n'est  pas  douteux  que  notre  situation  n'influe  beau- 
coup sur  notre  caractère  et  nos  opinions;  mais  on  dirait 
que,  dans  l'éducation  que  reçut  madame  Roland,  dans 
les  idées  qu'elle  acquit  par  l'étude  ou  par  le  commerce  du 
monde,  tout  avait  été  combiné  pour  lui  donner  le  besoin 
d'un  ordre  de  choses  plus  raisonnable ,  en  lui  faisant  juger 
le  ridicule,  ou  sentir  l'odieux  d'une  foule  de  prééminences 
et  de  distinctions.  Il  faut  voir  à  ce  sujet  sa  visite  chez  une 
dame  de  Roismorel  (T.  I,  p.  70) ,  et  l'idée  qu'elle  prit  de 
la  cour,  dans  un  voyage  à  Versailles,  où  elle  vit  le  rigo- 
goriste  Reaumont,  archevêque  de  Paris,  s'honorer  d'ha- 
biter un  chétif  appartement  sous  les  combles  du  château, 


106  SCIENCES  MORALES 

dans  un  corridor  obscur,  pour  être  plus  à  portée  de  faire 
sa  cour  chaque  matin,  au  lever  des  majestés. 

Cette  ame,  ainsi  préparée  par  une  éducation  singulière, 
nourrie  de  tout  ce  qu'il  y  a  de  beau  dans  les  doctrines  , 
et  d'héroïque  dans  les  hommes  de  l'antiquité,  habituée  à 
tout  apprécier  sur  la  mesure  de  la  justice  et  de  la  raison, 
lorsqu'elle  entra  dans  l'expérience,  lorsqu'elle  yit  de  près 
la  réalité,  et  qu'elle  la  compara  aux  hommes,  aux  idées 
qui  avaient  occupé  sa  méditation,  dut  nécessairement 
prendre  en  dédain  ce  qu'elle  voyait.  Dans  le  monde  qu'elle 
rencontra,  elle  s'attacha  à  un  petit  nombre  de  personnes 
raisonnables  et  dignes  d'elle. 

Ce  fut  après  la  perte  douloureuse  de  sa  mère,  sépara- 
tion déchirante,  qui  la  mit  elle-même  aux  portes  du  tom- 
beau, qu'elle  se  lia  avec  M.  Roland  de  la  Platière  ,  alors 
inspecteur  du  commerce  et  des  manufactures,  et  déjà  connu 
par  des  travaux  utiles  sur  ces  matières.  M.  Roland  sut 
l'apprécier  et  sollicita  le  nom  de  son  époux.  Dans  cette 
union  fondée  sur  une  estime  mutuelle,  les  saints  devoirs 
d'épouse  et  de  mère,  les  soins  de  la  vie  domestique  rem- 
plissaient toute  son  existence.  Une  suite  de  lettres  ,  re- 
cueillies par  les  éditeurs ,  nous  retrace  cette  époque  de  sa 
vie  ;  et,  parmi  les  détails  qu'elle  présente,  on  retrouve 
encore  ses  goûts  et  son  caractère,  et  l'on  peut  suivre  la  ten- 
dance de  ses  opinions  politiques. 

Quand  la  révolution  éclata  ,  elle  trouva  un  certain 
nombre  d'esprits,  de  philosophes  préparés  pour  la  liberté: 
ils  l'adoptèrent  avec  enthousiasme  ;  car  elle  était  pour  eux 
la  réforme  des  abus,  etTémancipation  d'une  grande  nation 
qui  se  régénère  :  ils  en  suivirent  la  marche  avec  intérêt , 
avec  anxiété  :  ce  furent  tous  ceux  qu'enflammait  l'amour 
de  leurs  semblables^  et  l'espoir  de  voir  arriver  pour  tous 
le  règne  de  la  justice  et  du  bonheur.  Dans  ce  nombre ,  on 


ET  POLITIQUES.  107 

doit  compter  Roland  et  sa  femme.  Tant  qu'elle  demeura 
dans  un  état  paisible  et  concentré,  bornée  aux  douceurs 
ie  la  vie  domestique^  sa  sensibilité  naturelle  enveloppait 
en  quelque  sorte  ses  autres  qualités,  ou  les  dominait  toutes. 
Ce  furent  les  orages  politiques  qui  donnèrent  l'essor  à  ses 
talens  et  développèrent  l'énergie  de  son  caractère. 

Lorsque  la  cour,  pour  se  populariser,  consentit  à  prendre 
3es  ministres  patriotes ,  Roland ,  appelé  dans  le  gouverne- 
ment, à  son  insu  ,  sans  aucune  sollicitation,  y  porta  ses 
umières,  son  expérience,  et  une  qualité  qui  devrait  être 
a  première  de  tout  administrateur^  le  plus  parfait  désin- 
téressement. Nommé  au  ministère  de  l'intérieur,  au  mois 
ie  mars  1792,  '1  fut  destitué  le  i3  juin  :  rappelé  au  10  août, 
1  donna  sa  démission  le  22  janvier  1793.  Mais,  dans  ce 
30urt  espace  de  sa  vie  politique,  soit  comme  ministre  de 
Louis  XVI,  soit  comme  ministre  de  la  Convention,  il 
montra  partout  la  même  intégrité^  la  même  inflexibilité 
ie  principes.  Comme  il  avait  réclamé  la  franchise  et  dé- 
tendu la  liberté  dans  le  conseil  des  rois  ,  avec  la  même 
fermeté,  il  sut,  au  sein  des  orages  tumultueux  d'une  assem- 
blée populaire ,  signaler  les  dangers  de  la  confusion  des 
pouvoirs  et  les  sanglantes  horreurs  de  l'anarchie.  Pour 
juger  cet  homme  avec  équité,  il  faut  rapprocher  de  sa 
fameuse  lettre  au  roi  la  lettre  non  moins  courageuse,  par 
laquelle  il  dénonce  à  l'assemblée  les  massacres  de  sep- 
tembre ,  et  le  rapport  où  il  s'élève  contre  les  usurpations 
ie  la  commune'(i).]VIais  la  Convention  était  déjà  sous  le  joug 
d'une  poignée  de  furieux.  Cette  partie  de  l'assemblée , 
qu'on   désignait  alors  par  le  nom  de  la  plaine ,  troupe 


(1)  On  trouvera  ces  pièces  dans  les  Eclaircissemens  historiques. 
On  ne  peut  trop  louer  les  soins  des  éditeurs  qui ,  outre  des  notices 
très-bien  faites  ,  ont  accompagné  les  mémoires  qu'ils  publient ,  de 
aotcs  et  de  pièces  officielles  qui  y  ajoutent  un  nouvel  intérêt. 


108  SCIENCES  MORALES 

habile  à  suivre  le  yent  de  la  faveur  dans  les  tems  prospères 
et  qui  s'abandonne  au  vent  de  la  peur  dans  les  jours  d'o 
rages,  restait  muette  aux  cris  naenaçans  de  la  montagne 
dont  elle  autorisait  les  crimes  par  la  lâche  complicité  d 
son  silence.  Quant  à  l'opposition,  qui  était  alors  le  côi 
droit,  elle  ne  trouva,  pour  soutenir  le  dévouement  d 
ministre,  que  de  stériles  applaudissemens;  elle  y  applaudit 
comme  font  les  gens  faibles,  aux  signes  d'un  courage  qu'il 
ne  sauraient  imiter,  mais  qui  les  touche  et  réveille  en  eu 
quelque  espoir.  Lorsque  Roland  se  vit  en  butte  aux  traii 
des  intrigans  qu'il  avait  démasqués,  pas  une  voix  n 
s'éleva  pour  le  défendre  contre  des  accusations  absurdes 
les  Girondins,  cette  noble  élite  de  l'assemblée,  que  re 
commandaient  de  rares  talens  et  d'excellentes  intention; 
se  ménageant  pour  les  grandes  occasions,  négligeaient  tro 
le  combat  journalier,  et  ne  se  méfièrent  pas  assez  de  I 
tactique  de  leurs  médiocres,  mais  audacieux  adversaires 
plus  orateurs  qu'hommes  d'état,  parce  qu'ils  étaient  vain 
queurs  dans  les  combats  de  la  tribune^  ils  ne  prévirent  pa 
que  la  montagne  triompherait  des  talens  par  la  violence 
Vainement,  Vergniaud  ralluma  parfois  les  foudres  qu'aval 
lancés  Mirabeau;  les  Girondins,  malgré  leur  ardente  pas 
sion  pour  la  liberté,  succombèrent  pour  n'avoir  pas  su  s 
coaliser  en  faveur  de  la  justice.  Ils  surent  mourir  :  mais 
à  de  pareilles  âmes,  en  de  pareilles  conjonctures,  on  pouvai 
demander  mieux.  Roland,  que  le  double  lien  de  la  con 
viction  et  du  malheur  attachait  à  leur  cause,  partagea  leu 
sort,  sans  avoir  partagé  Leurs  fautes. 

Madame  Roland,  à  qui  tout  fut  commun  avec  son  mari 
prit  une  part  active  à  ses  travaux  politiques,  comme  ell 
avait  participé  à  ses  travaux  littéraires  :  toutefois,  elle  ne  s 
mêla  jamais  d'administration;  mais,  ayant  tous  deux  le 
mêmes  principes  et  un  même  esprit,  souvent,  pour  ce  qu 
était  de  rédaction,  Roland  s'en  reposait  sur  elle.  Ainsi,  c« 


ET  POLITIQUES.  109 

fut  elle  qui  traça  d'un  seul  trait  la  fameuse  Lettre  au  Roi. 
Elle  se  dévoua  tout  entière  au  triomphe  de  la  cause  qu'elle 
avait  embrassée;  son  enthousiasme  patriotique,  qu'elle 
communiquait,  échauffait  le  courage  des  Girondins,  et  la 
jrendit  l'ame  du  parti;  et,  au  jour  de  la  défaite,  quand  on 
losa  violer  la  représentation  nationale,  elle  partagea  leur 

Idestinée.  Arrêtée  au  3i  mai,  elle  conserve,  au  milieu  du 

t.i 

érU^  le  calme  d'une  conscience  pure,  la  résolution  d'une 
ame  inaccessible  à  la  crainte.   C'est  ici  qu'on  la  voit  dé- 
loyer toute  l'énergie  de  son  caractère,  se  plaisant,  comme 
£^  lie  le  dit  elle-même,  à  se  venger  du  sort  qui  lui  refuse  le 
onheur,  en  travaillant  à  le  mériter.  C'est  en  prison  qu'elle 
écrit  ses  Mémoires ,  qu'elle  répand  toute  la  fraîcheur  de 
son  imagination  sur  les  scènes  gracieuses  de  son  enfance , 
et  trace  d'une  main  ferme  cet  Appel  à  V impartiale  postè- 
ritèj,  où  elle  venge  ses  amis  et  dévoue  leurs  oppresseurs  au 
mépris  de  l'avenir.  Quelle  noble  fierté,  quelle  élévation 
dans  ce  premier  sentiment  qui  s  échappe  de  son  ame ,  au 
moment  où  elle  prend  la  plume  !  «  Dans  toutes  les  peines 
que  j'ai  essuyées ,  la  plus  vive  impression  de  douleur  est 
presque  aussitôt  accompagnée  de  l'ambition  d'opposer  mes 
forces  au  mal  dont  je  suis  l'objet^  et  de  le  surmonter,  ou 
par  le  bien  que  je  fais  à  d'autres,  ou  par  l'augmentation 
démon  courage.»  Fidèle  à  ses  principes,  du  fond  de  sa 
.  prison  elle  soutient  le  courage  de  ses  amis ,  et  elle  gour- 
mande la  faiblesse  de  ces  eunuques  politiques  ^  qui  repro- 
baient  un  excès  de  chaleur  au  côté  droit.  «  Je  m'indigne, 
iit-elle,  de  la  lâcheté  de  ces  hommes  qui  veulent  avoir  une 
patrie,   et  comptent  encore  leur  vie  pour  quelque  chose, 

nlquand  il  s'agit  de  la  risquer  à  son  service Voyez  tou» 

ces  poltrons  de  l'assemblée,  qui  gémissaient  dans  le  sénat; 
s'ils  eussent  eu  le  courage  de  se  faire  arrêter  le  2  juin,  en 
protestant  contre  l'injuste  décret  d'arrestation  des  vingt- 
deux,  ils  assuraient  le  salut  de  tous;  car  on  n'eût  osé  tou- 


:u 


110  SCIENCES  MORALES 

cher  un  cheveu  à  nul  de  deux  ou  trois  cents  représentan 
du  peuple,  et  la  chose  publlcjuc  était  également  sauvée 
les  départemens  ne  se  fussent  point  endormis  :  on  s'apais 
sur  la  perte  de  vingt  hommes ,  et  l'on  n'aurait  pu  regarde 
comme  Convention  l'assemblée  dont  la  moitié  se  fût  reti 
rée.  »  Elle  jugeait  bien  la  situation  de  la  France;  elle  dé 
plore  l'avilissement  de  la  nation,  en  proie  aux  passions  d 
quelques  monstres  sanguinaires;  elle  prévoit  qu'un  despot 
finira  par  lui  imposer  le  joug.  Mais,  en  appelant  la  hain 
sur  leurs  atrocités,  elle  nous  apprend  aussi  à  mépriser  ce 
êtres  pusillanimes,  dont  la  faiblesse  se  fait  l'auxiliaire  d 
crime  audacieux,  vrais  fléaux  de  la  liberté  chez  un  peupl 
qui  veut  la  conquérir  ou  la  conserver.  Partout,  en  effet 
l'on  reconnaît  qu'une  grande  partie  des  maux  de  la  révolu 
tion  est  due  à  ces  hommes  timides,  incapables  de  résolu 
lions,  qui  transigèrent  avec  les  méchans,  au  lieu  de  protes 
ter  énergiquement  contre  la  violence,  et  de  faire  éclater  d 
moins  une  juste  indignation.  «  La  sottise  et  la  peur  d 
grand  nombre  font  le  triomphe  de  la  scélératesse  et  1 
perte  des  gens  de  bien.  »  Ces  vérités  n'ont  rien  perdu  d 
leur  force,  et  sont  encore  bonnes  à  rappeler. 

Dans  sa  captivité ,  parfois  elle  s'attendrissait  au  souve 
nir  de  sa  fille  et  de  son  mari;  mais  bientôt  sa  force  d'am 
reprenait  le  dessus. . ..  «Jamais  les  états  violens  ne  sor 
pour  moi  de  longue  durée;  j'ai  besoin  de  me  posséder 
parce  que  j'ai  l'habitude  de  me  régir.  Je  me  trouvai  biei 
dupe  d'accorder  quelque  chose  à  mes  persécuteurs,  en  m 
laissantfroisserpar  l'injustice;  ils  se  chargeaient  d'un  nouv< 
odieux,  et  changeaient  peu  l'état  que  j'avais  su  déjà  si  bie 
supporter  :  ici,  comme  à  l'Abbaye,  n'avais-je  pas  de 
livres,  du  tems?n'étais-je  plus  moi-même?  Véritablemeni 
je  m'indignai  presque  d'avoir  été  troublée,  et  je  ne  son 
geai  plus  qu'à  user  de  la  vie,  à  employer  mes  faculté 
avec  celle  indépendance  qu'une  ame  forte   conserve  ai 


i 


Eï  POLITIQUES.  111 

milieu  des  fers ,  et  qui  trompe  ses  plus  ardens  ennemis.  » 
Cependant,  voyant  tous  ses  amis  proscrits  sous  le  régime 
sanglant  de  la  terreur,  elle  abandonne  tout  espoir,  et  ne 
songe  plus  qu'à  finir  d'une  manière  digne  d'elle-même. 
Afin  de  mourir  libre  dans  les  fers,  elle  avait  résolu  d'abord 
de  ravir  à  ses  ennemis  la  joie  de  la  traîner  au  supplice. 
Elle  expose  de  sang  froid,  dans  ses  Dernières  pensées  j  les 
motifs  de  sa  résolution.  Mais  un  ami  lui  représenta  qu'il 
était  plus  digne  d'elle  d'attendre  la  mort  que  de  se  la  don- 
ner; qu'elle  devait  laisser  commettre  un  nouveau  crime  à 
ses  juges;  qu'elle  devait  à  sa  cause  un  grand  sacrifice,  à 
ses  amis  l'exemple  du  plus  généreux  dévouement.  Citée 
comme  témoin  dans  le  procès  des  Girondins ,  l'espoir  de 
servir  la  vérité  la  soutint  encore  :  «  je  désire  mériter  la 
mort,  en  allant  leur  rendre  témoignage  tandis  qu'ils  vivent, 

et  je  crains  de  perdre  cette  occasion J'attends  avec 

impatience,  et  je  crains  maintenant  d'être  privée  d'avouer 
mes  amis  en  leur  présence.  »  Les  vingt-deux  avaient  péri 
le  3i  octobre  1793.  Le  même  jour,  madame  Roland  fut 
transférée  à  la  Conciergerie  ;  elle  y  subit  un  interroga- 
toire, et  fut  appelée,  le  10  novembre,  au  fatal  tribunal, 
qui  n'était  que  le  premier  degré  de  l'échafaud.   On  sait 
quelle  sérénité  elle  y  porta.  Voici  les  derniers  mots  qu'elle 
prononça  après  la  lecture  de  son  arrêt  :  a  Vous  me  jugez 
digne  de  partager  le  sort  des  grands  hommes  qwe  vous  avez 
assassinés;  je  tâcherai  de  porter  à  l'échafaud  le  courage 
qu^ils  ont  montré.  »  Le  projet  de  défense  qu'elle  trapa,  la 
nuit  qui  précéda  son  dernier  jour,  peu  d'heures  avant  de 
comparaître,  est,  pour  ainsi  dire,  son  testament  politique. 
J'en  citerai  quelques  passages  :  «Lésâmes  qui  ont  quelque 
grandeur    savent  s'oublier  elles-mêmes;    elles   sentent 
qu'elles  se  doivent  à  l'espèce  entière ,  et  elles  ne  s'envi- 
sagent que  dans  la  postérité La  liberté!  elle  est  pour 

les  âmes  fières  qui  méprisent  la  mort,  et  savent  à  propos 


112  SCIENCES  MORALES 

se  la  donner.  Elle  n'est  pas  pour  ces  hommes  faiblesqui 
temporisent  avec  le  crime ,  en  couvrant  du  nom  de  pru- 
dence leur  égoïsme  et  leur  lâcheté.  Elle  est  pour  le  peuple 
sage  qui  chérit  l'humanité,  pratique  la  justice,  méprise 
ses  flatteurs,  connaît  ses  vrais  amis  et  respecte  la  vérité. 
Tant  que  vous  ne  serez  pas  un  tel  peuple,  ô  mes  conci- 
toyens! vous  parlerez  vainement  de  la  liberté;  vous  n'au- 
rez qu'une  licence  dont  vous  tomberez  victimes  chacun  à 
votre  tour;  vous  demanderez  du  pain,  on  vous  donnera 
des  cadavres,  et  vous  finirez  par  être  asservis, 

«Je  n'ai  point  dissimulé  mes  sentimens  et  mes  opinions. 
Je  sais  qu'une  dame  romaine  fut  envoyée  au  supplice, 
sous  Tibère,  pour  avoir  pleuré  son  fils  ;  je  sais  que,  dans 
un  tems  d'aveuglement  et  de  fureur  d'esprit  de  parti ,  qui- 
conque ose  s'avouer  l'ami  de  condamnés  ou  de  proscrits, 
s'expose  à  partager  leur  fortune.  Mais  je  méprise  la  mort; 
je  n'ai  jamais  craint  que  le  crime,  et  je  n'assurerais  pas 
mes  jours  au  prix  d'une  lâcheté.  Malheur  au  tems,  malheur 
au  peuple  où  la  force  de  rendre  hommage  à  la  vérité  mé- 
connue peut  exposer  à  des  périls;  et  trop  heureux  alors 
qui  se  sent  capable  de  les  braver  !  » 

J'aurais  quelque  pudeur  de  relever  le  mérite  littéraire 
dans  un  pareil  livre  :  il  faudrait,  pour  l'apprécier,  faire 
admirer  cette  allure  libre  et  naturelle ,  cette  flexibilité  de 
style  qui  produit  la  pensée  sous  la  forme  la  plus  vive,  sous 
l'image  la  plus  transparente ,  et  qui  atteint  jusqu'aux 
nuances  les  plus  délicates  et  les  plus  fugitives  ;  et  quand  on 
aurait  caractérisé  ce  mélange  de  force  et  de  grâce  où  l'au- 
torité de  la  raison  se  fortifie  du  charme  entraînant  qui 
n'appartient  qu'à  une  femme  sensible  ,  il  faudrait  en  reve- 
nir à  reconnaître  que  le  vrai  talent  a  sa  source  dans  les 
profondeurs  de  l'ame,  et  que  le  secret  de  l'art  d'écrire  est 
de  bien  penser  et  de  sentir  noblemeut.  Artaud. 


I 


LITTERATURE. 

Œuvres  choisies  de  LiiBRux  (i). 

Lebrun  lui-même  a  comparé  les  hautes  et  solides  répu- 
tations au  chêne  et  au  cèdre,  qui  croissent  lentement  et 
qui  durent  des  siècles.  On  peut  lui  appliquer  cette  com- 
paraison. En  effet,  mieux  apprécié  en  Europe  (2)  qu'en 
France ,  et  parmi  nous  plus  célèbre  que  lu ,  admiré  en 
silence  par  l'élite  de  ces  hommes  rares  qui  honorent  à 
la  fois  la  patrie  et  les  lettres,  dénigré  publiquement  par 
celte  misérable  tourbe  que  les  lumières  importunent  et 
que  le  nom  de  patrie  épouvante,  Lebrun,  surnommé,  de 
son  vivant,  le  Pindare  français,  sera  mis  à  sa  véritable 
place  par  la  postérité,  c'est-à-dire  au  premier  rang  des 
poètes  lyriques;  et  déjà  se  dissipent  les  nuages  dont  la 
malveillance  essaya,  mais  en  vain,  d'obscurcir  une  si 
éclatante  renommée.  Ces  obstacles,  ces  outrages,  les  mo- 
dèles mêmes  auxquels  Lebrun  s'associe,  Pindare,  Horace, 
Rousseau  les  rencontrèrent,  s'en  plaignirent,  et  en  furent 
vengés  et  consolés  par  l'immortalité.  Dans  le  dernier 
siècle,  et  de  nos  jours  mêmes,  les  plus  vastes  gloires, 
la  célébrité  universelle  de  Voltaire,  la  haute  considéra- 
tion qu'obtint  enfin  J.-J.  Rousseau,  ne  furent-elles  pas,  ne 
sont-elles  pas  encore  contestées?  mais  par  qui  et  comment? 
Le  sort  du  génie  est  le  même  en  tous  tems  et  en  tous  lieux. 

Ici,  tout  se  rattache  à  trois  causes,  que  je  vais  signa- 
ler ;    la  première  tient  à   la    chose  même.    Si  le   genre 

(î)  Paris,  1821.  2  vol  in-18.  Baudouin  frères,  rue  de  Va  agira  rd  , 
n*»  36.  Prix  :  6  fr. 

(2)  Plusieurs  des  pièces  de  Lebrun  ont  élé  traduites  en  langues 
étrangères. 

Tome  xii.  5 


HA  LIÏTERATUllE. 

lyrique  est  le   plus  ancien,   le  plus  naturel,  le  plus  uni- 
versel de  tous  les  genres  poétiques,  il  en  est  aujourd'hui 
le  moins  connu  et  le  moins  cultivé,  surtout  en  France  (i). 
L'ode  est,  au  reste  de  la  poésie  elle-même,   ce  que  la 
poésie  est  à  la  prose;  de  là,  celte  hauteur  d'expression, 
inaccessible,  non  seulement  au   vulgaire  des   écrivains, 
mais  encore  à  de  grands  poètes.  Voltaire  et  Boileau  échouè- 
rent dans  ce  genre;  les  chefs-d'œuvre  lyriques  sont  aussi 
rares  que  les  chefs-d'œuvre  épiques.   Cet  enthousiasme 
qui  ressemble  à  l'inspiration  prophétique,  et  qui  paraî- 
trait le   comble  du  délire,  s'il  n'était  sublime,  est  peu 
susceptible  d'être  généralement  senti  et  éprouvé.  Bailleurs, 
le  poète  n'exerce  plus,  comme  autrefois  ,  une  espèce  de 
ministère  public;  le  tems  n'est  plus  où,  la  lyre  à  la  main, 
Orphée  civilisait  les  peuples ,  où  Pylhagore  et  Terpandre 
calmaient  les  séditions  ,  où  les  chants  de  Tirtée  inspi- 
raient l'héroïsme.  Il  n'est  plus  le  tems  où,  pour  dompter 
un  peuple,  il  fallait  exterminer  ses  bardes  :  ce  que  firent 
Tibère  et  Edouard.    Enfin,   la  lyre  est  muette,  le  poète 
écrit  et  ne  chante  plus;  cependant,    le   génie  lyrique  a 
continué  d'exercer  son  influence.   Une   ode  d'Horace  dé- 
tourna Auguste  de  transférer  en  Asie  le  siège  de  l'empire, 
et  empêcha  la  ruine  de  Rome.  Si  le  fameux  Rieiizi  avait 
suivi  les  conseils  lyriques  de  Pétrarque,  le  Capitole  relevé 
aurait  repris  l'éclat   de   ses  anciens  jours.   Combien  les 
odes  de  Malherbe  n'ont-elles  pas  contribué  à  nourrir  l'ido- 
lâtrie   du    peuple  français  pour  Henri   IV,  et    combien 
Lebrun  n'a-t-il  pas  influé  sur  son  siècle? 

Toutefois ,  cela  n'a  pas  réconcilié  l'ode  avec  ses  détrac- 
teurs. Quelques-uns  attribuent  le  discrédit  de  la  poésie  lyri- 

(i)  Ce  genre  fleurit  chez  les  autres  nations,  principalçraent  en 
Allemagne  ,   en  Italie;  en  Angleterre. 


I 


LIÏÏÉRATURE.  115 

que,  parmi  nous,  à  la  timidité  de lalangue  française.  Erreur 
profonde!  certes,  sous  le  rapport  de  l'énergie  et  même 
de  l'audace,  la  langue  de  Bossuet  et  de  Corneille  ne  doit 
rien  envier  à  aufcune  autre  (i). 

Des  personnes  qui  n'ont  point  d'opinion  par  elles-mêmes , 
embrassent  celle  de  deux  hommes  de  génie,  Buffon  et 
Montesquieu,  et  de  quelques  beaux  esprits,  Lamotte,  Du- 
clos,  etc.,  qui  ont  eu  le  malheur  d'être  insensibles  aux 
beautés  de  la  haute  poésie  et  de  la  dénigrer.  Ce  n'est 
qu'une  opinion  particulière  et  que  repousse  le  cri  général 
du  sentiment.  Natura  enini  ducimus  ad  modos  (2). 

Il  existe  des  hommes  qui ,  avec  des  oreilles  et  desj^eux, 
méconnaissent  cependant  les  charmes  de  la  musique  et 
de  la  peinture  :  anomalie,  aberration  de  jugement. 

Il  y  a  une  remarque  plus  essentielle  et  plus  vraie, 
parce  qu'elle  est  de  fait.  La  voici  :  A  mesure  que  les  arts 
de  raisen ,  c'est-à-dire  les  sciences,  s'élèvent,  se  perfec- 
tionnent et  s'étendent,  les  arts  d'imagination  s'abaissent, 
tombent  et  s'effacent.  Et  c'est  ainsi  que  s'explique  na- 
turellement la  disgrâce  momentanée  que  subit  de  nos 
jours  la  haute  poésie. 

La  seconde  des  causes  que  je  dois  indiquer  se  trouve 
dans  le  caractère  personnel  et  honorable  de  l'auteur. 
Lebrun  vécut  à  la  cour  sans  être  flatteur;  parmi  les  phi- 
losophes ,  sans  être  sectaire.  Il  y  a  plus  :  ses  liaisons 
intimes  avec  Clément  et  Palissot,  trop  malheureux  anta- 
gonistes de  la  philosophie ,  suscitèrent  à  Lebrun  des  en- 

[\)  J'ai  cité  Bossuet,  parce  que  son  génie  est  éminemment  ly- 
rique et  tout  brûlant  de  l'inspiration  des  prophètes.  Lebrun  lui  em- 
prunta plusieurs  expressions,  et  entre  autres  celle-ci  :  Je  ne  meurs 
pas  ,  je  sors  du  tems. 

(a)  Cicéron.  ' 

8* 


116  LITTÉKATURE. 

nemis  sans  nombre.  Il  les  brava  ,  et  s'en  fit  de  nouveaux  , 
en  poursuivant  sans  relâche  de  ses  épigrammes  toutes 
les  coteries  académiques  et  autres.  C'était  l'époque  de 
la  décadence  des  arts  et  de  la  littérature,  et  Voltaire 
lui-même  signala  cette  décadence  dans  ses  derniers 
écrits  (i). 

Alors  florissait  la  manière  de  Boucher  dans  les  arts; 
la  prose  était  dégradée  par  Crébillon  fils,  et  la  poésie 
p^r  Dorât.  Lebrun  prit  pour  devise  :  Nos  colimus  musas 
seperiores  (2).  Il  se  montra  citoyen  lorsqu'il  n'existait 
point  de  patrie.  Il  rappela  la  poésie  à  sa  noble  origine, 
et  consacra  sa  lyre  aux  plus  grands  objets.  Il  célébra 
Dieu,  la  nature,  le  génie,  la  liberté,  les  sciences,  les 
arts  et  la  vertu;  son  siècle  frivole  ne  l'entendit  point. 
Les  suffrages  de  Voltaire,  l'amitié  de  Buffon,  l'estime  des 
personnages  les  plus  illustres  suffirent  à  sa  gloire. 

Les  deux  tiers  de  sa  carrière  lyrique  étaient  achevés, 
lorsque  la  révolution  éclata.  Ici ,  se  présente  la  troisième 
cause  et  des  succès  et  des  obstacles.  Les  réflexions  que 
je  pourrais  développer  s'offrent  en  foule  A  l'esprit  des 
lecteurs,  et  ce  serait  faire  injure  à  leur  sagacité  que  de 
les  expliquer. 

Lebun,  long-tems  avant  cette  époque,  s'était  .montré 
POÈTE  national;  nous  appelons  poète  national,  celui  à 
qui,  dans  tous  les  tems  et  dans  tous  les  lieux,  l'amour 
de  la  patrie  est  toujours  présent;  celui  pour  qui  les  formes 
de  gouvernement  ne  sont  que  des  moyens  ou  des  motifs 
de  tout  rapporter  au  bonheur,  à  la  gloire  de  la  patrie. 
Dans  une  monarchie,  il  fera  l'éloge  des  Marc-Aurèle,  des 
Trajan,   des  Henri;  dans  une  république,  il  flétrira  les 

(i  )  Voyez  les  épîtres  de  Voltaire  :  le  Russe  à  Paris,  les  Cabales,  etc. 
(a)  Martial. 


LITTÉRATURE.  117 

Marius,  les  Syllajles  Calilina;  les  personnes  seront  moins 
l'objet  de  ses  chants  que  les  choses. 

Lebrun  fut  ce  poète.  Ainsi,  dans  Fode  intitulée  :  V A- 
viour  des  Fraisais  pour  leurs  rois  f  consacré  par  les 
monumens  publics  ^  il  peint  successivement  Henri  IV 
et  Louis  XIII,  comme  Tacite  peignit  Trajan  et  Domi- 
licn  (i).  Une  de  ses  plus  belles  pièces,  sous  la  forme 
d'une  allégorie  savamment  soutenue,  déplore  l'avilissement 
de  la  monarchie,  lorsque  les  favorites  disposaient  de 
tous  les  emplois  et  nommaient  les  généraux  des  armées 
françaises. 

Enfin,  lorsque  nos  défaites,  multipliées  par  suite  de 
cette  corruption ,  furent  au  comble,  Lebrun  saisit  la  lyre 
avec  une  vertueuse  indignation,  et  publia,  en  1762,  l'ode 
auxFrançaisy  l'une  de  ses  plus  magnifiques  compositions. 
Elle  respire  tous  les  feux  de  l'héroïsme,  elle  est  digne  d'être 
chantée  en  allant  aux  combats.  Lebrun  a  emprunté  plu- 
sieurs mouvemens  et  même  plusieurs  pensées  d'un  discours 
de  Périclès ,  et  des  chants  de  Tirtée  ;  ceux  qui  compa- 
reront, ainsi  que  je  l'ai  fait,  les  passages  de  l'orateur  et 
du  poète  anciens,  à  l'imitation,  reconnaîtront  la  prodi- 
gieuse supériorité  de  Lebrun.  Cette  ode  a  été  récitée 
souvent  dans  des  assemblées  publiques,  et  chaque  fois  elle 
excita  des  cris  universels  d'enthousiasme,  et  chaque  fois 
j'ai  vu  couler  des  yeux  de  nos  vieux  et  de  nos  jeunes 
guerriers  des  larmes  héroïques ,  les  seules  qu'ils  sussent 
répandre. 

Lebrun,  il  y  a  plus  d'un  demi-siècle,  fut  le  second  des 


(i)  Les  tyrannies  qui  souillèrent  le  règne  de  Louis  XIII,   furent 
l'ouvrage  de  Richelieu  ;  mais  le  prince  les  permit. 


118  LITTÉllATURE. 

écrivains  français  (i)  qui  dénoncèrent  à  l'humanité  la  traite 
des  noirs.  Les  bornes  de  ce  recueil  ne  nous  permettent 
pas  les  citations  (2).  Il  nous  suffit  d'avoir  prouvé  que  , 
fidèle  à  un  grand  caractère  ,  Lebrun  fut  poète  national 
long-tems  avant  la  révolution.  Nous  avons  insisté  sur 
cette  remarque,  parce  que  beaucoup  de  personnes,  les 
unes  par  erreur,  d'autres  par  haine  de  la  chose  ,  ne  voient* 
dans  Lebrun  que  le  chantre  d'une  époque  désastreuse,  ou 
le  flatteur  d'un  homme  qui  fut  grand  et  dans  le  bien  et 
dans  le  mal. 

Hâtons-nous  de  les  désabuser.  Lebrun  chanta  les  bien- 
faits et  les  triomphes  de  la  liberté ,  et  protesta  contre  les 
crimes  commis  en  son  nom  (3). 

Les  pensions ,  toutes  les  sollicitations ,  toutes  les  caresses 
de  la  puissance  n'en  obtinrent  qu'une  pièce  très-courte , 
les  Toasts  de  V Olympe ,  simple  remercîment,  terminé 
par  des  vœux  pour  la  paix,  et  quelques  quatrains  et  dixains 
d'une  louange  ambiguë,  tempérée  ;i'ailleurs  par  autant 
d'épigrammes ,  que  l'auteur  récitait  en  tremblant,  et  ne 
confiait  qu'à  un  très- petit  notnbre  de  personnes. 

La  révolution  venait  d'agrandir  pour  lui  cette  carrière 
qu'il  avait  déjà  parcourue  avec  tant  de  gloire  ;  ce  fut  alors 
qu'il  publia  ses  odes  républicaines  :  telle  était,  à  cette 
époque,  la  form^du  gouvernement.  Quoique  ce  gouverne- 
ment, jugé  par  le  fait,  ne  pût  convenir  ni  à  l'étendue 
ni  aux  habitudes  de  la  France,  il  se  fit  respecter  de  l'Eu- 
rope entière.    Cet  arbre  sans  racines,  mais  vigoureux  de 

(1)  Montesquieu  fut  le  premier.  Voye»  Esprit  des  Lois  ,  L.  XV  , 
'  ch.  5. 

(2)  Voyez  les  odes  sur  l'assassinat  de  trois  rois  ;  au  soleil,  sur 
les  malheurs  de  la  terre;  sur  la  paix  de  1762;  sur  le  passage  des 
Alpes,  par  le  prince  de  Conti ;   sur  rcnlèveinent  d'Europe^ 

(3)  Voycï  le  P/iilantrope,  l'ode  contre  Vanarchie. 


LlTTEllATUllE.  119 

jeunesse,  promettait  du  moins  un  ombrage  pacifique  (i). 
L'enthousiasme  de  Lebrun  était  justifié  par  nos  victoires, 
pures  alors,  car  elles  n'avaient  qu'un  but  généreux,  l'in- 
dépendance du  territoire  français.  Lebrun  célébra  ces  vic- 
toires. Bientôt,  il  aperçut  tous  les  écueils  qui  environnaient 
le  vaisseau  du  nouvel  état;  il  les  signala  dans  des  vers 
courageux,  invoquant  à  la  fois  la  religion,  l'humanité,  la 
justice,  la  vertu.  Ce  n'est  plus  Pindare,  c'est  plus  que 
Pindare,  c'est  Zaleucus,  Pythagore  ou  Platon,  la  lyre  à  la 
main.  Lebrun,  plein  de  la  conscience  de  son  talent,  disait: 
«  Ce  sont  mes  vers  législateurs.  »  Ils  formaient  un^recueil 
séparé  de  ses  autres  odes  (2).  Ce  recueil  fut  interdit  par  la 
police  impériale.  Misérable  mesure  !  On  ne  peut  ravir 
l'existence  à  ce  qui  a  été.  Dieu  même  ne  saurait  anéantir 
le  passé.  La  compression  d'un  ressort  en  augmente  la  dé- 
tente; et  toutes  ces  mesures  d'une  oppression  délirante  n'ont 
d'autre  effet  que  de  ranimer  ce  qu'elles  prétendent  anéan- 
tir. Je  supprime  les  réflexions,  pour  ne  rappeler,  à  cef 
égard,  qu'une  anecdote  instructive  et  frappante.  Dans  ce 
tems ,  il  se  trouva  un  homme  qui  unissait  à  quelques  talens 
une  audace  de  bassesse  bien  rare;  il  se  chargea,  sans  pu- 
deur 5  de  mutiler  et  d'ajuster  aux  circonstances  les  chefs- 
d'œuvre  de  Corneille,  dont  plusieurs  vers  offensaient  de 
superbes  et  chatouilleuses  oreilles.  Qu'arriva-t-il  ?  on  pou- 
vait donner  l'ordre  à  l'acteur  de  réciter  les  nouvelles  et  hé- 
téroclites variantes  de  son  rôle  ;  mais  on  ne  pouvait  pas 
empêcher  les  spectateurs  de  porter  dans  leur  poche  un 


(  1)  Voyez  le  décret  :  0  Le  peuple  français  respecte  les  autres  gou» 
vernemens  et  défendra  son  territoire.  » 

{2)  La  plus  grande  pailie  est  réimprimée  aujourd'hui  dans  les 
(Euvres  choisies  que  nous  annonç(tns. 


120  LITTERATURE. 

exemplaire  de  Corneille,  et  de  restituer,  en  les  récitant  tout 
haut,  les  vers  supprimés.  Voilà  ce  que  j'ai  vu  ,  ce  que  tout 
Paris  a  vu.  La  mesure  d'une  police  ombrageuse  et  tyran- 
nique  se  trouva  définitivement  illusoire  ,  inepte,  ridicule 
et  bafFouée. 

Toutes  les  publications  seraient  aujourd'hui  sans  dan- 
ger, sous  la  constitution  dans  laquelle  la  France  doit  se 
reposer.  Le  gouvernement  sera  d'autant  plus  fort  que  la 
presse  sera  libre.  Tous  les  bons  esprits,  quelle  que  soit  sur 
d'autres  objets  la  divergence  de  leurs  opinions ,  s'accordent 
sur  ce  point  (i). 

Nous  n'avons  considéré  Lebrun  que  sous  le  rapport  du 
génie  lyrique  et  de  sa  direction.  Nous  vivons  dans  un  siècle 
où  la  direction  du  talent  l'emporte  sur  le  talent  même.  La 
postérité  améliorée,  morale  et  sévère  comptera  avec  cha- 
cun de  nous,  et  lui  demandera  de  quelle  utilité  furent  ses 
œuvres;  elle  accueillera  avec  indifférence  plusieurs  genres 
de  littérature,  qui  prospèrent  encore  aujourd'hui ,  l'élégie 
erotique  par  exemple  et  l'épigramme  ;  la  première  consa- 
crée à  de  douces  faiblesses,  et  la  seconde  à  d'ingénieuses 
méchancetés  :  dans  l'épigramme,  Lebrun  est  l'égal  ou  plu- 
tôt le  maître  des  maîtres;  mais,  dans  l'élégie,  il  leur  est 
inférieur;  il  n'a  point  l'élégante  mollesse  de  TibuUe,  il 
étale  toute  la  verve  de  Properce  et  trop  de  luxe  poétique. 
Son  épître  sur  la  bonne  et  mauvaise  plaisanterie  présente 
une  heureuse  fusion  de  la  manière  de  Boileau  et  de  celle 
de  Voltaire.  L'épisode  de  Psyché^  qui  malheureusement 
n'est  point  terminé,  est  en  poésie  ce  que  sont  en  peinture 
les  tableaux  de  Raphaël,  qui  a  traité  le  même  sujet.  Lebrun 
a  laissé  un  grand  poème  inachevé   sur  la    nature  :  il  s'y 

(i)  Voyez  les  opinions  de  MM.  Lanjuinais,  de  Ségur,  Tallcyrand, 
Chateaubriand,  prononcées  dans  la  Ghambic  des  Pairs ,  en  1S21. 


LlTTÉRATUllE.  121 

trouve  d'admirables  détails;  mais  le  dessin  en  est  manqué, 
parce  que  la  composition  est  trop  vaste.  Chaque  chant  est 
ù  lui  seul  la  matière  d'un  poème.  Lebrun  avait  oublié  ce 
précepte  de  Boileau  :  «  Soupent  trop  d'abondance  appau- 
vrit la  matière  (i).  »  En  effet,  un  sujet  trop  étendu  est  le 
maître  du  poète,  il  le  domine ,  il  l'écrase ,  tandis  que  le  poète 
est  le  maître  d'un  sujet  borné,  l^étend,  le  développe  et  y 
sème  avec  profusion  et  avec  choix  toutes  les  richessses 
de  son  art. 

Achevons  une  tâche  difficile  et  délicate  à  remplir,  c'est 
d'indiquer,  sous  le  rapport  littéraire,  ce  qui  caractérise 
les  beautés  et  les  défauts  de  ce  grand  poète.  —  Lebrun  a  le 
nombre  de  Malherbe,  la  majesté  pompeuse  de  J.  B.  Rous- 
seau; il  est  plus  flexible,  plus  varié,  plus  audacieux,  et 
par  cela  même  plus  lyrique.  L'invention  le  distingue,  ses 
sujets  sont  plus  vastes,  son  dessein  plus  ferme,  son  coloris 
plus  brillant.  Au  niveau  de  toutes  les  connaissances  de  son 
siècle,  il  tire  ordinairement  des  sciences  et  des  arts  les 
comparaisons  que  les  autres  empruntent  à  une  mythologie 
ou  à  des  images  surannées.  La  grâce  le  caractérise ,  aussi 
bien  que  la  force  ;  son  ode  sur  les  paysages  de  la  France 
est  d'une  poésie  suave,  enchanteresse,  aérienne.  Ses  dé- 
fauts sortent  de  ses  beautés  mêmes;  il  s'éblouit  quelque- 
fois de  ses  propres  feux,  et  s'enivre  de  son  audace ,  au  point 
de  chanceler  et  de  s'égarer.  Son  expression,  trop  figurée, 
en  est  moins  correcte  :  c'est  par  excès  de  génie  qu'il  manque 
quelquefois  de  goût.  Nul  homme,  d'ailleurs,  n'en  connais- 
sait mieux  les  lois  et  ne  les  expliquait  avec  plus  de  charmes. 
C'est  un  écrivain  original,  et  dont  la  manière  est  à  lui.  Il 
est  plus  grand  poète  lorsqu'il  invente,  que  lorsqu'il  imite 


CO  Art  poétique. 


122  LITTERATURE. 

ou  lorsqu'il  traduit.  Le  rayon  de  la  flamme  primitive  est 
toujours  plus  Tif  que  le  rayon  du  reflet. 

On  a  inséré  dans  le  recueil  de  ses  œuvres ,  sous  le  titre 
d*odes,  plusieurs  pièces,  qui  ne  sont  que  d'élégantes  fugi- 
tives, des  stances  aimables,  des  billets  erotiques,  etc.,  et 
le  nombre  en  est  beaucoup  trop  multiplié.  Il  ne  fallait  con- 
server de  sa  correspondance  que  celle  qu'il  entretint  avec 
Voltaire,  un  extrait  des  réflexions  sur  l'ode  et  sur  les 
beautés  poétiques  dont  Corneille  abonde  ;  on  aime  toujours 
à  entendre  un  grand  maître  donner  des  leçons  de  son 
art.  Ces  considérations  et  d'autres  encore  indiquaient  et 
commandaient  même  un  choix  savant,  épuré  et  délicat. 
Celui  qui,  le  premier,  publia  le  recueil  choisi  des  œuvres 
de  J.  B.  Rousseau  rendit  un  grand  service  aux  lettres  et  au 
poète  lui-même. 

Le  jeune  éditeur  des  (Eun'es  choisies  de  Lebrun  n'a  pas 
eu,  sans  doute,  le  tems  ou  la  volonté  d'y  apporter  tout  le 
talent,  tous  les  soins  qu'il  pouvait,  qu'il  devait  y  mettre. 
Cependant,  ce  recueil,  qui  en  laisse  désirer  un  meilleur, 
sera  avidement  recherché;  le  nom  de  Lebrun  le  pro- 
tège (i). 

Lebrun,  instruit  lui-même  dans  son  art  par  Racine  le 
fils,  qui  avait  puisé  sa  doctrine ,  pour  ainsi  dire ,  à  l'Hyp- 
pocrène  même,  c'est-à-dire  auprès  de  l'auteur  de  l'Art  poé- 
tique et  de  l'auteur  d'Athalie ,  Lebrun  a  fondé  à  son  tour 
une  école  dont  l'énergie  est  le  caractère.  Il  a  formé  quatre 
élèves  ;   le  premier  fut  le  célèbre  satirique  Gilbert  (2)  ; 


(1)  Cette  édition  choisie  est  à  très-bon  marché,  et  les  oeuvres 
complètes  sont  très-chères.  Elle  est  augmentée  de  six  pièces,  sup- 
primées, dans  les  œuvres  complètes  ,  par  l'inquisition  du  tems.  • 

(2)  Nous  tenons  ce  fait  de  Lebrun  lui  même. 


LITTÉRATURE.  123 

le  second  est  M.  Lemercier,  homme  d'un  profond  savoir 
et  d'un  génie  rare.  Les  muses  regrettent  le  troisième, 
M.  Victorin  Fabre,  qui,  jeune  encore,  avait  déjà  moissonné 
toutes  les  palmes  académiques,  et  dont  les  grands  talens, 
soutenus  par  de  longues  études,  donnaient  les  plus  hautes 
espérances;  le  quatrième  est  celui  qui,  fidèle  à  la  recon- 
naissance et  à  la  vérité,  consacre  à  la  mémoire  de  Lebrun 
Je  peude  lignes  qu'on  vient  de  lire  (i).  Chaussard. 

(  1  )  Plusieurs  hommes  distingués  aujouid'liui  dans  les  lettres , 
jeunes  alors,  consultaient  assidûment  Lebrun.  Il  me  suffira  de  citer 
ceux  dont  les  noms  se  présentent  à  mon  souvenir.  MM.  Dureau 
de  la  Malle ,  traducteur  de  Valerius  Flaccus  ;  Tlssol ,  traducteur 
d  s  Bucoliques  de  Virgile;  Fayolle^  qui  a  traduit  le  sixième  livi'C 
de  l'Enéide;  Bourret^  poète  épigrammatique  ;  le  général  D — /, 
poète  lyrique  ;  Masson^  poète  épique  ;  Mille uoy e  ^-çohlQ  élégiaque  ; 
Buttura^  poète  lyrique  vénitien ,  célèbre  par  ses  traductions  de  l'Art 
poétique  de  Boileau  et  d'Iphigénie  en  Aulide,  dont  il  a  transporté, 
avec  beaucoup  de  bonheur,  les  beautés  dans  la  langue  italienne. 

N»  B.  Les  pièces  les  plus  remarquables  de  Lebrun  se  trouvant 
dans  tous  les  recueils  poétiques,  nous  avons  été  dispensés  de  les 
citer.  D  ailleurs,  quelques  beaux  vers,  quelques  tirades  détachées , 
quelques  strophes  isolées  n'auraient  xlonné  qu'une  idée  imparfaite 
de  ces  grandes  compositions  lyriques  ;  enfin ,  un  développement 
analytique  plus  étendu  aurait  dépassé  notre  cadre  et  rompu 
l'ensemble  des  considérations  générales. 


L 


m.  BL'LLETTN  BIBLIOGKAPHIQUI^. 

LIVRES    ÉTRANGERS  (i). 


AMERIQUE. 

ÉTATS-UNIS. 

1. — Transactions  of  the  médical  sociely, — Transactions  de  la 
Société  médicale  de  l'État  de  New-York  pour  l'année  1821 ,  par 
M.  Jo/in  Steahhs,  D.  M.  ,  président  de  la  société,  du  6  février  1821, 
iiiprimées  à  Albany ,  chez  E.  et  E.  Hosford,  48  p. 

Cette  brochure  contient  les  procès-verbaux  ,  ou  plutôt  les  résolu- 
lions  de  rassemblée  annuelle  de  la  société,  ainsi  que  les  lois  de  l'état 
de  New- York  ,  relatives  à  l'exercice  de  la  médecine.  —  La  pratique 
de  la  médecine  fut  soumise,  dès  1760,  à  quelques  réglemens  de  po- 
lice. Le  premier  juge  du  comté  accordait  des  licences  sur  la 
preuve  qu'on  avait  étudié  la  médecine  pendant  deux  ans.  Alors  la 
plupart  des  médecins  étaient  des  étrangers,  et  particulièrement 
des  personnes  qui  avaient  étudié  à  l'université  d'Edimbourg.  C'est 
seulement  depuis  1806,  que  le  corps  législatif  de  l'état  de  New- 
York  a,  par  un  acte  spécial,  établi  une  Sipciété  médicale  pour  cha- 
cun de  ses  quatre  comtés  ,  et  ,  au  centre  ,  une  société  générale. 
Chaque  société  de  comté  choisit  annuellement  un  président ,  un 
vice-président ,  un  secrétaire ,  un  trésorier  ,  et  de  trois  à  cinq  cen- 
seurs chargés  d'examiner  les  étudians  auxquels  la  société  accorde  le  ^ 
diplôme  de  docteur  et  le  droit  d'exercer.  Les  sociétés  de  comté 
envoient  chacune  un  délégué  à  la  société  centrale,  qui  s'occupe  des 
réglemens  ,  des  formalités  nécessaires  pour  l'examen  et  la  licence  , 
qui  juge  les  contestations  ,  et  soigne  les  intérêts  généraux  de  la  fa- 
culté. Ces  sociétés  ont  des  droits  légaux  ,  pourvu  que  leurs  régle- 
mens ne  contiennent  rien  de  contraire  aux  constitutions  du  pays. 


(i)  Nous  indiquerons,  par  un  astérisque  Opiacé  à  côté  du  titre 
de  chaque  ouvrage,  ceux  des  livres  étrangers  ou  français  qui 
paraîtront  dignes  d'une  attention  particulière  ,  et  dont  nous 
rendrons  quelquefois  compte  dans  la  section  des  analyses. 


LIVRES   ÉTUÂNGl-RS.  125 

La  société  centrale  peut  exiger  une  rétribution  des  étudians  et  des 
médecins  de  chaque  comté ,  jusqu'à  la  concurrence  de  mille  dol- 
lars ,  et  lever  un  impôt  de  5,ooo  dollars  pour  l'entretien  de  la  fa- 
culté de  médecine  de  tout  l'état.  Elle  peut  encore  ouvrir  des  sous- 
criptions volontaires  pour  la  formation  d'une  bibliothèque  médi- 
cale ,  des  cabinets  d'instrumens  et  appareils  ,  etc.  Il  y  a ,  de  plus , 
des  réunions  de  médecins  ,  formant  des  collèges  ;  mais  un  élève 
qui  ,  après  l'âge  de  seize  ans  ,  a  passé  quatre  ans  chez  un  praticien 
légalement  licencié,  peut  prétendre  à  être  examiné,  et  recevoir  , 
après  sa  vingt-unième  année ,  le  diplôme  de  docteur.  Un  étudiant, 
qu'on  a  refusé  de  recevoir  dans  la  société  du  comté ,  a  le  droit  de 
porter  plainte  devant  la  société  centrale ,  qui  peut  accorder  un  di- 
plôme si  elle  le  juge  à  propos.  Les  sociétés  sont  en  droit  de  faire 
punir  ceux  qui  exercent  sans  diplôme.  Nous  regrettons  de  ne  pou- 
voir nous  étendre  davantage  sur  les  détails  de  ces  lois  ,  ni  sur  l'in- 
téressant mémoire  de  M.  i.  Stearns  ,  qui  traite  des  fonctions  et  des 
maladies  du  foie. 

2. —  Address  io  the  officers^  etc. — Adresse  aux  officiers  composant 
l'état-major  médical ,  par  M,  Samuel  L.  Mitchill  ,  D.  M.  ,  et  pre- 
mier chirurgien  général  de  la  milice  de  l'état  de  Ne  w- York.— New - 
York,  1820. 

M.  Mitchill  a  été  sénateur  de  l'état  fédératif  de  New-York,  pré- 
sident de  la  société  médicale  de  cette  ville,  professeur  de  matière 
médicale  ;  il  est  revêtu  de  tous  les  titres  propres  à  constater  sa  haute 
réputation.  Dans  son  adresse  ,  il  exhorte  les  médecins  et  les  chirur- 
giens militaires  à  profiter  du  tems  de  paix  pour  examiner  les  diverses 
épidémies  qui  ont  désolé  le  pays,  étudier  les  remèdes  et  les  agens 
vénéneux  indigènes,  ainsi  que  les  diverses  branches  de  l'histoire  na- 
turelle et  de  l'art  vétérinaire;  enfin,  il  les  engage  à  contribuer  de 
toutes  leurs  forces  à  étendre  les  connaissances  topographiques  et  mé- 
dicales des  contrées  qu'ils  habitent.  Cette  adresse  a  été  très-bien  ac- 
cueillie par  la  société  médicale  de  l'état ,  qui  a  engagé  M.  Mitchill 
à  la  publier  et  à  la  répandre.  E.  Conrad, 

3,  ' —  T/ie  pharmacopœia  of  the  United  states  of  America,  — 
Pharmacopée  des  Etats-Unis  de  l'Amérique.  Boston,  décembre 
1820,  avec  l'autorisation  des  sociétés  médicales  et  des  collèges  du 
p'ays.  Wells  et  Lilly. 

Le  titre  indique  déjà  que  cette  pharmacopée  a  été  publiée  par  les 


126  LIVRES  ÉTRANGERS. 

efforts  réunis  de  toutes  les  sociétés  médicales  actuellement  exista  ntes. 
C'est  M.  le  docteur  Liman  Spalding  qui  en  présenta  le  premier 
projet  en  1817,  et  les  délégués  des  divers  états  s'assemblèrent ,  à  cet 
effet ,  à  Washington ,  en  1820.  M.  Mitchill  était  le  président  de 
cette  réunion  ;  il  paraît  que  c'est  en  grande  partie  à  lui  que  sont 
dues  les  importantes  améliorations  de  l'instruction  médicale  et  de 
la  police  du  pays.  On  conçoit  combien  cette  pharmacopée  doit  con- 
tribuer à  une  connaissance  plus  exacte  des  plantes  médicinales  in- 
digènes de  l'Amérique.  F-r,  D.  M. 

4. — Aicheologia  americana.  Transactions  and  collections  qf  the 
american  antiquarian  socieij . — Archéologie  américaine  ^  ou  Mé- 
moires et  recueils  de  la  Société  des  antiquaires  américains.  Tom.  I. 
Worcester, état  de  Massachusetts,  1820;  imprimée  chez  W.  Man- 
ning ,  in-8"  de  436  pages ,  avec  figures. 

Tandis  que  personne  ,  pas  même  le  ministre  auquel  la  nation  ac- 
corde annuellement  des  fonds  considérables  pour  l'encouragement 
des  lettres ,  ne  seconde  la  Société  des  antiquaires  de  France ,  une  so- 
ciété semblable  vient  de  trouver  aux  États-Unis,  dans  le  patriotisme 
des  citoyens ,  des  secours  qui  lui  permettront  de  prendre  un  rang 
auprès  de  la  société  des  antiquaires  anglais,  la  mieux  dotée  de  toutes 
les  sociétés  archéologiques.  En  peu  d'années,  les  antiquaires  améri- 
ricains,  dont  le  point  de  réunion  est  à  Boston,  ont  établi  des  relations 
dans  toute  l'étendue  du  vaste  continent  de  l'Amérique  septentrionale; 
ils  ont  fondé  une  bibliothèque  qui ,  en  1819,  renfermait  déjà  6,000 
volumes,  et  un  cabinet  d'antiquités  nationales,  qui  pourra  devenir 
un  jour  une  collection  très-curieuse  ;  enfin  ,  ils  viennent  de  publier 
le  premier  volume  de  leurs  mémoires.  Un  des  membres  de  la  so- 
ciété a  bien  voulu  nous  en  faire  parvenir  un  exemplaire  ,  dont  nous 
allons  faire  connaître  le  contenu. 

La  première  partie  du  volume  est  consacrée  à  l'histoire  de  la  so- 
ciété. Cette  association  se  compose  d'un  bureau  ,  d'un  conseil  dont 
les  membres  sont  disséminés  dans  les  états  de  l'Union ,  et  de  divers 
correspondans  ;  il  y  a  un  conseiller  dans  chaque  état  ;  la  société  tient 
deux  séances  générales,  l'une  à  Boston,  l'anniversaire  du  jour  où 
Colomb  découvrit  l'Amérique  ;  l'autre  séance  ^  lieu  à  V\orcester. 
Son  but  est  de  rechercher  et  de  conserver  les  antiquités  naturelles 
où  artificielles  de  la  confédération  américaine.  Chaque  membre 
paie  6  dollars  par  an. 


LIVRES  ÉTRANGEllS.  127 

La  seconde  partie  du  volume  nous  fait  connaître  les  premiers  tra- 
vaux de  la  société.  On  a  traduit  du  français  l'ancienne  relation  du 
r.  Ilennequin ,  missionnaire ,  sur  la  découverte  du  Mississipi  ;  les 
médailles  et  monnaies  françaises  du  tems  de  Louis  XIV  ,  que  l'on 
trouve  sur  les  bords  des  rivières  parcourues  par  les  Français ,  sont 
un  objet  curieux  pour  les  Américains  ;  il  paraît  qu'on  en  a  trouvé  un 
assez  grand  nombre. 

Un  travail  important  de  M.  Caleb  Atwater ,  sur  les  antiquités  dé- 
couvertes dans  l'état  d'Ohioet  dans  d'autres  états  de  l'ouest,  occupe 
une  grande  partie  du  volume ,  et  présente  beaucoup  de  résultats 
intéressans.  Ces  antiquités  appartiennent ,  soit  aux  Indiens  qui  habi- 
tent encore  le  pays ,  soit  aux  Européens  ,  ou ,  ce  qui  est  plus  remar- 
,  quable,  à  quelque  peuple  ancien  qui  a  habité  cette  contrée  ,  et  qui 
n'existe  plus.  Ce  sont  des  tombelles ,  des  forts  et  des  fortifications  en 
terre j  d'une  forme  quelquefois  singulière  ,  des  espèces  de  puits,  etc. 
La  ressemblance  de  quelques-uns  de  ces  monumens  avec  ceux  du 
nord  de  l'Europe  et  de  l'Asie  engage  un  autre  savant ,  M.  Mitchill , 
à  appuyer  la  conjecture  de  ceux  qui  pensent  que  l'Amérique  a  reçu 
des  habitanspar  la  mer  de  Behring,  et  par  le  Groenland,  qui  a  été 
découvert,  comme  on  sait ,  par  les  Scandinaves.  M.  Mitchill  a  fourni 
à  la  société  d'intéressans  détails  sur  la  poésie  et  le  chant  des  Osages , 
ainsi  que  sur  une  momie  trouvée  en  Kentucky  ;  cette  momie  a  été  dé- 
crite aussi  par  Wilkins,  et  Farnham  a  fait  connaître  le  souterrain  dans 
lequel  on  l'a  trouvée.  Enfin ,  M.  Sheldon  a  fait  insérer  un  mémoire 
intéressant  sur  les  anciens  Caraïbes  des  Antilles  ;  mémoire  que  l'on 
pourra  comparer  à  celui  que  M.  Moreau  de  Jonnès  a  publié ,  au  sujet 
du  même  peuple,  dans  le  Journal  des  voyages^  Paris.  Le  volume  est 
terminé  par  la  description  d'une  grotte  de  l'état  d'Indiana  remplie 
de  cristallisations  curieuses  de  sel  d'Epsom  et  d'autres  minéraux.  Il 
est  orné  d'un  grand  nombre  de  gravures  représentant  les  antiquités 
mentionnées  dans  ce  recueil  qui,  sans  doute,  intéressera  aussi  vivement 
l'Europe  que  l'Amérique.  D — g. 

EUROPE. 

GR ANDE-B  RETAGNE. 

5. — A  Grammar  ofbotany,  etc. — Grammaire  de  botanique, 
avec  la  classification  naturelle  et  artificielle  des  plantes;  suivie  d'une 


128  LIVRES  ÉTRANGERS. 

explication  du  système  de  Jussieu  ,  par  J.  E.  Smîth  ,  membre  de  la 
■  société  royale,  et  président  de  la  société  linnéenne.  Londres  ,  1821  . 
Colburn  ,  1  vol.  in-8% 

L'étude  de  la  botanique  est  devenue  très-générale  en  Angleterre. 
Plusieurs  savans  s'en  sont  occupés,  et  une  société  a  été  créée  pour 
seconder  les  progrès  de  cette  science.  Cependant  ,  peut-être  n'a- 
t  elle  pas  encore  atteint  le  degré  d'utilité  qu'elle  pourrait  avoir,  si 
on  lui  donnait  plus  de  développement ,  c'est-à-dire  si  l'on  joignait 
aux  classifications  et  à  la  nomenclature  des  plantes  le  tableau  de 
leurs  propriétés.  Le  détail  des  dilTérens  procédés  chimiques  employés 
pour  extraire  d'une  plante  ou  d'un  fruit  le  suc  qu'il  contient,  ne  se 
rait-il  pas  bien  placé  à  la  suite  de  la  description  de  cette  plante  ?  Oà 
ajouterait  ainsi  un  nouveau  charme  à  l'étude  de  la  botanique  ,  et  l'on 
donnerait  lieu  à  de  nouvelles  expériences  ,  en  analysant  les  diverse» 
propriétés  tles  plantes.  L'ouvrage  de  M.  Smith  est  un  exposé  clair  et 
précis  des  différens  systèmes  de  classification  adoptés  par  les  plus 
célèbres  botanistes.  L'auteur  préfère  celui  de  Linnée  ,  auquel  il  pro- 
pose néanmoins  quelques  modifications.  Il  n'approuve  pas  entière- 
ment  le  système  de  Jussieu  ,  et  le  combat  sur  quelques  points.  Le 
rang  qu'occupe  M.  Smith  parmi  les  botanistes  anglais,  donne ^do 
poids  à  ses  assertions.  Cet  ouvrage  est ,  pour  ainsi  dire  ,  le  com- 
plément d'une  Introduction  à  la  botanique  physiologique  et  systé- 
matique ,  qu'il  a  déjà  publiée ..  et  qui  est  fort  estimée. 

6.  —  j4  Guide  to  botany ^  etc.  —  Guide  pour  l'étude  de  la  bota- 
nique ,  ou  Démonstration  familière  des  principes  de  la  classification 
adoptée  par  Linnée,  orné  de  gravures  coloriées  ;  par  y^acyMf^  Millar, 
professeur  d'histoire  naturelle  et  de  chimie.  Edimbourg,  1821, 
1  vol.  in- 12. 

Cet  ouvrage  est  d'un  genre  bien  difî'érent  que  celui  que  nous  ve- 
nons d'annoncer.  Il  renferme  une  explication  simple  et  judicieuse 
des  différentes  classifications  des  plantes,  selon  le  système  de  Lin- 
née.  L'auteur  a  évité  d'agiter  des  questions  trop  savantes  pour  les 
jeunes  botanistes ,  auxquels  son  livre  est  destiné.  Il  décrit  d'abord 
la  plante  ,  puis  il  indique  ses  propriétés,  l'usage  qu'on  en  peut  faire 
dans  le  commerce  ,  le  pays  où  elle  est  indigène ,  le  mois  dans  lequel 
elle  doit  être  plantée,  et  les  principaux  soins  qu'exige  sa  culture.  Ce 
plan  se  rapproche  de  celui  que  nous  désirerions  voir  adopter  par 
les  auteurs  qui  écrivent  sur  la  botanique  ;  ils  rendraient  ainsi  leurs 


j 


LIVRES   ETRANGERS.  129 

ôuvraf^cs  plus  généralement  utiles,  11  est  fâcheux  que  M.  Ivîniar  n'ait 
pas  étendu  ses  observations  sur  toutes  les  plantes,  au  lieu  de  choisir 
les  principales  des  diverses  classifications.  Parmi  plusieurs  articles 
fort  bien  faits,  on  remarque  celui  qui  traite  du  gingembre /oiigi- 
naire  des  Indes  orientales,  de  la  canne  à  sucre  et  des  différens  pro- 
cédés en  usage  pour  en  extraire  la  liqueur  qu'elle  contient;  enfin, 
du  cacao  et  de  ses  propriétés.  La  partie  des  fleurs  n'est  pas^  moins 
bien  soignée  que  celle  des  plantes. 

-.  — A  îlistory  of  the  Brazils.—  Histoire  du  Brésil,  comprenant 
un  aperçu  détaillé  de  la  géographie  ,  du  commerce  et  de  la  popula- 
tion débet  important  pays;  par  James  HEAOEasojf.  Londres,  1821. 
Colburn. ,  i  vol.  in-4<*,  avec  gravures. 

L'auteur,  arrivé  à  Rio -Janeiro,  en  1819,  y  attendit  _^long-tcms 
un  emploi  qui  lui  avait  été  promis,  et  résolut  enfin  de  tirer  parti  de 
son  voyage  pour  recueillir  des  renseignemens  sur  ces  vastes  régions. 
Il  remplit  cette  tâche  avec  talent  ;  et  on  lui  doit  un  tableau  complet 
de  l'état  actuel  du  Brésil ,  ainsi  que  de  sa  situation  passée.  Il  a  traité 
séparément  de  chacune   des  vingt -deux  provinces  dont  l'état   se 
compose;  il  dépeint  le  pays  comme  étant  à  la  fois  fertile  et  magni- 
fique; mais,  ainsi  que  les  voyageurs  qui  l'ont  précédé  ,  il  déplore 
l'état  de  la  société  à  Rio  Janeiro  :  elle  est  de  plusieurs  siècles  en 
arrière  des  pays  civilisés,  pour  tout  ce  qui  tient  ou  bien-être  et  aux 
jouissances  de  la  vie  sociale.   L'hospitalité,  qui  est  la    vertu    des 
peuples  les  plus  barbares,  y  est  inconnue.  Les  vivres  y  sont  aussi 
,  chers  qu'en  Angleterre  ;  et  les  maisons  d'une  dimension  ordinaire 
s'y  louent  de  deux  cent  cinquante  à  trois  cents  louis  par  an.  Les  livres 
y  sont  soumis  à  de  sévères  prohibitions ,  et  la  littérature  n'y  est  rien 
moins  que  florissante.  On  publie  deux  gazettes  pour  tout  l'état.  Les 
assassinats  sontfréquens;  les  habitans,  vifs  et  emportés,  ont  presque 
toujours  un  couteau  caché  sous  la  manche  de  leur  habit,  et,  à  la 
moindre  insulte ,   ils   le   lancent  avec    beaucoup   d'adresse  contre 
l'agresseur.  Ces  couteaux,  de  forme  particulière,  ressemblent  aux 
stjlets  des  Espagnols,  et  se  fabriquent  en  Angleterre,  pour  être  en- 
voyés au  Brésil.  Un   mauvais  gouvernement  a  pendant  long-tems 
combattu  l'effet  des  avantages  naturels  qui  devaient  rendre   cette 
nation  l'une  des  plus  riches  du  monde.   Les  mines  de  diamant  ne 
sont  pas  même  exploitées  avec  avantage.   La  famille  royale  avait  le 
droit  de  prélever  d'abor^î  une  partie  du  produit;  aussi,  dit-on  que 

Tome  xîi.        ..  9 


130  LIVRES  ETRANGERS. 

le  roi  possède  une  admirable  collection  de  pierres  précieuses.  De- 
puis la  mine  jusqu'au  trésor,  les  diamans  sont  escortés  par  une  forte 
garde  militaire  :  on  les  envoie  de  là  à  Londres ,  pour  les  vendre. 
L'agriculture  est  aussi  dans  l'enfance  de  l'art;  et  le  système  actuel 
du  fermage  des  terres  est  si  mauvais,  que  le  sol  semble  devoir  res- 
ter éternellement  couvert  de  forêts  et  de  bruyères  sauvages  :  cepen- 
dant, il  suffirait  de  la  moindre  culture  pour  le  rendre  productif. 
Depuis  l'établissement  d'une  constitution  libre  dans  cette  colonie  , 
on  espère  beaucoup  du  nouvel  ordre  de  choses.  11  est  à  présumer 
qu'elle  y  gagnera  eflectivement  sur  tous  les  points,  et  que  l'escla- 
vage domestique  sera  bientôt  aboli  chez  une  nation  qui  s'est  déclarée 
libre.  On  trouve,  dans  un  appendice,  des  détails  zoologiques  sur 
les  animaux  originaires  du  pays;  la  classe  des  reptiles  y  est  la  plus 
nombreuse  et  la  plus  venimeuse  ;  de^  nuages  d'insectes  peuplent 
l'air.  On  a  déjà  fait  au  Brésil  une  collection  de  plus  de  seize  cents  papil- 
lons d'espèces  différentes.  Les  oiseaux  y  sont  aussi  en  grand  nombre, 
et  rien  ne  peut  égaler  la  beauté  de  leur  plumage  et  la  douceur  de  leur 
chant.  Cet  ouvrage  est  orné  de  vingt-huit  planches  lithographiées  , 
d'après  les  esquisses  de  M.  Henderson ,  et  de  deux  cartes.  Le  style 
en  est  simple  et  approprié  au  sujet.  L.  S.  B. 

8. — Notice  sur  l'état  actuel  de  la  Turquie  ^  considérée  sous  ses 
rapports  commerciaux  et  politiques  apec  ru^nglelerre. hondves,  1821. 
Schulze,  i5,  Poland-street  :  in-8°  de  22  pages. 

L'auteur  de  cette  brochure  s'attache  à  prouver  que ,  dans  la  situa- 
tion  où  se  trouvent  aujourd'hui  les  Grecs,  être  ou  n'être  pas  est, 
pour  ce  peuple,  la  question  qui  va  se  décider;  il  faut  qu'ils  périssent 
dans  la  lutte ,  ou  qu'ils  en  sortent  libres.  L'auteur  démontre  que  les 
nations  peuvent  légitimement  s'armer  en  faveur  des  Grecs;  que  c'est 
même  un  devoir  pour  elles,  et  qu'elles  trouveront  de  grands  avan- 
tages dans  l'accomplissement  de  ce  devoir.  Jusqu'à  présent ,  les 
Turcs  s'étaient  toujours  tenus  hors  de  la  civilisation  de  l'Europe  ; 
ils  y  semblaient  campés  plutôt  qu'établis  ;  et  l'on  dirait  que  la  poli- 
tique jalouse  des  autres  peuples  a  redouté  des  avantages  faciles , 
mais  qu'il  eût  fallu  partager.  Aujourd'hui,  ces  ménagemens  ne  sont 
plus  de  saison  ;  les  Turcs  ne  sont  pas  seulement  un  peuple  hors  de  la 
civilisation ,  ils  s'en  sont  déclarés  les  mortels  ennemis ,  et  l'extermi- 
nation complète  des  Grecs  serait  plus  funeste  aux  autres  peuples  que 
l'envahissement  de  l'empire  des  Turcs  par  uuc  puissance  européenne. 


LIVRES  ÉTRANGERS.  131 

Comme  le  dit  l'aiiteur  :  «  Les  Turcs  sont,  en  Grèce,  ce  que  les  Maures 
furent  en  Espagne,  durant  plusieurs   siècles.  Le  long  intervalle  de 
leur  occupation  militaire  ne  leur  donne  ni  plus  de  droit  sur  un  pays 
;   sur  lequel  ils  n'ont  aucun  droit  naturel,  ni  plus  de  légitimité  auprès 
du  peuple  indigène  ,  à  l'égard  duquel  ils  sont  toujours  restés,  comme 
I   des  étrangers,  en  état  d'hostilité  permanente.  Ils»  sont  de  même 
;   restés  étrangers  ,  à  l'égard  de  toutes  les  puissances  chrétiennes. . . . 
I   Seulement,  ils  ont  accordé  des  privilèges  aux  nations   qu'ils  ont 
voulu  favoriser.  »  L'Europe  a  donc  le  droit  de  faire  cesser  cette  oc- 
cupalion  militaire.  L'auteur  montre  que  ce  serait  une  chose  facile, 
'    et  il  rappelle  à  cette  occasion  cette  flotte  anglaise  qui  franchit  les 
!  Dardanelles  ,  et  pouvait  foudroyer  le  sérail  ;  les  succès  d'une  petite 
j  armée  russe  que  nous  avons  vue  ,  il  y  a  peu  d'années ,  imposer  une 
i  paix  défavorable  au  sultan,  et   surtout  les  triomphes   de  l'armée 
♦  française  en  Egypte,  qui  eussent  été  funestes  aux  Turcs,  sans  les  se- 
cours que  ceux-ci  trouvèrent  dans  une  alliance  européenne, 
i,  Les  avantages  de  l'affranchissement  de  la  Grèce  pour  les  puis- 
sances de  l'Europe   qui    sauraient  ouvrir  des  relations  de  commerce 
?ivec  ce  peuple  régénéré ,  semblent  à  l'auteur  un  motif  suffisant  pour 
qu'elles  s'arment  en  sa  faveur.   Ces  avantages  qui,  dans  l'état  des 
choses,  sont  possédés  presque  exclusivement  par  la  Russie,  il  les 
]  promet  en  grande   partie  aux   Anglais  ;   mais  nous  croyons  qu'ils 
pourraient  être  partagés  par  toutes  les  nations  maritimes  qui  vou- 
draient en  profiter.  Nous  ne  nous  plaindrions  pas  des  éloges,  souvent 
exagérés  ,  que  l'auteur  donne  à  l'Angleterre ,  si  ces  éloges  pouvaient 
la  déterminer  fi  s'armer  pour  la  cause  sacrée  des  Grecs.  Si  la  politi- 
que ,  oubliant  ses  maximes  étroites  et  son  égoïsme  accoutumé,  pou- 
vait une  fois  embrasser  une  pensée  généreuse,  et  concevoir  un  grand 
dessein  ,  la  résurrection  de  la  Grèce  immortaliserait  à  jamais  cette 
époque  ;  l'occasion  est  belle,  et  peut-être  elle  ne  se  représentera  de 
long-tems.  M.  A. 

9.  —  The  poUtical  stale  of  the  British  empire,  —  Etat  politique 
de  l'empire  britannique  ,  contenant  une  revue  générale  des  posses- 
sions étrangères  et  intérieures  du  royaume,  des  lois,  du  commez'ce, 
des  revenus,  des  administrations  et  des  autres  institutions  civiles 
et  militaires  ,  par  Jean  Adolphcs,  avocat.  Londres,  1821.  Cadell. 
4  vol,  in-8°.  Prix,  3  guinées. 
■  M.  Adolphus  s'est  déjà  fait  connaître  dans  la  carrière  des  lettres 

9* 


132  LIVRES  ÉTRANGERS. 

par  plusieurs  ouvrages.  On  cile,  entre  autres,  un  Tableau  histo 
rique  de  la  révolution  française  ,  et  une  Histoire  de  Georges  HT 
Depuis  loDg-tems  il  n'av^ait  rien  offert  au  public;  mais  il  n'en  pour- 
suivait pas  moins  ses  travaux.  L'ouvrage  que  nous  annonçons  est 
le   fruit    de  longues  recherches.  Afin  de  donner  une  idée  de    tout 
ce  dont  il  traite   en  détail  ,  voici  les  titres  des  différens  chapitre» 
du  premier  volume  :  <J  Description   de  l'Angleterre  et  du  pays  de 
Galles;    les   comtés,   rangés    par   ordre    alphabétique,  avec    une 
courte  notice  géographique  sur  chacun  d'eux;  le  gouvernement  ,  sa 
forme,  sa  constitution;  le  roi;  la  chambre  des  pairs;  la  chambre  de» 
communes  ;  le  clergé  ;  la  gentrj/.  ou  petite  noblesse  ;  savoir  :  les  ba- 
ronnets,  les  chevaliers^  les  esquires,  ou  écuyers.  Le   contenu  des 
autres  volumes  est  encore  plus  considérable.   Mais  la  partie  de  l'ou- 
vrage la  plus  soignée,  est  celle  de  la  magistrature  et  des  lois;  l'auteur , 
étant  attaché  au  barreau  et  possédant  parfaitement  son  sujet  ,  s'est 
plu  à  développer  tout  le  système  judiciaire  de  la  Grande-Bretagne. 
Le  quatrième  volume  est  consacré  à  la  description  de  l'Ecosse  ,    de 
l'Irlande ,  et  enfin  des  possessions  anglaises  en  Asie ,  en  Afrique  et 
en  Amérique.   Des  répétitions  fréquentes  des  mêmes  détails,   des 
passages  obscurs ,  un  style  négligé  et  verbeux  _,  rendent  quelquefois 
la  lecture  de  ce  livre  fatigante.  L'auteur  allègue,  pour  excuser  ces 
défauts,  la  précipitation  avec  laquelle  il  a  été  obligé  de  faire  impri- 
mer son  manuscrit,  qui  aurait  certainement  gagné  à  être  plus  concis 
et  plus  clair. 

lo. — Rosario,  a  tale^ — Rosario,  conte  par  Napoléon  Bonaparte; 
traduit  du  français.  Londres,  iSii.  Limbird.  Brochure  de  oi  pages. 
Cette  prétendue 'production  de  Bonaparte  est  un  pitoyable  conte 
de  prophétie  et  de  revenans,  qui  n'a  pas  même  le  mérite  de  la 
nouveauté.  Avides  de  spéculations  lucratives,  les  libraires  anglais 
accueillent  et  publient  avec  empressement  toutes  les  rapsodies  aux- 
quelles se  rattache  un  nom  qui  a  si  long-tems  occupé  l'Europe  en- 
tière. En  vain,  le  général  Bertrand  et  M.  de  Montholon  ont  désa- 
voué publiquement  tous  les  prétendus  écrits  et  mémoires  de  Bo- 
naparte qui  ont  paru  depuis  peu ,  en  ajoutant  qu'ils  possédaient 
seuls  les  manuscrits  authentiques,  et  qu'aucun  n'avait  encore  vu  le 
jour;  on  n'en  continue  pas  moins  à  tromper  le  public  par  de  faux 
titres  et  sous  des  noms  empruntés.  C'est  ainsi  qu'on  a  fait  paraître 
à   Paris  une  ode  sur  la  mort    de  Bonaparte,  par  lord  Byron,  pu- 


LIVRES   ETRANGERS.  133 

l)liùe  par  Moore,  et  à  laquelle  ces  deux  poêles  n'ont  pas  eu  la 
moindre  part.  Le  conte  de  Rosario  n'est  pas  cependant  présenté 
<;omme  ayant  été  écrit  par  l'ex  empereur.  L'auteur  prétend  seule- 
ment le  lui  avoir  entendu  raconter  dans  un  cercle,  chez  l'impéra- 
trice, qu'il  se  plaisait  à  diveztir  par  des  anecdotes  tour  à  tour 
gaies  ou  tragiques. 

11.  —  An  olio  of  hibliographical  and  literary  anecdotes,  etc. — 
Mélanges  d'anecdotes  bibliographiques  et  littéraires,  et  de  pièces 
originales  et  choisies  ;  par  TVilliam  Davis.  Londres  ,  1817.  Murray. 
i  vol.  in-12  de  i5o  pages. 

12.  — JL  journey  round  the  lihrary  of  a  bibliomaniac.  etc.  — 
Voyage  autour  de  la  bibliothèque  d'un  bibliomane,  ou  Collection 
•de  notes  et  de  réminiscences  sur  des  livres  rares,  estimés  et  curieux  i 
par  fp^illlam  Davis.  Londres,  1821.  Limbird.   1  vol.  in-S"  de  96  p. 

Nulle  part  ïa   manie  de   posséder  des  livres  rares  et  anciens  n'a 
été  poussée  plus    loin    qu'en   Angleterre.   On  a  vu    des  amateurs 
d'antiquités  payer  un  prix  excessif,  pour  des  ouvrages  qui  n'avaient 
d'autre  mérite   que  celui  d'avoir  vieilli ,    oubliés   sur  les  tablettes 
d'une  bibliothèque.  Profitant  de  cette  bizarrerie,  un  gentilhomme 
a  ,    dit-on,  imaginé  un   moyen  nouveau  pour  léguer  à  ses  descen- 
dans  une  immense  fortune  ;  il  fait ,  pendant  sa  vie ,  une  collection 
de   toutes   les  productions  obscures  qui  se  publient  chaque   jour , 
dans  l'espérance  que ,  cent  cinquante  ans  après  sa  mort ,   on  pourra 
revendre  au  poids  de  l'or  cet  amas  de  livres  rares  ,  qu'assurément 
personne    n'aura  pensé   à  conserver,  et  qui  sera,  par  conséquent, 
unique  dans  son  genre.    Quoi  qu'il  en   soit ,    ces   observations   ne 
s'étendent  pas  aux    deux  ouvrages  de  M.  Davis.  Publiées  à  deux 
époques  différentes  ,   ces  brochures  renferment  des  anecdotes  inté- 
ressantes ,  des  renseignemens  imporlans  sur  les  meilleures  éditions 
des  auteurs  les  plus  connus,  et  une  foule  de  remarques  curieuses 
et  piquantes.  Nous   choisirons  le  passage  suivant ,  sur  le  Paradis 
perdu    du    célèbre  Milton.    a  Milton    éprouva   quelques  difficultés 
pour  faire  passer  à  la  censure  son  poème   du  Paradis  perdu.   Le 
censeur  avait  cru  découvrir  une  trahison  dans   la  belle  image  que 
trace  le  poète  d'une  éclipse  de  soleil.  Cet  obstacle  fut  cependant 
vaincu ,    et  Milton  vendit  son  manuscrit  à  Samuel    Simmons ,   le 
27   avril  1667,  pour  la  somme  de  cinq  louis  payés  comptant,  à 
eondiliou  qu'après  la  vente  de  treize   cents  exemplaires,  il  rccc' 


ISA  LIVRES  ETRANGERS. 

vrait  cinq  autres  louis.  Le  libraire  convint  de  lui  accorder  la  même 
somme  pour  les  seconde  et  troisième  éditions.  La  première  parut, 
en  1667,  en  dix  livres  ou  chants,  petit  in-quarto,  prix  3  schel- 
lings,  cartonné;  mais,  comme  la  vente  n'en  fut  pas  rapide,  0:1 
changea  l'indication  de  l'année  pour  en  faciliter  la  circulation  :  aussi. 
trouve-t-on  souvent  l'édition  de  1667,  portant  pour  titre  les  année 
1668  et  1C69.  Au  bout  de  deux  ans,  le  poète  eut  droit  au  second 
paiement  dont  il  signa  le  reçu,  le  26  avril  1669.  La  seconde 
édition  fut  imprimée  in-8° ,  en  idj^;  mais  l'auteur  mourut  avant 
de  toucher  la  somme  qu'on  lui  avait  promise.  La  troisième  édi- 
tion fut  publiée  en  1678.  Le  droit  d'auteur  appartenant  alors  à 
la  veuve  de  Milton,  elle  le  vendit  à  Simmons  pour  huit  louis.  Cet 
arrangement  fut  conclu  et  signé  le  21  décembre  1680.  Simmon> 
donna  ensuite  la  propriété  de  l'ouvrage  pour  vingt-cinq  louis  à  un 
libraire  nommé  Brabazon  Aylmer,  et  Aylmer  en  céda  la  moitié  à 
Jacob  Tonson  le  17  août  i683,  et  se  défit  de  l'autre  moitié  à 
un  prix  très-avantageux  le  24  mars  1Ô90.  Le  docteur  Bentley,  qui 
jGt  paraître  une  édition  de  Milton  en  1752,  en  tira  cent  cinq  louis 
et  le  docteur  Newton  reçut,  pour  la  publication  du  Paradis  perdu, 
six  cent  trente  louis,  et,  pour  le  Paradis  reconquis,  cent  cinq  louis.  » 
Que  de  réflexions  cette  anecdote  fait  naître  !  le  grand  homme 
expire  pauvre  et  ignoré ,  sans  avoir  joui  de  la  réputation  que  lui 
méritait  son  génie;  tandis  qu'après  sa  mort,  des  spéculateurs  adroits 
s'enrichissent  avec  ses  ouvrages. 

x5. — Account  of  a  Tour  in  Normandy ,  etc.  —  Relation  d'un 
voyage  en  Normandie,  entrepris  principalement  pour  rechercher 
et  examiner  les  antiquités  de  cette  province  ;  suivie  d'observations 
sur  son  histoire,  sur  le  pays  et  sur  les  habitans;  ornée  de  plusieurs 
gravures.  Par  D.  Turner  ,  membre  de  la  société  royale.  Londres  , 
1821.  Murray.  2  vol.  in-8°. 

De  savantes  recherches,  un  examen  approfondi  de  l'architecture 
du  moyen  âge,  et  des  monumens  qui  subsistent  encore  aujourd'hui 
dans  différentes  parties  de  la  Normandie,  recommandent  cet  ouvrage 
aux  architectes  et  aux  antiquaires  de  l'Angleterre  et  de  la  France. 

L.  S.  B. 

POLOGNE. 

i4. — OuczoTJj'ch ^  Polkachi  etc. — Des  femmes  polonaises  auteurs 
par  J.  SowiKSKi.  Varsovie,  1821.  M.  Glïicksbcrg.  Un  vol,  10-8". 


i 


LIVRES   ETRANGERS.  135 

La  Pologne  a  possédé  un  certain  nombre  de  femiues  auteurs  ; 
mais  c'est  sur  celles  qui  existent  encore  que  M.  Sowinski  donne 
surtout  des  notices  très-intéressantes.  La  nation  polonaise  lui  saura 
gré  d'avoir  publié  le  premier  une  biographie  de  ce  genre.  Son  ou- 
vrage a,  de  plus,  le  mérite  d'indiquer  les  productions  des  femmes 
auteurs  qui  sont  restées  inédites  après  leur  mort. 

i5. — Prozodya polska,  etc. — Prosodie  polonaise,  par  KaoTiK.owsKi. 
Posen,  1821.  Munck,  Un  vol.  in-S". 

L'auteur  prouve  que  la  langue  polonaise  a  un  rhylhme,  et  qu'elle  est 
propre  à  tous  les  genres  de  poésie,  Il  a  joint,  à  la  fin,  des  airs 
notés. 

16. — Dzieta  wierszem  i prosa^  etc. — Œuvres  en  vers  et  en  prose, 
de  C.  GoDEBSKi,  édition  complète.  Varsovie,  1821,  N.  Glùcksberg. 

Plusieurs  des  productions ,  dont  se  compose  ce  volume,  avaient 
déjà  paru  il  y  a  long-tems.  Les  vers  aux  légions  polonaises,  la  vie 
de  Gonfucius  ,  de  Socrate  ,  etc.,  ont  mérité  à  leur  auteur  un  rang  dis- 
tingué parmi  les  classiques  polonais.  L'auteur  est  mort  sur  le  champ 
d'honneur,  en  1809,  à  Ja  bataille  de  Raszyn;  le  fils  a  réuni  les  ma- 
nuscrits de  son  père  ,  et  a  publié  l'édition  que  nous  annonçons. 

17. — Emmelina  i  Arnolf. — Emmeline  et  Arnulphe  (roman  attri- 
bué à  la  princesse  hucie  Giedrois}.  Varsovie,  1821.  Latkiewica.  In-8°. 

Ce  roman,  qui  offre  des  cai"actères  bien  dessinés,  décèle  dans 
son  jeune  auteur  une  imagination  brillante  et  féconde, 

18. — Historya  hiblioteki,  etc. — Histoire  delà  bibliothèque  de  l'u- 
niversité Jagélonienne  de  Gracovie ,  par  J.  S,  Bandre.  Gracovré , 
1821,  imprimerie  de  l'académie.  Un  vol.  in-S". 

Cet  ouvrage  est  précieux  sous  le  rapport  blibliographique  ;  mais 
les  observations  du  savant  historien  ne  paraissent  pas  toujours  fondées 
sur  des  recherches  exactes ,  et  l'exécution  typographique  a  été  fort 
peu  soignée. 

DANEMARCK. 

19.  —  Bereùning  om  en  Uiidej'soegelse ,  etc.  —  Recherches  faites 
par  ordre  du  roi,  en  1819,  à  l'île  de  Bornholm ,  pour  mieux  con- 
naître les  richesses  minérales  de  cette  île  ;  par  MM.  Oersted  et 
EsMARCH.   Copenhague,    1820,  in-8<'. 

M.  Oersted  s'est  acquis  une  si  grande  réputation  en  Europe, 
qu'il  est  inutile  de  dire  que  des  recherches  auxquelles  il  a  préside 


-130  LIVRES  ETRANGERS. 

ont  dû  nécessairement  conduire  à  des  résultats  intéressans  pour 
les  savang  qui  s'occupent  des  sciences  naturelles.  Aussi,  pouvons- 
nous  annoncer  cette  brochure ,  comme  un  ouvrage  renfermant 
des  matériaux  et  des  renseignemcns  qui  méritent  Taltention  des 
géologues, 

20. — DenDanske  Ordbog,  etc.—  Dictionnaire  de  la  langue  danoise , 
a  cah.  in-4°  contenant   les  lettres  K  et  L.  Copenhague ,    1820. 

11  y  a  plus  de  trente  ans  que  ce  dictionnaire  a  été  commencé. 
En  procédant  avec  la  même  lenteur,  il  faudrait  encore  trente  ans 
pour  l'achever;  aprds  quoi,  on  ne  pourrait  rien  faire  de  mieus 
que  de  le  recommencer;  car  la  langue  danoise  qui,  depuis  un 
demi-eiècle,  a  beaucoup  changé,  changera  probablement  encore 
avec  le  tems.  L'ouvrage,  d'ailleurs  entrepris  sur  un  plan  vicieux, 
a  été  confié  à  d^  savans ,  très-instruits  à  la  vérité ,  mais  qui 
manquent  de  goùl  et  d'autres  qualités  très-nécessaires  pour  une 
entreprise  de  cette  nature.  C'est  encore  une  question  à  résoudre  , 
si  un  bon  dictionnaire  doit  être  l'ouvrage  d'une  académie  ou 
d'une  société  littéraire,  ou  s'il  ne  vaut  pas  mieus  le  confier  à  un 
seul  homme  pourvu  des  talens  et  des  connaissances  qu'exige  un 
semblable  travail.  Que  les  savans  et  les  gens  de  lettres  décident 
cette  question ,  après  avoir  comparé  entre  eux,  d'un  côté,  le  dic- 
tionnaire de  l'académie  française  et  celui  de  la  Crusca,  et  de 
l'autre ,  le  dictionnaire  de  la  langue  anglaise ,  entrepris  et  achevé 
par  les  soins  d'un  seul  homme ,  du  célèbre  Johnson. 

21. — SkandirMvisk  Litteraiurslskab:>  .,  etc.  —  Mémoires  de  la 
Société  littéraire  Scandinave,  16  vol.  Copenhague,  1S19,    in-8°. 

La  Société  scandinaue  poursuit  honorablement  ses  travaux  littérai- 
res ;  la  collection  "Se  ses  mémoires,  arrivée  déjà  au  seizième  volume  , 
renferme  un  trésor  de  recherches  et  de  renseignemcns  concernant 
l'histoire  et  les  antiquités  du  Nord.  La  Société  compte  au  nombre 
de  ses  membres  les  savans  les  plus  distingués  du  Danemarck  et  de 
la  Norwége.  Elle  s'est  même  associé  quelques-uns  des  hommes  les 
plus  érudits  de  la  Suède  et  de  rAlîcmagnc.  Heibehc. 

ALLEMAGNE. 

23.  —  Dcr  Judische  Kricg,  etc.  —  La  guerre  faite  aux  Juif»  sous 
k»  empereurs  Trajan  et  Adrien;  par  Frédéric  Wlrteb,  évéque 
de  Seelande.  Leipsick ,    1821. 

La  première  guerre  contre  les  Juifs ,  celle  qui  finit  par  la  chute 


LIVRES  ETRANGERS.  137 

<îc  leur  puissance  cl  par  la  dcslruclion  de  leur  temple,  est  connue 
dans  tous  ses  détails.  Il  n'en  est  pas  de  même  de  celle  q-i'occa- 
sionna  leur  révolte  sous  Trajan  ,  et  de  la  lutte  cruelle  qu'ils 
eurent  à  soutenir  sous  Adrien.  Nous  ne  possédons  que  des  Irag- 
mens  épars  sur  ces  événemens.  L'auteur  les  a  réunis  de  manière  à 
en  composer  une  narration  suivie;  ea  tâche  était  difficile  à  rem- 
plir, mais  il  s'en  est  acquitté  avec  une  grande  supériorité  de  talent 
et  d'érudition.  Son  livre  présente,  dans  vingt-cinq  divisions,  tout 
ce  qui  a  causé,  accompagné  ou  suivi  cette  guerre.  C'est  ainsi 
qu'après  des  observations  générales  sur  les  espérances  et  les  pro- 
jets des  Juifs,  M.  Mûnter  fait  le  tableau  de  leur  soulèvement, 
tant  en  Egypte  que  dans  la  Cyrénaïqiïe ,  où  ils  étaient  en  grand 
nombre.  Ils  profitèrent  du  moment  où  Trajan  faisait  la  guerre 
contre  les  Parthes.  M.  Mûnter  a  surtout  apporté  une  admirable 
précision  dans  la  description  des  médailles  consaciées  à  perpétuer 
la  mémoire  du  voyage  que  fit  Adrien  en  Palestine,  en  i5o, 
Adrien  ne  se  fit  connaître  que  par  des  bienfaits,  auxquels  il  joi- 
gnit de  sages  mesures,  pour  garantir  l'empire  de  la  turbulence  des 
Juifs;  mais  la  guerre  n'en  recommença  pas  moins,  quelques  années 
après.  Le  savant  évêque  discute,  avec  une  saine  critique,  les 
inscriptions  et  les  médailles  qui  ont  rapport  à  cette  époque. 
M.  Mijnter  écrit  l'histoire  en  homme  qui  l'a  méditée:  exempt  de 
préventions ,  il  apporte  beaucoup  de  justice  dans  ses  décisions. 
Il  ne  craint  pas  d'absoudre  Adrien  du  reproche  d'avoir  voulu  dis- 
perser la  nation  juive  ,  parce  que,  selon  sa  manière  de  voir,  l'esprit 
inquiet  de  cette  nation  contraignait  l'empereur  à  user  de  rigueur 
envers  elle.  Aussi,  la  nouvelle  ville,  ^lia  Gapitolina,  ne  fut-elle 
peuplée  que  de  Romains  et  de  Phéniciens.  M.  Mùnter  examine 
quel  a  été  le  sort  des  Juifs  en  Orient,  sous  les  empereurs  romains. 
Cet  ouvrage  acquiert  un  intérêt  d'autant  plus  grand  que,  l'aca- 
démie des  inscriptions  de  France  ayant  proposé,  pour  sujet  du 
pi'ix  de  iSaS,  une  question  sur  l'état  des  Juifs  depuis  le  cinquième 
siècle ,  on  pourra  se  procurer  un  corps  d'histoire  complet  de  ce 
peuple  ,  si  marquant  dans  les  annales  de  l'antiquité  sacrée  et  si 
oublié  dans  celles   des  tems   modernes. 

25. — Prû/ung  der  Untersuchuiigen  ûber  die  Urbewohner  Ilispa- 
niens .  etc. — Examen  des  recherches  qui  cntétéfaitcs  surles  habitant; 
primitifs  de  l'Espagne  ;  par  M.    cr  Humeoldt.  Pcrlin,  iS?.i  ,   in-4"' 


138  LIVRES  Él'RANGKRS. 

Les  essais  faits  en   Espagne  jusqu'à   ce   jour,   pour   parvenir   à 
déterminer,   au  moyen    de  la   langue  basque,    quels   ont  été   les 
habitans  primitifs  de  son  territoire,  n'ont  pas  jeté  jusqu'ici  beau- 
coup de  lumière  sur  ce  sujet  ;  cependant,  ce  n'est  qu'à  l'aide  de 
cette  langue  que  l'on  pourra  discerner  ce  qui  est  réellement  d'ori- 
gine ibérienne  ,  de  ce  qui  est  apporté,  soit  par  les  Celtes,  soit  par 
d'autres   peuples.    Pour  préparer  de  meilleurs  résultats,  il  fallait 
d'abord  roAcnir  avec  sagacité    sur   ce   qui  a  été   observé  ,  et  nul 
n'était    plus  capable    de    le    faire    que   M.    de   Humboldt,     qui, 
outre  les   trésors  puisés    dans   sa    vaste  érudition ,   était    muni  de 
documens  précieux  qu'aucun  autre  savant  n'aurait  pu  mettre  aussi 
bien   à  profit.  (M.   de  Humboldt,    comme  l'on  sait,    travaille   au 
M'ithridate  df  Adelung;  il  a  de  plus  donné  un  Traité  sur  la  langue 
basque,  dont  la  lecture  est  nécessaire  à  la  parfaite  intelligence  de 
celui  qu'il  publie  aujourd'hui.  )  Beaucoup  de  difficultés  sont  levées  ; 
la  route  est  bien  tracée ,  et  désormais  il  n'y  a  plus  qu'à  la  suivre  ; 
mais  l'auteur  pense  qu'il  n'était  pas  encore  possible  de  composer 
un  traité  complet,   les  noms  des  lieux  et  des  peuples  qui  doivent 
en  être  la  base  ne  nous  étant  arrivés  que  corrompus  et  défigurés. 
11  convient  donc  d'en  rétablir  les  racines,    de  se  familiariser  avec 
leurs  terminaisons  ;  enfin ,    de   se  bien  pénétrer   du  mode  de  for- 
mation des  mots  basques.  Ce  n'est  qu'ainsi  qu'une  étymologie  épu- 
rée pourra  éclairer  l'histoire.   M.   de  Humboldt  présente  à  ses  lec- 
teurs des  exemples  de  recherches  semblables.  Le  nom  de  Basque 
est,   selon  lui,    dérivé  de  basoa  (forêt),   et  signifie    habitant  des 
forêts.  Les   Basques  actuels  se  nomment  Euscaldunœ ;  ils  appel- 
lent leur  langue  Euscara.  Le  nom  indigène  paraît  donc  avoir  été 
JEuscken....  L'auteur  explique  aussi  le    mot  Blscaj^e  (pays  des 
collines)  et  beaucoup  d'autres;  puis  il  parcourt  les  noms  de  l'Aqui- 
taine et  du  littoral  de  la  Gaule;  enfin,  il  retrouve  des  noms  basques 
jusqu'en  Italie  et  en  Thrace.    C'est  par  les    noms  aussi   qu'il  fixe 
les    points    suivans:   résidence    des    Ibères    parlant    le    basque; 
propagation  de  cette  langue   sur  toute  la  péninsule,   mélange   de 
races  celles  aux  Ibères,  d'où  sont  venus  les  Celtibériens.   On  lira 
surtout  avec   plaisir  les  ingénieux  rapprochemens  que  fait   M.  de 
Humboldt  pour  les  mœurs ,  le  caractère  ,  la  religion  et  les  usages, 
entre   les  Celtes  d'Ibérie  cl  ceux  de  la  Gaule.   Cette  production  , 
tant  par  la  réputation  de   l'auteur  que   par  l'importance  du  sujet, 


LIVRES  ETRANGERS.  139 

doit  attirer  l'attention  de  toutes  les  personnes  qui  s'occupent  sérieu- 
sement de  Thistoire  primitive.  Pli.  Golbêry. 

'.?4« — Nachlrae^ezudemgriechischdeutscheniPoerlerhuche. — Sup- 
plément au  dictionnaire  grec-allemand,  publié  par  J.  G.  Schneider. 
Leipsick,  1821.  llalm  ,  in-4°  de  25  feuilles  et  demie  d'impression. 
Prix,  20  gros. 

Quoique  la  connaissance  de  la  langue  grecque  fasse  journellement 
de  nouveaux  progrès  ,  l'esprit  de  recherche  et  de  critique  de  nos 
philologues,  loin  de  se  ralentir,  semble  prendre  un  nouvel  essor, 
à  chaque  découverte.  Ce  n'est  pas  qu'on  doive  s'étonner  de  cette 
marche  de  l'esprit  humain;  car,  dans  plus  d'une  occasion,  on  a  pu 
remarquer  la  même  tendance  appliquée  à  d'autres  objets. M.  le  pro- 
fesseur Schneider,  connu  comme  un  dès  ministres  les  plus  distingués 
de  l'Allemagne,  a  particulièrement  fixé  sa  réputation  par  son  Ç:xcq\- 
XcnX.  dictionnaire  grec- allemand ^  qni ,  dès  son  apparition  ,  est  de- 
venu classique;  il  compte  déjà  trois  éditions.  Depuis  la  publication 
de  la  dernière  ,  les  recherches  des  lexicographes  de  divers  pays 
ayant  considérablement  enrichi  la  science  ,  l'auteur  s'est  déterminé 
à  publier  le  résultat  de  leurs  travaux  et  les  siens  propres,  comme 
supplément  à  son  ouvrage.  Les  savans  qui  lui  ont  fourni  le  .plus 
de  matériaux  sont  MM.  le  conseiller  aulique  Jacohs  et  le  docteur 
Weigel  ^  MM.  le  directeur  Struue^  le  professeur  Bultmann  ^  et  le 
docteur  Coraj.  La  supériorité ,  et  par  conséquent  l'extrême  utilité 
du  dictionnaire  de  M.  Schneider ,  qui,  au  moyeu  des  supplémens 
que  nous  annonçons,  forme  maintenant  un  corps  d'ouvrage  complet, 
a  été  trop  généralement  reconnue  ,  soit  par  les  rédacteurs  des  divers 
journaux  littéraires  de  l'Allemagne  _,  soit  par  les  instituteurs  et  les 
ctudians,  pour  qu'il  soit  nécessaire  de  s'étendre  davantage  sur  son 
mérite.  Le  prix  de  souscription  de  l'ouvrage  entier,  composé  de 
227  feuilles  d'impression,  grand  in-4°,  a  été  fixé  aussi  bas  que  possible, 
puisqu'il  n'est  que  de  huit  écus  et  demi  d'empire,  environ  35  fr. 

25.  — Adoljphino  ^  roman  pour  les  gens  du  grand  monde  ^  par  C. 
Fischer.  Nouvelle  édition.  Leipsick,  1821  ,  A.  Wienbrack.  5  vol. 
in-S",   avec  des  gravures  sur  bois ,  par  Gubitz.  Prix,  5  rlhr. 

Beaucoup  de  vie  et  de  variété  dans  les  situations,  une  diction  pure 
et  des  caractères  bien  dessinés ,  assurent  à  cet  ouvrage  un  rang  dis- 
tingué. On  suit  le  héros  avec  un  intérêt  toujours  croissant ,  à  travers 
un  dédale  d'aventures  ;  tour  à  tour  transporté,  des  cercles  les  plus 


UO  LIVRES  ETRANGERS. 

brillans  ,  au  milieu  des  plus  basses  classes  de  la  société ,  le  lecteur  est 
frappé  des  contrastes  piquans  que  présente  cette  composition.  A.   S. 

26. — Dorrow  samlung  deuischer  und  rœjnischer^  etc. — Collection 
d'antiquités  germaines  et  romaines,  découvertes,  de  1817  à  1819, 
dans  les  pays  voisins  du  Rhin  et  de  la  Moselle,  par  Doaaow.  Wisba- 
den,  1821  5  iu-8°. 

Rien  n'égale  l'activité  avec  laquelle  les  habitans  des  bords  du  JRhin 
recherchent  les  traces  de  leurs  antiquités.  Nous  avons  annoncé  les 
ouvrages  de  MM.   Quednow  et  Pauli ,  qui  ont  été   publiés  l'année 
dernière.    Aujourd'hui  ,   MM.    Tross   e^  Dorrow    paraissent  sur  la 
scène.  Celui-ci  commence  son  ouvrage  par  la  description  de  mé- 
dailles, trouvées  pendant  que  l'on  construisait  une  route  de  Wisba- 
deri  à  Schwalbach  ;  elles  sont,  pour  la  plupart,  de  Trajan  et   de 
Dioclétien  ;  puis  il  fait  connaître  à  ses  lecteurs  un  autel  votif  dédié 
à  Mercure  et  à  Kundina;    ensuite  il  passe  à  la  description  de  tom- 
beaux découverts  sur  la  montagne   dite   Ileidnischer  Berg  (  mon- 
lagne  des  Païens }.  De  là,  il  conduit  son  lecteur  à  Mayence,  à  Casscl, 
à  Bretzenheim  ,  etc. ,    pour  l'occuper  d'amphores  et  de  statues  de 
diverses  divinités,  entx'c  autres,  d'Isis  avec  tous  ses  attributs;  mais, 
parmi  celles  que  M.  Dorrow  croit  être  de  cette  déesse,  il  s'en  trouve 
d'équestres,  que  le  savant  M.  Creutzer  regarde  comme  représentant 
plutôt  Artemisj  Xivy.iTT'noç  Kev-x-cTTcùXoç.  Ces  dernières  ont  été  recueillies 
à  Alt-Trier,  dans  le  grand-duché  de  Luxembourg,  où  l'on  a  aussi 
déterré  un  autel  votif  avec  cette  inscription  :  Deo  Mercurio  Galba  ex 
voio posuit.  Le  village  d' Alt-Trier  est  d'une  haute  importance,  sous 
les  rapports  historiques.  Il  a  été  l'objet  d'une  dissertation  cuiicuse  de 
M.  P.Itiller,  juge  de  paix  du  canton  d'Echternach;   dissertation  qui 
est  insérée  dans  le  premier  volume  des  Mémoires  de  la  société  royale 
des  antiquaires  de  France.  L'orthographe  allemande  de  ce  nom  est 
sans  doute  vicieuse;  tet  qu'il  est  écrit,  il  peut  être  traduit  par  Vieille- 
Trêves,  ce  qui  conduit  à  une  origine  absurde;  tandis  qu'en  écrivant 
Allrier  et  en  dérivant  le  mot  de  ala  Trewirorum^  on  arrive  à  quelque 
chose  de  plausible.        ,  Ph.  Golbéhy. 

11-.  —  Ahhandluvg  ilher  eiriige  grahhù'gel  ^  c/c. —  Dissertation 
sur  quelques  tertres  tumulaires,  découverts  près  d'Amberg  ,  dans 
le  cercle  de  Rcgen ,  royaume  de  Bavière ,  par  David  Popp.  Ingol- 
sladt,  i8?.i.  Atlenkofcr.  1  vol.  iu4"  de  cfb  pages,  avec  4  planches 
lithographices,  contenant  G I  fignics.  Vn\.  \  florin  i2crculzcrs. 


LIVRES  ÉTRANGERS.  lAl 

Cet  ouvrage  ofTre  des  matériaux  précieux  pour  servir  à  l'iùstoire  du 
petit  nombre  d'anciens  monumens  germains  ,  qui  existent  encore  de 
nos  jours.  La  première  partie  renferme  la  description  de  ceux  qu'on  a 
découverts  aux  environs  d'Amberg;  la  seconde  traite  la  question  sui- 
vante :  A  quel  siècle  et  à  quel  peuple  ces  monumens  peui^ent-ils 
avoir  appartenu?  L'opinion  de  l'auteur  sur  les  anciens  peuples  de  la 
Germanie  diffère  souvent  de  celle  qu'on  a  généralement  admise  jus- 
qu'ici, et  mérite  déjà,  sous  ce  rapport,  l'attention  de  ceux  qni  s'oc- 
cupent de  recherches  historiques.  A.  S. 

SUISSE. 

28.  —  Rapport  fait  à  la  séance  publique  de  la  société  pour  ï  avan- 
cement des  arts ,  sur  les  travaux  du  comité  et  de  la  classe  d'agri- 
culture,  par  M.  le  professeur  de  Gandolle,  président,  le  21  juin,  1821. 
Genève ,  1821.  Paschoud,  brochure  in  8"  de  54  pages. 

Cette  classe  d'agriculture  ,  fondée  seulement  depuis  quinze  mois  , 
offrait  déjà,  à  l'époque  de  la  publication  du  rapport  de  M.  de  Gandolle, 
les  résultats  les  plus  satisfaisans,  grâce  à  la  généreuse  protection  du  gou- 
vernement et  à  la  coopération  active  de  plusieurs  citoyens  zélés  pour 
le  bien  public.  Le  conseil  représentatif  de  Genève,  sur  la  proposition 
du  conseil  d'état,  a  décidé  qu'Userait  alloué,  chaque  année,  au  comité 
d'agriculture,  une  somme  de  5, 000  florins;  et  les  membres  de  la  classe, 
dont  le  nombre  qui  était  de  121 ,  la  première  année ,  s'élève  aujour- 
d'hui à  i32,  ont  donné  aussi  une  somme  de  5, 000  florins  pour  leurs 
contributions  annuelles.  La  classe  d'agriculture  compte  encore  au 
nombre  de  ses  bienfaiteurs ,  M.  Favre  Bertrand,  qui  a  fondé  à  ses 
frais  le  prix  pour  le  meilleur  mémoire  relatif  à  la  question  de  savoir 
si  le  canton  de  Genève  peut  suflire  à  sa  subsistance,  sans  dépeniîre 
de    l'étranger  ;  M.   Tronchin,  qui  a  doublé  le  prix  déjà  proposé  par 
le  comité  pour  l'emploi  des  engrais  perdus  par  la  construction  de  la 
ville  de  Genève  ;  M.  Tremhley  de  Tournes ,  qui  a  fondé  des  primes 
pour  l'éducation  des  volailles  et  des  cochons ,  pour  la  culture  des 
fleurs,  pour  la  conservation  des  légumes  ,  et  a  offert  pour  l'année 
prochaine  de  célébrer,  par  un  banquet  rustique,  la  distribution  de  ces 
prix  ;  MM.  Davier  aîné  et  Paschoud,  qui  ont  fait  à  la  classe  la  re- 
mise totale  de  ce  qui  leur  était  dû;  au  premier,  pour  la  confection 
des  médailles  d'encouragement  ;  au  second ,  pour  l'impression  des 
programmes  des  prix  ;  M.  Pictei,  qui  a  déposé  une  somme  destinée 


1A2  LIVRES  ElTvAiSGERS. 

à  encourager  l'usage  de  la  charrue  belge  et  l'emploi  des  pommes  de 
terre  à  la  nourriture  des  bestiaux  ;  M.  Lasserre  fils ,  qui  a  fondé  en 
partie  le  prix  proposé  par  le  comité ,  sur  la  question  de  savoir  s'il 
convient  d'employer  les  vaches  au  labour  et  aux  transporta  ;  enfin  , 
M.  Piclet-Diodati y  qui  a  fait  à  la  classe  un  don  de  2,000  florins. 

Depuis  l'époque  de  sa  fondation  ,  la  classe  d'agriculture  s'est  prin- 
cipalement   occupée  des   moyens  de   subvenir  à  la  subsistance  du 
canton  de  Genève;  elle  a  commencé  des  recherches  pour  recueillir 
des  matériaux  propres  à  lui  faire  connaître  la  statistique  agricole  de 
ce  canton.  L'absence  de  celui  de  ses  membres  qui  s'en  était  le  plus 
occupé  ,  M.  Bellami-Auhert  ^  a  momentanément  suspendu  ce  tra- 
vail ,  que  le  comité  compte  reprendre  avec  plus  de  soin.  Les  autres 
travaux  vers  lesquels  il  a  dirigé  son  attention,  sont  :  1°  les  moyens 
de  faciliter  aux  membres  de  la  classe  la  connaissance  et  l'emploi  des 
livres  d'économie  rurale;  2°  l'établissement  d'un  jardin  botanique  ; 
5"  le  perfectionnement  des  instrumens  aratoires  •  4°  le  soin  des  en- 
grais ;  5"  la  propagation  de  la  culture  de  la  pomme  de  terre  ;  6°  le 
soin  des  prairies  ;  7°  le  choix  des  fourrages  ;  8°  l'introduction  et  la 
propagation  dans  le  canton  d'une  bonne  race  de  chevaux;  9°  enfin, 
la  culture  de  la  vigne.  Parmi  les  personnes  qui  ont  contribué  par 
leurs  lumières  et  par  leurs  efforts  aux  résultats  obtenus  sur  tous  ces 
points  ,  on  remarque  M.  Audéoud  Sues  ,  qui  a  obtenu  l'accessit  du 
prix  offert  à  celui  qui  trouverait  les  moyens  de  porter  les  produits 
alimentaires  du  canton  au  niveau  de  la  consommation  des  habitans  ; 
M.  de  Fellenberg,    dont  la  société  s'est  procuré  la  collection  de  mo- 
dèles d'outils  ,  et  qui  a  vu  se  former  à  Genève  une  institution  pour 
l'éducation  des  orphelins  destinés  h  l'agriculture,  à  l'imitation  de 
son  école  d'IIofvvil ,  institution  dont  la  direction  a  été  confiée  à  l'un 
des  membres  de  la  classe  d'agriculture  ;  mademoiselle  Gerwais^  qui 
a  inventé  plusieurs  appareils  pour  la  vinification  ;  M.  Machet ,  qui 
a  perfectionné  le  semoir  et  a  exécuté  une  herse  d'après  les  plans  de 
M.  Colladon  ;  M.  la  Bize,  inventeur  d'une  charrue,  qui  peut,  à  plu- 
sieurs égards  ,  rivaliser  avec  la  charrue  belge  ;  M.  Monod  ,  qui  a  dé- 
montré ,  dans  un  rapport  instructif,  extrait  des  meilleures  ouvrages 
d'agriculture  et  de  physiologie  ,  qu'il  est  plus  avantageux  d'employer 
les  engrais  avant  la  fermentation  ,  que  d'attendre  l'époque  où  ils  ont 
déjà  perdu  dans  l'atmosphère  une  grande  partie  de  leurs  principes 
nourriciers;   M.   Somuel  Vaiicher  ^  architecte,  qui  a  indique  un 


r 


LIVRES  ETRANGERS.  l/j.3 


moyen  de  recueillir  et  d'employer  pour  le  service  de  i'agriculiure  , 
ces  engrais  que  la  construction  de  Genève  fait  perdre  journellement, 
dans  les  eaux  du  lac  et  du  Rhône,  et  qui  a  joint  à  son  mémoire  des 
plans  très-bien  faits  de  tous  les  canaux  de  la  ville;  M.  Fazy- Pasteur , 
un  des  membres  les  plus  actifs  du  comité  ,  auquel  on  est  redevable 
d'un  procédé  extrêmement  simple  pour  la  conservation  du  blé  (i^; 
enfin,  M.  Micheli  de  Château-Vieux,  qui  a  montré  l'emploi  sin- 
gulièrement commode  ,  pour  les  ligatures  rustiques  ,  du  menisperme 
de  Canada ,  qui  pourrait  être  facilement  cultivé  comme  lés  osiers,  et 
les  remplacerait  avec  avantage;  il  a  également  appelé  l'attention 
du  comité  sur  la  culture  de  l'ergot  de  coq  et  du  zanthoxylon,  comme 
haies  de  défense.  Mais,  ce  qui  paraît  surtout  avoir  attiré  l'attention  de 
la  classe  d'agriculture ,  c'est  la  culture  de  la  pomme  de  terre  et  sa 
manipulation  pour  la  transformer  en  fécule  ou  farine.  M.  de  Candolle 
a  consacré  à  ces  deux  objets  une  grande  partie  de  son  rapport;  et  tout 
ce  qu'il  dit  relativement  aux  avantages  nombreux  que  présente  la 
culture  de  ce  végétal  précieux^  et  surtout  à  sa  multiplication  pro- 
digieuse ,  cadre  parfaitement  avec  ce  que  M.  Cadet  de  Vaux  avance 
dans  ses  Traités  diuers  d'économie  rurale ,  dont  nous  avons  rendu 
compte  (  Voj.  T.  XI,  p.  588.  )  E.  Héreau. 

29. —  Annales  de  législation  et  de  jurisprudence ^  T.  II,  2"=  partie. 
Genève,  1821.  Manget  et  Cherbuliez  ,  imprimeurs-libraires.  In  8". 

Nous  avons  déjà  fait  mention  de  cet  intéressant  ouvrage  (  i^q/^z 
T.  VIII, p.  123,  et  T.  IX  j  p.  i52).  Cette  nouvelle  partie  contient 
trois  articles  sur  des  livres  publiés  en  France  ;  l'un,  sur  la  science  du 
publiciste,  par  M.  Fritot  ;  le  second,  sur  l'ouvrage  de  M.  Dupin, 
intitulé  :  Observations  sur  plusieurs  points  imporlans  de  notre  légis- 
lation criminelle  ;  le  troisième,  sur  l'Histoire  du  droit  romain,  par 
M.  Berriat-Saint-Prix.  Dans  l'article  de  M.  Rossi,  à  l'occasion  de  ce 
dernier  ouvrage ,  nous  trouvons  une  sévérité  excessive  que  nous  nous 


(1)  «  11  s'est  procuré,  dit  le  rapport,  des  caisses  d'emballage  de 
'  la  contenance  de  8  à  10  coupes,  ce  qui  est  peu  dispendieux  dans  une 
ville  de  commerce  ;  il  en  a  fait  calfeutrer  les  fentes  avec  soin ,  les  a 
remplies  de  blé,  a  recloué  sur  elles  leurs  couvercles,  et  les  a  fait  placer 
dans  sa  grange  sur  des  poutres  qui  les  élèvent  de  manière  à  les  mettre 
à  l'abri  des  attaques  des  rats.  Le  blé  s'est,  depuis  dix-huit  mois, 
très-bien  conservé  [dans  cet  appareil  si  simple  qu'il  mérite  à  peine 
ce  nom,  »  (  Vojy.  ci-dessus,  T.  IX,  p.  211  ,  les  détails  relatifs  au 
silo  de  M.  Tcrnaux. 


lU  UVllliS  ETRANGERS. 

voyons  obligés  de  blâmer.  Un  homme  aus-ù  savant  que  M.  Berriaf 
Saint-Prix  devrait  être  traite  avec  plus  de  ménagement ,  lors  même 
qu'on  ne  partagerait  pas  ses  opinions  sur  quelques  parties  de  l'his 
toire  On  serait  tenté  de  voir  dans  la  critique  de  M.  Rossi  le  fruit 
de  préjugés  nationaux,  qui  font  quelquefois  méconnaître  aux  étran- 
gers le  mérite  réel  de  productions  publiées  hors  de  leur  patrie.  Pour 
faire  apprécier  jusqu'à  quel  point  plusieurs  des  reproches,  adressés 
par  l'auteur  de  l'article  à  M  Berriat  Saint-Prix  ,  sont  fondés,  il  nous 
suffira  de  dire  que  M.  Rossi  trouve  fort  étonnant ,  que  le  professeur 
de  l'école  de  droit  de  Paris  n'ait  pas  consulté  l'histoire  romaine 
de  Niebuhr,  celle  de  Wachsmuth  et  les  observations  de  Schlegei 
sur  l'ouvrage  de  Niebuhr.  M.  Berriat  lui  répondrait ,  sans  doute , 
qu'ayant  remonté  lui-même  aux  sources  où  ces  auteurs  allemands 
ont  puisé ,  il  était  plus  simple  de  citer  les  auteurs  originaux  qui  les 
ont  tous  guidés  dans  leurs  recherches.  Quoi  qu'il  en  soit ,  nous 
sommes,  sur  quelques  points,  parfaitement  d'accord  avec  M.  Rossi; 
,  mais  nous  croyons  qu'il  a  trop  exagéré  le  ton  de  sa  critique.     A.  T. 

ITALIE. 

3o, — InLroduzione  alla  meccanica  délia  materia  — Introduction 
à  la  mécanique  de  la  matière  ;  par  le  chevalier  Léopold  Nobilt,  de 
Reggio.  Milan,  1819.  Giusti.  Un  vol.  in-S"*,  accompagné  de  planches. 

01.  —  TSuovo  Traitaio  d'ollica,  etc.  — Nouveau  Traité  d'optique  , 
ou  de  la  Science  de  la  lumière;  par  le  même.  Milan  ,  1S20.  Giusti. 
Un  vol.  in-8°  j  également  avec  planches. 

Dans  la  mécanique  de  la  matière,  M.  L.  Nobili  rapporte  tous  les 
phénomènes  naturels  à  une  seule  loi  :  il  établit  que  des  forces,  dont 
les  unes  soqt  attractives  et  les  autres  répulsives,  agissent  sur  les 
atomes  matériels  dans  la  raison  inverse  des  carrés  des  distances ,  et 
que  ces  deux  puissances  opposées,  sans  cesse  en  activité,  se  com- 
battent perpétuellement,  et  obtiennent  tour  à  tour  l'avantage,  seloa 
les  circonstances.  L'auteur  pense  que,  de  même  que  Galilée,  Ar- 
cliimède  et  Newton  ont  trouvé  leurs  systèmes,  sans  le  secours  du 
calcul  (c'est  du  moins  son  opinion^  il  peut  développer  le  sien  par  le 
seul  secours  de  la  géométrie  et  du  raisonnement.  Ce  système  nou- 
veau consiste  à  admettre  un  fluide  universellement  répandu  dans 
l'espace,  formé  de  molécules  qui  se  repoussent  mutuellement.  Dans 
ce  Ihiide  ,  tous  ks  corps  de  là  nature  sont  plongés  et  s'allircnt; 


» 


LIVRES  ÉTRANGERS.  1A5 


mais  ils  sont  revêtus  d'une  atmosphère  propre  ,  qui  se  perd  insensi- 
blement dans  le  fluide  ambiant  universel,  en  vertu  des  conditions 
d'équilibre.  Ces  deux  fluides  sont  composés  de  la  même  substance 
élémentaire,  dont  les  atomes  se  repoussent,  d'après  la  loi  d'éma- 
nation. L'auteur  analyse  la  structure  de  cette  atmosphère  propre  , 
montre  comment  sa  puissance  répulsive ,  mise  en  action  ,  peut  com- 
battre l'attraction,  comment  se  produisent  les  vibrations  des  molé- 
cules des  corps,  et  en  particulier  quelle  est  la  nature  de  l'élasti- 
cité. Enfin ,  il  termine  par  un  rapprochement  entre  l'attraction 
moléculaire  et  l'attraction  astronomique. 

Dans  le  second  ouvrage ,  qu'on  doit  regarder  comme  une  suite  du 
premier,  destiné  à  en  développer  les  principes,  et  à  les  appliquer 
en  particulier  à  la  théorie  de  la  lumière  et  à  toutes  les  questions 
d'optique,  M.  L.  Nobili  adopte  l'opinion  de  la  propagation  delà 
lumière  par  ondulation.  Il  admet  l'existence  de  corps  qui  ont  la 
faculté  de  mettre  en  vibration  tous  les  élémens  de  matière  répul- 
sive qui  les  environnent,  et  cela,  en  vertu  de  leur  rapide  décomposi- 
tion, qui  les  maintient  dans  de  continuelles  ondulations  :  ce  sont  les 
corps  lumineux  f  ceux  que  Newton  regarde  comme  lançant  perpé- 
tuellement la  lumière  aux  dépens  de  leur  propre  substance ,  et  qui 
ne  sont,  selon  l'auteur,  que  des  centres  d'action  vibratoire,  d'où  se 
propagent  directement  les  impressions  variées.  Cette  opinion ,  qui 
est  celle  de  Descartes,  défendue  récemment  par  des  sa  vans  distin- 
gués ,  et  particulièrement  par  MM.  Arago  et  Fresnel ,  est  modifiée 
par  M.  Nobili.  Ce  physicien  admet  que  ,  les  corps  ayant  tout  autour 
d'eux  une  couche  qui  y  forme  une  atmosphère  de  matière  répul- 
sive ,  les  mouvemens  vibratoires  en  sont  influencés ,  et  les  phéno- 
mènes physiques  de  la  lumière  sont  transmis  à  nos  yeux  avec  ces 
modifications  diverses  que  nous  remarquons.  M.  Nobili  explique 
ensuite  tous  les  faits  d'optique  les  plus  compliqués  ;  la  réflexion  de 
la  lumière  à  la  surface  des  corps,  qui,  dans  le  système  de  l'émission, 
offre  tant  de  vague  et  de  contradictions  ;  la  réfraction ,  tant  simple 
que  double;  la  transparence  des  corps  ;  la  combustion  avec  éclat  et 
production  de  chaleur;  la  coloration  des  surfaces  et  celle  du  spectre 
solaire  ;  les  anneaux  colorés  qu'on  observe  dans  les  lames  minces  ; 
en  un  mot ,  les  phénomènes  les  plus  délicats  de  la  lumière  sont  ana- 
lysés et  expliqués  avec  beaucoup  d'art  et  de  talent. 
'  '    Ces  deux  ouvrages  doivent  donner  une  idée  avantageuse  du  mérite 

Tome  xii.  10 


U6  LIVRES  ÉTRANGERS. 

de  leur  auteur,  et  sont  dignes  de  fixer  l'attention  des  savans.  Un 
système  se  présente  toujours  d'une  manière  défavorable,  et  il  ne 
faut  pas  le  juger  légèrement  et  sur  un  simple  aperçu  :  celui-ci  a 
besoin  d'être  médité  avant  qu'on  puisse  l'adopter  ou  le  condamner. 
11  serait  à  désirer  que  M.  Nobili  ne  se  fût  pas  borné  à  expliquer , 
d'après  sa  théorie ,  les  phé'nomènes  déjà  connus  ;  mais  qu'il  en  eût    : 
fait  naître  de  nouveaux ,  propres  à  jeter  quelque  clarté  dans  un  sujet  i  j 
aussi  obscur.  C'est  ordinairement  le  propre  des  systèmes  avoués  par  |  ( 
la  raison ,  non  seulement  d'expliquer  tous  les  faits  déjà  connus ,  ;  i 
mais  d'en  créer  d'autres  dont  l'existence  soit  due  à  ce  doute  philo -;  | 
sophique  qui  interroge  la  nature ,  pour  s'assurer  si  elle  est  en  effet 
soumise  aux  lois  qu'on  lui  impose.  Que^  de  découvertes  faites  par 
Newton  ,  dans  le  seul  but  de  vérifier  si  ses  idées  sublimes  avaient  uni  i 
fondement  réel  !  La  réflexion  de  la  lumière  a  besoin  d'une  force  || 
répulsive,  etla  réfraction^  d'une  force  attractive  pour  pouvoir  s'ex-  « 
pliquer  dans  le  système  de  l'émission  :  la  co-existence  de  ces  deuxjJ 
causes  répugne  à  nos  idées,  et  offre  une  inconséquence  logique  in- 
soutenable. On  est  donc  puissamment  sollicité  vers  la  théorie  des 
ondulations  ,  que  plusieurs  autres  faits  semblent  démentir.  Accordei 
toutes  les  observations ,  lier  tous  les  faits  entre  eux ,  les  rapporter 
à  une  loi  exacte  et  qui  satisfasse  à  toutes  les  difficultés,  est  une 
belle  entreprise.  C'est  aux  physiciens  à  juger  si  le  but  est  atteint  pa) 
M.  Nobili,  auquel  on  doit  d'ailleurs  accorder  beaucoup  d'esprit 
d'instruction  et  de  mérite.  Fkancgeoh 

3a.  —  Memorie  ed  osseri^azioni ,  etc.  —  Mémoires  et  obscrvationi 
sur  divers  objets  relatifs  aux  sciences  naturelles  ;  par  Giuseppe  Mo- 
BETTi,  professeur  à  l'université  de  Pavie  ,  etc.  Pavie  ,  1820.  Bizzoni 

Cet  ouvrage  contient  des  choses  curieuses ,  neuves  et  utiles  sui 
la  chimie ,  la  botanique  ,  la  minéralogie  et  l'agriculture.  L'intérê 
qu'offre  le  premier  volume,  le  seul  qui  ait  paru  jusqu'ici,  fait  dési- 
rer la  continuation  de  l'ouvrage. 

33.  —  Poeticœ  Arisiotelis  nopa  versio  ex  groeco  exemplari ,  editio- 
nis  novissimce  haud paucis  tamen  in  lacis ,  si  Diis placet ,  emendato 
accedunt  appendices  duœ  de  trafrediœ  officio^  et  de  dramaticœ poeseoiWm 
apud  Grœcos  origine.  Panormi ,  typis  regiis  ,  i8i5. 

Après  une  élégante  préface  ,  l'auteur  présente  le  texte  origina 
d'Aristote  avec  quelques  modifications  et  des  éclaircissemens  judild 
cieux  et  quelquefois  neufs.  La  traduction  latine,  qui  suit  le  texte. 


LIVRES  ETRANGERS.  1A7 

est  exacte  et  bien  soignée  ;  l'auteur  y  suit  les  variantes  qu'il  avait 
proposées  dans  les  note».  On  trouve  deux  notes  à  la  suite  de  la  tra- 
duction; l'une  ,  sur  les  principes  grammaticaux  d'Aristote,  et  l'autre 
sur  l'idée  que  les  anciens  s'étaient  formée  du  beau.  Mais  les  deux 
appendices,  l'un  sur  le  but  de  la  tragédie^  et  l'autre  sur  V origine 
de  la  poésie  dramatique  chez  les  Grecs  ,  sont  encore  plus  remar- 
quables. L'auteur  soutient  qu'Aristote  voulait  éloigner  de  la  tragédie 
.tout  ce  qui  pouvait  altérer  les  impressions  de  la  crainte  et  de  la 
pitié,  ou  troubler  le  plaisir  que  ces  deux  pass  ons  doivent  produire 
dans  les  pièces  tragiques.  Quoique  l'auteur  soit  Allemand,  comme 
on  le  pense  en  Italie  (i) ,  il  n'a  ,  selon  nous,  ni  surpassé  ni  rectifié 
les  vues  critiques  et  philosophiques  de  Lessing,  de  Bouterveck  et  de 
Schlegel ,  ses  compatriotes.  F.  S, 

ESPAGNE. 

34« — Me/noria  sobre  los  montes  de  Toledo. — Mémoire  sur  les  mon- 
tagnes de  Tolède,  par  J.  A.  Lopez  et  Fr.  M.  Robles.  Madrid,  1821. 

Les  deux  auteurs  font  d'abord  l'histoire  de  ces  montagnes ,  qui 
occupent  une  superficie  de  160  lieues  (d'Espagne)  carrées;  ils  les 
décrivent  ensuite  sous  le  rapport  de  la  géologie  et  de  l'histoire  natu- 
relle ;  ils  observent  qu'elles  sont  mal  peuplées  et  mal  administrées , 
à  cause  de  la  négligence  des  magistrats  de  Tolède,  et  ils  proposent 
des  moyens  d'en  tirer  un  parti  bien  plus  avantageux  qu'on  ne  l'a 
fait  jusqu'à  présent. 

35.  — Tratado  historico y  fisiologico  compléta.)  etc. — Traité  complet, 
historique  et  physiologique  sur  la  génération  de  l'homme  et  de  la 
femme,  par  le  docteur  Hurtado  n^  Mendoza.  Madiid,  1821.  In-8". 

Cet  ouvrage  se  compose  de  la  traduction  de  trois  articles  du  Dic- 
tionnaire des  Sciences  médicales  qui  se  publie  à  Paris;  savoir, 
l'homme,  la  femme,  la  génération.  L'auteur  du  traité  espagnol  les  a 
réunis  en  un  corps  d'ouvrage. 

56. — Nueua  monografia  de  la  calentura  amarilla,  etc. — Nouvelle 
monographie  de  la  fièvre  jaune,  ou  Traité  médico-théorico-pratique 
sur  la  véritable  nature,  les  causes,  les  symptômes,  la  propagation 


(1)  On  croit  que  l'auteur  de  cette  traduction  et  des  appendices 
I  est  le  marquis  Haus  ,  de  Wurtzbourg  ,  qui  a  été  directeur  des  études 
du  prince  héréditaire  des  Deux-Siciles,  comme  l'abbé  Condillac 
l'a  été  du  prince  héréditaire  de  Parme. 

10* 


ikS  LIVRES  ÉTRANGERS. 

et  les  moyens  de  guérison  des  typhus ,  particulièrement  de  l'espèce 
appelée  icterodes;  par  le  même.  Madrid,  1820,  in-S". 

L'auteur  cherche  à  prouver  que  la  fièvre  jaune  n'est  point  d'origine 
nouvelle ,  comme  on  paraît  le  croire ,  mais  que  c'est  une  affection 
topique ,  que  les  causes  en  sont  locales ,  qu'elle  est  toujours  née  et 
qu'elle  s'est  développée  spontanément,  et  qu'elle  ne  se  propage 
point  par  infection.  On  voit  que  le  médecin  espagnol  est  de  l'avis 
tie  plusieurs  médecins  français  et  américains,  qui  ont  prétendu  que  la 
fièvre  jaune  n'est  pas  contagieuse ,  tandis  que  d'autres  soutiennent  le 
contraire.  Au  reste ,  le  dernier  rapport  des  travaux  de  l'académie 
royale  des  sciences  de  Paris  fait  observer  que  cette  question  finira 
par  devenir  oiseuse.  Le  médecin  espagnol  a  mis_,  à  la  lin  de  son 
traité ,  la  traduction  de  deux  mémoires  français  sur  les  maladies  ty- 
phiques,  par  MM.  Burdin  et  Lassus.  D — g. 

37. — Compendio  demedicina  practica. — Abrégé  de  médecine  pra- 
tique, par  don  Angel  Sanz-Mugnoz,  D.  M.  Seconde  édition.  Madrid 
1821 ,  Alonso.  Trois  volumes  în-12. 

L'auteur  de  cet  ouvrage  a  suivi  la  doctrine  de  don  Félix  Mi- 
guel ,  médecin  honoraire  du  roi. 

38. — Flan  gênerai  de  reforma  sobre  cl  clero. — Projet  de  réforme, 
générale  du  clergé  espagnol  ;  par  le  docteur  don  Joseph-Marie  Moha- 
LEJO,  curé  de  la  paroisse  de  Saint-Jean  du  Bourg  de  Brihuega;  Ma- 
drid, 1821.  Rodriguez.  Un  vol.  in-80. 

L'auteur  de  ce  projet  s'oppose ,  en  quelques  points ,  à  l'avis  donné 
aux  Cortès  par  la  commission  nommée  ad  hoc.  Il  propose  aussi  ua 
moyen  de  soutenir  le  clergé^  sans  la  demi-dîme.  Cet  ouvrage  pourra 
être  fort  utile  ;  car  les  membres  des  Cortès  prendront  sans  doute 
en  considération  les  motifs  de  chaque  opinion  émise  sur  ce  pro- 
jet, et  ils  les  pèseront  avec  calme  et  sagesse,  avant  de  statuer  défini- 
tivement. 

39. — Principios  delà  ciencia  social. — Principes  de  la  science  sociale 
ou  des  sciences  morales  et  politiques ,  appliqués  à  la  constitution 
espagnole,  par  don  Tboeibio  Ndghbz.  Tome  !•',  contenant  les  prin- 
cipes de  l'arithmétique,  la  logique,  l'anatomie,  la  physiologie,  la 
pathologie,  et  la  nosologie  de  la  science  sociale.  Madrid,  iSai  ; 
Brun. 

Cet  ouvrage  est  fait  sur  le  plan  de  celui  du  célèbre  publiciste 
anglais  Bentham ,  qui  a  écrit  à  l'auteur ,  en  le  félicitant  sur  la  ma- 


LIVRES  ÉTRANGERS.  4A^ 

nièrc  avec  laquelle  il  a  su  appliquer  sa  doctrine  à  l'esprit  et  au  but 
de  la  constitution  espagnole. 

4o. — Parangon  del  sistema  consùtucional  de  JEspana,  etc. — 
Comparaison  entre  le  système  constitutionnel  de  l'Espagne  ,  et 
les  formes  principales  d'autres  gouvernemens ,  tant  anciennes  que 
modernes;  par  don  Joseph  Moa  de  Fdsntes.  Madrid ,  1821.  Matute. 
Un  volume  in-8<». 

4i'  —  Colleccion  de  Nopelas^eXc.  —  Collection  de  nouvelles,  tra- 
duites du  français  en  espagnol;   par    le   citoyen  Cabrehizo.   Ma- 
drid, 1821.  Alonzo.  Vingt  volumes  in-12,  avec  des  planches. 
Cet  ouvrage  a  été  imprimé  à  Valence. 

42.  —  Colleccion  compléta  de  la  Abesa  Espanola»  —  Collection 
complète  de  TAbeille  espagnole.  Madrid,  1821,  chez  la  veuve  11- 
lescas.    12  vol.  in-8°. 

li* Abeille  espagnole  est  un  journal  qui  s'est  publié  à  Cadix ,  pen- 
dant les  années  1812  et  i8i5,  et  dans  lequel  on  faisait  le  résumé 
de  tout  ce  qui  se  passait  d'intéressant  dans  les  séances  des  Cortès,, 
dans  les  armées  espagnoles,  anglaises  et  françaises,  et  dans  quel- 
ques villes  de  la  Péninsule.  Le  style  en  est  agréable ,  et  les  évé- 
nemens  que  Ton  y  rapporte  ont  assez  d'importance  pour  l'histoire 
de  cette  époque.  C'est  ce  qui  a  fait  naître  l'idée  de  réunir  cette 
collection.  ,  i  J.  A.  LiOBEirrE. 

ROYAUME    DES   PAYS-BAS. 

43.  —  Conjectures  sur  r  origine  et  la  nature  des  choses;  parle 
colonel  PoDLTiEa  d'Elmotte  ,  avec  cette  épigraphe  :  Heureux  qui  des 
effets  peut  remonter  aux  causes.' Tonrnaj,  J.  Cambien,  520  p.  in-8''. 

On  trouve  dans  ce  livre  beaucoup  plus  d'anecdotes  personnelles, 
de  traits  de  satire  et  de  causeries  que  de  saine  physique.  M.  Poultier 
semble  être  un  homme  de  beaucoup  d'esprit ,  qui ,  parce  qu'il  cause 
avec  originalité ,  s'est  cru  dispensé  d'étudier  à  fond  la  matière  qu'il 
a  traitée.  11  commence  par  une  revue  générale  des  sj^ s tèmes ,  sans 
avoir  remonté  à  leur  source;  il  s'en  va  ensuite  divaguant  sur  le 
nombre  et  la  nature  des  élémens^  sur  la  fermentation  et  la  projection 
des  mondes,  sur  l'organisation  des  êtres ,  la  noblesse ,  les  noms ,  la 
morale  et  les  cultes.  Cet  essai  philosophique  est  terminé  par  des 
couplets  sur  le  nombre  trois:  tout  finit  par  des  chansons  ,  comme 
le  disait  Bridoison  ,  qui  ne  se  piquait  pas  de  philosophie.      De  Rg. 


150  LIVRJiS  ÉTRANGERS. 

44* — lien  Zegeprael^  etc.  —  Le  triomphe  de  la  croix  de  Jésus- 
Christ,  prêché  à  Malines,  dans  l'église  métropolitaine  de  S.-Rumold, 
le  premier  mars  1821 ,  par  très-révérend  F.  G.  VEaHEYLEWEGEw,  vi- 
caire général  de  l'archevêché  de  Malines.  Malines,  1821.  Hanicq , 
imprimeur  de  S.  A.  le  prince-archevêque,-  in-8°  de  3o  pag. 

Qu'on  dise  que  les  prêtres  belges  sont  plus  fanatiques  et  moins 
tolérans  que  d'autres,  nous  opposerons  à  cette  assertion  l'exemple 
du.  vicaire  général  de  l'archevêché  de  Malines ,  et  nous  accrédite- 
rons sans  peine  une  meilleure  opinion  en  leur  faveur.  Ni  juif,  ni 
païen,  ni  calviniste,  ni  luthérien,  ne  sont  damnés  par  lui  ;  •  Confucius 
et  Mahomet ,  s'ils  ont  été  de  bonne  foi  dans  leur  ignorance ,  pour- 
ront bien  ne  pas  en  être  punis  ,  et  Dieu  en  voudra  peut-être  da- 
vantage à  ceux  qui  circonscrivaient  sa  clémence ,  à  ceux  qui  le 
faisaient  à  leur  image ,  qu'à  ces  hérétiques  et  fauteurs  d'hérésie  qui 
n'y  apportaient  pas  des  intentions  perverses.  Il  est  vrai  qu'en  Bra- 
bant  cette  doctrine  n'est  pas  encore  goûtée  de  tout  le  monde ,  et 
que  S.  A.  le  prince  archevêque  de  Malines  s'est  vu  forcé  d'inter- 
dire la  prédication  au  révérend  Verheylewegen.  Mais  n'en  serait-il 
pas  de   même  ailleurs? 

45.  —  Oorkonden ,  etc.  —  Documens  puisés  dans  l'histoire  du 
droit  pénal  ;  par  J.  B.  Christmeyeh.  Amsterdam,  1820.  Van  Kestere- 
men  ;  in-8°  de  29  p. 

Cet  ouvrage  fait  suite  à  un  autre  ,  sur  la  jurisprudence  criminelle  , 
que  nous  avons  annoncé  il  y  a  quelque  tems;  et  il  mérite  les  mêmes 
éloges. 

46.  —  Het  ontwerp  van  het  hurgerlyk  wetboek  ,  etc.  —  Projet 
de  Code  civil  pour  le  royaume  des  Pays-Bas,  comparé  avec  le 
Code  antérieur  (publié  par  livraisons}.  La  Haye,  1821.  Van  Cleef; 
in-S»  de   276   pag. 

47.  —  Mémoires  sur  ce  qui  s'est  passé  de  remarquable  après  la 
capitulation  de  Bois-le-Duc  ,  relativement  aux  négociations  enta- 
mées entre  la  France  et  la  Hollande,  et  à  la  mission  de  MM.  Bbaat- 
ZBs  et  Repelaer,  à  Paris,  en  1794»  P^r  C.  Vait  Bbeugbl,  ancien 
directeur  des  contributions  directes  dans  la  province  de  Frise.  Ams- 
terdam et  La  Haye,  1821.  Van  Cleef;  in-8°  de  i55  pag. 

L'auteur  nous  rend  compte  d'intrigues  diplomatiques ,  dans  les- 
quelles tout  annonce  qu'il  s'était  engagé  de  très-bonne  foi  et  avec 
les    meilleures    intentions ,    mais    pcul-étre   avec    plus    d'abandon 


LIVRES  KIHANGERS.  151 

que  n'en  méritaient  les  hommes ,  les  choses  et  les  circonstances. 
Cet  ouvrage  offre  du  moins  des  documens  susceptibles  d'inspirer 
une  certaine  confiance,  puisqu'ils  nous  sont  transmis  par  un  homme 
qui  peut  appliquer,  aux  événemens  qu'il  raconte,  le  quorum  pars 
magna  fui  de  Virgile. 

48. — Algemeen  Aardrykskundig  JVoordenhoek.  —  Dictionnaire 
géographique  universel ,  d'après  les  renseignemens  et  les  divisions 
les  plus  modernes,  par  C.  BauiNiNC.  Rotterdam,  1821.  Arbon  et 
Krap,  1821.  in-80.  ToM.  I.  u. 

Ce  volume,  de  4^6  pages,  en  deux  colonnes,  achève  la  lettre  C. 
L'auteur  a  pris  pour  type  de  son  ouvrage,  le  Gazetteer  d'Edimbourg, 
en  le  corrigeant,  lorsqu'il  en  était  besoin;  il  s'est  aussi  aidé  des 
travaux  de  Turckey ,  Grandpré ,  Hassel,  Stosck,  etc.  Il  a  mis  en 
tête  de  son  livre  un  utile  tableau  comparatif  des  longitudes,  les 
siennes  étant  calculées  sur  le  méridien  d'Amsterdam.  Un  livre  de 
cette  nature  est  peu  susceptible  d'extrait;  nous  en  donnons  pour 
échantillon  et  par  abrégé  le  premier  article. 

«  ur^,  nom  d'une  petite  rivière  de  France,  dans  le  département  de 
Lot-  (lisez  Loir)  et-Cher  ,  formant,  près  de  sa  source  ,  une  île  dont 
la  configuration  est  celle  de  la  lettre  ^. 

o  Aa,  d'une  étymologie  commune  avec  le  français,  eaw,  espèce 
de  nom  générique  de  petites  rivières ,  ruisseaux ,  canaux  :  il  a  du 
rapport  avec  le  frison  Ee  et  avec  \'Y  (voisin  d'Amsterdam  ).  .  .  . 
Ce  nom  se  présente  fréquemment  dans  les  Pays-Bas.  Dans  leur 
partie  française,  une  yia  se  jette  dans  la  mer,  auprès  de  Gravelines. 
Une  autre  se  réunit  auprès  de  Breda  à  la  Merk ,  et  a  donné  à  cette 
ville  le  nom  de  Breede  (  large  )  Aa.  Une  troisième  Aa  se  dirige  dans 
l'étendue  de  Helmont,  vers  Bois-le-Duc^  et  est  contiguë  à  la  sei- 
gneurie d'Aarle.  En  Gueldre ,  au-dessous  d'Anholt,  une  Aa  se  jette 
dans  l'Yssel.  A  l'est  de  l'Yssel,  Ahuus  est  situé  sur  VAa.  Aux  frontières 
du  pays  de  Munster  et  de  Bentheim,  une  Aa  tombe  dans  le  Vecht.  » 
L'auteur  indique  également  des  Aa  dans  les  provinces  d'Over-Yssel, 
de  Groningue  ,  dans  le  pays  de  Munster.  Une  Aa  se  joint  dans  le 
comté  de  Leppe  à  la  Wehr  et  prend  le  nom  de  TVehra,  La  Prusse , 
la  Courlande  ,  la  Suisse  fournissent  d'autres  exemples.  «  C'est  bien 
assez  d'érudition  pour  un  Dictionnaire  géographique  ,  mais  elle  n'y 
est  pas  hors  de  propos.  Nous  renverrons  celui  qui  voudrait  en  savoir 
davantage ,  et  à  peu  près  tout  ce  qu'on  peut  dire  sur  ce  sujet,  à  un 


152  LIVRES  FRANÇAIS. 

ouvrage  hollandais  de  M.  Jacques-Henri  Hoenffl ,  imprimé  à  Bréda, 
en  1816  ,  sous  ce  titre  :  Taalkundige  Bydragen  ,  c'est-à-dire  Ob- 
servations philologiques  sur  les  désinences  de  beaucoup  de  noms  de 
lieux  dans  le  royaume  des  Pays-Bas. 

Il  devait  nécessairement  se  glisser  des  erreurs  dans  un  ouvrage  de 
cette  nature.  Nous  en  avons  déjà  indiqué  une;  nous  en  inoique- 
rons  une  autre  dans  l'article  Chandemagor,  ville  qui  appartient 
aujourd'hui  à  l'Angleterre  ,  et  non  à  la  France.  Nous  pourrions 
signaler  aussi  quelques  omissions  ;  nous  remarquerons  celle  d'^r- 
pajon,  petite  ville  du  département  de  Seine-et-Oise  ,  sur  la  route  de 
Paris  à  Orléans ,  et  qui  s'appelle  aussi  Châtre  ;  nous  ne  la  trouvons 
ni  sous  l'une  ni  sous  l'autre  de  ces  dénominations. 

49. — Schets  der  oude  Aardrykskunde ,  etc.  —Esquisse  de  la  géo- 
graphie ancienne.  Manuel  élémentaire.  Groningue,  1819,  Roeme- 
lingh.  In'S»  de  Sçjo  pages. 

Cet  ouvrage,  en  partie  original ,  en  partie  traduit,  paraît  recom- 
mandable.  On  désirerait  qu'il  fût  accompagné  de  cartes.  Mais  il 
vient  de  paraître,  à  Groningue,  chez  Van  Bockeren ,  un  Atlas  de 
l'ancien  monde ,  en  douze  cartes ,  par  Vieth  et  Funke.  On  pourra 
le  réunir  utilement  au  Manuel  que  nous  annonçons. 

5o. — Hélons  Jiedeuaart,  etc. —  Pèlerinage  d'Hélon  à  Jérusalem, 
par  Fb.  Sthadss;  trad.  de  l'allemand  (par  madame  V*.  Klkin),  et  enri- 
chi d'une  préface  par  J.  H.  Vander  Palm^  et  de  notes  par  /.  Cla' 
risse.  Tom.  I®'.  Amsterdam ,  1820.  Vander  Hey.  In-8°  de  261  p. 

Ce  premier  volume  fera  désirer  la  continuation  de  l'ouvrage.  Nous 
ignorons  s'il  a  paru  au  complet  en  allemand.  M.  Strauss  a  pris  pour 
modèle  le  Voyage  d'Anacharsis.  Son  Hélon  est  un  jeune  Hébreu, 
né  à  Alexandrie,  et  élevé  dans  les  principes  de  la  philosophie 
grecque.  Ces  principes  lui  ont  fait  quitter  la  foi  de  ses  pères  ;  mais 
il  est  décidé  à  y  retourner,  et  c'est  le  but  de  son  pèlerinage,  qui 
se  rapporte  à  la  fin  du  gouvernement  des  Machabées,  lorsque  les 
Juifs  avaient  pour  grand-prêtre  Jean  Hyrcan,  troisième  fils  de 
Simon  Machabée,  un  siècle  avant  la  naissance  de  J.  C.     Mabron. 

LIVRES  FRANÇAIS. 

5i.  —  Flore  de  la  Botanique  des  Dames.  Collection  renfermant 
quatre  planches  de  principes  de  botanique  et  quatre  cents  figures 
de  plantes^  dont  une  grande  partie  est  extraite  de   V Herbier  do 


LIVRES  FRANÇAIS.  153 

l'amateur.  Paris,  182».  Audot,  rue  des  Maçons-Sorbonnc ,  n°  11. 
Un  vol.  in-i8.  Prix,    3  fr. 

Ce  volume  ,  qui  fait  partie  de  la  troisième  livraison  de  V Ency- 
clopédie des  dames  {Voy.  T.  IX,  p.  65o,  et  T.  X,  p.  189),  est  le  com- 
plément de  l'ouvrage  de  M.  Boitard,  annoncé  dans  notre  précédent 
cahier,  page  SjS. 

52. — Aperçu  microscopique  et  physiologique  de  la  fructification 
des  Thalassiophytes  symphysistées,  présentée  la  société  libre  d'é- 
mulation de  Rouen,  par  M.  Benjamin  Gaillon,  membre  correspon- 
dant à  Dieppe  ;  Rouen  ,  1821.  Baudry.  In-8'*  de  i4  p. 

Parmi  les  plantes  marines  du  genrefiucus  de  Linnée  ,  qui  mainte- 
nant composent  la  famille  des  Thalassiophyles  (varecs),  il  en  est  qui 
paraissent  dioïques,  c'est-à-dire  pourvus  de  deux  organes  différensde 
fructification;  les  uns  mâles ,  les  autres  femelles.  On  y  remarque  des 
parties  renflées  ,  décolorées ,  remplies  de  mucilage ,  qui  contiennent 
les  semences  propagatives  ;  et  en  outre ,  dans  le  tissu  du  même  vé- 
gétal, on  distingue  de  petits  grains  colorés  répandus  çà  et  là.  L'au- 
teur de  l'écrit  que  nous  annonçons  combat  l'opinion  de  Dawson- 
Turner^  de  Solander^  etc. ,  et  se  range  à  l'avis  de  Mertens ,  qui  veut 
que  les  granules  colorées  soient  lesrudimens  de  la  fructification,  et  en 
quelque  sorte  la  fleur  de  la  plante.  FnANCOBca. 

53.  —  Traité  général  des  eaux  et  forêts  ,  chasses  et  pêches,  pre- 
mière partie.  Recueil  chronologique ,  contenant  les  ordonnances  , 
édits  et  déclarations  des  rois  de  France ,  les  arrêts  du  conseil  et  des 
cours  souveraines ,  les  lois ,  arrêtés  du  gouvernement ,  décrets  , 
ordonnances  du  roi ,  arrêts  de  la  cour  de  cassation,  décisions  mi- 
nistérielles, circulaires  et  instructions  administratives  ;  par  M.  Bau- 
oaiLLABT,  chef  de  division  adjoint  à  l'administration  générale  des 
forêts.  Première  livraison.  Paris,  1821.  Madame  Huzard,  rue  de 
l'Éperon  ,  n°.  7,  1  vol.  in^"  en  deux  tomes  ;  prix,  pour  les  souscrip- 
teurs ,  8  fr. ,  et  n  fr.  pour  les  non  -  souscripteurs.  (Foy.  ci- dessus  , 
T.XI,p.  378.) 

De  tous  les  réglemens  qui  manquent  encore  à  la  France ,  il  n'en 
est  peut-être  point  dont  le  besoin  se  fasse  plus  sentir  que  ceux  qui 
concernent  l'agriculture.  TOus  les  régimes  qui  se  sont  succédés  de- 
puis trente  ans,  ont  tour  à  tour  leurré  la  nation  de  l'espoir  d'un  Code 
rural;  et ,  jusqu'ici ,  ce  code,  indispensable  dans  un  état  aussi  émi- 
nemment agricole  que  le  nôtre,  est  toujours  resté  dans  le  portefeuille 


a5A  LIVRES  FRANÇAIS. 

des  ministres.  En  attendant  qu'il  plaise  enfin  au  gouvernement  de 
faire  cesser  toute  incertitude  à  cet  égard  ,  et  de  fixer  les  intérêts  de 
l'agriculture  par  un  règlement  uniforme ,  plusieurs  écrivains  se  sont 
occupés  du  soin  de  recueillir  et  de  publier  les  dispositions  législatives 
promulguées  à  diverses  époques  ,  pour  suppléer  en  France  au  défaut 
d'un  code  rural.  Parmi  ces  ouvrages,  inspirés  par  le  désir  d'être  utile, 
nous  croyons  devoir  citer  avec  éloge  celui  que  publie  dans  ce  mo- 
ment M.  Baudrillart,  ami  zélé  de  l'agriculture  ,  et  l'un  des  membres 
les  plus  distingués  de  l'administration  générale  des  forêts.  Le  pre- 
mier volume  du  magnifique  et  utile  ouvrage  qu'il  publie,  contient 
tous  les  réglemens  relatifs  aux  eaux  et  forêts  ,  ces  deux  grandes  bran- 
ches de  l'économie  rurale.  Au  moyen  de  ce  recueil,  les  propriétaires 
seront  affranchis  des  dangers  auxquels  les  exposait  une  législation 
informe,  qu'il  était  presque  toujours  impossible  de  consulter  dans  la 
poussière  des  bibliothèques  où  elle  était  enfouie. 

M.  Baudrillart  ne  s'est  point  contenté  de  ce  premier  service  rendu 
à  son  pays.  Après  avoir  instruit  ses  concitoyens  de  leurs  devoirs 
comme  propriétaires,  il  les  met  à  môme  d'augmenter  par  eux- 
mêmes  la  prospérité  publique ,  en  leur  soumettant  les  résultats  de 
sa  longue  expérience  dans  les  eaux  et  forêts.  Les  volumes  qui  sui- 
vront celui  que  nous  annonçons  ,  contiendront ,  avec  détail ,  tous  les 
moyens  essayés  pour  améliorer  les  bois  et  les  forêts  de  la  France; 
pour  remédier,  par  des  plantations  ou  des  semis,  à  la  consommation 
toujours  croissante  du  combustible  ,  et  pour  tirer  des  bois  tous  les 
produits' dont  ils  sont  susceptibles.  Enfin,  voulant  faire  de  son  tra- 
vail un  traité  complet,  M.  Baudrillart  termine  son  ouvrage  par  un 
Dictionnaire  des  chasses  et  des  pêches  ^  où  seront  contenus  les  mé- 
thodes plus  ou  moins  ingénieuses  de  faire  la  guerre  aux  habitans  des 
eaux  et  des  forêts.  Ce  dernier  volume  sera  accompagné  ,  mêlant 
ainsi  l'agréable  à  l'utile,  d'un  très-bel  atlas,  offrant  aux  amateurs  les 
armes,  pièges,  filets,  etc.,  employés  pour  la  chasse  et  la  pêche. 
Nous  ne  pouvons  qu'applaudir  au  plan  de  ce  Traité  général  des 
eaux  et  forêts  ^  ainsi  qu'à  l'exécution  du  premier  volume  que  nous 
avons  sous  les  yeux  ;  ceux  qui  suivront  offriront  sans  doute  le  même 
intérêt  ;  nous  nous  empresserons  d'en  rendre  compte. 

r.  St.  a. 

54. —  Géographie  physique^  historique  et  statistique  de  la  France-, 
par  E.  Memtelle.  Troisième  édition  ,  revue  ,  corrigée  et  augmentée 


LIVRES  FRANÇAIS.  155  i 

par  M.  Depping.  Paris  ,   1821.  1  vol.  ia-8"  de  742  pages.  Guillaume  ; 
et  compagnie,  rue  Hautefeuille ,  n°.  i^.  Prix,  13  fr. 

La  Géographie  de  la  France  formait  le  4**   volume   du   Cour  s 
complet  de  cosmographie ,  de  géographie^  de  chronologie  et  d'hl  ;- 
taire i  de  M.  Mentelle;  mais,  comme  ce  volume  se  vendait  sép.' i- 
rément  et  faisait  en  effet  un  travail  distinct  ,  plus  utile  que  le  res  te 
de  ce  volumineux  ouvrage  ,  l'édition  en  a  été  épuisée  long  -  tei  ns 
avant  celle  des  trois  autres  volumes.  La  nouvelle  édition  qui  vie  nt 
de  paraître  a  été  entièrement  refaite  par  M.  Depping  ,  d'après  l'él  :at 
actuel  de  la  géographie  et  de  la  statistisque.  L'ouvrage  est  div'  isé 
en  deux  sections,  dont  la  première  contient  la  statistique    et    Ja 
description  générale  de  la  France ,  sous  le  rapport  du  sol ,  des  pi  -o- 
ductions  agricoles,    minérales  et  industrielles,  du  commerce  ,•  iu 
gouvernement ,  de  l'organisation  civile  ,   judiciaire  et  militaire ,  ■  de 
la  marine ,   des    cultes   et  de  l'instruction   publique.   La  secon(  ie 
section  est  consacrée  à  la  description  topographique  des  86  dépa  r- 
temens  du  royaume,  et  des  colonies  françaises.  Chacune  des  dei  iX 
sections  contient  un  grand  nombre  de  tableaux,  qui  présentent  soi  is 
une  forme  abrégée  les  divisions  et  subdivisions  administratives,  ain  si 
que  les  résultats  des  calculs  de  statistique  et  d'économie  politiques. 
La  description  de  chaque  département,  par  exemple,  est  précédé» î 
d'un  tableau  indiquant  les  arrondissemens  et  les  cantons  ,  avec  leui  r 
population  et  leur  étendue  en  kilomètres  ;  pour  le  département  de  5 
la  Seine,  on  trouve  même  la  subdivision  des  cantons  en  communes.» 
De  même,  dans  la  première  section,  les  bassins  des  fleuves  de  lai 
France  avec  tous  leurs  afiluens  ,   la  navigation  ,  le  produit  des   dé» 
partemens,  en  vins,  avec  le  montant  des  exportations ,  les  produits; 
des  mines,  le  nombre  des  sources  minérales  et  les  degrés  de  chaleur 
des  eaux  thermales ,   les  établissemens  d'instruction  publique,  les 
ressorts  des  tribunaux  et  autres  objets  de  ce  genre  ,   ont  été  réduits 
en  tableaux  ,  de  sorte  que  le  lecteur  peut  saisir  d'un  seul  coup  d'œil 
ce  qu'il  serait  obligé  quelquefois  de  chercher  long-tems.  On  voit  , 
par  les  citations  indiquées  au  bas  des  pages,  que  M.  Depping  a  profité 
des  renseignemens  authentiques  qui  ont  été  publiés  dans  les  der- 
nières années,  sur  les  ressources  industrielles,  commerciales  et  finan- 
cières du  royaume,  grâce  à  la  publicité  que  reçoivent,  sous  un  gou- 
vernement constitutionnel  et  représentatif,  les  revenus  et  les  dépenses 
de  l'état. 


156  LIVRES  FRANÇAIS. 

55.  *  —  L'Art  de  faire  la  bière  ,  ouvrage  élémentaire ,  théorique 
tît  pratique ,  mis  à  la  portée  de  tout  le  monde  ;  par  L.  F.  D.  Paris  , 
1821.  Béchet  aîné.  \  vol.  in-8°  avec  planches  en  taille-douce.  Prix, 
5  fr.  5o  c. ,  et  6  fr,  "jb  c.  par  la  poste. 

56.  (•) — Elémens  de  statique ,  suivis  d^un  Mémoire  sur  la  théorie 
di'is  momens  et  des  aires  ;  par  L.  Poihsot,  membre  de  l'Institut, 
inspecteur  général  de  l'université,  etc.,  troisième  édition.  Paris, 
1821.  Mad.  V*.  Courcier,  rue  du  Jardinet-St.-André-des-Arcs ,  n.  12. 
1  vol  in-8°  de  328  pages  avec  4  planches  en  taille-douce.  Prix,  5  fr. 

Cet  ouvrage ,  dont  les  deux  premières  éditions  ont  paru  il  y  a  quel- 
ques années  ,  a  reçu  du  public  l'accueil  le  plus  favorable  ;  il  est  trop 
coflnnu  pour  avoir  besoin  d'être  analysé.  On  sait  qu'au  lieu  de  faire 
remonter  la  théorie  de  l'équilibre  entre  les  puissances  au  parallèle - 
giamme  des  forces,  M.  Poinsot  la  fonde  sur  l'équilibre  du  levier, 
ainsi  que  l'avaient  fait  le  célèbre  Monge  et  plusieurs  autres  savans. 
Miais  ce  qui  distingue  surtout  le  travail  de  M.  Poinsot  de  tous  les 
antres  traités  de  statique  ,  c'est  l'idée  vraiment  neuve  et  féconde  des 
couples.  L'auteur  nomme  ainsi  deux  forces  parallèles  égales  et  oppo- 
sées ,  mais  non  appliquées  au  même  point;  il  prouve  que,  dans 
toutes  les  actions  que  les  puissances  exercent,  l'action  des  couples 
«îst  évidente  ou  cachée  ,  et  qu'un  grand  nombre  de  faits,  expliqués 
«t  démontrés  d'une  manière  douteuse  ,  le  sont  avec  clarté ,  à  l'aide 
clés  couples.  Il  montre  que  les  compositions  des  momens  et  des 
aires  n'en  sont  que  des  cas  particuliers  ;  et  que ,  faute  d'en 
avoir  conçu  la  théorie,  on  a  pu  être  conduit ,  soit  à  des  con- 
ditions d'équilibre  fautives  ,  soit  à  supposer  des  principes  géné- 
raux ,  qui  n'étaient  que  des  applications  particulières  ,  mais  dé- 
guisées, de  sa  théorie.  La  troisième  édition  que  nous  annonçons  , 
obtiendra  sans  doute  le  même  succès  que  les  précédentes.  Celle-ci  a 
reçu  d'ailleurs  plusieurs  additions  importantes  qui  ajouteront  à  l'u- 
tilité de  l'ouvrage  et  à  l'estime  dont  il  est  environné.         Fkakcccch. 

57.  (*)  —  Mémoire  sur  l'effet  des  feux  verticaux  proposés  par 
M.  Carnot  dans  la  défense  des  places  fortes  ;  par  M.  Ajigoyat  ,  ca- 
pitaine au  corps  royal  du  génie.  Paris,  18a  1.  Anselin  et  Pochard, 
rue  Dauphine ,  n.  9.  In-4°  de  48  pages.  Prix,  2  fr.  5o. 

Dans  son  ouvrage  sur  la  défense  des  places  iortes ,  M.  Carnot 
donne  le  nom  de  feux  verticaux  aux  projectiles  qui  ,  lancés  sous  un 
grand  angle  avec  l'horizon ,  retombent  sous  un  angle  plus  grand 


LIVRES  FRANÇAIS.  157 

encore  ,  et  se  rapprochent  ainsi  de  la  ligne  verticale.  Il  affirme  que 
ces  projectiles,  employés  à  propos  et  avec  profusion,  peuvent  ren- 
dre impraticables  tous  les  travaux  de  l'assiégeant  pour  s'établir  sur 
les  glacis  d'une  place  ,  et  par  conséquent  la  rendre  imprenable. 
Cette  pensée  d'un  ingénieur  aussi  habile  ne  pouvait  demeurer  sté- 
rile ;  en  France  et  chez  les  étrangers ,  elle  a  déjà  fait  faire  quelques 
expériences  que  M.  Angoyat  discute  et  soumet  au  calcul.  Le  résultat 
de  ses  recherches  affaiblit  beaucoup  les  espérances  que  M.  Carnot 
avait  fait  concevoir,  mais  il  ne  les  anéantit  pas.  Cet  écrit  mérite 
l'attention  de  tous  les  militaires  éclairés  ,  non  seulement  à  cause  de 
l'importance  du  sujet  qu'il  traite  ,  mais  aussi  par  les  méthodes  de 
calcul  que  l'auteur  emploie ,  et  qu'il  serait  très  -  utile  d'appliquer  à 
toutes  les  discussions  de  cette  nature.  F. 

58.  (*)  —  Examen  des  doctrines  médicales  et  des  systèmes  de 
nosologie  y  ouvrage  dans  lequel  se  trouve  fondu  l'examen  delà  doc- 
trine médicale  généralement  adoptée  ;  précédé  de  propositions  ren- 
fermant la  substance  de  la  médecine  physiologique ,  par  F.  J.  V. 
Broussais.  Paris,  1821.  Méquignon-Marvis.  2  vol.  in-8°,  ensemble 
de  65  feuilles.  Prix  ,  i4  fr. 

5g. — Association  intellectuelle.  Méthode  progressive  et  d'asso^ 
dation^  ou  \De  Vart  d'étudier  et  d'opérer  dans  toutes  les  sciences ^ 
et  particulièrement  en  médecine  \  suivi  ^une  clinique  générale  inter- 
prétative des  phénomènes  morbides,  et  spéciale  des  maladies  des 
couches  ;  par  L.  V.  F.  Amard  ,  docteur  en  médecine ,  ex-chef  du 
service  médico-chirurgical  de  l'hôpital  général  de  la  charité  de  Lyon, 
président  de  la  société  de  médecine,  et  du  cercle  littéraire  de  la 
même  ville,  membre  correspondant  de  plusieurs  sociétés  savantes, 
nationales  et  étrangères.  Paris,  1821.  Méquignon  aîné,  père;  Ga- 
bon, Béchet,  libraires ,  rue  et  place  de  l'École-de-Médecine.  2  vol, 
in-8° ,  ensemble  n33  pages.  Prix,  16  fr. 

Cet  ouvrage,  très-remarquable  par  les  vues  philosophiques  qu'il 
renferme,  comprend  quatre  parties  distinctes  :  i».  l'Association  iu' 
tellectuelle ,  ou  la  meilleure  manière  de  combiner  les  facultés  de  l'in- 
telligence et  les  différentes  sortes  d'esprits  pour  faire  avancer  les 
sciences  et  la  civilisation;  2°.  la  méthode  d' étudier  et  d' opérer ^  spé- 
cialement en  médecine.,  qui  paraît  susceptible  d'être  appliquée  avec 
succès  dans  les  différentes  branches  des  connaissances  humaines  ; 
3*  la  médecine  clinique  générale ,  interprétative  des  phénomènes 


158  LIVRES  FRANÇAIS. 

morbides;  4°«  la  clinique  spéciale  des  maladies  des  femmes  en 
couche» 

Ces  deux  dernières  parties  sont  de  la  compétence  exclusive  des 
hommes  versés  dans  la  théorie  et  dans  la  pratique  des  sciences  mé- 
dicales. Elles  sont ,  Tune  et  l'autre ,  ainsi  que  les  deux  premières 
parties ,  traitées  d'une  manière  substantielle  et  souvent  neuve.  Dès- 
lors  ,  elles  se  trouvent  exposées  à  être  contredites  ,  et  l'on  peut 
craindre  que  des  médecins,  même  instruits,  ne  veuillent  pas  admettre 
facilement  des  aperçus  philosophiques  qui  sont  peut-être  en  oppo- 
sition avec  les  idées  reçues  et  accréditées  jusqu'ici.  Car  les  doctrines 
nouvelles ,  même  bonnes ,  ne  triomphent  qu'à  la  longue  des  pré- 
jugés ,  de  la  routine  et  des  opinions  consacrées  par  le  tems  et  par 
l'habitude.  Quant  aux  deux  premières  parties  de  l'ouvrage  ,  qui 
forment,  en  quelque  sorte,  un  essai  de  philosophie  générale,  com- 
prenant à  la  fois  des  vues  théoriques ,  qui  rappellent  quelquefois  le 
beau  travail  dé  Bacon  sur  l'accroissement  des  sciences,  et  une 
application  pratique  immédiate  à  certaines  parties  de  la  médecine, 
nous  inviterons  les  lecteurs,  capables  d'une  attention  suivie  ,  à  cher- 
cher, dans  l'ouvrage  même  fTome  I,  pages  i62-i85,  et  2o6-25o  ), 
les  principes  généraux  établis  et  développés  par  l'auteur.  Il  croit 
avoir  conçu  l'idée  d'association  sous  un  point  de  vue  entièrement 
nouveau,  dans  son  principe  radical,  dans  ses  effets,  dans  l'influence 
salutaire  qu'elle  peut  exercer  sur  les  progrès  de  l'esprit  humain. 
Il  signale  ïes  inconvéniens  des  travaux  isolés  et  imparfaits  ,  que 
chaque  génération,  que  chaque  individu  recommence,  et  qui,  de 
celte  manière ,  profilent  si  peu  à  l'humanité.  La  question  philoso- 
phique du  bon  emploi  du  tems ,  véritable  trésor  si  horriblement  di- 
lapidé ,  tandis  qu'avec  une  sage  administration  de  la  vie,  dirigée 
avec  économie  et  discernement,  on  pourrait  en  tirer  un  si  grand 
parti,  se  rattache  essentiellement  à  cette  partie  importante  d'un 
ouvrage ,  sur  lequel  nous  aimerons  à  fixer  de  nouveau  rattention  , 
quand  nous  aurons  pu  nous  -  mêmes  en  faire  à  loisir  une  étude  ap- 
profondie qu'exige  la  nature  des  sujets  traités  par  l'auteur.  Mais 
on  ne  quitte  point  son  livre ,  sans  reconnaître  en  lui  un  esprit  dis- 
tingué ,  une  ame  généreuse ,  dont  les  facultés  s'appliquent  aux  plus 
cbers  intérêts  de  l'espèce  humaine,  au  perfectionnement  des  mé- 
thodes et  à  l'avancement  des  sciences.  M.  A.  J. 

^o. — Essai  sur  les  irritations inlermitlenles  y  ou  Nouvelle  théorie 


LIVRES  FRANÇAIS.  159 

des  maladies  périodiques  f  fièvres  larvées,  fièvres  pernicieuses,  et 
des  fièvres  inlenniltentes  en  général)  exposée  suivajit  la  doctrine 
de  M.  Broussais,  et  appuyée  d'un  grand  nombre  d' observations  ^ 
par  P.  J.  MoNGELLAZ,  D.  M.  Paris,  1821.  Méquignon-Marvis ,  rue  de 
rÉcole-de-Médecine,  n°  3.  2  vol.  ia-8°  formant  ensemble  869  pages. 
Prix ,  12  fr. ,  et  franc  de  port  i4  fr.  jS. 

Les  fièvres  intermittentes ,  larvées  et  pernicieuses ,  ont  été  pen- 
dant long-tems  le  sujet  des  recherches  des  médecins  les  plus  hahlles. 
Mais  aucun  d'eux  n'avait,  jusqu'à  nos  jours,  envisagé  ces  maladies 
sous  leur  véritable  point  de  vue  :  presque  tous  regardaient  les  fièvres 
intermittentes  comme  essentielles,  lorsque  du  sein  de  la  médecine 
militaire  s'est  élevé  un  réformateur,  digne  émule  de  Bichat,  qui, 
juste  appréciateur  des  travaux  de  ce  grand  génie  ,  a  formé  le  projet 
de  marcher  sur  ses  traces,  et  a  fondé  la  médecine  physiologique. 
Ce  médecin  célèbre  n'a  pu  donner  encore  toute  l'étendue  con- 
venable aux  travaux  qu'il  a  si  glorieusement  commencés  ;  mais  ses 
élèves  travaillent ,  après  avoir  suivi  avec  assiduité  ses  cours  et  sa 
clinique,  à  développer  quelques  points  de  sa  doctrine,  pour  qu'elle 
soit  plus  promptement  appréciée  par  tous  les  médecins  qui  re- 
cherchent de  bonne  foi  la  vérité.  Tel  a  été  le  but  ds  M.  Mongellaz, 
en  publiant  son  Essai  sur  les  irritations  intermittentes.  Cet  ouvrage, 
divisé  en  quatre  chapitres,  est  du  nombre  de  ceux  qui  méritent 
d'être  médités  par  les  médecins» 

61. —  Traité  des  maladies  de  V oreille  et  de  l'audition j  par 
J.  M.  G.  Itard,  médecin  de  l'institution  des  sourds  -  muets,  et 
membre  de  l'académie  royale  de  médecine.  Paris,  Méquignon-Marvis, 
rue  de  l'École-de-Médecine ,  n°.  3  ,  1821,  2  vol.  in  8°,  formant  en- 
semble gi8  pages.  Prix,  i3  fr. ,  et  par  la  poste  16  fr. 

11  manquait  à  la  médecine  un  traité  complet  des  maladies  de 
l'oreille  et  de  l'audition;  M.  Itard  vient  de  remplir  cette  lacune. 
Personne  mieux  que  lui  ne  pouvait  faire  connaître  des  maladies  à 
l'étude  desquelles  il  a  consacré  près  de  vingt  années  ;  aussi ,  l'ouvrage 
que  nous  annonçons  est  il  un  de  ceux  que  les  praticiens  consulte- 
ront avec  le  plus  de  fruit.  M. Itard  a  divisé  son  travail  en  deux  parties, 
qui  sont  elles-mêmes  subdivisées  en  plusieurs  sections.  La  première 
partie  contient  des  considérations  et  des  recherches  historiques  sur  les 
découvertes  anatomiques  ralatives  à  l'organe  de  l'ouïe ,  et  la  des- 
cription et  les  usages  de  toutes  les  parties  qui  composent  cet  organe 


160  LIVRES  FRANÇAIS. 

dans  l'homme  et  chez  les  animaux.  Après  avoir  donné  les  détails 
les  plus  minutieux  sur  l'organisation  de  l'oreille ,  l'auteur  passe  à  la 
description  des  nombreuses  maladies  dont  elle  peut  être  le  siège. 
La  surdité  étant ,  de  toutes  les  maladies  de  l'audition,  celle  qui  se 
rencontrele  plus  fréquemment,  M.  Itard  i'est  particulièrement  atta- 
ché à  bien  faire  connaître  les  causes  qui  la  produisent,  à  en  tracer 
clairement  la  marche ,  les  complications  et  le  traitement  qui  leur 
convient.  L'ouvrage  de  M.  Itard  est  terminé  par  un  chapitre  fort 
intéressant ,  sur  l'éducation  physiologique  des  sourds-muets  ;  il  rend 
compte  des  expériences  curieuses  qu'il  a  faites  pour  rendre  l'ouïe 
aux  sourds-muets ,  et  des  succès  qu'il  a  obtenus.  Il  donne  ensuite,- 
dans  trois  planches ,  la  description  de  différens  instrumens  d  acous- 
tique dont  il  a  été  à  portée  de  constater  l'utilité.  D.  d.  m, 

62, — Précis  théorique  et  pratique  sur  les  maladies  des  y  eux', 
"ÇAv  Antoine- Pierre  Demouhs,  médecin-oculiste  du  Roi,  membre 
titulaire  de  l'académie  royale  de  médecine,  etc.  Paris,  1821  ;  chez 
l'auteur,  rue  de  l'Université,  n°  19.  In-S"  de 600  pag. Prix,7  f.  3oc. , 
et  9  fr.  5o  c.  par  la  poste. 

M.  Demours  a  publié,  il  y  a  trois  ans,  un  Traité  des  maladies  des 
yeux,  en  trois  volumes  in-8<»  et  unin-4'*,  contenant  quatre-vingt- 
tine  planches ,  dont  cinquante  ,  coloriées  et  retouchées  au  pinceau , 
représentent  avec  exactitude  les  maladies  de  ces  organes.  Il  s'est 
proposé  pour  but ,  en  publiant  le  Précis  que  nous  annonçons ,  de 
resserrer  les  différentes  parties  qui  composent  son  grand  ouvrage,  pour 
mettre  le  nouveau  à  la  portée  d'un  plus  grand  nombre  d'acquéreurs. 

63. — Recherches  sur  V inflammalian  de  V arachnoïde  cérébrale 
et  spinale ,  ou  Histoire  théorique  et  pratique  de  l'arachnitis  ;  par 
Parent  Dochatelet  et  Martinet,  D.  M.  Paris,  i§2i.  Crevot,  rue 
de  l'Ecole-de-Médecine ,  3i.  Un  vol.  in-8°.  Prix ,  7  fr.  5o  c,  et  9  fr, 
par  la  poste. 

MM.  Parent-  Duchatelet  et  Martinet  ont  éclaire!  le  problème  si 
important  des  signes  et  du  traitement  des  inflammations  de  la 
membrane  séreuse,  qui  revêt  le  cerveau  et  la  moele  épinière. 
Chaque  observation  de  maladie  est  suivie  de  l'ouverture  du  corps 
du  malade.  Ils  ont  vérifié ,  de  cette  manière ,  que  les  convulsions , 
les  roideurs  tétaniques ,  les  paralysies  locales  et  temporaires ,  et 
tous  ces  accidens ,  dits  nerveux,  que  l'on  traitait  et  que  l'on  traite 
encore ,  par  des  stimulans  énergiques ,  dans  les  fièvres  ataxiques 


LIVRES  FRANÇAIS.  161 

ou  malignes,  ainsi  nommées  à  cause  du  désordre  des  symptômes, 
ont  été  constamment  d'autant  plus  intenses ,  que  les  traces  d'in- 
flammation de  l'arachnoïde ,  ou  de  la  surface  de  la  pulpe  céré- 
brale, étaient  plus  profondes  ;  d'où  suit  la  condamnation  de  ce  mode 
de  traitement.  Desmoulins,  D.  M. 

64.  — Quelques  réflexions  d*U7i  amateur,  sur  une  brochure  ztz— 
Utulèe:  Un  mot  d'un  invalide.  St. -Etienne,  1821.  Sourjeon,  libraire, 
in-8"  de  29  pag. 

Cette  brochure,  publiée  au  sujet  d'une  discussion  tout-à-fait  par- 
ticulière à  l'auteur,  traite  cependant  une  question  d'un  intérêt  gé- 
néral; cet  amateur  de  la  science  d'Esculape  a  remarqué  que,  de- 
puis qu'il  existe  des  médecins, ils  se  sont  rarement  trouvés  d'accord 
sur  les  moyens  de  guérir  ;  que  des  méthodes  opposées  ont  régné 
chacune  à  leur  tour  et  souvent  ensemble ,  ce  qui  est  peu  rassurant 
pour  les  malades.  Ces  méthodes  sont-elles  toutes  également  bonnes  ? 
et ,  si  elles  ne  le  sont  pas  ,  laquelle  est  la  meilleure?  «Je  me  suis 
souvent  fait  ces  questions,  dit  l'auteur;  à  force  d'y  refléchir,  je 
suis  parvenu  à  les  résoudre,  au  moyen  d'une  théorie  que  je  vais 
exposer,  et  que  je  vais  appliquer  à  la  discussion  médicale  qui  s'est 
élevée  entre  les  médecins  de  Saint-Etienne ,  et  aux  divers  modeâ 
de  traitemens  qui  sont  employés  dans  cette  ville  pour  la  fièvre 
muqueuse.» 

L'auteur  qui  n'a  voulu  parler  que  de  la  fièvre  muqueuse ,  telle 
qu'elle  est  décrite  par  M.  Pinel  {Nosographie  Jihiïosophique,  T.  I.), 
expose  trois  modes  de  traitemens;  celui  de  M.  Leroi  {Médecine 
curative,  pag.  126  et  suiv.  )  ;  celui  de  Brown  {Élémens  de  méde- 
cine, pag.  44o  et  suiv.),  et  enfin  celui  que  l'auteur  lui-même  a 
imaginé ,  et  que ,  comme  de  raison ,  il  trouve  le  meilleur.  Nous  ne 
déciderons  point  entre  ces  graves  autorités;  mais  si,  comme  il  s'en 
flatte ,  la  théorie  de  notre  amateur  pouvait  résoudre  la  question  de 
savoir  quelle  est  la  meilleure  méthode  de  guérir ,  il  pourrait  se 
vanter  d'avoir  fait  faire  à  la  science  ,  tout  amateur  qu'il  est ,  un 
plus  grand  pas  que  tous  les  docteurs  passés  et  présens ,  depuis  le 
dieu  d'Epidaure ,  inclusivement.  M.  A. 

65. —  {*)  (Euures    choisies   de  Fénélon.    Paris,    1821.   Delestre- 
Boulage,  libr.  de  l'École  de  droit,  rue  des  Mathurins,  n"  1. 

Le  tome  4*  de  cette  belle  édition,  qui  se  composera  de  6  vo- 
lumes in-S"»  {yoy-  *e^'«  Encyl.,    Tom.  VIII,  p.  iiS),  vient  de 

Tome  xii.  îî 


162  LIVRES  FRANÇAIS. 

paraître.  Il  contient  le  Traité  sm  l'éducation  des  filles  ;  les  direc- 
tions pour  la  conscience  d^un  roi;  les  deux  meilleurs  sermons  de 
l'archevêque  de  Cambray,  et  les  lettres  sur  divers  sujets  de  mé- 
taphysique et  de  religion. 

Ç>(i. —  (*j  (Euures  choisies  de  Bossuet ,  publiées  par  le  même  li- 
braire ,  en   18  vol.  in-S".  Prix  de  chaque  volume ,  4  fr.  5o  c. 

Le  !>='  volume,  qui  est  en  vente  ,  contient  les  Oraisons  funèbres, 
précédées  de  l'examen  qui  en  a  été  fait  par  Thomas.  L'édition  sera 
composée  des  ouvrages  suivans  :  Introduction  à  la  philosophie ,  ou 
De  la  connaissance  de  Dieu  et  de  soi  même  ;  Traité  du  libre  ar- 
bitre ,  1  vol.  ;  Exposition  de  la  doctrine  catholique,  choix  de  lettres, 
mandemens,  discours  de  réception  ,  i  vol.;  Discours  sur  l'histoire 
universelle ,  et  lettres  sur  l'éducation  du  Dauphin,  2  vol.;  la  Politi- 
que tirée  de  l'écriture-sainte ,  déclaration  du  clergé  de  France,  etc. , 
2  vol.  ;  Choix  de  sermons  et  de  panégyriques,  2  vol.  ;  Elévations  sur 
les  mystères ,  opuscules ,  2  vol.  ;  Méditations  sur  l'évangile ,  discours 
sur  la  vie  cachée,  traité  de  la  concupiscence,  3  vol.;  Histoire  des 
variations  avec  la  défense ,  conférence  avec  M.  Claude ,  4  vol-  On 
est  libre  de  souscrire  pour  tout  ou  partie  de  ces  ouvrages.  L'exécu- 
tion de  cette  belle  collection,  conforme  aux  œuvres  choisies  de 
Fénélon ,  est  confiée  aux  presses  de  M.  P.  Didot  ;  ce  qui  a  déjà  paru 
est  digne  de  sa  réputation.  Il  suffit,  pour  être  souscripteur,  de  se 
faire  inscrire  chez  Delestre-Boulage ,  libr.  de  l'École  de  droit,  rue 
des  Mathurins,  n"    i. 

Gj.  —  Voltaire  en  un  volume  ,  édition  dialoguée  ;  par  J.  B.  Gol 
HiET.  Paris.  1821 ,  Baudouin  ,  rue  de  Vaugiràrd  ,  n"  56.   1  vol.  in-i? 
de  445  pag.  Prix  ,  3  fr.  5o  c. ,  et ,  franc  de  port,  5  fr. 

Extraire  de  l'immense  collection  des  œuvres  de  Voltaire  les  pas- 
sages qui  contiennent  ses  opinions  sur  les  objets  les  plus  importans 
qui  occupent  la  pensée  de  l'homme ,  et  ranger  ces  extraits,  divers 
sous  des  titres  communs ,  tel  a  été  le  travail  de  l'éditeur  de  ce  recueil. 
Le  volume  est  divisé  en  six  sections;  1°  religion;  2°  politique; 
3°  législation  ;  4°  nlorale^;  5°  histoire  ;  6°  littérature.  Les  titres  de 
quelques-unes  des  subdivisions  de  ces  chapitres  donneiont  une 
idée  des  matières  qui  y  sont  traitées:  de  ■  l'existence  de  Dieu, 
dogmes  et  croyances  ;  des  conciles  ,  des  papes  ,  des  moines  ,  pré- 
jugés ,  superstitions ,  fanatisme  ,  etc.  ;  féodalité ,  états-généraux  , 
liberté  j  prisons ,  tortures ,  Calas ,  Sirven ,  Labarre  ;  de  la  guerre  ; 


LIVRES  FRANÇAIS.  163 

de  la  tolérance;  des  philosophes;  mœurs  et  usages,  étiquettes, 
préséance ,  titres  d'honneur  ;  état  de  comédien ,  etc.  Les  extraits 
nous  ont  paru  généralement  bien  choisis  ;  on  n'en  peut  pas  dire  au- 
tant du  titre  :  Édition  dialoguée.  Outre  qu'il  n'est  d'abord  ni  clair 
ni  correct,  l'éditeur  pouvait  s'épargner  la  peine  de  ranger  ces 
divers  morceaux  sous  la  forme  de  réponses  à  des  questions ,  qui  ne 
semblent  pas  toujours  venir  d'une  manière  assez  naturelle.  Néan- 
moins, le  lecteur  parcourt  avec  intérêt  ce  tableau  résumé  des  opinions 
de  Voltaire.  A. 

68.  —  Doctrine  sociale  ou  Principes  universels  des  lois  el  des  rap- 
ports de  peuple  à  peuplé ,  déduits  de  la  nature  de  l'homme  et  des 
droits  du  genre  ham,ain;  par  G.  J.  B.  Bonnin.  Nouvelle  édition.  Paris, 
Kleffer, rue  d'Enfer-St. -Michel,  n°2,  i  vol.in-8°  de  210p.  Prix,  3  fr. 

La  réimpression,  au  bout  de  quelques  mois  {voy.  l'annonce  de  la 
première  édition,  Tom.  VIII,  p.  379),  d'un  ouvrage  d'un  genre  aussi 
sévère  que  celui  ci,  prouve  à  la  fois  le  mérite  de  son  auteur  et 
la  direction  marquée  des  esprits  vers  des  objets  d'une  utilité  gé- 
nérale. En  effet,  rien  ne  peut  intéresser  plus  vivement  l'homme 
en  société  que  la  connaissance  des  lois  et  des  rapports  de  peuple 
à  peuple  t  sur  lesquels  sont  réglés  ses  devoirs  et  ses  di-oits  ?  Un 
ouvrage  qui  rassemble  ,  en  corps  de  doctrine,  ces  principes  uni- 
versels de  la  morale  et  de  la  politique  ,  devait  fixer  l'attention  de 
tous  les  citoyens  écrairés  ou  avides  de  s'instruire.  Ils  ne  liront  pas 
avec  moins  d'intérêt  les  réflexions  jointes  à  cette  nouvelle  édi- 
tion sur  le  concordat  et  la  loi  organique  des  cultes,  ainsi  que 
sur  Rétablissement  d'une  noblesse,  et  les  lettres  de  l'auteur  aux 
Cortès  d'Espagne,  au  Congrès  des  États-Unis,  à  la  République 
d^Haïti,  au  Parlement  des  Deux-Siciles  et  aux  Cortès  de  Portugal. 
Ces  derniers,  dans  leur  séance  du  7  juillet ,  ont  proposé  d'ordoU' 
ner  la  traduction  et  l'impression  de  cet  ouvrage  en  langue  natio- 
nal». (  Voy.  Rep.  Encjcl. ,  T.  XI ,  p.  425.  )  Ê.  H. 

69.  —  Esprit  de  la  morale  universelle,  ou  Manuel  de  tous  les 
âges  y  traduit  d'un  ancien  manuscrit  indien;  dédié  à  la  jeunesse, 
et  mis  en  concordance  avec  l'écriture  sainte  ;  par  M.  P.  A.  Garros, 
directeur  de  la  Manufacture  générale  des  apprentis  pauvres  et  orphe- 
lins. Paris,  1821,  à  l'établissement,  rue  du  Faubourg-St. -Denis, 
n<»  i52.  1  vol.  in-18.  Prix,  2  fr. ,  et,  par  la  poste,  2  fr   5o  c. 

On  ne  saurait  mettre  de  trop  bonne  heure  sous  les  yeux  de  la 

11* 


lU  LIVRES  FRANÇAIS. 

jeunesse  les  préceptes  d'une  sage  morale  qui  doit  lui  serviï  de>guide 
dans  toutes  les  circonstances  de  la  vie.  L'homme  retient  plus  aisé- 
ment ce  qu'il  a  appris  dans  son  enfance  ;  aussi,  un  instituteur 
éclairé  prend-il  le  plus  grand  soin  pour  que  les  livres ,  qui  sont 
destinés  à  ses  jeunes  élèves,  ne  renferment  que  des  leçons  utiles 
et  profitables.  L'ouvrage  que  nous  annonçons ,  réimprimé  pour 
l'usage  d'un  établissement  respectable  ,  contient  une  morale  pure 
et  aimable  ,  très-propre  à  faire  naître  dans  l'ame  du  lecteur  tous 
les  sentimens  honnêtes.  Le  nouvel  éditeur  a  eu  l'heureuse  idée  de 
rapprocher,  du  texte  original,  des  préceptes  tirés  des  livres  saints. 
Nous  croyons  que  le  Manuel  de  tous  les  âges  peut  convenir  aux 
maisons  d'éducation.  Nous  sommes  fâchés,  néanmoins  ,  que  M.  Gar- 
ros ait  conservé,  dans  l'ouvrage  de  Dodsley,  la  pompe  du  style 
oriental  ;  ce  genre  de  style  boursoufîlé  et  emphatique  parait  dan- 
gereux pour  la  jeunesse,  que  l'on  devrait  plutôt  accoutumer  de  bonne 
heure  à  admirer  la  belle  simplicité  de  nos  grands  auteurs  classiques. 

A.  T. 

.jo.  —  Manuel  des  mères ,  de  Pesialozzi  ;  traduit  de  l'allemand. 
Paris,  i8ii.  Paschoud,  rue  de  Seine  ,  n*»  48*  Genève  ,  même  mai- 
son. Un  vol.  in-12  de  204  pages.  Prix  ,  2  fr.  4o  c.  ,  et  ,  par  la  poste 
2  fr.  90  c. 

Festalozzi  est  déjà  si  connu  en  France ,  comme  dans  le  reste  de 
l'Europe,  qu'il  serait  superflu  de  rappeler  ici  tous  ses  titres  à  l'estime 
des  amis  de  l'éducation.  Ceux  qui  désireraient  connaître  sa  mé- 
thode en  détail,  la  trouveront  exposée  avec  précision  et  clarté 
dans  l'ouvrage  de  M.  Jullien ,  qui  a  pour  titre  :  Esprit  de  la  mé- 
thode de  Pestalozzi.  Le  Manuel  que  nous  annonçons ,  publié  par  pe 
respectable  instituteur,  est  spécialement  destiné  aux  mères.  11  leur 
enseigne  à  tirer  parti  des  premières  impressions  que  reçoivent  les 
plus  jeunes  enfans,  pour  leur  faire  observer  les  objets  visibles  qu'on 
leur  nomme ,  et  dont  leurs  sens  sont  d'abord  frappés.  Pestalozzi 
croit,  avec  raison,  que  les  premières  sensations  de  l'enfance  sont 
beaucoup  plus  importantes  qu'on  ne  le  pense ,  et  il  confie  à  la  mère 
le  soin  de  les  recueillir ,  de  les  surveiller  et  de  commencer  ainsi  la 
tâche  de  l'éducation.  Les  premières  instructions  semblent  d'abord 
puériles  ;  mais  on  apprécie  leur  importance  dès  qu'on  se  rappelle 
le  but  que  l'auteur  se  propose. L^s  plus  honorables  succès  sont,  de- 


LITRES  FRANÇAIS.  165 

puis  long-tems ,  le  garant  de  la  bonté  de  ce  système ,  qui  mérite  , 
par  cela  seul,  de  fixer  l'attention  des  parens  et  des  instituteurs. 

71.  —  Conversations  morales  entre  une  mère  et  son  fils:  par  ma- 
demoiselle L  **  *,  Paris,  1821.  Paschoud,  rue  de  Seine,  n»  48*  A 
Genève  ,  même  maison.  Un  vol.  in-12  de  3oo  pages.  Prix  :  3  fr.,  et, 
par  la  poste ,  3  fr.  yS  c. 

Ce  petit  ouvrage  doit  être  distingué  de  la  foule  des  livres  destinés 
à  l'enfance  :  il  n'a  point  la  frivole  légèreté  des  uns,  ni  le  ton  sérieux 
et  pédantesque  qu'on  trouve  trop  souvent  dans  les  autres.  Gaston 
est  un  aimable  enfant,  qui,  malgré  les  défauts  de  son  caractère, 
plaît  et  intéresse  par  le  désir  qu'il  témoigne  de  s'en  corriger.  Sa 
mère  est  une  femme  éclairée  et  prudente  ,  qui  sait  à  propos  calmer 
ou  exciter  les  élans  de  son  cœur,  et  les  diriger  vers  le  bien.  Chaque 
chapitre  traite  d'une  vertu  ou  d'une  qualité,  dont  la  pratique  est 
appuyée  par  une  historiette ,  un  trait  d'histoire  ou  une  anecdote 
agréablement  racontée. 

72. — Lectures  élémentaires  pour  les  enfans  ^  traduites  de  l'ita- 
lien. Paris  ,  1821.  Paschoud,  Paris  et  Genève.  Un  vol. ,  petit  in-12 
de  96  pages.  Prix ,  1  fr. ,  et,  par  la  poste,  i  fr.  20  c. 

Amener  l'enfant  à  comprendre  l'existence  de  Dieu  par  l'observa- 
tion des  merveilles  de  la  nature  ;  le  conduire  à  l'idée  du  Créateur  par 
les  œuvres  de  la  création ,  tel  est  le  but  que  s'est  proposé  l'auteur 
de  ces  leçons ,  M.  G.  Babbi  ,  fondateur  d'une  des  écoles  d'enseigne- 
ment mutuel  de  Florence.  Ce  système  est  d'autant  meilleur  qu'on  a 
trop  long-tems  négligé  de  s'adresser  à  l'intelligence  des  enfans,  de 
faire  naître  chez  eux  des  idées  par  les  objets  qui  frappent  leurs 
,  sens  ,  de  les  leur  faire  développer ,  en  rectifiant  ce  qu'elles  pourraient 
avoir  de  faux.  C'est  cependant  le  seul  moyen  de  former  des  êtres 
pensans  et  réfléchis.  L.   S.  B. 

73.  —  (Euvres  complètes  de  M.  Necker,  contenant  un  grand  nombre 
de  morceaux  inédits,  et  publiées  par  M.  de  Staël,  son  petit-fils;  2« 
et  3«  livraisons,  comprenant  les  Tomes  IV,  V,  VI,  VII  et  VIII. 
Paris,  1821.  Treuttel  et  Wûrtz.  i5vol.in-8°.  Prix,  6  fr.  le  vol.  pap. 
fin ,  et  12  fr.  pap.  vélin. 

Ces  deux  nouvelles  livraisons  contiennent  :  V Administration  des 

finances  de  la  France.  — Second  ministère  de  M.  NecTcer.  —  l'roi- 

sième  ministère  de  M.  Neclcer.  —  Du  pout^oir  exécutif  dans  les 

grands  états.  L'exécution  typographique  de  cet  ouvrage  est  con- 


I 


166  LIVRES  FRANÇAIS. 

forme  à  celle  des  Œuvres  de  madame  de  Staël  (  17  vol.  in-S'", 
Prix  ,  102  fr.  ' ,  dont  la  dernière  livraison  vient  de  paraître.  On  doit 
savoir  gré  aux  éditeurs  de  cette  conformité ,  car  les  écrits  de  ma- 
dame de  Staël  se  rattachent  par  tant  de  liens  à  ceux  de  son  père  , 
qu'on  peut  considérer  les  deux  collections  comme  n'en  formant, 
pour  ainsi  dire,  qu'une  seule.  Les  autres  volumes  des  Œuvres  de 
M.  Necker  sont  sous  presse  et  paraîtront  bientôt. 

74-  * —  Des  prisons  ,  de  leur  régime  et  des  moyens  de  Vainéliorer\ 
par  M.  E.  Danjou,  avocat  à  Beauvais.  Ouvrage  couronné  par  la 
société  royale  des  prisons ,  dans  la  séance  du  \5  mars  1821  ,  prési- 
dée par  S.  A.  R.  Monseigneur  le  duc  d'Angoulême.  In-8°  de  35 
feuilles  trois  quarts,  plus  4  figures  lithographiées.  Imprimerie 
d'Égron  ,  à  Paris.  Prix  j  7  fr. 

75.  (*)  — Recherches  sur  les  consommations  de  tout  genre  de  la 
pille  de  JParis,  1817;  par  M,  Benoiston  de  Ghatbaukeof  :  seconde 
partie  (  consommation  industrielle).  Paris,  1821.  Martinet,  rue  du 
Coq-Saint-Honoré ,  n°  i5.  Un  vol.  in-S"  de  1 68  pages.  Prix  ,3  fr.,  et 
3  fr.  5o  c.  par  la  poste.  (  Voyez  Tom^.  IX ,  p.  565.  ) 

Nous  réunii'ons  le  compte  rendu  des  deux  parties  de  cet  intéi'es- 
sant  ouvrage  ,  publiées  séparément ,  dans  un  article  de  notre  section 
des  analyses- 

76.  —  Histoire  politique  et  morale  des  révolutions  de  la  France  , 
ou  Chronologie  raisonnée  des  éuénemens  mémorables  ,  depuis  1787 
i usqu  à  la  fin  de  1820,  époque  des  conférences  de  Troppau  et  de 

Laybach  ;  par  M.  Bail.  Paris,  1821.  Eymery,  rue  Mazarine,  n»  3o. 
2  vol.  in-8°,  ensemble  de  860  pages.  Prix,  12  fr. ,  et,  par  la  poste, 
i5fr. 

De  quelque  manière  qu'on  envisage  et  qu'on  écrive  l'histoire,  il  est 
certain  qu'on  ne  peut  intervertir  l'ordre  des  tems  et  qu'il  faut  en 
suivre  la  marche  ;  cependant ,  la  méthode  du  cbronologiste  et  celle 
de  l'historien  politique  sont  si  différentes  qu'on  serait  tenté  de 
croire,  au  premier  aperçu  ,  qu'un  ouvrage  qui  s'annonce  tout  à  la 
fois  comme  chronologique  et  comme  moral ,  ne  remplit  fidèlement 
aucun  de  ses  titres.  En  effet,  comment  rapporter  à  la  morale  la  plu- 
part des  événemens  ,  si  on  s'asservit  à  les  raconter  tels  qu'ils  se  pro- 
duisent et  se  succèdent ,  sans  liaison  sensible  et  paraissant  de  sim- 
ples effets  du  hasard  ?  Comment  ne  pas  violer  les  règles  de  la  chro- 
nologie ,  si,  pour  peindre  les  moeurs  ,  dévoiler  les  fautes  politiques  , 


LIVRES  FRANÇAIS.  1C7 

cfi  faire  sentir  les  conséquences  ,  on  doit  rassembler  des  faits  que  la 
chronologie  sépare ,  combiner  ce  qu'elle  isole  ,  rapprocher  les  effets 
de  leurs  causes,  quelque  éloignés  qu'.'ls  en  puissent  être?  Telles  sont 
les  raisons  qui  ont  engagé  nos  meilleurs  écrivains  à  employer  sépa- 
rément les  deux  méthodes.  Tacite  n'a  point  fait  la  chronologie  des  rè- 
gnes de  Tibère  et  de  Néron  ,  dans  ce  chef-d'œuvre  d'histoire  politique 
dont  les  précieux  lambeaux  sont  parvenus  jusqu'à  nous.  Quant  à 
Florus ,  que  M.  Bail  s'est  proposé  d'imiter ,  son  Abrégé  d'histoire 
n'est  ni  moral,  ni  politique,  ni  chronologique  ;  c'est  une  déclama- 
tion oratoire  ,  et  souvent  poétique,  sur  les  quatre  âges  du  peuple 
romain.  Certes,  M.  Bail  est  supérieur  à  ce  prétendu  modèle.  11  n'a 
point  cherché  s'il  nous  restait  quelque  chose  de  l'âge  viril,  ou  si  nous 
marchions  à  grands  pas  vers  la  décrépitude.  Il  divise  en  dix  grandes 
époquesles  quarante-sept  années  dont  il  embrasse  l'histoire.  Chaque 
événement,  chaque  fait  est  rappoxté  à  sa  date  ;  et,  sous  ce  rapport, 
l'auleur  satisfait  à  ce  qu'exige  la  chronologie.  La  sécheresse  et  les 
transitions  brusques  qui  accompagnent  ordinairement  cette  méthode, 
disparaissent  sous  le  charme  d'une  narration  rapide  ,  fleurie,  souvent 
animée  ,  qui  passe  sans  effort  d'un  objet  à  un  autre ,  et  semble  ne 
changer  de  sujets  que  pour  varier  le  style  et  soutenir  l'attention  du 
lecteur.  M.  Bail  a  su  d'ailleurs  mêler  à  ses  récits  des  descriptions  , 
des  maximes  ,  des  portraits,  des  anecdotes  et  des  citations  qui  font 
ressortir  l'esprit  des  diveises  factions  ,  les  mœurs  et  les  opinions  do- 
minantes des  diverses  époques  ,  et  le  caractère  des  principaux  per- 
sonnages qui  ont  figuré  sur  cette  scène  orageuse.  Tout  cela  con- 
court sans  doute  à  former  un  ouvrage  plein  d'intérêt  ;  mais  tout  cela 
ne  compose  point  une  histoire  morale  et  politique.  Forcé  d'écarter 
les  détails  et  de  s'interdire  les  discussions  ,  pour  ne  pas  ralentir  sa 
marche  ,  l'auteur  n'a  pu  donner  les  motifs  des  jugemens  qu'il  porte 
sur  les  choses  et  sur  les  personnes  ;  de  sorte  que  ses  réflexions  ont 
parfois  une  tournure  sentencieuse ,  épigrammatiquc  et  paradoxale  , 
qui  peut  nuire  à  leur  succès.  Beaucoup  de  lecteurs  pourront  penser, 
comme  nous,  qu'il  a  jugé  trop  légèrement  certains  hommes;  et,  jus- 
qu'à ce  qu'il  se  soit  plus  clairement  expliqué ,  ils  ne  lui  accorde- 
ront pas  «  que  la  liberté  est  une  plante  qu'on  ne  saurait  naturaliser 
en  France ,  et  que  le  système  représentatif  n'est  qu'une  ridicule 
fiction.  »  Toutefois,  nous  nous  hâtons  de  prévenir  que  cette  inju- 
rieuse doctrine^  ou  plutôt  que  cette  opinion,  qui  paraîtra  sans  doute 


168  LIVRES  FRANÇAIS/ 

peu  fondée ,  n'est  point  émise  en  haine  de  la  révolution  ou  dans  ïc 
de;ssein  de  plaire  à  quelque  parti.  M.  Bail  se  montre  constamment 
l'ami  de  son  pays  ,  le  défenseiir  de  ses  droits  et  de  sa  gloire.  Aussi  , 
l'ouvrage  que  nous  annonçons  n'est  pas  seulement  recommandable 
par  la  concision  et  l'élégance  du  style ,  par  l'art  avec  lequel  lés 
faits  sont  recueillis  et  présentés  ^  mais  encore  par  le  ton  d'indépen- 
dance^ de  modération  et  d'impartialité  qu'on  y  trouve  générale- 
ment. La  lecture  en  est  attrayante  autant  qu'instructive  ;  et  de  tous 
ceux  du  même  genre  qu'on  a  publiés  jusqu'ici ,  c'est ,  à  notre  avis  , 
le  plus  utile  et  le  plus  étendu.  H.  de  C. 

77.(*3 — Journal  des  opérations  de  V armée  de  Catalogne  en  iSoSet 
1809,  sous  le  commandement  du  général  Gouvion-Saint-Cyr,  ou  Ma- 
tériaux pour  servir  à  rhistoire  de  la  guerre  d' Espagne,  par  le  maré- 
chal Gouvion-Saint-Cyh,  avec  cette  épigraphe  tirée  de  la  Campagne 
de  1799,  attribuée  à  l'archiduc  Charles.  0  Le  moyen  le  plus  propre  à 
développer  les  rapports  intimes  de  la  théorie  avec  la  pratique ,  est 
de  puiser  les  leçons  de  l'expérience  dans  l'histoire  de  nos  tems.  » 
Paris ,  1821.  1  vol.  in-8°  de  5o3  pages,  y  compris  300  pages  de  pièces 
justificatives^  plus  ,  deux  tableaux  et  un  atlas  in-f°  de  i4  planches, 
contenant  des  plans  militaires  et  la  carte  détaillée  d'une  partie  de  la 
Catalogne  espagnole.  Anselin  et  Pochard ,  rue  Dauphine  ,  n»  3. 
Prix ,  25  fr* 

M.  le  maréchal  Gouvion-Saint-Cyr  s'est  placé  ,  dans  l'histoire,  par 
se»  belles  et  difiBciles  campagnes  militaires  ,  au  rang  des  plus  grands 
capitaines  ,  et ,  par  sa  brillante  conduite  ministérielle,  parmi  nos 
hommes  d^état  qni  ont  le  mieux  mérité  la  reconnaissance  des  Fran- 
çais et  l'estime  du  monde  entier,  La  loi  que  nous  lui  devons  sur  l'a- 
vancement et  le  recrutement  de  l'armée,  sur  l'organisation  dea  vété- . 
rans ,  serait  tout  à  la  fois  ,  si  elle  était  exactement  observée  ,  une 
excellente  mesure  contre  les  attaques  du  dehors  et  une  sage  institu- 
tion d'économie  financière.  Le  compte  des  dépenses  du  départe- 
ment de  la  guerre  5  que  ce  maréchal  a  fourni  en  1819,  a  été  jus- 
tement admiré  comme  un  nouveau  modèle  pour  la  célérité  du  tra- 
vail ,  pour  l'ordre  et  la  clarté  ,  pour  l'exactitude  sévère  dans  toutes 
les  branches  ;  enfin  ,  pour  la  conformité  scrupuleuse  aux  lois  de 
l'état. 

Son  Journal  de  la  campagne  de  Catalogne  ^  du  i«»  septembre  180S 
au  V"  octobre  1809,  est  digne  de  la  grande  réputation  de  l'auteur. 


LIVRES  FRANÇAIS.  16iJ 

Les  faits  y  sont  racontés  arec  modestie  et  simplicité  ,  avec  ordre  , 
élégance  et  franchise  ;  la  leçon  militaire  ou  politique  s'y  trouve  cons* 
tamment  à  côté  des  exemples  les  plus  remarquables,  et  les  pièces 
justificatives  ne  laissent  aucun  doute  sur  la  véracité  des  récils,  «  On 
m'a  souvent  engagé  ,  dit  l'auteur  dans  l'atant-propos ,  à  publier  des* 
mémoires  sur  nos  campagnes.  » 

Effrayé  des  difficultés  de  ce  travail  ,  mais  persuadé  qu'il  est  du 
devoir  de  tout  citoyen  de  contribuer  ,  par  les  souvenirs  de  son  expé- 
rience ,  aux  progrès  de  l'art  qu'il  a  étudié  et  pratiqué  pendant  une 
grande  partie  de  sa  vie ,  il  n'a  pas  cru  pouvoir  se  refuser  à  un  essai , 
que  les  loisirs  de  la  paix  lui  ont  permis  d'entreprendre  o  On  peut 
ainsi ,  dit-il ,  fournir  aux  historiens  des  matériaux  moins  suscep- 
tibles d'être  altérés,  que  ceux  qui  sont  donnés  d'une  manière 
clandestine  où  moins  authentique.  J'ai  choisi ,  pour  cet  essai ,  la 
campagne  de  Catalogne  ,  parce  que  les  contrariétés  nombreuses  et 
de  tout  genre  que  j'y  ai  éprouvées  ,  m'en  ont  laissé  les  événemens 
plus  profondément  gravés  dans  la  mémoire  ,  et  qu'une  guerre  na- 
tionale, comme  celle  d'Espagne,  m'a  paru  devoir  offrir  plus  d'intérêt 
qu'une  autre  dans  laquelle  deux  armées  régulières  auraient  combattu 
d'une  manière  méthodique.  » 

o  J'ai  cru  ne  pouvoir  me  borner  au  simple  narré  des  faits,  ni  me 
dispenser  d'indiquer  ce  qui  m'a  paru  être  des  fautes.  Les  opinions 
que  j'ai  émises  pourront  servir  à  éclairer  la  discussion ,  s'il  s'en 
élève  sur  les  opérations  de  cette  campagne  ;  peut-être  ,  elles  pour- 
ront aider  à  les  juger.  »  Vient  ensuite  une  introduction  lumineuse 
contenant  les  faits  essentiels  sur  la  guerre  de  Catalogne  ,  avant  le 
i«'  septembre  1808.  Il  faut  voir,  dans  les  dix  chapitres  qui  suivent, 
le  dénuement  et  l'espèce  d'abandon  où  se  trouva  constamment  le, 
septième  corps  de  la  grande  armée ,  sous  le  commandement  en  chef 
du  général  Gouvion-Saint-Cyr;  les  désagrémens  qu'il  éprouva  de  là 
part  du  chef  de  l'empire  ,  et  les  causes  secrètes  de  ces  désagrémens, 
aussi  honorables  pour  ce  général ,  qu'elles  sont  propres  à  répandre 
un  nouveau  jour  sur  le  caraclpre  et  les  habitudes  de  Napoléon  ;  la 
prise  de  Roses^  après  un  mois  de  siège  et  dix-sept  jours  de  tranchée 
ouverte  ;  les  victoires  du  septième  corps  à  Cardedenet  Llinay ,  celle 
de  Molino  del  Re  ,  sur  les  bords  du  Llobregat  ;  la  déroute  de  l'armée 
espagnole  àlgualada,  la  bataille  de  Wal  où  l'Espagnol  fut  encore  dé- 
fait avec  une  grande  perte  ;  les  vicissitudes  du  long  siège  de  Gironne  ; 


170  LIVRES  FRANÇAIS. 

enfin ,  la  disgrâce  et  l'exil  du  général  Gouvion-Sainl-Cyr  ,  contre 
lesquels  il  ne  voulut  point  réclamer;  son  remplacement  par  le  ma- 
réchal Augereau,  auquel  succédèrent  bientôt,  d'abord  le  général 
Macdonald,  puis  le  général  Decaen,  et  enfin  le  maréchal  Suchet  ,  qui 
fut  chargé  ,  en  i8j4  j  cle  rendre  les  places  fortes  au  roi  d'Espagne. 

L'auteur  finit  par  une  conclusion  qui  mérite  la  plus  grande  atten- 
tion de  la  part  des  lecteurs.  Il  y  donne  le  résumé  des  fautes  qu'il  a 
cru  remarquer  dans  la  conduite  de  la  guerre  ,  sujet  de  son  journal , 
et  d'importantes  réflexions  sur  l'instruction  à  retirer  des  événemens 
politiques  et  militaires  qu'il  a  décrits.  C'est  là  qu'il  examine  la 
grande  question  de  savoir ,  à  quel  point  la  population  doit  concourir 
aux  opérations  de  l'armée ,  dans  le  cas  d'invasion  de  la  part  d'une 
puissance  supérieure  ou  d'une  coalition.  Dans  son  inquiétude  ci- 
vique ,  il  observe  que  cette  question  intéresse  la  France  plus  parti- 
culièrement que  tout  autre  état  de  l'Europe.  Il  ne  faut  pas,  dit  il, 
attendre  le  moment  du  besoin  pour  la  décider.  Comme  il  est  im- 
possible d'oublier  les  catastrophes  de  la  Pologne ,  le  dépouillement 
plus  récent  de  la  Saxe  et  le  partage  des  âmes  fait  en  i8i4j  il  croit 
prudent  pour  la  France  de  se  tenir  en  garde  contre  les  alliances  en 
général.  Il  voudrait  voir  organiser  légalement  des  mesures  capa- 
bles de  garantir  à  la  patrie  son  indépendance  et  au  trône  sa  splendeur^ 
en  complétant  l'établissement  des  forces  nationales ,  en  préparant 
les  institutions  nécessaires  pour  les  mouvoir  sans  confusion  au  tems 
du  danger,  qu'il  ne  faut  pas  voir  prochain,  dit-i\, mais  possible,  tant  que 
la  "France  sera  si  bonne,  si  belle  et  si  faible,  et  qu'elle  possédera  de  Vor^ 
ce  -premier  mobile  de  toutes  les  guerres  passées ,  présentes  et  à  venir. 

11  indique  ensuite,  avec  discrétion ,  comment  la  France  est  relati- 
vement faible,  et  combien  elle  a  besoin  de  dispositions  législatives 
capables  de  consolider  le  gouvernement  constitutionnel,  et  d'assurer 
les  destinées  et  l'indépendance  de  la  patrie  ;  il  ajoute  :  «  Quelque 
diligence  qu'on  fasse,  la  France  désormais  sera  la  dernière  puissance 
européenne  occupée  à  préparer,  pendant  la  paix ,  la  résistance  pour 
une  guerre ,  qui  pourrait  survenir  d'un  moment  à  l'autre.  Oui  ,  tous 
les  gouvernemens  européens  ont  profité  des  leçons  du  passé ,  pour 
organiser,  sur  des  bases  larges  et  stables,  les  moyens  de  garantir  leurs 
peuples  des  fléaux  et  des.  malheurs  que  l'ambition  étrangère 
pourrait  leur  causer  encore.  Toutes  leurs  mesures  sont  prises  ,  tous 
leurs  moyens  organisés  et  mis  à  l'épreuve.    Les  nations  qui  nous  eu- 


LIVRES  FRANÇAIS.  171 

vîronnent  sont  à  l'abri  de  toute  tentative.  La  seule  France  est  désar- 
mée au  milieu  d'elles...  L'Espagne  a  ses  miquelets  et  ses  somatènes; 
l'Allemagne  %ç.9>landwehre  et  ses  /arzrfsfMr/Ti; l'Angleterre  ses  milices 
réglées  par  le  bill  du  20  avril  1812  ,  et  que  le  roi  est  autorisé  à  sextu- 
pler au  besoin  ;  la  Russie  »  qui  ne  peut  être  attaquée  par  personne , 
tient  disponible  et  en  partie  colonisée,  une  armée  d'un  million 
d'hommes  qu'elle  augmente  encore  tous  les  jours.  On  doit  espérer 
que  la  France  obtiendra  aussi  quelque  chose.  Elle  a  eu  un  moment 
l'espoir  de  voir  organiser  ses  vétérans  ;  seuls ,  ils  auraient  presque 
suffi  pour  la  sauver  du  plus  humiliant  désastre...  »  11  faut  voir  dans 
l'ouvrage  même  le  reste  des  développemens  de  l'auteur.  Ils  sont  d'un 
extrême  intérêt  pour  l'homme  d'état  et  pour  tous  les  citoyens  éclairés 
de  la  France  et  de  l'Europe.  Lanjuinais  ,  de  l'Institut, 

/S.*  —  Tableau  ds  la  puissance  militaire  et  politique  de  la  Russie 
en  1817,  par  sir  Robert  Wilson,  traduit  de  l'anglais  sur  la  deuxième 
ôdition;Jaugmenté  de  plusieurs  pièces  importantes  qui  n'ont  paru  jus- 
qu'à ce  jour  que  dans  les  journaux  anglais,  relatives  aux  opinions  de 
Bonaparte  sur  l'état  de  l'Europe,  à  la  manière  dont  le  cabinet  anglais 
le  traite  à  Sainte-Hélène,  à  son  projet  d'expédition  aux  Indes,  par 
la  Russie,  la  mer  Noire  et  la  Perse ,  etc.  ,  orné  d'une  carte  repré- 
sentant les  accroissemens  successifs  de  la  Russie  en  1800,  i8o8  et 
1817  ;  la  distance  des  frontières  russes  à  plusieurs  des  capitales 
européennes  et  à  celles  de  la  Perse,  ainsi  qu'à  la  mer  Rouge,  etc. 
Paris,  1821.  J.  G.  Dcntu,  Palais -Royal ,  galerie  de  bois  ,  n"  265 
et  266.  1  vol.  in-S",   3  fr.,   et  3  fr.   76  cent,    par  la  poste. 

Cet  ouvrage  a  eu  cinq  éditions  consécutives  en  Angleterre. 

79. — Nouvel  Annuaire  protestant. — Paris,  1821.  Poulet,  quai  des 
Augustins,  n»  9,  et  au  bureau  des  Archives  du  christianisme.  1  vol. 
in-18  de  38o  pag,,  petit-texte.  Prix,  3  fr.  pour  Paris,  et  3  fr.  5o  cent, 
franc  de  port. 

Cet  ouvrage  présente  un  tableau  général  des  églises  réformées  de 
France.  Les  éditeurs  ont  pensé,  avec  raison,  qu'il  serait  utile  de 
réunir  en  un  seul  volume  les  documens  épars  qui  forment  la  sta- 
tistique religieuse  des  protestans  français.  Cet  Annuaire  contient 
la  liste  complète  des  églises  consistoriales  rangées  par  ordre  de 
départemens,  les  noms  et  la  résidence  de  leurs  pasteurs,  la  dési- 
gnation des  endroits  où  le  culte  est  célébré;  enfin,  quelques  détails 
puisés  dans  l'histoire  particulière  de  chacune  d'elles  ;   la  liste  des 


i7i  LIVRES  FRANÇAIS. 

oratoires  ou  temples  que  la  loi  accorde  aux  départemcns  où  la 
population  protestante  n'est]  pas  assez  grande  pour  obtenir  une 
église  consistoriale  :  immédiatement  après  ces  deux  séries,  on  trouve 
les  tableaux  des  églises  luthériennes  ou  de  la  confession  d'Augs- 
bourg,  avec  l'organisation  de  l'académie  et  du  gymnase  de  Stras- 
bourg. Les  éditeurs  donnent  ensuite  la  loi  renfermant  les  articles 
organiques  des  cultes  protestans ,  la  discipline  des  églises  réformées 
de  France,  qui  comprend  la  règle  du  culte  protestant;  cette  liste 
d'articles  de  pure  discipline  seulement  (car  les  réformés  rejettent , 
en  matière  de  foi,  toute  décision  souveraine)  fut  délibérée,  à  la 
Rocbelle,  au  milieu  des  guerres  de  religion,  et  porte  en  original 
les  signatures  du  roi  de  Navarre ,  de  Coligny  et  de  Jeanne  d'Al- 
bret  ;  enfin,  le  recueil  des  lois  et  arrêtés  sur  des  sujets  qui  intéres- 
sent la  liberté  de  conscience,  est  suivi  du  tableau  détaillé  de  la 
situation  de  la  faculté  de  théologie  protestante  établie  à  Montaubam 
Le  jwuuel  Annuaire  contient,  comme  pièce  historique ,  une  notice 
sur  Ulrich  Zwingle,  réformateur  de  Zurich,  dans  le  seizième  siècle, 
par  M.  TVilhvi  ^  ministre  de  l'évangile.  Elle  est  écrite  avec  clarté 
et  présente  un  tableau  animé  de  la  vie  de  ce  ministre  courageux, 
des  nombreuses  difficultés  que  le  fanatisme  lui  opposa  et  de  la 
mort  patriotique  qui  termina  sa  carrière.  M.  Charles  Coquerel  a 
donné ,  dans  le  nouvel  Annuaire ,  un  mémoire  biographique  sur 
M.  Rabaud  Pomier,  frère  de  Rabaud  Saint-Etienne.  La  notice  est 
suivie  d'un  exposé  des  droits  de  M.  Rabaud  à  la  découverte  de  la 
vaccine  ;  il  prouve  très  -  bien  qu'il  en  eut  l'idée  avant  Jenner. 
Nous  remarquerons  encore  que  cet  ouvrage  donne  des  renseigne- 
mens  bien  consolans  sur  l'esprit  de  tolérance  qui  règne  sur  beau- 
coup de  points  de  notre  patrie.  Chose  remarquable,  le  fanatisme 
n'a  reparu  que  dans  quelques  grandes  villes.  Mais  comment  est- 
il  ai'rivé  que  l'jntolérance  se  soit  remontrée  souvent  dans  le  lieu 
où  il  y  a  le  plus  de  lumières  ?  c'est  un  des  mystères  que  le  tems 
éclaircira. 

80. —  Collection  dt's  mémoires  relatifs  à  la  Révolution  française , 
par  MM.  Berville  et  Barrièrk  (4"  livraison  ).  Paris,  1821.  Bau- 
douin,  rue  de  Vaugirard ,  n"  36.  2  vol.  in-8".  Prix,  11  fr. 

Cette  quatrième  livraison  contient  les  Mémoires  inédits  du  mar- 
quis de  Ferrières ,  et  le  tome  premier  des  Mémoires  du  baron  de 
Sesenvaî.  L'importance  de  cette  belle  collection  se  fait  sentir  de 


LIVRES  FRANÇAIS.  173 

plus  en  plus,  à  mesure  de  la  publication  des  divers  IVIémoire^. 
L'impartialité  dont  les  éditeurs,  MM.  Berville  et  Barrière,  se  font 
une  loi  dans  la  révision  de  cet  ouvrage,  ainsi  que  les  soins  ap- 
portés à  son  exécution  typographique  ,  justifient  le  succès  qu'il 
obtient  en  France  et  chez  l'étranger, 

8i.  — Viede  Bertrand  d'Ahgentbé,  jurisconsulte  et  historien  bre- 
ton; par  MiORDET  DE  Kerdanet,  docteur  en  droit,  avocat  à  la  cour 
"de  Rennes.  Rennes,  1820.  Duchesne ,  libraire ,  rue  Royale.  Bro- 
chure in-S"  de  3i  pages  d'impression.  Prix,  60  cent, 

D'Argentré  est  un  des  plus  célèbres  jurisconsultes  bretons;  on  le 
place  à  côté  de  ses  illustres  compatriotes  Duaren  et  Duparc-Poullain. 
Mais  ce  n'est  pas  seulement  à  ses  travaux  sur  la  jurisprudence  qu'il 
a  dû  sa  célébrité;  il  a  composé  une  Histoire  de  Bretagne^  que  l'on 
ne  lit  plus  aujourd'hui,  et  qui  n'en  fit  pas  moins  beaucoup  de  bruit 
lors  de  sa  publication.  Le  procureur  général  du  parlement  de  Paris, 
Jacques  de  la  Guesle  ,  lança  ses  foudroyans  réquisitoires  contre 
l'ouvrage  de  d'Argentré,  et  le  fit  condamner  et  saisir  comme  un 
livre  téméraire,  pernicieux ,  attentatoire  au  repos  du  royaume.  Le 
tombeau  de  d'Argentré  ayant  été  retrouvé,  en  1820,  dans  la  démo- 
lition d'une  ancienne  église  de  Rennes  ,  un  avocat  breton ,  M.  de 
Kerdanet,  profite  de  cette  circonstance  pour  publier  la  brochure 
que  nous  annonçons ,  et  dans  laquelle  on  trouve  des  détails  cu- 
rieux. A.  T. 

82.  —  Considérations  sur  la  crise  actuelle  de  V empire  Ottoman , 
le»  causes  qui  Vont  amenée ,  et  les  effets  qui  doivent  la  suii^re;  par 
J.  J.  Pahis,  ancien  secrétaire  en  chef  de  la  commission  du  gouver- 
nement dans  les  départemens  formant  aujourd'hui  la  république 
Septinsulaire.  Paris,  1821.  Imprimerie  de  Bobée  ,  rue  de  la  Tablet- 
terie ,  n°  9.  In-8»  de  i35  pages.  Prix ,  3  fr.  5o  c. 

Cette  brochure  doit  être  accueillie  avec  intérêt,  dans  un  moment 
où  la  Turquie  paraît  toucher  à  la  dernière  époque  de  sa  décrépi- 
tude et  de  sa  décadence.  L'auteur  traite ,  dans  le  chapitre  premier, 
des  causes  principales  de  la  faiblesse  actuelle  de  V  empire  Ottoman  ; 
la  principale,  et  même  la  seule,  selon  nous,  de  laquelle  découlent 
toutes  les  autres,  c'est  l'ignorance.  Dans  le  deuxième  chapitre  ,  l'au- 
teur présente  un  tableau  assez  fidèle  de  l'oppression  des  rayas.  Il 
nous  entretient  ,  dans  le  troisième ,  des  causes  directes  de  la  dépo- 
pulation de  l'empire  y  parmi  lesquelles  il  place  la  peste ^   rendue 


17A  LIVRES  FRANÇAIS. 

presque  permanente  dans  le  pays,  par  l'imprévoyance  et  les  préjugés 
religieux ,  Vavortement  et  \si famine  locale ,  qui  ravagent  successive- 
ment les  provinces.  Il  pense  que  c'est  porter  la  population  de  l'empire 
Ottoman  bien  haut  que  de  la  supposer  d'environ  seize  millions  d'in- 
dividus, dont  sept  millions  seulement  dans  ses  provinces  d'Europe. 
II  retrace^dans  le  quatrième  chapitre^la  conduite  de  la  Porte  envers  les 
princes  chrétiens.  Dans  le  cinquième, il  énumèrc  les  cause»  de  Vinsur- 
reciion  des  Grecs-)  et  les  motifs  qui  doivent  engager  les  puissances 
limitrophes  de  la  Turquie  à  les  soutenir.  Quand  il  n'aurait  fait  que 
peindre  l'oppression  dans  laquelle  se  trouvent  les  Grecs^  sous  la  domi- 
nation d'une  puissance  aussi  despotique  qu'imbécile,  il  en  aurait  dit 
assez  pour  justifier  leurs  nobles  efforts,  et  les  secours  généreux  qu'on 
serait  porté  à  leur  accorder.  Dans  le  sixième  chapitre  ,  il  prouve  que 
la  décadence  de  Vampire  Ottoman ,  dans  tout  ce  qui  a  rapport  à  la 
guerre.,    intrinsèquement  très-réelle,    est    encore  plus    évidente, 
considérée  relativement  aux  progrès  des  puissances  limitrophes.  Le 
chapitre  septième  est  consacré  à  l'évaluation  des  forces  militaires 
effectives  de  l'empire  Ottoman  ^  qui  sont  portées^  cent  quatre-vingt 
mille  combattant,  dont  cent   mille    au  moins,  dans  une    guerre 
contre  l'Autriche  et  la  Russie ,  sont   nécessaires  pour  la  garde  des 
places  et  des  postes  militaires  d'une  frontière  de  trois  cents  lieues, 
en  Europe,  et  de  celle  d'Asie,  qui  confine  avec  le  pays  dépendant 
de  la  Russie.  Dans  le  huitième  chapitre,  l'auteur  cherche  à  prouvci 
que  le  commerce  européen  doit  s'accroître  par  l'expulsion  des  TurL  i 
des  provinces  qu'ils  occupent  en  Europe»  A  la  fin  du  neuvième  et 
dernier  chapitre,  que  M.  Paris  a  consacré  à  la  récapitulation  dc> 
faits  et  des  raisonnemens  exposés  dans  les  précédens ,  il  s'adrçsse  a 
l'empereur  Alexandre,  qu'il  adjure  de  venir  au  secours  des  Grecs. 
Mais,  si  M.  Paris  a  bien  jugé  la  Porte  et  le  cabinet  de  Londres  ,  doni 
il  dévoile  toutes  les  manœuvres,  fondées  sur  une  base  unique,  soi 
intérêt  particulier  et  exclusif,  il  nous  paraît  partager,  avec  une  grande 
partie  de  l'Europe  ,  l'erreur  où  l'on  est  encore  aa  sujet  des  vues  de 
la  Rufisie  et  de  ses  moyens  d'exécution.  Nous  aimons  à  croire  à  la 
noblesse  des  sentimens  et  aux  vues  libérales  du  chef  de  ce  vaste 
empire;  mais  qui  répondrait  des  intentions  de  son  successeur?  Sans 
interpréter  la  conduite  des  gouvernemens  européens,  sourds  à  l'ap- 
pel des  Grecs,  nous  répéterons,  parce  que  nous  en  avons  l'intime 
conviction ,  que  la  cause  des  Gbecs  est  la  cause  de  l'Europe  ENTiàBs. 
83. —  Voyage  d'Anlénor  en  Grèce  et  en  Asie ,  avec  des  notions 


I. 


LIVRES  FRANÇAIS.  175 

sin-  l'Egypte  ;  manuscrit  grec  trouvé  à  Hcrculanum ,  traduit  par 
M.  La  KTiER.  Quinzième  édition,  revue  et  corrigée  par  l'auteur.  Paris, 
1821.  Arthus  Bertrand,  rue  Hautefeuille,  n°  23.  Trois  vol,in-8", 
ornés  de  jolies  gravures ,  et  augmentés  d'une  carte  géographique  , 
qui  ne  se  trouvait  pas  dans  les  éditions  précédentes.  Prix ,  18  fr. ,  et 
franc  de  port  22  fr. 

On  a  souvent  répété  que  le  Voyage  d' Anténor  en  Grèce  était  loin 
de  pouvoir  être  placé  sur  la  même  ligne  que  celui  du  jeune  A na- 
charsis.  Mais,  au-dessous  du  rang  qu'occupe  celui-ci ,  il  en  est  en- 
core de  très-honorables  :  sans  doute  ,  le  premier  n'offre  pas  ,  comme 
celui  qui  l'a  précédé,  une  histoire  savante  et  fidèle  de  la  Grèce  an- 
tique ;  mais  ce  n'est  pas  non  plus  un  simple  roman,  et  quatorze 
éditions  ,  qui  n'ont  pu  épuiser  encore  la  curiosité  publique,  prouvent 
que  l'auteur  ne  s'est  point  fait  illusion  lorsqu'il  dit,  dans  son  avant- 
propos  :  «  Heureux  si  les  savans  me  lisent  par  curiosité  ,  les  gens  du 
monde  par  désœuvrement,  pour  acquérir  sans  peine  quelques  no- 
tions sur  les  mœurs  et  les  usages  antiques  ;  les  femmes,  pour  trouver, 
dans  les  aventures  amoureuses,  un  remède  contre  l'ennui  et  les  va- 
peurs, et  un  doux  aliment  pour  leur  sensibilité  1»  E.  II. 

84-  (*j  —  Cours  de  littérature  ancienne ,  extrait  de  la  Harpe. 
Paris,  1821.  Audot,  rue  des  Maçons  Sorbonne,  n"  11.  Deux  vol. 
in-i8,  ensemble  de  482  pages.  Prix,  6  fr. 

Cet  ouvrage  forme ,  avec  la  Flore  de  la  botanique  des  dames , 
annoncée  ci-dessus  ,  la  troisième  livraison  de  rEncjclopédie  des 
dames, 

85.  Dictionnaire  français  i  par  ordre  d'analogie;  savoir  :  1°  dans 
lès  finales  ou  rimes  •  2'>  dans  la  classification  des  mots  ;  3°  dans  le 
genre  des  substantifs  et  des  adjectifs  ;  4°  dans  l'orthographe,  comme 
doublement  des  consonnes, etc.;  5°  dans  la  prononciation;  contenant 
4,000  mots  de  plus  que  le  dictionnaire  de  l'académie ,' noms  propres 
historiques ,  mythologiques, géographiques^  etc.  3, 000  vers,  en  partie 
puisés  dans  les  auteurs  classiques  pour  fournir  des  exemples  de 
.  toutes  les  rimes  et  de  leurs  homonymies,  et  distribué  d'après  un 
•  double  ordre  alphabétique,  qui  facilite  les  recherches,  rapproche  les 
analogies  et  fait  éviter  les  renvois;  par  P.  A.  Lemare  ,  auteur 
des  Cours  de  lecture  de  langue  latine  et  de  langue  française ,  etc. 
Paris ,  1821.  Béchet  aîné.  Un  vol.  in-S"  de  808  p.  Prix ,  9  fr. 

Les  ouvrages  déjà  publiés  par  M,  Lemare  lui  ont  mérité  une  place 


17G  LIVRES  FRANÇAIS. 

parmi  ceux  qui  ont  le  mieux  compris  le  génie  de  renseignement ,  et 
qui,  en  suivant  scrupuleusement  la  méthode  des  faits,  comme  la 
seule  qui  instruit  et  forme  des  esprits  justes,  ont  senti  que  le  seul 
moyen  de  rendre  facile  l'étude  des  faits,  c'est  de  les  distribuer, 
après  des  observations  bien  faites,  par  groupes  analogiques.  Tout 
consistait  donc  à  savoir  quelles  sortes  d'analogies  il  était  utile  de 
prendre  en  considération.  D'abord ,  l'auteur  a  vu  que  c'est  dans 
l'ordre  seul  des  finales  qu'on  pouvait  trouver  des  analogies ,  et  que , 
pour  faciliter  les  recherches ,  il  fallait  que  cet  ordre  fût  sévèrement 
alphabétique.  Le  nouveau  dictionnaire  est  donc  nécessairement  un 
Dictionnaire  des  rimes.  Dans  aucun  autre,  on  n'arrive  plus  faci- 
lement au  mot  ou  à  la  rime  cherchée.  Le  double  ordre  alphabétique  , 
pour  la  première  fois  introduit  dans  ce  genre  d'ouvrages,  est  une 
idée  aussi  heureuse  que  simple.  Il  rassemble  les  analogies  orthogra- 
phiques et  étymologiques,  et  distribue  les  rimes,  selon  le  degré 
de  leur  richesse;  par  exemple,  les  mots  eri  er  (verbes)  sont  ainsi 
figurés  dans  le  titre  et  le  sous-titre  ;  Ea,  verbes  bee,  cbr,  deb,  éeb, 
FEK,  FFER,  GEH ,  GKER ,  GusB^  ctc,  Il  résultc  de  là  quc  tous  les  vcrbcs 
en  er  sont  réunis,  et  que  la  voyelle  ou  consonne  d'après  les  subdivise. 
L'ordre  alphabétique  est  observé  rigoureusement  dans  les  sous- 
ordres  comme  dans  l'ordre  principal.  On  ne  trouvera  donc  pas  con- 
fondu dans  un  seul  article,  comme  dans  d'autres  dictionnaireâ,  les 
verbes  en  cer,  ser,  sser,  et  xer;  quoique  ces  finales  riment  ensemble, 
chacune  d'elles  est  à  la  place  que  lui  assigne  l'alphabet. 

Nous  osons  prédire  que  ce  nouveau  dictionnaire  sera  recherche 
par  les  versificateurs,  qui  pourront  s'aider  souvent  des  listes  analo- 
giques pour  améliorer  la  rime,  par  les  étrangers  qui  aimeront  a 
trouver  toutes  les  finales  rangées  par  ordre  alphabétique  et  de  pro- 
nonciation, et  par  tous  les  Français,  qui  ne  veulent -pas  croire  aux 
prétendues  bizarreries  de  notre  orthographe,  et  qui  aiment  à  trouver 
chaque  mot  à  sa  place.  B. 

86. — Dictionnaire  des  proue rbes français.  Paris,  1821.  Treuttel  cl 
Wiirtz,  rue  de  Bourbon  ,  n°  17.  Strasbourg,  même  maison  de  com- 
merce. Un  vol.  in-8<*  de  4*8  pages.  Prix,  5  francs,  et  6  francs  4o  ^• 
parla  poste. 

Les  premiers  proverbes  furent  probablement  les  traits  les  plus 
saillans,  les  sentences  les  plus  utiles,  ou  le  texte  des  chants  natio- 
naux, qui  servirent  d'annales  pendant  une  longue  suite  de  siècle^ 


LIVRES  FRANÇAIS.  177 

Les  peuples  policés  admirent  des  proverbes  dans  leur  langue  ,   et 
surent  en  tirer  de  l'histoire  ,  de  la  mythologie,  de  l'apologue,  des 
lettres,  des  sciences,  des  arts,  des  divers  règnes  de  la  nature.  On 
ne  croit  pas  qu'ils  aient  été  réunis  en  corps  d'ouvrage  avant  Poljdore 
Virgile^   qui,   en   1498,  en  publia  un  vocabulaire  très  incomplet. 
Érasme,  en  i5oo,  mit  au  jour  800  proverbes  grecs  et  latins,  et  son 
édition  de  1617  en  renfermait  plus  de  4,000;  les  xvi^  et  xvire  siècles 
furent  très-fertiles  en  livres  de  ce  genre.  Mais  qui  feuilletera  jamais 
Jean  Lebon ,  le  Bdif^  Nicot,  Meurier,   Oudin,   Eidous ,  Bellin- 
ger,  etc»,  etc.?  Rabelais  a  semé,  dans  son  Pantagruel,  une  foule 
de  proverbes ,  plus  ou  moins  piquans  ou  obscènes  ;   Cervantes  en  a 
enrichi  les  discours  de  Sancho  :  on  a  gravé  dans  sa  mémoire  tous  ceux 
qui  sont  échappés  de  la  plume  de  Molière  et  de  Lqfontaine.  JValter 
Scott  qui,  dans  ses  poèmes  et  ses  romans,  a  si  bi^n  peint  les  anciennes 
moeurs  de  l'Ecosse ,  n'a  pas  négligé  de  nous  faire  connaître  ses  pro- 
verbes. Il  n'y  a  pas  quatre-vingts  ans  qu'on  eut  l'idée  agréable  d'im- 
proviser-en  société  de  petites  pièces  de  comédie,  sur  un  adage  qui, 
ordinairement,  se  trouvait  cité  à  la  fin ,  comme  la  morale  d'une  fable. 
Qui  n'a  pas  lu  les  jolis  proverbes  de  Collé.,  ceux  de  Carmontelle,  ceux 
que  M.  Gosse  vient  de  nous  donner  ?  Le  Dictionnaire  de  Vacadèmie 
renferme  beaucoup  de  proverbes ,  et  l'on  pense  que  la  commission  , 
chargée    de    préparer    une    nouvelle  édition    de    ce    grand  voca- 
bulaire ,  n'oubliera  pas  que  Cardan  les  appelait  la  sagesse  des  na- 
tions. Nous  ne  parlerons  pas  ici  du  Dictionnaire  comique  de  Leroux  ; 
il  aurait  dû  le  châtier  pour  qu'on  put  le  mettre  entre  les  mains  de  la 
jeunesse.  L'abbé  Fuet  a  publié  ses  Proverbes  français   en  1789; 
c'était  le  meilleur  ouvrage  sur  cet  objet,  jusqu'au  dictionnaire  qu- 
vient  de  paraître.   On  attribue  ce   dernier  à  un  littérateur  éclairé 
€t  modeste ,  qui  l'a  rempli  de  recherches  savantes ,  d'observations 
■fines  et  d'anecdotes  peu  connues.  Nous  nous  bornerons  à  la  citation 
^'un  seul  proverbe  dont  on  a  fait  des  applications  fréquentes. 

VooEB  {ne  pas  savoir  à  quel  saint  se);  cette  expi^ssion  vien,. 
Tie  l'usage  très-ancien  de  se  vouer  à  quelque  saint,  dont  le  choix 
était  déterminé  par  la  circonstance  où  l'on  se  trouvait;  par  exemple , 
pour  avoir  un  bon  gîte,  les  pèlerins  s'adressaient  à  Saint- Julien, 
I  ^it  l'Hospitalier.  Ces  sortes  de  dévotions  n'ont  pas  toujours  été  à 
I  i'abri  du  ridicule  ;  on  a  invoqué  Saint-Clair  pour  les  yeux ,  Saint-Lié 
pour  \es  enfans  noués,  etc. ,  mettant  en  rapport  le  nom  du  saint 
avec  celui  de  la  maladie. 

TOMÏXI.  Ï2 


178  LIVRES  FRANÇAIS. 

Le  |our  de  Saint-Léger  (5  octobre),  nos  pères  auraient  eu  de  la 
répugnance  à  ensemencer  la  terre,  dans  la  crainte  que  le  blé  ne 
devint  léger;  le  29  janvier,  ils  invoquaient  Sainte-Sérène  ,  à  Metz, 
pour  avoir  du  beau  tems.  de  L**. 

87. — Discours  quia  remporté  le  prix  d"  éloquence  ^  en  1821,  au 
concours  proposé  par  l'Académie  française  j  sur  cette  question  :  «  Dé- 
terminer ce  qui  constitue  le  génie  poétique,  et  indiquer  comment  il 
se  fait  reconnaître ,  indépendamment  de  la  diversité  des  langues  et 
des  formes  de  la  versification ,  dans  tous  les  divers  genres  ,  depuis 
l'épopée  jusqu'à  l'apologue.  »  Par  A.  F.  Théry,  professeur  de  se- 
conde au  collège  royal  de  Versailles,  Paris  ,  1821  ,  imprimerie  de  F. 
Didot.  In-4°  de  27  pages. 

Le  sujet  proposé  par  l'académie  française  a  dû  tenter  l'inexpé< 
rience  de  beaucoup  de  concurrent  ;  mais  ils  ont  pu  se  convaincre 
de  l'extrême  difficulté  que  présente  une  pareille  question  ,  lorsqu'ils 
ont  essayé  de  la  résoudre  ;  et  ceux  qui  ont  montré  le  plus  de  talent 
sont  aussi ,  sans  doute  ,  ceux  par  qui  cette  difficulté  a  été  le  mieux 
appréciée  ;  M.  Théry  l'a  bien  sentie  ;  «  Il  est  de  ces  questions  délica- 
tes, dit-il,  qu'on  ne  peut  toucher,  pour  ainsi  dire,  sans  une  témérité 
inutile  ;  comme  la  nature  physique,  l'esprit  a  ses  mystères ,  auxquels 
tous  les  profanes  ne  peuvent  être  initiés,  et  qu'ils  doivent  respecter 
en  silence.  »  Et  ailleurs  :  «  Il  est  des  objets  qu'on  indique  à  l'esprit 
et  au  goût,  mais  qui  se  fondent  et  s'évaporent  dans  l'essai  d'une 
définition  scrupuleuse.  »  M.  Théry  a  triomphé  en  partie  des  diffi- 
cultés qu'il  avait  s|  habilement  reconnues^  son  discours  est  rem- 
pli d'idées ,  sinon  bien  neuves  (  il  n'était  peut  -  être  guère  pos- 
sible d'être  neuf  sur  un  pareil  sujet  )  ,  du  moins  justes ,  ingénieuses 
et  dictées  par  le  goût  le  plus  classique.  Il  trouve ,  dans  le  spectacle 
de  la  nature ,  dans  l'étude  de  l'homme  et  dans  la  contemplation  des 
choses  surnaturelles,  la  source  de  ces  émotions  qui  font  le  poète. 
M.  Théry  nous  montre^  dans  l'imagination  et  l^ inspiration ^  les  deux 
seules  facultés  qui  distinguent  le  vrai  poète  ;  ensuite  il  peint ,  en 
traits  rapides,  le  caractère  des  écrivains  sacrés  et  des  poètes  pro« 
fanes;  puis,  après  avoir  prouvé  que  le  langage  mesuré  est  le  plus  fa- 
vorable à  la  manifestation  du  génie  poétique,  il  indique  les  signes 
auxquels  on  reconnaît  ce  génie  ,  dans  les  divers  genres.  Le  style  de 
M.  Théry  est  élégant  et  pur ,  il  annonce  des  études  solides  et  un 
4ieureux  talent^  Vnc  idée  ingénieuse ,  et  qu'anc   aventure  de  la  vie 


I 


LIVRES  FRANÇAIS.  179 

rlù  Tasse  a  pu  inspirer  à  l'auteur  ,  anime  touf  ce  discours  ;  c'est  le 
chantre  des  croisades  lui-même  qui  est  ici  mis  en  scène ,  et  qui  ré- 
vèle à  un  hôte,  dont  il  est  inconnu,  ce  que  c'est  que  le  génie  poétique. 
Il  nous  semble  que  M,  Théry  n'a  pas  trouvé  dans  cette  fiction  tout 
ce  qu'elle  faisait  espérer  ;  ce  qu'il  met  dans  la  bouche  du  Tasse  est 
fort  bien  dit ,  sans  doute ,  mais  nous  aurions  désiré  un  ton  et  des 
images  qui  eussent  mieux  caractérisé  ce  grand  poète ,  et  qui  l'eus- 
sent fait  reconnaître  aux  lecteurs,  sans  qu'il  eût  besoin  de  se  nommer 
lui-même.  Ce  que  nous  demandons  était  peut-être  difficile ,  mais 
M,  Théry  était  capable  de  le  tenter.  On  sait  que  plusieurs  concur- 
rens  ont  obtenu  une  mention,  après  le  vainqueur;  et  M.  Bert, 
nommé  dans  le  rapport  du  secrétaire  perpétuel ,  a  long-tems  dis- 
puté la  couronne  ;  nous  regrettons  que  son  discours  ne  soit  pas  im- 
primé; nous  sommes  persuadés  qu'il  aurait  partagé  les  suffrages  du 
public ,  comme  il  a  balancé  ceux  de  l'académie.  M.  A. 

S8» — Bibliothèque  Russe,  ou  Collection  de  morceaux  choisis  delà 
littérature  russe,  rédigée  et  publiée  par  M.  Fursi  Laisné-Mielansko, 
Tome  I,  1"  partie,  contenant  les  Instructions  de  Catherine II,  pour 
l'éducation  de  ses  petits-fils  Alexandre  et  Constantin  ,  au  maréchal 
prince  de  Soltikof ,  accompagnées  de  pièces  y  relatives  et  d'une 
esquisse  de  la  vie  du  maréchal. — Spécimen.  Paris,  1S21.  De  l'impri- 
merie de  Smith  à  Paris,  et  se  trouve  à  Meulan ,  chez  l'éditeur  français 
€t  au  bureau  central  de  la  Reu:  Encyc,^  rue  d'Enfer,  n°  18.  In-i6. 
Prix  ,  5  fr. 

89. — Épitre  h  un  disciple  de  Boileau ,  contre  la  satire  person- 
nelle ,  par  M.  Paillet  de  PLOMBiiaEs.  Paris  ,  1821.  Chez  l'auteur,  à 
son  cabinet  littéraire ,  rue  Saint-Domin  ique  ,  n°  25.  Brochure  in-S"» 
de  deux  feuilles  d'impression.  Prix,  i  fr. 

90. — Les  Politiques-,  satire,  par  J.  B.  de  P.  Paris,  1821.  De  l'im- 
primerie d'Éverat,  rue  du  Cadran ,  n°.  16.  Brochu,re  d'une  feuille 
d'impression. 

L^ Épitre  à  un  disciple  de  Boileau  est  l'ouvrage  d'un  boa  citoyen, 
d'un  homme  de  bien,  qui  a  trouvé  assez  de  talent  pour  faire  lire  des 
vers  dans  lesquels  il  ose  s'armer  contre  le  législateur  du  Parnasse. 
Elle  est  adressée  au  jeune  Falaize  de  Verneuil,  ardent  admirateur 
du  poète  satirique,  et  qu'une  mort  prématurée  a  enlevé  aux  lettres 
et  à  l'amitié.  L'auteur  veut  le  détourner  d'un  penchant  funeste, 
d'autant  plus  commun  chez  les  jeunes  gens,  qu'il  oifre  des  palmes 

12  * 


180  LIVRES  FRANÇAIS. 

faciles  à  cueillir.  I/abhé  Cassa^ne  est  mort  des  chagrins  que  lui 
ont  causés  les  sarcasmes  de  Boileau  y  ce  fait ,  sur  lequel  repose  toute 
l'épître,  décrit  en  vers  qui  ne  manquent  ni  de  chaleur  ni  d'énergie, 
est  bien  propre  à  faire  réfléchir  le  jeune  insensé  qu'un  travers  d'es- 
prit porte  à  verser  le  ridicule  sur  tout ,  indistinctement,  et  qui,  dans 
son  aveugle  délire ,  sacrifie  au  plaisir  d'un  bon  mot  les  choses  k  s 
plus  innocentes,  et  quelquefois  les  plus  respectables.  Laisse  là, 
lui  dirons-nous ,  l'écrivain  médiocre  et  le  poète  sans  génie ,  auxquels 
peut-être  la  faim  a  fait  prendre  la  plume  ;  étudie  les  droits  de  l'hu  - 
xnanité ,  les  lois  de  ton  pays  ;  apprends  à  respecter  les  hommes  et  les 
choses  utiles  ;  montre-toi  dans  les  rangs  de  ceux  qui  consacreut 
leurs  talens  au  bien  public  ;  et ,  lorsque  ton  exemple  et  tes  vertus 
auront  acquis  de  l'autorité  à  ta  voix  et  à  tes  conseils,  alors  arme-toi , 
si  tu  veux,  du  fouet  vengeur  de  4a  satire ,  mais  souviens-toi  bien  que  : 

C'est  contre  les  méchans  qu'un  vertueux  délire 

Doit  lancer  tous  les  traits  d'une  mâle  satire. 

Écris  pour  l'univers  1  Dans  ton  vol  glorieux. 

Plane  sur  tous  les  tems  comme  sur  tous  les  lieux! 

Appelle  au  tribunal  de  ta  muse  énergique 

Le  guerrier,  déserteur  de  la  cause  publique  ; 

Le  vampire  engraissé  du  sang  des  nations  ; 

L'avide  publicain  ,  gorgé  d'exactions  ; 

Le  magistrat  vénal  qui  protège  le  vice  ; 

Le  juge  corrompu  ,  soutien  de  l'injustice  ; 

L'intrigant  qui,  sans  cesse  ,  aux  plus  lâches  desseins. 

Immole  sans  pudeur  les  devoirs  les  plus  saints  ; 

Le  vil  séditieux  ;  le  délateur  perfide  ; 

Le  flatteur,  dont  la  langue  est  un  glaive  homicide  ; 

L'hypocrite,  abusant  du  respect  des  mortels; 

L'envieux,  du  grand  homme  insultant  les  autels  ; 

Le  fils ,  qui  d'un  bon  père  outrage  la  vieillesse  ; 

L'époux  qui  d'une  épouse  opprime  la  faiblesse  ; 

La  mère  de  sa  fille  égarant  la  candeur  ; 

L'amante  à  vingt  rivaux  jurant  la  même  ardeur  ; 

Le  sybarite  impur  ;  l'avare  inexorable; 

Le  joueur;  en  un  mot,  cette  foule  exécrable 

De  mortels  dégradés  ,  d'infâmes,  dont  le  front 

Appelle  le  cachet  d'un  éternel  affront! 


LIVRES  FRANÇAIS. 


181 


Nous  aillions  voulu  pouvoir  annoncera  M  .Paille  t,  qu'il  s'est  pré- 
senlé  dans  la  lice  un  poète  doué  d'une  partie  des  qualités  que  nous 
demandons  dans  celui  ^qui  s'érige  en  censeur  public  des  actions  de 
SCS  concitoyens  ;  mais ,  avec  la  meilleure  volonté  possible  ,  nous 
ne  saurions  trouver  autre  chose  dans  la  satire  personnelle  de  M.  J . 
B.  de  P. ,  que  l'envie  impuissante  de-  tourner  en  ridicule  quelques 
hommes  respectables  ,  contre  lesquels  viendraient  s^émousser  des 
traits  mieux  acérés  que  les  siens.  E.  Héreau. 

91.  —  Dévouement  et  mort  de  Lamoignon  de  Malesherbes^  poèm  e 
en  trois  chants,  ouvrage  qui  n*a  point  concouru  pour  le  prix  proposé 
par  l'académie  française;  par  M.  db  Citehne.  Paris,  1821  ;  chez  les 
marchands  de  nouveautés. 

L'auteur  a  développé  quelques  parties  de  son  sujet  dans  des  notes  ; 
et ,  dans  ses  vers,  il  se  montre  partout  l'ami  de  la  justice,  des  lois  et 
de  la  liberté.  On  pourra  juger  des  nobles  vues  qui  l'animent  et  de 
son  talent  par  les  vers  qui  suivent  : 

J'ai  vu  dans  nos  palais  des  flots  d'adulateurs 
A   des   dieux  passagers  mendier  des  faveurs, 
Et  prodiguer  ,  sans  honte  ,  au  jour  de  la  disgrâce , 
A  ces  Dieux  renversés,  l'outrage  et  la  menace. 
J'ai  vu  le  vice  altier  remplacer  les  vertus  ,  . 

L'honneur  sacrifié  sur  l'autel  de  Plutus, 
La  bassesse  enrichie  "adorer  l'esclavage  ; 
Du  sol  qu'il  défendait  proscrire  le  courage , 
Et  des  profanateurs  au  farouche  regard  , 
Jusque  sous  leurs  parvis  poursuivre  les  beaux  arts. 
Aux  idoles  des  cours ,  indépendante  et  fîère , 
Ma  main  n'offrit  jamais  un  encens  mercenaire  ; 
Je  n'ai  point  à  rougir  de  ces  honteux  écrits 
Dont  on  ose  accabler  le  malheur  des  proscrits. 
Dans  mon  premier  essor,  je  prends  l'honneur  pour  guide  : 
Qui  méprise  Séjan ,  peut  chanter  Aristide. 
I  L— s. 

92.  —  La  famille  Elliot,    ou  l'ancienne  inclination  ^  traductio 
libre  de  l'anglais  ,   par    madame  de  Montolieu  ;   nouvelle  édition. 
Paris,  1821.  Arthus  Bertrand,  rue  Hautefeuille ,  n»  23.  Deux  vo- 
lumes   in-i2  ,  ornés  de  figures  {les  i5*  et  16^  de  la  collection  des 


I 


182  LIVRES  FRANÇAIS. 

ceuvres  complètes  de  l'auteur.  )  Prix  :  pour  Paris,  6  fr.  ;  par  Far  pùsfe^ 
7  fr.  5o  c. 

L'héroïne  de  ce  roman  est  une  jeune  personne  qui  nourrit  an  Tarxâ 
de  son  cœur  une  inclination  secrète  ,  sans  savoir  si  elle  est  partagée» 
Il  résulte ,  de  cette  situation ,  que  Taoteur  a  su  éviter  les  scènes 
d'amour,  si  souvent  répétées  et  si  fastidieuses.  L'amour,  ce  premier 
mobile  des  romans  ,  est  presque  voilé  dans  celui-ci  ;  et,  quand  Je 
lecteur  le  devine ,  l'intérêt  augmente  et  devient  même  assez  vif, 
sans  que  l'on  rencontre  d'autres  événemens  que  ceux  de  la  vie  la 
plus  ordinaire  et  d'autres  tableaux  que  des  scènes  de  famille,  tracée» 
avec  tant  de  naturel  qu'on  croit  en  être  le  témoin.  Telle  est  l*«nalyse 
fidèle  de  la  famille  Elliot ,  analyse  extraite  presque  mot  pour  mot 
d'une  note  dont  madame  de  Montolieu  a  fait  précéder  sa  traduction. 
On  trouve  en  tête  de  l'ouvrage  une  notice  biographique  sur  l'auteur 
anglais,  Jane  Austen ,  dont  madame  de  Montolieu  avait  déjà  fait 
connaître  un  autre  ouvrage,  intitulé  :  Raison  et  Sensibilité  (i\  Je  ue 
sais  ce  qui  intéressera  le  plus  les  lecteurs,  de  l'ouvrage  même  ou  de 
cette  notice,  traduite  également  de  l'anglais;  ceux  que  la  peinture 
de  malheurs  imaginaires  émeut ,  ne  sauraient  rester  insensibles  au 
récit  d'infortunes  réelles  ;  et,  à  ce  titre,  la  mémoire  de  Miss  Austen 
réclame  une  partie  des  pleurs  que  fera  répandre  la  lecture  de  ses 
ouvrages.  E.  H. 

93.  * —  Description  de  V Egypte,  Tom.  II.  Paris,  18a  1.  Panc- 
kouke  ,  rue  des  Poitevins,  n°.  14.  1  vol.  in-S".  de  600  pages,  satiné. 
Prix ,  7  fr. 

Ce  volume  est  consacré  à  la  description  de  Thèbes.  On  aura  ,  pour 
la  première  fois ,  une  idée  exacte  et  complète  des  monumens  dont 
tant  de  voyageurs  anciens  et  modernes  n'avaient  pu  parler  que  d'une 
manière  peu  satisfaisante  ;  enfin ,  les  auteurs  de  cette  description  , 
MM.  JoUois  et  Devilliers,  ont  réalisé  ,  avec  une  constance  et  un  cou- 
rage dignes  des  plus  grands  éloges  ,  les  vœux  qu'exprimait ,  au  sujet 
de  l'Egypte ,  le  plus  grand  de  nos  orateurs  ,  Bossuet ,  en  ces  termes- 
si  remarquables  :  «  Quelle  puissance  et  quel  art  ont  fait  d'un  tel 
pays  la  merveille  de  l'univers ,  et  quelles  beautés  ne  trouverait-on 
pas  ,  si  on  pouvait  aborder  la  ville  royale  ,  puisque  si  loin  d'elle  ou 
trouve  des  choses  si  merveilleuses  1  » 

(1)  Publié  chez  le  mOmc  libraire  que  celui-ci. 


¥ 


LIVRES  FRANÇAIS.  183 

t)4,  —  Description  de  V Egypte,  Dix-hditiîjm»  livuaisoi».  —  Anti- 
quités. Vol.  1  ;  pi.  53.  Façade  du  temple  d'Edfoù.  PI.  lo.  Figures 
hiéroglyphiques. — Etat  moderne. — Arts  et  métiers*  PI.  i6.  Le  tein- 
turier et  le  cordier.  Le  teinturier  moderne  a  retenu  bien  peu  des 
pratiques  des  anciens  Égyptiens  ,  qui  étaient  si  avancés  dans  l'em- 
ploi' des  matières  colorantes,  qu'on  aurait  aujourd'hui  de  la  peine  à 
imiter  l'éclat  de  certaines  couleurs  ,  encore  intactes  dans  leurs  pein- 
tures. —  État  moderne,  PL  20.  Vue  de  l'île  de  Roudah.  —  Histoire 
naturelle. — Botanique.Pl.  g.  Deux  espèces  de  graminées. 

Dix-NBcviÈMB  LIVRAISON^  —  Antiquités.  Vol.  i ,  PI.  24.  Monumens 
de  Fhilae.  —  Antiquités,  Vol.  i,pl,  21.  Cette  planche  est  consacrée 
aux  chapiteaux  du  temple  d'Isis.à  Philae.  —  État  moderne.  Vol.  1  , 
pi.  i3.  Fontaines,  dites  de  Moïse  $  situées  au  milieu  d'un  désert ,  sur 
la  route  du  mont  Sinaï ,  et  sur  celle  de  la  caravane  du  Kaire  à  la 
Mecque ,  à  plusieurs  lieues  au  midi  de  Soueys.  —  État  moderne  , 
pi.  29.  Mosquée  bâtie  par  Ebn  Touloun ,  un  des  plus  anciens  monu- 
mens du  Kaire.  Elle  a  été  construite  sur  une  hauteur  qui  est  sur  le 
point  le  plus  voisin  de  l'ancienne  Babylone  ,  et  qui  a  été  l'endroit  du 
Kaire  le  premier  habité. — Histoire  naturelle,  — ^  Zoologie.  Poissons 
du  Nil.  PI.  12.  L'un  des  deux  poissons  du  Nil  gravés  dans  cette 
planche,  le  malapterure  électrique,  est  renommé  chez  les  Égyp- 
tiens à  cause  de  la  faculté  qui  lui  est  commune  avec  la  torpille. 
Quand  on  le  tient  dans  la  main ,  on  éprouve  une  forte  secousse  qui 
est  suivie  d'engourdissement.  Ce  poisson  est  sans  écailles  :  il  est  exclu- 
sivement propre  à  ce  fleuve ,  ainsi  que  presque  tous  les  poissons  du 
Nil  connus  jusqu'à  présent. 

95.  — Antiquités  historiques  et  monumentales  à  visiter  de  Montfort  à 
Corseuil,par  Dinan,  et  au  retour, par Jugon  avec  addition  des  anti- 
quités de  Saint-Malo  et  de  Dol ,  etc.  ;  par  M.  Poigkand  ,  juge  au  tri- 
bunal de  Montfort.  Rennes  ,  1820.  Duchesne  ,  libraire.  Broch.  in-8° 
de  i54  pag.  d'impression.  Prix,  2  f.  5o  c. 

Cet  ouvrage  contient  quelques  détails  intéressans  sur  les  antiquités 
romaines  et  celtiques ,  que  l'on  voit  encore  dans  une  partie  de  la 
Bretagne  ;  mais  l'auteur  rapporte  souvent  des  faits  inutiles  et  ra- 
contés avec  peu  d'art.  Il  nous  semble  aussi  qu'il  aurait  pu  soigner 
davantage  son  style.  A.    T. 

96.  —  Vues  pittoresques ,  historiques  et  morales  du  cimetière  dic 
P.  La  Chaise ,  représentant  ses  sites ,  ses  points  do  vue  les  plus  ma- 


I- 


iSh  LIVRES  FRANÇAIS. 

gnifiques  ,  les  scènes  les  plus  touchantes  du  culte  rendu  à  la  cendre 
des  morts,  et  quatre  cents  tombeaux  avec  les  épitaphes  des  hommes 
les  plus  fameux ,  et  de  ceux  dont  ils  sont  voisins  dans  la  tombe  ;  des- 
sinées d'après  nature ,  par  MM.  Vigkeeon  et  Doplat  ,  et  gravées  à 
l'aqua-tinta  ,  par  M.  Jazet  et  les  meilleurs  artistes  ;  accompagnées 
de  leurs  descriptions  topographique,  monumentale  et  morale,  et  de  la 
vie  des  personnages  vertueux  ou  célèbres  dont  la  cendre  honore  cet 
asile  funéraire,  par  F.  M.  M...  de  Beacmojct.  I^«  et  II^  livraisons 
sur  12  qui  composeront  l'ouvrage.  Prix  de  chacune  par  souscription, 
4  fr.  papier  d'Angoulême ,  8  fr.  papier  vélin.  Paris  ,  1821.  Chez  l'au- 
teur ,  rue  d'Enfer- Saint-Michel,  n°6i. 

Ces  deux  livraisons  contiennent  la  description  des  tombeaux 
d'Héloïse  et  d'Abeilard  ,  de  M.  le  comte  Colbert ,  du  général  Berc- 
keim  dans  la  sépulture  des  familles  MuUer  et  Soehnée  ,  du  monu- 
ment du  maréchal  Masséna,  du  tombeau  du  maréchal  Lefebvre,  et  des 
monumens  des  généraux  Dumuy  et  Collaud  ,  les  sépulcres  des  fa- 
milles Barry ,  Desfâmes  et  Teissier  ;  une  vue  représentant  une 
veuve  embrassant  les  restes  de  son  mari ,  six  semaines  après  son 
exhumation  ,  fait  arrivé  le  21  mars  1821  ;  la  description  des  tom- 
beaux de  M.  Petit ,  professseur  à  l'école  polytechnique  ,  de  Jacques 
Delille  ,  de  Boufflers ,  du  bailli  de  Crussol,  du  duc  de  Frias ,  de 
Monge ,  et  la  vue  de  l'entrée  du  bosquet  du  dragon. 

97. — Promenade  au  centre  du  Grand-Genlilly ,  près  Paris  ,  sui- 
vie d'une  esquisse  descriptive  et  topographique  de  ses  environs.  Pa- 
ris, 1821.  Pluquet,  rue  de  Tournon  n°  4«  1  vol.  in-i8  de  i42pages. 
Prix  3  I  fr.  5o  c. 

Mémoires  et  Rapports  de  Sociétés  savantes  et  cTutitiié 

publique, 

98.  —  Compte  rendu  des  travaux  de  la  Société  d'agriculture  , 
histoire  naturelle  et  arts  utiles  de  Lyon,  depuis  le  i«'  mars  1S20 
jusqu'au  i»'  mars  1821 .  par  M.  L.  F.  Gbognieh,  secrétaire  de  la 
Société,  etc.  Lyon,  Barret,  1821,  in-8°  de  270  pag. 

La  Société  d'agriculture  de  Lyon  est  une  de  celles  qui  encouragent 
le  plus  les  arts  utiles  ;  et  ses  travaux  méritent  d'ètj-e  signalés  d'une 
manière  particulière.  La  première  partie  du  Compte  rendu  comprend 
l'analyse  d'un  grand  nombre  de  Mémoires  sur  la  statistiq ue  agricole 
du  département  du   Rhône.  Cette  analyse  ,  écrite  avec  netteté  et 


i 


LIVRES  FRANÇAIS.  185 


préoision,  suffit  pour  donner  une  idée  générale  du  sujet,  en  même 
tems  qu'elle  offre  tous  les  renseignemens  possibles  à  ceux  qui  dési- 
reraient l'approfondir.  L'économie  rurale ,  l'art  vétérinaire,  et  géné- 
ralement les  divers  arts  utiles ,  ont  été  l'objet  des  travaux  des 
membres  ou  correspondans  de  la  Société  ;  M.  Grognier  en  indique 
le  résultat,  et  nous  met  à  portée  d'en  profiter.  On  trouve,  dans 
l'article  Nécrologie^  une  notice  biographique  sur  M.  Rast-Maupas , 
qui ,  entre  autres  services  rendus  à  l'agriculture  ,  a  inventé  une 
façon  de  greffer  à  laquelle  notre  savant  M.  Thouin  a  imposé  le 
nom  de  greffe  Maupas,  Le  volume  est  accompagné  de  trois  plan- 
ches lithographiées.  Elles  représentent ,  i  °  des  toits  à  cintre ,  de 
l'invention  de  M.  de  la  Chapelle;  2°  un  échenilloir  à  courbet,  de 
l'invention  de  M.  Madiot  ;  3°  un  compas  à  mesurer  la  grosseur 
des  arbres,  par  M.  Faissoles.  X. 

99. —  Société  des  lettres ,  sciences  et  arts  de  Metz;  années  1819 
et  1820  ;  séance  générale  du  i5  avril  1821.  Metz^  juillet  1821.  Chez 
Antoine,  imprimeur  du  Roi.  In-8°  de  80  pag. 

M.  Gorcy,  président  de  la  Société  ,  a  ouvert  cette  séance  par 
un  discours  sur  l'utilité  des  sociétés  savantes  ,  et  M.  Herpin,  secré- 
taire ,  a  fait  un  exposé  des  travaux  de  la  Société ,  pendant  les  an- 
nées 1819  et  1820.  Ensuite  M.  Tavemier  2l  lu  un  Mémoire  sur  la 
lithographie;  M,  Bergery ,  des  Considérations  sur  f  économie  poli- 
tique des  grandes  villes  ;  M.  Thiel ,  des  Réflexions  sur  les  rap- 
ports entre  les  sciences  et  les  arts  ;  M.  Chaumas ,  des  Considéra- 
rations  sur  les  dangers  des  inhumations  précipitées  ;  enfin  ,  M.  Mâ- 
cherez ,  un  Éloge  historique  de  feu  M.  Razout,  lieutenant  général, 

La  Société  a  proposé  deux  prix  ;  l'un  de  3oo  fr. ,  pour  le  perfec- 
tionnement des  machines  soufflantes;  l'autre,  de  i5o  fr. ,  pour  la 
propagation  de  la  langue  française  dans  les  parties  allemandes 
du  département  de  la  Moselle»  Les  mémoires  devront  être  adressés, 
francs  de  port,  avant  le  1^' Janvier  1822  ,  à  M.  Herpin ,  secrétaire 
de  la  Société ,  à  Metz.  On  trouve  le  programme  détaillé  de  ces 
prix  dans  le  compte  rendu  de  la  séance  du  i5  avril. 

ioo, —  Société  des  sciences  médicales  du  département  de  la  Mo- 
selle.— Séance  générale  du  17  juillet  1821.  Metz,  1821.  Mad.  Ver- 
ronnais,  imp.-lib.,  place  de  l'Hôtel-de-Ville.  Brochure  in-8°  de  67  p. 

Le  discours  d'ouverture  de  M.  le  docteur  porcy,  président,  est 
suivi  du  compte  rendu  qu'a  rédigé  M,  Mousseaux.  secrétaire,  des 
travaux  de  la  Société,    depuis  sa  fondation  en  1819  jusqu'en  juillet 


186  LIVRES  FRANÇAIS. 

1821.  La  composition  de  cette  compagnie  naissante  fait  espérer  que 
ses  travaux  ne  seront  pas  sans  utilité  pour   l'art  de  guérir. 

101. —  Recueil  de  la  Société  libre  d'émulation  de  Rouen.  Rouen, 
1821.  Imprimerie  de  F.  Baudry.  1  vol.  in-8°  de  92  pag. 

Ce  Recueil  contient  un  discours  de  M.  Perrin ,  président  de  la 
Société ,  sur  Vhistoire  et  les  avantages  des  réunions  qui  ont  pour 
objet  Vapancement  des  connaissances  humaines  ;  un  mémoire  de 
M.  Langlois,  peintre,  sur  la  calligraphie  des  manuscrits  du  moyen 
âge  ;  un  autre  de  M.  Benj»  Gaillon ,  sur  la  fructification  d'une 
tribu  des  plantes  marines,  appelée  Thalassiophytes  symphysistées. 
Ce  Mémoire  contient  une  série  d'observations  microscopiques  et 
physiologiques,  d'où  sont  déduites  des  généralités  sur  les  moyens  de 
reproduction  des  végétaux  marins;  l'auteur  a  résolu  négativement  la 
question  de  l'existence  de  la  double  fructification  ^  qui  partage 
d'opinion  les  naturalistes  spécialement  occupés  de  l'étude  de  ces 
végétaux  (Fbj^^z  ci-dessus,  pag.  i53.)  Le  Mémoire  de  M.  Langlois 
renferme  des  détails  curieux  et  historiques  sur  les  peintures  bril- 
lantes et  souvent  très-bizarres  d'un  grand  nombre  des  vieux  et 
précieux  manuscrits  français.  Il  est  orné  de  gravures  dues  au  burin 
de  mademoiselle  Espérance  Langlois^  sa  fille ,  et  qui  offrent,  avec 
la  plus  grande  exactitude,  la  copie  de  vignettes  et  enluminures 
des  xi«  et  xii«  siècles.  Le  compte  rendu  des  travaux  annuels 
de  la  Société ,  par  M.  IjC  Marquis^  secrétaire  de  correspondance, 
occupe  une  place  étendue  dans  ce  recueil ,  et  présente  des  détails 
analytiques  très-intéressans.  On  y  trouve  aussi  deux  notices  ;  l'une  | 
de  M.  Le  Bret;  l'autre  de  M.  Leuy;  la  première  sur  l'utilité  que 
l'on  retirerait  dans  les  arts,  l'agriculture  et  la  médecine  de  la  mul- 
tiplication et  de  la  culture,  en  Normandie,  de  l'argousier  (Azppo- 
phœ  rhamnoides)  qui  croît  naturellement  sur  les  sables  maritimes. 
La  notice  de  M.  Leuy  a  pour  objet  l'influence  diverse  que  pro- 
duisent, sur  la  fabrication  des  étoffes  de  coton,  la  situation  et  l'expo- 
sition des  locaux  où  s'exécute  ce  genre  d'industrie.  Le  Recueil 
est  terminé  par  le  rapport  de  M.  Vingtrinicr,  secrétaire  du  bureau, 
rapport  dans  lequel  il  expose  les  efforts  honorables  de  la  Société, 
pour  s'associer  au  grand  œuvre  de  la  prospérité  publique  ,  en  exci- 
tant l'industrie  des  artistes  laborieux  ,  par  des  médailles  d'encou- 
ragement, dont  la  distribution  s'est  faite  au  concours  de  cette 
année.  B.  G. 

102.  —  RcglcmcnL  de  la  Sociclc pour  l'instruction  élémentaire  éta- 


LIVRES  FRANÇAIS.  187 

èlie  à  Carcassonne  t  précédé  d'une  Notice  historique  et  sommaire 
sur  la  propagation  de  V enseignement  mutuel  en  France.  Carcas- 
sonne, 1821.  Imprimerie  de  P.  Polère.  Brochure  in-S"  de  10  pages. 

Ces  dix  pages  auront  peut-être  plus  de  prix  ,  aux  yeux  des  amis  de 
l'humanité^  que  plusieurs  volumes  remplis  de  brillantes  inutilités , 
qui  sont  enfantés  par  le  caprice  et  accueillis  par  la  mode.  Elles 
offrent  le  tableau  d'une  société  animée  du  seul  désir  du  bien  public, 
et  qui  fait  un  appel  aux  cœurs  généreux  et  aux  esprits  éclairés,  pour 
les  faire  concourir  à  son  noble  but.  On  lit,  dans  la  Notice  qui  pré- 
cède le  Règlement  de  cette  société ,  que ,  a  lorsque  le  traité  de  Paris 
eut  rétabli  les  communications  si  long-tems  interrompues  entre  la 
France  et  la  Grande-Bretagne,  plusieurs  philantropes  français  ayant 
eu  occasion  de  remarquer ,  en  visitant  l'Angleterre,  les  avantages 
que  ce  pays  retirait  déjà  des  nouvelles  écoles  établies  dans  son  sein , 
ils  communiquèrent  à  leurs  amis,  à  leur  retour  en  France  ,  les  ren- 
seignemens  précieux  qu'ils  avaient  obtenus  de  la  Société  formée  à 
Londres  pour  les  écoles  britanniques.  D'un  autre  côté ,  quelques 
membres  de  cette  société  étant  venus  à  Paris ,  y  répandirent  ces 
bienfaisantes  semences ,  et  offrirent  le  concours  généreux  de  leurs 
efforts...  Bientôt,  en  i8ï5,  la  Société  d* encouragement  pour  Vindus' 
trie  nationale  souscrivit,  pour  une  somme  de  5oo  fr.  en  faveur  de 
la  nouvelle  association  qui  se  formait,  et  mit  à  sa  disposition  les 
moyens  d'exécution  qui  étaient  en  son  pouvoir.  »  On  aime  à  voir 
l'Angleterre  et  la  France  sur  la  même  route ,  quand  il  s'agit  du  bien 
général.  Que  de  sang,  que  de  maux  épargnés,  s'il  n'avait  jamais 
existé  d'autre  rivalité  entre  deux  nations  si  bien  faites  pour  s'en- 
tendre et  pour  s'estimer  1  Espérons  que  peu  à  peu  tous  les  départe- 
mens  de  la  France  et  toutes  les  contrées  de  l'Europe  jouiront  de 
cette  instruction  primaire  perfectionnée  ^  qui  est  l'un  des  bienfaits 
les  plus  importans  de  la  civilisation  moderne.  E,  H, 

Ouvrages  périodiques, 

io3.  — Bibliothèque  physico-économique ,  ou  Recueil  périodique 
de  tout  ce  que  l'agriculture ,  les  sciences  et  les  arts  qui  s'y  rattachent 
offrent  de  plus  intéressant  ;  par  une  société  de  savans  et  de  proprié- 
taires ;  rédigé  par  M.  Thiébaut  de  BEaNEAuo ,  membre  de  plusieurs 
sociétés  savantes  nationales  et  étrangères.  Paris,  1821.  Arlhus  Ber- 
trand, libraire,  rue  Hautefeuillc ,  n"  25.  Prix,  12  fr.  par  année. 
(  Cahier  du  mois  d'octobre  1821.) 


188  LIVRES  FRANÇAIS. 

La  Bibliothèque  physico-économique  est  divisée  en  six  section 
diJSerentes  :  i°  l'économie  rurale;  2°  Véconomie  domestique  ;  3°  V éco- 
nomie animale;  4°  un  bulletin  des  sciences;  5°  un  antre  relatif  aux 
arts  industriels  ;  6°  un  article  destiné  aux  variétés.  Dans  un  petit 
nombre  de  pages .  le  rédacteur  actuel  offre ,  tous  les  mois  ,  des  mé- 
moires importans  ,  des  faits  nombreux  et  nouveaux. 

La  Bibliothèque  physico -économique  a  commencé  de  paraître  en 
1782  jusques  et  compris  1797. Cette  première  collection  forme  24^0!,, 
ou  seize  années,  dont  le  prix  est  de  84  fr.,  franc  de  port.  Chaque  vo- 
lume se  vend  séparément  3  fr.  5o  c.  La  reprise ,  ou  seconde  collec- 
tion, rédigée  par  MM.  Sonnini  et  Denis  de  Moktfort,  a  commencé 
en  1802,  jusqu'en  juillet  1816.  Elle  forme  quinze  années  et  demie, 
ou  28  vol. ,  avec  i65  planches.  Prix,  i38  fr. ,  franc  de  port.  Chaque 
année  se  vend  séparément  10  fr.  La  troisième  série,  rédigée  par 
M.  Thiébaux  DE  Berneald,  à  partir  de  1817,  forme  quatre  années, 
ou  8  vol.  in-12  ,  avec  des  planches.  Le  prix  est,  ponr  chaque  année, 
de  12  fr.  par  la  poste. 

La  Bibliothèque  phj sico-économique  paraît  exactement  tous  les 
mois.  A  la  £n  de  Tannée  ^  les  douze  cahiers  forment  deux  volumes. 
Chaque  volume  contient  une  table  systématique  des  matières  qui  y 
sont  contenues.  Le  prix  de  l'abonnement ,  pour  1S21  ,  est  de  12  fr. 
pour  douze  cahiers  de  trois  feuilles  in-12,  avec  des  planches  ,  quand 
le  sujet  l'exige ,  que  Ton  reçoit  franc  de  port. 

104. — Journal  des  sciences  médicales;  69*  numéro.  Septembre 
1821.  In-80. 

Cette  nouvelle  livraison  nous  confirme  dans  l'opinion  favorable 
que  nous  avions  depuis  long-tems  exprimée  en  faveur  de  ce  recueil. 
{J^oy.  ci-dessus,  T.  II,  p.  282. j  On  trouve  dans  ce  cahier  un  boa  Mé- 
moire sur  les  difficultés  que  présente  la  diagnostique  des  maladies  des 
cnfans  et  sur  la  nature  de  ces  maladies ,  ainsi  que  les  analyses  de  plu' 
sieurs  ouvrages  de  médecine  ,  faites  avec  soin  et  impartialité.  On  s'a- 
bonne au  bureau  du  Journal  universel  des  sciences  médicales,  rue 
Duphot,  n°  1 1 ,  et  chez  Méquignon-Marvis,  rue  de  l'École-de-Méde- 
cîne,  n»  3. 

io5. — Bibliothèque  DE  famille,  ou  Choix  d'instructions  familières 
sur  la  religion,  la  morale ,  les  élémcns  des  connaissances  les  plus 
essentielles,  et  sur  V industrie  et  les  arts;  Recueil  périodique, 
publié   chaque  mois,   par  livraisons,  in-ia   de  72  pages  chacune, 


tIVRES  FRANÇAIS.  I89 

depuis  le  premier  janvier  1821.  On  s'abonne  au  bureau  central  de 
Ja  Revue  Encyclopédique,  rue  d'Enfer,  n°  18,  et  chez  Arthus 
Bertrand  ,  rue  Hautefeuille  ,  n"  23.  Prix  de  rabonnement  pour  l'an- 
née, 12  fr.  pour  Paris;  i4fr.  pour  les  départemens.  (Voy.  ci-dessus, 
Rei^',  Encjcl.i  Tom.  VIII ,  pag.  647,  et  T.  IX,  pag.  372.) 

Ce  petit  Recueil,  trop  peu  connu  jusqu'ici,  parce  qu'il  a  été 
à  peine  annoncé  dans  nos  journaux  quotidiens,  si  prodigues  de 
futilités,  est  l'ouvrage  d'une  jeune  dame,  dont  la  modestie,  qui 
aime  toujours  à  se  couvrir  d'un  voile ,  et  dont  la  vie  retirée  et  la- 
borieuse,  tout  entière  consacrée  à  l'instruction  de  l'enfance  (i) 
et  au  bien  de  l'humanité ,  ne  sont  guère  propres  à  faire  valoir  ses 
productions.  Trop  souvent,  les  meilleures  choses  ne  réussissent 
que  lentement  et  au  bout  d'un  long  espace  de  tems  ,  lorsque  la  jus- 
tice tardive  du  public  les  apprécie. 

On  s'est  plaint  long-tems  ,  en  France  ,  de  n'avoir  aucun  de  ces 
ouvrages  périodiques,  très-communs  en  Allemagne  et  en  Angle- 
terre, qui  ont  pour  objet  d'offi'ir  à  l'enfance  une  lecture  agréable 
et  instructive.  La  Bibliothèque  de  Famille,  spécialement  consacrée 
aux  enfans  et  aux  adolescens  des  deux  sexes,  ainsi  qu'aux  familles 
des  classes  pauvres  et  industrielles,  parait  devoir  remplir  cette  lacune; 
mais  elle  ne  compta  encore  que  dix  mois  d'existence  ,  et  n'a  eneore 
circulé  que  dans  une  sphère-peu  étendue.  Le  plan  de  ce  recueil  est 
sage  et  bien  conçu.  Il  embrasse  ,  dans  quatre  paities  ;  i°des  instruc- 
tions religieuses  et  morales ,  quelquefois  empruntées  à  nos  meilleurs 
écrivains,  Fénélon  ,  Massillon  ,  Bernardin-de-Saint-Pierre  ,  et  ap- 
propriées à  l'intelligence  du  premier  âge  ,  quelquefois  présentées 
sous  la  forme  vivante  et  animée  d'entretiens  de  famille  ou  de  con- 


(i)  L'auteur  de  la  Bibliothèque  de  famille  a  publié  trois  autres 
ouvrages;  i"  une  traduction  élégante  de  l'ouvrage  anglais  de  Miss 
O'heeffe-,  intitulé;  les  Patriarches  ou  la  Terre  de  Chanaan^  his- 
toire en  tableaux,  tirée  des  Saintes-Ecritures.  Paris,  1819,  2  vol.  in-12: 
prix,  5  fr.  —  2°  Petit  Manuel  de  morale  élérûentaire ^  à  l'usage  des 
enfans ,  Paris ,  1819.  Colas,  rue  Dauphine,  n°  52,  un  vol.  in-i2 
de  i3o  pag.  ;— 5°  Petits  Contes  Moraux^  en  partie^  traduits  ou  imités 
âe  ceux  de  Miss  Edgeworth  ;  2  vol.  in- 18,  Eymery  libraire:  prix, 
2  fr.  {Voy.  çi-dessus,  Reu.  EncjcL  Tom,  IV,  p.  444;  Tom.  V, 
p.  548;   Tom.  VIII,   pag.  374.) 


190  LIVRES  FRANÇAIS. 

férences  d'un  vieillard  retiré  à  la  campagne  avec  de  bons  paysans 9 
ser  voisins  r  cette  partie  comprend  aussi  des  renseignemens  sur 
divers  établissemens  de  bienfaisance  et  des  traits  de  vertu  et  de 
dévouement  ;  2°  des  notions  élémentaires  sur  les  arts  mécaniques, 
industriels  et  économiques ,  sur  la  tecbnologie,  sur  la  médecine 
populaire,  sur  l'économie  domestique  ;  3"  sous  le  titre  de  mélanges  j 
des  historiettes  morales  ,  qui  excitent  l'intérêt  et  adoucissent ,  pour 
ainsi  dire,  le  ton  un  peu  sérieux  des  deux  premières  parties  ;  4°  enfin , 
des  annonces  d'ouurages  nouveaux  qui  se  r  apportent  au  but  de  ce 
recueil j  la  réunion  de  ces  annonces  forme  peu  à  peu  un  catalogue 
d'ouvrages  propres  auy  en/ans ,  que  ceux-ci  et  leurs  parens  peu- 
vent consulter  avec  fruit.  L'exécution  de  ce  plan ,  suivie  avîc  cons- 
tance et  avec  zèle  .  s'est  améliorée  visiblement ,  depuis  quelques 
mois,  et  tend  à  s'améliorer  encore.  L'auteur  accompagne  souvent 
les  cahiers  de  petites  gravures  ou  de  planches  litographiées.  Pour 
le  prix  modique  de  12  francs  par  an,  les  parens  et  les  instituteurs 
peuvent  procurer,  tous  les  mois ,  à  leurs  enfans  et  à  leurs  élèves, 
un  petit  ouvrage  qu'ils  peuvent  lire,  toujours  sans  danger,  très- 
souvent  avec  profit  ou  avec  plaisir. 

On  a  fait  relier  à  part  les  six  premiers  cahiers  en  un  seul  volume, 
avec  une  table  des  matières,  et  cet  ouvrage  paraît  convenir  par- 
faitement pour  Être  donné  en  prix  dans  les  écoles ,  soit  primaires , 
soit  secondaires  ;  car  l'ouvrage  a  paru  comporter  à  la  fois  de  petits 
dialogues  ou  des  entretiens  qui  conviennent  parfaitement  au  pre- 
mier âge,  et  des  connaissances  plus  élevées  présentées  sous  une 
forme  moins  élémentaire.  Les  2  vol.,  ornés  de  gravures,  formeront, 
à  la  fin  de  cette  année ,  d'agréables  étrennes. 

Ceux  des  parens  et  instituteurs  qui  prennent  à  la  fois  un  certain 
nombre  d'exemplaires,  obtiennent  une  remise  dont  on  traite  de 
gré  à  gré  ;  car  les  vues  entièrement  désintéressées  de  l'auteur  lui 
ont  fait  chercher  les  moyens  de  livrer  cet  ouvrage  au  plus  has  prix 
possible.  Deux  journaux  allemands,  très-estimés ,  citent  ce  recueil 
avec  éloge;  la  plupart  des  journaux  français  n'en  ont  fait  aucune 
mention.  M.  le  préfet  de  la  Seine  ,  d'après  la  recommandation  de 
la  société  d'éducation,  a  souscrit  pour  12  exemplaires.  S.  E.  le  mi- 
nistre de  l'intérieur  a  témoigné  l'intention  d'en  faire  prendre  uq 
plus  grand  nombre,  pour  le  faire  connaître  aux  préfets,  aux  maires, 
aux  curés  ,  aux  regens  et  maîtres  d'école,  qui  n'ont  besoin  que  de 


LIVRES  FRANÇAIS.  191 

savoir  qu'un  tel  ouvrage  existe  pour  le  rechercher  et  pour  lui  pro- 
curer de  nombreux  lecteurs,  avides   de  ce  genre  d'instruction. 

Espérons  que  cette  entreprise  bienr^isante  et  philantropique  ,  qui 
est  une  heureuse  inspiration  d'un  excellent  cœur,  secondé  par  un 
très-bon  esprit,  sera  encouragée  et  soutenue  par  les  suffrages,  et  par 
les  souscriptions  de  beaucoup  d'hommes  de  bien ,  pénétrés  de  la 
nécessité  de  rendre  plus  populaires  les  principes  de  la  vraie  religion 
et  de  la  morïtle.  M.  A.  J. 

Livres  en  langues  étrangères  imprimés  en  France, 

106,  —  An  Essqy  on  ihe  superstition  ,  customs  and  arts ,  etc.  — 
Essai  sur  les  superstitions  ,  coutumes  et  arts  communs  aux  anciens 
Egyptiens,  aux  Abyssiniens  et  aux  Ashantes;  par  T.  Ediuard  Bow- 
DicH.  Paris ,  1821.  Imprimerie  de  Smith ,  in  4°.  de  neuf  feuilles. 

107. — Julia,  o  la  Nueva  Heloysa'y  cartas  de  dos  amantes  habi- 
tantes de  una  ciudad  chica  a  la  faida  de  los  Alpes, ,  recogidas  y  pu- 
blicadas  por  J.  J.  Rousseau.  Traducidas  por  J.  Marchena  ,  con  la- 
minas finas.  —Julie,  ou  la  Nouvelle  Héloïse  de  3.  3.  Rousseau,  tra- 
duite en  espagnol.  Toulouse  ,  1821.  Imprimerie  de  Belleguarigue , 
4  vol,  in-12 ,  ensemble  de  5y  feuilles  un  quart. 


VVV»^/VV\VV»/\VVVV*/VVVVVVV%»^\»***V%a'VVV^\VVV\V»/V\VVV%»/\'\'V»/VV\VVVVVVV\V\^  %,v 

IV.  NOUVELLES  SCIENTIFIQUES 

ET  LITTÉRAIRES. 


AMÉRIQUE. 

GuiAHK  FRANÇAISE. —Cayenne. — BotUTiique.  —  M.  le  capitaine  de 
vaisseau,  Philibert,  à  son  retour  d'une  campagne  dans  les  mers 
d'Asie  ,  a  déposé,  à  Cayenne,  en  1820 ,  une  collection  tirée  du  jardin 
botanique  de  Bourbon,  et  deux  assortimens  de  même  nature,  re- 
cueillis dans  le  cours  de  son  expédition.  L'un  de  ces  assortimens  a  été 
placé  dans  le  jardin  botanique  de  Cayenne;  l'autre,  destiné  au  Jardin 
du  Roi  à  Paris ,  a  passé  l'hiver  à  la  Guiane  française ,  d'où  il  n'a 
été  expédié  qu'au  printems  dernier ,  avec  diverses  autres  plantes 
originaires  de  cette  colonie.  {Voyez  ci-après,  art.  Paris). 

Etats  Unis. — New-Yore. — Bouclier  à  feu.  — Cette  machine  ,  qu'on 
pourrait  plutôt  appeler  nu.  parafeu  ,   a  été  inventée  par  M.  Ralph 
Buckley.  Elle  est  destinée  à  protéger  les  hommes  occupes  à  éteindre 
un  incendie ,  et  surtqut  à  empêcher  le    feu  d^étendre  ses  ravages, 
de  réduire  en  cendre  de  vastes  bâtimens  ,  et  quelquefois  même  des 
villes  entières.  Ce  bouclier  est  d'une  substance  métallique,  mince, 
légère  ,   et  impénétrable  au  feu  ;  il  a   assez  d'étendue  pour  couvrir 
entièrement  un  homme,  et  on  peut  l'employer  dans  différentes  posi 
tions.  Lorsque  l'on  s'en  sert  dans  la  rue,  il  est  fixé  fermement  sur  une 
petite  plate-forme  à  roues  ,  un  peu  élevée  de  terre  ;  le  pompier  se 
place  sur  cette  plate-forme  derrière  le  bouclier;  il  est  alors  tiré  par  le 
moyen  de  cordes  du  côté  où  le  feu  se  déclare  avec  plus  de  force,  et 
peut,  sans  courir  aucun  risque,  diriger  à  son  gré  le  tuyau  de  la  pompe 
à  feu.  On  peut  former  ainsi  une  ligne  serrée  de  boucliers  devant  le 
foyer  de  l'incendie  ,  et  les  pompiers,  abrités  par  ce  rempart,  peuvent 
faire  aller  continuellement  les  pompes,  tandis  que  par  les  moyens 
ordinaires  ils  sont  souvent  obligés  de  fuir  à  cause  de  l'ardeur  du  feu,  el 
de  le  laisser  gagner  les  édifices  voisins  du  lieu  de  l'incendie.  On  peut 
se  servir  encore  de  ce  bouclier  d'une  manière  fort  utile,  en  le  chan- 
geant de  forme  et  en  le  transportant  jusqu'à   l'étage  supérieur  des 
maisons  dont  le  toit  est  seul  enflammé;  à  l'aide  d'un  mécanisme 
fort  simple ,  on  le  fait  projeter  un  peu  en  dehors  d'une  fenêtre ,  et 


AMERIQUE.  I93 

de  là  le  pompier  lance  l'eau  de  la  pompe  sur  le  toit  de  la  maison  ou 
des  bôtimens  qui  l'entourent.  L.  S.  B. 

Cap-Haïti.  — Instruction  publique. — Le  président  a  nommé  une 
commission  d'instruction  publique  pour  cette  ville;  elle  est  composée 
de  MM.  Marcelle,  James  Simon,  Charrier  et  Prévost.  Le  23  juillet, 
.  les  généraux  Magny  et  Nord  Aleïis  ont  visité  l'école  primaire.  Voici 
quelques  passages  d'un  discours  adressé,  par  le  général  Magny , 
en  présence  des  jeunes  élèves ,   aux   membres  de  la   commission 
.d'instruction  :  «   Citoyens  ,   l!instruction    publique ,  étant  un  des 
ressorts  les  plus  importans  de  la  prospérité  nationale ,  a  été  établie 
à  Haïti  par  une  loi  qui  règle  vos  devoirs ,  comme  membres  de  la  com- 
mission d'instruction  publique.   Je  ne  m'étendrai  pas  sur  les   bien- 
, faits  de  l'instruction  ;  ses  effets  salutaires  vous  sont  bien  connus  ; 
mais  ,   comme  père  et  citoyen  ,  permettez-moi  de  vous  renvoyer  au 
cinquième  article  de  la  loi  ;  vous  y  découvrirez  la  véritable  base 
de  là  gloire  nationale  ,  le  talisman  qui  vous  dirigera  dans  toutes  les 
circonstances.  » 

M.  Prévost  a  répondu  :  «  Général ,  il  appartient  au  digne  chef 
d'un  peuple  libre  de  penser  que  l'éducation  éclairée  aide  et  en  • 
courage  les  hommes,  qu'elle  les  rend  meilleurs  en  les  rendant 
plus  heureux.  L'homme  sans  éducation  est  comme  une  masse  inerte, 
incapable  de  discerner  le  bien  dii  mal  ;  il  peut  devenir  facilement 
le  jouet  des  ambitieux,  qui  l'emploient  contre  lui-même  et  pouL* 
son  propre  malheur  5  mais  l'éducation  anime  ,  développe  les  fa- 
cultés de  son  esprit,  complète  le  travail  de  la  nature,  et  forme 
des  citoyens  utiles ,  qui  sont  d'autant  plus  précieux  qu'ils  com- 
prennent mieux  leurs  droits  et  leurs  devoirs  ;  qu'ib  sont  convaincus 
du  respect  qu'ils  doivent  à  l'auteur  suprême  de  toute  chose ,  aux 
lois,  à  ceux  qui  les  administrent,  et  qu'ils  remplissent  les  devoirs 
réciproques  imposés.aux  citoyens  :  c'est  alors  que  les  hommes  savent 
ce  qui  constitue  les  lois ,  la  patrie  et  les  vertus  domestiques.  Nés 
dans  un  climat  favorisé  du  ciel,  les  jeunes  Haïtiens  ont  une  apti- 
tude surprenante  pour  les  sciences  ;  ils  acquièrent  avec  facilité  les 
élémens  des  connaissances  que  l'on  voit  ailleurs  avec  effroi.  Peut- 
être^  parmi  les  élèves  ici  présens  _,  il  ne  manque  que  de  l'éducation 
.pour  réveiller  les  talens  d'un  Newton, d'un  d'Alembert,  d'un  Mon- 
tesquieu, d'un  Lavoisier,  d'un  Rousseau,  d'un  Racine,  et  même 
.  d'un  yoltaire.  Honorée  de. la  confiance  du  premier  magistrat  de  la 

Tome  xn.  13 


19A  ASIE.— AFRIQUE 

République ,  la  commission  de  rinstruction  publique  fera  tous  ses 
efforts  pour  atteindre  le  grand  but  de  l'instruction  :  elle  contri- 
buera avec  joie  au  bonheur  futur  de  ses  jeunes  concitoyens ,  et 
cherchera  à  mériter  la  grande  marque  de  confiance  qu'elle  a  obtenue. 
Acceptez  donc ,  général ,  comme  l'organe  du  père  de  la  patrie , 
le*  sentimens  dictés  par  l'amour  que  nous  lui  portons  personnel- 
lement, et  par  le  zèle  et  le  dévouement  dont  il  est  animé  pour  la 
République.  » 

États-Unis. — Journaux,  —  D'après  une  Gazette  américaine,  le 
nombre  total  des  journaux  de  ce  pays  est  de  35g  ;  savoir  :  279 
journaux  ou  brochures  hebdomadaires  ;  i38,  qui  paraissent  deux 
fois  la  semaine  ;  i5,  trois  fois  la  semaine,  et  27  journaux  quotidiens. 
De  toutes  ces  feuilles,  il  n*y  en  a  que  trois  qui  comptent  4>3oo 
abonnés,  et  peu  de  journaux  quotidiens  en  ont  i,3oo. 

BriSsil. — Bahia.  —  Il  paraît  ici  une  nouvelle  Gazette  intitulée  : 
Idade  d*ouro  do  Brazil  (l'Age  d'or  du  Brésil.) 

ASIE. 

Indes  omnj(tA.Liis.— ^Colonies  françaises. — Botanique. — M.  Lesche- 
nault  de  la  Tour,  naturaliste  du  roi,  à  Pondichéry ,  qui  voyage 
depuis  quelques  années  sur  le  continent  et  dans  l'archipel  de 
l'Inde,  a  iait  parvenir,  à  Bourbon,  en  1820,  quarante  -  quatre 
espèces  de  plantes  vivantes ,  recueillies  par  lui  sur  les  montagnes 
de  Coltalam,  à  quarante  milles  du  cap  Comorin.  La  formation  des 
pépinières  de  naturalisation  dans,  les  colonies  françaises  des  deux 
Indes ,  est  une  mesure  éminemment  utile  aux  sciences  naturelles. 
Elle  se  rattache  au  plan  que  le  département  de  la  marine  a  conçu 
et  suivi  depuis  181 5,  et  qui  tend  à  entretenir  constamment,  soit 
entre  nos  diverses  professions  coloniales ,  soit  entre  ces  possessions 
et  la  France,  des  échanges  mutuels  des  productions  utiles  de 
leurs  climats  respectifs.  (Voyez,  dans  ce  cahier,  les  articles  Amé- 
rique «t  Paris.) 

AFRIQUE. 

Ile  de  Botjbëon. — Botanique. — Il  existe  dans  un  jardin  botanique 
une  pépinière  de  naturalisation ,  où  sont  cultivées  une  grande 
quantité  de  plantes  appartenant  à  quatre-vingt-deux  familles  na- 
turelles, et  à  391  espèces  différentes.  Beaucoup  de  ces  plantes  ont 


AFRIQUE.  •  195 

<è\è  nouvellement  introduites  dans  la  colonie  de  diverses  parties 
"d'Afrique,  d'Asie  et  d'Europe;  presque  toutes  sont  douées  de 
propriétés  qui  les  rendent  utiles  dans  la  médecine ,  les  arts  et  le 
commerce,  ou  propres  à  la  nourriture  des  hommes  et  des  bestiaux. 
Elles  sont  destinées  à  être  répandues ,  non  seulement  parmi  les 
habitans  de  Bourbon ,  mais  aussi  dans  les  autres  possessions  fran- 
çaises des  deux  Indes,  et  môme  en  Europe.  (Voyez  ci-après,  art. 
Paris,  et  T.  XI,  p.  655.) 

Nubie. — Meroe. — Lettre  de  M,  Cailliaud ,  à  M.  Jomard  (i). 
Guérif  el  Amdah  y  village  des  Chaguys ,  à  trois  jours  de  Korli , 
\o février  1820. — Depuis  deux  jours  enfin,  nous  avons  pu  rejoindre 
.  l'armée.  Nous  avons  jusqu'ici  suivi  le  Nil,  et  déterminé  son  cours, 
qui  était  loin  d'être  bien  connu.  Vous  serez  surpris  d'apprendre 
combien  de  monumens  se  trouvent  dans  ce  lieu.  Le  Nil,  après  avoir 
fait  un  grand  coude  dans  l'est ,  remonte  dans  le  nord ,  vers  son  em- 
bouchure; c'est  le  point  où  nous  sommes  aujourd'hui.  A  sept  heures 
d'ici ,  à  l'ouest ,  rive  droite  du  fleuve  ,  est  un  village  des  Chaguys  , 
nommé  Mèroë;  à  une  heure  plus  au  nord  de  ce  village,  est  le  mont 
Barkal ,  montagne  élevée,  au  pied  de  laquelle  se  trouvent  des  restes 
considérables  d'antiquités;  savoir  :  les  ruines  de  sept  temples,  plus 
dix-sept  pyramides,  petites  à  la  vérité,  dont  plusieurs  sont  d'une 
parfaite  conservation  ;  sur  l'une  de  leurs  faces  est  un  petit  sanctuaire 
attenant  à  la  pyramide  :  plusieurs  sont  couverts  en  voûte ,  avec  clef. 
Les  murailles  intérieures  de  ce  sanctuaire ,  et  la  partie  de  la  pyramide 
qui  en  fait  le  fond ,  sontcouvertes  d'hiéroglyphes;  il  n'y  en  a  point 
sur  les  voûtes.  L'encombrement  des  sables  ne  permet  pas  de  juger 
si  les  pyramides  ont  été  oul^Ptes.  Des  observations  exactes  sur  ces 
pyramides  ajouteront  beaucoup  aux  idées  que  l'on  a  sur  celles  d'E- 
gypte. Les  temples  ne  sont  pas  d'une  conservation  égale  à  celle  de 
certaines  pyramides  ;  trois  de  ces  temples  ont  été  en  grande  partie 
coupés  dans  la  montagne  qui  est  de  grès.  Dans  le  plus  grand  ,  le  rocher 
s'est  écroulé,  et  on  ne  reconnaît  qu'une  petite  partie  du  monument.  Un 
autre ,  qui  est  un  typhonium ,  est  le  mieux  conservé  ;  le  troisième  est 
très-petit.  Il  y  a  un  temple  plus  grand  que  celui  d'El  Khargeh,  de  la 
grande  Oasis,  et  les  autres  sont  beaucoup  moindres.  Ces  antiquités 
sont  dans  un  grand  état  de  destruction  :  on  ne  voit  que  les  premières 


(i)  Cette  lettre  est  celle  qui  avait  été  égarée  et  dont  il  a  été  ques- 
tion dans  la  Rei/ue,  T,  XI ,  p.  627, 

13* 


196  AFRIQUE. 

assises,  soit  des  colonnes,  soit  des  murailles.  Néanmoins,  au  moyett 
de  quelques  fouilles ,  je  suis  parvenu  à  relever  les  plans  de  plusieurs 
monumens  ,  à  peu  près  complets. 

Sur  l'autre  rive  du  Nil ,  à  Nouri ,  sont  douze  autres  pyramides ,  à 
peu  près  aussi  grosses  que  les  principales  de  Saqqârah,  quatre  comme 
les  petites  du  même  endroit,  huit  comme  celles  que  l'on  voit  autour 
des  pyramides  de  Gyreh  ;  elles  sont  en  grès,  et  poudingue  friable^ 
nature  de  pierre  qui  est  cause  de  leur  destruction.  Voilà  un  village 
du  nom  de  Meroë,  situé  sur  une  grande  partie  de  terre  qui  a  bien 
pu  être  une  île  ,  plus  trente-six  à  quarante  pyramides  ;  enfin  ,  les 
ruines  de  sept  temples  ;  une  petite  île,  plus  au  nord  ,  porte  encore  le 
nom  de  Meroë  ;  à  cette  hauteur,  sont  encore  d'autres  îles.  L'espé- 
rance que  j'ai  de  trouver  de  grandes  ruines  à  trois  et  quatre  jours  de 
Chendy  (ce  qui  rapprocherait  de  la  latitude  que  l'on  suppose  à 
Meroë) ,  me  porte  à  croire  que  ce  n'est  pas  ici  le  lieu  tant  cherché. 
Actuellement^  aucun  Européen  n'est  devant  nous;  si  je  puis  aller 
dans  cet  endroit,  je  ne  négligerai  rien  pour  l'examiner.  Depuis  deux 
mois  l'armée  était  arrivée  ici,  et  c'est  à  cette  expédition  que  nous  de- 
vons la  découverte  si  intéressante  de  ces  monumens.  Le  tems  ne  m'a 
pas  permis  jusqu'ici  de  tout  faire  sur  ces  ruines  ;  mais  j'achèverai 
à  mon  retour  :  croyez  que  je  n'oublierai  rien  pour  l'exactitude  des 
plans  de  chacune  de  ces  pyramides ,  la  mesure  des  dimensions  et 
de  l'inclinaison,  et  le  dessin  des  sujets  hiéroglyphiques,  que  j'espère 
copier  entièrement.  Demain ,  nous  partons ,  avec  le  brave  Abdy- 
Cachef ,  pour  Barbar  et  Chendy.  L'idée  confuse  que  je  vous  donne 
précipitamment  sur  ces  antiquités  ne  vous  contentera  pas,  je  le 
sais  ;  mais  je  ne  puis  présentement  entrer  dans  une  foule  de  détails 
sur  ces  monumens,  que  je  n'ai  pas  encore  tous  suffisamment  observés. 
Le  pacha  ne  permet  plus  à  quelque  voyageur  que  ce  soit  de  venir 
jusqu'ici.  Ismayl-Pacha  envoie  des  ordres  pai;tout  pour  que  l'on  ne 
laisse  passer  aucun  européen.  Si  je  continue  le  voyage,  ce  qui  n'a 
été  décidé  qu'aujourd'hui,  je  le  dois  à  quelques  notions  que  je  puis 
avoir  en  minéralogie.  En  renvoyant  les  voyageurs ,  Ismayl  leur  dit  ; 
Vous  venez  me  voir,  pour  me  mettre  sur  vos  livres ,  etc.  Pour  ce  qui 
regarde  les  mines ,  j'ai  en  vue  trois  points  qui  me  donnent  de  grandes 
espérances  de  succès.  Gailliacd. 

Remarques  sur  la  lettre  de  M.  Cailliaud.  —  Il  a  paru  dans  des 
recueils  périodiques  une  annonce  de  la  découverte  des  ruines  de 
Meroë,  au  pied  du  mont  Barkal ,  par  deux  voyageurs  anglais;  on 


AFRIQUE.  197 

s'est  peut-être  un  peu  hâté  de  publier  cette  prétendue  découverte, 
qui  transporterait  la  fameuse  ville  de  Meroë  à  deux  degrés  trop 
au  nord  de  sa  position  réelle.  D'après  la  carte  la  plus  récente, 
celle  que  le  colonel  Leake  a  donnée  dans  le  voyage  de  Burkhardt  , 
le  pays  de  Chaguy  ou  Chaguit,  est  au  i8«  degré  3o'  à  5o'  de  latitude. 
M.  Cailliaud ,  qui  a  vu  les  ruines  dont  il  s'agit ,  dans  le  même 
tems  que  les  deux  Anglais,  nous  apprend  que  ce  point  est  à  sept 
heures  à  l'ouest  du  village  de  Guérifet  Amdab,  lequel  est  à  trois 
jours  plus  loin  que  Korti.  Dans  cette  partie  du  cours  du  Nil,  le 
fleuve  se  dirige  de  l'ouest  à  l'est  (en  remontant) ,  et  se  porte  vers  le 
nord  ;  comme  ce  grand  coude  est  bien  marqué  sur  les  cartes ,  il  n'y 
a  pas  à  s'y  méprendre,  et  il  s'ensuit  que  les  ruines  dont  il  s'agit  se 
trouvent  entre  le  18^  degré  }  de  latitude  et  le  19*.  Il  est  impossible 
de  concilier  une  pareille  position  avec  celle  de  Meroë  ;  les  auteurs 
modernes  s'accordent  tous ,  comme  les  anciens  ,  à  placer  celle-ci 
entre  les  16^  et  17*  parallèles.  M.  GosscUin  pense,  avec  Bruce,  qu'il 
faut  chercher  Meroë  à  Gerri,  un  peu  au  nord  du  i6«  degçé  ;  selon 
d' Anville,  c'est  à  Nuabia.  Si  l'on  s'en  rapporte  à  Ptolémée,  la  latitude 
était  de  lô*  26';  et  l'on  croit  que  le  calcul  d'Hipparque  la  porterait 
à  16°  26'  42"  ;  ceux  d'Eratosthène  et  de  Strabon.à  16°  5i'  26'^  D'un 
autre  côté, selon  Pline  et  les  anciens  géographes,  il  y  avait  5, ooo  stades 
de  Meroë  à  Syène,  comme  de  Syène  à  Alexandrie.  Quelle  que  soit  la 
valeur  de  ces  stades  sur  laquelle  on  dispute  (assez  mal  à  propos  ) , 
on  peut  en  conclure  ,  avec  une  grande  vraisemblance,  la  position  de 
Meroë,  ou  du  moins  l'opinion  des  anciens  sur  son  emplacement; 
et,  puisque  la  différence  en  latitude,  entre  Syène  et  Alexandrie  , 
d'après  les  meilleures  observations,  est  certainement  de  7°  7'  t^z"  ,orx 
ne  peut  chercher  Meroë  plus  au  nord  que  lô*»  57'  4i"«0n  retrouverait 
ici  les  cinquante -deux  journées  et  les  douze  schœnes  que  comptait 
Hérodote,  au-dessus  d'Eléphantine,  en  suivant  le  fleuve.  Enfin,  selon 
Pline ,  les  explorateurs  de  Néron  avaient  trouvé  873  milles  (  ou  896  ) , 
depuis  Syène  jusqu'à  Meroë  ;  il  donne  tout  le  détail  de  leur  itiné- 
raire, ce  qui  inspire  de  la  confiance.  Or,  le  compas  appliqué  sur 
le  cours  du  Nil,  tel  qu'on  le  connaît  aujourd'hui,  fournit  880  milles 
romains  ,  depuis  Syène  jusque  sous  le  17*  parallèle.  Mais  il  y  aurait 
220  milles  ,  ou  un  quart  de  moins,  en  s'arrêtant  aux  ruines  du  mont 
Barkal;  différence  énorme  et  qu'on  ne  peut  rejeter  sur  l'inexactitude 
de  la  mesure. 


198  AFllIQUE, 

M,  Cailliaud  ,  qui  a  étudié  à  loisir  les  antiquités  du  mont  BarkaF, 
a  soupçonné  qu'il  n'était  pas  à  Meroë  ;  et  comme  il  semble  avoir  eu 
connaissance  de  grandes  ruines  placées  du  côté  de  Chendy^  il  a  conçu 
l'espoir  d'y  trouver  la  ville  tant  cherchée.  Cette  espérance  me  paraît 
fondée  ou  extrêmement  raisonnable.  En  effet,  l'observation  faite  par 
Bruce  donne,  pour  latitude  de  Chendy,  16°  38'  35"'.  Les  ruines  dont 
il  est  question  sont  à  quelques  jours  de  Chendy,  selon  M.  Cail- 
liaud (environ  vingt  minutes,  pour  ce  voyageur  qui  marche  à  petites 
journées  ).  On  voit  que  la  position  qui  en  résulte  correspond  assez 
bien  avec  les  anciennes  latitudes  d'Eratosthène  et  Strabon. 

Voici  ce  qui  confirme  encore  cette  idée:  Bruce  a  vu  des  obélisques 
et  d'autres  ruines  sur  la  montagne  de  Gibbaini,  en  face  de  l'ile 
Kurgos;  ce  point,  dans  sa  carte,  est  vers  16°  58'.  Les  Arabes,  dit- 
il  ,  y  ont  trouvé  des  statues  d'hommes  et  d'animaux ,  en  pierre  noire , 
et  beaucoup  de  débris.  L'île  même  de  Kurgos  pouvait  être  Vile  sa- 
crée de  Meroê.  Tout  cela  me  semble  d'accord  avec  notre  conjecture 
qui^  d'ailleurs,  sera  bientôt  confirmée  ,  ou  démentie,  puisque  M.  Cail- 
liaud était  déjà,  le  6  mars ,  à  Barbar  ou  Berber,  et  qu'à  la  fin  du  mois 
il  devait  s'acheminer  à  Chendy,  et  de  là  à  Sennar. 

Il  est  difficile  de  comprendre  comment  on  a  pu  chercher  l'île  de 
Meroë  un  peu  au  sud  du  parallèle  de  Dongolah  ,  à  soixante  ou 
soixante-dix  lieues  au  -  dessous  du  point  où  le  Nil  reçoit  l'Atbara 
ou  l'Astaboras,  lequel  formait,  avec  l'Astusaba  et  l'Astapus ,  cette 
île  si  fameuse  et  si  anciennement  civilisée.  D'ailleurs ,  à  partir  de 
ce  point,  il  n'y  a  plus  aucune  île  d'importance,  excepté  l'île  d'Argo  , 
et,  si  l'on  veut ,  la  petite  île  de  Saï,  où  sont  des  antiquités.  On  a  été 
séduit  par  le  nom  qui  est  attribué  aux  ruines  du  mont  Barkal  ;  mais 
un  nom  analogue  existe  en  d'autres  lieux,  par  exemple  dans  la  Basse- 
Nubie»  à  quatorze  lieues  seulement  de  la  ville  de  Syène.  De  plus , 
il  faudrait  connaître  l'orthographe  précise  de  ce  nom  ;  l'endroit  est 
appelé  Merawe  dans  la  carte  du  colonel  Leake.  Il  est  à  regretter 
que  le  savant  voyageur  Burckhardt  n'ait  pas  pu  aller  sur  les  lieux, 
et  donner  le  nom  en  caractères  arabes ,  ainsi  qu'il  a  donné  celui 
de  Merouau ,  situé  près  de  Kalabch ,  l'ancienne  Talmis.  Meraoua  , 
en  langue  berbère,  signifie  dix,  selon  Venture.  Ajoutons  qu'il  existe, 
près  de  Syènc  ,  une  montagne  appelée  Meroeîi ,  d'après  les  manus- 
crits coptes  publiés  par  Zoëga.  On  ne  peut  donc  licn  conclure  ici  de 
Ja  coïncidence  fortuite  cl  imparfaite  des  |nom3  anciens  et  du  nom 


EUROPE.  199 

moderne.  Au  surplus,  un  seul  mot  semble  trancher  la  question  : 
Meroë  était  dans  une  île ,  et  le  mont  Barkal  appartient  à  la  Terre- 
Ferme.  JOMARD  (i). 

SÉjxÉGkL. — Saint-Louis. — Enseignement  mutuel.  —  Extrait  d'une 
lettre  adressée  à  M.  Jomako  ,  secrétaire  de  la  société  d'éducation.  — 
Notre  école  ne  le  cède  en  rien  à  celles  de  l'Europe ,  sous  le  rapport 
àes  progrès  et  de  la  conduite  des  enfans.  Le  nombre  des  élèves  y  est 
presque  doublé.  Souly  ,  l'un  des  princes  otages  ,  est  maintenant 
dans  la  6«  classe ,  et  les  trois  autres  viennent  d'entrer  dans  la  cin- 
quième. Ils  sont  entrés  à  l'école  le  23  octobre  dernier,  et  sont  restés 
trois  semaines  absens.  Ces  quatre  intéressans  écoliers  me  donnent  les 
plus  belles  espérances,  La  seconde  division  forme  une  école  vrai- 
ment française ,  d'où  le  langage  wolof  est  entièrement  banni.  Un 
des  articles  du  règlement  porte  que ,  toutes  les  fois  que  les  élèves 
de  cette  division  parleront  wolof  entre  eux  ^  ils  écriront  quatre 
verbes.  Ils  ont  si  bien  pris  maintenant  l'habitude  de  parler  français  , 
qu'il  est  très-rare  qu'ils  soient  punis  pour  ne  l'avoir  pas  fait.  Quelques- 
uns,  dans  une  dictée  courante  d'une  page  ,  ne  font  que  trois  ou 
quatre  fautes  ,  et  quelquefois  même  aucune.  Tous  les  mercredis  ,  je 
fais  réciter  une  soixantaine  de  beaux  vers  ou  deux  pages  de  prose 
choisie  ;  ces  leçons  ,  ainsi  que  celles  du  catéchisme  ,  sont  très-bien 
sues.  Les  autorités  ont  honoré  plusieurs  fois  l'école  du  Sénégal  de 
leur  présence.  Le  6  janvier  dernier,  le  gouverneur  a  distribué  aux 
élevés  des  deux  divisions  trente-quatre  prix  ou  encouragemens , 
auxqueb  il  donnait  une  nouvelle  valeur  par  des  paroles  pleines  de  dou- 
ceur et  de  bonté.  Le  jeune  Bourneuf ,  l'un  de  mes  moniteurs  généraux 
d'ordre  qui  a  obtenu  le  prix  d'honneur  ,  a  pris  la  parole ,  au  nom  de 
ses  condisciples  ,  pour  remercier  le  gouverneur  ,  et  lui  assurer  que 
tous  travailleraient  avec  plus  de  zèle  que  jamais  à  se  rendre  dignes^ 
de  ses  bienfeits  et  de  ceux  du  gouvernement. 

Daspbes  ,  directeur  de  l'école  du  Sénégal' 

EUROPE. 

ILES    BRITANNIQUES. 
— CoMïÉ  DE  MiooL£SEX. — Bov?.  Feutrc pour  doublcr  Ics  vuisseaux ^ 


(i)  Nous  donnerons,  dans  un  de  nos  prochains  cahiers  ,  une  nou- 
velle lettre  de  M.  Cailliaud ,  en  date  du  5  mai. 


200  EUROPE. 

—M.  William  Wood  ,  habitant  de  cette  ville ,  a  découvert  qu'un 
léger  feutre  de  poils  ou  d'un  mélange  de  poils  et  de  laine  imbibé  de 
goudron,  devient  parfaitement  élastique  et  résiste  à  l'action  de  l'eau. 
Concevant  de  quelle  importance  cette  substance  pouvait  être  pour 
doubler  les  vaisseaux  et  les  mettre  à  l'abri  d'une  voie  d'eau,  il  a  éta- 
bli une  fabrique  de  ce  feutre,  où  l'on  en  fabrique,  d'une  manière  expé- 
ditive  et  économique  ,  des  feuilles  de  toutes  grandeurs.  Ces  feuilles 
s'attachent  aux  côtés  extérieurs  et  à  la  cale  du  vaisseau  avec  des 
clous ,  on  les  recouvre  ensuite  de  planches.  L'inventeur  de  cette, 
substance  la  nomuae/hutre  adhérent.  Elle  est  élastique,  au  point  de 
prêter  partout  sans  se  briser  ,  sans  que  le  tissu  s'affaiblisse  ,  et  sans 
donner  accès  à  l'eau.  Cette  qualité  est  surtout  précieuse  dans  le  cas 
où  les  planches  du  vaisseau  pourraient  s'écarter,  et  le  bois  éclater, 
ce  qui  arrive  lorsqu'un  navire  échoue.  Ce  feutre  deviendrait, 
en  pareil  cas,  un  préservatif  certain;  il  protège  aussi  les  vaisseaux 
contre  les  ravages  des  vei-s  de  tous  les  climats.  Le  poil  seul  ,  ou  le 
poil  et  la  laine  se  préparent  pour  faire  ce  feutre,  de  la  même  manière 
qu'on  apprête  celui  qui  sert  au  chapelier.  Une  fois  que  cette  opéra- 
tion est  terminée,  on  trempe  les  feuilles  de  feutre  dans  du  goudron  ou 
de  la  poix  fondue,  on  les  passe  ensuite  à  une  légère  pression  pour  en 
extraire  l'excès  du  goudron  ;  puis  les  faire  sécher ,  après  quoi  l'on 
peut  s'en  servir.  L.  S.  B. 

HcLL.  —  Bâtiment  à  vapeur,  —  II  vient  d'être  établi  dans  cette 
ville  un  bâtiment  à  vapeir  d'une  construction  entièrement  nouvelle, 
destiné  à  naviguer  de  Hull  à  Londres  par  tous  les  tems.  On  assure 
que  cette  navigation  s'effectuera  sans  le  moindre  danger ,  tout  le 
mécanisme  étant  intérieur.  Ce  bâtiment  fera  ,  dit-on,  de  lo  à  la 
milles  anglais  (3  à  4  lieues  par  heure}  ;  il  ne  mettra, pour  faire  le  tra- 
jet de  Hull  à  Londres^  que  24  heures^  c'est-à-dire  10  heures  de 
moins  que  le  coche.  Il  est  assez  spacieux  pour  transporter  cent 
quatre-vingts  tonneaux  de  marchandises  et  trois  cents  passagers. 
En  cas  de  mauvais  tems  et  d'une  grosse  mer,  durant  lesquels  on  ne 
peut  se  servir  de  la  pompe  à  feu ,  on  a  adapté  à  celle-ci  un  mécanisme 
qui  sert  à  hisser  des  mâts  et  des  voiles  ,  au  moyen  desquels  ce  bâti- 
ment pourra  voguer  et  tenir  la  mer  comme  tout  autre  navire  ,  ce 
qu'ancun  des  bâtimens  à  vapeur  à  présent  en  usage  n'est  en  état  de 
faire. 

Ccjui-ci  est  construit  d'cxcellcns  matériaux  ,  doublé  en  cuivre,  et 
du  port  de  deux  cent  vingt- cinq  tonneaux,  La  force  de  la  pompe  qui 


f 


EUilOPE.  201 

le  fera  mouvoir  est  égale  à  celle  de  soixante-dix  chevaux  ;  la  chau- 
dière est  iaite  de  manière  qu'on  ne  puisse  craindre  aucun  accident. 
Ce  bâtiment  coûte  aux  propriétaires  de  216  à  24o»ooo  francs  ;  ils  ont 
obtenu  un  brevet  d'invention. 

14. — Ecosse. — Apographe^  ou  Nouvel  instrument  pour  copier  les 
dessins.  *—  M.  André  Smith  ,  écossais,  est  l'inventeur  de  cette  ingé- 
nieuse machine;  elle  est  construite  de  manière  à  copier  un  dessin  avec 
une  parfaite  exactitude  sur  le  papier,  le  cuivre,  etc.  ;  on  peut  à  volonté 
reproduire  la  copie  sur  une  échelle  plus  grande  ou  plus  petite.  Cette 
découverte  est  d'autant  plus  précieuse  pour  les  arts  ,  qu'on  ne  pos- 
sède, en  instrument  du  même  genre ,  que  le  pantographe  ,  qui  en 
diffère  cependant  essentiellement,  et  dont  les  impressions  manquent 
de  netteté  et  s'obtiennent  beaucoup  plus  lentement  que  par  le  nou- 
veau procédé.  L.  S.  B. 

*—  EoiMBouRci.  —  Une  société  mêdico  -  chirurgicale  vient  d'être 
fondée  dans  cette  ville  ,  sur  le  modèle  de  celle  de  Londres.  Elles  ont 
toutes  deux  pour  même  but  de  seconder  les  progrès  de  la  médecine 
et  de  la  chirurgie.  La  plupart  des  professeurs  de  l'université,  et 
plusieurs  des  médecins  les  plus  respectables  de  la  ville ,  ont  coopéré 
à  sa  fondation.  Le  docteur  Duncan  a  été  élu  premier  président.  Les 
séances  commenceront  l'hiver  prochain  ;  outre  les  membres  ordi- 
naires et  honoraires  ,  la  société  se  réserve  d'admettre  des  corres- 
pondans.  Les  papiers,  mémoires,  renseignemens,  etc. ,  devront  être 
adressés  au  président  de  la  société,  ou  à  l'un  des  deux  secrétaires 3 
les  docteurs  Alison ,  n"  44»  Heriot  Row,  et  Robert  Hamilton,  n"  3. 
Northumberland-Street,  à  Edimbourg.  L.  S.  B. 

— La  Société  phrénologique  marche  avec  un  zèle  infatigable  vers 
le  but  qu'elle  s'est  proposé  ;  savoir  :  d' examiner  et  de  faire  connaître 
les  rapports  qui  existent  entre  les  parties  cérébrales  et  les  manifes- 
tations affectives  et  intellectuelles  de  l'homme  ;  elle  a  publié  le 
premier  rapport  de  ses  travaux  depuis  son  établissement ,  qui  date 
du  22  février  1820  ,  jusqu'à  la  fin  de  la  seconde  session,  le  23  avril 
1821 .  Elle  n'a  eu  que  dix  membres ,  pendant  la  durée  de  la  première 
session  ;  elle  en  compte  maintenant  cinquante,  résidens  ou  corres- 
pondans.  {Voj.  Tom.  IX,  p.  180.) 

Parmi  les  mémoires  lus  à  la  société  par  ses  membres,  se  trouvent  : 
\'*  un  Essai  sur  les  dlfférens  systèmes  philosophiques  et  sur  la  fa- 
cilité d'étudier  V homme  ^  d'après  des  principes  phrénologiques,  pai^ 


202^  EUROPE. 

le  révérend  David  Welch  ;  2°  un  Essai  sur  les  causes  de  Vètat  impar- 
fait où  se  trouve  la  science  métaphysique  et  sur  les  moyens  dy  porter 
remède  i  par  G.  Combe,  président  de  la  société;  3o  observations 
sur  les  moyens  d^ améliorer  le  sort  de  la  race  humaine,  par  le  même; 
4"  sur  la  théorie  du  goût  et  du  beau ,  d'après  des  principes  phrèno- 
logiqueSy  par  sir  G.  Mackenzie  ;  5°  Essai  sur  le  rapport  entre  la  phi- 
losophie et  la  phrénologie,  par  V.  Ritchie. 

La  société  s'est  aussi  occupée  de  former  une  collection  de  crânes 
d'animaux  et  d'hommes  de  différens  pays ,  particulièrement  de 
criminels  exécutés,  pour  comparer  chez  ces  derniers  le  dévelop- 
pement de  leur  cerveau  avec  leurs  actions ,  et,  autant  qu'il  est  pos- 
sible ,  avec  l'histoire  de  leur  vie.  —  A  la  fin  du  rapport ,  la  société 
annonce  l'intention  de  publier  un  journal  destiné  à  présenter  tout 
ce  qui  a  rapport  au  but  de  son  institution.  Elle  invite  les  amis  de 
l'étude  phrènologique  à  lui  communiquer  des  notices  sur  ce  qu'ils 
croiront  utile  aux  progrès  de  cette  science  ;  elle  rappelle  surtout 
aux  voyageurs  l'importance  de  comparer  les  caractères  et  les  mœurs 
des  nations  avec  la  conformation  de  leurs  têtes.  Les  personnes  qui 
désirent  se  mettre  en  relation  avec  la  société ,  peuvent  s'adresser 
à  M.  Al.  Fleming ,  secrétaire  de  la  société ,  n°  3.  Castle-street,  à 
Edimbourg. 

LoNDHES.  — Missions  d^Asie.  —  Les  principaux  ouvrages  que  les 
missionnaires  emportent  avec  eux  à  Sérampore ,  pour  hâter  la  con- 
version de  i5o  millions  d'hommes,  sont  Michaelis,  sur  les  lois  de 
Moïse;  Doddridge ,  œuvres  complètes;  Schleusner,  lexicon  ;  les 
œuvres  de  Bogue,  d'Owen,  etc.  Ils  y  joignent  aussi,  sous  le  titre  de 
sciences  générales,  divers  livres  classiques  sur  les  sciences  naturelles, 
tels  que  les  traités  géographiques  de  Guthrie,  des  ouvrages  d'astro- 
nomie ;  enfin,  les  recueils  consacrés  à  la  minéralogie  et  à  la  géologie, 
par  M.  Philips,  l'un  des  plus  savans  minéralogistes  de  l'Angleterre. 
(Extrait  de  l'intéressant  recueil  iniïtulé:  Archives  du  christianisme, 
a'  livraison,  4*  année). 

— Philologie. — Langue  zèlandaise.—La  Société  missionnaire  a  fait 
venir  de  la  Zélande  deux  chefs ,  Shanhi  et  Whyhato ,  qui  lui  étaient 
absolument  nécessaires  pour  la  confection  de  la  grammaire  zèlan- 
daise  qui  s'imprime  en  ce  moment.  Pendant  le  séjour  qu'ils  ont  fait  4 
Cambridge ,  M.  le  professeur  Lcc  s'est  beaucoup  aidé  de  leur  secours 
pour  compléter  et  arranger  les  matériaux,  rassemblés  depuis  long- 


EUROPE.  203 


tems  par  M.  Kcndall  :  il  a  entièrement  terminé  un  vocabulaire  et  une 
grammaire  de  la  langue  de  la  Nouvelle-Zélande,  les  premiers  qui 
aient  paru  en  Europe  ,  disposés  dans  un  ordre  logique.  L'ouvrage 
comprend  aSo  pages,  dont  i3o  sont  consacrées  à  la  grammaire  et  aux 
*  exercices,  et  le  reste  au  vocabulaire.  Une  grande  partie  de  l'édition 
a  été  tirée  sur  de  très-fort  papier  ;  quelques  exemplaires  sont  impri- 
més sur  papier  fin  pour  être  mis  en  vente  ;  enfin  ,  on  a  imprimé  les 
parties  les  plus  élémentaires  de  ce  traité  sur  des  cartes  en  pâte  de 
carton ,  pour  être  distribuées  aux  enfans  dans  ces  îles  lointaines. 
{Archives  du  chiistianisme.) 

— Le  ClassicalJournal^  qui  se  continue  depuis  donze  ans,  et  dont  il 
paraît  chaque  trimestre  un  cahier  de  226  pages  in  8°  grand  format,  est 
consacré  uniquement  aux  langues  anciennes,  à  la  grammaire,  aux 
étymologies ,  à  la  critique  philologique  ,  aux  antiquités ,  à  la  biblio- 
graphie des  auteurs  classiques  imprimés  ou  manuscrits,  à  l'explication 
des  textes  originaux  de  la  Bible;  enfin,  à  toutes  les  parties  de  la  litté- 
rature orientale.  C'est  proprement  le  journal  de  l'érudition  la  plus 
approfondie  qui  paraisse  en  Europe ,  si  on  excepte  le  Journal  des  sa- 
vans ,  publié  à  Paris  ;  il  est  vrai  qu'on  insère  dans  ce  Classical  des 
thèmes  et  des  vers  de  collège  ;  on  est  maître  de  ne  pas  s'y  arrêter. 
Ce  qui  se  fait  remarquer  particulièrement  dans  le  numéro  de  juin  , 
c'estla  quatrième  partie  d'un  traité  de  M.  G.  Townsendsur  l'origine, 
les  progrès,  la  décadence  de  l'idolâtrie,  et  une  savante  notice  de  la 
nouvelle  édition  des  poésies  d'Homère,  publiée  à  Londres  en  1820, 
par  le  célèbre  R.  P.  Knight.  L — s. 

— Académie  royale  de  peinture. — En  général ,  l'exposition  n*a  pas 
été  brillante.  Il  y  avaittrès-peu  de  tableaux  historiques,  et  tous  étaient 
au-dessous  du  médiocre.  Les  portraits  en  pied,  quoique  fort  nombreux, 
n'excitaient  aucun  intérêt,  ni  par  le  mérite  de  l'exécution,  ni  par  les 
personnages  qu'ils  représentent.  Les  paysages  seuls  se  faisaient  re- 
marquer, et  entre  autres  ceux  que  M,  Edwart  a  peints  sur  verre  ;  ils 
sont  d'une  vérité  parfaite  et  d'une  grande  fraîcheur  de  coloris. 

— Peinture  et  gravure. — Le  portrait  du  roi  Georges  IV,  tel  qu'il  était 
après  son  couronnement,  a  été  peint  par  sir  E.  Laurence^  président 
de  l'académie  royale.  Il  représente  le  roi,  dans  toute  la  pompe  du 
costume  royal ,  assis  dans  la  chaise  de  saint  Edouard  ,  la  couronne 
d'Angleterre  sur  la  tête  ,  et  le  sceptre  à  la  main.  —  On  a  gravé  der- 
nièrement un  portrait  de  sir  Wallcr  Scott, -d'après  une  esquisse  ori- 
ginale par  M,  Slater. 


20A  EUROPE. 

Dublin.  — L^institulioa  royale  d'Irlande  a  offert  un  prix  de  cinq 
cents  guinées,  pour  le  meilleur  tableau  représentant  le  débarquement 
du  roi  Georges  IV  en  Irlande.  L.S.B. 

RUSSIE. 

Bibliothèques^  musées f  éiablissemens  scientifiques.  —  Voici 
quelques  détails  sur  les  ressources  que  présentent  aux  savans  et  aux 
amis  des  lettres  et  des  arts  les  principales  villes  de  la  Russie.  Nous 
commencerons  par  les  bibliothèques  publiques. 

A  Saint- PiiEBSBouBG. —  i°  La  bibliothèque  impériale ,  à  THermi- 
tage  ;  elle  est  de  3oo,ooo  volumes ,  et  contient  celles  de  beaucoup 
d'hommes  célèbres  du  dernier  siècle  î  par  exemple ,  deBusching, 
de  Diderot ,  de  Voltaire  ,  de  d'Alembert.  Déjà  riche  en  beaux  et 
en  rares  ouvrages ,  elle  continue  d'en  acquérir.  Deux  bibliothé- 
caires sont  préposés  à  sa  conservation  :  malheureusement,  elle  n'est 
pas  encore  disposée  pour  recevoir  le  public.  20.  La  bibliothèque 
de  Zaluskii  maintenant  impériale.  Elle  appartenait  à  la  Répu- 
blique de  Pologne,  et  fut  transportée,  en  1799,  à  Saint-Pétersbourg, 
où  elle  est  disposée  avec  soin  dans  un  local  fort  élégant.  A  chaque 
étage,  il  y  a  une  belle  roionde  et  deux  salles  latérales  :  elle  a,  comme 
la  bibliothèque  del'Hermitage,  3oo,ooo  volumes,  parmi  lesquels  on 
remarque  tout  ce  que  la  philologie  ancienne  et  orientale  a  de  plus 
précieux.  Elle  est  entretenue  avec  soin  et  ouverte  au  public,  3°  La 
bibliothèque  du  grand- duc  Constantin  ,  composée  d'environ  3o,ooo 
volumes  de  diplomatie  ,  d'histoire  et  d'art  militaire.  4°  Celle  de 
r Académie  des  sciences  ;  c'est  la  plus  considérable  après  les  deux 
bibliothèques  impériales,  car  elle  compte  60,000  volumes,  parmi 
lesquels  plus  de  3,ooo  en  chinois,  mantschou,  tangutschou.  Elle  est 
riche  aussi  en  manuscrits  asiatiques ,  en  plantes  et  papillons  peints  , 
et  en  autres  objets  d'histoire  naturelle ,  venant  de  madame  Mérian 
et  du  docteur  Fothcrgill  ;  les  ouvrages  russes  ,  au  nombre  de  3, 000, 
sont  séparés  des  autres.  5°  La  bibliothèque  du  couvent  de  Newslci^ 
contenant  des  manuscrits  slavons ,  des  actes  des  conciles ,  les  écrits 
du  philosophe  allemand  Wolf,  et  plusieurs  traités  théologiques. 
6"  La  bibliothèque  du  corps  des  Cadets  impériaux  ;  elle  a  plus  de 
13,000  volumes,  et  s'augmente  tous  les  ans.  j"  La  bibliothèque  du 
Collège  de  médecine.  8**  Celle  delà  Société  économique.  9"  Ctlle  de 
l'Université ,  nouvcUcmcnt  fondée,  et  qui  a  déjà  11,000  volumes. 


I 


j 


EUROPE.  205 

Saint-Pétersbourg  renferme  en  outre  plus  de  vingt  bibllothèquee 
particulières  que  l'on  peut  citer ,  tant  parce  qu'elles  sont  considé- 
rables que  parce  qu'elles  renferment  des  ouvrages  rares  et  pré- 
cieux :  telles  sont  celles  des  comtes  Tschernichef ,  Schouvalof, 
Tscheremetef ,  Strogonof,  Youssoupof,  Boutourlin,  de  feue  la  prin- 
cesse Datschkof,  du  conseiller  intime  Betzkoï,  du  prince  Kourakin  , 
du  lieutenant  général  de  Klinger  ;  ce  dernier  possède  les  meilleurs 
ouvrages  littéraires ,  historiques  ,  philosophiques  et  politiques  an- 
glais ,  allemands,  français  et  italiens.  Ou  remarque  aussi  la  belle 
collection  de  manuscrits  autographes  de  princes,  de  militaires, 
d'hommes  d'état  et  de  savans  de  tous  les  états  de  l'Europe.  Cette 
collection,  connue  d'abord  sous  le  nom  de  Doubrowskij  est  devenue 
impériale. 

A  Moscou  ,  il  y  a  deux  bibliothèques  remarquables  :  ce  sont  celles 
de  V  Université  et  du.  Synode.  Cette  dernière  est  riche  en  manuscrits 
grecs  du  mont  Athos  ;  mais  toutes  deux  ont  éprouvé  des  pertes 
considérables  à  l'époque  de  l'incendie. 

On  doit  remarquer  encore  la  bibliothèque  publique  de   Demidof^ 
celles  de  Kasan  et  d'Astracan;  la  dernière  contient  beaucoup  de 
manuscrits  persans  et  tartares;  la  bihliolkègue  de  Vumuersilé  de 
Dorpat,  qui i  avec  les  6,000  volumes  qu'elle  doit  à  la  munificence 
du  grand-duc  Constantin,  en  possède  maintenant  3o,ooo  ;  les  bi- 
bliothèques A'Abo,  Wdna  et  Khaikof;  celle  de  Riga,  qui  renferme 
des  ouvrages  fort  précieux  ;  elle  est  établie  dans  un  bâtiment  neuf 
et  élégant;  et  chaque  membre  de  la  magistrature  municipale  est 
tenu,  à  son   entrée  en  fonction,  de  faire  présent  d'un  ouvrage  à: 
cette  bibliothèque.  Ou  y  garde  une  lettre  originale  de  Luther  aux 
magistrats  de  Riga ,  qui  lui  avaient  demandé  un  prédicateur.  Riga 
possède  en  outre  deux  bibliothèques ,   dont  l'une  est  aux  écoles , 
l'autre  à  la  cour  de  justice.  Nous  citerons  encore,  à  Kief,  la  bi- 
bliothèque du  couvent  de  moines  Peschersky  ;  la  bibliothèque  fondée 
par  le  patriarche  Nikon,  dans  le  couvent  de  moines,  bâti  par  lui  à 
fFoskresenskoï ,  gouvernement  de  Moscou  ;  elle  est  abondamment 
pourvue  de  manuscrits  ;  enfin ,  la  belle  bibliothèque  du  couvent 
Troitzkoï-Sergeief,  à  dix  milles  de  Moscou. 

Les  musées  de  Saint-Pétersbourg  sont  :  i^le  cabinet  d'histoire  na- 
turelle ,  d'objets  d'arts  et  de  médailles;  il  est  complet,  en  ce  qui  re- 
garde la  botanique  et  la  zoologie  ;  2«»  le  musée  d'antiquités  ,  établi 


206  EUROPE. 

dans  le  palais  de  la  Tauride  ;  5°  le  cabJnet  minéralogique  des  ingé- 
nieurs des  mines  ;  4°  le  cabinet  des  instromens  du  collège  de  mé- 
decine ;  5°  le  cabinet  impérial  des  tableaux  à  l'Hermitage,  qui 
contient  quatre  mille  tableaux  de  diverses  écoles,  des  dessins  des  plus 
grands  maîtres  ,  et  plus  de  trente  mille  gravures.  Il  y  a  en  outre  une 
collection  de  quinze  mille  pierres  précieuses  et  pierres  gravées  ,  des 
médailles  russes  de  toutes  les  époques ,  et  de  beaux  ouvrages  de 
sculpture.  —  On  remarque  dans  la  même  ville  les  Musées  du  même 
genre ,  appartenant  aux  comtes  de  Tschernicbef ,  de  Strogonof ,  de 
Bezborodko,  de  Scheremetef,  et  aux  princes  Youssoupof  et  Belo- 
zelski.  L'amiral  Mordwinof  possède  une  riche  collection  de  ta- 
bleaux; on  y  en  voit  beaucoup  des  peintres  des  xiv®  et  xv"'  siècles,  et 
on  y  trouve  sept  cents  dessins  originaux.  Les  cabinets  des  comtes  de 
Romanzof  et  du  prince  Gallitzin  sont  riches  en  objets  d'histoire  na- 
turelle et  de  minéralogie.  On  distingue  encore  la  collection  d'anti- 
quités du  comte  de  Korsakof  et  celle  de  médailles  du  général  de 
Suchtelen;  celle  de  gravures  d'OlsoufieP,  qui,  après  la  collection 
impériale,  est  la  plus  belle  et  la  plus  nombreuse. 

y^  Moscou  i  il  y  a  un  musée  pour  les  antiquités,  l'histoire  na- 
turelle ,  la  physique  et  les  mathématiques  ;  à  TP^ilna ,  un  cabinet 
d'histoire  naturelle ,  riche  en  belles  pétrifications.  Le  docteur  Bseh- 
rens  a  réuni,  à  Riga ,  une  collection  d'objets  d'art  et  d'histoire  na- 
turelle ;  les  médailles  et  les  minéraux  de  Bergmann,  et  la  collection 
d'Essens,  composée  de  lettres  d'hommes  célèbres,  méritent  d'être 
citées. 

Nous  n'indiquons  point  les  collections  de  moindre  importance , 
mais  nous  pouvons  assurer  que  ces  renseignemens ,  que  nous  tirons 
du  n*  i83  de  la  Gazette  littéraire  de  Leipsick,  sont  beaucoup  plus 
fidèles  que  les  données  incertaines  qu'on  lit  à  ce  sujet  dans  la  géo- 
graphie 9  publiée  à  Weimar  par  Hassel.  Ph,  Golbéby. 

DANEMAIICK. 

Copenhague. — La  Société  économique  a  proposé  un  prix  de  loo 
species  à  l'auteur  du  meilleur  mémoire  sur  les  animaux  à  vertèbres  , 
les  insectes,  les  vers  et  les  minéraux  du  Danemarck.  Il  est  assez 
extraordinaire  que  ces  Jaranches  de  l'histoire  naturelle  n'aient  pas 
fait  les  mêmes  progrès  dans  ce  pays  que  la  botanique  ;  la  société  dé- 
sire que  l'on  s'attache  particulièiemcnt  à  traiter  la  question  sous 


EUROPE.  207 

les  rapports  économiques.  Les  mémoires  seront  reçus  jusqu*^à  la 
fin  de  1822.  —  Les  autres  questions  proposées  sont,  ou  relatives  à 
l'art  vétérinaire,  ou  de  nature  à  n'intéresser  que  l'état  politique  et 
commercial  du  Dancmarck. 

— ha  Société  des  sciences  a  entendu,  le  5  janvier,  un  mémoire  de 
.  M.  Oerstedt  sur  la  théorie  du  magnétisme  de  la  terre. — Le  9  fé- 
vrier, M.  l'évêque  Mûnter  a  soumis  à  l'examen  de  la  société 
une  dissertation  sur  l'année  de  la  naissance  de  Jésus-Christ.  Il  s'est 
aidé,  dans  ses  recherches,  d'observations  astronomiques  peu  connues, 
quoique  anciennes ,  et  a  fixé  cette  naissance  six  ans  avant  l'ère  dite 
Dionysiaque ,  c'est-à-dire  à  l'an  de  Rome  747. — Le  23  février ,  le 
professeur  Schumach  a  fait  connaître  la  méthode  selon  laquelle  il  a 
fixé  une  base  pour  mesurer  les  degrés  dans  le  Holstein. —  Le  9  mars, 
M.  Oerstedt  a  lu  un  traité  sur  diverses  expériences  relatives  à  l'eau 
des  sources ,  et  une  autre  sur  l'analyse  chimique  d'une  pierre  pro- 
venant des  murs  de  Babylone. 

— La  Société  royale  de  médecine  a  écouté  avec  intérêt  un  rapport 
sur  le  traitement  pratiqué  par  un  de  ses  correspondans,M.  Wendelboc, 
à  un  individu  attaqué  depuis  neuf  ans  d'une  maladie  de  nerfs, "qui  se 
présentait  sous  les  formes  les  plus  extraordinaires ,  et  que  cependant 
il  a  guéri.  —  M.  le  professeur  Herholt  a  lu,  le  8  mars,  une  disser- 
tation de  partis  animi  corporisque  affectibus ,  quibus  virgo  Hqf- 
niensis  ^  per  plures  annos  vexala  fuit  excisione  273  acuum  féliciter 
sublatis;  et ,  le  22 ,  des  observations  de  acubus  deglutitis  a  scripio- 
ribus  Collectée. 

—  1/ académie  des  beaux  arfs  a  vu  M.  Badner  renouveler  ses  at- 
taques contre  la  mythologie  du  Nord  et  contre  M.  Ten-Magnasin , 
le  défenseur  de  cette  mythologie.  (Voy.  la  Reuue,  Tom.  XI ,  p.  209). 

—  Institut  des  Pauvres.  Une  veuve  a  remis  à  la  direction  de  cet 
établissement  la  somme  de  5o  écus  d'empire ,  pour  être  donnés  en 
prix  à  l'auteur  du  meilleur  poème  en  r honneur  de  Martin  Luther, 

—  Institution  des  sourds-muets.  Les  élèves  de  cet  établissement 
ont  été  examinés ,  le  28  janvier,  devant  une  nombreuse  assemblée, 
et  en  présence  du  ministre  de  la  justice. 

On  s'étonne  du  silence  gardé  jusqu'à  ce  jour  par  les  journaux  sur 
un  établissement  du  même  genre,  fondé  à  Schleswig^  et  auquel  on  a 
féuni  la  grande  imprimerie  stéréotype  de  la  société  de  cette  ville. 

— Un  musée  d'histoire  naturelle  va  être  formé  dans  le  palais  du 


208  EUROPE. 

Holtsein;  on  y  réunira  toutes  les  richesses  éparses  que  le  gouverne- 
ment possède  en  ce  genre.  Ph.  Golbérv. 

Poésie.  —  Il  a  paru  ici  une  traduction  danoise  des  Quatre  âges  , 
poème  en  prose  de  M.  Pougens,  membre  de  l'Institut  de  France. 

ALLEMAGNE. 

Francfort. — Physique. — Aurore  horèale.—-l\  n'y  a   pas  deux 
siècles  qu'on  regardait  encore  comme  un  acte  peu  honorable  de  ren- 
dre  ses  écrits  publics.  On  rapporte  même  que  le  célèbre  Tycho-  ! 
Brahé  s'est  long-tems  refusé  à  faire  connaître  ses  travaux,  attendu  ) 
sa  qualité  de  gentilhomme,  qui  pourtant  ne  l'empêcha  pas  de  con-î: 
tracter  un  mariage  indigne  de  lui,  de  toutes  les  manières.  Mainte-!, 
tenant  les  préjugés  delà  naissance  ne  vont  pas  jusqu'à  placer  les  i 
productions  du  génie  au  rang  des  actes  dont  on  doive  rougir  :  les  'j 
rois  eux-mêmes  ne  dédaignent  pas  de  livrer  à  l'impression  le  fruit 
de  leurs  méditations.  M.  le  colonel  Gustavson,   ex-roi  de  Suède, 
s'occupe  depuis  quelque  tems  de  physique  :  il  vient  de  faire  impri-j 
mer,  à  Francfort ,  un  ouvrage  qui  ne  se  vend  pas  chez  les  libraires, 
mais  dont  son  illustre  auteur  fait  présent  aux  amis  des  sciences.         \ 

Ce  mémoire,  ayant  pour  titre.  Réflexions  sur  les  phénomènes  de\ 
Viiurore  boréale  et  sur  son  rapport  auec  le  moupement  diurne,  est' 
écrit  en  langue  française,  et  dédié  à  l'académie  royale  des  sciences 
de  Norwége.  «L'oiigine  du  phénomène  de  l'aurore  boréale,  dit  l'a u-, 
teur  dans  son  avant-propros ,  est  un  problème  qui  n'a  pu  être  ré-1 
solu  d'aucune  manière  satisfaisante.  Il  est  même  surprenant  qu'au, 
lieu  d'en  chercher  la  cause  primitive  dans  la  sphère  du  globe  ter- 
restre, on  ait  préféré  de  la  découvrir  dans  les  régions  célestes.  Parmi 
les  ouvrages  qui  traitent  de    cette  matière,  le  Traité  historique  et 
physique  de  l'aurore  boréale,  par  M.  de  Mairan ,  se  fait  remarquer 
par  des  connaissances  profondes  en  astronomie;  mais  lorsque  l'au- 
teur a  cru  pouvoir  expliquer  le  phénomène  de  l'aurore  boréale  ,  par 
les  effets  de  la  lumière  zodiacale ,  ou  l'atmosphère  solaire ,  il  a  paru 
important  de  réfuter  ce  système ,  en  citant  les  chapitres  qui  trai- 
tent essentiellement  de  l'aurore  boréale ,  et  d'y  ajouter  quelques  re-  > 
marques  sur  son  grand  rapport  avec  le  feu  électrique  ,  son  influence 
sur  le  mouvement  du  globe  terrestre  ,  et  quelques  idées  sur  la  con- 
formation du  pôle  et  sur  ses  parties  intégrantes.  Il  est  à  désirer  que 
ce  petit  ouvrage  puisse  mériter  l'attention  des  personnes  dont  les 


KUROPK.  209 

connaissances  et  l'expcnence  serviront  à  développer  ce  qui  se 
trouve  ébauché  dans  les  réflexions  suivantes  ,  et  qu'un  jour  il  soit 
réservé  à  une  société  savante  du  Nord  de  remporter  le  prix  en  le- 
vant le  voile  qui  couvre  ces  mystères  depuis  des  siècles,  pour  l'aire 
luire  la  vérité  avec  la  même  clarté  dont  brille  l'aurore  boréale.  » 
Les  gazettes  de  Hambourg  annoncent  que  plusieurs  exemplaires 
de  cet  opuscule  de  M.  le  colonel  Gustavson  étant  arrivés  à  Stoc- 
kholm,  on  s'y  occupe  de  le  traduire  en  suédois,  et  qu'on  va  inces- 
samment le  rendre  public.  Cet  écrit ,  sur  un  sujet  aussi  intéressant, 
doit  être  lu ,  ne  fût-ce  qu'à  cause  du  nom  de  son  auteur. 

Tout  le  monde  connaît  cette  nuée  lumineuse  et  demi-circulaire 
qui  parc  quelquefois  l'horizon  du  côté  du  Nord ,  durant  la  nuit.  Ce 
superbe  phénomène,  que  rendent  plus  éclatant  encore  des  gerbes 
de  feu  qu'on  voit  partir  du  centre ,  pour  s'élever  par  irradiation 
dans  les  hautes  régions  de  l'atmosphère,  a  de  tout  tems  excité  l'at- 
tention des  savans,  l'admiration  des  observateurs. et  la  terreur  du 
peuple.  Le  bruit  considérable  dont  il  est  souvent  accompagné,  les 
aspects  variés  sous  lesquels  il  se  présente,  en  font  un  des  plus 
brillans  météores  dont  on  puisse  avoir  le  spectacle. 

Lemonnier,  dans    ses    Institutions   astronomiques,  attribue    la. 
formation  des  î^urores  boréales  à  une  matière  qui  s'exhale  de  notre 
terre  et  s'élève  dans  l'atmosphère  à  une  hauteur  prodigieuse.  IVtau- 
pertuis  qui,  en  Laponie ,  svait  été  témoin  de  l'une  des  plus  belles 
apparitions  de  ce  phénomène,  s'est  Occupé  d'un  problème  de  géo- 
métrie qui  s'y  rapporte.   Mairan  a   proposé   aussi   une  hypothèse 
|[)0ur  expliquer  l'aurore  boréale;  il  Tattribue  à  l'atmosphère  du  so- 
leil, qui,  selon  lui,  cause  la  lumière  zodiacale,    s*étend   jusqu'à 
l'orbite  terrestre  et   au-delà  ;  le  choc  du   pôle    de  la  terre   contre 
cette  matière  produit  l!aurore  boréale,  dans  la  théorie  proposée  par 
ee  savant.  L'ouvrage   de  M.  de  Mairan  a  long-tems  été  en  posses- 
sion de  dominer  dans  les  écoles;  mais,  depuis  qu'on  a  reconnu  toute 
l'influence  de   l'électricité  atmosphérique  sur   ce   phénomène ,  on 
«'était  accordé  à  adopter  l'opinion  de   Francklin,  qui  l'attribue  à 
une  action  électrique.  D'ailleurs,  il  est  reconnu  que  l'atmosphère  du 
soleil  n'existe  pas,  ou  est  si  rare,  qu'elle  ne  peut  exercer  d'effet  sur 
la  lumière  de  cet  astre. 

L'opinion  de  MM.  Dalton  et  Arago,  qui  veulent  que  l'aurore  bo- 
réale soit  un  effet  purement  magnétique,  semble  réunir  aujourd'hui 


210  EUROPE. 

tous  les  suffrages.  Le  mémoire  lu  par  M.  Biot ,  dans  une  des  séance» 
publiques  de  Tacadémie  des  sciences,  explique  les  singularités  na- 
turelles qu'on  remarque  dans  ce  phénomène  ;  il  montre  que  l'ai- 
guille aimantée  en  est  fortement  influencée ,  que  les  effets  de  pers- 
pective donnent  au  météore  des  aspects  très-variés ,  qui  en  chan- 
gent les  apparences  pour  les  divers  spectateurs  ;  il  fait  voir  que  la 
clarté  du  soleil,  et  surtout  la  longue  durée  du  séjour  de  cet  astre, 
en  été ,  sur  l'horizon  des  régions  polaires ,  doit  souvent  nous  priver 
de  la  vue  des  aurores  boréales,  et  que  leurs  apparitions  doivent 
être  plus  fréquentes  qu'on  ne  le  croit  communément,  etc. 

M.  le  colonel  Gustavson  a  surtout  pour  but  de  montrer  combien 
l'explication  de  Mairan  est  défectueuse ,  et  on  peut  dire  qu'elle  eût 
été  complètement  détruite  par  lui ,  si  déjà  on  ne  l'eût  abandonnée 
depuis  long-tems.  Il  veut  en  substituer  une  autre,  et  prouver  que 
l'aurore  boréale  a  sa  cause  dans  uneunatière  inflammable  ,  produite 
par  la  friction  du  globe  terrestre  en  tournant  sur  son  axe ,  et  par 
un  feu  électrique  qui  agit  autour  du  pôle.  Il  se  figure  cette  région 
comme  une  grande  montagne  qui  s'élève  en  forme  de  cône,  au 
pied  de  laquelle  sont  attachés  des  glaçons  pétrifiés  que  charrie  la 
mer  glaciale  ;  il  veut  que  l'atmosphère  terrestre  soit  excessivement 
plus  haute  qu'on  ne  le  suppose  ordinairement,  et  que  la  montagne 
polaire  soit  une  masse  aimantée  d'un  volume  immense ,  dont  l'effet 

est  d'entretenir  le  mouvement  diurne  de  la  terre 11 

Francoecr. 

Leipsicr. — Instrumens  de  musique. —  Cordes  de  platine.  —  Un 
compositeur  de  musique,  M.  F.  Fischer,  de  cette  ville,  a  proposé, 
dans  la  Gazette  musicale  (mars  1821),  de  substituer  aux  cordes 
d'acier  ou  de  cuivre  des  cordes  de  platine,  métal  beaucoup  plus  élas- 
tique et  plus  ductile  que  le  cuivre.  Des  cordes  ainsi  faites  ren- 
draient un  son  plus  fin  et  plus  agréable  ;  l'air  et  l'humidité  n'ayant 
aucune  action  sur  le  platine,  elles  ne  seraient  sujettes  ni  à  se  rouiller, 
ni  à  se  rompre.  On  pourrait  faire  aussi,  avec  un  alliage  de  platine  et 
de  fer  ou  d'acier,  des  cordes  qui ,  dans  certains  cas  ,  produiraient  un 
grand  effet. 

Stuttgahd. — Poésie. — Les  affaires  de  la  Grèce  excitent  un  intérêt 
général  en  Allemagne.  Presque  tous  les  journaux  embrassent  la  dé- 
fense d'un  peuple  malheureux,  qui  gémit  depuis  si  long-tems  sous 
im  joug  odieux.  De  ce  nombre,  est  le  IMorgen-bîaU ,   imprimé  à 


EUROPE.  211 

j»tuHgard  et  à  Tubinguc  ;  il  contient  plusieurs  articles  à  ce  sujet,  et 
divers  morceaux  de  poésie ,  parmi  lesquels  on  doit  remarquer  une 
^ode  intitulée  Appel  aux  Grecs,  par  M.  Helwîg;  nous  en  citerons  les 
deux  «troplies  suivantes  :  «  Vous  avez  repris  le  sentiment  de  votre 
dignité,  et  votre  antique  vertu  renaît  dans  votre  sein;  vous  n'êtes 
plus  ces  lâches  esclaves  qui  tremblaient  sous  la  verge  du  musulman 
oppresseur.  Sous  les  yeux  du  monde  qui  vous  contemple  ,  vous 
marchez  noblement  à  la  conquête  de  la  liberté  ;  les  ombres  des  héros 
qui  vous  ont  devancés  viennent  combattre  dans  vos  rangs,  et  redou- 
bler, par  leur  présence ,  votre  généreuse  ardeur.  Semblables  aux 
songes  mystérieux  qui  nous  retracent  l'image  de  la  patrie,  ils  accou- 
rent enfouie  des  bords  de  l'Eurotas,  du  défilé  des  Thermopyles  et 
des  champs  de  Platée ,  où  jadis  ils  tombèrent  glorieusement  sous  le 
fer  ennemi.  Imitant  aujourd'hui  l'exemple  qu'ils  vous  donnèrent 
autrefois ,  lorsque ,  attaqués  par  des  hordes  barbares  ,  ils  abandon- 
nèrent le  séjour  des  villes  plutôt  que  de  recevoir  des  fers,  vous 
confiez  une  seconde  fois  aux  flots  de  la  mer  les  destins  de  la 
Grèce.» 

Leipsick,.  —  Théâtre.  — On  a  représenté  aux  bains  de  Leuchstadt, 
dans  le  mois  de  juillet,  une  tragédie  nouvelle,  intitulée  Pierre  et 
Alexis,  ou  Conjuration  d'Alexis  contre  le  czar  Pierre,  son  père. 
L'auteur  pouvait  habilement  opposer  les  mœurs  anciennes  aux 
mœurs  nouvelles  de  la  Russie  ;  il  pouvait  représenter  le  czar  renver- 
sant les  gothiques  institutions  de  cet  empire  ;  Alexis ,  an  con- 
traire, défenseur  des  vieux  préjugés,  et  des  intérêts  froissés  par  le 
nouvel  ordre  des  choses,  voulant  empêcher  l'exécution  des  projets 
de  son  père;  mais,  au  lieu  de  suivre  ce  plan,  l'auteur  n'a  fait  d'A- 
lexis qu'un  conspirateur  ordinaire ,  et  sa  tragédie  n'a  pas  eu  un  succès 
général.  Cependant,  elle  n'est  point  sans  mérite  ;  le  style  en  est  très- 
pur.  Quant  aux  pensées,  elles  ne  sont  point  assez  appropriées  au 
tems  et  au  pays  ;  et  l'on  n'y  reconnaît  pas  les  mœurs  farouches  de 
la  Russie ,  à  l'époque  d'où  date  sa  civilisation, 

Dantzick.  •—  Publications  noupelles  et  prochaines^  —  La  Société 
d'histoire  naturelle  vient  de  faire  imprimer  là  suite  de  ses  mémoires. 
Le  premier  cahier  de  cette  suite  contient ,  i»  un  Traité  sur  les  déue- 
loppemens  des  parties  génitales  dans  les  Urodèles;  2°  une  anatomie 
lie  Vidothea  eulomon.  Ces  dissertations ,  accompagnées  de  planches 
îithographiées  j  sont  de  M.  Ralhke ,  qui  en  a  exécuté  lui-même  les 

lA* 


212  EUROPE. 

dessins.  Le  second  cahier  renferme  trois  dissertations  de  M.  Jean 

Westphal,   i"  sur  les  étoiles ;  2°  sur  la  température  moyenne 

de  Dantzick,  d'après  une  série  d'observations  non  interrompue  pen- 
dant quatre-vingt-un  ans  ;  5°  enfin,  sur  la  clarté  des  étoiles. 

— Leipsick.. — Fragmens  d^ Euripide. — M.  Hermannafait  imprimer 
dernièrement  deux  fragmens  d'Euripide  ,  le  premier  de  soixante-seize 
verSj  le  second  de  soixante-dix-neuf.  Ces  fragmens  ont  été  recueillis 
sur  la  dernière  feuille  d'un  manuscrit  du  nouveau  Testament,  ma- 
nuscrit qui  est  celui  décrit  par  Wettstein.  M.  Burgess  avait  déjà  fait 
connaître  les  mêmes  morceaux  dans  un  des  derniers  numéros  du 
Classical  J oumaî ;  mais  l'édition  de  M.  Hern  ann  n'a  rien  perdu  à 
arriver  la  dernière.  En  effet ,  M.  Becker,  M.  Hase  et  M.  Matticœ  ont 
bien  voulu  seconder  ce  savant  dans  son  travail;  et,  quoique  les  lettres 
du  manuscrit  soient  presque  indéchiffrables  ,  il  est  parvenu  à  rétablir 
le  sens  et  le  mètre,  en  sorte  qu'il  n'existe  plus  que  des  lacunes  assez 
rares.  C'est  faire  un  beau  présent  aux  amis  de  l'antiquité  que  de  leur 
rendre  plus  de  cent  cinquante  vers  d'un  des  plus  illustres  autems  de 
la  Grèce. 

— Vienne. — Langues  orientales.  —  ^!.  Oberleitner,  professeur  de 
langues  orientales ,  vient  de  mettre  en  latin  ,  sous  le  titre  à'Blemenla 
aramaica  j  seu  chaldœo  sjriacœ  linguœ^  latine  reddiia  et  nonnullis 
accessionibus  aucta ,  la  grammaire  de  John  ,  dont  tous  les  érudits 
connaissent  le  mérite  depuis  long  -  tems.  Lehrbach  et  Gesenins 
avaient  remarqué  combien  il  restait  de  choses  à  faire  pour  amé- 
liorer l'étude  de  cette  langue.  De  plus ,  les  grammaires  de  quelque 
étendue ,  par  exemple  celles  de  Michaelis ,  ont  cessé  d'exister  dans 
le  commerce  ,  de  façon  que  l'on  ne  pouvait  s'aider  que  des  ouvrages 
trop  élémentaires  de  Hassen  et  de  Vater.  M.  Oberleitner  a  mis  à  profit 
le  Manuel  de  Vater  et  la  Chieslomatie  de  Michaelis.  11  a  disposé 
les  matières  avec  beaucoup  plus  d'ordre  que  John  lui-même  ;  son 
style  latin  est  clair  et  précis  ;  enfin ,  il   a  fait  un  livre  utile. 

Ph.  Golbbhy. 

— Poésie. — La  traduction  allemande  des  QuatredgesdeM. Vougcns 
membre  de  l'institut  de  France ,  par  M.  Fréd.  Gleich,  est  déjà  à  la 
seconde  édition. 

—  HiLDBURGSHAusKN.  —  M.  Sicklcr  publie  ,  sous  le  titre  d'^nas- 
iasie,  un  ouvrage   périodique  sur  la  guerre  entre  les  Grecs  et  lesl 
Turcs.  Le  premier  cahier  a  déjà  paru.  M    Sickler  annonce  que  son 


EUROPE.  213 

recueil  sera  enlièrement  historique,  et  qu'il  fera  connaître  les  évé- 
nemens,  sans  se  livrer  à  aucune  discussion  politique, 

—  Stuttgahd.  —  Nécrologie.  —  '^.Jean-Christophe  Schwab ,  con- 
seiller royal  de  l'instruction  publique,  membre  des  académies  de 
Saint-Pétersbourg  et  de  Berlin  et  de  la  société  des  sciences  de  Harlem, 
.e5t  mort  à  Stuttgard ,  à  l'âge  de  soixante  dix-huit  ans.  11  est  connu 
dans  le  monde  littéraire  par  un  Traité  sur  les  causes  de  l'universalité 
delà  langue  française ,  ouvrage  qui  a  remporté  le  prix,  en  1784, 
à  l'académie  de  Berlin.  M.  Schwab  a  reçu  beaucoup  d'autres  palmes 
académiques.  Il  s'était  déclaré  l'adversaire  de  la  philosophie  de  Kant, 
contre  laquelle  il  n'a  pas  craint  d'écrire.  Ph.  Golbéby. 

SUISSE. 

.  Genève.  —  La  Méthode  d'enseignement  mutuel  continue  à  rece- 
voir de  grands  encouragemens  dans  notre  ville.  On  construit  un 
vaste  bâtiment,  où  doit  être  placée  une  nouvelle  école  publique 
organisée  d'après  cette  méthode;  plusieurs  de  nos  pasteurs  pro- 
testans  de  la  campagne  en  ont  établi  dans  leurs  paroisses ,  et  les 
dirigent  eux-mêmes  avec  un  zèle  digne  des  plus  grands  éloges  ; 
leur  exemple  a  été  imité  ailleurs  par  des  propriétaires  aisés , 
malgré  l'opposition  ouverte  ou,  déguisée  de  certains  curés  de  cam- 
pagne. 

L'instruction  publique  de  ce  canton  paraît  léclamer  une  révolution 
presque  complète  pour  être  en  rapport  avec  les  besoins  de  la  civi- 
lisation actuelle.  Le  collège  de  Genève,  fondé  par  Calvin,  a 
subi  peu  de  changemens  essentiels  depuis  le  milieu  du  seizième 
siècle,  et  les  écoles  supérieures  ne  sont  guère  recommandables 
que  par  le  mérite  personnel  des  professeurs  qui  en  occupent  les 
chaires. 

Abau.  —  Publicationnoupelle. —  M.  le  professeur Munck  a  publié 
dernièrement  l'Histoire  complète  des  tentatives  faites  par  les  Grecs 
pour  le  rétablissement  de  leur  liberté ,  depuis  la  prise  de  Constan- 
tinople   jusqu'à  nos  -jours. 

ITALIE. 

Naples.  —  Chirurgie.  —  Le  jeune  Catanoso,  de  Messine  ,  élève  de 
l'Ecole  de  médecine  de  Paris,  a  fait,  treize  fois  de  suite,  dans  cette 


2U  EUROPi;. 

capitale ,  avec  le  plus  heureux  succès ,  l'opération  de  la  cataracte 
par  extraction. 

Milan.  —  Publications  prochaines,  ~—  On  va  publier  par  sous- 
cription, et  sous  le  titre  de  Spectaleui'  Lombard  ou  Mélanges 
choisis  de  littérature ^  philosophie ,  sciences,  arts,  industrie, 
éducation,  coutumes,  théâtres,  etc.,  une  suite  d'articles  publiés 
successivement  par  François  Pezzî ,  dans  le  Courrier  milanais,  le 
polygraphe  et  la  gazette  de  Milan,  depuis  1809  jusqu'en  1821.  Il 
y  aura  de  douze  à  dix-huit  volumes  ;  il  en  paraîtra  un  par  mois , 
à  raison  de  2  fr.  5o  c. ,  et  de  2  fr,  seulement  pour  les  abonnes 
de  la  Gazette  de  Milan,  au  bureau  de  laquelle  on  souscrit,  rue 
dell'  Agnello,  n»  963. 

—  Poésie,  —  Le  libraire  Vincenzo  Ferrario  a  publié  dernière- 
ment, en  un  volume  in-18  ,  la  traduction  faite  par  feu  l'abbé  de 
Brème  5  du  poème  des  Quatre  âges,  qu'on  doit  à  M.  Pougens, 
de  l'Institut  de  France  ;  celte  traduction  est  d'une  élégance  parfaite. 

SiENHE.  — Mausolée  de IMascagni.  —  On  vient  d'élever,  dans  le 
dôme  de  Sienne ,  un  mausolée  au  célèbre  anatomiste  Paolo  Mas- 
cagni.  Une  figure  qui  représente  l'anatomie  ,  est  assise  sur 
sa  tombe  ;  elle  tient  un  papyrus  où  Ton  voit  le  titre  de  l'ouvrage , 
intitulé  :  Rarorum  lymphaticorum  Historia  et  Ichnographia  ;  elle 
semble  pleurer,  en  regardant  les  instrumens  de  l'art  que  Mascagni 
a  employés  pour  faire  ses  découvertes.  Ce  beau  monument  a  été 
exécuté  par  le  sculpteur  Stefano  Ricci,  aux  frais  du  chancelier 
Giulio  del  Taja.  F.  S. 

ESPAGNE. 

Catalogne.  — Hydraulique,  —  M.  Ardevol,  chef  de  la  compta- 
bilité des-biens-fonds  communaux  de  cette  province ,  a  inventé 
une  machide  hydraulique  à  laquelle  il  a  donné  le  nom  de  hidro- 
pote.  Cette  machine,  qui  est  très-simple,  élève  d'elle-même  l'eau 
des  rivières  à  la  hauteur  convenable  pour  arroser  les  terres  voi- 
sines, sans  qu'il  soit  nécessaire  de  faire  des  digues  ni  de  chercher 
aucun  autre  secours  artificiel.  Les  expériences  faites  publiquement 
avec  celte  machine  ont  réussi  complètement. 

SiSviLLE.  —  Beaux-arts,  —  Peinture,  Il  existe  dans  un  hôpital  de 
cette  ville  un  admirable  tableau  de   Muiillo ,   représentant  Moïse 


i 


EDROPi:.  215 

frappant  le  rocher.  Un  amateur  anglais  vient  d'en  offrir  la  somme 
de    quatre    mille   gainées  ,  qui  probablement  sera  acceptée. 

L.  S.  B. 

Madrid. —  Publication  nouvelle  et  prochaine. —  On  vient  de  tra- 
duire en  espagnol  les  Observations  sur  le  congrès  de  Troppau,  par 
M.  Bignon. 

—  Cadix. —Journal.  —  Telegrafoniexicano  (le  Télégraphe  du  Mexi- 
que \  Tel  est  le  titre  d'un  nouveau  journal  que  M.  de  Cance- 
lada  se  propose  de  publier  ici.  Il  aura  cinq  feuilles  d'impression, 
et  paraîtra  tous  les  quinze  jours.  Le  but  du  rédacteur  est  de  Taire 
voir  que  la  Nouvelle-Espagne  n'est  pas  en  état  d'être  émancipée. 
Ce  journal  avait  déjà  existé  à  Cadix,  en  1811,  1812  et  i8i3.  Qn 
souscrit  à  Madrid,  chez  Gila  ,  libraire,  à  raison  d'un  franc  par 
cahier. 

—Madrid. — Le  journal,  appelé  Miscelanea  j  amnonce ,  dans  son 
numéro  du    10   août,    que  les    libraires    Cruz  et  Miyar  vont  pu- 
blier  un  Journal  de  la  librairie^    dans  lequel  on  fera  connaître 
tous   \^i  ouvrages  qui  paraîtront  en  Espagne  ,   et  dont  les  autres 
journaur  ne  peuvent  parler,  parce  qu'ils  sont  obligés  de  remplir 
leurs  feuilles  dé  choses  plus  agréables  à   la  majorité  de  leurs  lec- 
teurs, a  Nous  voudrions,  dit  le  rédacteur  principal  de  la  Miscelanea, 
que  les  rédacteurs  de  ce  journal  ne  se  contentassent  point  de  faire  une 
simple  annonce  des  ouvrages,  mais    qu'en  s'associant  un    certain 
nombre  d'hommes  de  lettres ,  ils  donnassent  au  public  des  ana- 
lyses impartiales  et  capables  de  faire  connaître  le  mérite  et  l'utilité 
des  livres   annoncés.   Cette  entreprise,  bien  dirigée   et  bien  exé- 
cutée, pourrait  remplir  la  place  d'une  Revue  Encjclopédique  ^  dont 
nous  avons    un  grand  besoin.  »    Cette  opinion   de  M.  Burgos  est 
d'autant  plus  respectable ,  qu'il  est  l'un  des  littérateurs  les  plus  dis- 
tingués de  l'Espagnç ,  et  peut-être  le  meilleur  poète  lyrique  depuis 
la  mort  du  célèbre  Melendez.  M.  Burgos  est  auteur  de  la  traduction 
des  ouvrages   d'Horace ,  en  vers  castillans,  dont   nous  avons  déjà 
parlé.  (T.  XI,  p.  i6i).  J.  A.  LtORENTB. 

PAYS-BAS. 

Gano. — U académie  royale  de  dessin, peinture,  sculpture  et  archi- 
lecture  de  cette  ville  propose,  pour  le  concours  de  1823,  l'apparition 
des  Grâces  à  Pindare,  qui  vient  de  chanter  une  ode  en  leur  honneur. 


216  EUROPE. 

Les  figures  sei'ont  de  grandeur  naturelle.  Le  tableau  restera  la  pro-  | 
priété  de  l'artiste,  qui  en  abandonnera  seulement  une  épreuve  ter- 
minée, et  recevra  une  couronne  de  laurier  alexandrin  ,  une  médaille 
d'honneur  .  et  une  indemnité  de  600  florins.  Ce  sujet  est  proposé  aux 
maîtres;  les  élèA^es  traiteront  celui  de  la  Samaritaine.  Le  tableau  de 
genre  représentera  un  échec  et  mat  ;  celui  de  paysage  un  hiver  et  des 
patineurs  sur  la  glace;  les  prix  seront  des  médailles  d'honneur  et  des 
indemnités  de  3oo  et  200  florins. 

— Bbcxelles.  —Le  salon  d^  exposition  de  la  Société  royale  pour  l  en- 
couragement des  heauxarts  a  été  ouvert  le  4  septembre  dernier.  On 
y  a  remarqué  les  nombreux  tableaux  de  M.  Navez  ,  actuellement  à 
Bome;  le  iricmphe  de  Cimahûe  par  M.  J.  Odevaere  ;  des  paysages  de 
MM.  Van  Asche  et  Van  Os  ;  des  fruits  peints  par  M.  Desprets,  peintre 
à  Bruxelles;  une  charmante  composition  de  M.  Noël,  représentant  une 
scène  prise  dans  les  mœurs  hollandaises,  etc.  Le  prix  du  tableau 
d'histoire  n'a  pas  été  donné,  mais  M.  Michel  Tapleaux,  de  Bruxelles, 
élèue  de  David  ,  a  obtenu  une  médaille  d'or  pour  son  grand  tableau 
de  V enfant. prodigue. 

FRANCE. 

Manche. — Chkrbouhg. — Marée. — Le  i3  septembre  1821,  par  une 
légère  brise  d'ouest  ou  de  O.  S.  O.,  on  a  observé  dans  le  port  de 
Cherbourg  un  phénomène  dont  les  plus  vieux  marins  n'avaient  pa» 
été  témoins  jusqu'alors.  Au  moment  du  jusant  (abaissement  de  la 
marée  )  ,  la  mer  a  remonté  tout-à-coup  à  un  mètre  au-dessus  de  son 
niveau  ordinaire;  puis,  redescendant  à  ce  niveau,  elle  s'est  encore 
élevée  d'un  mètre.  Ces  mouvemens  extraordinaires  ont  duré  pendant 
toute  la  marée.  Le  sloop  la  Truite  ,  qui  était  à  sec  sur  la  plage,  a  été 
violemment  transporté  au  fond  de  l'arrière  -  bassin.  Le  tems  était 
couvert;  les  variations  barométriques  et  thermométriques  n'ont  pas 
été  sensibles.  Quelques  jours  après,  plusieurs  navires  sont  revenus  du 
large,  démâtés  par  une  tempête  violente,  à  laquelle  on  attribue, 
faute  de  mieux ,  le  singulier  phénomène  que  nous  venons  de  décrire. 

E.  G. 

Marke.  — Chalons.  — Ecole  rojale  d'arts  et  métiers.  —  La  distri- 
bution générale  des  prix  aux  élèves  de  ce  bel  établissement  a  eu  lieu 
le  i"  septembre,  sou^  la  présidence  de  M.  le  préfet  de  la  Marne  ,  qui 
a  suppléé  M,  le  duc  de  la  Rochefoucauld,  inspecteur  général  dc^ 
écoles  et  du  conservatoire  d'arts  et  métiers. 


I 


ELROPE.  217 

Celui-ci,  voulant  continuer  d'appeler  l'attention  des  élèves  sur 
deux  points  qui  intéressent  particulièrement  leur  instruction ,  avait 
proposé  de  nouveau  pour  cette  année  deux  prix  extraordinaires,  aux- 
quels tous  les  élèves  ont  été  appelés  à  concourir  :  l'un  pour  celui  qui 
tracerait  le  mieux  les  dessins,  et  rédigerait  avec  le  plus  d'exactitude 
le  mémoire  explicatif  nécessaire,  pour  la  construction  d'une  machine 
semblable  à  celle  qui  leur  a  été  indiquée  ;  l'autre ,  pour  celui  qui 
dessinerait  le  mieux  une  figure  antique  d'après  la  bosse.  Le  prix  du 
dessin  d'après  la  bosse  ,  fait  sur  V Apolline  antique ,  a  été  remporté 
par  M.  Alex.  Charpentier,  de  Châlons  (Marne);  celui  du  dessin  et 
de  l'explication  de  la  machine  à  diviser  deRamsden,  a  été  remporté 
par  M.  Alph.  Faron,  de  la  même  ville. 

Maine-et-Loire.— Angers. — Les  prix  ont  été  distribués  aux  élèves 
de  Vécole  d^arts  et  métiers  de  cette  ville,  par  M.  le  préfet ,  en  l'ab- 
sence de  M.  l'inspecteur  général. 

Finistère.  — Brest.  — L'établissement  d'une  caisse  d  épargnes  et 
de préi^oyance  dans  cette  ville  a  été  autorisée  par  une  ordonnance 
jroyale  du  27  août  dernier  ;  on  aime  à  voir  ces  utiles  établissemens  se 
multiplier  en  France. 

— Nord. — Douai — Beaux-arts.  Prix  de  peinture  décerné  à  M.  Cou- 
pin  de  la  Couprie.  — Nous  avons  fait  connaître  (Voy.  Rei^.  Enc, 
T.  X,  pag.  654)  que  les  autorités  municipales  de  Douai  avaient  ou- 
vert un  concours  aux  productions  des  arts  et  de  l'industrie  ,  auquel 
les  artistes  et  les  manufacturi"  rs  des  autres  villes  de  la  France 
avaient  été  invités  à  prendre  pvrt,  et  qu'il  devait  être  décerné  une 
médaille  d'or  à  l'auteur  de  i  «-.ivrage  le  plus  parfait  de  l'exposition  ; 
nous  devons  maintenant  annoncer  que  c'est  M.  Coupin  de  la  Cou- 
prie,, auteur  du  tableau  représentant  Sully  qui  vient  faire  ses 
adieux  au  cœur  de  Henri  IV  (Voy.  le  compte  rendu  de  ce  tableau, 
T.  V,  pag.  58)  ,  qui  a  remporté  le  prix.  Cet  artiste  avait  envoyé  au 
concours  une  Sapho  placée  sur  le  rivage  d'une  mer  tranquille  , 
essayant  de  calmer,  par  des  cb«nts  qu'elle  accompagne  de  son  luth , 
les  tourmens  de  son  cœur  agité.  Ce  tableau  ,  dans  lequel  il  règne 
une  grande  élévation  de  dessin,  n'avait  pas  encore  été  exposé;  il 
faut  espérer  que  l'artiste  ,  cédaut  aux  désirs  des  amateurs ,  le  pro» 
duira  aux  regards  du  public  ,  au  prochain  salon.  P.  A. 

SOCIÉTÉS    SAVANTES    ET    d'uTILITÉ    PUBLIQUE. 

—  Are  AS.  (Pas-de-Calaus),  La  Société  royale  des  sciences^  des  lel^ 


218  EUROPE 

très  et  des  ans  a  proposé  pour  sujet  du  prix  de  poésie  ,  en  1822  ,  ie 
débarguement  de  S.  M.  Louis  XFIII à  Calais,  le  il^  avril  i8i4  ; 
ce  poème  devra  avoir  deux  cents  vers  au  moins» 

— La  société  décernera  pour  prix  une  médaille  d'or,  de  la  valeur  de 
300  fr. 

BoHOBAux.  (  Gironde,  )  —  Société  royale  de  médecine. — Sèancepu- 
blique  du  29  août  1821.  —  La  société  avait  proposé  ,  dans  ses  pro- 
grammes de  1819  et  1820,  un  prix  de  la  valeur  de  3oo  fr.  pour  l'au- 
teur du  meilleur  ouvrage  qui  lui  serait  envoyé  sur  V Éducation  phy- 
siq  ue  des  enfans. 

Parmi  les  cinq  mémoires  qu'elle  a  reçus,  la  société  en  a  distingué 
trois ,  entre  lesquels  elle  a  décidé  que  le  prix  serait  partagé  ;  une 
médaille  de  la  valeur  de  loo  fr.  leur  a  été  décernée  dans  l'ordre  sui- 
vant :    1°  à  l'auteur  du  n°  5,  M.  Ratier  ,  D.  M.  à  Paris  ;  2°  à  l'au- 
teur du  n°  1 ,  M.  Camille  Lerov,   de  Grenoble,  médecin  à  Vizille  , 
(Isère)  ;   3°  à  l'auteur  du  n°  2 ,  qui  ne  s'est  pas  encore  fait  con- 
naître. La  société  n'ayant  reçu  aucun  mémoire  sur  cette  question  : 
ï)éierminer  l'endroit  le  plus  propre  à  rétablissement  d'un  lazaret 
sur  la  Gironde  ,  en  donner  le  plan  le  plus   avantageux  et  le  plus 
économique.  Va.  remise  au  concours  pour  iSaS.  — La  société  propose, 
pour  être  décerné  dans  sa  séance  publique  de  1823,  un  prix  de  la 
valeur  de  3oo  francs  ,  à  l'auteur  du  meilleur  mémoire  sur  la  question 
suivante  ;  Déterminer  la  nature ,  les  différences  ,  les  causes  ,  les  si- 
gnes et  le  traitement  de  la  maladie  appelée  œdème  des  poumons  ? 
Elle  désire  surtout  que  la  solution  de  ce  problème  soit  appuyée  sur 
des  faits  nombreux ,  recueillis  avec  i^xactitude   et  présentés   avec 
ordre.  La  société  renouvelle  l'annonce  de  deux  prix  mis  au  concours, 
pour  1822  ;  le  premier  sur  cette  question  :  Quels  sont  les  résultats 
d^un  accroissement  trop  rapide  ?  Quels  sont  les  moyens  d'en  modé- 
rer les  progrès  ,  s'ils  deviennent  nuisibles  f  et  de  remédier  aux  acci- 
dens  qui  en  sont  la  suite?  et  le  second  sur  celle-ci  :   Quelles  sont  les 
maladies  qui  régnent  le  plus  communément  dans  le  département  de 
la  Gironde  ?  en  établir  les  causes  et  les  moyens  de  les  prévenir. 

Pour  stimuler  le  zèle  et  l'émulation  ,  la  société  accorde ,  chaque 
aïinée,une  médaille  d'encouragement  à  celui  qui  lui  envoie  le  meilleur 
mémoire  (sur  un  sujet,  au  choix  de  l'auteur,  et  relatif  à  l'art  de 
guérir  ).  Depuis  sa  dernière  séance  publique ,  elle  a  reçu  plusieurs 
ouvrages,  parmi  lesquels  elle  a  distingué  un  mémoire  ayant  pouj 


p 


EUROPE.  2iîf 

titre  :  Observations  sur  laphthisie  laryngée,  précédées  de  quelques 
considérations  sur  celte  maladie,  dont  l'auteur  est  M,  Lalanhb, 
D.  M.  à  Agcn.  La  Société  lui  décerne  une  médaille  d'or.  Elle  ac- 
corde une  mention  honorable,  i^à  M.  Ghaxelodp  ,  D.  M.  à  Dax , 
auteur  de  deux  ouvrages  ayant  pour  titres  :  l'un ,  Description  de  Va- 
nènione^œil  de  paon  (  anémone  pavonina  Lam.  ;,  suivie  de  quelques 
observations  sur  les  propriétés  médicales  de  sa  racine;  l'autre, 
Exposition  des  moyens  analytiques  mis  en  usage  pour  parvenir  à 
la  connaissance  du  diagnostic  d'un  cas  d^Jiydropneumonie  ou 
œdème  des  poumons }  2°  à  M.  Blondeau,  D,  M.  à  Cadillac,  auteur 
d'un  ouvrage  ayant  pour  titre  :  Considérations  générales  sur  la  cons- 
titution médicale  de  1820,  Description  des  maladies  qui  ont  régné 
dans  chaque  trimestre  de  cette  année,  et  d'une  épidémie  de  fièvres 
intermittentes  , pernicieuses ,  pendant  le  second  trimestre,  dans  les 
cantons  de  Cadillac ^  Créon  et  Targon;  3°  à  M.  Candillac  ,  D.  M.  à 
Beigerac,  auteur  d'un  mémoire  intitulé  :  Observation  sur  une 
maladie  organique  du  cœur  compliquée ,  suivie  de  considérations 
sur  les  désordres  du  sjstème  de  la  circulation  à  sang  noir  dans 
divers  états  maladifs,  et  les  conséquences  qui  peuvent  en  être  dé-' 
duites,  quant  à  la  doctrine  générale  des  phlegmasies. 

Voulant  encourager  la  propagation  de  la  vaccine  ,  la  société  promit 
de  décerner,  dans  la  séancs  publique  de  ce  jour,  des  médailles  d'ar- 
gent, à  titre  d'encouragement ,  à  ceux  qui  lui  feraient  parvenir  les 
tableaux  authentiques  les  plus  complets  des  vaccinations  qu'ils  au- 
raient faites ,  ainsi  que  leurs  propres  observations  sur  les  effets  par- 
ticuliers de  cette  méthode  salutaire.  Elle  n'a  reçu  aucun  travail  sur 
ce  sujet.  Néanmoins ,  elle  promet  d'autres  médailles  aux  praticiens 
de  ce  département,  qui,  dan^  le  courant  de  l'année,  lui  enverront 
des  tableaux,  en  se  conformant  aux  conditions  suivantes  :  les  ta- 
bleaux, dament  légalisés,  doivent  renfermer  le  nom,  le  prénom, 
rage ,  le  sexe  ,  le  domicile ,  Vèlat  des  enfans  vaccinés  ,  et  les  obser- 
vations intéressantes  à  recueillir. 

Les  mémoires ,  écrits  en  latin  ou  en  français ,  doivent  être  remis 
chez  M.  Dupuch-Lapointe ,  secrétaire  général  de  la  Société,  avant 
le  »5  juin. 

— Société  philomathique. — Séance  publique  du  ^septembre  1821. 
—  La  Société  promet  de  nouveau  de  décerner  un  prix  de  la  valeur 
de  100  fr. ,  dans  sa  séance  publique  de  1822  ,  à  l'auteur  du  mémoire 


220  EUROPE. 

qui  contiendra  la  meilleure  solution  de  la  question  suivante  :  Déter- 
miner, sur  les  deux  ripes  de  la  Garonne ,  deuant  Bordeaux ,  ou  sur  les 
terrains  voisins  de  ces  rives ,  le  lieu  le  plus  convenable  à  f  établis- 
sement d'une  école  de  natation  et  de  bains  publics^  où  les  diverses 
classes  de  la  société  puissent,  sans  danger,  et  à  peu  defrais^se  livrer 
à  un  exercice  très-utile  et  à  une  immersion  nécessaire  à  la  conser- 
vation de  la  santé, 

La  société,  pénétrée  de  l'importance  de  la  gymnastique  employée 
dans  l'éducation  des  enfans,  décernera,  dans  sa  séance  de  1822  ,  des 
médailles  d'encouragement  aux  instituteurs  de  Bordeaux  et  du  dépar- 
tement de  la  Gironde ,  qui  auront  introduit  dans  leur  système  d'édu- 
cation les  jeux  gymnastiques,  dont  les  principes  ont  été  mis  en  pra- 
tique avec  le  plus  grand  succès ,  en  Allemagne ,  en  Suisse  et  à  Paris , 
par  les  professeurs  Gutsmuths,  Clias,  Bentzien  (de  Bordeaux)  et 
Amoros.  Les  pièces  envoyées  au  concours  doivent  être  remises  au 
secrétariat  du  Muséum ,  allée  de  Tourny,  n"  ^1 ,  et  adressées  à 
M.  Laterhade,  secrétaire  général. 

Carcassone.  (Aude.)  —  Société  pour  V  instruction  élémentaire . — 
11  s'est  formé,  dans  cette  ville,  pendant  le  mois  de  septembre  1821, 
une  société  pour  la  propagation  de  l'instruction  élémentaire 
par  la  méthode  de  l'enseignement  mutuel.  On  remarque  dans  son 
bureau  les  noms  de  deux  pairs  de  France  ,  et  d'un  membre  de 
la  chambre  des  députés.  Une  école  gratuite  a  été  fondée  ,  au  moyen 
de  souscriptions.  Il  va  s'organiantt*,  dans  chacun  des  arrondissemens, 
des  sociétés  affiliées  à  la  société  du  chef-lieu  ^  et  de  concert  elles 
s'occuperont  de  faire  adopter  la  méthode  par  les  instituteurs  pri- 
maires de  tous  les  villages  du  département,  {f^oy.  ci-dessus,  p.  186.) 

Chalons.  (  Marne.  )  Société  d'agriculture  ,  commerce  ,  sciences 
et  arts. — Séance  publique  du  27  acût  1821  —  M.  Jeandeau ,  chef 
de  l'instruction  de  l'école  royale  d'arts  et  métievs,  président  an- 
nuel, ouvre  la  séance  par  un  discours  sur  les  avantages  que  les 
sciences  et  les  arts  ont  retirés  de  la  réunion  de  leurs  moj'ens.  M.  Ca- 
quot,  secrétaire,  rend  compte  des  travaux  de  la  Société,  ainsi 
que  du  résultat  des  concours  ;  il  paie  un  tribut  d'éloge  à  la  nu- 
moire  de  MM.  Charbonnier  et  Landois ,  membres  titulaires,  que  la 
mort  a  enlevés  cette  année.  —  M.  Vanzut  lit  un  discours  sur  h\< 
fêles  de  village. — M.  le  docteur  Moignon ,  en  l'absence  de  M.  TIi. 
Pcin,   vice-président ,  lit  une  notice  de  ce  dernier  sur  Louis  Xif 


p  EUJIOPK.  '        221 

el  principalement  sur  ses  dernières  années.  -M.  le  secrétaire  donne 

I  lecture  d'une  pièce  de  vers  intitulée  :  les  Musards ,  par  feu  M.  de 
Villarsy ,  ancien  membre. 
Prix  distribués.  —  Premier  concours.  «  Quel  est ,  dans  l'état 
actuel  de  la  France  et  dans  ses  rapports  auec  les  nations  étran- 
gères., le  degré  d^ extension  que  l'industrie,  dirigée  vers  Vintérêt 
national,  doit  donner  aux  différens  genres  d' intentions  qui  sup- 
pléent le  travail  des  hommes  pa  r  Le  travail  des  machines  ?  » 

Le  prix  consistant  en  une  médaille  d'or  de  3oo  fr.,  a  été  décerné 
à  M.  Paris,  ancien  sous-préfet  (i). —  Deuxième  concours  :  ^Déter- 
miner quelles  sont  les  maladies  qui  attaquent  particulièrement  les 
laboureurs  ,  les  jardiniers  et  les  vignerons  du  département  de  la 
Marne  l'en  rechercher  les  causes  \  indiquer  les  moyens  de  les  pré- 
venir et  ceux  de  les  guérir.  »  Une  médaille  d'encouragement  de 
première  classe  a  été  décernée  à  M.  Hourelle ,  docteur-médecin 
à  Reims. — Troisième  concours.  «  Statistique  d''un  canton  du  dépar- 
K  tement  de  la  Marne.  »  Une  médaille  d'encouragement  de  première 
classe  est  décernée  à  la  statistique  du  canton  d'Ecury -sur-Coole  , 
par  M.  Gallois j  prêtre  desservant,  de  la  commune  de  Soudron , 
associé  correspondant. 

La  Société  décernera,  dans  sa  séance  publique  du  mois  d'août 
1822  :  1°  une  médaille  d'or  de  3oo  francs  au  meilleur  mémoire 
sur  cette  question  :  Quels  sont  les  moyens  de  rendre ,  en  tems  de 
paix ,  les  loisirs  du  soldat  français  plus  utiles  à  lui  -  même  , 
à  î armée  et  à  Vétat,  sans  porter  atteinte  ni  à  son  caractère 
national  ,  ni  à  Vesprit  militaire  ?  —  2»  Une  médaille  d'or  de 
200  francs  au  meilleur  mémoire  sur  cette  proposition  :  Indiquer 
spécialement  les  nouveaux  genres  de  fabrication  qui  conviendrait 
le  mieux  à  la  ville  de  Châlons-sur-Marne ,  et,  en  général,  les 
moyens  d'y  favoriser  le  développement  de  l'industrie  r.tanufac- 
tarière? — Elle  continue  d'offrir  des  prix  d'encouragement  :  i»à  l'au- 
teur de  la  meilleure  statistique  d'un  canton  du  département  de  la 
Marne;  2"  au  médecin  ou  chirurgien  de  ce  département  qui  aura 
vacciné  le  plus  grand  nombre  de  sujets  pendant  l'année  1822. 

(1)  M.  Paris  est  déjà  auteur  d'un  Mémoire  sur  les  moyens  d'assu- 
rer les  subsistances  en  France,  auquel  la  Société  a  décerné,  en  181g, 
une  première  médaille  d'or. 


n2  EUROPE. 

Les  pièces  relatives  à  ce  dernier  concours  seront  envoyées,  au 
secrétaire  de  la  Société^  à  Châlons  sur-Marne,  avant  le  i*^  mai  i823  ; 
et  les  autres  avant  le  i*^'  juillet  1822. 

Maçon.  [Saônc-ct-Loire).  —  La  Société  des  sciences ,  arts  et  belles- 
lettres  avait  mis  au  concours  la  question  suivante  :  «  L'éducation  pu- 
blique offre-t-elle  assez  de  garantie  à  l'état  etaux  parens ,  lorsqu'elle  n'est 
pas  confiée  à  un  ou  plusieurs  corps  qui  tiennent  de  la  loi  une  indépen- 
dance suffisante ,  qui  aient  sur  leurs  membres  un  pouvoir  spécial  y  et  qui 
soient  dépositaires  des  doctrines  religieuses ,  morales  et  politiques  ?  Le 
prix  (une  médaille  d'or  de  la  valeur  de  000  fr.  )  a  été  décerné  à 
M.  CyPEiEN  Anot  ,  professeur  d'humanités  au  collège  royal  de  Reims, 
et  la  mention  la  plus  honorable  à  M.  Josbph-Antoixb  Gresy,  de  Mont- 
pellier. 

Poitiers.  (  Vienne  }.  —  La  Société  académique  d'agriculture  , 
sciences  et  arts  propose  une  médaille  d'or  du  prix  de  200  fr.  à  l'auteur 
du  meilleur  mémoire  «  sur  les  caractères  des  maladies  des  vins  rouges , 
connues  sous  le  nom  de  poux  ou  prousse^  et  sur  les  moyens  préservatifs 
et  curatifs  de  cette  maladie  » .  Les  mémoires  doivent  être  adressés  à 
M.  le  préfet  du  département  de  la  Vienne,  avant  le  i«'  juillet  1822. 

PARIS. 

Institut.  —  Académie  des  sciences.  —  Ocxobbb  1821.  —  Séance  du  3. 
— M.  Mauvroir  est  nommé  correspondant;  —  M.  Brongniart  lit  un 
mémoire  sur  les  caractères  zcologiques  des  terrains  de  craie  ^  avec  l'ap- 
plication de  ces  caractères  à  quelques-uns  de  ces  terrains.  —  M.  John, 
membre  de  l'académie  de  Berlin  ,  lit  un  mémoire  sur  l'analyse  des 
pierres  météoriques  (MM.  Berthollet  et  Vauquelin,  commissaires).  — 
La  commission,  nommée  dfms  la  dernière  séance,  présente  la  liste 
suivante,  pour  le  remplacement  de  M.  de  Cubières  :  MM.  le  duc  de 
La  Rochefoucauld ,  le  général  Andréossy,  le  général  Marescot ,  le 
comte  de  Bournon  ,  Héricart  de  Thury,  Dartigues. 

—  Du  10.  —  M,  Guillaume  Libri  adresse  un  mémoire  sur  les  somjncs 
des  diviseurs  et  des  intégrales  définies.  (  MM.  Poisson  et  Cauchy, 
commissaires).  —  M.  Delaplace  lit  uu  mémoire  sur  l'attraction  des 
corps  spliériques  et  sur  la  répulsion  des  fluides  élastiques.  —  M.  Che- 
vreul  lit  une  note  sur  une  nouvelle  substance  trouvée  dans  le  sang.  — 
M.  Audouard  commence  la  lecture  d'un  mémoire  sur  le  siège  des 
fièvres  intermittentes.  —  On  lit  un  mémoire  de  M.  de  Laborne  sur  un 
nouvel  aérostat  (MM.  Prony  et  Fourrier,  commissaires). 


EUROPK.  22,^ 

—  Du  17.  —  On  -présente  à  l'académie  ,  de  la  part  de  M.  Ghabrier, 
1°  un  supplément  à  l'Histoire  naturelle  de  V ap us  pisci forma;  2°  un 
mot  sur  l'irritabilité  de  Vœnolhera  tetreptera  :  ce  deuxième  mémoire 
est  renvoyé  à  MM.  Duméril  et  duPetitThouars.— M.  Despretz  Ht  un 
mémoire  ;y«r  la  conducibitltè  de  plusieurs  substances  solides  (MM.  Four- 
rier et  Poisson  ,  commissaires  ).  —  M.  Audouart  continue  la  lecture 
de  son  mémoire  sur  le  siège  des  fièvres  intermittentes.  —  Au  nom  de 
la  commission,  M.  du  Petit  Thouars  lit  un  rapport  sur  le  myrte  ,  pré- 
senté par  M.  Sarlandière  ,  au  nom  de  M.  Lavallée ,  cultivateur  à 
Abbeville.  Après  avoir  montré  combien  il  a  fallu  de,  patience  et 
d'adresse  pour  former,  avec  ce  myrte,  une  corbeille  en  forme  de 
vase  antique,  de  sept  pieds  et  demi  de  diamètre  et  de  cinq  pieds  de 
haut  (non  compris  la  tige,  qui  a  quatorze  pouces  ) ,  M.  le  rapporteur 
conclut  que  M,  Lavallée  est  susceptible  de  recevoir  les  remercîmens 
de  l'Académie,  pour  lui  avoir  présenté  le  résultat  de  sa  persévéranc€ 
et  de  son  industrie.  L'académie  approuve. 

—  Du  24.  — On  lit  une  lettre  de  M.  le  bai'on  Capelle,  qui  envoie 
un  nouveau  rapport  sur  l'aérolithe  de  l'Ardèche,  avec  un  fragment  de 
cette  pierre.  M.  Vauquelin  est  prié  d'en  faire  l'analyse.  —  M.  le  duc 
de  La  Rochefoucauld  est  nommé  associé  libre,à  une  majorité  de  trente 
voix  sur  trente-huit.  —  M.  Petros  lit  un  mémoire  sur  l'alcali  du  quin- 
quina, la  chinchomne  et  la  quinine  (  MM.  Portai  et  Halle,  commis- 
saires ).  —  M.  Cruveilher  lit  un  mémoire  intitulé  :  Médecine  pratique 
éclairée  ^ar  l'anatomie  et  la  physiologie  pathologique  (MM.  Pinel  et 
Percy,  commissaires  ). 

—  Académie  française.  —  Séance  du  20  octobre.  —  M.  Auger  lit 
une  notice  historique  et  littéraire  sur  le  Tartuffe. —  M.  Picard  lit, 
pour  M.  François  de  Neufchâteau,  un  poème  intitulé  ,  la  Calligra- 
phie.—  M.  Lemercier,  un  précis  des  annales  françaises  depuis  Mé- 
rové  jusqu'à  Charles-le-Sage. —  M.  Raynouard ,  une  ode  sur  le  dé- 
vouement de  Malesherbes. 

—  Académie  des  beaux-arts. -^Séance  publique  du  6  octobre. 
—  M.  Quatremère  de  Quincy,  secrétaire  perpétuel,  lit  deux  notices 
historiques; l'une  sur  la  vie  et  les  ouvrages  de  M.  Duvivier,  graveur; 
l'autre  sur  M.  Gondoin,  architecte.  —  Rapport  sur  les  ouvrages  des 
pensionnaires  du  roi  à  l'école  française  de  Rome. 

On  procède  ensuite  à  la  distribution  des  prix.  Nous  avons  fait 


22A  EUROPE. 

connaître  (  T.  XI ,  pag.  436  et  667)  les  noms  de  ceux  qui  ont  rem- 
porté les  prix  de  peinture  et  de  sculpture. 

Le  sujet  du  concours  d''archi lecture  était  un  projet  de  palais  de 
justice  pour  le  chef-lieu  d'un  département.  Le  premier  grand  prix  a 
été  décerné  à  M.  Abel  Blouet,de  Paris,  âgé  de  vingt-cinq  ans  et  demi, 
élève  de  M.  Delépine;  et  le  second  grand  prix,  à  M.  Henri  Labrouste, 
de  Paris  ,  âgé  de  vingt  ans  ,  élève  de  MM.  Vaudoyer  et  Lebas. —  Le 
premier  grand   prix  de   composition  musicale  a    été  remporté  par 
M.    Etienne  Rifaut,   de   Paris,  âgé  de    vingt-deux    ans,  élève  de 
M.  Berton.  —  On  distribue  ensuite  les  médailles  fondées  par  MM.  de 
Caylus  et  Delatour  ,  et  celle  dite  du  prix  départemental.  La  mé- 
daille pour  la  tête  d'expression  a  été  partagée  entre   MM.   Court 
peintre,  élève  de  MM.  Gros,  et  Lemaire,  sculpteur,  élève  de  M.  Car 
teïlier.   La  médaille  pour  le  torse  a   été  obtenue  par   M.    Dasnis 
élève  de  M.  Girodet  ;  et  celle  du  prix  départemental  a  été  décernée 
dans  l'école  d'architecture,  à  M.  Blouet,  le  même  qui  a  remporté 
le  premier  grand  prix. 

La  séance  est  terminée  par  l'exécution  de  l'ouverture  de  Cari- 
sandre^  de  M.  Berton ,  et  de  la  scène  de  Diane  ,  qui  a  obtenu  le 
grand  prix  de  composition  musicale. 

— La  Société  d^  encouragement  pour  V  industrie  nationale  2i  tenu  sa 
séance  publique  ^  le  3  octobre.  L'abondance  des  matières  nous  force 
à  renvoyer  au  mois  prochain  le  compte  rendu  de  cette  intéressante 
solennité. 

— V Athénée  des  arts ,  sous  la  présidence  de  M.  Boissy-d'Anglas , 
pair  de  France,  a  tenu,  le  26  août  1821,  une  séance  publique. 
M.  Demonchaux  a  lu  deux  rapports  ;  le  premier,  sur  Véclairage  au 
moyen  du  gaz  hydrogène  épuré ^  d'après  les  procédés  de  M.  Pauwel  ; 
le  second,  sur  un  mécanisme  de  M.  Jouanne  de  Cailly  ,  destiné  à 
dételer  à  volonté  les  chevaux  d'une  voilure.  M.  Bienaimé  en  a  lu 
un  troisième,  sur  la  nouvelle  pompe  de  M.  Capron.  MM.  Garcin , 
Ponce ,  Famin ,  Perrier  et  Bazot  ont  fait  les  honneurs  de  la  littéra- 
ture ,  ainsi  que  M.  penn-Baron ,  qui  a  lu  son  poème  du  Phénix.  On 
a  entendu  MM.  Corentin  Habenek,  Fouquet,  Bénazet,  dont  les 
amateurs  de  musique  apprécient  depuis  long-tems  les  talens. 

— Société  de  géographie, —  Depuis  long-tems,  l'étude  de  la  géogra- 
phie ,  retardée  dans  sa  marche,  réclamait,  surtout  en  France,  de 


EUROPE.  225 

^reissatis  cnconragemens.  Elle  manquait  d'une  sorte  de  direction  à 
kiquelle  vînt  aboutir,  comme  à  un  centre  commun  ,  tout  ce  qui  se 
rapporte  à  cette  branche  si  essentielle  des  connaissances  humaines. 
C'est  dans  ce  but ,  et  par  ces  motifs ,  qu'il  se  forme  actuellement,  à 
Paris,  une  association  qui  s'annonce  sous  le  titre  modeste  de  Société 
DE  GÉOGRAPHIE.  EUc  comptc  déjà,  parmi  ses  fondateurs,  plus  de  trente 
membres  ou  correspondans  de  l'Institut,  dont  plusieurs  sont  au 
nombre  des  coUaborateus  de  la  Revue  Encyclopédique  ,  et  d'autres 
hommes  distingués  par  leur  mérite  personnel ,  et  par  leur  zèle  pour 
le  progrès  des  sciences.  Nous  publierons,  dans  l'un  de  nos  prochains 
cahiers,  la  liste  des  membres  de  cette  société,  et  les  principales 
dispositions  de  son  règlement ,  pour  en  faire  bien  connaître  l'orga- 
nisation, 

La  Revue  Encyclopédique ^  qui,  par  la  nature  et  l'étendue  de 
son  plan,  par  V universalité  et  la  variété  des  matières  qu'elle  em- 
brasse ,  par  Vuni'é  et  V utilité  du  but  qu'elle  se  propose  ,  offre ,  dans 
la  lecture  de  ses  livraisons  mensuelles,  une  sorte  de  panorama 
fcientifîque  et  littéraire  du  monde  entier,  et  comme  un  voyage  pé- 
riodique, entrepris  dans  les  différentes  contrées  du  globe,  et  dans 
les  différentes  branches  des  connaissances  humaines,  au  moyen  du- 
quel on  peut  suivre  sur  chaque  point  les  progrès  des  sciences,  des 
arts  £t  de  la  civilisation  ,  se  trouve  appelée  à  rendre  plus  particu- 
\lièrement  compte  des  travaux  de  la  Société  de  géographie  ,  et  s'em- 
pressera d'en  présenter ,  environ  tous  les  deux  ou  trois  mois ,  un 
tableau  abrégé  à  ses  lecteurs.  M.  A.  J. 

Histoire  naturelle^,  —  L'administration  du  Jardin  du  Roi  et  du 
Muséum  d'histoire  naturelle  a  reçu  dernièrement  une  nombreuse  col- 
lection d'objets  d'histoire  naturelle  ,  consistant  principalement  en 
plantes  vivantes ,  rassemblées  en  Asie ,  en  Afrique  et  en  Amérique 
par  M.  Perrottet ,  cultivateur  botaniste ,  et  voyageur  du  gouverne- 
ment, attaché,  en  1819,  1820  et  1821 ,  à  l'expédition  commandée 
par  M.  le  capitaine  de  vaisseau  Philibert.  Comme  la  flûte  le  Rhône  , 
sur  laquelle  se  trouvait  M.  Perrottet,  devait  se  rendre  en  France  au 
commencement  de  l'hiver,  il  débarqua  avec  sa  riche  collection  ,  et 
resta  à  Cayenne  jusqu'au  i«'  juin  1821 ,  époque  à  laquelle  il  s'em- 
barqua sur  la  gabare  la  Durance ,  arrivée  au  Havre  dans  le  mois  de 
juillet  suivant. 

Cette  collection  est  la  plus  riche ,  la  plus  considérable  qui  ait 

Tome  xii.  1 5 


226  EUROPE. 

Jamais  été  introduite  en  France  par  aucune  expédition.  Elle  con- 
siste :  I»  en  84  caisses ,  contenant  600  plantes  environ  ,  toutes  dans 
le  meilleur  état  de  vie,  et  dont  la  plupart  sont  fort  rares,  et  môme 
encore  inconnues;  2°  2  caisses  contenant  des  graines  stratiliées 
dans  la  terre ,  et  en  germination  ;  S»  trois  cents  sachets  de  graines  de 
tonte  espèce  ;  4"  7  caisses  de  plantes  sèches  pour  l'herbier;  5°  26  bo- 
caux en  verre,  contenant  des  fruits  conservés-  dans  de  la  liqueur  ; 
6°  enfin,  plusieurs  caisses  d'animaux,  d'oiseaux,  de  minéraux,  etc. 

Pendant  le  cours'  du  voyage ,  d'autres  envois  considérables  de 
grains  ont  été  faits  de  différens  endroits  ,  et  sont  arrivés  aussi  en  boa 
état.  En  outre  ,  M.  Perroltet  a  laisse,  en  passant  à  Bourbon  et  à 
Cayenne  ,  une  grande  quantité  de  végétaux  et  de  graines  précieuses 
qui  n'existaient  pas  dans  ces  colonies  ;  ce  sont  presque  tous  objets 
utiles  aux  arts,  à  la  médecine,  à  l'économie  rurale  et  domestique. 
(Voy.  ci -dessus  art.  Amérique ,  Afrique  tX  Asie.)  Ces  végétaux,  cul- 
tivés avec  soin,  doivent  d'autant  mieux  réussir,  que  le  climat  et  fa 
nature  du  sol  sont,  à  peu  de  chose  près,  les  mêmes  que  ceux  d'où  ils 
Ont  été  tirés. 

Pendant  les  dix  mois  que  M.  Pérrottet  a  séjourné  à  Cayenne,  il  s'est 
occupé  de  multiplier  par  graines,  ou  par  tout  autre  moyen  ,  les 
{)lantes  précieuses  et  utiles  dont  l'expédition  a  enrichi  celte  colo- 
nie, et  il  a  obtenu  un  succès  complet.  Près  de  deux  cents  sagou tiers 
sont  déjà  en  végétation;  et,  avant  peu  d'années,  nous  ne  serons 
^lus  tributaires  des  étrangers  pour  cette  fécule  qui,  non  seulement 
est  utile  en  médecine  ,  mais  qui  fournit  encore  une  nourriture  saine 
et  abondante  à  tous  les  indigènes  des  Moluques,  des  Philippines,  et 
de  presque  toutes  les  îles  du  grand  archipel  d'Asie.  L'arbre  à  vernis 
de  la  Chine ,  l'anis  étoile ,  le  mûrier  de  la  Chine ,  l'abacas ,  les  tu- 
teurs du  poivrier,  du  bétel,  du  cafier,  prospèrent  maintenant  à 
Cayenne.  C^est  par  des  fatigues  excessives  ,  et  souvent  même  en 
courant  des  dangers,  que  M.  Pérrottet  est  parvenu  à  se  procurer  tant 
de  richesses. 

Les  observations  de  ce  naturaliste ,  sur  la  manière  de  soigner  et 
de  conserver  les  plantes  à  bord,  ne  peuvent  qu'être  aussi  intéres- 
santes qu'utiles  pour  les  officiers  de  la  marine  dans  de  semblables  ex- 
péditions.  En  effet, il  a  prouvé, par  l'expérience,  qu'avec  des  soins  et 
des  précautions  ,  et  malgré  tous  les  obstacles ,  on  peut  conserver,  à 
bord  d'un  bâtiment,  des  plantes  en  végétation  pendant  plus  d'un  an. 


\ 


EUROPE.  W 

Poésie  Italienne. — Improvisation.— M.,  Philippe  Pistriicci,  poète 
Improvisateur  italien,  a  donné  des  preuves  de  son  talent  ,  dans  Id 
soirée  du  12  octobre.  Il  a  accepté  tous  les  thèmes  ou  sujets  d'histoire 
et  de  mythologie,  et  même  quelques-uns  de  morale  et  de  littérature 
qui, par  leur  nature,  ne  se  prêtaient  pas  trop  aux  inspirations  poé- 
tiques. Il  a  chanté  successivement,  et  avec  plus  ou  moins  de  succès , 
plilsieurs  pièces  de  vers  dont  le  rhythme  était  varié  suivant  la  nature 
du  sujet  ,  et  même  suivant  là  volonté  des  auditeurs.  Parmi  les 
thèmes  qu'il  a  traités,  je  citerai  1°  \^ peste  de  Barcelone  en  endecas- 
silabi,  vers  de  dix  syllabes;  2"  là  mort  de  Cicéron,  eh  oltapa  rima; 
3"  \eè  présages  du  Dante  sur  la  langue  italienne,  en  ottonarj y  vers 
de  huit  syllabes  ;  4"  l'Italie  au  tombeau  d^Alfi'cri ,  en  tercets  ; 
S»  la  naissance  de  Vénus,  en  senarj,  vers  de  six  syllabes  ;  6°  Otello  ^ 
en  terza  rima;  7**  Ballhazar,  en  oitaua,  etc.  M.  Pistrucci  a  déclarrté 
le  sujet  d'Otello  ;  il  a  chanté  ses  autres  com'positidns. 

Dans  ces  sortes  d'épreuves  qui  nous  rappellent  les  tensons  dès 
troubadours  ,  on  ne  peut  guère  parvenir  à  cette  perfection  qu'on  est 
en  droit  d'exiger  dans  les  poèmes  long -tems  médites,  travaillés  à 
loisir.  Mais  il  serait  injuste  de  ne  pas  accorder  à  M.  Pistrucci 
de  la  fécondité,  un  certain  talent  descriptif,  et  surtout  beaucoup 
de  vivacité  et  d'abandon  dans  ses  improvisations.  La  critique  là 
plus  sévère  est  désarmée  par  une  foule  de  ttuits  heureux  qui  font 
oublier  des  impressions  qui  ne  sont  pas  toutes  agréables.  Aussi , 
l'improvisation  du  poète  italien  a-t-elle  été  accueillie  avec  de  vifs 
applaudissemens.  Comme  ce  phénomène  poétique  a  donné  lieu  A 
plusieurs  remarques  et  à  des  discussions  littéraires  chez  les  Français, 
nous  essaierons,  dans  une  notice  particulière,  de  rectifier,  sur  ce 
sujet,  des  faits  et  des  opinions  qui  ne  nous  semblent  pas  trop  d'aé- 
cdrd  avec  la  justice  et  la  vérité.  F.  Salî'i. 


TnàATaES. — Théâtre  Français.  —  Faliéro,  drame  historique,  en 
cinq  actes  et  en  vers,  par  M***  (i**'  octobre). — Cette  pièce  n'a  pas 
réussi,  et  n'a  eu  qu'une  seule  représentation.  C'est  une  imitation 
malheurease  du  doge  de  Venise,  de  lord  Byron,  représenté  derniè- 
rement à  Londres ,  et  de  plusieurs  tragédies  françaises  connues. 
Cependant  le  premier  acte  offre  une  scène  remarquable  par  son 
originalité  et  par  un  style  assez  énergique.  Le  deuxième  acte  est 
presque  entièrement  inutile.  Il  y  aurait  beaucoup  de  coupures ,  de 
cbangemens  à  faire  dans  le  quatrième  et  dans  le  cinquième;  ce  der- 

15* 


228  EUROPE. 

nier  renferme  une  assez  belle  scène  d'interrogatoire,  que  l'auteur  a  eu 
tort  de  surcharger  de  détails  oiseux.  En  général,  le  style  n'était  pas 
propre  à  faire  supporter  les  vices  du  plan  :  un  grand  nombre  de 
vers  incorrects  ou  bizarres  ont  indisposé  le  public  ;  cet  ouvrage 
parait  avoir  été  composé  avec  une  extrême  précipitation. 

Second  Théâtre  Français. — Les  Deux  Candidats ,  ou  laFausse 
Modestie^  comédie  en  trois  actes  et  en  prose ,  par  M.  O.  Lebov 
(i5  octobre). — M.  de  Hautainval,  l'un  des  candidats,  est  un  person- 
nage tout  fier  des  richesses  que  son  père  a  gagnées  dans  le  commerce; 
la  décoration  qu'il  porte  et  le  titre  de  comte  qu'il  est  près  d'ob- 
tenir augmentent  encore  son  orgueil.  Mais,  non  content  des  honneurs 
qu'il  ne  doit  qu'à  sa  fortune ,  il  ambitionne  ceux  qui  supposent  du 
mérite.  En  conséquence ,  il  cherche  à  se  faire  nommer  député  dans 
un  arrondissement  où  il  a  des  propriétés.  Malheureusement ,  il  a 
dans  ce  pays  une  réputation  de  hauteur,  qui  est  peu  propre  à  lui 
faire  obtenir  des  suffrages  pour  le  populariser.  Il  arrive  dans  le  chef- 
lieu  électoral ,  dans  l'équipage  le  plus  modeste  ;  il  essaie  d'être  poli 
et  même  prévenant  avec  chacun,  ce  qu'il  ne  fait  pas  toujours  de 
très-bonne  grâce.  Mais  il  est  certaines  intrigues  de  détail,  dans  les- 
quelles un  homme  comme  lui  ne  peut  entrer.  Il  laisse  ce  soin 
à  un  M.  de  Gourville ,  qui  vit  à  ses  dépens  ,  et  qui,  par  recon- 
naissance ,  s'est  fait  son  prôneur  en  titre.  Cet  |honnête  courtier 
d'élections,  adoptant  sans  restriction  l'adage  :  qui  peut  Lajin^  veut 
les  moyens,  fait  si  bien  qu'il  détruit  toutes  les  préventions  ré- 
pandues contre  Hautainval.  Celui-ci  a  de  plus  avec  lui  un  valet 
dont  la  figure  et  les  manières  honnêtes  doivent  servir  ses  projets, 
mais  qui ,  par  des  balourdises  assez  gaies  ,  déconcerte  à  chaque 
moment  l'adresse   de  Courville. 

L'autre  candidat  est  un  jeune  avocat ,  nommé  Dercy,  auquel 
«a  modestie  et  ses  talens  ont  fait  de  nombreux  partisans  parmi 
les  électeurs.  Ce  n'est  pas  la  seule  rivalité  qui  existe  entre  Hau- 
tainval  et  lui  :  ils  aspirent  tous  deux  à  la  main  d'une  jeune  et 
aimable  comtesse ,  pupille  de  Hautainval ,  auquel  sa  famille  veut 
l'unir  par  des  motifs  de  convenance,  mais  qui  préfbre  en  secret 
Dercy,  dont  la  candeur  et  l'amour  timide  sympathisent  mieux  avec 
son  caractère  ,  que  les  manières  apprêtées  et  la  tendresse  calculée 
<lc  son  tuteur.  Dumont ,  oncle  de  Dercy,  qui  ne  veut  se  mêler  en  ' 
rien  de  rélcction  de   son  neveu,  en  revanche  se  mêle  beaucoup 


EUROPE.  229 

de  SCS  amours  ,  et  parvient,  par  un  moyen  adroit,  à  amener  une 
explication  entre  la  comtesse  et  Dercy ,  qui  ne  demandent  qu'à 
s'entendre.  Cependant  les  menées  de  Courville  sont  découvertes. 
Hautainval,  voyant  son  rival  le  supplanter  en  même  tems ,  près  de 
sa  maîtresse  et  près  des  électeurs ,  n'a  plus  d'autre  ressource  que 
d'aller  jusque  dans  un  arrondissement  des  Pyrénées  briguer  d*autre& 
sufiFrages. 

Cette  pièce ,  qui  a  réussi  sans  opposition  ^  renferme  peu  de 
situations  comiques;  l'action  se  passe  en  grande  partie  hors  de  la 
scène  ;  les  amours  de  Dercy  et  de  la  comtesse  sont  froides ,  et  le 
dénouement  est  prévu  dès  le  premier  acte.  Cependant  l'atten- 
tion est  constamment  soutenue  par  i  1  dialogue  animé,  rempli  de 
traits  piquans  et  d'observations  spirituelles.  Le  public  a  tenu  compte 
à  l'auteur  de  tadifficulté  qu'il  y  avait  à  traiter  un  pareil  sujet,  sans 
éveiller  l'esprit  de  parti  ;  difficulté  que  M.  Leroy  a  surmontée  avec 
habileté.  Les  caractères  sont  en  général  bien  tracés;  le  personnage 
de  Courville  a  répandu  de  la  gaîté  dans  l'ouvrage,  par  l'effronterie 
de  ses  intrigues,  la  naïveté  de  sa  bassesse,  et  son  audace  imper-< 
turbable  à  supporter  les  affronts.  Il  est  à  regretter  que  M.  Leroy, 
dont  le  talent  poétique  est  connu,  n'ait  pas  eu  le  tems  d'écrire  en 
vers  son  nouvel  ouvrage ,  qui ,  tel  qu'il  est,  ne  peut  cependant  que--, 
lui  faire  honneur. 

—  Opéra- Comique, —  Le  négociant  de  Hambourg^  opéra  en  trois 
actes,  paroles  de  MM***,  musique  de  M.  Kreutzer  (i5  octobre). 
—Un  riche  négociant  de  Hambourg,  nommé  Dolban,  a  enfoui  un 
trésor  dans  un  caveau ,  qui  se  ferme  par  une  serrure  dont  lui  seul  a 
le  secret.  Son  fils ,  au  moratcnt  d'épouser  la  jeune  Alexine ,  se  laisse 
entraîner  par  le  comte  deWalstein  dans  des  spéculations  hasardeuses, 
où  il  perd  la  fortune  d'où  dépendait  son  mariage.  Dans  son  désespoir, 
voulant  s'emparer  du  trésor  de  son  père ,  il  parvient  à  pénétrer  dans 
ce  fatal  caveau  dont  la  porte  se  referme  sur  lui  ;  il  semble  condamné 
à  y  mourir  de  faim ,  lorsque  le  comte  de  Walstein ,  poursuivi  par 
ses  créanciers,  vient  demander  un  asile  à  Dolban;  celui-ci  le  conduit 
au  caveau ,  d'où  il  voit  son  malheureux  fils  sortir  mourant.  Ce  sujet 
horrible  et  bizarre  aurait  mieux  convenu  ii  un  théâtre  de  mélodrame 
qu'à  celui  de  l'Opéra-Comique  ;  quelques  scènes  triviales  jetées  au 
milieu  de  situations  fort  tristes ,  ont  surtout  indisposé  le  public.  Les 
auteurs  ont  retiré  leur  pièce  après  la  troisième  représentation. 


2o0  EUROPE. 

La  musique  avait  obtenu  du  succès;  on  avait  applaudi  l'ouverture, 
les  morceaux  d'entr'actes ,  un  trio  du  premier  acte,  de  jolis  couplets 
et  le  final  du  second,  et  enfin  un  trio  au  troisième  acte. 


Beaux-abts. — Peintdbe.  — M'  H.  Vemet. — Exposition  annuelle 
des  tableaux  des  élèi/es  de  recelé  de  Rome. 

Lorsque  j'ai  rendu  compte  du  salon  de  1819,  j'ai  donné  une 
attention  particulière  aux  productions  de  M.  H.  Vemet  (1).  Le 
nombre  ,  l'iqiportance  et  la  variété  des  tableaux  de  cet  artiste , 
le  talent  dont  il  a  fait  preuve  dans  chacun  des  genres  qu'il  a 
essayés,  ont  causé  une  surprise  générale,  et  lui  ont  fondé  uiie 
réputation  qui  n'a  fait  que  s'accroître.  Depuis  cette  époque  ,  ce 
peintre  a  exécuté  plusieurs  autres  tableaux.  Le  plus  récent  et  le 
plus  .considérable  est  celui  qui  représente  la  liatailh  de  Jem- 
mapes,  dans  laquelle  M.^^  le  duc  d'Orléans,  pour  qui  il  a  été  fait, 
a  joué  un  rôle  important. 

Le  peintre,  s'étant  propose  de  mettre  l'ensemble  de  la  bataille 
sous  les  yeux  du  spectateur,  a  dû  placer  l'action  ,  qui  embrasse  une 
grande  étendue ,  sur  les  plans  éloignés.  Mens  occupe  la  droite  du 
tableau,  Jemmappes  la  gauche,  et  au  centre  on  voit  une  sorte  de 
taillis  qui  couvrait  le  front  des  Autrichiens,  et  où  le  duc  de  Chartres, 
aujourd'hui  duc  d'Orléans ,  fit  une  attaque  décisive  à  la  tête  dos 
troupes  qu'il  avait  ralliées ,  et  qu'il  ramena  au  combat  en  leur 
donnant  prophétiquement  le  nom  de  bataillon  de  Jemmappes. 

Les  figures  qui  prennent  part  à  l'action ,  étant  ainsi  placées 
dans  un  grand  éloignement,  ne  peuvent  offrir  qu'un  intérêt  d'effet 
et  de  masse  ;  mais  celles  du  premier  plan,  d'une  dimension  néces- 
sairement plus  considérable ,  ont ,  en  outre  ,  un  grand  intérêt  de 
sentiment.  Voici  comment  ce  premier   plan    est  disposé. 

Le  feu  vient  de  prendre  dans  une  brasserie  placée  à  l'extrême 
droite j  ceux  qui  occupaient  cette  brasserie  se  hâtent  d'en  sortir; 
une  vivandièxe  qui  s'y  était  établie  ,  s'empresse  d'éloigner  tout  son 
bagage.  Tout  près  de  celte  scène  de  désolation  et  d'effroi,  sur  un 
tertre  d'où  il  peut  embrasser  l'ensemble  de  l'action,  est  placé  Du- 
mourier,  entouré  dos  officiers  de  son  état-major,  parmi  lesquels 
on  reconnaît  le  duc  de  Montpcnsier ,  frère  du  duc  de  Chartres, 

(i)   Foj.  ci  dessus,  T.  IV,  page  517. 


IVlacdonald  ,  devenu  duc  de  Tarcntc  et  muiéchal  célèbre  ;  Belliaril  » 
maintenant  paix*  de  France ,  etc. 

Un  officier  supérieur,  autrichien,  vient  d'être  fait  prisonnier  et 
amené  au  général  en  chef  par  un  de  ses  qides  de  camp  ,  qui  cqi- 
ch^iit  sous  un  vétemept  militaire  un  sexe,  ennemi  de  \^  guerre  et  de 
SCS  l^orreurs.  Ce  prisonnier  vient  de  reconnaître  qu'il  a  eu  affairp 
à  une  amazone,  et  sa  physionomie  exprime  à  la  fois  un  étonne- 
ment  et  une  admiration  honorables  pour  celle  qui  l'a  vaincu.  Vou- 
lant faire  oublier ,  s'il  est  ppssible ,  l'inconvenance  qu'il  y  £^  pour 
une  jeune  fille  k  prendre  les  vêtemens  et  les  habitudes  milita^r/ss, 
Le  peintre,  a  placé  non  loin  d'elle ,  son  père ,  ofllciej-  dp  dragons. 
11  a  su  donner  aussi  à  toute  cette  partie  du  tableau  cet  aspect 
animé  et  cette  variété  de  préoccupation ,  qui  doit  exister  parmi  des 
ojficiers  continuellement  en  mouvement ,  et  dont  l'esprit  est  tout 
entier  dominé  par  les  événemens  qui  se  succèdent,  et  par  la  part 
plus  ou  moins  aclivp  qu'ils  y  ont  prise  ou  qu'ils  vont  y  prendre. 
Dès-lors,  on  comprend  que  la  plupart  ne  s'aperçoivent  pas^^ 
l'injcendie  qui  vient  d'éclater  près  d'eux  ;  que  d'autres,  qui  s'en 
aperçoivent ,  mais  qui  viennent  d'arriver,  soient  bien  plus  em- 
pressés de  recevoi/  des  içains  d'une  vivandière  le  verre  qu'elle 
leur  prjésente ,  que  de  s'occuper  d'éteindre  cet  incendie  ,  qui  ne 
leur  offre  aucun  danger  personnel.  C'est  un  bien  petit  événement , 
le  jour  d'une  bataille ,  que  l'incendie  d'une   maison  1 

Au  groupe  formé  par  tout  ce  que  je  viens  de  décrire,  succède j 
vers  la  gauche,  un  épisode  touchant.  C'est  un  général,  quia  eu 
les  deux  jambes  emportées,  et  que  des  soldats  rapportent  sur  leurs 
bras ,  du  champ  de  bataille.  Le  chirurgien  qui  l'accompagne  ^'est 
avancé  vers  Dumourier,  et  lui  adresse  la  parole  en  lui  montrant  le 
blessé,  c'est  le  moyen  que  le  peintre  a  employé  pour  lier  ces,, 
deux  scènes.  Dumourier ,  extrêmement  ému  à  cette  vue  ,  reste  , 
pour  ainsi  dire ,  étranger  à  tout  ce  qui  se  passe  autour  de  lui  ; 
il  élève  involontairement  \î  bras  droit ,  et  s?  tète,  de  la  plus  belle 
expression ,  exprime  une  vive  douleur  mêlée  d'étonaement.  Le 
général,  blessé,  dirige  sa  main  gauche  vers  Dumourier,  et  paraît  lui 
adresser  aussi  la  parole.  L'ensemble  de  cette  figure  ,  extrêmement 
r£marquable ,  a  bien  l'affaissement  que  doit  causer  une  blessure  aussi 
grave,  et  cependant  sa  physionomie  conserve  cette  exaltation  que 
\s,  champ  de  bataille  inspire,  et  que  j'ai   vu  certains    militaires 


232  EUROPE. 

éprouver  encore,  long-tems  après  qu'ils  avaient  été  grièremeirt 
blessés. 

Le  reste  de  la  scène ,  à  gauche ,  est  occupé  par  un  chariot 
chargé  de  blessés,  qui  vient  de  l'action  ,  et  par  une  colonne  d'in- 
fanterie qui  s'y  dirige.  Tout-à-coup,  un  obus  vient  de  tomber 
entre  cette  colonne  et  les  chevaux  attelés  ati  chariot.  Les  che- 
vaux se  jettent  en  arrière  et  se  renversent  ;'le  conducteur  ,  qui  était 
à  côté  des  chevaux  de  devant ,  s'enfuit  en  exprimant  la  plus  vive 
terreur;  celui  qui  est  placé  près  du  timon,  soit  qu'il  n'ait  pas  vu 
le  danger,  soit  qu'il  craigne  encore  plus  que  le  chariot  ne  soit 
renversé  ,  veut  retenir  les  chevaux ,  et  frappe  l'un  des  deux  avec  le 
manche  même  du  fouet;  les  blessés,  au  milieu  de  ce  désordre > 
conservent  cette  sorte  de  calme  que  produit  un  grand  affaissement 
moral  et  physique ,  et  qui  succède  à  la  perte  des  forces  et  de 
l'enthousiasme.  IJn  chef  de  brigade  à  cheval ,  placé  en  dehors  de 
la  colonne  qui  défile ,  a  vu  l'obus  tomber  près  de  lui.  Il  sent  le 
danger  et  n'ose  s'y  dérober,  en  pressant  son  cheval.  Cette  figure, 
vue  de  profil  perdu ,  exprime  avec  beaucoup  d'énergie  et  de  vé- 
rité cette  sorte  d'épouvante,  que  cause  aux  plus  braves  la  vue 
d'un  semblable  péril,  et  la  violence  que  se  fait  le  personnage  pour 
ne  pas  donner  l'exemple  de  la  fuite. 

Ce  tableau ,  dans  lequel  le  peintre  a  conservé  les  vétemens,  les 
couleurs  et  toutes  les  autres  circonstances  particulières  à  cette  époque, 
paraît  un  peu  vide.  Cet  effet  résulte  de  la  nécessité  où  l'artiste  s'est 
trouvé  de  ne  rien  mettre  qui  cachât  les  plans  éloignés,  puisqu'ils  sont 
le  véritable  objet  du  tableau.  Il  n'y  a  donc  pas  de  reproche  à  lui  adres- 
ser à  cet  égard  ;  mais  on  peut  être  fondé  à  dire  que  les  ciels  qui  oc- 
cupent une  grande  place  dans  ce  tableau ,  manquent  de  finesse  et 
de  légèreté;  les  figures  du  premier  plan  ,  les  seules  qui  pussent  être 
étudiées,  ne  le  sont  pas  toujours  assez.  Il  y  a,  en  général ,  abus  de 
facilité  ;  mais  il  règne  une  grande  énergie  d'expression  dans  la 
plupart  de  ces  figures;  les  chevaux  sont  peints  on  ne  peut  mieux , 
et  je  crois  me  tenir  dans  la  justice  la  plus  rigoureuse  ,  en  disant  qu'il 
n'y  a  qu'un  homme  d'un  grand  talent  qui  puisse  produire  un  pareil 
ouviagc. 

—  Vcxpos'uion  annuelle  des  tableaux  enuqyès  par  les  pension- 
naires de  licole  de  Rome  a  eu  lieu ,  au  commencement  de  ce  mois  , 
dans  une  salle  de  l'ancien  musée  des  monu.nens  français^  aux  Petits- 


EUROPE.  233 

Augustins.  Les  jeunes  artistes  qui  ont  exécuté  ces  tableaux  ,  excitent 
l'intérêt  à  un  double  titre;  d'abord  ,  en  raison  du  succts  qui  leur  a 
mérité  leur  séjour,  aux  frais  du  gouvernement ,  dans  la  capitale  des 
arts  ;  ensuite ,  parce  qu'ils  sont  l'espérance  de  l'école. 

M.  Michallon,  qui  avait  envoyé  au  salon  de  1819  un  fort  beau 
paysage  dans  lequel  il  avait  représenté  la  mort  de  Roland  (voy.  JReu. 
Encycl. ,  tom.  V ,  pag.  72},  avait  pris  pour  sujet  de  la  composition 
historique  introduite  dans  son  tableau  de  l'année  dernière  :  (Edipe 
se  réfugiant  près  du  temple  des  Euménides.  Dans  celui  qu'il  a  ex- 
posé cette  année  ,  il  a  animé  son  paysage  par  le  combat  des  Centaures 
et  des  Lapithes.  Le  festin  et  les  scènes  de  combat  qui  le  suivirent , 
sont  rejetés  sur  les  plans  éloignés  ;  mais  il  a  mis  sur  les  premiers  un 
Centaure  poursuivi  par  Pirithoûs,  auquel  il  n'échappe  qu'en  se  jetant 
dans  un  précipice.  C'est  un  tableau  bien  entendu  dans  les  parties  les 
plus  importantes  ;  cependant  il  m'a  paru  que  les  figures  du  devant 
étaient  trop  grandes.  J'ai  trouvé  aussi  que  la  dégradation  des  plans 
laissait  quelque  chose  à  désirer  ;  enfin  ,  l'exécution  offre  un  peu  de 
mollesse,  et  c'est  la  critique  sur  laquelle  j'insiste  le  plus,  parce  que 
c'est  le  seul  reproche  sérieux  que  l'on  puisse  faire  à  M.  Michallon , 
qui  paraît  appelé  à  occuper  un  des  premiers  rangs  dans  l'école. 

M.  Hesse  doit  se  tenir  en  garde  contre  deux  défauts  qu'il  ne 
paraît  pas  combattre  avec  assez  de  force  ;  son  tableau  de  l'année 
dernière  ,  dont  le  sujet  était  Ulysse  reconnu  par  son  chien  ,  et  celui 
de  cette  année ,  dans  lequel  il  a  mis  sous  les  yeux  du  spectateur 
un  épisode  extrêmement  touchant  et  très-heureusement  choisi , 
Procris  expirant  dans  les  bras  de  Cèphale^  offrent  tous  deux  une 
touche  molle  et  de  la  lourdeur  dans  les  formes.  Il  n'a  pas  mis  non 
plus  assez  de  chaleur  dans  la  manière  dont  il  a  rendu  cette  der- 
nière composition.  La  douleur  de  Céphale  n'est  pas  assez  fortement 
exprimée;  il  n'est  presque  pas  fâché  d'avoir  tué  Procris  ;  son  désespoir 
n'est  pas  assez  grand,  mais  sa  tête  est  d'une  belle  couleur  ;  et  si 
M.  Hesse  vent  être  difficile  pour  lui-même,  il  ne  tardera  pas  à  mé» 
riter  d'honorables  suffrages. 

M.  Cognet  justifie  de  plus  en  plus  les  espérances  qu'il  a  données. 
Sa  jeune  Chasseresse^  de  l'année  dernière,  était  un  tableau  agréable  ; 
mais  celui  de  cette  année  est  plus  fort.  Cet  artiste  a  représenté  Mé- 
tabus  au  moment  où,  poursuivi  par  les  Volsqucs  ,  et  arrêté  dans  sa 
fuite  ,  par  le  cours  d'un  fleuve ,  il  invoque  Diane  pour  sa  chère  Camille 


23A  EUROPE. 

qu'il  vient  d'attacher  à  son  javclut  et  qu'il  va  lancer  vers  l'autre  rive. 
La  tète  du  guerrier  est  d'une  belle  inspiration  ;  la  main  qu'il  tient 
élevée  est  bien  étudiée  et  bien  rendue  ;  l'enfant  est  d'une  couleur 
charmante,  mais  l'artiste  me  paraît  s'être  trompé  en  la  faisant  sou- 
rire :  il  a  voulu  produire  une  opposition  que  la  situation  ne  semble 
pas  permettre.  Pendant  que  le  père  élève  sa  main  droite  vers  le  ciel 
pour  invoquer  Diane ,  il  tient  son  enfant  sur  son  bras  gauche  qu'il  a 
approché  de  son  corps;  c'est,  à  la  vérité ,  un  moment  de  repos  pour 
l'enfant  ;  mais  tous  les  mouvemens  violons  qui  ont  précédé  étaient 
bien  plus  de  nature  à  l'effrayer  qu'à  le  faire  sourire.  Au  reste ,  j'in- 
sisterai bien  moins  sur  çetfe  observation  que  sur  le  défaut  d'ensemblp 
.  qui  existe  dans  l'emmanchement  du  torse  avec  la  partie  inférieure  di| 
corps  ;  ce  qu'il  y  ^  de  pl»§  grave  à  mes  yeiiz ,  ce  sont  les  fautes  de 
dessin. 

J'ai  réservé,  pour  le  dernier,  M.  Dubois ,  dont  le  tableau  m'a  paru 
mériter  le  plus  d'attention.  Cet  artiste  a  puisé  son  sujet  dans 
l'histoire  de  sa  patrie;  et,  en  cela,  il  s'est  montré  docile  aux 
conseils  d'Horace  (i).  Un  pêcheur  a  trouvé  le  corps  d'uq  jeune 
homme  dans  ses  filets,  il  les  dépose  sur  le  rivage,  les  ouvre  et 
reconnaît  bienjôt  le  dernier  des  fils  du  premier  lit  de  Chilpéric , 
le  jeune  Glovis',  que  Frédégonde  a  fait  assassiner  et  jeter  dans  la 
Marne.  La  copieur  du  jeune  Clovis,  parliculièrement  celle  de  la 
tête  ,  est  d'une  finesse  de  ton  et  d'une  vérité  très-remarquables  ; 
elle  rappelle  involontairement  plusieurs  productions  du  Guide  ,  et 
M.  Dubois  doit  s'en  féliciter.  Peut-être  la  scène  aurat-elle  produit 
plus  ji'effet,  s'il  n'avait  montré  que  la  tête  et  une  partie  du  torse 
du  jeune  prince  ;  peut-être  pourrais-je  aussi  fajre  quelques  xibser- 
valions  sur  l'ensemble  de  la  composition  ;  mais  il  faut  considérer 
cette  production  principalement  comme  une  ^tude ,  et  elle  a  fait 
en  général  txop  de  plaisir  pour  que  je  ne  sois  pas  suffisamment 
justifié ,    si  je    n'insiste    pas  sur  les   critiques. 

Je  finirai  par  un  reproche  commun  aux  quatre  tableaux  d'his- 
toire dont  je  viens  de  parler,  c'est  que  le  sentiment  de  la  beauté 
n'y  domine  pas  assez.  Sans  doute  .  il  faut  se  tenir  près  de  la  na- 
ture; mais  il  faut  aussi  la  voir  en  beau.  La  rendre  avec    trop  de 

(i^  Vcsligia  gra;ca 

^  Ausi  dcsircrc   et  ctltbrarc  domestica  facta. 

(  IIoB.,  Ars  jccL.  ) 


EUROPiL.  235 

vjvciité,  telle  que  le  modèle  la  donne,  ou  s'en  trop  éloigner, 
«•t  se  faire  un  .caractère  de  beauté  conventionnel ,  sont  deux  écueils 
qu'il  faut  également  éviter.  Le  maître  et  le  chef  de  l'école  ac- 
tuelle, David,  a  montré  le  chemin  qu'il  convient  do  suivre,  et 
je  suis  persuade   qu'il   y  a  du  danger  à  s'en  écarter.  P.  A. 

Publications  nouvelles  et  PBOCHAïqEs.  —  Les  annales  générales 
des  sciences  physiques  ,  publiées  à  Bruxelles  par  MM.  Bory  de 
Saint- Vincent ,  Drapier  et  Van  Mons ,  paraîtront  désormais  à  Paris. 
Nous  avons  déjà  fait  connaître  à  nos  lecteurs  (T.  X,  p.  689)  cet  im- 
portant recueil,  l'un  des  pjius  utiles  et  des  plus  intéressons  pour  ceux 
qui  s'occupent  de  sciences  physiques. 

—  Traité  de  mécanique  industrielle ,  ou  Exposé  de  la  science 
de  la  mécanique  déduite  de  l'expérience  et  de  l'observation  ,  prin- 
cipalement à  l'usage  des  manufacturiers  et  des  artistes  ;  par  M.  Chris- 
tian, directeur  du  conservatoire  des  arts  et  métiers  à  Paris. 

La  mécanique  industrielle  à  pour  objet  de  connaître  et  de  re^ 
chercher  les  moyens  de  suppléer  à  Ja  force  et  à  l'adresse  physiques 
de  l'homme ,  et  d'économiser  son  tems ,  dans  l'exécution  des  tra- 
vaux que  lui  commandent  ses  besoins  et  ses  goûts.  L'ouvrage  que 
nous  annonçons  est  destiné  à  développer  les  faits,  les  principes 
qu'on  peut  en  déduire ,  et  sur  lesquels  cette  science  repose ,  et  à 
exposer  la  théorie  des  travaux  mécaniques  qni  constituent  exclqsi- 
yement  son  domaine. 

Il  ne  faut  point  confondre  la  mécanique  industrielle  avec  la 
mécanique  rationnelle^  dont  elle  diffère  essentiellement,  et  dont  elle 
ne  peut  même  être  une  application  :  c'est  une  science  de  faits  et 
d'observations,  ayant  un  caractère  propre  qui  la  distingue  de  toutes 
les  autres  sciences.  Elle  ne  diffère  pas  de  l'art  de  construire  des 
machines.  L'art  met  en  pratique  les  recherches  et  les  conceptions 
de  la  science ,  et  lui  sert,  dans  l'exécution  ,  de  complément  néces- 
saire ,  sans  en  être  toutefois  partie  intégrante.  Ainsi ,  pour  choisir 
des  exemples  fort  simples,  la  science  montre  en  quoi  consistent  la 
régularité  et  la  précision  du  jeu  des  engrenages  ,  d'une  roue  Iiydrau- 
lique  ,  d'un  piston  dans  un  corps  de  pompe  ;  en  un  mot ,  d'un  mé- 
canisme ou  d'une  machine  quelconques;  c'est  à  l'art  qu'il  appartient 
jde  choisir  les  matériaux  les  plus  convenables,  de  tracer  les  pièces 
avec  l'exactitude  requise,  cl  de  les  assembler  de  manière  à  reiiî' 
j>Kr  toutes  les  conditions  que  la  science  a  établies. 


236  EUROPE. 

Les  opérations  mécaniques  des  arts  industriels  semblent  offrir  à 
la  science  quatre  grands  objets  à  considérer,  savoir  :  i»  les  moteurs  , 
ainsi  que  les  modes  divers  de  les  faire  agir  ;  2°  les  dit/ers  modes 
de  transmettre  V action  de  ces  moteurs ,  par  un  assemblage  de  pièces 
qui  forme  le  corps  des  machines  proprement  dites;  3°  les  diuerses 
manières  immédiates  d^exécuter  les  travaux  mécaniques  indus- 
triels'^ 4°  enfin  les  relations  qui  existent  entre  les  moteurs  et  les 
machines ,  et  entre  celles-ci  et  les  travaux  industriels  ;  relations 
dont  l'examen  nous  paraît  conduire ,  dans  ce  Traité,  à  une  méthode, 
à  des  règles  générales  de  recherches  en  mécanique.  Cette  division 
est  celle  même  de  l'ouvrage  ^  qui  renferme  quatre  livres^  dont  la 
réunion  formera  trois  volumes  in-quarto  de  texte ,  avec  un  atlas 
d'environ  soixante  planches. 

Avec  des  connaissances  ordinaires ,  tout  lecteur  attentif  est  par- 
faitement en  éta.t  de  comprendre  l'ouvrage  d'un  bout  à  l'autre;  et, 
pour  que  cet  ouvrage  se  suffise  en  quelque  sorte  à  Ini-même  ,  et 
dispense  le  lecteur  de  recourir  à  tout  autre  pour  êtie  parfaitement 
compris,  la  fin  de  chaque  volume  est  consacrée  à  un  certain  nombre 
d'articles  de  développemens  et  d'éclaircissemens ,  qui  pourraient 
Être  nécessaires  à  beaucoup  de  lecteurs  peu  au  fait  des  élémens 
de  mathématiques  et  des  sciences  physiques.  Une  pensée  domine 
tout  l'ouvrage  ;  c'est  de  le  rendre  facilement  applicable  à  tous 
les  besoins  auxquels  la  mécanique  est  appelée  à  satisfaire  dans  l'état 
actuel  de  l'industrie  :  le  sentiment  d'un  devoir  à  accomplir  semble 
le  dominer  aussi  ;  c'est  de  détourner  tant  d'hommes  ingénieux  des 
fausses  routes  dans  lesquelles  ils  s'engagent  journellement ,  et  de 
leur  indiquer  celles  où  il  y  a  tles  recherches  utiles  à  faire  ;  c'est  de 
répandre  même  l'instruction  mécanique  parmi  ceux  dont  la  fortune 
permettrait  de  tirer  parti  d'idées  utiles  qu'on  leur  présente,  et  que 
trop  souvent,  faute  de  pouvoir  les  discerner  et  les  juger ,  ils  con- 
fondent dans  le  même  discrédit ,  avec  cette  foule  de  projets  futiles 
ou  hasardeux,  quelquefois  absurdes,  qu'on  voit  éclore  chaque  jour 
sur  ce  sujet. 

Cet  ouvrage  paraîtra  en  trois  livraisons ,  composées  chacune  d'un 
volume  et  d'un  cahier  de  planches.  Le  premier  volume  sera  mis  en 
vente  dans  le  courant  de  février  1822;  le  second  y  six  mois  après; 
et  ic  troisième,  vers  la  fin  de  la  nicnic  année. 

Le  prix  pour    ceux  qui  se  feront   inscrire,  avant  le  1"  janvier 


EUROPK.  237 

prochain,  sera  de  65  fr.  A  cette  époque,  le  prix  sera  fixé  et  main* 
tenu  strictement  à  76  fr.  On  souscrit  à  Paris  ,  chez  Bachelier ,  li*- 
braire-éditeur,  quai  des  Augustins  ,  n"   55. 

—  Traduction  des  poésies  de  Schiller.  —  Au  moment  où  l'on  re- 
vient généralement  en  France  des  injustes  préjugés  contre  la  lit- 
térature allemande  ,  qui  avaient  trouvé  de  nombreux  partisans ,  et  où 
la  traduction  des  (Euures  dramaûgues  de  Schiller  est  accueillie  avec 
un  empressement  marqué  ,  un  jeune  littérateur,  qui  ne  se  fait  con- 
naître que  par  les  initiales  C.  J. ,  se  propose  de  publier,  dans  les 
premiers  jours  du  mois  de  novembre  prochain ,  la  traduction  des 
poésies  détachées  du  même  poète.  Cette  traduction,  imprimée  en 
deux  formats  in -8°  et  in-12,  paraîtra  chez  Brissôt  Thivars,  rue 
Chabanais,  n°  2. 

— Géographie  de  Strabon.  —  Depuis  la  publication  du  cinquième 
volume  de  la  traduction  française  de  la  Géographie  de  Strabon  ^  on 
désirait  généralement  que  le  texte  fut  ajouté  à  cet  important  ouvrage. 
Le  gouvernement  s'est  rendu  aux  vœux  du  public.  11  a  ordonné 
l'impression  de  deux  nouveaux  volumes ,  du  même  format  que  le 
reste  de  l'édition j  l'un  contiendra  le  texte,  revu  par  M.  Coray; 
l'autre ,  des  prolégomènes,  par  feu  M.  Dutheil,  et  un  Traité  des 
sources  où  Strabon  a  puisé,  par  M.  Letronne  ,  qui  a  traduit,  comme 
on  sait,  les  i6«  et  17»  livres, 

—  Le  Voyage  de  M.  Cailliaud  à  V Oasis  de  Thèbes,  et  dans  les 

déserts  voisins  de  l'Egypte,  rédigé  et  publié  par  M.  Jomard,  membre 

de  l'Institut,  sera  mis  en  vente  incessamment.  Première  livraison ^ 

i  vol.  in-folio ,  de  grand  raisin  et  de  jésus ,  24  planches  gravées  au 

burin,  la  plupart  finies  par  M.  Sellier,  et  une  planche  en  couleur, 

avec  enviroi^cent  cinquante  pages  de  texte,  même  format.  A  Paris, 

chez  Debure  F. ,  Tiliard  F.,  ïreuttelet  Wùrtz, et  chez  l'auteur  des 

planches,  rue  Mazarine,  n"  3.  Nous  rendrons  compte  de  cet  ouvrage. 

— Fac  simile  d'une  lettre  de  Lesage. — Il  n'existe  peut-être  qu'un 

seul  manuscrit  autographe  de  Lesage  ;  c'est  une  lettre  inédite  de  six 

pages,fort  curieuse  et  qui  paraît  adressée  au  chancelier  Ponchartrain. 

M.  Hyacinthe  AudifTret ,  attaché  au  cabinet  des  manuscrits  de  la 

bibliothèque  du  Roi ,  auteur  de  la  notice  de  Lesage ,  pour  l'édition 

que  M.  Renouard  publie  en  ce  moment,  y  a  inséré  cette  lettre; 

mais  il  a  cru  devoir  la  faire  lithographier,  afin  d'offrir  aux  amateurs 

d'écritures  autographes  nn  fac  simile   de  l'écriture  de  l'auteur  de 

Gil  Blas.  On  le  trouve  chez  l'auteur  ,  lue  Saiut-Georgcs ,  n°  32  ,  et 


238  EÛftOt^E. 

chex  Pélicier,  libraire,  place  du  Palais-Royal.  Le  prix  est  rfé  2  fr"; 
5o  cent,  en  papier  fin. 

— Musique»  —  M.  Choron  doit  publier  incessamment  une  simpli- 
fication de  sa  méthode  concertante,  sous  le  titre  de  Méthode  concer- 
tante élémentaire  pour' la  musique  et  le  plain  chant ,  qù*il  destine 
aux  écoles  primaires  de  charité  et  aux  pensionnats  (1).  Cet  abrégé  ne 
formera  que  le  cinquième  au  plus  de  la  Méthode  concertante  qui , 
à  raison  des  grandes  difficultés  qu'elle  renferme,  convient  plus 
parliculièreiiient  aux  écoles  spéciales  de  musique.  Dans  ces  deux 
sortes  d'étâblissemens ,  M.  Choron  ne  regarde  sa  Méthode  que 
ÇQmme  une  introduction  à  l'étude  matérielle  de  l'' exécution  musicale, 
et  une  instruction  purement  élémentaire,  mais  perfectionnée,  au 
moyen  de  laquelle  toutes  les  difficultés  qu'il  s'agit  de  vaincre  sont 
classées  et  rendues  familières  aux  enfans  par  une  marche  vigoureu- 
sement graduée.  Le  développement  de  son  plan  est  contenu  dans 
une  instruction  sommaire  qu'il  a  composée  sur  f  organisation  d'une 
école  de  musique* 

Nécrologie. —  Gouan, —  L'école  de  médecine  de  Montpellier  vient 
de  perdre  M.  Gouan ,  le  plus  ancien  de  ses  professeurs ,  l'ami  de 
Linnée^de  Haller,  de  Séguier,  de  Jussieu,  et  de  tous  les  botanistes 
célèbres.  Il  est  mort  le  premier  septembre  ,  à  l'âge  de  quatre-vingts 
huit  ans. 

—  Coruisart.  —  L'un  des  médecins  les  plus  distingués  de  l'Eu- 
rope ,  le  docteur  J.  N.  Corvisart ,  ancien  premier  médecin  de 
Napoléon,  est  mort  à  Paris,  le  19  septembre  dernier,  à  l'âge  de 
soixante-sept  ans.  Conformément  à  ses  dernières  volontés  ,  ses  ob- 
sèques ont  été  célébrées  à  Athis  (  Seine-et-Oise  ) ,  où  il  avait  une 
propriété.  Avant  l'enlèvement  du  corps,  M.  Leroux,  doyen  de  la 
faculté  de  médecine ,  a  prononcé  un  discours ,  où  il  s'est  rendu  l'in- 
terprète des  sentimens  et  des  regrets  de  tous  ceux  qui  ont  connu 
l'homme  célèbre,  aux  travaux  et  ouvrages  duquel  les  sciences  mé- 
dicales ont  tant  d'obligation. 

Ellious  Bocthor.  —  En  annonçant ,  l'année  dernière ,  la  nomina- 
tion de  M.  Ellious  Bocthor  à  la  chaire  d'arabe  vulgaire  de  la  biblio- 
thèque du  roi ,  et  ses  ouvrages  qui  ont  suivi  de  près  ,  nous  étions 
loin  de  nous  attendre  à  la  fin  prochaine  de  cet  estimable  professeur. 

(1)  Voy.  ci-dessuS;  p.  i5. 


EUROPE.  239 

Le  court  espace  tic  teins  qui  s'est  écoulé  depuis  la  fin  de  son  second 
cours  ,  a  suffi  pour  développer  et  aggraver  une  maladie  de  foie,  à  la- 
quelle il  a  succombé  après  deux  semaines  seulement,  le  aGseptembre 
dernier.  EUious  Boclhor,  né  à  Syout ,  dans  la  haute  Egypte  ,  inter- 
prète de  l'armée  française  pendant  la  durée  de  l'expédition,  avait  à 
peine  quarante  ans.  Il  était  parvenu,  à  fofce  de  travail  et  d'études,  à 
posséder  avec  une  certaine  perfection  la  langue  et  la  littérature  fran- 
çaises. Pour  qui  connaît  les  orientaux,  et  l'éducation  qu'ils  reçoivent 
dans  leur  pays ,  ce  fait  prouvera  une  aptitude  extraordinaire.  11  s'ex- 
primait avec  facilité  ,  avec  clarté ,  en  français  comme  en  arabe  ;  et 
s'il  était  aisé  de  reconnaître  à  sa  prononciation  une  bouche  étrangère, 
il  n'en  était  pas  de  même  pour  la  propriété  des  termes  ,  et  même 
pour  l'élégance  de  la  diction.  Cette  perte  n'est  pas  seulement  sensible 
pour  la  littérature  orientale  et  pour  l'enseignement  public  ;  c'en  est 
une  encore  plus  fâcheuse  pour  la  civilisation  de  l'Egypte.  Ellious  Boc- 
thor  était  un  lien  naturel  entre  la  France  et  son  pays  natal  ;  familiarisé 
avec  les  grammairiens  ,  les  littérateurs,  les  philosophes  ,  et  tous  les 
grands  écrivains  français,  il  pouvait,  mieux  qu'un  autre,  initier  à  nos 
sciences  et  à  nos  arts  des  élèves  choisis  parmi  ses  compatriotes,  ou 
du  moins  leur  en  donner  la  clef.  Tout  le  monde  appréciera  l'avan- 
tage que  notre  patrie  en  aurait  retiré  pour  ses  rapports  commer- 
ciaux et  politiques  avec  un  pays  qui  ne  devrait  avoir  de  relations  en 
Europe  que  par  l'intermédiaire  de  la  France  et  de  l'Italie.  M.  El- 
lious Bocthor  se  fît  connaître  pour  la  première  fois  à  Paris ,  il  y  a  peu 
d'années ,  eh  déchiffrant  et  traduisant  avec  la  plus  grande  facilité 
les  nombreuses  pièces  en  arabe,  conservées  au  dépôt  de  lai  guerre.  II 
apportait  avec  lui  un  grand  dictionnaire  dans  les  deux  langues ,  fruit 
de  dix  ans  de  travail  et  de  méditation  ,  dans  lequel  chacune  des  ac- 
ceptions du  mot  arabe  est  justifiée  par  des  exemples  tirés  des  bons 
auteurs.  Cet  ouvrage  manuscrit  est  dans  les  mains  de  sa  veuve,  dojat 
il  fait  toute  la  richesse.  Nous  ne  doutons  point  que  le  gouvernement 
n'en  fasse  l'acquisition  pour  le  faire  imprimer  et  le  mettre  dans  les 
mains  des.  jeunes  de  langue  et  des  élèves  qui  suivent  les  écoles 
orientales  de  Paris  ou  de  Marseille.  On  croit  que  l'auteur  avait  aussi 
composé  une  grammaire  arabe  et  française.  Nous  aurons  occasion  de 
revenir  sur  les  travaux  et  les  services  d'un  homme  qui  laisse  un  vide 
bien  difficile  à  remplir^  tant  il  réunissait  de  conditions  presque  im- 
possibles à  concilier.  Jomard  ,  de  l'Institut. 


TABLE    DES    ARTICLES 

CONTENUS 

DANS  LE    TRENTE-QUATRIÈME   CAHIER, 
OCTOBRE  1821. 


I.   MEMOIRES,  NOTICES  ET  MELANGES. 

1 .  Dfe  l'enseignement  du  chant  ,  considéré  comme  devant 

faire  partie  de  l'instruction  primaire.  M.-^./wZ/iew.pag.  5 

2.  Notice  sur  différens  procédés  mis  en  usage  pour  l'ensei- 

gnement de  la  musique.  Francœur.  la 

3.  Notice  sur  l'état  des  sciences  et  des  lettres  en  Pologne 

(1819}.  Piu/nicki,  22 

IL  ANALYSES  D'OUVRAGES. 

4.  Traité  complet  de  mécanique,  par  Borgnis.  Le  Normand,  4^ 

5.  Recherches  statistiques  sur  la  ville  de  Paris.        Jomard,  55 

6.  Du  système  d'impôt,  par  M.  de  Saint-Ghamans. 

A.  de  la  Borde»  62 

7.  Voyage  dans  la  Grande-Bretagne,  par  M.  Charles  Dupin. 

Lanjuinais.  68 

8.  Histoire  des  Français,  par  M.  de  Sismondi.       de  Ségur,  84 

9.  Collection  des  mémoires  relatifs  à  la  révolution.  Artaud,  97 

10.  Œuvres  choisies  de  Lebrun.                            Chaussard.  u5 

IIL  BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE. 

Annonces  de  107  ouvrages,  finançais  et  étrangers.  124 

IV.    NOUVELLES    SCIENTIFIQUES    ET   LITTÉRAIRES. 

Amébique.— États-Unis.  —  Guiane-Française.  — Cap  Haïti. 

—Brésil.  »92 

AsiB.— Indes  orientales.— Colonies  françaises.  194 

Afhiquk.— Ile  de  Bourbon.  — Nubie.— Sénégal.  Ibid. 

EuHOPE.—  Iles-Britanniques.— Russie.— Danemarck.  —  Alle- 
magne.—Suisse.— Italie.— Espagne.— Pays-Bas.— France. 

Paris.—  »99  4 


') 


1 

i 


REVUE 


ENCYCLOPÉDIQUE 


1 

on 


ANALYSES  ET  ANNONCES  RAISONNEES 

Des  pi^oductions  les  plus,  remarquables  dans   la 
Littérature  j  les  Sciences  et  les   Arts. 

L  MÉMOIRES/ NOTICES, 

LETTRES    ET    MÉLANGES. 


Notice  sur  ies  travaux  bot^^niques  de  M.  Perrottet  , 
attaché  à  Cexpédition  aux  Indes ,  commandée  par 
M.  le  capitaine  Philibert. 

tlisr  des  caractères  les  plus  remarquables  de  notre  époque, 
est  cette  grande  activité  qui  s'est  développée  pour  les 
voyages  d'histoire  naturelle:  A  mesure  que  celle  science  a 
fait  des  progrès,  les  naturalistes  ont  senti  qu'ils  ne  pou- 
vaient établir  que  des  généralités  plus  ou?  moins  provi- 
soires, tant  qu'ils  ne  connaîtraient  pas  la  totalité  des  êtres; 
ils  se  sont  aperçus  en  m^me  tems  que  ces  êtres  diffèrent 
entre  eux  dans  presque  toutes  les  régions,  qu'on  ne  peut 
'  étudier  ces  différences  qu'au  moyen  d'échantillons  authen- 
tiques comparés  entre  eux,  et  qu'il  était  par  conséquent 
nécessaire  de  faire  recueillir  avec  soin,  dans  toutes  les 

Tome  xn.   $y   Cahier. — Noi^emhre  1831.      16 


2A2    SUR  LÉS  TRAVAUX  BOTANIQUES 

parties  du  monde,  des  échantillons  de  tous  les  êtres  qui 
les  peuplent.  Mais,  quoique  ce  besoin  des  comparaisons, 
fondées  sur  des  documens  certains,  fût  senti  depuis  long- 
tems  parles  naturalistes,  ils  manquaient  le  plus  souve-nt 
des  moyens  de  le  satisfaire.  Tantôt  les  gouvernemens,  oc- 
cupés d'idées  fort  différentes,  et  peu  éclairés  sur  ces  ma- 
tières, négligeaient  de  faire  entreprendre  des  voyages  de 
long  cours  ;  tantôt  les  guerres  et  les  circonstances  poli- 
tiques gênaient  toutes  les  communications,  et  retenaient 
les  voyageurs  comme  captifs  dans  l'enceinte  de  la  vieille 
.Europe.  A  certaines  époques ,  l'attention  publique  n'était 
pas  dirigée  avec  assez  de  vivacité  sur  l'utilité  des  voyages 
d'histoire  naturelle,  pour  que  les  hommes  dignes  de  les 
rendre  utiles  se  vouassent  à  ce  genre  de  vie  :  à  d'autres 
époques,  l'enseignement  de  l'histoire  naturelle,  et  en  gé- 
néral une  certaine  instruction  élémentaire  sur  les  sciences 
physiques  n'avait  pas  été  assez  popularisée  pour  qu'on  pût 
troîiver  des  voyageurs  propres  à  seconder  les  savans  et  les 
établissemens  scientifiques,  par  leur  activité  et  leur  intelli- 
gence dans  l'art  des  collections. 

Ces  divers  obstacles  se  trouvent  aujourd'hui,  ou  dimi- 
nués, ou  tout-à-fait  détruits;  la  paix  permet  de  parcourir 
le  monde  entier  :  l'activité  donnée  aux  esprits  par  les  se- 
cousses de  tout  genre  qui  ont  agile  l'Europe,  porte  un 
grand  nombre  d'individus  aux  voyages  lointains;  les  im- 
menses progrès  de  l'histoire  naturelle  en  ont  fait  sentir 
l'importance;  quelques  voyages,  brillans  par  leurs  résul- 
tats, ont  excité  l'émulation  des  particuliers  et  des  gouver- 
nemens; la  popularisation  des  connaissances  a  beaucoup 
étendu  le  nombre  de  ceux  auxquels  on  pouvait  confier  dei 
semblables  travaux;  quelques  naturalisations  de  végétaux 
utiles,  l'exploration  de  diverses  branches  de  commerce, 
ont  fait  comprendre  aux  chefs  des  gouvernemens  le  parti 


DE  W.   PERROTTET.  2A3 

qu'on  peut  tirer  des  voyages  destinés  à  étudier  la  nature. 
Aussi  avons-nous  vu,  dans  ces  dernières  années,  les  entre- 
prises de  ce  genre  se  multiplier  et  se  régulariser.  Une  école 
de  voyageurs  naturalistes  a  été,  par  ordonnance  spéciale, 
attachée  au  Muséum  d'histoire  naturelle,  et  l'on  n'a  laissé 
échapper  aucune  occasion  de  diriger  vers  les  progrès  de 
cette  science  les  expéditions  même  entreprises  pour 
d'autres  buts. 

Ainsi ,  lorsqu'on  a  expédié  M.  le  capitaine  Philibert  dans 

leHners  de  l'Inde,  pour  y  faire  reconnaître    le   pavillon 

français,  on  a  joint  à  son  expédition  M.  Perrottet.  jeune 

élève  du  jardin  de  Paris ,  botaniste  et  cultivateur  éclairé  : 

des  instructions  habilement  dirigées  lui  ont  indiqué  ce  qu'il 

■'  avait  à  faire  pour  rendre  son  voyage  le  plus  utile  à  la  France 

K  et  à  ses  colonies.  Le  retour  de  cette  expédition  et  l'arrivée 

^■récente  à  Paris   des  collections  red\ieillies  par  ce  voyageur 

nous  mettent  à  même  de  pouvoir  présenter  ici  un  tableau 

succinct  du  voyage,  et  de  ceux  des  résultats  qu'on  peut 

connaître ,  sans  une  étude  approfondie. 

L'expédition  du  capitaine  Philibert  est  partie  de   l'île 
d'Aix  le  1 1  novembre  1818.  M.  Perrottet  embarqua,  à  bord 
de  la  gabare  la  Normande,  une  collection  de  graines  ou 
d'arbres  fruitiers,  qu'il  devait  déposer  dans  les  colonies 
où  il  aborderait.  Mais ,  après  quelques  jours  de  navigation  , 
on  s'aperçut  que  le  bâtiment  n'était  pas  en  état  de  faire 
un  aussi  long  voyage  ;  on  rentra  dans  le  port;  on  transporta 
toutes  les  collections  sur  la  gabare  le  Rhône j  et  ce  ne  fut 
que  le  r^^  Janpier  1819  que  l'expédition  mit  réellement  à 
la  voile  pour  Cayenne,  où  elle  aborda  le  4  février  suivant. 
Les  arbres  fruitiers  furent  déposés  dans  le  jardin  bota- 
nique de  Cayenne  ,  et  M.  Perrottet  s'occupa  de  rassembler 
immédiatement  des  plantes  de  vanille  et  d'autres  produc- 
tions utiles,  sauvages   ou  cultivées  à  Cayenne,  pour  le> 


2AA     SUR  LES  TRAVAUX  BOTANIQUES 

transporter  à  l'île  de  Bourbon;  il  n'eut  que  YÎn^  jours 
pour  ces  opérations  :  le  26  juin  1819,  l'expédition  arriva 
à  l'île  de  Bourbon.  M.  Perrottet  établit  de  suite  ses  plants 
précieux  dans  le  jardin  botanique  de  la  colonie,  et  il  eut  la 
satisfaction  de  voir,  dans  le  jardin  de  naturalisation  ,  l'heu- 
reuse réussite  des  arbres  fruitiers  d'Europe  5  apportés  par 
de  précédentes  expéditions.  L'exposition  de  ce  jardin,  la 
nature  de  son  sol,  et  surtout  la  température,  moins  éloignée 
de  celFe  de  nos  climats  que  celle  du  jardin  botanique,  don- 
nent à  l'établissement  destiné  aux  naturalisations  une  uti- 
lité particulière. 

L'expédition  partit  de  Bourbon,  le  27  juillet,  pour  Java; 
elle  relâcha,  le  i3  septembre,  à  Sourahaya  :  M.  Perrottet 
s'occupa  à  parcourir  l'île  pour  y  faire  des  récoltes  déplantes  et 
de  graines;  et,  s'il  y  trouva  des  objets  précieux  pour  la  bota- 
nique, ce  ne  futpoint  sans  beaucoup  de  fatigues  et  quelques 
dangers.  Il  fut  surpris,  au  milieu  d'un  groupe  de  bois,  par 
cinq  Malais,  armés  chacun  d'un  dix ^  qui  cherchèrent 
d'abord  à  le  voler,  et  qui  paraissaient  animés  d'intentions 
plus  hostiles  encore.  Grâce  âun  petit  dictionnaire  malais  que 
M.  Perrottet  avait  avec  lui,  il  chercha  à  leur  faire  comprendre 
le  but  qui  l'amenait;  et,  quoique  les  sauvages  n'eussent 
peut-être  pas  bien  saisi  le  sens  des  phrases,  ils  parurent 
si  surpris  de  voir  des  mots  de  leur  langue  sortir,  pour 
ainsi  dire,  de  ce  livre,  qu'après  s'être  concertés  entre  eux, 
ils  relâchèrent  notre  voyageur  ;  ils  le  conduisirent  près 
d'une  petite  rivière,  qu'ils  voulaient  lui  faire  passer  sur 
un  bambou  ;  mais  il  échappa  à  ces  guides  incommodes,  en 
passant  l'eau  à  la  nage.  Dès-lors,  il  ne  se  hasarda  plus  dans 
ses  herborisations  sans  un  guide  du  pays,  et  il  fit  des  ex- 
cursions fréquentes  dans  les  environs  de  Sourahaya,  pour 
en  étudier  les  cultures  et  les  productions  :  il  admira  beau- 
coup, surtout,  la  perfection  des  cultures  de  poivre  et  de 


BE  M.   PERflOTTET.  «A5 

bétel,  et  il  se  propose  de  donner  sur  ce  sujet  une  méthode 
détaillée,  propre  à  guider  les  cultivateurs  des  colonies.  Il 
fit  aussi  dans  cette  île  d'abondantes  collections,  soit  en 
plantes  sèches,  soit  en  végétaux  vivans  :  il  remplit  plus  de 
vingt  caisses  de  plantes,  la  plupart  bonnes  à  naturaliser 
dans  les  colonies.  Cette  riche  collection  fut  partagée  entre 
les  deux  bâtimens  de  l'expédition,  laDurance  et  le  Rhône: 
les  plantes  qui  furent  placées  sur  la  Durance,  quoique  bien 
recommandées  parle  commandant,  et  accompagnées  d'une 
instruction  détaillée,  sur  les  soins  nécessaires  à  leur  con- 
servation, périrent  presque  toutes  pendant  la  traversée  : 
celles ,  au  contraire ,  que  M.  Perrottet  soigna  lui-même  à 
bord  du  Rhône,  supportèrent  bien  tous  les  dangers  d'une 
longue  navigation.  - 

En  se  dirigeant  sur  Manille,  l'expédition  relâcha  à  Sam- 
boangan,  où  notre  voyageur  accrut  encore  ses  collections 
de  végétaux  très-rares,  et  qui  ne  se  trouvent  guère  que  dans 
ce  parage ,  jusqu'ici  peu  visité  par  les  botanistes.  Ce  qu'il 
trouva  de  plus  remarquable  à  Samboangan  fut  une  nou- 
velle espèce  d'arbre  à  pain ,  dont  le  fruit  se  mange  sans 
aucunes  préparations;  une  espèce  particulière  de  bananier, 
nommé  abaca_,  qui  ne  se  cultive  pas  pour  son  fruit,  mais 
pour  sa  hampe,  dont  on  extrait  un  fil  propre  à  faire  des 
cordes;  le  pigua^  espèce  d'ananas,  dont  la  feuille  donne  un 
fil  qui  sert  dans  le  pays  pour  la  fabrication  des  plus  fines 
étoffes;  trois  espèces  de  sa^0Mifi^r6',qui  produisent  le  meilleur 
sagou  connu;  le  toyal,  espèce  du  palétuvier ,  dont  l'écorce 
fort  épaisse  est  employée  en  guise  de  quinquina;  enfin, 
le  barringtonia ,  l'un  des  plus  beaux  arbres  connus,  dont 
Famande  sert ,  soit  à  enivrer  le  poisson ,  soit  à  donner  une 
huile  que  les  habitans  emploient  à  divers  usages  médicinaux. 
Ce  pays,  l'un  des  plus  riches  et  des  plus  remarquables  pour 
l'histoire   naturelle,  a  fourni  à  M.  Perrottet  d'immensej 


2A6     SUR  LES  TRAVAUX  BOTANIQUES 

coUeclions,  soit  en  graines,  soit  en  plantes  sèches  et  yi- 
vantes  :  il  est  malheureusement  infesté  d'animaux  féroces, 
ce  qui  en  rend  l'exploration  dangereuse  et  difficile. 

En  quittant  Samboangan,  l'expédition  continua  sa  route 
pour  Manille,  et  aborda  à  Cayite,  le  2  décembre.   M.  Per- 
rottet,  après  avoir  cru  prendre  des  précautions  suffisantes 
pour  la  conservation  des  objets  récoltés  jusqu€-là,  se  mit 
à  parcourir  les  environs  de  Cavité;  mais,  tandis  qu'il  ac- 
croissait sa  collection  avec  une  ardeur  toujours  soutenue, 
il  avait  le  regret  de  voir  dépérir  ce  qu'il  avait  acquis  précé- 
demment, dès  qu'il  l'abandonnait  à  d'autres  mains.  Cette 
fâcheuse  expérience  l'engagea  à  établir,  dans  un  jardin,  à 
Cavité,  tous  les  objets  qu'il  recueillait  dans  l'île.  Il  se  pro- 
cura les  végétaux  cultivés   et  plusieurs  plantes  sauvages 
du  pays ,  et  continua  des  recherches  analogues  dans  les 
environs   de   Manille.    Il    récolta  aussi    des   animaux    et 
quelques  minéraux,  lorsqu'il  en  trouva  l'occasion  ;  mais 
ses  premiers  soins  étaient  pour  les  plantes  vivantes,  but 
principal  de  sa  mission.  Il  ramassa  un  grand  nombre  de 
graines,  dont  il  fit  un  envoi  au  Jardin  du  Roi,  à  Paris  : 
enfin,  il  donna  des  soins  très-particuliers  à  l'embarcation 
de  toutes  les  caisses  de  végétaux  vivans ,  recueillis  à  Cavité 
et  a  Manille  ,  et  il  eut  le  bonheur  d'en  ramener  deux  cents 
individus  bien  portans  à  l'île  de  Bourbon,  où  l'expédition 
aborda,  le  6  mai  1820.  La  plupart  de  ces  plantes  ont  été 
laissées  à  Bourbon,  pour  y  être  multipliées  et  naturalisées  ; 
le  reste,  accru  des  collections  faites  à  Bourbon  même,  fut 
réembarqué  le  9  |uin  suivant,  et   arriva,  le  10  août,  à 
Caycnne,  en  passant  à  Madagascar,  où  M.  Perrottet  aug- 
menta singulièrement  ses  rares  et  précieuses  collections. 
Cette  dernière  traversée  risqua   de  faire  perdre   ù  notre 
voyageur  une  partie  du  fruit  de  ses  travaux  :  le  tems  af- 
freux que  rcxpédition  essuya  aux  environs  du   Cap  ,  fit 


DE  i>l.   PERROTTET.  2A7 

souffrir  une  parlie  de  ces  végétaux  précieux.  A  son  arrivée 
à  Cayenne,  M.  Perrotlet  vit  qu'il  serait  impossilîle  de  lés 
embarquer  de  suite  pour  la  France ,  sous  peine  d'en  perdre 
la  plus  grande  portion  :  il  demanda  et  obtint  facilement  de 
les  débarquer  au  Jardin  du  Roi,  à  Cayenne,  et  de  ne  les  ra- 

k mener  en  France  quel  orsque  leur  santé  aurait  été  conso- 
lidée par  ce  séjour.  Il  laissa  donc  l'expédition  du  capitaine 
Philibert  revenir  en  Europe,  et  s'établit  à  Cayenne  pour 
y  soigner  sa  collection,  et  pour  l'augmenter  par  de  fré- 
quens  voyages  dans  l'intérieur  des  terres. 

Mais ,  tandis  que  les  plantes  des  tropiques  reprenaient 
de  la  vigueur  par  leur  séjour  tranquille  dans  le  jardin  de 
Cayenne,  il  n'en  était  pas  de  même  de  leur  conservateur: 
fatigué  de  ce  long  voyage  ,  et  de  ses  fréquentes  excursions 
dans  ce  climat  redoutable,  il  perdait  chaque  jour  sa  force 
et  sa  santé,  et  se  voyait  menacé  des  maladies  les  plus 
graves.  Heureusement  pour  lui  et  pour  la  science ,  la  ga- 
bare  la  Z>wrrt/2c^^  commandée  par  M.  le  lieutenant  Lemère, 
arriva  à  Cayenne,  et  M.  Perrottet  obtint  du  gouverneur 
de  s'embarquer,  avec  ses  collections ,  sur  ce  bâtiment  pour 
revenir  en  France.  Il  quitta  Cayenne,  le  8  juin  dernier, 
et,  en  vingt  jours  de  la  plus  belle  et  la  plus  heureuse  tra- 
versée, il  arriva  au  Havre  :  sa  santé  s'était  déjà  remise  en 
quittant  le  climat  chaud  et  humide  de  Cayenne;  l'heureux 
succès  de  son  voyage,  le  bonheur  de  revoir  la  France  et 
d'y  ramener  ses  collections  en  bon  état,  achevèrent  sa  gué- 
rison.  Il  fit  voyager  successivement  toutes  ses  richesses 
sur  les  deux  bateaux  à  vapeur  qui  vont  du  Havre  à  Rouen, 
et  de  Rouen  à  Paris;  et,  le  3  août  dernier,  cette  précieuse 
collection  est  venue  débarquer  devant  le  Jardin  du  Roi. 
C'était  un  spectacle  digne  d'intérêt,  et  nous  en  parlons 
pour  en  avoir  été  témoin,  que  de  voir  aborder  sur  cette 
rive  plus  de  siî  cents  arbres  ou  arbustes  des  diverses  ré- 


2A8     SDR  LES  ïllAV.   BOÏ.  DE  M.   PERROTTET. 

gions  équatoriales  5  toutes  dans  le  plus  bel  état  de  végéta- 
tion, et  conservant  encore,  dans  leur  apparence  même, 
et  des  traces  de  leur  sol  natal ,  et  des  marques  de  leurs 
longues  navigations.  Les  naturalistes,  appelés  à  jouir  de  ce 
spectacle,  ne  pouvaient  suffire  atout  examiner  :  là,  ils  aper- 
cevaient une  variété  remarquable  de  jeunes  palmiers, 
dont  les  formes  insolites  les  transportaient  dans  d'autres 
climats;  là,  ils  voyaient,  avec  une  espèce  de  respect,  plu- 
sieurs individus  d'arbre  à  pain,  tous  provenus  d'un  seul 
pied  envoyé,  il  y  a  ving't-trois  ans,  du  Jardin  de  Paris  à 
l'île  de  Cayenne,  où  il  fait  aujourd'hui  un  objet  d'indus- 
trie agricole;  là,  ils  se  hâtaient  d'observer  dans  leur  fraî- 
cheur quelques  arbres,  tels  que  le  cacao  ou  le  muscadier, 
qu'on  n'est  jamais  parvenu  à  multiplier,  pas  même  à  bien 
conserver  dans  nos  meilleures  serres;  là,  ils  admiraient  le 
beau  feuillage  de  ce  harringtonia ,  de  Samboangan,  qu'on 
n'avait  point  encore  vu  vivant  dans  nos  climats  ;  là,  enfin, 
ils  trouvaient  le  vrai  poivre  noir  et  le  bétel,  que  nos  jar- 
dins n'ont  possédés  jusqu'ici  que  d'une  manière  douteuse, 
et  le  cookia,,  dont  les  feuilles  rappellent  l'odeur  de  l'anis 
étoile,  quoique,  par  le  reste  de  sa  structure,  il  se  rap- 
proche des  orangers ,  et  un  nouvel  ananns,  dont  on  dit  que 
le  fruit  pèse  jusqu'à  vingt  livres,  etc. ,  etc. 

Quelques  animaux  remarquables  attiraient  aussi  les  re- 
gards des  zoologistes  :  tels  étaient  deux  agamis  domes- 
tiques, un  hocco,  une  espèce  de  singe  noir ,  et  surtout  la 
gymnote  électrique,  ou  l'anguille  de  Surinam  ,  dont  les 
journaux  ont  déjà  fait  mention. 

Outre  tous  ces  objets  vivans,  cette  expédition  a  encore 
procuré  au  Muséum  d'histoire  naturelle  deux  caisses  de 
graines  en  germination,  plus  de  deux  cents  sachets  de 
graines  rares,  sept  caisses  de  plantes  sèches  pour  l'herbier, 
un  grand  nombre  de  fruits  des  tropiques ,  conservés  dans 


PROGRES  DE  LINSTRUCT.  AUX  ETATS-UNIS.   2A9 

l'eau-de-vic ,  etc.  Toutes  ces  richesses,  qui  vont  être  dépo- 
sées et  étudiées  dans  le  Muséum,  serviront  graduellemenl 
à  perfectionner  les  diverses  branches  de  l'histoire  natu- 
relle, et  fourniront  de  nouveaux  moyens  pour  celles  qui 
contribuent  au  développement  des  arts  utiles.  Quelques- 
uns  de  ces  végétaux  précieux  seront  multipliés,  puis  dis- 
persés, soit  dans  les  jardins  d'instruction,  pour  avancer 
la  science,  soit  dans  les  colonies  qui  peuvent  convenir  à 
leur  nature,  pour  en  accroître  leur  production.  D. 


*w»  vw*  wv\  wv» 


RECHERCHES 

Sur  les  progrès  de  Cinstruction  ^  sur  les  inventions 
dans  les  arts ,  sur  les  usages  et  les  mœurs  ,  dans  les 
Etats-Unis  de  C Amérique  Septentrionale, 

Depuis  quelques  années,  les  progrès  de  I'éducation  et  de 
l'iNSTRUCTiON  PUBLIQUE ,  dans  Ics  Etats-Unis ,  sont  très-re- 
marquables. En  1809,  on  y  comptait  25  collèges  et  7/i  écoles 
particulières  nommées  académies;  ces  institutions,  organi- 
sées pour  chaque  état  par  sa  législature ,  ne  forment  pas  un 
même  corps,  sous  une  seule  direction.  Elles  sont  soumises 
à  l'inspection  de  chaque  législature ,  quoique  placées  sous 
la  surveillance  d'administrations  particulières  et  locales. 
En  i8n  ,  le  président  des  Etats-Unis,  dans  nn  message 
au  congrès,  lui  recommanda  spécialement  la  fondation 
d'une  université  nationale  à  Washington  ;  mais ,  après 
quelques  discussions,  cette  proposition  fut  renvoyée  à 
l'examen  d'un  comité.  Ce  comité,  dans  son  rapport  à  la 
chambre  des  représentans  ,  lit  observer  que,  quoiqu'une 
telle  institution  dût  offrir  de  grands  avantages ,  néanmoins 
la  constitution  n'avait  assigné  aucun  fonds  particulier  pour 
les  frais  qu'entraînerait    l'établissement  d'une  université 


250  PROGKÈS  D£  L'INSTRUCTION 

nationale;  que,  pour  ce  qui  concernait  les  sciences  et  les 
arts  utiles,  le  congrès  était  seulement  autorisé  à  garantir 
aux  auteurs  ou  aux  inventeurs  le  droit  exclusif  de  propriété 
de  leurs  ouvrages  et  de  leurs  découvertes;  que  d'ailleurs 
l'établissement  d'une  université,  sans  lui  affecter  un  fonds 
spécial,  serait  inutile  et  paraîtrait  un  exercice  irrégulier  du 
pouvoir  législatif;  que  le  capital  provenant  de  la  vente  des 
terres  publiques  serait  insuffisant,  et  qu'on  devait  regarder 
les  rentes,  les  legs  et  les -donations  qui  pourraient  échoir 
à  cet  établissement,  comme  une  chose  trop  précaire.  On 
observa,  de  plus,  que  l'institution  d'un  établissement  por- 
tant le  titre  pompeux  A'Unwersité  sans  offrir  les  ressources 
nécessaires  pour  toutes  les  parties  d'enseignement  qu'il 
dev^ait  embrasser,  ne  convenait  point  à  la  dignité  de  la  na- 
tion. Enfin  ^  les  hommes  les  plus  éclairés  ont  allégué ,  d'après 
l'exemple  de  quel(jues  contrées  de  l'Europe,  que  l'esprit  de 
système  et  de  corporation  d'une  grande  université  centrale 
pourrait  devenir  un  obstacle  à  l'entière  liberté  de  l'enseigne- 
ment, et,  par  une  suite  nécessaire,  au  perfectionnement  des 
méthodes  et  aux  progrès  des  connaissances  humaines. 

Tout  en  se  montrant  contraire ïi  ce  projet,  le  congrès 
américain  réserva  un  trentième,  ou  6Ao  acres,  des  terres 
publiques  dans  chaque  juridiction  de  ville  pour  la  dépense 
des  écoles;  en  outre  ,  sept  juridictions  entières  s'élevant  à 
23,oAo  acres  chacune  ,  dont  deux  sont  situées  dans  l'état 
de  rOhio  ,  et  une  dans  chacun  des  états  ^'Indiana  j  des 
Illinois,  du  Mississipi ,  de  la  Louisiane  ,  et  dans  le  terri- 
toire de  Michigan.  Dans  l'état  de  NewYork,  les  fonds 
dont  la  législature  peut  disposer  pour  les  écoles  publiques 
montaient,  en  1811  ,  à  un  demi-million  de  dollars,  et  don- 
naient un  revenu  annuel  de  06,000  dollars.  Le  fonds  ré- 
servé pour  les  écoles  du  Connecticut  monte  à  un  capital 
qui  produit  120,000  dollars  par  année. 


AUX  ÉTATS-UNIS.  251 

Depuis  1800,  !c  nombre  des  étudians  en  médecine^ 
Américains,  gradués  dans  les  pays  étrangers,  a  considéra- 
blement diminué.  Les  écoles  de  médecine  de  Philadelphie 
et  de  New- York  ont  acquis  une  grande  célébrité.  La  durée 
des  études,  dans  les  collèges,  est  de  quatre  ans.  Dans  les 
\illes  de  Philadelphie,  de  New-York,  de  Baltimore  et  de 
Boston  ,  on  publie  des  journaux  spécialement  consacrés  à 
la  médecine,  et  l'on  réimprime  les  ouvrages  les  plus  esti- 
més de  l'Europe  qui  traitent  des  sciences  médicales. 

L'imprimerie  reproduit  également  toutes  les  autres  pro- 
ductions importantes  de  la  littérature  européenne  ;  et  telle 
est  la  différence  du  prix  des  éditions  américaines,  qu'un 
volume  in-A°,  qui  coûte  à  Londres  deux  guinées,  ne  vaut, 
en  Amérique  5  sous  le  format  in-8°  ,  que  deux  dollars.  Les 
livraisons  de  V Edimbourg- Repiew  et  du  Quarterly-Repien^, 
sont  régulièrement  réimprimées  et  répandues  avec  profu- 
sion dans  tout  le  pays. 

Dans  les  états  de  la  Nouvelle-Angleterre  ^  les  écoles 
sont  entretenues  au  moyen  d'une  taxe  publique,  et  placées 
sous  la  direction  d'un  comité.  Les  enfi\ns  pauvres  y  sont 
élevés  avec  les  enfans  des  familles  riches  ;  on  leur  enseigne 
la  lecture,  l'écriture,  l'arithmétique,  la  grammaire  et  la 
géographie.  Dans  les  autres  états  de  l'Union ,  des  écoles 
sont  établies  pour  l'éducation  de  la  classe  indigente,  et, 
depuis  peu ,  le  système  de  Lancaster  ou  d'enseignement 
mutuel  a  été  adopté  dans  différentes  parties  des  Etats-Unis. 

Quelques  sociétés  se  sont  aussi  formées  dans  ces  der- 
niers tems  pour  l'avancement  des  connaissances  ,  particu 
lièrement  de  l'agriculture,  des'arts  et  des  manufactures. 
\j2i  société  philosophique  américaine  de  PhiladelpjLie  a  déjà 
publié  six  volumes  sur  des  sujets  scientifiques.  Un  athénée 
a  été  organisé  récemment  à  Boston,  sur  le  plan  de  celui  de 
Liverpool;  et  une  souscription  ouverte  pour  procurer   les 


252  PROGRES  D£  L'INSTRUCTION 

fonds  nécessaires  h  cet  établissement ,  a  produit  en  dix 
jours  une  somme  de  40,000  dollars.  1/ Académie  des 
sciences  et  des  arts  de  Boston  a  publié  plusieurs  volumes  , 
et  celle  du  Connecticut,  portant  le  même  titre,  *n  a  donné 
un.  \t2i  Société  philosophique  de  'New-  Yb/'yt  vient  de  publier 
un  volume  de  ses  travaux.  Une  autre  société^  pour  les  pro- 
grès de  l'agriculture^  des  arts  et  des  manufactures,  a  publié 
quatre  volumes  in-8°;  celle  de  Philadelphie,  pour  l'agri- 
culture seulement,  en  a  donné  plusieurs.  La  Société  de 
Georges- Town^n  a  fait  pdï'aître  un  qui  traite  du  labourage 
et  des  connaissances  rurales. 

On  serait  porté  à  croire  que  les  Américains  ont  un  goût 
particulier  pour  le  dessin  et  pour  la  peintube^  à  en  ju- 
ger par  le   nombre  déjà  considérable  de  leurs  artistes 
Les  noms  de  "West,  Copely,  Trumbull,  Stewart,  Vander- 
lyn,  Jarvis,  "Wood,  Allston ,  Leslie,  Peale,  Sully,  Morse, 
Earle  etTodd,  sont  avantageusement  connus;  les  huit  pre- 
miers, comme  peintres  d'histoire  et  de  paysage;  les  der- 
niers, comme  peintres  de   portraits   (i).  Des  académies 
pour  l'étude  des  beaux-arts  ont  été  dernièrement  établies 
â  Philadelphie  et  à  New-York;  on   a  fait  venir  de  Paris 
quelquestableauxet  diversmodèlesenplâtre  des  meilleures 
statues  antiques  pour  ces  deux  institutions.  Les  tableaux 
furent  donnés  par  Napoléon,  alors  empereur,  en  sa  qualité 
de  membre  agrégé  de  l'académie.  Cet  esprit  libéral  fait 
honneur  au  goût  des  habitans  de  ces  deux  villes,  presque 
tous  occupés  de  commerce.  En  1817,  le  gouvernement  de  la 
Caroline  septentrionale  chargea  le  célèbre  Canova  à,e  faire 
la  statue  de  Washington,  qui  doit  coûter  10,000  dollars. 

(1)  Feu  M.  West  est  le  premier  qui  ait  su  tirer  un  grand  parti  des 
costumcs'^  modernes  ,  dans  les  tableaux  historiques.  — /  onderijn  a 
obtenu,  en  France,  tine  médaille  pour  son  Marias  sur  les  ruittcs 
de  Carthaf^c ,  qu  il  avait  présente  à  l'exposition  de  1808. 


AUX  ÉTATS-UNIS.  •  258 

Quant  au  gouvernement  des  Etats-Unis,  le  seul  encoura- 
gement qu'il  donne  consiste  dans  une  remise  des  droits  de 
douanes  ,  pour  les  tableaux,  les  gravures  et  les  plâtres  im- 
portés pour  l'étude  et  le  perfectionnement  des  arts  (i). 

Le  Musée  de  M.  Peale  ,  à  Philadelphie,  s'est  enrichi, 
depuis  quelques  années ,  d'une  grande  variété  d'objets 
d'histoire  naturelle ,  dont  le  plus  remarquable  est  le  sque- 
lette d'un  Mammouth.  Le  sol  et  les  productions  des  Etats- 
Unis  sont  devenus  un  objet  de  recherches  philosophiques; 
et  des  cours  de  chimie  ,  de  minéralogie  et  de  botanique , 
ont  régulièrement  lieu  dans  les  villes  de  Philadelphie  ,  de 
New-York  et  de  Boston. 

Rien  n'atteste  d'une  manière  plus  évidente  les  progrès 
des  connaissances,  en  Amérique,  que  le  grand  nombre 
d'ouvRAGES   PÉRIODIQUES  qui  s'j  publient  avec  succès.  Le 
Médical  Reposkory ,  de  New- York  ,  a  près  de  goo  abon- 
nés ;  \ Analeclic  Magasine  de  la  même  ville ,  et  le  Porto- 
Folio  ,  de  Philadelphie ,  en  ont  à  peu  près  chacun  trois 
mille.  Nous  citerons  aussi  le  recueil  très-estimé  que  pu- 
blie M.  le  docteur  Silliman,  sous  le  titre  de  Journal  des 
sciences.  Quant  aux  recueils  anglais,  Edimbourg ei  Qiiar- 
terly  Reviews,  on  en  tire  environ  un  millier  d'exemplaires. 
Le  droit  d'imprimer  la  collection  des  lois  de  New- York  par 
Johnson,  a  été  acheté  au  prix  de  2,5oo  dollars  par  année. 
\t^  Histoire  amusante  de  la  pj^opince  de  New-York  a  rap- 
porté trois  mille  dollars  à  l'auteur.  L'édition  américaine  de 
la  Vie  de  Washington^  par  Marshall^  dont  l'exécution  ty- 
pographique la  rend  supérieure  à  celle  de  Londres,  a  pro- 
duit, dit-on  5  cent  mille  dollars. 

(i)  Nous  ne  devons  pas  oublier  de  comprendre  dans  cette  nomen- 
clature M.  Westmuller^  suédois  de  naissance,  qui  a  passé  les  der- 
nières années  de  sa  vie  sur  les  bords  de  la  Delaware.  Sa  Danoé 
lui  assurait  un  modique  revenu. 


25A  PROGRES  DE  L'INSTRUCTION 

"Lt  Monthly  AntJiology  de  Boston,  \q  général  Reposi- 
tory  de  Cambridge  ,  l'excellent  recueil  intitulé  :  North 
american  revietv  ,  le  Journal  médical  de  la  Nouvelle- An- 
gleterre^ à  Boston,  ainsi  que  la  Revue  américaine  ,  publiée 
par  M.  "Walch,  à  Philadelphie,  le  Porto-Folio ,  etc.,  se 
font  remarquer  par  l'excellent  goût  qui  préside  au  choix 
des  articles  d'histoire,  de  politique  et  de  littérature  qu'ils 
contiennent. 

Les  journaux,  chez  un  peuple  libre  ,  faTorisent  la  pro- 
pagation des  idées  sur  tous  les  sujets  ,  en  même  tems  qu'ils 
sont  les  conservateurs  de  la  liberté.  Aussi  l'on  publiait,  au 
commencement  de  1810,  36i  journaux  dans  toute  l'éten- 
due des  États-Unis,  dont  26  feuilles  quotidiennes;  16  qui 
paraissaient  deux  fois  la  semaine,  36,  trois  fois,  et  284  heb- 
domadaires (1);  tandis  qu'avant  la  révolution,  il  n'y  en 
avait  en  tout  que  neuf. 

L'état  de  New-York  compte  à  lui  seul  une  trentaine  d'é- 
tablissemens  d'imprimerie  et  70  gazettes.  Le  total  annuel 
du  produit  de  ces  dernières  est  estimé  à  26,200,000  dollars. 
On  verra,  parla  table  suivante,  quel  est  leur  nombre  dans 
chaque  état. 

New-Hampshire 12 

Massachusetts 38 

Rhode-Island 7 

Connecticut 11 

Vermont 1 4 

New- York ^Çt 

Pensylvanie 71 

Delaware 2 


(i)  Il  y  en  a    huit  en   allemand;  cinq  en  français  ;  c/rw.v  en  es- 
pagnol. 


AUX  ÉTATS-UNIS.  255 

Maryland 21 

New-Jersey 8 

Virginie 24 

Caroline  septentrionale 10 

Caroline  méridionale 10 

■r  Géorgie i3 

Hb  Kentucky 17 

^B^  Tennessee 6 

Wf  Ohio i4 

m  District  de  Golombia 4 

Indiana 1 

Mississipi i 

Orléans 10 

Louisiane » 1     (  i  ) 

Nombre  total  des  Journaux  publiés 
dans  les  22  états  de  l'Union  améri- 
caine  3f)i. 

Au  mois  de  mai  1817  ,  le  nombre  total  des  journaux  qui 
se  publiaient  aux  Etats-Unis  était  de  5oo,  dont  la  moitié 
était  hebdomadaire. 

Le  traitement  des  meilleurs  acteurs  n'excède  guère  3o 
à  4o  dollars  par  semaine  :  le  succès  des  acteurs  en  vogue 
peuvent  porter  cette  somme  de  800  à  i5oo  dollars  par 
année.  M.  Cooper,  qui  fait  exception  ,  retire  de  son  enga- 
gement, à  New- York,  i25  dollars  par  semaine;  et  la  moi- 
tié d'une  recette,  tous  les  sept  jours,  est  à  son  bénéfice. 
Les  produits  de  ses  voyages  varient;  mais  il  a  repu  jusqu'à 
3ooo  dollars  pour  treize  représentations.  M.  Howard  Payne 

(i)  Eq  1792,  le  nombre  des  journaux  imprimés  dans  la  Grande- 
Bretagne  et  dans  l'Irlande,  n'était  que  de  deux  cent  treize,  quoique 
la  population  fût  alors  de  seize  millions. 


256  PROGRES  DE  L'INSTRUCTION 

a  gagné  plus  de  oooo  dollars  dans  vingt-six  représenta- 
tions données  successivement  à  Philadelphie,  à  Baltimore 
et  à  Richmond. 

Nous  allons  parler  maintenant  des  dialectes  américains. 
—  Un  professeur  du  collège  de  Cambridge,  dans  l'état  de 
Massachusetts,  qui  est  très-versé  dans  cette  matière,  ob- 
serve que,  de  tout  ce  qui  est  relatif  à  l'Amérique,  l'état 
de  la  langue  anglaise,  dans  ce  pays,  est  peut-être  le  sujet 
sur  lequel  on  tombe  dans  les  plus  grandes  erreurs.  Lors- 
qu'un Américain  arrive  en  Angleterre,  il  est  souvent  prié 
par  des  personnes  d'ailleurs  instruites  de  leur  faire  con- 
naître quelque  morceau  de  sa  langue  natale, dans  l'opinion 
où  l'on  est  que  ce  doit  être  un  dialecte  distinct  de  l'anglais, 
ou  même  une  sorte  de  langue  sauvage.  Les  critiques  an- 
glais les  plus  éclairés  s'expriment  à  cet  égard  de  manière 
à  faire  naître  les  idées  les  plus  fausses.  Le  fait  est  que , 
dans  aucune  partie  de  l'empire  britannique  et  dans  aucune 
classe  de  la  société,  on  ne  parle  l'anglais  avec  plus  de  pureté 
que  dans  les  classes  analogues  en  Amérique.  Les  dialectes 
si  distincts  d'Ecosse  et  d'Irlande,  et  les  nombreux  dialectes 
provirtciaux  des  comtés;  sont,  en  Angleterre,  une  source  de 
corruption  pour  la  langue.  Cet  inconvénient  n'existe  point 
dans  les  États-Unis.  Un  habitant  de  Londres  ne  comprend 
pas  un  paysan  de  Yorkshire  ou  de  Lancashire  ;  mais,  dans 
aucun  district  d'Amérique,  même  danslesparties  lesplus  oc- 
cidentales, où  les  sauvages  et  les  hommes  civilisés  sont,  pour 
ainsi  dire,  mêlés,  il  n'est  point  de  langage  qui  ne  soit  parfai- 
tement intelligible  pour  un  Anglais.  On  ne  prétend  pas  dire 
que  ceux  qui  n'ont  point  reçu  d'éducation ,  ne  parlent  pas 
un  langage  corrompu;  il  en  est,  à  cet  égard,  comme  dans 
tous  les  autres  pays  ;  seulement,  les  locutions  provinciales 
qui,  pendant  des  siècles,  sont  devenues  de  plus  en  plus 
usitées  en  Angleterre, n'ont  pas  encore  eu  le  lems  de  s'in- 


I 


AUX  ÉTATS-UNIS.  257 

troduirc  en  Amérique.  L'instruction  plus  généralement 
répandue  dans  les  basses  classes,  le  nombre  moins  consi- 
dérable de  pauvres  laboureurs,  d'ouvriers,  d'indigens  , 
préservent  la  langue  de  la  dégénération  qu'elle  a  éprouvée 
dans  un  pays  dont  l'existence  politique  est  plus  ancienne, 
et  don.  les  habitans  sont  plus  nombreux.  Il  faut  cependant 
avouer  que,  moins  corrompue  dans  les  classes  inférieures, 
la  langue  n'est  pas  parfaitement  pure  dans  les  classes  où 
l'éducation  est  plus  soignée;  la  langue  parlée  ou  écrite 
des  gens  instruits  offre  encore  beaucoup  de  locutions  amé- 
ricaines. Les  personnes  qui  désireraient  de  plus  amples 
renseignemens  à  cet  égard  peuvent  consulter  l'ouvrage 
intitulé  :  V^ocabulaire ,  on  Recueil  des  mots  et  des  phrases 
qu'on  suppose  appartenir  spécialement  aux  États  -  Unis 
d^ Amérique  ;  précédé  d'un  Essai  sur  Vétat  actuel  de  la 
langue  anglaise  dans  les  Etats  -  Unis  ,  publié  d'abord 
dans  les  Mémoires  de  V académie  améidcaine  des  sciences 
et  des  arts  de  Boston  ;  réimprimé  avec  des  changemens 
et  des  additions,  par  John  Pichering.  (Boston,  1816.) 
Cet  ouvrage,  quoique  fait  par  un  Américain,  est  écrit  avec 
beaucoup  d'impartialité.  Il  prouve  que  le  nombre  des  mots 
taxés  êi' américanisme  par  les  Anglais  ou  les  critiques 
américains  ne  s'élève  pas  à  plus  de  cinq  ou  six  cents  , 
dont  plus  d'un  cinquième  est  usité  en  Angleterre  autant 
qu'en  Amérique,  et  dans  la  môme  acception.  Quelques- 
unes  de  ces  expressions  sont  des  locutions  provinciales 
anglaises,  que  les  premiers  colons  ont  apportées  des  di- 
verses contrées  qu'ils  habitaient  en  Angleterre.  Il  est  un 
grand  nombre  de  termes  vulgaires  qu'on  ne  peut  raison- 
nablement considérer  comme  faisant  partie  de  la  langue 
parlée  ou  écrite  par  les  gens  bien  élevés.  Enfin,  une  autre 
portion  consiste  en  mots, pour  ainsi  dire,  techniques,  dont 
on  se  sert  rarement,  et  qui  ne  sont  employés  que  par  un 
ToMt;  XII.  n 


258  PROGRES  DE  L'INSTRUCTION 

petit  nombre  d'auteurs,,  ou  qui  sont  particuliers  à  des 
sectes  religieuses  ou  politiques.  Il  résulte  de  ces  obser- 
vations que  les  mots  nouveaux,  ou  pris  dans  une  nouvelle 
acception,  sont  en  petit  nombre.  Il  y  en  a  dont  l'usage  est 
réellement  condamnable  ;  d'autres  ne  peuvent  blesser  que 
ceux  qui  repoussent  toute  espèce  de  néologisme  ;  quel- 
ques-uns sont  nés  du  besoin  d'exprimer  de  nouvelles  idées, 
et  ont  été  nécessairement  le  produit  des  institutions  nou- 
velles,  et  d^s  changemens  opérés  dans  les  mœurs  des 
habitans.  Et,  par  exemple,  pourquoi  les  mois  présiden- 
tial  et  congre&sional  ne  seraient -ils  pas  jugés  aussi 
nécessaires  que  les  mots  anglais  kingly  ou  parliamenta?y? 
(  royal  ou  parlementaire.  )  On  dit  cependant  que  les 
Américains  qui  désirent  voir  fleurir  la  littérature  de  leur 
pays,  applaudissent  à  la  sévérité  des  critiques  d'outre-mer. 
Les  langues,  dans  les  colonies,  ont  une  tendance  naturelle 
à  dégénérer;  et,  bien  que  l'anglais  ,  dans  les  Etats-Unis, 
ait  conservé,  par  plusieurs  causes  locales,  un  degré  de 
pureté  qu'on  ne  devait  pas  espérer,  il  ne  faut  pas  regarder 
cette  critique  scrupuleuse  comme  superflue;  il  faut  seu- 
lement qu'elle  soit  impartiale.  Il  y  a  quelques  années  que, 
dans  rexamen,fait  en  Angleterre,  d'un  ouvrage  américain, 
le  verbe  to  adusrcate  (rendre  sombre  ou  obscur)  fut  taxé 
d'américanisme.  Maintenant,  on  trouve  ce  mot  dans  les 
ouvrages  des  premiers  écrivains  anglais. 

La  propagation  de  la  langue  anglaise  en  Amérique  , 
où  elle  est  déjà  parlée  par  une  population  équivalant  aux 
deux  tiers  de  celle  de  la  mère  patrie,  est  l'un  des  phéno- 
mènes les  plus  remarquables  dans  l'histoire  de  cette  partie 
du  monde.  C'est  un  fait  auquel  on  ne  peut  rien  comparer 
depuis  l'introduction  de  la  langue  de  quelques  petites  ré- 
publiques grecques,  clans  la  moitié  de  l'ancien  monde.  Il 
existe  ,  en  Amérique,  un  véritable  goût  pour  les  produc- 


AUX  ÉTATS-UNIS.  359 

tions  de  la  littérature  anglaise.  Long-tems  avant  que  le  titre 
d'un  ouvrage  anglais  soit  annoncé  à  Leipsick,  à  Paris  ou 
i\  Rome,  l'ouvrage  est  réimprimé  à  Boston,  à  Philadelphie 
ou  à  New- York  et  sur  les  bords  du  Mississipi  et  de  l'Ohio. 
Quelquefois,  les  libraires  d'Amérique  sont  en  avance  sur 
ceux  d'Angleterre  ;  et,  par  exemple,  l'édition,  faite  à  Bos- 
ton, des  œuvres  du  docteur  Pailey  est  jusqu'à  présent  la 
seule  édition  complète  qui  ait  paru.  Cette  communauté  de 
langue  est  une  des  choses  dont  les  Américains  doivent  se 
glorifier  le  plus;  et,  s'ils  s'enorgueillissent  d'abord  d'être 
les  compatriotes  de  Washington  et  de  Franklin,  ils  peuvent 
aussi  tirer  avantage  de  ce  que  leurs  aïeux  étaient  compa- 
triotes de  Shakespeare,  de  Milton,  et  de  ce  que  la  langue 
de  Chatam  est  leur  langue  maternelle. 

L'esprit  des  Américains  s'est  montré  particulièrement 
inventif  dans  les  arts  mécaniques.  Le  nombre  des  patentes 
ou  brevets  d'inçention  accordés  par  le  gouvernement, 
depuis  le  premier  janvier  i8i2  jusqu'au  premier  janvier 
1 8 1 3,  a  été  de  deux  cent  trente-cinq.  On  cite  un  mécanisme 
des  moulins  h,  farine ,  comme  très  -  ingénieux  et  d'une 
grande  utilité,  en  ce  qu'on  est  parvenu  à  remplacer  en- 
tièrement le  travail  manuel  de  l'homme. 

Les  machines  pour  carder  le  coton,  et  celles  qui  servent 
à  la  fabrication  des  clous,  font  aussi  beaucoup  d'honneur 
à  leurs  inventeurs.  Ces  dernières,  dont  on  a  fait  depuis 
long-tems  un  essai  infructueux  à  Liège ,  sont  employées 
maintenant  avec  un  grand  succès  aux  Etats-Unis.  Deux 
Américains  ont  concouru  pour  le  prix  d'un  million  de  francs, 
offert  par  le  gouvernement  français  à  l'auteur  de  la  meil- 
leure machine  pour  filer  le  lin.  L'économie  de  la  main- 
d'œuvre,  dans  les  machines  américaines,  est  estimée, 
dit-on,  à  quatre  cinquièmes.  Les  conditions  du  prix  pro- 
posé exigeaient  neuf  dixièmes.  Une  autre  machine  pour 

17* 


260  PROGRES  DE  L'INSTRUCTION 

séparer  le  coton  de  sa  graine  procure  une  grande  écono- 
mie de  travail  ;  elle  en  nettoie  quatre  cents  livres  par  jour, 
tandis  qu'avec  Tancienne  nnéthode ,  la  quantité  préparée  , 
dans  le  même  espace  de  tems,  n'était  que  de  quarante 
livres.  Cette  machine  est  mise  en  mouvement  au  moyen 
d'an  seul  cheval  ou  d'un  cours  d'eau. 

La  méthode  d'éclairer  l'intérieur  des  navires  marchands 
et  des  vaisseaux  de  guerre,  par  des  cylindres  de  verre 
placés  entre  les  ponts,  a  été  trouvée  d'une  grande  utilité 
en  mer.' 

Un  nouvel  appareil  pour  la  distillation  de  l'eau  salée 
à  bord  des  vaisseaux,  vient  d'être  inventé  par  le  major 
Lamb ^  de  New- York. Il  est  en  fer  travaillé;  on  l'attache 
au  vaisseau  par  des  crampons  et  des  vis,  de  manière  qu'il 
puisse  résister  à  tous  les  chocs  du  bâtiment,  quelle  que 
soit  leur  violence.  Cette  nouvelle  machine  l'emporte  sur 
l'ancienne,  sous  plusieurs  rapports  essentiels  :  i°  il  y  a  di- 
minution réelle  d'un  cinquième  de  combustible;  2°  Peau 
entre  en  ébullition  dans  un  plus  court  espace  de  tems  ; 
3°  cet  appareil  occupe  moins  de  place  ;  A"  il  ne  cause 
aucun  embarras  dans  l'emplacement  destiné  à  préparer 
les  mets  de  l'équipage.  Cette  invention^  adoptée  et  ache- 
tée par  le  comité  de  la  marine  anglaise,  promet  de  très- 
grands  avantages,  en  ce  qu'elle  épargne  le  tonnage  dans 
les  navires  destinés  au  transport  des  troupes  et  des  animaux 
domestiques  ,  ainsi  que  dans  les  voyages  de  long  cours, 
où  l'eau  douce  devient  promptement  rare  et  malsaine. 

La  machine  inventée  en  Amérique  pour  confectionner 
des  bottes  et  des  souliers  au  moyen  de  fils  de  fer  ou  de 
clous,  a  dernièrement  élé  introduite  en  Angleterre.  Pour 
se  former  une  idée  de  ses  avantages  économiques, il  suflit 
de  savoir  qu'o/z  peut  faire  une  paire  de  souliers  en  un 
quart  dUheure. 


AUX  ÉTATS-UNIS.  261 

De  toutes  les  inventions  dont  les  Étals-Unis  ont  droit  de 
s'enorgueillir,  celle  de  Tusage  de  la  vapeur  appliquée  aux 
bûtimens  pour  la  navigation  intérieure,  leur  promet  le 
plus  d'utilité,  à  cause  du  grand  nombre  et  de  l'étendue  des 
rivières  navigables  qui  arrosent  cette  contrée.  Des  bateaux 
A  VAPEUR  sont  établis  maintenant  sur  VHudsoii,  \a  Dela- 
■ware ,  la  Potomac ,  VOhio  et  le  Mississijn.  Des  bateaux, 
de  cent  cinquante  pieds  de  longueur  et  de  seize  de  largeur, 
sont  poussés  au  moyen  de  deux  roues  mises  en  action  par 
une  machine  à  vapeur,  sur  le  plan  de  celles  de  Watt  et  de 
Fulton.  On  a  calculé  qu'ils  avancent  contre  le  vent  et  la 
marée,  à  raison  de  quatre  milles  par  heure.  Le  bateau  à 
vapeur,  le  Fm/^otz^  se  rendit  en  huit  heures  de  New-Haven 
i\  New- York,  villes  situées  à  quatre-vingt-dix  milles  l'une 
de  l'autre. 

Le  bateau  à  vapeur ,  le  Vésuve  ,  qui  fait  le  trajet  entre 
Pittsburg ,  la  Nouvelle-Orléans  et  les  chutes  de  l'Ohio ,  est 
de  4oo  tonneaux;  sa  longueur  est  de  160  pieds;  sa  largeur 
de  28,  et  il  tire  cinq  à  six  pieds  d'eau.  D'autres  bateauxde 
la  même  dimension  viennent  d'être  construits  pour  navi- 
guer entre  les  cataractes  de  l'Ohio  et  la  ville  de  Pittsburg. 
La  distance  entre  ces  deux  points  est  de  QGj  milles  ;  de  là, 
au  confluent  de  l'Ohio  et  au  Mississipi,  il  y  en  a  429;  ce 
qui  fait  en  tout  1,096  milles.  La  lenteur  de  la  marche  des 
bâtimens  à  voiles  et  à  rames  sur  les  rivières,  rend  les  ba- 
teaux à  vapeur  extrêmement  utiles;  on  emploie  mainte- 
nant ceux-ci  pour  remorquer  de  grands  navires  contre  le 
vent  et  les  courans ,  et  leur  vitesse  est  encore  de  deux 
milles  par  heure  (1). 

(1)  Le  bateau  à  vapeur,  V Entreprise ,  fait  le  trajet  de  la  Nouvelle - 
Orléans  à  Natchez ,  c'est-à-dire  trois  cent  treize  milles  en  quatre 
jours,  quoiqu'il  marche  contre  le  courant. 


262  PROGRÈS  DE  L'INSTRUCTION 

Des  bacs,  mis  aussi  en  mouvement  par  la  vapeur,  font 
le  trajet,  entre  Pawless-Hook  et  Brooklyn,  villes  situées 
sur  les  deux  rives  opposées  de  la  baie  de  New -York  ,  en  un 
quart  d'heure  de  tems.  A  l'aide  d'un  pont  flottant,  fixé  à 
chacune  des  extrémités  du  bateau ,  les  chariots  et  les  voi- 
tures y  entrent  avec  autant  de  facilité  que  s'ils  ne  quittaient 
pas  la  grande  route.  Ces  bacs  sont  divisés  en  deux  parties , 
jointes  ensemble  par  une  espèce  de  plate-forme;  et  la  roue 
est  placée  entre  les  deux  :  par  ce  moyen  ,  ces  bateaux 
avancent  ou  reculent  à  volonté. 

La  frégate  à  vapeur,  construite  à  New-York,  et  d'après 
le  plan  de  feu  M.  Fulton  ,  a  i45  pieds  de  long  et  55  de 
large;  la  force  qui  la  met  en  mouvement  équivaut  à  celle 
de  120  chevaux  ;  sa  marche^  soit  en  avançant,  soit  en  re- 
culant, est  d'environ  trois  milles  et  demi  par  heure.  La 
roue  est  placée  au  centre  et  protégée  par  les  bords  de  la 
frégate,  qui  ont  six  pieds  d'épaisseur  en  cet  endroit;  dans  les 
autres  parties,  celte  épaisseur  n'est  que  de  quatre  pieds  et 
demi.  Cette  frégate ,  qui  porte  3o  canons ,  est  regardée 
comme  imprenable.  La  machine  à  vapeur  d'Evans  (i),  em- 
ployée maintenant  dans  les  Etats-Unis ,  est  plus  économi- 
que et  en  même  tems  plus  simple  que  celles  de  "Watt  et  de 
Fulton;  la  vapeur  s'introduit  dans  le  cylindre  principal,  et 
en  sort  au  moyen  d'une  valve,  qui  a  un  mouvement  de  ro- 
tation dans  le  même  sens. 

Le  pont  du  Schuylkillj,  celui  de  Trenton,  et  d'autres 
ponts  couverts,  construits  en  bois,  prouvent  également  de  . 
grandes  connaissances  en  mécanique.  Le  premier  a  56o 
pieds  de  long  et  4o  de  large.  Les  deux  piles  qui  le  suppor- 

(i)  Voyez  le  compte  rendu  de  l'ouvrage  à'OlU'er  Evans,  intitulé  : 
Manuel  de  Vinf^énieur  mécanicien ,  constructeur  de  machines  à  va- 
peur, ci-dessus,  T.  X,  p.  5i3. 


AUX  ÉTATS-UNIS.  263 

tent,  sont  séparées  l'une  de  l'autre  de  igS  pieds.  L'arche 
du  milieu  en  a  194  f;  les  plus  petites,  i5o.  Sa  hauteur  , 
depuis  la  surface  de  l'eau  jusqu'à  la  chaussée  des  voitures, 
est  de  3i  pieds,  et  la  largeur  de  cette  dernière  est  de  8. 

Ce  pont  j  qui  fut  construit  par  une  compagnie ,  a  coûté 
"3oo,ooo  dollars;  il  a  été  achevé  en  1808.  Le  pont  de  Tren- 
ton  qui  traverse  la  Delaware,  trente  milles  au-dessus  de 
Philadelphie,  a  été  fini  en  1806,  il  a  un  quart  de  mille  de 
longueur  et  36  pieds  de  largeur.  La  distance  entre  les  cu- 
lées est  de  1 ,008  pieds.  Les  piles  sont  en  pierres  de  taille. 
Tout  l'édifice  se  compose  de  cinq  arches.  La  chaussée  est 
partagée  en  deux  parties  par  une  palissade  de  planches  de 
sapin ,  qui  laisse  de  chaque  côté  un  espace  de  1 1  pieds  de 
large  pour  les  voilures,  et  de  4  pieds  pour  les  piétons. 

Les  Américains  ont  surpassé  toutes  les  autres  nations 
dans  Vai't  de  construire  les  vaisseaux ^  et  ils  les  construi- 
sent aussi  à  moins  de  frais  qu'en  Europe.  La  construction 
des  bâtimens  publics  mérite  aussi  des  éloges. 

Le  capitole  de  Washington,  la  banque  de  Pensylvanie, 
et  la  maison  de  ville  de  New-York ,  sont  de  fort  beaux  édi- 
fices. Le  dernier  ,  construit  en  marbre  blanc,  et  terminé 
seulement  depuis  peu ,  a  coûté  538,ooo  dollars. 

La  monnaie  des  États-Unis  rivalise ,  pour  la  beauté  de 
l'exécution  ,  avec  celles  de  France  et  d'Angleterre, 

Parmi  les  divers  genres  de  littérature,  celui  auquel  les  peu- 
ples civilisés  semblent  avoir  toujours  attaché  tant  de  prix, 
et  qui  fait  depuis  si  long-tems  les  délices  des  nations  euro- 
péennes, l'art  dramatique,  a  été  long-tems  négligé  parmi 
nous;  ce  n'est  que  depuis  environ  quinze  ans  que  les  Amé- 
ricains commencent  à  s'en  occuper  avec  succès.  Alarmés 
de  l'influence  que  la  fréquentation  des  spectacles  pouvait 
avoir  sur  les  mœurs,  les  ministres  des  divers  cultes,  éta- 
_blis  dans  le  pays,  tentèrent  d'abord  de  s'opposer  ù  ce  que 


26A  PROGRES  DE  L'INSTRUCTION 

le  goût  de  la  comédie  devînt  trop  général,  et  présentèrent 
plusieurs  pétitions  à  la  législature  de  divers  états  ,  pour  les 
engager  à  supprimer  les  théâtres.  Leur  zèle  cependant 
n'obtint  pas  un  égal  succès  partout;  et  ils  ne  réussirent 
complètement  que  dans  le  Connecticut.  Le  principal  théâ- 
tre de  cet  état,  dans  la  ville  de  Hartford,  fut  converti  en 
une  église;  et,  même  à  présent,  les  comédiens  y  sont  en- 
core excommuniés  par  la  loi.  Dans  le  Massachusetts ,  la 
lutte  entre  le  clergé  et  le  théâtre  fut  long-tems  incertaine; 
cl,  quoique  la  représentation  des  pièces  fût  interdite, 
néanmoins,  comme  on  tolérait  les  lectures,  ou  ce  qu'on 
appelait  les  r^'c'fto^îo/z.s ,  les  acteurs  imaginèrent,  pendant 
un  certain  tems ,  de  mettre  à  profit  cette  tolérance  ,  et 
d'annoncer  leurs  pièces  sous  le  nom  de  lectures;  ^àr  exem- 
ple :  lecture  morale  sur  l'histoire  touchante  de  Jeanne 
Shore^  récitée  en  dialogue  par  le  célèbre  Hou^e;  —  Lecture 
amusante  y  tirée  du  conte  du paupre  soldat,  entremêlé  de 
chansons  et  de  dialogues  ^  par  le  facétieux  0*Keeffe.  Ce- 
pendant, des  hommes  d'un  esprit  éclairé  essayèrent  , 
peu  de  tcms  après  ,  de  faire  établir  un  théâtre  plus  régu- 
lier dans  le  Massachusetts.  La  législature, sur  les  observa- 
tions de  M.  Gardener,  un  des  sénateurs  de  cet  état,  se  dé- 
cida même  à  abolir  la  loi  qui  proscrivait  les  ouvrages  dra- 
matiques, et  une  salle  de  spectacle  fut  construite  à  Boston^ 
Ycrs  l'an  1798. 

Depuis  1808,  les  théâtres  de  l'Amérique  commencent 
ù  rivaliser,  tant  pour  le  goût  que  pour  la  magnificence, 
avec  les  plus  beaux  de  l'ancien  monde.  Les  détails  suivans, 
où  les  calculs  sont  plutôt  réduits  qu'exagérés,  feront  con- 
naître le  nombre  des  théâtres  et  le  produit  moyen  des 
recettes  : 


AUX  ETATS-UNIS.  265 

dollars  par 
rcpicbcnlutioa. 


Massachusclls. .  .  .  — Boston laSo      '"  ""^  ^-"^ 


Salem 25o. 

Neu^hury-Port 25o. 

Rhode  Island ^' Providence 600. 

Newport 25o. 

Neu^-Yorh.  ]  f^, 

Alhany 600. 

Pensylvanic — Philadelphie 1800. 

Maryland. —  Baltimore  J  ^^ 

Annapolis 5oo. 

Distr.deColombia.  —  Washington 5oo. 

Virginie -. .  — Alexandrie ,  ......    800. 

Petersburg 600. 

Norfolk 600. 

FredericJcsburg ,  ....    5oo, 

Kentucky — Lexington 5oo. 

Caroline  du  Sud. .  —  Charleston 1200. 

Géorgie — Savannah 5oo. 

Louisiane — -New- Orléans 5oo. 

En  tout,  vingt-un  théâtres. 

Le  théâtre  de  Richmond,  dans  la  Virginie,  qui  était 
l'un  des  meilleurs  des  Etats-Unis,  fut  brûlé  en  1811.  Le 
feu  ayant  malheureusement  éclaté  pendant  la  représenta- 
tion, il  périt  environ  soixante  personnes,  dont  plusieurs 
étaient  des  plus  marquantes  de  la  ville.  La  salle  était 
assez  vaste  pour  que  la  recette  habituelle  s'élevât  de  6  à 
800  dollars.  Le  prix  d'entrée  est  généralement  réglé  de  la 
manière  suivante  :  pour  les  loges,  un  dollar;  le  parterre, 
5o  ou  ']^  centimes  (la  100"  partie  du  dollar);  les  galeries,  25 
ou  07  ce/z^/mesetdemic  ;  les  troisièmes  loges,  jS  centimes. 
A  l'exception  du  prix  des  loges,  qui  est  fixé  ù  un  dollar 
par  place,  le  tarif  des  autres  places  diffère  dans  tous  les 


266  PROGRES  DE  L'INSTRUCTION 

états.  Les  dépenses  du  théâtre  de  New- York  s'élèvent,  pour 
chaque  représentation,  à  4oo  dollars  environ  ;  ce  qui  n'em- 
pêche pas,  dit-on,  que  le  bénéfice  n'ait  quelquefois  été, 
pendant  les  trois  premiers  mois  d'une  saison ,  de  10,000  dol- 
lars (1). 

Le  gouvernement  n'exerce  aucune  juridiction  sur  les 
théâtres.  Jamais  les  pièces  ne  sont  censurées?  et  chacun  est 
libre  de  faire  construire  une  salle  de  spectacle.  Quant 
à  ce  qui  concerne  les  ouvrages  dramatiques  et  le  jeu  des 
acteurs,  ils  sont  seulement  jugés  d'après  les  règles  du  goût 
qui  règne  dans  la  Grande-Bretagne.  Toutes  les  pièces  nou- 
velles qui  obtiennent  du  succès  sur  le  théâtre  anglais  ,  sont 
aussitôt  représentées  en  Amérique;  et  les  costumes,  les 
usages  ;  ainsi  que  les  critiques,  sont  absolument  les  mêmes 
chez  les  deux  nations.  Dans  les  états  du  nord  et  de  l'inté- 
rieur, il  n'est  pas  permis  aux  femmes  d'entrer  au  parterre  ; 
mais ,  dans  ceux  du  sud ,  elles  y  sont  admises. 

Quels  que  soient  les  progrès  rapides  que  l'art  théâtral  a 
faits  aux  Etats-Unis,  il  laisse  encore  beaucoup  ù  désirer, 
sous  le  rapport  des  décorations  et  des  costumes;  les  der- 
niers, surtout,  quoique  d'une  grande  richesse,  sont  ra- 
rement exacts.  Le  célèbre  M.  Cook,  en  Amérique,  observa 
que  les  Américains  montraient  plus  de  sagacité  dans  leurs 
applaudissemens  qu'aucun  autre  peuple  du  monde.  Quant 
.aux  pièces  originales,  ils  en  ont  encore  très-peu;  ce  qui 
n'est  pas  surprenant,  vu  la  facilité  qu'ont  les  directeurs 
de  se  procurer  toutes  celles  du  répertoire  anglais,  et  d'être 
ainsi  dispensés  de  payer  aucun  droit  d'auteur  :  d'ailleurs, 
ce  genre  de  talent  offre  peu  d'avantages  dans  un  pays  dont 
la  civilisation  est  encore  jeune,  et  où  toutes  les  idées  sont 

(1)  On  entend  par  saison ,  en  Amérique  ,  six  mois  de  l'année. 


AUX  ÉTATS-UNIS.  267 

naturellement  dirigées  vers  un  but  utile ,  plutôt  que  vers 
les  objets  de  pur  agrément.  Cependant ,  les  Américains 
comptent  parmi  eux  quelques  poètes  dramatiques  et  plu- 
sieurs ouvrages  qui  ont  obtenu  du  succès.  M.  Dunlap, 
de  New-York,  a  composé  ou  traduit  environ  quarante 
pièces ,  tant  comédies  que  tragédies,  drames  et  intermèdes, 
qui  toutes  ont  été  jouées,  et  dont  quelques-unes  occupent 
un  rang  distingué  sur  la  scène.  Nous  citerons  quelques- 
uns  des  auteurs  les  plus  remarquables ,  en  indiquant  leurs 
meilleurs  ouvrages  :  M.  Tyler,  une  comédie  intitulée  la 
Contraste;  Madame  Murray,  la  K er tu  triomphante ,  et  trois 
autres  pièces;  M.  White,  la  Fille  de  r ecclésiastique  et  la 
Pauvre  locataire;  M"""  Rowson ,  deux  comédies  ;  M,  Burke, 
la  Bataille  de  Bunkershill ;  M.  Ellison,  V Américain  à 
Tripoli;  M.  Eustaphiei,  Mazeppa  et  Pierre- le  ~  Grand  ; 
M.  Fangères,  Bélisaire;  M.  Breke,  le  Dépôt;  M.  Darby, 
le  Nœud  gordien  ;  M.  IngersoW,  Edu^y  et  Elgina;  M.  Bar- 
ker  jeune,  la  Chasse  au  renard  et  la  Princesse  indienne; 
cette  dernière  pièce,  dont  le  sujet  est  tiré  d'un  événement 
tout-à-fait  romanesque,  qui  appartient  à  l'histoire  d'Amé- 
rique, a  obtenu  un  succès  extraordinaire.  Nous  devons 
nommer  encore  M.  Hutton ,  auteur  de  V Ecole  des  pro- 
digues et  de  quelques  autres  pièces  ;  M.  White  ,  auteur  de 
Foscaré  et  des  Mystères  du  château;  M.  Hodgkinson , 
acteur  ,  auteur  de  V Homme  courageux  et  de  quelques 
autres  pièces  de  circonstances.  Les  droits  d'auteurs  sont 
réglés  comme  en  Angleterre;  mais  le  public  accorde  une 
préférence  marquée  aux  pièces  qui  viennent  de  ce  pays  ; 
les  bons  ouvrages  du  répertoire  anglais,  surtout  ceux  de 
Shakespeare,  ne  manquent  jamais  d'attirer  la  foule. 

Les  plus  célèbres  acteurs  du  théâtre  américain  sont  ve- 
nus jusqu'à  présent  de  l'Angleterre.  Feu  M.  Hodgkinson, 
natif  de  Bath ,  est  le  premier  actci^  d'une  grande  réputa- 


268  PROGRES  DE  L'INSTRUCTION 

tion  que  l'on  ait  vu  en  Amérique.  Son  talent  brillait  égale- 
ment dans  tous  les  genres,  depuis  la  tragédie  la  plus 
pathétique  jusqu'à  la  farce  la  plus  burlesque.  Feue  ma- 
dame Warren,  célèbre  sous  le  nom  de  mademoiselle  Brun- 
ton,  au  théâtre  de  Covent-Garden,  a  étç,  pendant  plusieurs 
années,  la  reine  tragique  de  l'Amérique.  Deux  comédiens, 
morts  depuis  peu,  et  connus  sous  les  noms  de  Traits  et* 
Harwood,  ont  été  fort  long-tems  nos  plus  fameux  acteurs 
comiques.  M.  Fennell,  tragédien  d'un  rare  mérite,  a  long- 
tems  disputé  la  palme  à  M.  Cooper,  qui  a  fini  parla  rem- 
porter ,  et  qui  règne  aujourd'hui  sur  la  scène  dramatique 
des  Etats-Unis.  Les  acteurs  les  plus  renommés,  au  mo- 
ment où  nous  écrivons,  sont  MM.  Jefferson,  Blissot,  Ber- 
nard, M"""  Hilson  et  Darby  :  tous  sont  venus  de  l'Angle- 
terre. L'Amérique  n'a  encore  produit  que  M  John  Howard 
Payne,  jeune  tragédien  auquel  on  a  donné,  en  Europe  et 
en  Amérique,  le  surnom  mérité  du  Roscius  américain.  Il 
parut,  pour  la  première  fois,  sur  la  scène,  à  New-York  , 
le  i24  février  1 809 ,  à  l'âge  de  seize  ans ,  et  l'effet  qu'il  pro- 
duisit ne  peut  se  comparer  qu'à  celui  d'un  de  ses  débuts 
qui  avait  eu  lieu ,  peu  de  tcms  auparavant,  en  Angleterre. 

Nous  terminerons  cette  notice  par  un  aperçu  des  MoeuRs 
et  des  USAGES  des  Américains. 

Les  habitans  des  Etats-Unis  n'ont  point  ce  caractère  uni- 
forme qu'on  remarque  chez  les  vieilles  nations,  auxquelles 
le  tems  et  la  stabilité  des  institutions  ont  imprimé  un  ca- 
chet particulier  ;  leur  physionomie  est  aussi  variée  que 
leur  origine  est  diverse.  L'Anglais,  l'Irlandais,  l'Allemand, 
l'Écossais,  le  Français  et  le  Suisse,  ont  gardé  chacun  quel- 
ques traces  de  l'empreinte  primitive  qui  appartient  à  leur 
ancienne  patrie.  On  remarque  cependant  une  grande  dif- 
férence entre  les  habitans  des  ports  de  mer  et  des  autres 
villes  commerçâmes,  et  ceux  qui  résident  dans   Tinté 


? 


AUX  ÉTATS-UNIS.  t69 

rieur   du   pî^ys.  Les   premiers  ressemblent  parfaitement 
aux  habitans  des  grandes  villes  d'Europe,  et  conservent 
les  habitudes  ,  le  luxe  et  les  vices  d'une  civilisation  trop 
avancée  et  qui  s'est  égarée  dans  sa  marche.   Ceux   qui 
mènent  une  vie  agricole  ,  jouissent  du  bonheur  attaché  à 
la  pratique  des  vertus  sociales  maintenues  dans  toute  leur 
pureté.  Leurs  affections  sont  constantes;  la  félicité  accom- 
pagne l'union  conjugale  ;  l'autorité  paternelle  est  respectée 
comme  une  chose  sacrée;  l'infidélité,  de  la  part  de  l'é- 
pouse, est  à  peine  connue  ;  le  divorce  est  rare;  la  mendi- 
cité et  le  vol  sont  peu  communs.  Enfin ,  une  des  qualités 
qui  distinguent  le  plus  cette  population  ,  est  l'humanité  et 
la  compassion  pour  les  maux  d'autrui  (i).  Une  éducation 
soignée ,  dont  les  bienfaits  s'étendent  à  toutes  les  classes 
de  la  société,   sans  exception ,  a  toujours  pour  objet  d'af- 
fermir les  bases  de  cette  perfectibilité  sociale  ,  dont  les 
progrès  sont  favorisés  par  l'égalité  des  conditions  et  par  le 
partage  égal  de  la  propriété  entre  les  enfans.  Il  est  à  re- 
marquer que  les  descendans  des  premiers  colons  américains 
qui  habitent  les  états  de  l'est,  ont  une  propension  naturelle 
à  l'émigration,  tandis  que  ceux  des  états  du  centre  et  du 
[midi  restent  fidèlement  attachés  au  sol  natal. 

Les  amis  de  l'ordre  et  de  la  tranquillité  déplorent  l'in- 
troduction d'un  esprit  de  litige  qui  a  pénétré  des  villes  jus- 
que dans  les  campagnes,  et  même  dans  les  habitations 
placées  au  milieu  des  forets.  Cette  malheureuse  disposition 
aux  procès  a  été  décrite  par  le  feu  juge  Cooper,  observa- 
teur habile  et  véridique  ,  dans  son  Histoire  des  premiers 
établissemens  dans  les  comtés  de  New  -  Yorh  ;  il  s'exprime 


(i)  Une  seule  collecte  faite  pour  les  malheureux  habitans  des  îles 
des  Indes  occidentales ,  a  produit  deux  cent  niiUe  dollars. 


270  PROGRÈS  DE  L'INSTRUCTION     , 

ainsi  :  «  L'Écossais  se  conduit  dans  nos  bois,  comme  par- 
tout ailleurs,  conservant  sa  frugalité ,  son  économie,  ses 
mœurs  et  sa  ponctualité  à  remplir  ses  engagemens.  Si  un 
Écossais  tue  un  veau ,  il  en  porte  la  meilleure  partie  au 
marché,  et  fait  valoir  le  prix  qu'il  en  retire.  L'Américain  , 
au  contraire,  gardera  cette  meilleure  partie  pour  sa  con- 
sommation ;  et  s'il  vend  le  reste,  il  en  emploie  le  produit  à 
se  procurer  des  objets  de  parure  ou  de  fantaisie.  II  est  ù 
remarquer  que,  lorsqu'un  Ecossais  achète  une  vache ,  il  la 
paie  comptant;  l'Américain  fait,  le  plus  souvent,  un  bil- 
let à  un  prix  plus  élevé  ,  et  se  laisse  poursuivre  pour  le 
paiement.  Dans  ce  cas,  la  cause  est  portée  devant  le  ma- 
gistrat du  lieu  (  squire  ) ,  assisté  de  six  jurés  ;  là,  on  déploie 
les  ressources  de  la  chicane.  Si  la  partie  lésée  peut  produire 
un  billet  ou  une  obligation  de  sa  partie  adverse ,  il  en  ré- 
gulte,  pour  celle-ci,  des  frais  montant  à  3  ou  4  dollars, 
tandis  que  le  demandeur  se  fait  une  réputation  de  ruse  et 
de  finesse;  ce  misérable  talent,  qu'ils  appellent  ontu^itting, 
(talent  d'attraper,  de  déjouer),  donne  au  plaideur  un  tel  re- 
nom, qu'il  peut  se  mettre  sur  les  rangs  pour  être  élu  juge 
de  paix.  Il  est  à  regretter  que  cet  esprit  de  chicane  soit  en- 
couragé par  des  juges  avides,  auxquels  le  profit  de  quelques 
droits  fixés  fait  oublier  que  leur  devoir  est  de  maintenir  la 
paix.  Cette  déplorable  manie  s'est  prodigieusement  accrue 
pendant  ces  dernières  années.  J'ai  vu  plus  d'une  centaine  de 
jugemens  rendus  en  un  jour  par  quelques-uns  de  ces  ma- 
gistrats. Un  magistrat,  qui  devient  ainsi  un  instrument  de 
discorde,  doit  être  regardé  comme  une  calamité  vivante', 
toutefois,  j'en  ai  connu  d'autres  dont  la  conduite  était  très- 
opposée,  et  qui  portaient  la  bienveillance  et  l'espril  de  paix, 
au  point  de  quitter  leurs  propres  affaires  et  de  parcourir 
plusieurs  milles  pour  aller  concilier  des  parties  ,  et  mettre 


I 


AUX  ÉTATS-UNIS.  271 

Cq  i\  des  querelles;  ces  hommes  respectables  ne  cher- 
chaient en  cela  d'autre  récompense  que  la  satisfaction  de 
faire  le  bien.  » 

N.  B.  Cette  esquisse  de  la  situation  morale  et  politique 
d'une  contrée  si  éloignée  de  l'Europe,  et  si  différente ,  à 
plusieurs  égards ,  aura  besoin  d'être  complétée  par  les  ren- 
seignemens  que  doivent  nous  transmettre  quelques-uns  de 
nos  correspondans  des  Etats-Unis ,  et  nous  pourrons  ainsi 
présenter  plus  tard  un  tableau  assez  fidèle  de  ce  pajrs, 
considéré  sous  tous  les  rapports  qui  intéressent  la  prospé- 
rité publique.  Il  en  sera  de  même  successivement  des 
principales  nations  du  monde  que  nous  espérons  faire  mieux 
connaître  les  unes  aux  autres ,  les  rapprochemens  et  les 
communications  de  ce  genre  ne  pouvant  qu'être  infiniment 
favorables  aux  progrès  de  la  civilisation. 

Nous  devons  aussi  prévenir  nos  lecteurs  que  cette  Notice 
est  écrite  depuis  plus  d'une  année,  et  que,  pendant  cci 
court  espace  de  tems,  la  rapide  civilisation  des  Etats-Unis 
a  fait  des  progrès  qui  n'ont  pu  s'y  trouver  consignés;  les 
omissions  qu'on  pourrait  y  remarquer  seront  réparées  peu 
à  peu.  L'obligation  où  se  trouve  la  Revue  Encyclopédique 
d'accorder  tour  ù  tour  son  attention  aux  diverses  contrées 
du  monde  civilisé  et  aux  différentes  parties  des  connais-- 
sances  humaines  ne  nous  permet  pas  toujours  d'employer 
les  nombreux  matériaux  dont  nous  pouvons  disposer  aussi- 
tôt qu'ils  nous  sont  offerts,  quoique  chacun  de  nos  cahiers 
dépasse  de  plusieurs  feuilles  l'espace  dans  lequel  nous  de- 
vions d'abord  nous  renfermer.  Toutefois,  le  zèle  des  colla- 
borateurs de  ce  Recueil  doit  être  une  sûre  garantie  que 
rien  de  ce  qui  peut  les  intéresser  ne  sera  négligé. 

N.  d.  R. 


II.  ANALYSES  D'OUVRAGES. 


SCIENCES  PHYSIQUES. 
Voyage  dans  l'Amérique  espagnole  ;  par  MM.  A.  de 

HUMBOLDT  ET  AlMÉ  BoNPLAND   (l). 

Relation  historique  du  Voyage  aux  régions  équinoxiales 
du  Nouveau- Continent j  fait  en  1799,  i^^o,  1801^  i8o3, 
180 A  ;  par  Alexandre  de  Humboldt  et  Aimé  Boiîpland, 
rédigé  par  Alexandre  de  Humboldt  j,  avec  deux  atlas , 
qui  renferment  j  Vun^  les  vues  des  Cordillères  et  les  7no- 
numens  des  peuples  indigènes  de  ^ Amérique,  et  Vautre^ 
des  cartes  géographiques  et  physiques.  Tom.  I,  in-4°, 
643  pag.,  avec  un  atlas. 

Les  expéditions  dont  le  but  est  de  ■visiter  les  contrées 
du  nouveau  monde,  offrent  de  nos  jours  un  intérêt  qui 
n'appartient  qu'à  elles  seules.  En  Afrique^  les  mœurs 
féroces  de  ces  noirs ^  que  l'oppression  a  rendus  cruels, 
opposent  aux  entreprises  du  voyageur  des  obstacles  plus 
dangereux  encore  que  l'influence  délétère  du  climat.  Dans 
la  partie  de  VAsie  ouverte  à  ses  recherches,  il  est  attristé 
par  la  vue  de  tant  de  restes  de  grandeur,  de  tant  de  ruines 
— ■— .^■'^^■^"^      "  "  "  ■        I  II  I  , 

(1)  Comprenant  1°  la  Relation  historique  ;  2°  V Atlas  pittoresque, 
3»  la  Zoologie  ,  ou  Anatomie  comparée  ]  4°  ^ Essai  politique  sur  la 
Nouvelle-Espagne',  ^°  V Astronomie ,  ou  Recueil  d'observations  as- 
tronomiques; 6°  la  Physique  générale  et  la  Géographie  des  plantes j 
70  la  Botanique  :  ii  vol.  in-^**  et  8  vol.  in-folio,  avec  4oo  gravures 
et  70  cartes.  (Chacune  de  ces  parties  forme  un  ouvrage  particulier  et 
se  vend  séparémcnt.)Ces  ouvrages  se  trouvent  chez  Smith  ,  imp.-Iib., 
rue  Montmorency,  n"  iG;  chez  Mazc,  lib.,  rue  Gîl-lc-Cœur,  à  Paris. 


i 


SCIENCES  PHYSIQUES.  273 

qu'il  interroge  en  vain;  et,  chez  presque  toutes  les  nations 
qu'il  lui  est  permis  d'observer,  il  ne  trouve  que  des  insti- 
tutions immobiles  et  une  civilisation  stationnaire.  L'Amé- 
BiQiJE  lui  présente  un  tableau  bien  différent.  Les  anciens 
géologues  veulent  que  le  nouveau  monde  se  soit  élevé  du 
sein  des  eaux,  plus  tard  que  l'Europe  ;  éblouis  par  la  sau- 
vage abondance  de  ses  contrées,  ils  se  plaisent  à  leur  re- 
connaître un  air  de  jeunesse;  et  c'est  à  l'égard  des  races 
d'hommes  si  diversifiées  qui  les  habitent,  que  leurs  sys- 
tèmes semblent  s'être  réalisés.  On  n'y  rencontre  pas , 
comme  dans  l'Indostan,  des  peuples  chez  lesquels  rien  ne 
se  perfectionne,  dont  l'existence  intellectuelle  paraît  ter- 
minée ,  et  dont  l'antiquité  n'est  que  trop  prouvée  par  leur 
aspect  languissant  et  par  les  monumens  de  leur  histoire. 
En  parcourant  l'Amérique,  on  n'a  pas  sans  cesse  sous  les 
yeux  d'effrayans  exemples  de  la  vieillesse  de  nations  en- 
tières. Le  nouveau  monde  est  plutôt  dans  l'état  opposé  : 
sans  doute,  il  présente  une  foule  de  sociétés  qui  vivent 
dans  la  plus  profonde  barbarie;  mais  c'est  leur  grossièreté 
qui  les  y  retient,  et  non  des  habitudes  enracinées  ou  une 
longue  corruption  de  mœurs.  Aucune  d'elles  n'est  arrivée 
à  cette  période  de  décrépitude  morale  qui  distingue  tant 
de  peuples  de  l'Asie.  Ces  sauvages  sont  ignorans  et  ne 
sont  pas  coupables  :  ils  ressemblent  au  sol  qui  les  a  vus 
naître,  cette  terre  féconde  qui  promet  des  avantages  cer- 
tains à  celui  qui  la  défriche  ,  et  qui  attend  l'industrie  et 
la  culture  de  mains  libres.  D'ailleurs ,  les  forces  de  la  na- 
ture sont  si  actives  dans  l'Amérique  méridionale,  que  tous 
les  efforts  de  l'homme  tendent  continuellement  à  modérer 
leur  énergie  ;  les  monumens  qu'il  élève  disparaissent 
bientôt  dé  la  surface  d'un  sol  agité  par  de  grands  et  ter- 
ribles phénomènes.  Il  ne  faudrait  pas  croire  cependant 
que  le  nouveau  monde  n'ait  pas  aussi  ses  antiquités.  Mal- 
TOME  XII.  18 


11k  SCIENCES  PHYSIQUES. 

gré  les  grands  bouleversemens  de  rinvasion  européenne  ^ 
de  cette  époque  qui  se  présente  comme  une  barrière  in- 
surmontable, lorsqu'on  essaie  de  faire  des  recherches  sur 
les  tems  qui  lui  sont  antérieurs,  les  deux  Amériques  nous 
montrent  encore  des  restes  de  monumens  ou  d'institutions 
morales,  qui  ne  permettent  pas  de  douter  que  de  Tastes 
contrées,  aujourd'hui  désertes  et  incultes,  n'aient  été  le 
siège  d'une  civilisation  assez  avancée.  Quelques  essais 
dans  les  arts,  les  ruines  des  palais  des  rois  aztèques  et  des 
temples  mexicains,  des  caractères  informes,  gravés  sur 
les  rochers  de  l'Crénoque,  au  tems  des  grandes  eaux; 
des  traditions  religieuses,  et  surtout  des  idées  très-remar- 
quables en  astronomie,  la  première  science  dont  l'homme 
s'occupe,  tout  se  réunit  pour  faire  voir  que  des  nations 
puissantes  et  éclairées  s'étaient  établies  jadis  dans  le 
Mexique  et  sur  le  revers  des  Andes  de  Quito  et  du  Pérou. 
Mais  il  est  d'autant  moins  facile  d'étudier  aujourd'hui  ces 
monumens  des  tems  héroïques  du  nouveau  monde ,  que 
les  conquistadores  espagnols  et  les  prêtres  qui  les  diri- 
geaient firent  tous  leurs  efforts  pour  anéantir  ces  faibles 
restes,  ou  pour  dénaturer  les  souvenirs  que  les  indigènes 
en  ont  gardés.  Ainsi,  la  cathédrale  de  Mexico  est  construite 
sur  les  ruines  du  principal  temple  de  Mexitli,  et  un  ecclé- 
siastique célèbre,  en  présence  des  Indiens,  les  cérémonies 
du  culte  catholique,  sur  le  sommet  de  la  pyramide  gigan- 
tesque de  Cholula,  autrefois  consacrée  au  culte  du  génie 
de  l'air,  Quetzalcoatj  dieu  législateur,  et  l'un  des  êtres 
les  plus  mystérieux  de  la  mythologie  mexicaine  (i).  Dans 
les  grandes  solennités  de  l'église,  les  Indiens  se  rassem- 
blent en  foule  autour  de  ce  monument;  et,  à  la  vue  de 

(i)  \ oyez  Atlas  pittoresque,  ou  Vues  des  Cordillères.  Mémoire 
sur  la  pyramide  de  Cholula. 


SCIENCES  PHYSIQUES.  275 

leur  pyramide,   ils  confondent  le  sentiment  de  vénéra- 
tion pour  le  culte  romain  avec  un  souvenir  vague  de  res- 
pect pour  la  religion  de  leurs  pères.  On  voit  ainsi  que, 
dans  l'Amérique  méridionale,  la  nature  se  présente  sous 
un  aspect  si  imposant,  le  tableau  des  mœurs  et  des  institu- 
tions des  peuples,  déjà  si  varié,  se  complique  tellement 
par  le  mélange  des  nouveaux  intérêts  et  des  traditions  an- 
ciennes, qu'un  ouvrage  qui  embrasse  des  sujets  si  divers, 
doit  nécessairement  contenir  des  détails  immenses.  Aussi, 
faut-il  s'empresser  de  reconnaître  qu'il  est  impossible  d'a- 
nalyser la  collection  d'ouvrages  qui  forment  le  Voyage  de 
31  M.  de  Humboldt  et  Bonpland  aux  régions  équinoxiales, 
que  la  Revue  a  déjà  caractérisé  d'une  manière  assez  heu- 
reuse sous  le  titre  ^ Encyclopédie  Américaine  (i).  Il  faut 
renoncera  faire  l'inventaire  des  découvertes  qu'ils  ont  rap- 
portées, etse  contenter  de  donner  l'itinéraire  des  voyageurs, 
en  choisissant  un  petit  nombre  de  leurs  observations  sur 
les  phénomènes  de  la  nature  et  sur  les  mœurs  des  peuples. 
M.  de  Humboldt  a  consacré  cinq  ans  à  parcourir  des 
contrées  immenses;  et,  sur  une  aussi  vaste  étendue,  il  n'a 
négligé  aucune  des  recherches  qui  pouvaient  jeter  quelque 
jour  sur  leur  histoire  physique  ou  morale.  Parcourons  rapi- 
dement l'ensemble  de  ses  travaux.  L'étude  de  la  marche  du 
thermomètre,  du  baromètre  et  de  l'hygromètre  lui  a  d'a- 
bord fourni  les  élémens  indispensables  de  ce  qu'on  pour- 
rait nommer  la  physique  générale  des  vastes  pays  qu'il  a 
visités;  il  a  porté  ses  instrumens  depuis  l'intérieur  des 
mines  jusque  dans  le  cratère  des  volcans.  Combinant  ces 
données  premières  avec  la  position  des  lieux,  déduite  de 
ses  observations  astronomiques,  il  a  construit  un  grand 
nombre  de  cartes  nouvelles  ;  il  a  déterminé  la  température 

(0  V(>y<  ci-dessus,  T.  IX,  p.  i5. 

18* 


276  SCIENCES  PHYSIQUES. 

moyenne  des  points  importuns,  et  dans  quelles  proportions 
la  clialeur  s'y  répartit  dans  les  diverses  saisons  de  l'année; 
il  a  mesuré  la  hauteur  des  montagnes  et  l'inclinaison  de 
leurs  flancs,  la  profondeur  des  vallées,  la  largeur  et  l'élé- 
vation des  plateaux,  la  vitesse  et  la  pente  des  fleuves  ;  en 
les  suivant  dans  leurs  innombrables  embranchemens   et 
dans  les  réseaux  qu'ils  forment,  il  a  pu  séparer  les  divers 
systèmes  d'eaux  courantes,  et  constater  la  communication, 
si  long-tems  douteuse,  de  l'Orénoque  et  de  la  rivière  des 
Amazones.  L'observation  assidue  des  phénomènes  atmos- 
phériques ,  les  variations  dans  la  transparence  de  l'air  et 
dans  sa  tension  électrique,  la  manière  dont  la  lumière  y 
est  répandue,  et  son  extinction  dans  les  couches  aériennes  ; 
la  réfraction  des  rayons  lumineux  et  les  illusions  optiques 
du  TTîïm^^^  la  couleur  du  ciel  et  celle  des  eaux  des  fleuves,  la 
composition  chimique  de  l'air,  et  l'influence  soit  de  la  végé- 
tation, soit  du  voisinage  des  cônes  fumans,  sur  sa  pureté  ;  la 
quantité  de  la  pluie  et  de  l'évaporation ,  l'action  érosive  de 
l'eau  sur  les  rochers  qu'elle  baigne,  les  singuliers  effets  du 
son  dans  des  déserts  où  rien  n'interrompt  le  silence  de  la 
nature,  l'observation  des  accidens  atmosphériques  et  des 
météores  lumineux  :  ces  mesures,  rapprochées  de  toutes  les 
expériences  analogues  delà  science,  lui  ont  révélé  plusieurs 
théories  importantes  qui  ne  pouvaient  être  fixées  que  par 
la  comparaison  d'un  grand  nombre  de  faits,  telles  que  la  loi 
des  variations  diurnes  du  baromètre  et  du  décroissement 
du  calorique  avec  la  hauteur,  la  limite  des  neiges  perpé- 
tuelles sous  les  diverses  latitudes.  Ces  observations  lui  ont 
permis  d'établir  les  élémens  de  la  climatologie,  et  de  tracer 
sur  le  globe  les  lignes  iso//z^7'77i^5jOu  qui  passent  par  les  lieux 
de  même  température  ;  en  un  mot,  de  présenter  dans  un 
seul  tableau  l'ensemble  des  phénomènes  si  variés  qu'ofl're 
la  nature  dans  les  régions  équinoxiales.   La  géologie  ,  ou 


SCiEiSCES  PHYSIQUES.  277 

l'étude  de  la  constitution  du  globe,  a  particulièrement  fixé 
son  attention;  il  observe  la  structure  des  roches,  la  direc- 
tion et  l'inclinaison  de  leurs  couches,  les  espèces  minérales 
qu'elles  présentent,  leurs  passages,  leurs  changemens 
d'une  contrée  à  l'autre  ;  leur  influence  sur  l'aspect  du  pay- 
sage et  sur  la  configuration  du  terrain.  Il  donne  des  profils 
géologiques  des  positions  les  plus  importantes  pour  la  sta- 
tistique commerciale  ou  pour  la  science.  Le  Voyage  contient 
de  nombreuses  expériences  magnétiques  de  déclinaison, 
d'inclinaison,  et,  ce  qui  est  surtout  précieux,  d'intensité 
absolue  des  forces  ;  des  recherches  sur  l'action  des  roches 
pour  détourner  l'aiguille.  M.  de  Humboldt  a  vu  de  près  les 
phénomènes  des  volcans,  qu'il  a  pu  examiner  dans  leurs 
ravages,  dans  leurs  produits,  dans  leur  liaison  avec  les 
tremblemens  de  terre  ;  il  détermine  la  distance  à  laquelle 
on  entend  leurs  explosions,  l'étendue  de  leurs  ravages  et 
des  terrains  qu'ils  ont  soulevés;  enfin  il  a  réuni,  pour  les 
tremblemens  de  terre,  ces  oscillations  du  sol  si  communes 
au  Pérou,  des  observations  qui  devront  un  jour  servir  de 
l)ase  à  une  théorie  que  la  science  est  encore  bien  loin  de 
pouvoir  établir.  Tous  ces  faits  sont  puisés  dans  l'expérience; 
ils  n'ont  pas  été  recueillis  sous  l'influence  de  l'esprit  de 
système,  et  cette  prudence  est  remarquable,  surtout  pour 
les  faits  géologiques,  qui  appartiennent  à  la  seule  science 
d'où  les  hypothèses  et  les  conjectures  ne  soient  pas  encore 
bannies.  Ces  expériences  ont  été  faites  dans  les  situations 
les  plus  difficiles  et  les  plus  périlleuses ,  et  la  position  de 
l'observateur  ne  paraît  point  avoir  nui  à  leur  exactitude. 
Jusqu'ici  ces  phénomènes  appartiennent,  en  partie  du 
moins,  aux  climats  de  l'Europe;  mais  les  forces  vitales 
sont  incomparablement  plus  puissantes,  et  le  développe- 
ment de  l'organisation  se  présente  sous  des  formes  bien 
plus  variées  dans  les  régions  équinoxialcs  ,  favorisées  par 


278  SCIENCES  PHYSIQUES. 

leur  chaleur  et  leur  excessive  humidité.   MM.  de  Hum- 
boldt  et  Bonpiand  ont  recueilli,  dans  leurs  herborisations, 
un  très-grand  nombre  de  plantes  nouvelles,  et  ils  en  dis- 
cutent la  classification  dans  l'ordre  des  familles  naturelles. 
M.  de  Humboldt  s'est   livré  à  des  travaux  étendus   sur 
l'histoire  de  l'origine  et  des  migrations  des  plantes,  sur 
leurs  propriétés  chimiques  et  médicales, leurs  usages  dans 
les  arts,  les  soins  et  les  avantages  de  leur  culture,  la  com- 
position des  principes  immédiats  des  végétaux  de  la  zone      * 
torride  qui  élaborent  dans  leurs  vaisseaux  tantôt  des  sucs 
nourriciers,  et  tantôt  les  poisons  les  plus  actifs.  On  trouve 
encore,  dans  le  Voyage^  l'examen  de  l'action  qu'exerce  le 
soleil  brûlant  des  tropiques  sur  les  plantes   humides    du 
bord  des  fleuves,  celle  des  miasmes  qui  s'exhalent  des  vé- 
gétaux en  décomposition,  et  la  discussion  des  phénomènes 
que  présentent  ces  maladies  endémiques,  qui  désolent  si 
souvent  le  littoral  des  deux  continens.   L'auteur  examine 
l'influence  de  la  physionomie  des  végétaux  sur  les  progrès 
des  arts  et  sur  le  style  plus  ou  moins  harmonieux  qui  dis- 
tingue leurs  productions.   Il  décrit  les  nouvelles  espèces 
animales  qu'il  a  découvertes,  leurs  caractères  zoologiques 
et  leurs  mœurs,  les  antiques  dépouilles  fossiles  d'éléphans 
qu'il  a  ramassées  sur  le  sommet  des  Cordillères.  Tous  ces 
faits  d'histoire  naturelle,  mis  en  regard  de  ses  observa- 
tions physiques,  ont  permis  à  M.  de  Humboldt  d'établir 
d'une  manière  plus  générale  la  Géographie  des  plantes  et 
des  animaux  ;  il  a  vu  toutes  les  espèces  d'ctrcs  organisés 
affecter  invariablement  certaines  hauteurs  et  varier  avec 
elles  ;  et,  tandis   que  les  masses  pierreuses  échappent  à 
l'influence  de  la  position,  les  montagnes  les  plus  élevées 
présentent,  depuis  la  base  jusqu'au  sommet,  une  succes- 
sion de  tous  les  climats ,  et  par  conséquent  une  échelle  de 
plantes  et  d'animaux   disposés  par  étage,  depuis  les  pal- 


SCIENCES  PHYSIQUES.  279 

rniers  et  les  tigres  jusqu'aux  plantes  licheneuses  et  aux 
vigognes.  Au-delà  de  cette  hauteur,  l'empire  de  la  vie 
s'arrête  devant  des  neiges  perpétuelles;  naais  un  oiseau, 
le  grand  vautour  des  Andes  (i),  franchit  seul  les  limites 
imposées  à  l'homme,  et  plane  au-dessus  des  cimes  glacées. 
Le  Voyage  aux  régions  éqidnoxiales  contient  encore  une 
statistique  complète  d*i  Mexique,  des  observations  nom- 
breuses sur  la  nature  des  gouvernemens,  les  mœurs  des 
indigènes,  les  «ources  du  commerce  et  les  causes  de  sa 
prospérité  ou  de  sa  décadence;  des  discussions  sur  les  dia- 
lectes si  nombreux  des  peuples  du  Nouveau-Continent, 
sur  les  racines  et  les  formes  grammaticales  de  leurs  lan- 
gues,  enfin  sur  leurs  antiquités,  sur  leurs  révolutions  et 
leur  état  avant  la  conquête. 

Les  résultats  de  toutes  les  recherches  de  MM.  de  Hum- 
boldt  et  Bonpland  ,  qui  se  rapportent  particulièrement  aux 
sciences,  ont  été  réunis  dans  des  ouvrages  consacrés  à  l'as- 
tronomie, à  la  botanique,  à  la  zoologie,  à  la  statistique,  et  à 
l'histoire  de  l'antique  civilisation  des  peuples  du  nouveau 
monde.  Ifs  ont  réservé ,  pour  la  Relation  historique  (2),  le 
tableau  des  mœurs  et  des  progrès  de  la  société  dans  les  diffé- 
rentes Colonies,  le  récit  des  obstacles  qu'il  a  fallu  surmonter, 
la  description  des  grands  phénomènes  de  la  nature.  On  les 
accompagne  sur  la  cime  du  volcan  de  Ténériffe,  dans  les 
montagnes  de  la  nouvelle  Andalousie  et  de  Venezuela,  sur 
les  rives  de  l'Orénoque,  les  Cordillères  de  la  Nouvelle-Gre- 
nade, de  Quito,  du, Pérou  et  du  Mexïqne.h'  J[tlas  pittoresque, 
ou  Vues  des  Cordillères  et  monumens  des  peuples  indigènes 

(1)  Le  Condor  ,  vultur  gryphus  de  Linné. 

(2)  11  en  a  paru  quatre  liuraisons ^  ou  deux  volumes  in-quarto,, 
avec  une  partie  AaV Atlas  géographique  et  physique  qui  accona- 
pagne  la  Relaiion.  Il  reste  encore  deux  volumes  à  publier  :  le  troi" 
sième  s'imprime  en  ce  moment. 


280  SCIENCES  PHYSIQLES. 

du Woup>eau- Continent [i)yest, destiné  à  faire  connaître  quel- 
ques-unes des  grandes  scènes  de  la  nature  dans  les  hautes 
chaînes  des  Andes, et  à  jeter  dujoursurrhistoîre  antique  des 
Américains,  par  l'étude  des  restes  de  leurs  monumens,  de 
leurs  hiéroglyphes ,  de    leur  culte   religieux  et  de  leurs 
rêveries  astrologiques.  Dans  le  Fiecueil  cl'' observations  de 
zoologie  et  d'anatomie  comparée  (2) ,  M.  de  Humboldt  a 
réuni  l'histoire  du  Condor,  des  expériences  sur  l'électricité 
des  gymnotes,  sur  l'anatomie  et  l'appareil  vocal  des  cro- 
codiles et  des  singes ,  la  description  de  plusieurs  nouvelles 
espèces   de   reptiles,  de  poissons,   d'oiseaux  et  d'autres 
mammifères  imparfaitement  décrits.   La  description  des 
insectes  recueillis  par  M.  Bonpland  est  due  à  M.  Latreiile, 
de  Facadémie  des  sciences.  Le  second  volume  de  la  zoologie 
renfermera  les  coquilles,  les  quadrupèdes   de  la  province 
de  Quito,  et  les  figures  des  crânes  des  nations  américaines 
que    M.   de  Humboldt  a  déposés  au   muséum    d'histoire 
naturelle. 

Un  Essai  politique  sur  le  royaume  de  la  Nouvelle- 
Espagne  ,  avec  un  atlas  physique  et  géographique ^  fondé 
sur  des  ohserpations  astronomiques,,  des  mesures  trigono- 
métriques  et  des   niuellemens   harorn étriqués    (3),    rédigé 


(1)  Deux  volumes,  grand  in-folio,  sur  papier  colombier  vélin  ; 
trois  cent  cinquante  pages  de  texte  et  soixante-neuf  gravures,  la 
plupart  coloriées. 

(2)  Deux  volumes  in-quarto,  avec  un  grand  nombre  de  planches, 
la  plupart  coloriées.  Le  premier  volume  a  paru.  Les  onzième  et 
douzième  livraisons  viennent  d'être  publiées.  Il  n'en  reste  plus 
qu'une  pour  compléter  le  second  volume. 

(5)  Deux  volumes  in-quarto,  ensemble  de  neuf  cents  pages,  avec  un       j 
allas  in-folio  de  trente-deux  cartes  et  tableaux  géographiques  ,  phy- 
siques et  statistiques.  La  carie  générale  du  royaume  île  lu  Naiwellc 
Espagne^  l'une  des  plus  belles  et  des  plus  imporlantcs  de  l'Atlas, 


SCIENCES  PHYSIQUES.  281 

d'après  un  grand  nombre  de  mémoires  oflicicis,  oiîic,  en 
six  divisions,  des  considérations  sur  l'étendue  et  l'aspect 
physique  du  Mexique,  sur  la  population,  les  mœurs  des 
habitans,  leur  ancienne  civilisation  et  la  division  du  pays 
en  intendances  ;  il  embrasse  à  la  fois  l'agriculture ,  les 
richesses  minérales,  les  manufactures,  le  commerce,  les 
finances  et  la  défense  militaire  de  ces  contrées.  Les  ob- 
servations astronomiques  que  M.  de  liumboldt  a  faites  , 
depuis  le  douzième  degré  de  latitude  australe  jusqu'au  qua- 
rante-unième degré  de  latitude  boréale,  ses  recherches  sur 
les  réfractions  astronomiques,  le  nivellement  barométrique 
de  la  Cordillère  des  Andes,  du  Mexique,  de  la  province 
de  Venezuela,  du  royaume  de  Quito  et  de  la  Nouvelle- 
Grenade  ,  renfermant  l'indication  de  quatre  cent  cinquante- 
trois  hauteurs  et  un  tableau  de  sept  cents  positions  géo- 
graphiques du  Nouveau-Continent,  calculées  d'après  les 
méthodes  les  plus  exactes  que  fournit  l'état  actuel  de  la 
science,  ont  été  réunis  en  un  Recueil  d' observations 
astronomiques  y  d' opérations  tri gonomé triques  et  de  mesures 
barométriques ,  faites  pendant  le  cours  d'un  voyage  aux 
régions  équinoxiales  du  Nouveau-  Coyitinent _,  en  1793- 
1 8o4^  rédigées  et  calculées  par  M.  Oltinanns  (  i  ) .  La  théorie 
des  lignes  isothermes,  qui  comprend  tout  ce  qui  a  rapport 
à  la  distribution  de  la  chaleur  sur  le  globe,  les  lois  qu'on 
reconnaît  dans  la  répartition  des  formes  végétales ,  le  ta- 
bleau des  phénomènes  magnétiques,  seront  exposés  dans 


a  été  copiée  par  M.  AiTOwsmith,  à  Londres,  sous  le  titre  de  Neif 
Map  of  Mexico ,  compiled front  original  documents  ôy  Arrowsmit/i. 
Il  est  facile  de  la  reconnaître  par  un  grand  nombre  de  fautes  cal- 
cographiques  et  par  l'explication  dos  signes  qu'on  a  oublié  de  tra- 
duire du  français  en  anglais. 

(1)  Deux  volumes  in-quarto ,  ensemble  do  700  pages. 


282  SCIENCES  PHYSIQUES. 

la  Physique  générale^  renfermant  un  traité  sur  les  climats j 
V Essai  sur  la  géographie  des  çégétanx^  et  un  Recueil  cVoh- 
serçations  sur  r inclinaison  de  V aiguille  aimantée  et  Vin- 
tensitè  des  forces  magnétiques,  La  partie  botanique  du 
Voyage  aux  régions  équinoxiales,  rédigée  par  M.  Bonpland, 
comprend  les  Plantes  équinoxiales  recueillies  au  Mexique, 
dans  l'Ile  de  Cuba  ,  dans  les  jjropinces  de  Caracas ,  de  Cu- 
niana  et  de  Barcelone ,  aux  y^jides  de  la  Nuuvelle-Gre- 
nade  i  de  Quito  et  du  Pérou ^  et  sur  les  bords  du  Rio  Negro, 
de  y  Orénoque  et  de  la  rivière  des  Amazones  (i).  M.  Bon- 
pland y  donne  les^ figures  de  près  de  quarante  nouTcaux 
genres  de  plantes,  avec  des  descriptions  méthodiques,  en 
français  et  en  latin.  Enfin,  dans  la  Monographie  des  Mêlas- 
tomes  ^  Rliexia  et  autres  genres  de  cet  ordre  de  plantes  (2). 

(1)  Deux  volumes  in-folio  de  700  pages  de  texte   et    i44  planches 
en  noir. 

(2)  Les  MelastomeSi  un  volume  in-folio  de  i5o  pages  de  texte  et 
60  figure»  coloriées;  les  Rhexla^xm  volume  in-folio  de  i5o  pages 
et  60  figures  coloriées;  des  dix  livraisons  qui  le  composent,  il  en  a 
paru  huit.  Indépendamment  de  la  description  des  plantes  conte- 
nues dans  cette  partie,  M.  Bonpland  publie,  avec  MM.  de  Hum- 
holdt  et  Kunth,  un  ouvrage  particulier  sous  le  titre  de  Noua  Gênera 
et  Species  plantannti  quas  in  peregrinatione  ad  plagam  œqui- 
noxialem  orhis  noui  collegerunt ,  descripserunt  et partiin  adumbra' 
verunt  Amat.  Bonpland  et  Alexander  de  Humboldl ,  ex  schedis 
aniographis  Jlmati Bonplandiin ordineni  digessit  Carolus  Sigisni, 
Kunth.  {Accédant  tabulœ  œri  incisœ  et  Alexandri  de  Iluniboldt 
nolaliones  ad geographiamplantarum  speclanies)  :  Nouveaux  genres 
et  espèces  de  plantes,  recueillies  par  MM.  de  Ilumboldt  et  Aimé 
Bonpland  dans  leur  voyage  aux  régions  équinoxiales,  décrites  et 
en  partie  dessinées  par  les  auteurs;  classés  par  C.  S.  Kunth  d'après 
les  notes  de  M.  Bonpland  ;  avec  des  planches  gravées ,  et  des  notes 
yiir  la  géographie  des  plantes  par  Alexandre  de  llumboldl.  Cet 
ouvrage,  dont  les  quatre  premiers  volumes  ont  paru,  renferme  la 
description  de  trois  mille  cinq  cents  espèces. 


\ 


SCIENCES  PHYSIQUES.  283 

MM.  de  Humboldt  et  Bonpland  font  connaître  plus  de  cent 
cinquante  espèces  de  melastomacées  qu'ils  ont  recueillies 
pendant  le  cours  de  leur  voyage;  espèces  qui  forment  un 
des  plus  beaux  ornemens  des  Tropiques,  de  ces  contrées  si 
chaudes  et  si  humides,  où  les  plantes  se  montrenî  dans  toute 
la  richesse  de  leur  végétation  et  dans  toute  la  beauté  de 
leurs  couleurs  et  de  leur  port.  La  partie  typographique  du 
Voyage  égale  les  plus  belles  productions  de  la  presse  fran- 
çaise ;  et,  pour  les  gravures,  outre  les  dessins  faits  par 
M.  de  Humboldt,  nous  nous  bornerons  à  citer,  pour  la 
botanique ,  ceux  de  MM.  ïurpin  et  Poiteau;  pour  la  zoolo' 
gie  y  ceux  de  MM.  Baraband,  Huet,  Laurillard,  Bessa  et 
Oppel  ;  pour  les  monumens  et  les  vues  des  Cordillères j  ceux 
de  MM.  Thibaut  et  Marchais,  à  Paris;  Gmelin,  Pinell  et 
Koch,  à  Rome;  Arnold,  à  Berlin;  et  X.imeno,  à  Mexico. 
Les  cartes  géographiques  ont  été  gravées  par  MM.  Tardieu 
père  et  fils.  Barrière  et  Aubert. 

Après  avoir  essayé  de  donner  une  idée  de  l'ensemble 
des  ouvrages  qui  forment  le  Voyage  aux  régions  équi- 
uQxiales,  revenons  à  la  Relation  historique.  M.  de  Humboldt 
se  sentit  de  bonne  heure  un  goût  décidé  pour  les  voyages 
dans  des  régions  lointaines  ou  peu  connues  des  Européens. 
Après  avoir  parcouru  la  Hollande,  l'Angleterre  et  la  France 
avec  le  célèbre  Forster,  compagnon  du  capitaine  Cook, 
l'espoir  d'avancer  les  progrès  des  sciences  appelait  tous 
ses  vœux  vers  les  belles  régions  de  la  zone  torride.  Il  s'y 
prépara,  en  étudiant  attentivement  la  structure  des  Alpes, 
qu'il  put  ensuite  comparer  aux  Andes  du  Pérou  et  de  Quito. 
Il  visita  le  pays  de  Saltzbourg  et  la  Styrie,  et  ne  voulut 
point  s'embarquer  avant  d'avoir  vu  les  terrains  volca- 
niques de  l'Italie  et  de  la  Sicile.  Il  s'était  d'abord  proposé 
de  visiter  la  Haute-Egypte  ;  mais  la  situation  politique  de 
l'Orient  lui  fit  abandonner  ce  projet.    Il  fut  ensuite  sur  le 


2U  SCIENCES  PilYSIQLES, 

point  de  se  diriger  vers  Tunis  et  Maroc,  dans    l'espoir 
d'explorer  la  chaîne  non  visitée  jusqu'ici  des  hautes  mon- 
tagnes de  l'Atlas,   lorsque  par  bonheur   il  apprit  à  tems 
que  le  gouvernement  tunisien  exerçait  les  plus  grandes 
rigueurs  contre  tout  étranger  arrivant  d'un  port  français. 
De  nouveau  contrarié  dans  son  plan,  il  profita  de  ce  retard 
forcé  pour  visiter  la  péninsule.  Arrivé  ù  Madrid,  il  obtint 
du  roi  la  permission  de  visiter,  à  ses  propres  frais,  les 
possessions    espagnoles    d'outre-mer.    On   l'autorisa  à  se 
transporter  partout  où  il  le  jugerait  utile;  on  lui  permit 
de  se  servir  de  ses  instrumens  de  la  manière  la  plus  illi- 
mitée ;  il  partit,  muni  de  pleins  pouvoirs  pour  avancer 
les  sciences  morales  et  physiques.  Au  port  de  la  Corogne, 
de  nouveaux  empêchemens  l'attendaient  encore.  Des  bâ- 
timens    anglais  bloquaient   la  rade,  afin    d'intercepter  le 
départ  du  courrier  pour  les  colonies;  et  il  ne  sera  pas  sans 
intérêt  de  remarquer  que  le  service  de  la  poste  se  fait  ainsi, 
d'un  hémisphère  du  globe  à  l'autre,  avec  une  merveil- 
leuse facilité  :  une  lettre,  déposée  à  la   poste  dans    une 
petite  ville  de  l'Espagne,  parvient  à  son  adresse  dans  les 
missions  de  l'Orénoque  ou  du  Chili,  sur  une  distance   qui 
égale  celle   de   Paris  à  Siam ,   ou  de  Vienne  au   cap    de 
Bonne-Espérance.  Enfin,  M.  de  Humboldt  réussit  à  s'em- 
barquer, le  5  juin  1799  ,  sur  la  corvette  le  Pizarro  ,  avec 
une  collection  choisie  d'instrumens,dont  nous  ne  pouvons 
donner  ici  l'énumération;  il  suffira  de  savoir  qu'ils  portent 
les  noms  des  plus  célèbres  artistes,  de  ïroughton  ,  Lenoir, 
Bird,  Ramsden,Berthoud,  DoUond,  etc. 

Le  Pizarro  ne  tarda  pas  à  sentir  les  effets  du  grand  cou- 
rant qui  se  dirige  des  îles  Açores  au  détroit  de  Gibralt;ir. 
M.  de  Humboldt  ne  se  borne  pas  à  discuter  les  observa- 
tions très-nombreuses  qu'il  eut  occasion  de  faire  sur  ce 
phénomène  ;.  il  Texaminc  d'une  manièr'j  plus  ;îcnérale  ,  et 


SCIENCES  PHYSIQUES.  285 

il  donne  la  théorie  complète  de  ces  mouvcmcns  des  eaux 
qui  agitent  l'Océan  atlantique.  Ainsi  que  dans  toutes  les 
discussions  auxquelles  il  se  livre,  il  rapproche  ses  propres 
expériences  de  celles  qui  ont  été  faites  sur  le  mênrie  objet , 
et  c'est  en  embrassant  toutes  les  données  de  la  science  qu'il 
s'élève  enfin  jusqu'aux  théories.  Le  courant  équinoxial,  pro- 
duit par  les  vents  alises  ,  imprime  d'abord  aux  eaux  de 
l'Océan  un  mouvement  qui  les  porte  sur  le  continent  de 
l'Amérique  ;  elles  se  précipitent  dans  le  golfe  mexicain  , 
et ,  se  réfléchissant  sur  ses  côtes,  se  jettent  avec  impétuo- 
sité dans  le  canal  de  Bahama,  où  elles  acquièrent  la  vitesse 
d'un  torrent.  A  l'est  du  port  de  Boston ,  le  courant  rase  le 
banc  de  Terre-Neuve;  de  là  ,  se  recourbant  tout-à-fait,  il 
s'avance  en  s'épanouissant  dans  l'Océan;  et,  comme  il  ar- 
rive des  Tropiques  ,  il  forme  dans  cette  latitude  boréale  un 
véritable  fleuve  d'eau  chaude  à  la  surface  de  la  mer.  A  la 
température  élevée  des  eaux,  à  leur  forte  salure,  à  leur 
couleur  plus  foncée,  on  reconnaît  le  Gulph-stream.  C'est 
un  des  bras  de  cette  rivière  marine  qui  jette  des  fruits  et 
des  plantes  équinoxiales  sur  les  côtes  des  îles  Hébrides , 
et  entraîne  quelquefois,  jusqu'aux  rivages  glacés  de  l'Is- 
lande, des  arbres  nés  sous  le  ciel  des  Tropiques. 

Après  s'être  arrêté  un  instant  à  l'île  de  Lancerote,  M.  de 
Humboldt  arrive  à  TénérifTe ,  à  la  suite  d'une  navigation 
assez  périlleuse.  D'épais  brouillards  lui  dérobaient  la  vue  du 
Piton  ^  le  volcan  de  Ténérifîe  ,  qu'on  aperçoit  quelquefois 
de  4o  lieues  en  mer ,  comme  une  colonne  s'élancant  de 
l'Océan  vers  le  ciel.  Tous  les  voyageurs  ont  parlé  avec  en- 
thousiasme de  la  beauté  du  climat  et  de  la  végétation  des 
îles  Canaries,  parce  qu'avec  les  plantes  d'Europe,  on  y 
trouve  déjà  deux  des  formes  les  plus  imposantes  de  l'équa- 
teur:  les  barianiers  et  les  palmiers.  M.  de  Humboldt  re- 
marque que  des  sites  plus  mnjestucux  se  sont  offerts  à  lui 


286  SCIENCES  PHYSIQUES. 

sur  les  rives  de  l'Orénoque  ,  les  Cordillères  du  Pérou  et    '■ 
lés  belles  vallées  du  Mexique ,  mais  que  nulle  part  il  n'a  vu 
un  tableau  plus  varié  et  plus  harmonieux.  Au  milieu  de    i 
la  riche  verdure  qui  couvre  les  flancs  du  pic ,  des  traces 
d'énormes  éruptions  latérales  attestent  l'activité  du  volcan; 
mais,  depuis  des    milliers  d'années,  aucune  flamme   ne 
s'est  montrée   dans  le  cratère  même.   Un  tel  événement 
serait  encore  plus  extraordinaire  aux  Canaries  que  la  chute 
de  la  neige,  à  Mexico  ,  où   il  n'en  tombe  qu'à  des  inter- 
valles de  plusieurs  siècles.  La  dernière  fois  que  ce  rare 
phénomène  arriva,  ce  fut  le  jour  même  de  l'expulsion  des 
jésuites  ,  et  les  dévots  s'écrièrent  que,  depuis  leur  exil , 
l'ordre  de  la  nature  était  troublé. 

M.  de  Humboldtfit  une  excursion  à  la  cime  du  volcan,  et 
parvint  sans  danger  dans  le  cratère.  Le  pic  semble  écraser 
de  sa  masse  la  petite  île  qui  lui  sert  de  base;  et  si  sa  bouche 
lançait  des  gerbes  de  feu  semblable  à  un  phare,  il  dirige- 
rait le  navigateur  dans  un  circuit  de  plus  de  260  lieues. 
Les  explosions  de  la  montagne,  pour  être  très-rares,  n'en 
sont  pas  moins  terribles.  En  1706,  la  ville  opulente  de 
Garachico  fut  entièrement  détruite  en  peu  d'heures;  son 
port  fut  comblé  par  deux  courans  de  laves  ,  aucun  édifice 
ne  fut  épargné.  «  Partout  dans  les  environs,  le  sol  chan- 
gea d'aspect.  Des  monticules  s'élevèrent  dans  la  plaine; 
les  sources  disparurent,  et  des  rochers  ébranlés  par  de  fré- 
quens  tremblemens  de  terre  restèrent  nus  ,  sans  végétation 
et  sans  terreau.  Des  pêcheurs  seuls  conservèrent  l'amour 
du  site  natal.  Courageux,  comme  les  habitans  de  Torre 
dcl  Greco,  ils  reconstruisirent;  un  petit  village  snrdes  amas 
de  scories  et  sur  le  roc  vitrifié.  »  Le  sommet  du  pic  est  en- 
tièrement dépourvu  de  végétation.  Les  plantes  n'atteignent 
pas  des  régions  aussi  froides.  M.  de  Humboldt  y  trouva 
seulement  quelques  abeilles,  que  sans  doute  des  courans 


SCIENCES  PHYSIQUES.  J87 

d'air  ascendant  avaient  entraînées  à  cette  hauteur;  souf- 
Irant  du  froid,  elles  se  brûlaient  en  s'approchant  impru- 
demment des  crevasses  fumantes  du  volcan.  Nous  ne  le 
suivrons  pas  dans  sa  discussion   sur  les  phénomènes  des 
volcans,  leurs  produits,  et  les  forces  dont  dépendent  pro- 
bablement leurs  effrayans  ravages.  Nous  aurons  occasion  de 
revenir  sur  ces  effets  imposans,  et  qui  n'ont  pas  été  assez 
étudiés  d'une  manière  expérimentale  par  les  physiciens  et 
les  géologues  modernes ,   lorsque  nous  serons  arrivés  au 
tableau  général  qu'il  a  tracé  des  phénomènes  volcaniques 
qui  agitèrent  les  deux  Amériques,  et  qui  précédèrent  de 
fort  peu  de  tems  l'entière  destruction  de  la  ville  de  Cara- 
cas, en  1811.  Après  de  grands  détails  sur  la  végétation 
dans  les  îles  Canaries,  il  se   demande,  avant  de  quitter 
l'ancien  monde,  ce  que  sont  devenus  les  Guanches ,  an- 
ciens habitans  des  îles  Fortunées,  célèbres  par  leur  sta- 
ture colossale  et  leur  force  musculaire.  Cette  race  primi- 
tive a  disparu,  par  l'effet  de  la  traite  des  esclaves  et  par 
des  guerres  cruelles  avec  les  Espagnols.   Il  nous  apprend 
que    quelques    familles    de    Canariens    se    vantent    en- 
core aujourd'hui  de  leur  parenté  avec  Guimar ,   le  der- 
nier roi  pasteur  des  Guanches,  mais  que  ces  prétentions 
surannées  ne  se  renouvellent  que  lorsqu'il  prend  envie  à 
un  homme  d'une  couleur  plus  basanée  que  ses  compatrio- 
tes de  solliciter  un  emploi  au  service  du  roi  d'Espagne.  II 
établit,  par  une  comparaison  philologique,  les  rapports  de 
la  langue  guanche  avec  celle  des  Berhers  ,  peuple  de  l'A- 
frique du  nord.  Il  ne  reste  plus  aujourd'hui  de  celte  nation 
que  des  momies  qu'on  trouve  encore  en  ouvrant  leurs  vas- 
tes cavernes  sépulcrales. 

Dans  le  passage  de  l'Océan  atlantique,  M.  de  Humboldt 
examine  la  formation  de  ces  vastes  bancs  d'algues  ,  sem- 
blables i\  des  prairies,  dont  la  présence  effrayait  les  vais- 


288  SCIENCES  PHYSIQUES. 

seaux  de  Colomb.  Il  fut  frappé  de  la  beauté  du  ciel  aus- 
tral et  des  constellations  qu'il  déploie  aux  regards,  à  me- 
sure qu'on  avance  A^ers  le  sud.  L'éclat  de  la  Croix  du  Siixl 
excita  surtout  son  attention.  Il  remarque  que  rien  ne  retrace  t 
mieux  au  voyageur  la  distance  immense  de  sa  patrie  que  | 
l'aspect  d'un  ciel  nouveau;  et  que,  pour  les  Espagnols  et  ; 
les  Portugais ,    «    un  sentiment   religieux  les    attache    à  ; 
une  constellation  dont  la  forme  leur  rappelle  ce  signe   de  ' 
la  foi  planté  par  leurs  ancêtres  dans  les  déserts  du  nou- 
veau monde.  »  Vers  l'île   Sainte-Marguerite  ,  le  Pizarro 
rencontra  deux  pirogues  montées  par  des  Indiens  Guayque- 
ries.  A  les  voir  de  loin  projetés  sur  l'horizon,  on  les   eût 
pris  pour  des  statues  de  bronze.    Les  plantes  équinoxiales 
dont  leurs  barques  étaient  jonchées,  la  cuirasse  écailleusc 
d*un   Tatou ^  des  fruits  de  Crescentia ,  servant  dtî  coupe   ■ 
aux  naturels ,  tout  excitait  au  plus  haut  degré  l'intérêt  des 
voyageurs.   Ce    chapitre  se  termine  par  un  tableau   des  f 
expériences  de  M.  de  Humboldt ,  durant  le  passage,  sur  la 
chaleur  de  l'air  et  de  l'Océan,  sur  l'état  hygrométrique  de  ! 
l'atmosphère  ,  l'intensité  de  la  couleur  bleue  du  ciel,  les   , 
phénomènes  magnétiques;  enfin  ,   par  le  journal  de  route.   | 
Dès  le  premier  jour  de  son  arrivée  à  Cumana ,  il  rc-   i 
marque  que  tout  y  annonçait  le  grand  caractère  de  la  na-   | 
ture  dans  les  régions  équinoxiales.  Des  groupes  de  coco-    ; 
tiers  bordant  la  rivière  et  dont  les  troncs  de  plus  de  60  pieds 
de  haut  dominent  le  paysage;  le  feuillage  penné  des  pal-    i 
miers  se  détachant  sur  l'azur  foncé  du  ciel ,  une  lumière 
éblouissante  répandue  dans  l'air,  l'éclat  des  couleurs  vé- 
gétales ,  la  forme  des  plantes,  le  plujmage  varié  des  oi- 
seaux. Il  fut  frappé  du  sentiment  profond  d'hospitalité  qui 
règne  même  dans   les  colonies  des  côtes,  et  il  a  vu  les 
exemples  les  plus  touchans  de  soins  rendus  à  des  incon- 
nus pendant  des  années  entières,  et  toujours  sans  murmutc. 


SCIENCES  PHYSIQUES.  28Î) 

La  ville  de  Cumana,  dont  la  population  n'excède  pas 
i8  à  19,000  âmes,  ainsi  que  le  rivage  et  les  plaines 
environnantes  ,  ont  fourni  à  M.  de  Humboldt  le  sujet 
d'un  grand  nombre  d'observations  de  géologie  et  d'histoire 
naturelle.  Les  mœurs  des  habitans  paraissent  fort  aimables. 
Toutlemondeysaitnager;etlematin,  lapremière  question 
qu'on  se  fait,  en  se  rencontrant,  c'est  de  savoir  si  l'eau  estplus 
fraîche  que  la  veille.  Le  soir,  on  place  des  chaises  dans 
l  l'eau  ,  aux  bords  du  fleuve,  et  la  société  se  réunit  dans  la 
rivière.  Le  cercle  n'est  pas  inquiété  par  les  petits  croco- 
diles ;  mais  souvent  les  dauphins  effraient  les  baigneurs,  en 
faisant  jaillir  l'eau  par  leurs  évents.  Il  ne  peut  exister 
aucune  chronique  à  Cumana,  à  cause  des  dévastations 
continuelles  des  fourmis.  La  date  des  tremblemens  de 
terre  un  peu  anciens  3»^  est  donc  incertaine;  mais  l'année 
1766  fut  terrible.  Des  secousses  violentes,  suivies  de  très- 
fortes  averses,  renversèrent  presque  toutes  les  maisons. 
L'année  fut  extrêmement  abondante.  Tandis  que  la  déso- 

k dation  régnait  dans  la  ville  ,  «  les  Indiens,  dont  les  frêles 
,cabanes  résistent  facilement  aux  secousses  les  plus  fortes, 
célébraient,  d'après  les  idées  d'une  antique  superstition, 
par  des  fêtes  et  des  danses ,  la  destruction  du  monde  et 
l'époque  prochaine  de  sa  régénération.  » 

M.  de  Humboldt,  pendant  son  séjour  dans  celte  ville,  fut 
souvent  obligé  de  satisfaire  la  curiosité  des  habitans,  qui  le 
priaient  sans  cesse  de  répéter  devant  eux  quelques-unes  de 
ces  expériences  qui  parlent  aux  yeux.  Remarquons  que  les 
curieux  n'avaient,  en  général,  aucune  idée  de  physique  ou  de 
chimie,  deux  sciences  qu'on  appelle ,  dans  les  colonies  espa- 
gnoles, la  nouvelle  philosophie  (^nueva  filosojià).  Dans  un 
climat  si  fortuné  et  occupé  de  recherches  si  attrayantes,  il  fut 
attristé  par  le  tableau  de  la  vente  des  esclaves  sur  la  place  du 
marché ,  spectacle  qu'il  eut  à  subir  presque  jou^rnellement. 
Tome  xii.  19 


290  SCIENCES  PHYSIQUES. 

On  les  frottait  d'huile  pour  leur  rendre  la  peau  luisante  ;  et, 
lorsqu'on  voulait  juger  de  leur  âge,  on  leur  ouvrait  la 
bouche  de  force,  comme  à  des  chevaux.  Sa  première  excur- 
sion fut  dirigée  vers  la  péninsule  d'Araya ,  célèbre  par  ses 
salines  et  la  pêche  des  perles.  Parmi  les  gens  de  couleur 
dont  les  cabanes  entourent  le  lac  salé,  se  trouvait  un  cor- 
donnier de  race  castillane,  qui  reçut  M.  de  Humboldt  avec 
cet  air  de  gravité  qui  distingue ,  dans  les  colonies  ,  tous 
ceux  qui  se  croient  un  talent  particulier.  Il  était  occupé  à 
tendre  la  corde  de  son  arc  et  à  aiguiser  des  flèches.  «Son 
métier  de  cordonnier  ne  pouvait  être  lucratif  dans  un  pays 
dont  la  plupart  des  habitans  vont  pieds  nus;  aussi  se  pliai- 
gnait-ilv  de  ce  que ,  par  le  renchérissement  de  la  poudre 
d'Europe ,  un  homme  de  sa  qualité  était  réduit  à  employer 
les  mêmes  armes  que  le^^Fudiefts  :  c'était  le  savant  du  lieu;  il 
connaissait  la  formation  du  sel  par  l'influence  du  soleil  et 
de  la  pleine  lune,  les  symptômes  des  tremblemens  de 
terre,  les  indices  par  lesquels  on  découvre  les  mines  d'or 
et  d'argent,  et  les  plantes  médicinales,  qu'il  divisait,  comme 
tous  les  colons,  depuis  le  Chili  jusqu'en  Californie,  en 
plantes  chaudes  tX.  froides.  Ayant  rassemblé  les  traditions 
du  pays,  il  nous  donna  des  détails  curieux  sur  les  perles  de 
Cubagua,  objet  de  luxe  qu'il  traitait  avec  le  dernier  mé- 
pris. Pour  prouver  combien  les  livres  saints  lui  étaient 
familiers ,  il  se  plaisait  à  citer  Job ,  qui  préférait  la  sagesse 
à  toutes  les  perles  de  l'Inde.  Sa  philosophie  était  circons- 
crite dans  le  cercle  étroit  des  besoins  de  la  vie....  Après  un 
long  discours  sur  le  néant  des  choses  humaines,  il  tira 
d'une  poche  de  cuir  des  perles  bien  petites  et  bien  opaques 
qu'il  nous  força  d'accepter.  Il  nous  enjoignit  en  même 
temps  de  marquer  sur  nos  tablettes  qu'un  cordonnier  in- 
digent d'Araya,  mais  homme  blanc  et  de  race  noble  castil- 
lane, avait  pu  nous  donner  ce  qui,  de  rautr<î  côté  de  la 


SCIENCES  PHYSIQUES.  291 

mer,  est  recherché  comme  une  chose  très-précieuse.»  te 
chapitre  V  est  terminé  par  la  description  des  fabriques  de 
poteries  de  Maniquarez,  branche  d'industrie  indienne,  et  par 
des  considérations  générales  sur  les  causes  qui  empêchentles 
traditions  et  les  souvenirs  de  se  perpétuer  dans  les  colonies , 
et  les  privent  d'une  histoire  et  d'une  littérature  nationales. 
Avant  de  suivre  M.  de  Humboldt  sur  les  hautes  mon- 
tagnes de  la  Nouvelle-Andalousie,  et  d'étudier  avec  lui  le 
singulier  régime  des  missions  j  par  lequel  des  religieux 
retiennent  sous   leur  dépendance  de   nombreuses   tribus 
d'Indiens  ,  il    ne  sera  pas  sans    intérêt   d'observer  que 
presque  toutes  les  contrées  qu'il  a  parcourues  sont  main- 
tenant agitées  par  des  guerres  civiles  qui  ont  suivi  de  près 
l'époque  de  son  voyage.  On  remarque,  dans  la  peinture 
qu'il  trace  des  mœurs  et  des  intérêts  des  colonies,  quelques 
traits  frappans  qui  semblaient  annoncer  des  mouvemens 
prochains.  Ces  contrées  recèlent  des  germes  nombreux  de 
discordes.  Dans  ces  colonies ,  comme  dans  toutes  celles  où 
la  population  noire  est  considérable,  l'esclavage  prépare  des 
vengeances.  Partout  des  entraves ,  qui  paralysent  le  com- 
merce et  l'industrie,  des  restrictions  fiscales  qui  ont  l'air  de 
réglemens  contre  l'agriculture  ,  deviennent  la  source  de 
mille  vexations,  et  contrarient  tout  ce  que  la  nature  a  fait 
pour  l'homme  dans  ces  riches  climats.  Au  sein  des  villes  les 
plus  éclairées  de  l'Amérique  du  Sud  ,  on  retrouve  encore 
deux  castes  bien  distinctes;  l'une  qui  désire  vivement  toutes 
les  améliorations  que  la  raison  et  la  justice  réclament;  l'autre 
qui  ne  vit  que  dans  le  passé,  qui  pense  qu'on  doit  éclairer  les 
peuples  avec  ménagement ,  et  qui  regarde  les  préjugés  de 
ses  ancêtres  comme  une  propriété  de  famille.  D'ailleurs, 
c'est  la  teinte  de  la  peau  qui  règle  les  droits  de  la  naissance 
dans  les  colonies  espagnoles.  De  pareils  titres  ont  au  moins 
le   mérite  de   n'être   pas  équivoques  et   de  prévenir   les 

19* 


292  SCIENCES  PHYSIQUES 

contestations  ;  il  est  seulement  dommage  qu'il  y  ait  autant 
de  degrés  de  noblesse  que  de  nuances  dans  la  couleur,  de- 
puis le  blanc  de  Castille  jusqu'au  noir  de  Guinée.  Nous 
retrouverons,  dans  les  steppes  immenses  de  Calabozo,  sur 
les  bords  de  l'Orénoque  et  du  Cassiquiare  ,  dans  les  en- 
droits les  plus  sauvages  et  les  plus  inaccessibles  de  l'Amé- 
rique méridionale,  des  traces  de  cet  esprit  de  distinction, 
de  cette  noblesse  fondée  sur  le  principe  colorant;  enfin,  les 
prétentions  les  plus  folles,  dans  des  lieux  où  la  nature  se 
montre  si  imposante,  qu'il  semble  que  de  tels  tableaux 
devraient  donner  à  l'ame  plus  de  dignité  ,  et  aux  pensées 
plus  d'élévation. 

Ce  premier  volume  est  orné  d'un  frontispice  gravé  par 

M.  Roger,  d'après  un  dessin  de  M.  Gérard,  de  l'Institut.  Il 

représente  l'Amérique  consolée  des  maux  de  la  conquête 

par  Minerve  et  Mercure.  La  terre  est  couverte  de  plantes 

équinoxiales,  d'armes  indiennes  et  de  fragmens  d'archi-'j 

lecture.  Parmi  les  débris,  on  reconnaît  le  buste  d'une  prê-' 

tresse  aztèque.  Sur  le  second  plan,  on  découvre  le  palmiei' 

porte-cire  (i)   et  la    pyramide  de    Cholula  ;    le   sommet i 

arrondi  du  Chimborazo  s'élève  au  fond  du  tableau.  On  li  I 

au  bas  ces  mots  de  Pline  le  Jeune  :  Humanitas ,  literœ." 

fruges.  Sans  doute  la  cipilisation  j  les  lettres,,  le  froment  \ 

sont  de  beaux  présens  que  l'Espagne  a  faits  aux  nations 

qu'elle  a  soumises;  mais  les  peuples  de  l'Amérique,  rendu; 

à  eux-mêmes,  ont  voulu  fonder  leur  propre  bonheur.   Hij 

ont  senti  qu'une  nation  ne  peut  jamais  se  consoler  de  1j 

perte  de  l'indépendance,  et  le  nom  de  liberté  a  été  pro 

nonce  sur  ces  rivages  lointains.  Les  avantages  del'industri' 

et  de  la  culture  des  lettres  forment  la  propriété  naturelM 

de  l'homme,  et  il  est  indigne  de  jouir  de  ces  biens  préi 

cieux,  s'il  consent  à  les  accepter  comme  une  concession  d' 

pouvoir.  CniRLEs  Coquerel.        j^ 

(i)  Ceroxjlou   uTulicola. 


i 


SCIENCES  PHYSIQUES.  293 


V*/»/\/  V'V'V^'V»  v»  w  v% 


Voyage  aux  alpus  maritimes,  ou  histoire  naturelle, 
agraire  ,  civile    et    médicale  du    comté  de  nice 

ET  DES  PAYS  LIMITROPHES,  par  Fv.  Elït.   FoDÉRÉ   (l). 

(Voyez  Rev.  Ënc,  ,  T.  XI ,  p.  592.) 

Il  serait  plus  exact  d'intituler  cet  ouvrage  :  Descrip- 
tion physique  des  Alpes  maritimes.  Quoiqu'en  effet  il 
soit  le  résultat  des  voyages  de  l'auteur,  ce  n'est  point  une 
relation ,  mais  une  description  méthodique  ou  une  histoire 
naturelle  de  ce  pays.  M.  Fodéré  convient  lui-même  que 
le  titre  de  Voyage  n'est  pas  très-juste  ;  au  reste,  le  second 
titre  sert  à  rectifier  le  premier. 

L'auteur,  médecin  distingué,  traite  successivement  de 
la  géologie,  de  la  flore,  du  règne  animal,  du  climat,  de 
l'agriculture,  de  la  population,  des  maladies;  enfin,  de~ 
l'état  de  la  civilisation  dans  les  Alpes  maritimes.  Chacun 
de  ces  chapitres  contient  une  foule  de  détails  instructifs, 
et  donne  lieu  à  des  rapprochemens  curieux.  Les  notes 
mises  à  la  fin  des  chapitres  ne  sont  pas  également  utiles, 
et  l'auteur  aurait  pu  en  retrancher  plusieurs  sans  inconvé- 
nient, mais  elles  ne  sont  pas  très-longues;  et^  pour  quel- 
ques notes  inutiles,  on  en  trouve  aussi  plusieurs  qui  offrent 
de  l'intérêt. 

Quoique  le  pays  que  M.  Fodéré  a  entrepris  de  décrire 
n'occupe  qu'une  bien  petite  place  dans  le  nombre  des 
états  de  l'Europe,  il  est  pourtant  très-intéressant  sous  plu- 
sieurs rapports.  Contigu  A  la  Provence ,  il  est  en  quelque 
sorte  le  supplément  de  cette  province ,  ayant  les  mêmes 
productions  et  presque  le  même  climat  ;   ou  plutôt  il  par- 

(i)  Paris,  1821.  Levrault^ruc  des  Fossés-Monsicur-Ie-Prince,  3S. 
Un  vol  in-4°  :  prix,  4  û-  5o  c. 


29A  SCIENCES  PHYSIQUES. 

ticipe  à  la  fois  du  climat  et  du  sol  de  la  France  mciidionale 
cl  de  ceux  de  l'Italie.  Tous  les  ans,  quantité  d'étrangers 
viennent  chercher  sous  le  climat  de  Nice  la  santé  qu'un  ciel 
nébuleux  ou  trop  froid  leur  refuse  dans  leur  patrie.  Les 
habitans  de  Nice  attendent  cette  arrivée  aussi  régulière- 
ment que  la  récolte;  ils  exploitent  les  voyageurs,  comme 
on  exploite  une  mine;  et,  lorsque  les  guerres  mettent  obs- 
tacle à  ces  émigrations  périodiques ,  c'est  une  calamité 
semblable  à  celle  de  la  disette. 

Riche  en  vins^  huile  d'olives,  oranges,  parfums,  Nice 
a  pourtant  peu  de  terre  végétale  ;  il  en  est  de  même  dans 
la  basse  Provence  ;  il  faut  y  suppléer  par  l'abondance  de  l'en- 
grais. Une  manière  singulière  de  fumer  est  celle  qu'on  em- 
ploie dans  la  vallée  d'Oneille;  c'est  avec  des  chififons  de  laine 
tirés  à  grands  frais  de  l'étranger,  qu'on  engraisse  la  terre 
au  pied  des  oliviers.  A  Menton,  on  emploie,  outre  les 
chiffons  de  laine  et  les  vieux  souliers,  la  raclure  de  cornes 
qu'on  fait  venir  à  cet  effet  du  royaume  de  Naples,  et  qui 
coûte  aussi  très-cher.  Voilà  un  genre  de  commerce  que 
l'on  ne  connaît  guère  ailleurs.  Il  me  semble  pourtant 
qu'un  gouvernement  plus  intelligent  pourrait,  soit  par  des 
prix  proposés  pendant  plusieurs  années,  soit  par  un 
appel  fait  aux  sociétés  d'agriculture  du  dehors,  provoquer 
la  découverte  d'engrais  bien  moins  imparfaits  et  moins 
coûteux.  L'urate  ou  d'autres  genres  d'engrais,  trouvés  ré- 
cemment en  France,  rendraient  peut-être  de  grands  ser- 
vices aux  Alpes  maritimes. 

A  la  suite  du  chapitre  sur  l'agriculture,  on  lit  une  note 
qui  commence  ainsi  :  «  L'esprit  d'indépendance  des  tcms 
modernes  a  fait  inventer  un  ministère  de  la  police.  »  Je 
demande  pardon  à  l'auteur  ;  mais  je  crois  que  l'esprit  d'in- 
dépendance doit  cire  étonné  de  s'entendre  attribuer  une 
pareille  inslilutioa.  Ou  uc  voit  pai>  d'abord  ce  qu'il  y  a  de 


I 


SCIENCES  PHYSIQUES.  29li 

-commun  entre  la  police  et  le  chapitre  de  l'agriculture. 
Voici  où  l'auteur  en  veut  venir  :  il  pense  qu'au  lieu  d'un 
ministère  de  police^  on  ferait  mieux  de  s'occuper  d'un 
ministère  de  prévoyance;  que  ^  dans  les  Alpes  maritimes, 
par  exemple,  les  habitans ,  avec  tous  leurs  parfums, leurs 
oranges  et  leurs  olives,  risquent  de  mourir  de  faim,  pen- 
dant les  mauvaises  années,  parce  que,  dans  les  bonnes 
même,  il  n'y  a  pas  assez  de  grains  pour  la  consommation.  Je 
ne  sais  si  le  ministère  de  prévoyance  serait  aussi  utile  que  le 
croit  l'auteur.  Quand  la  prévoyance  n'est  pas  éclairée,  elle 
fait  quelquefois  des  sottises;  et  quand  elle  s'exerce  par 
des  Toies  arbitraires ,  elle  manque  son  but.  JI  faudrait 
donc,  avant  tout,  éclairer  le  peuple  et  le  rendre  libre  ; 
après  cela,  la  prévoyance  viendrait,  je  crois,  sans  avoir 
besoin  de  ministère. 

Peut-être  aussi,  M.  Fodéré  n'a-t-il  pas  tout-à-fait  raison» 
lorsqu'il  dit  que  la  culture  de  la  pomme  de  terre  ne  con- 
vient pas  aux  habitans  des  pays  méridionaux,  et  qu'ils  ne 
pourraient  s'accommoder  d'une  substance  qui,  sous  un 
gros  volume,  ne  contient  que  peu  de  parties  alimentaires. 
M.  Fodéré  est  médecin;  son  expérience  appuie  sans  doute 
ses  assertions.  Cependant,  je  me  permettrai  de  faire  ob- 
server que  la  pomme  de  terre  vient  des  climats  tropiques, 
d'où  l'on  peut  induire  que  la  nature  a  destiné  cet  aliment 
aux  climats  chauds;  et  que,  d'ailleurs,  plusieurs  peuples 
s'en  nourrissent  avec  succès.  M. Fodéré  pense,au  contraire, 
que  les  habitans  des  pays  chauds,  de  leur  nature  très- 
sujets  aux  spasmes ,  ont  besoin  ,  pour  se  bien  porter  et 
pour  conserver  leurs  forces ,  d'une  nourriture  frugale  qui 
renferme  beaucoup  de  principes  nutritifs  sous  un  petit 
volume,  et  que  c'est  dans  les  graines  des  céréales  que  se 
rencontrent  ces  avantages.  Il  voudrait  que  l'on  se  vouât 
plus  qu'on  ne  fait  à  la  culture  de  l'orge ,  dont  nos  ancêtres 


296  SCIENCES  PHYSIQUES. 

faisaient  plus  de  cas  que  nous;  il  indique  d'autres  sortes 
de  grains  dont  on  pourrait  introduire  et  propager  la  cul- 
ture. Pour  ne  jamais  compromettre  l'existence  des  peuples 
de  l'Europe,  il  faudrait  peut-être  imiter  aussi  les  Germains , 
qui  avaient  fait,  des  côtes  septentrionales  de  l'Afrique,  leurs 
greniers  d'abondance;  ces  côtes  pourraient  encore  fournir 
nos  approvisionnemens ,  au  lieu  de  nous  envoyer  la  peste 
et  des  pirates. 

Quoique  situées  entre  la  Provence  et  l'Italie,  les  Alpes 
maritimes  ne  sont  pas  favorables  à  la  vigne.  Le  raisin  bon 
à  manger  ne  donne  que  des  vins  très-médiocres ,  dont  on 
ne  peut  même  faire  de  l'eau-de-vie  ;  d'où  l'auteur  conclut 
qu'il  faut  plus  que  de  la  chaleur  pour  que  la  vigne  puisse 
prospérer.  Dans  la  commune  d'Aspremont,  il  faut  la  re- 
nouveler, tous  les  quinze  ans,  tandis  que,  dans  le  pays 7^ 
elle  ne  vieillit  pas  avant  vingt  ou  vingt-cinq  ans.  Dans 
cette  commune,  on  alterne  sur  les  coteaux  les  plantations 
de  vignes  avec  celtes  des  pins  maritimes.  Pendant  vingt- 
cinq  ans  ,  ces  arbres  fument  la  terre  par  leur  feuillage ,  et 
la  préservent  des  éboulemens  ;  on  secoue  leurs  fruits  pour 
tenir  lieu  de  semailles;  puis,  on  arrache  les  pins,  afin  d'y 
substituer  la  vigne  ,  dont  les  marcottes  trouvent  un  appui 
dans  les  pins  naissans. Quinze  ans  âprè^,ôn  fait  disparaître 
le  vignoble,  pour  rétablir  la  forêt  de  pins.  Les  insectes 
nuisent  infiniment  aux  vignes  des  Alpes  maritimes. 

«  L'olivier,  dit  l'auteur,  est  la  vraie  plante  indigène 
des  Alpes  que  nous  décrivons  :  il  y  végète  aussi  facilement 
que  les  sapins  dans  les  Hautes- Alpes  ;  il  y  parvient  à  une 
grosseur  et  à  une  hauteur  qui  égalent  celles  de  nos  plus 
beaux  noyers.  »  Les  terrains  secs  et  légers  conviennent  le 
mieux  à  cet  arbre ,  qui  donne  rarement  la  moitié  de  son 
produit,  avant  l'.lge  de  cinquatilc-ans;  encore,  après  une 
si  longue  attente,  une  gelée  peut  détruire  en  une  naît 


SCIENCES  PHYSIQUES.  297 

l'espoir  du  cultivateur  :  heureusement ,  ces  accidcns  sont 
peu  à  craindre  dans  les  Alpes  maritimes,  où  les  oliviers  ont 
^tésisté  aux  gelées  qui  ont  été  si  funestes  aux  oliviers  de  la 
•rovence. 

Cent  quatre-Yingt-huit  moulins  sont  employés  à  extraire 
l'huile  des  olives;  le  meunier  vient  prendre  le  fruit  chez 
le  propriétaire ,  et  lui  rapporte  ensuite  l'huile ,  le  tout 
gratuitement,  parce  qu'il  trouve  un  ample  bénéfice  dans 
le  marc  d'olives  qui  lui  reste,  et  d'où  il  extrait  encore  une 
bonne  huile  par  le  procédé  de  la  fermentation.  D'après  un 
calcul  moyen,  établi  par  M.  Fodéré,  un  arpent,  contenant 
cent  cinquante  oliviers ,  donne  six  à  sept  kilogrammes 
d'huile  par  pied  d'arbre.  L'olivier  ne  donne  une  pleine  ré- 
colte que  tous  les  deux  ans  :  les  prix  des  huiles  sont  très- 
variables  ,  d'autant  plus  que  cette  espèce  d'arbres  est 
sujette  à  une  maladie  contagieuse. 

Un  arbre  fort  utile  aux  habitans  des  Alpes  maritimes, 
c'est  l'oranger.  C'est  à  Menton  qu'il  produit  les  meilleurs 
fruits.  On  en  fait  la  récolte ,  toute  l'année  ;  un  bon  oranger 
donne  annuellement  deux  mille  oranges,  grandes  et  petites. 
Il  y  en  a  quelques-uns  dont  la  récolte  s'élève  au  doublé 
de  ce  nombre.  C'est  en  hiver  que  l'on  cueille  les  oranges 
destinées  au  commerce  ;  on  les  encaisse ,  à  l'époque  où 
«lies  commencent  à  mûrir  ;  leur  maturité  s'achève  en 
voyage.  Il  faut  un  papier  particulier  pour  les  envelopper.  La 
récolte  et  l'emballage  occupaient  plusieurs  centaines  d'ou- 
vriers. On  tire,  en  outre,  un  parti  avantageux  de  la  fleur 
abondante  de  l'oranger.  Une  remarque  assez  singulière , 
c'est  que  l'oranger  communique  un  goût  amer  aux  légumes 
que  l'on  cultive  à  l'entour  :  le  citronnier  n'a  point  ce  dé- 
savantage. M.  Fodéré  pense  que,  bien  que  la  France  ait 
fait  une  grande  perte  par  la  cession  des  Alpes  maritimes, 
le  territoire  de  la  ville  d'EIycres  pourra,  lorsqu'il  aura  été 


298  SCIENCES  PHYSIQUES. 

desséché,  pourvoir  le  royaume  d'oranges  et  de  citrons  de 
la  qualité  de  ceux  de  Nice. 

'  Des  Provençaux  viennent ,  tous  les  ans ,  établir  leurs 
alambics  dans  les  Alpes  maritimes,  pour  distiller  les  fleurs 
aromatiques  qui  embaument  les  campagnes,  ainsi  que  les 
fleurs  des  montagnes ,  et  les  réduire  en  parfums.  D'un 
autre  côté ,  beaucoup  de  montagnards  émigrent  du  comté 
de  Nice  pour  jouer  de  la  vielle,  dont  M.  Fodéré  regarde  la 
musique  comme  délicieuse,  ou  pour  pratiquer  des  métiers 
de  peu  d'importance. 

De  trop  nombreuses  maladies,  et  spécialement  les  goitres 
et  les  scrofules  sont  assez  communs  dans  cette  partie  des 
Alpes. 

M.  Fodéré  fait  l'éloge  des  établissemens  de  charité  re- 
ligieuse qui  existaient  dans  le  pays  de  Nice,  et  il  paraît 
en  regretter  beaucoup  la  perte.  Il  est  en  général  trop 
favorable  aux  anciennes  institutions  de  son  pays  ;  il  paraît 
oublier  qu'à  l'époque  où  un  professeur  n'avait  que  quatre 
cents  livres,  et  où  les  revenus  de  l'évêque  étaient  consi- 
dérables, la  noblesse  jouissait  de  privilèges  onéreux  et 
oppressifs,  que  la  révolution  a  heureusement  détruits  :  que 
le  peuple  était  misérable ,  et  que  le  paysan  gémissait  dans 
la  servitude.  La  modicité  des  salaires  tenait  beaucoup  plus 
à  la  pauvreté  du  pays,  et  à  l'inertie  du  gouvernement, 
qu'à  la  simplicité  des  mœurs.  DEPPiiiG. 


««VM  VWWt/Vk  Wl^  Vl^ 


I 


SCIENCES  PHYSIQUES.  209 

Journal  des  opérations  de  l'armée  de  Catalogne  ,  en 
1808  et  1809,  sous  le  commandement  du  général 
Gouvion-Saint-  Cyr  ,  ou  Matériaux  pour  servir  à 
r/itstoirc  de  la  guerre  d'Espagne  par  le  maréchal 
Gouvion-Saint-Cyr  (1). 


Le  titre  modeste  de  cet  ouvrage  en  détournerait  peut- 
être  quelques  lecteurs  peu  curieux  de  faits  militaires  , 
si  Ton  ne  se  hâtait  de  les  avertir  qu'ils  y  trouveront 
plus  de  sujets  de  méditation,  plus  d'instruction  réelle, 
que  dans  une  foule  d'écrits  modernes  sur  l'histoire  ,  sur 
l'administration,  la  politique,  etc.  En  effet,  la  guerre 
d'Espagne  fut  une  époque  féconde  en  grands  phénomènes 
moraux  et  politiques  ,  comme  toute  guerre  nationale.  D'un 
autre  côté,  notre  nouvel  auteur  est  un  ancien  ministre  que 
la  reconnaissance  publique  a  suivi  dans  sa  retraite,  et 
l'un  de  nos  plus  illustres  généraux.  M.  le  maréchal  a  pu 
et  su  bien  voir,  et  il  dit  ce  qu'il  a  vu  :  c'est  de  l'histoire 
qu'il  nous  donne.  Avec d'excellens  matériaux,  il  lui  était 
impossible  de  faire  un  mauvais  livre  ;  mais  il  permettra 
de  lui  dire  qu'on  pouvait  ne  pas  s'attendre  à  trouver  ces 
matériaux  mis  en  œuvre  avec  une  habileté  qu'on  remar- 
querait même  dans  un  écrivain  très-exercé. 

Après  un  avant- propos  qu'il  faut  lire,  l'auteur  a  placé 

(1)  Paris,  1821.  1  vol.  in-S" ,  avec  atlas  in-folio.  Anselin  et  Po- 
chard,  successeurs  de  Magimel,  rue  Dauphine,  n"  9.  Prix  :  25  fr.  — 
Nous  avons  déjà  fait  connaître  cet  important  ouvrage,  dans  notre 
Bulletin  bibliographique  du  cahier  précédent  (  f^qy.  ci -dessus, 
p.  i68.),  où  il  a  été  placé  à  la  suite  des  Ouvrages  historiques  y 
d'après  le  point  de  vue  sous  lequel  l'a  considéré  M.  Lanjuinais, 
tandis  qu'il  est  ici  compris  dans  la  partie  des  analyses  d'ouvrages 
sur  les  sciences  physiques  et  physico- mathématiques,  puisqu'il 
appartient  plus  spécialement  encore  à  l'ajt  militaire  qu'à  l'histoire 
et  à  la  politique.  (  N.  d.  R,  ) 


300  SCIENCES  PHYSIQUES. 

une  introduction  très-courte,  où  il  rappelle  les  causes  el  les 
premiers  événemens  de  la  guerre  d'Espagne.  Il  pense  que 
Napoléon  aurait   pu  déclarer  à    Charles    lY  une  guerre 
franche  et  loyale,  dans  laquelle  la  nation  espagnole  n'aurait 
vu  qu'une  querelle  entre  deux  états  voisins  ;  mais  il  eût 
fallu  que  l'homme  du  destin  connût  mieux  le  peuple  qu'il 
voulait  soumettre,   et   qu'il   n'eût  pas   formé  ses  vastes 
projets  pour  sa  dynastie.  Cet  homme  qui  mettait,  disait-il , 
sa  gloire  à  être  pris  au  dépourvu,  ne  manqua  cette  fois 
ni  de  prévoyance  ni  de  ruses,  et  il  n'en  recueillit  d'autre 
fruit  que   l'indignation  d'un   peuple  fier,  magnanime  et 
capable  des  plus  nobles  efforts  pour  soutenir  son  indépen- 
dance. La  révolution  d'Aranjuez,  les  insurrections  qui  écla- 
tèrent de  toutes  parts  et  l'affaire  de  Baylen   lui  ouvrirent 
enfin  les  yeux.  La  position  des  armées  françaises  dans  la 
péninsule  devint  très-critique.  En  Catalogne,  les  généraujt 
Duhesme  et  Reille  furent  refoulés,  l'un  dans  Barcelone, 
et  l'autre  dans  Figuère ,  places  que  la  trahison  du  prince 
de  la   Paix  leur  avait  ouvertes.    Ce  fut  dans  cet  état  de 
choses  que  le  général  Gouvion-Saint-Cyr  fut  appelé  au 
commandement  du  septième  corps  chargé  d'agir  en  Cata- 
logne. 

Les  principaux  événemens  de  la  campagne  donnent  la 
divisioh  naturelle  de  cet  ouvrage.  L'auteur  le  termine  par 
Une  conclusion _,  qui  est  un  résumé  plein  d'intérêt,  de 
pensées  ,  d'instruction  sur  les  points  les  plus  importans 
de  l'administration  publique.  Des  pièces  justificatives,  dont 
l'auteur  a  cru  devoir  appuyer  sa  narration,  occupent 
près  de  la  moitié  du  volume.  Nous  donnerons  à  la  conclu- 
sion toute  l'attention  qu'elle  méirte  :  suivons  d'abord  l'ordre 
des  tcms  et  des  faits. 

Le  17  août  1801,  le  général  Gouvion-Saint-Cyr  reçut, 
à  Boulogne,  l'ordre  de  se  rendre  sur-Ic-champ  à  Barcelone 


SCIENCES   PHYSIQUES.  301 

pour  y  organiser  le  septième  corps  de  la  grande  armée  et 
en  prendre  le  commandement.  Ce  corps  était  composé  do 
troupes  de  plusieurs  nations,  et  en  grande  partie  de  for- 
mation nouvelle.  Il  devait  être  prêt  à  commencer  ses  opé- 
rations, au  moment  où  Napoléon  entrerait  en  Espagne 
par  l'autre  extrémité  des  Pyrénées. 

«  A  son  passage  à  Paris,  le  général  en  chef  vit  Napoléon, 
qui  lui  apprit  les  désastres  de  ses  armées  ,  encore  ignorés 
du  public.  C'étaient  les  premiers  revers  qu'il  éprouvait 
sur  le  continent;  il  en  paraissait  singulièrement  affecté, 
presque  abattu  :  nous  l'avons  vu,  depuis,  recevoir  les  nou- 
velles des  plus  grands  désastres  avec  la  plus  froide  insen- 
sibilité. • 

Arrivé  à  Perpignan,  le  général  trouva  cette  ville  encom- 
brée de  blessés  et  de  malades,  pour  lesquels  on  n'avait  rien 
fait  ni  rien  prévu  ;  d'hommes  que  le  général  Reille  avait 
renvoyés  de  Figuère,  comme  incapables  de  continuer  la 
campagne,  faute  d'instruction  ,  d'équipement  et   même 
d'armement.  Ces  hommes  étaient  dans  un  dénuement  si 
horrible  à  voir ,  qu'il  fallut  user  de  quelques  précautions 
pour  les  soustraire  à  la  pitié  publique.  L'armée  tout  entière 
n'était  pas  mieux  traitée  que  les  malades  et  les  recrues. 
Tout  manquait  à  la  fois  ;  le  général  en  chef  écrivait  lettres 
sur  lettres  ,  et  tout  se  passait  comme  s'il  n'eût  pas  écrit. 
On  lui  demandait  des  renseignemens  sur  les  objets  qu'il 
sollicitait  depuis  long-tems  et  aveclesplus  fortes  instances; 
réclamait-il  des  vivres  dont  son  armée  éprouvait  le  plus 
urgent  besoin  ?  il  recevait  en  réponse  l'ordre  d'approvi- 
sionner Barcelone ,  etc.  Cette  conduite  plus  qu'étrange 
est  une  énigme  dont  notre  auteur  donne  le  mot:  le  voici. 
Napoléon  n'aimait  pas  les  officiers  qui  ne  lui  étaient  pas 
redevables  de  leur  avancement,  surtout  s'ils  avaient  fait 
partie  de  l'ancienne  armée  du  Rhin ,  et  encore  moins  ceux 


â02  SCIENCES  PHYSIQUES. 

qui  n'avaient  pas  invité,  dans  une  adresse,  le  premier 
consul  à  s'asseoir  sur  le  trône  impérial.  Par  tous  c-cs  motifs , 
le  général  Gouvion-Saint-Cyr  éprouvait  une  sorte  de  dis- 
grâce; on  savait,  d'ailleurs,  que  le  chef  suprême  se  com- 
plaisait à  laisser  s'établir  l'opinion  que  la  victoire  n'était 
fidèle  qu'à  lui  seul;  qu'il  voyait  avec  peine  tout  succès 
qu'on  né  pouvait  lui  attribuer,  tout  éclat  qui  n'émanait 
pas  de  lui.  Voilà  ce  qui  empêchait  de  rien  faire  pour  le  sep- 
tième corps. 

Il  fallut  recourir  au  mauvais  expédient  des  réquisitions 
dans  les  départemens  voisins.  Les  divisions  Souham  et 
Pino  arrivèrent,  et  complétèrent  le  septième  corps  :  le  gé- 
néral en  chef  reçut  l'ordre  d'entrer  en  Catalogne. 

Il  débuta  par  le  siège  de  Roses.  Cette  opération  était 
déjà  fort  avancée  ,  lorsqu'il  reçut  l'ordre  de  l'abandonner, 
et  de  marcher  en  toute  hâte  au  secours  de  Barcelone,  dont 
les  Espagnols  avaient  commencé  le  siège.  C'était  ordonner 
la  perte  du  septième  corps;  le  général  Gouvion-Saint-Cyr 
n'obéit  point;  il  continua  ses  attaques,  prit  la  place  et  fit 
prisonnière  une  garnison  de  trois  mille  hommes.  Avant  la 
capitulation,  l'escadre  anglaise  stationnée  dans  la  baie  de 
Roses  aurait  pu  recueillir  la  majeure  partie  de  cette  gar- 
nison et  la  réunir  à  l'armée  espagnole  ;  elle  n'en  fit  rien. 
Des  troupes  de  cette  nation  occupaient  le  fort  de  la  Tri- 
nité ,  nommé  le  Bouton  ;  au  moment  de  l'évacuer  ,  elles 
firent  sauter  les  magasins  à  poudre,  brûlèrent  les  bâti- 
mens,  et  causèrent  ainsi  plus  de  dommage  aux  Espagnols 
qu'aux  Français. 

Immédiatement  après  la  capitulation  de  Roses,  l'armée 
se  mit  en  marche  sur  Barcelone.  Elle  avait  à  tourner  les 
places  fortes  de  Gironnc  et  d'Hostalrich,  et  s'attendait  à 
combattre  l'armée  espagnole,  dont  les  forces  réunies  s'éle- 
vaient à  cent  bataillons  et  trente-trois  escadrons ,  auxquels 


SCIENCES  PHYSIQUES.  SO'â 

on  n*avait  à  opposer  que  quinze  millebaïonnettcs  et  quinze 
cents  sabres.  Le  général  en  chef  avait  renvoyé  à  Figuère 
toute  son  artillerie  et  ses  caissons  de  munitions,  n'emme- 
nant que  des  charrettes  chargées  de  biscuit.  «Le  lendemain, 
on  en  fit  une  distribution  pour  quatre  jours  ;  c'était  tout 
ce  que  les  troupes  pouvaient  espérer  jusqu'à  Barcelone. Les 
charrettes  furent  abandonnées,  et  les  chevaux  menés  en 
main  pour  être  attelés  à  celles  que  l'on  comptait  trouver, 
une  fois  arrivé  dans  cette  ville.  Ainsi ,  cent  cinquante  mille 
cartouches  portées  sur  des  mulets,  cinquante  dans  la  giberne 
de  chaque  soldat,  et  du  biscuit  pour  quatre  jours  dans  son 
sac,  voilà  tout  l'approvisionnement  des  vingt-six  bataillons 
que  le  général  en  chef  conduisait  pour  faire  lever  le  siège 
de  la  capitale  de  la  Catalogne.  » 

L'armée  se  trouvant  en  vue  d'Hostalrich,  il  fallut  cher- 
cher up  chemin  pour  tourner  cette  place  hors  de  la  portée 
de  la  mousqueterie  et  de  la  mitraille,  et  rejoindre  la  grande 
route.  Sur  Fa  foi  d'un  pâtre  que  le  général  en  chef  avait 
interrogé  à  Perpignan ,  et  que  tous  les  contrebandiers  dé- 
mentaient, on  devait  trouver  ce  chemin  :  cependant,  aucune 
reconnaissance  ne  pouvait  l'indiquer.  À  trois  heures  de 
l'après  midi,  tous  les  officiers  de  l'état-major  étaient  rentrés 
au  camp  accablés  de  fatigue  ,  sans  avoir  rien  découvert; 
l'inquiétude  devenait  universelle.  Enfin,  le  général  en  chef 
alla  chercher  lui-même  ce  chemin  tant  désiré,  le  trouva; 
et  ce  moment  fut  sans  doute  un  des  plus  agréables  de  sa  vie 
militaire.  L'armée  passa ,  la  garnison  d'Hostalrich  fit  un 
petit  mouvement  hors   de  la  place,  et  rentra. 

Après  une  marche  très-fatigante  et  plusieurs  combats  , 
la  division  Pino  qui  formait  la  tête  de  la  colonne  voulut 
s'arrêter  au  pont  de  la  Tordera  ,  et  prendre  quelque  repos. 
Le  général  en  chef  n'y  consentit  point;  il  s'attendait  à 
rencontrer  les  JEspaguols  le  lendemain,  et  ne  voulait  pas 


Zn  SCIENCES  PHYSIQUES. 

ayoir  à  combattre,  dans  cette  mauvaise  position.  On  se 
remit  donc  en  marche.  A  dix  heures  et  demie  du  soir 
(17  décembre  ),  le  septième  corps  avait  traversé  un  défilé 
de  deux  lieues  de  longueur,  encombré  d'abattis  et  de  toutes 
sortes  d'obstacles,  et  bivouaquait  en  plaine,  en  face  de 
l'armée  ennemie. 

Cette  armée  comptait  beaucoup  trop  sur  la  victoire  ,  et 
fut  cruellement  désabusée.  L'immobilité  dans  laquelle  elle 
avait  persisté  jusqu'alors  ,  tenait  à  un  projet  qui  la  perdit. 
On  voulait  laisser  à  l'armée  française  le  tems  de  s'engager 
assez  avant  pour  qu'on  pût  l'envelopper,  et  la  prendre 
tout  entière.  Le  rnarquis  deLazan,  posté  entre  Gironne 
et  Figuère  avec  une  forte  avant-garde  ,  avait  reçu  l'ordre 
de  n'attaquer  qu'après  la  défaite  des  Français  en  avant  de 
Barcelone.  Aussi,  jusqu'à  ce  moment,  le  septième  corps 
n'avait  presque  pas  combattu  des  troupes  réglées,  mais 
des  nuées  de  somatènes  qui  sont  les  gardes  nationales  ca- 
talanes, et  de  miquelets  ,  excellente  infanterie  légère  pour 
la  guerre  des  montagnes. 

Le  général  Gouvion-Saint-Cyr  sentit  bien  ce  que  les 
circonstances  exigeaient.  Il  forma  ses  troupes  en  une  seule 
colonne,  et  voulut  que  l'on  abordât  franchement  l'-ennemi, 
sans  changer  son  ordre  de  bataille.  Malgré  quelques  fautes 
de  détail ,  cette  disposition,  secondée  par  la  décision  à^î 
chefs  et  la  bravoure  des  troupes,  produisit  tout  son  effet. 
La  ligne  de  l'ennemi  fut  enfoncée,  coupée  sur  plusieurs 
points,  sabrée  et  mise  dans  une  déroute  complète.  Cette 
bataille  de  Cardadeu  dont  toutes  les  dispositions,  y  comprif 
l'attaque,  ne  durèrent  pas  une  heure,  ocoupera  loujourî 
une  place  distinguée  dans  nos  annales  militaires. 

La  victoire  venait  de  pourvoir  aux  besoins  du  septième 
corps  en  artillerie,  munitions,  etc.  On  ne  s'amusa  poin 
ù  poursuivre  tes  fuyards,  et  l'on  niarcha  sur  Barcelone. 

fl 


SCIENCES  PHYSIQUES.  105 

Le  général  en  chef  pensait  que  le  gouverneur  de  celte 
place,  ayant  entendu  la  canonnade  et  ne  voyant  personne 
autour  de  lui,  ne  manquerait  pas  une  aussi  belle  occasion 
de  faire  une  sortie ,  pour  tomber  sur  les  derrières  des 
Espagnols,  et  venir  au-devant  de  ses  libérateurs  :  mais  «  le 
corps  d'armée  était  sur  les  glacis,  et  une  petite  avant- 
garde,  commandée  par  le  chef  de  bataillon  Lelong,  était 
en  bataille  devant  la  maison  de  Duhçsme,  à  la  porte  de 
la  chambre  duquel  cet  ofïicier  fut  obligé  d'aller  frapper 
pour  l'avertir  de  notre  arrivée.  » 

Quelque  tems  après,  l'armée  ne  fut  pas  médiocrement 
surprise  d'apprendre,  par  le  Moniteur,  que  le  général 
Duhesme  était  venu  à  sa  rencontre,  qu'il  lui  avait  donné 
quarante-deux  pièces  de  canon  pour  réorganiser  son  artil- 
lerie, etc.  Tels  sont,  en  efifet,  les  faits  consignés  dans  les 
rapports  du  général  Duhesme  (Moniteur  du  17  janvier). 
II  paraît  que  le  général  en  chef  réclama  contre  les  asser- 
tions du  gouverneur,  et  que  Napoléon  ne  jugea  pas  à 
propos  de  publier  ces  réclamations.  Et  l'on  fait  de  l'his- 
toire avec  les  journaux  officiels  ! 

A  sa  première  entrevue,  le  gouverneur  de  Barcelone 
apprit  à  son  général  en  chef  que  la  situation  de  la 
place  n'avait  rien  d'alarmant,  et  qu'il  restait  encore  des 
vivres  pour  plus  de  six  semaines.  Ainsi,  la  marche  pré- 
cipitée du  septième  corps  et  tous  les  dangers  auxquels 
il  s'était  exposé  n'avaient  aucune  utilité  réelle! 

Jusqu'à  présent,  nous  avons  étendu  le  récit  des  faits 
et  multiplié  les  citations,  afin  de  bien  faire  connaître 
notre  auteur,  sa  manière  et  son  style.  On  le  trouvera 
toujours  simple,  clair,  précis,  convenable  au  sujet,  et  con- 
forme au  caractère  bien  connu  de  l'écrivain.  Pressons 
maintenant  notre  marclîe   afin  d'arriver  à  la  conclusion. 

Le   général  en  chef  espagnol  Vives,   si  bien   battu    à 
Tome  xh.  20 


?»^* 


306  SCIENCES  PHYSIQUES. 

Cardedeu ,  crut  prendre  sa  revanche  à  Molino  del  Rejr  ^ 
et  se  fît  battre  de  nouveau.  Ce  mauvais  succès  ferma 
la  carrière  militaire  de  cet  officier  :  il  fut  destitué,  mis 
en  prison  et  remplacé  par  le  général  Reding,  officier 
suisse  très-distingué.  Ce  choix  fut  généralement  approuvé, 
#ît  les  Espagnols  espérèrent  tout  du  nouveau  général  en 
chef,  qui  parTint,^en  peu  de  tems,  à  recomposer  une 
armée,  à  rétablir  la  confiance  et  la  discipline.  Cependant, 
il  ne  fut  pas  plus  heureux  que  Vives  ;  il  perdit  la  bataille 
de  Valls,  y  fut  blessé,  et  réduit  à  se  renfermer  dans  Tar- 
ragone,  où  il  ne  survécut  pas  long-tems  à  ses  revers. 

A  cette  bataille  de  Valls,  le  général  Gouvion-Saint-Cyr 
défendit  à  l'artillerie  de  tirer  un  seul  coup  de  canon.  Avant 
que  son  ordre  fût  connu,  on  avait  tiré  trois  coups  qui 
firent  beaucoup  de  mal  aux  Espagnols.  Le  but  que  le 
général  en  chef  avait  en  vue,  et  qu'il  atteignit,  était  de 
réserver  au  besoin  tout  l'effet  de  son  artillerie  pour  un 
moment  décisif;  de  ne  pas  ébranler  trop  tôt  l'ennemi,  qui 
n'aurait  pas  manqué  de  prendre  la  fuite  avant  d'avoir 
été  assez  battu  pour  laisser  quelque  tems  de  repos  à 
l'armée  française;  surtout,  d'accoutumer  ses  troupes  à 
compter  sur  elles-mêmes,  et  non  sur  le  secours  d'une 
arme  qui  devait  leur  manquer  souvent  dans  un  pays  aussi 
peu  praticable;  de  les  élever  dans  leur  propre  estime  , 
et  de  leur  donner  une  supériorité  morale  bien  plus  puisr- 
sante,  à  son  avis,  que  la  supériorité  physique,  qu'elles  ne 
pouvaient  enlever  à  l'ennemi.  On  remarque,  dans  cet 
ouvrage ,  plusieurs  autres  applications  non  moins  heu- 
reuses d'une  profonde  connaissance  du  cœur  humain. 

Peu  de  tems  après  ce  brillant  succès,  le  général  Gou- 
vlon-Saint-Cyr  reçut  l'ordre  inconcevable  d'entreprendre 
à  la  fois  les  sièges  de  Tarragone,  de  Tortose  et  de  Gironne. 
11  répondit  qu'il  se  bornerait  au  seul  qui  fût  possible,  celui 


I 


SCIENCES  THYSIQUES.  307 

(le  Gironne.  Cette  réponse,  que  peut-être  on  avait  pro- 
voquée à  dessein,  fut  le  prétexte  de  son  rappel.  Son  com- 
mandement fut  donné  au  maréchal  Augereau,  qui  le  solli- 
citait par  lui-même  et  par  ses  amis.  Dès  que  la  nouvelle 
de  ce  changement  se  répandit  dans  l'armée,  les  liens  de 
la  subordination  se  relâchèrent,  et  le  général  en  chef  sentit 
qu'il  lui  serait  désormais  impossible  de  faire  aucun  bien. 
Mais  son  successeur  n'arrivait  pas  ;  il  se  résigna,  et  resta. 

Le  siège  de  Gironne  fut  commencé.  Reding  venait  de 
mourir  à  Tarragone;  il  fut  remplacé  par  l'irlandais  Blake, 
avec  un  commandement  très-étendu.  Ce  nouveau  général 
'en  chef  commença  par  trop  entreprendre  en  Arragon  et 
s'y  fit  battre,  ce  qui  le  rendit  timide  et  l'empêcha  de 
saisir,  en  Catalogne,  les  occasions  de  réparer  son  premier 
échec.  Il  refusa  constamment  de  risquer  une  bataille  en 
plaine,  s*en  tint  à  faire  aux  Français  une  guerre  de  poste , 
et  à  des  tentatives  pour  faire  entrer  dans  Gironne  des 
subsistances  et  des  renforts.  Cette  place  fut,  durant  plus 
de  six  mois,  le  pivot  de  tous  les  mouvemens  militaires 
en  Catalogne.  M.  le  maréchal  décrit  avec  soin  ce  siège 
mémorable. 

Le  général  Reille  et  les  officiers  supérieurs  de  l'artillerie 
et  du  génie  attachés  au  septième  corps  furent  d'abord 
chargés  de  la  direction  des  attaques.  Mais  le  général  Ver- 
dier  vint  remplacer  Reille,  amenant  avec  lui  des  troupes 
pour  le  siège,  et  deux  généraux,  l'un  d'artillerie,  et  l'autre 
du  génie.  Ces  nouvelles  troupes  recevaient  des  vivres  de 
France ,  et  leur  général  correspondait  directement  avec 
le  ministre. 

Selon  notre  auteur,  lesassiégeans  firent  quelques  fautes  ; 
mais  les  juges  naturels  de  ces  sortes  de  débats  ne  pro- 
nonceront qu'après  avoir  entendu  les  deux  parties.  M.  le 
maréchal  pense  qu^on  négligea  trop  de  protéger  les  attaques 

20  * 


SOS  SCIENCES  PHYSIQUES. 

contre  les  sorties  de  la  garnison  et  contre  les  secours  du 
dehors  ;  que  les  premiers  assauts  ne  réussirent  point,  parce 
qu'on  s'était  d'abord  trop  pressé,  et  qu'ensuite  on  avaitlaissé 
à  l'ennemi  le  tems  de  se  retrancher  derrière  les  brèches. 
Quoi  qu'il  en  soit,  on  suivit  une  marche  régulière,  et  les 
travaux  du  siège  avançaient,  lorsque,  par  un  de  ces  ha- 
sards qui  dérangent  souvent  les  meilleures  combinaisons, 
Blake  parvint  à  jeter  des  vivres  et  un  renfort  dans  la  place. 
Quelques  jours  après,  l'escorte  et  les  mulets  de  ce  convoi 
sortirent  de  la  place  et  ne  purent  être  arrêtés  par  les 
assiégeans.  Cet  échec,  le  seul  que  le  général  Gouvion- 
Saint-Cyr  ait  éprouvé  durant  son  commandement,  lui 
fut  beaucoup  reproché.  Mais  un  autre  convoi  beaucoup 
plus  considérable  fut  intercepté  si  habilement  que  rien  n'é- 
chappa, de  sorte  que  l'armée  française ,  non  moins  afifamée 
que  la  garnison  de  Gironne,  se  trouva  dans  une  abondance 
momentanée. 

Lorsque  les  brèches  furent  jugées  praticables,  les  direc- 
teurs du  siège  demandèrent  que  l'on  donnât  l'assaut.  Le 
général  en  chef  avait  fait  reconnaître  les  travaux  par  les 
officiers  du  génie  attachés  au  corps  d'armée  et  non  em- 
ployés au  siège;    ceux-ci   pensèrent  qu'il  restait  encore 
quelque  chose  à  faire  pour  assurer  le  succès  de  l'attaque. 
Les  directeurs  promirent  que  tout  ce  que  l'on  demandait 
serait  prêt  pour  le  lendemain  ;  et,  tout  le  monde  paraissant 
d'accord,  le  général  permit  l'assaut.  Cette  opération  coûta 
bien  cher  au  septième    corps;  sa  perte  fut  très-grande  , 
surtout  en   officiers.   Cependant,  les  soldats  français   ne 
s'étaient  pas  démentis  ;  c'est  une  justice  qui  leur  fut  rendue 
par  les  chefs  des  corps  et  par  les  Espagnols  eux-mêmes. 
En  pareilles  circonstances,  les  ennemis  généreux  se  trai- 
tent  avec  une  estime   réciproque.  Les  munitions  man- 
quaient; il  fallut  convertir  le  siège  en  blocus. 


SCIENCES  PHYSIQUES.  30d 

La  défense  de  la  place  fut  des  plus  honorables,  digne 
€n  tout  de  la  nation  espagnole.  Il  s'établit  entre  la  gar- 
nison et  les  habitans  une  émulation  de  bravoure  qui  sou- 
tint les  uns  et  les  autres,  fit  affronter  tous  les  périls  , 
supporter  les  privations,  les  maladies,  les  pertes  les  plus 
douloureuses.  Des  bataillons  de  femmes  furent  organisés, 
et  servirent  très-bien.  Le  gouverneur  Alvarez  dirigea  ces 
forces  avec  toute  l'habileté  d'un  excellent  militaire.  Notre 
auteur  ne  lui  fait  aucun  reproche. 

Pour  apprécier  les  Catalans,  durant  toute  cette  guerre, 
il  suffit  de  rapporter  le  fait  suivant  :  La  ville  de  Barcelone 
n'avait  conservé  aucun  magistrat  espagnol,  parce  qu'aucun 
n'avait  voulu  prêter  serment  au  roi  Joseph  ;  elle  était 
entièrement  soumise  aux  autorités  françaises.  Cependant, 
elle  entretenait  à  ses  frais  deux  bataillons  de  miquelets, 
qui  venaient  régulièrement  en  ville  prendre  leur  solde  et 
leurs  provisions,  sans  que  la  police  française  pût  en  dé- 
couvrir un  seul  :  tant  le  secret  était  religieusement  gardé  ! 

Il  semble  qu'en  mettant  à  part  l'honneur  de  défendre 
l'indépendance  de  sa  patrie,  en  ne  considérant  la  chose 
que  sous  le  point  de  vue  militaire,  la  gloire  du  siège  de 
Gironne  appartient  à  la  défense;  mais  il  ne  faut  pas  ou- 
blier que  les  assiégeans  étaient  peu  nombreux,  réduits  à  se 
disséminer,  à  marcher  et  travailler  sans  cesse  pour  se  pro- 
curer des  vivres;  qu'ils  avaient  continuellement  sur  les  bras 
des  troupes  de  Blake,  des  Somatenes,  des  miquelets  et  des 
guérillas  ;  que  les  besoins  et  les  maladies  exerçaient  autant 
de  ravages  dans  les  camps  français  que  dans  Gironne 
même ,  et  qu'il  leur  était  impossible  de  mettre  plus  de 
vigueur  dans  l'attaque.  Les  Espagnols  ne  l'ignoraient  pas, 
et,  à  cet  égard,  ils  rendirent  encore  justice  i\  nos  soldats. 

Enfin,  le  maréchal  Augereau  vint  prendre  son  comman- 
dement. Alors,  tout  changea  pour  le  septième  corps;  deux 


SIO  SCIENCES  PHYSIQUES. 

bataillons  de  transports  militaires  lui  furent  envoyés;  il 
reçut  de  France  des  vivres,  des  recrues,  des  renforts. 
Le  général  qui  se  retirait  n'avait  pu  obtenir  une  seule 
décoration,  un  seul  avancement  pour  le  plus  beau  fait 
d*armes  :  décorations,  récompenses,  avancement,  on  eut 
tout  sous  le  nouveau  chef,  excepté  des  succès.  En  effet, 
on  ne  saurait  faire  honneur  au  maréchal  Augereau  de  la 
reddition  de  Gironne,  qui  ne  tenait  presque  plus  lorsqu'il 
arriva,  ni  de  l'évacuation  d'Hostalrich ,  mauvaise  place 
dont  la  garnison  lui  échappa.  La  continuation  de  la  cam- 
pagne amena  des  revers  qui  le  firent  rappeler. 

Notre  auteur  commence  son  résumé  par  l'énumération 
des  fautes  qu*il  a  remarquées  de  part  et  d'autre,  et  d'abord 
par  celles  de  Napoléon.  En  mettant  à  part  les  fautes  poli- 
tiques qu'il  faut  qualifier  plus  sévèrement,  M.  le  maré- 
chal pense  qu'il  fallait  attaquer  l'Espagne  par  le  côté  le 
plus  fort,  surtout  avec  des  armées  françaises  dont  les  pre- 
mières difficultés  irritent  le  courage,  mais  dont  la  cons- 
tance n'est  pas  à  toute  épreuve.  Napoléon  avait  l'habitude 
de  marcher  avec  presque  toutes  ses  forces  sur  la  capitale 
de  l'état  qu'il  attaquait  :  cette  méthode  pouvait  bien  lui 
donner  les  moyens  d'imposer  aux  vaincus  des  conditions 
plus  ou  moins  dures;  mais  elle  ne  pouvait  lui  assurer  la 
possession  d'une  contrée  aussi  vaste  et  aussi  belliqueuse 
que  l'Espagne. 

Les  conseils  de  guerre,  suivant  notre  historien,  furent 
la  cause  d'une  grande  partie  des  revers  qu'éprouvèrent  les 
Espagnols.  Il  regarde  ces  conseils  comme  un  appel  à  la 
timidité  et  à  l'indécision,  qui  ne  sauraient  jamais  rien  ins- 
pirer de  bon.  Mais,  on  peut  penser  que  les  généraux 
espagnols  furent  souvent  contraints  à  user  de  ce  mauvais 
moyen.  La  guerre  était  nationale  ;  il  fallait  faire  mouvoir 
à  la  fois  une  armée  régulière,  une  population  armée  et 


I 


SCIENCES  PHYSIQUES.  311 

des  guérillas.  En  Catalogne ,  tous  les  habitans  étaient 
soldats.  Ces  hommes,  dont  on  exigeait  tout,  et  qui  sacri- 
fiaient tout  à  la  cause,  commune,  devenaient  exigeans  à 
leur  tour,  et  n'épargnaient  pas  les  fuyards  espagnols  et 
le3  généraux  vaincus.  Reding  lui-même,  en  se  retirant 
à  Tarragone,  avait  cherché  un  asile  chez  le  consul  anglais. 
M.  le  maréchal  pense  que  la  junte  catalane  poussa  trop 
loin  l'emploi  de  la  population  armée.  Toutes  les  pages  de 
ce  résumé  sont  pleines  d'une  instruction  que  les  militaires 
s'empresseront  d'y  chercher.  Les  lecteurs  non  militaires  y 
trouveront  aussi  ce  qui  leur  convient;  ils  liront  avec 
intérêt  les  observations  de  l'auteur  sur  les  effets  de  l'en- 
thousiasme, sur  la  force  morale  des  armées,  sur  le  con- 
cours des  habitans  à  la  défense  des  places  fortes,  etc. 

Après  ces  remarques  sur  les  principaux  événemens  de  la 
campagne,  l'auteur  applique  à  la  France  les  grandes  leçons 
données  par  l'Espagne  à  tous  les  peuples  jaloux  de  con- 
server leur  indépendance;  il  montre,  par  l'ensemble  des 
fats,  ce  que  l'on  peut  attendre  d'une  garde  nationale  or- 
ganisée depuis  long-tems  ;  il  discute  et  résout  cette  ques- 
tion du  plus  grand  intérêt  :  comment,  et  jusqu'à  quel  point 
la  population  doit-elle  concourir  aux  opérations  de  l'armée, 
dans  le  cas  d'invasion  de  la  part  d'une  puissance  supé- 
rieure, ou  d'une  coalition?  Ce  concours,  absolument  né- 
cessaire d'après  la  manière  actuelle  de  faire  la  guerre,  ne 
peut  être  efficace,  s'il  n'a  pas  été  préparé  long-tems  avan^ 
le  besoin:  il  suppose  des  mesures  législatives  qui  nous 
manquent,  des  institutions  à  créer,  l'appui  de  l'opinion 
publique  et  de  toutes  les  forces  morales  de  la  nation.  Ce 
fut ,  dit  M.  le  maréchal ,  la  landwer  qui  sauva  l'Allemagne, 
en  181 3;  un  bon  système  de  cette  garde  eût  préservé  la 
France  de  l'humiliation  de  deux  occupations  militaires;  il 
nous  eût  épargné  la  douleur  de  voir  quelques-unes  de  nos 


312  SCIENCES  PHYSIQUES. 

places  fortes  rasées  ou  remises  aux  étrangers,  et  plus  tard, 
celle  de  voir  construire  en  Belgique,  avec  les  tributs  préle- 
vés sur  nous,  de  nouvelles  forteresses,  dans  des  positions  plu  s 
offensives  contre  la  France  que  défensives  pour  les  Pays-Bas. 

Vn  coup  d'œil  rapide  jeté  sur  l'Europe  fait  découvrir 
de  nouveaux  sujets  d'inquiétude,  et  porte  notre  auteur  à 
chercher- pour  notre  patrie  dès  garanties  plus  sûres,  des 
appuis  plus  solides  que  des  alliances,  La  fin  de  l'homme 
qui  pesa  si  long-tems  sur  l'Europe  ne  le  rassure  point  ;  il 
craint  que  ses  projets  et  son  ambition  ne  revivent  un 
jour,  non  pas  au  profit  de  la  France.  Il  voit  que  toutes  les 
puissances  augmentent  leurs  forces  militaires,  consolident 
l'établissement  de  leurs  milices,  et  il  demande  si  l'on  ne 
fera  rien  pour  la  France;  il  remarque  surtout  les  armées 
immenses  de  la  Russie  ,  puissance  qu'on  ne  peut  attaquer, 
et  qui  entretient  cependant,  en  pleine  paix,  et  toujours 
prêtes  ù  entrer  en  campagne,  plus  de  troupes  que  Napo- 
léon, au  plus  haut  point  de  sa  puissance,  n*en  eut  jamais 
dans  ses  guerres.  «  Personne,  dit-il ^  n'a  fait  attention, 
jusqu'à  ce  moment  (i),  au  système  de  colonisation  que  la 
Russie  vient  d'établir  pour  l'entretien,  le  recrutement  et 
l'augmentation  de  ses  armées,  dont,  à  l'aide  de  ce  mode, 
elle  peut  élever  le  nombre  à  un  taux  jusqu'ici  sans  exemple, 
et  qui  pourrait  lui  donner  le  moyen  de  changer  en  peu  de 
tems  la  face  du  monde.  »  Il  émet,  avec  toute  la  chaleur 
du  vrai  patriotisme,  le  vœu  que  la  France  soit  enfin  mise 
à  couvert  de  toute  entreprise  et  de  toute  influence  étran- 
gères, sous  la  seule  protection  de  son  roi  et  du  gouverne- 
ment constitutionnel  qu'elle  tient  de  lui. 

Cette  partie  de  l'ouvrage  que  nous  annonçons  n'obtien- 

(i)  Cette  observation  se  trouve,  mais  sans  développement,  dans 
l'ouvrage  de  M.  Ch.  Dupin  ,  sui  U  force  militaire  de  la  Grande-Dre- 
tagne. 


SCIENCES  PHYSIOLES.  313 

dia  peut-être  pas,  en  France,  une  approbation  aussi 
générale  que  tout  ce  qui  la  précède.  D'abord,  les  pensées 
ôe  M.  le  maréchal  sont  trop  yiriles  pour  qu'elles  ne  dé- 
plaisent point  à  ceux  que  la  nature  n'a  pas  doués  d'une 
certaine  dose  de  résolution  et  de  courage  civique  ;  de  plus, 
on  reconnaît  ici  l'auteur  des  lois  sur  le  recrutement  et  sur 
les  gardes  nationales,  et  les  adversaires  de  ces  lois  n'ont 
pas  changé  d'avis.  Mais,  en  France,  ainsi  qu'au-Jehors , 
toutes  les  âmes  fortes  et  élevées,  tous  les  hommes  dignes  de 
servir  une  patrie  applaudiront  dans  notre  auteur  Texpres- 
sion  de  leurs  propres  pensées ,  de  leurs  propres  sentimens. 
Ce  livre  est  une  tribune,  du  haut  de  laquelle  des  vérités 
courageuses  vont  retentir  dans  toute  l'Europe  :  espérons 
qu'elles  n'auront  pas  été  proférées  en  vain  par  un  homme 
tel  que  M.  le  maréchal  Gouvion-Saint-Cjr. 

L*ATLi.s  qui  accompagne  cet  ouvrage  mérite  une  men- 
tion particulière  :  c'est  une  des  plus  belles  œuvres  topo- 
graphiques  que  nous  ayons;  elle  égale,  si  même  elle  ne 
les  surpasse  pas,  les  cartes  que  S.  A.  I.  l'archiduc  Charles 
d'Autriche  a  fait  faire  pour  l'histoire  de  ses  campagnes  sur 
le  Rhin.  Au  reste,  ce  succès  de  nos  dessinateurs  et  de  nos 
graveurs  n'a  rien  de  surprenant.  L'art  de  représenter  sur 
une  carte  la  forme  et  le  relief  du  terrain  est  né  en  France; 
les  corps  savans,  militaires  et  civils,  l'ont  cultivé  avec  soin, 
et  c'est  de  la  France  que  le  reste  de  l'Europe  l'a  reçu. 
Malheureusement,  nos  ingénieurs  ne  sont  pas  encore  tous 
d'accord  sur  les  principes  de  cet  art  :  il  y  a,  par  exemple, 
des  opinions  différentes  sur  l'emploi  des  ombres  dans  les 
cartes  topographiques  ;  ainsi,  le  dessinateur  de  M.  le  ma- 
réchal ne  peut  être  blâmé  d'en  avoir  mis  dans  les  siennes. 
Mais,  en  considérant  attentivement  le  but  et  l'usage  d'une 
représentation  topographique ,  ne  pensera-t-on  pas  que  la 
direction  des  hachures,  la  figure,  le  nombre  et  l'intervalle 


i 


su  SCIENCES  PHYSIQUES. 

des  tranches  horizontales  sont  des  données  exactes,  dé- 
duites rigoureusement  de  la  forme  du  terrain  ;  que  ces 
données  sont  suffisantes,  qu'on  en  peut  tirer  toutes  les  con- 
séquences utiles  à  la  guerre  et  à  tous  les  genres  de  tra- 
vaux; que  les  ombres  ne  sont  et  ne  peuvent  être  qu'une 
hypothèse  pittoresque  qui  n'apprend  rien ,  et  qui  peut 
égarer;  qu'elles  ne  commencent  et  ne  finissent  jamais  là  où 
elles  devraient  commencer  et  finir;  que  leur  intensité  re- 
lative est  une  autre  fiction  presque  toujours  en  sens  inverse 
de  la  réalité?  Et  si  on  se  demande  quel  peut  être  l'objet  de 
cette  addition  d'ombres,  on  sera  fort  embarrassé  d'en  trou- 
ver un  autre  que  le  désir  de  plaire  à  l'œil  et  d'embellir  le 
dessin,  pensée  qui  semble  peu  digne  d'un  travail  savant, 
dont  l'usage  est  aussi  sérieux  et  aussi  important. 

Si  les  cartes  topographiques  n'étaient  chargées  que  des 
linéamens  nécessaires  pour  que  la  figure  du  terrain  fût  re- 
présentée, ou,  si  l'on  veut,  déterminable,  elles  deviendraient 
susceptibles  d'exprimer  plus  de  détails  sur  la  même  échelle, 
ou  les  mêmes  détails  sous  de  moindres  dimensions.  Dans 
ce  dernier  cas,  les  atlas  pourraient  être  moins  volumineux, 
avantage  qui  n'est  pas  à  négliger,  surtout  aux  armées.  Mais 
le  travail  de  l'ingénieur,  du  dessinateur  et  du  graveur  se- 
rait d'autant  plus  difficile  :  en  s'interdisant  la  faculté  de 
cacher  quelques  fautes  sous  une  certaine  élégance  de  des- 
sin, ce  n'est  pas  la  paresse  que  l'on  favorise.  On  sait  en 
général  combien  la  construction  des  instrumens  portés  au 
plus  haut  degré  de  perfection  exige  de  talens ,  de  patience 
et  de  soins. 

Nous  nous  bornerons  à  ces  observations,  peut-être  un 
peu  sévères.  On  reconnaîtra  sans  peine  qu'elles  sont  ins- 
pirées par  l'amour  de  l'art  et  par  notre  estime  pour  ceux 
qui  le  cultivent.  Feïrt. 


I 


i 


SCIENCES  MORALES  ET  POLITIQUES. 

Les  Fastes   universels ^   ou    Tableaux  historiques  , 
chronologiques  et  géographiques  ;  par  M.  Buret  de 

LONGCHAMPS  (l). 

Il  n'est  point  d'homme  studieux  qui  ne  sente  quelquefois 
le  besoin,  et  n'éprouve  l'avantage  de  passer  en  revue,  pour 
les  classer  méthodiquement,  les  connaissances  de  toute  es- 
pèce qu'il  a  puisées  dans  ses  lectures ,  et  de  jeter  ensuite  un 
coup  d'œil  sur  la  carrière  d'instruction  qui  lui  reste  encore 
à  parcourir.  Ce  n'est,  en  effet,  qu'après  avoir  placé,  en 
idée,  sous  ses  yeux,  le  Paronoma  politique  et  moral  de 
l'univers  ancien  et  moderne,  que  l'on  peut  espérer  de  saisir 


(i)  Les  Fastes  universels ^  ou  Tableaux  historiques,  chronolo- 
giques et  géographiques ,  contenant ,  siècle  par  siècle ,  et  dans  des 
colonnes  distinctes,  depuis  les  tems  les  plus  reculés  jusqu'à  nos 
fours  :  1*  l'origine,  les  progrès,  la  gloire  et  la  décadence  de  tous  les 
peuples  ;  leurs  migrations ,  leurs  colonies ,  l'ordre  de  la  succession 
de  leurs  princes ,  etc.  ;  2°  le  précis  des  époques  et  des  événemens 
politiques  ;  3°  l'histoire  générale  des  religions  et  de  leurs  différentes 
sectes  ;  4"  l'histoire  de  la  philosophie  et  de  la  législation  chez  tous 
les  peuples  anciens  et  modernes  ;  5"  les  découvertes  et  progrès  dans 
Icsl  sciences  et  dans  les  arts  ;  6°  et  enfin ,  une  notice  sur  tous  les 
hommes  célèbres ,  rappelant  leurs  ouvrages  ou  leurs  actions;  pré- 
cédés de  trois  grands  Tableaux  synoptiques ,  servant  de  sommaire  à 
l'ouvrage,  et  suivis  de  deux  Tables  alphabétiques  contenant  l'une 
les  noms  d'hommes ,  l'autre  les  noms  de  choses ,  et  présentant  toutes 
deux,  par  leur  ensemble  et  par  la  manière  dont  elles  sont  conçues, 
UN  NOUVEL  ART  DE  vÉHiFiER  LES  DATES;  ouurage  dédié  au  Roi. 

Le  prix  de  l'ouvrage  est  de  20  fr.  par  livraison  (il  y  en  a  en  tout 
six),  ou  ae  126  fr.  complet  et  demi  -  relié.  On  souscrit,  à  Paris, 
chez  Dondey-Dupré  père  et  fils,  imprimeurs  libraires  et  éditeurs, 
rue  Saint-Louis ,  n»  4^;  au  Marais, 


oi6  SCIEr^CES  MORALES 

au  moins  quelques  anneaux  de  la  grande  chaîne  qui  lie 
tous  les  êtres,  comme  tous  les  événemens  dont  ce  monde 
a  été  le  théâtre;  de  suivre  avec  fruit  la  marche  tantôt 
progressive 5  tantôt  rétrograde  de  l'esprit  humain;  d'ob- 
server comment  telles  opinions,  soit  religieuses,  soit  phi- 
losophiques, comment  telles  découvertes  dans  les  sciences, 
dans  les  arts  utiles  ou  agréables,  sont  nées  les  unes  des 
autres,  se  sont  ou  consolidées  ou  détruites  les  unes  par  les 
autres. 

Ces  grands  tableaux  synoptiques  des  connaissances  hu- 
maines, quelques  hommes  laborieux  ont  tenté  plus  d'une 
fois  de  les  offrir  au  public  lettré.  Mais  bientôt,  effrayés  de 
la  difficulté  qu'ils  trouvaient  à  former  un  tableau  général, 
universel,  ils  se  sont  circonscrits  ,  pour  la  plupart,  dans  le 
cercle  d'une  seule  science  :  les  uns  ont  choisi,  par  exemple, 
pour  sujet  de  leurs  tableaux,  l'histoire  politique  des  peuples; 
d'autres,  celle  de  la  physique,  de  l'histoire  naturelle,  de 
la  chimie ,  etc. ,  etc. 

Aucun  auteur,  si  je  ne  me  trompe,  n'avait  osé,  avant 
M.  Buret  de  Longchamps,  placer  dans  un  seul  cadre  ,  non 
seulement  l'histoire  politique,  civile,  législative  de  tous 
les  peuples  du  globe ,  mais  celle  de  leurs  sciences ,  de  leurs 
arts,  de  leurs  mœurs,  de  leur  esprit  :  c'est  véritablement 
là  un  ouvrage  que  l'on  peut  appeler  athlantique.  Je  vais 
essayer  d'en  donner  une  idée  aux  lecteurs. 

J'observerai  d'abord  que  le  long  développement ,  ajouté 
par  l'auteur  à  son  titre  de  Fastes  unU^erseis,  était  néces- 
saire pour  indiquer  son  vaste  plan,  et  pour  montrer,  des 
l'abord,  en  quoi  son  ouvrage  diffère  de  tous  ceux  du  même 
genre,  qui  ont  été  publiés  en  divers  tems  et  en  divers  pays. 

Dans  son  Introduction ,  l'auteur  fait  l'énumération  de 
quelques-uns  de  ces  ouvrages  qui  ne  sont,  pour  ainsi 
dire,  que  des  parcelles  du  sien.  Quelque  incomplets  qu'ils 


ET  POLITIQUES.  '       317 

soient,  ils  ont  jouT  long-tems  d'une  estime  mérilée  à  beau- 
coup d'égards;  et  ils  ne  sont  point  encore  sans  utilité, 
surtout  dans  les  maisons  d'éducation.  Tel  est,  pour  n'en 
citer  qu'un  seul,  et  malgré  les  erreurs  qu'on  y  a  remar- 
quées ,  cet  Atlas,  dont  l'auteur  a  caché  son  vrai  nom  sous 
celui  de  Lesage.  Un  autre  ouvrage  plus  récent,  dont  l'objet 
est  A  peu  près  le  même,  c'est  cette  Histoire  gi\  tableaux, 
que  le  savant  Thouret  avait  préparée  pour  l'instruction 
de  son  fds,  et  dont  une  partie  seulement  a  été  publiée  jus- 
qu'à ce  jour.  Ce  sera  aussi  un  livre  très-utile,  mais  peut- 
être  trop  élémentaire. 

Cette  Introduction  des  Fastes  universels ,  sur  laquelle 
je  crois  devoir  m'arrêter  un  moment,  est  écrite  d'un  style 
plus  fleuri  que  celui  de  l'ouvrage;  et  cela  devait  être.  Ici, 
l'éloquence  n'était  point  déplacée;  dans  le  reste  du  livre, 
au  contraire  ,  il  ne  fallait  que  de  la  concision  et  de  la  clarté. 
Si  V Introduction  a  été  tracée  par  la  même  plume  qui  a 
écrit  les  Fastes ,  il  faut  convenir  que  l'auteur  sait  mer- 
veilleusement varier  les  formes  de  son  style,  et  je  l'en 
félicite. 

Je  choisirai,  dans  V Introduction  f  pour  mieux  faire  con- 
naître ce  morceau  très-remarquable ,  un  passage  où  l'auteur 
montre  une  rare  modestie.  «  Le  plan  que  j'ai  suivi ,  dit-il , 
et  que  je  considère  comme  la  partie  la  plus  importante 
de  mon  ouvrage ,  n'est  point  entièrement  nouveau ,  et ,  je 
dois  l'avouer,  l'idée  ne  m'en  appartient  pas.  Le  chance- 
lier Bacon,  si  étonnant  pour  son  siècle,  le  conçut  le  pre- 
mier; après  lui,  Bol3?ngbrocke  le  traça  à  ses  contemporains; 
enfin,  d'Aguesseau,  dont  l'opinion  doit  faire  autorité  dans 
cette  matière  autant  que  dans  beaucoup  d'autres,  d'Agues- 
seau le  recommanda  vivement  j\  son  fils;  mais  aucun  de 
ces  grands  écrivains  ne  songea  à  l'approfondir,  à  le  dévc- 


318  SCIENCES  MORALES 

lopper.  C'est  cependant  beaucoup  qu'ils  m'en  aient  fourni 
la  pensée,  et,  je  le  répète,  je  ne  puis  témoigner  trop  de 
reconnaissance  à  la  mémoire  de  ces  génies  profonds  qui 
m'ont  mis  à  même  de  sentir  toute  la  majesté  de  ce  plan, 
d'embrasser  toute  son  étendue,  d'en  calculer  toutes  les 
difficultés,  de  m'en  emparer,  de  le  saisir ,  pour  ainsi  dire  , 
corps  à  corps ,  et  de  l'assujettir  à  des  règles  fixes  et  im- 
muables, d'après  lesquelles  sont  venus  se  ranger,  sans 
effort,  tous  les  événemens  particuliers  formant  l'histoire 
générale  du  monde.  » 

he  premier  tableau  de  l'ouvrage  indique  quels  sont  les 
peuples  qui  ont  successivement  occupé  toutes  les  contrées 
de  notre  globe,  tant  avant  que  depuis  l'ère  vulgaire.  Un 
second  tableau  présente  la  division  actuelle  des  cinq  parties 
de  la  terre  ;  un  troisième ^  l'ordre  successif  des  dynasties  , 
des  princes ,  des  états,  et  les  époques  les  plus  mémorables 
de  chaque  nation. 

Ces  tableaux  préliminaires  sont  comme  le  prologue  d'un 
drame  très-compliqué.  Us  servent  à  faire  connaître  le  lieu 
de  la  scène  et  les  noms  des  principaux  personnages  qui 
apparaîtront  dans  le  vaste  spectacle  qui  va  se  déployer 
sous  les  yeux  du  lecteur.  L'ouvrage  ne  commence  donc 
véritablement  qu'avec  les  tableaux  qui  contiennent,  dans 
autant  de  longues  et  larges  colonnes,  les  divisions  sui- 
vantes :  1^  èpènemens  politiques ^  1^  religions;  3*  philo- 
sophie ;  4*  découpertes  et  progrès  dans  les  sciences  et  les 
arts  ;  5**  homm,es  célèbres  dans  tous  les  genres.  Ajoutez  une 
étroite  colonne  ^  qui  se  trouve  toujours  à  la  gauche  du  lec- 
teur, et  qui  présente  les  dates  des  faits,  quels  qu'ils  soient, 
consignés  dans  les  vastes  colonnes  à  droite.  Ce  n'est  pas , 
comme  on  voit,  la  colonne  la  moins  utile  ;  elle  procure  au 
lecteur  le  moyen  d'avancer  d'un  pas  sûr  dans  la  longue 


ET  POLITIQUES.  319 

série  des  siècles  :  il  voit,  sans  recherches,  sans  efforts  de 
mémoire,  rangés  sur  une  môme  ligne  les  événemens  et 
les  hommes  qui  ont  été  contemporains. 

Les  premiers  tableaux  des  Fastes  sont  consacrés  aux 
événemens   des   âges  antérieurs  au  cinquantième    siècle 
avant  Vère  vulgaire^  c'est-à-dire  antérieurs  à  la  création 
dumonde,  si  l'on   s'en  rapportait  à   la    supputation  des 
livres  hébreux ,  qui  ne  donne  pas  à  l'univers  six  mille  ans 
d'existence.  La  première   date  que  l'on  trouve  dans  les 
Fastes    remonte  à   quatre  millions  d'années  avant  notre 
ère;    et  l'auteur  range  sous  cette  date  un  assez   grand 
nombre  d'événemens  soit  réels,  soit  fabuleux.  Je  n'ai  pas 
besoin  sans  doute  d'avertir  que,  là,  il  s'est  conformé  à  la 
chronologie  des  brahmines,    consignée  dans   leurs  livres 
dont  la  société  anglaise  du  Bengale  a  publié  des  extraits. 
De  leur  côté,  les  Chinois  prétendent  aussi  avoir  été  gou- 
vernés par  des  princes  dont  ils  ont   conservé  même  les 
noms   (  d'un  grand  nombre  au  moins  )   pendant  plusieurs 
millions  d'années.  Leurs  prétentions  et  leur  histoire  dans 
cette  haute  antiquité  sont  également  consignées  dans  les 
Fastes j  sans  observations,  sans  discussion,  ce  qui  étonnera 
et  scandalisera  peut-être  quelques  lecteurs.  Mais  que  pou- 
vait faire  notre  auteur?  devait-il,  à  l'exemple  de  ses  devan- 
ciers, supprimer  les  preuves  que  ces  anciens  peuples  ont 
ou  croient  avoir  de  leur  longue  existence ,  et  torturer  les 
faits  qu'ils  rapportent,  pour  appuyer  un  système  chro- 
nologique ,  qui ,  bien  qu'admis  par  tous  les  peuples  de 
l'Europe  ,  n'est  probablement  pas  plus  vrai  que  ceux  des 
anciens  habitans  de  l'Asie?  N 'aurait-il  pas,   en    agissant 
ainsi,  manqué  aux  devoirs  d'un  historien  impartial?  Au 
reste,  il  explique  très-clairement  les  motifs  du  parti  qu'il 
a  cru  devoir  prendre,  dans  un  paragraphe  de  l'introduc- 
tion, que  je  me  fais  un  plaisir  de  répéter  ici. 


\ 


320  SCIENCES  MORALES 

«  Loin  de  regarder  comme  des  fables  plusieurs  événe- 
mens  importans,  parce  que  certains  peuples  les  font  re- 
monter au-delà  des  époques  que  d'autres  leur  ont  assi- 
gnées,  j'ai  accueilli  comme  également  vrais,  ou,  si  l'on 
veut^  comme  également  hypothétiques,  les  récits  de  tous 
les  peuples,  soit  anciens,  soit  modernes.  Persuadé  que 
tant  de  documens  divers,  malgré  leur  incohérence ,  sont 
du  plus  grand  prix  pour  l'histoire,  je  n'ai  point  dû  cher- 
cher à  les  rendre  conséquens  entre  eux ,  de  crainte  de 
les  altérer;  enfin,  je  me  suis  reposé  sur  rintelligence 
des  lecteurs,  du  soin  de  placer  beaucoup  de  faits  d'un 
genre  incertain  dans  la  classe  des  événemens  de  l'histoire 
ou  dans  celle  des  dogmes  de  la  religion.  » 

Ou  ne  pouvait  se  conduire  avec  plus  de  prudence,  ni 
s'exprimer  avec  plus  de  bonne  foi.  L'auteur  n'empêche 
point  les  juifs  et  les  chrétiens  de  ne  donner  au  monde 
qu'une  existence  de  six  mille  années  au  plus  ;  mais  il 
veut  qu'on  sache  aussi  que  des  peuples,  très-anciennement 
civilisés ,  comptent  l'âge  de  ce  monde  par  plusieurs  mil- 
lions d'années.  Et  en  mêm.e  tems  il  nous  avertit ,  dans 
la  colonne  qui  a  pour  titre  Découvertes ,  que  Bérose  et 
Critodème  faisaient  remonter  à  A8o,33A  ans,  Cicéron 
à  ^70,000  ans ,  Diodorc  à  473,o4o  ans  avant  Alexandre, 
l'époque  à  laquelle  doivent  avoir  été  faites  les  premières 
observations  des  astronomes  rassemblés  dans  les  plaines 
de  la  Ghaldée.  «  Pour  les  mieux  conserver  (  ces  observa- 
lions),  dit-il  encore,  ils  les  faisaient  écrire  sur  des  tuiles  ou 
briques.  Ils  avaient  découvert  le  système  du  monde  qui 
place  le  soleil  au  centre  de  l'univers,  et  que  Copernic 
n'a  démontré  aux  savans  modernes  que  dans  le  xvi^  siècle 
de  notre  ère.  » 

L'auteur  a  d'autant  mieux  fait  de  rapporter,  sans  se 
prononcer  pour  aucune,  les  diverses  opinions  dos  peuples 


Eï  POLITIQUES.  321 

sur  l'âge  du  monde,  que  les  discussions  sur  celte  question 
assez  importante  vont  probablement  se  renouveler  avec 
chaleur ,  lorsque  nos  savans  auront  sous  les  yeux  le  cé- 
lèbre monument  astronomique,  que  l'on  a  détaché  d'un 
temple  de  Denderah,  en  Egypte,  et  que  l'on  transporte 
en  ce  moment  à  Paris.  Peut-être  jaillira- 1- il  quelque 
vérité  du  choc  de  tant  d'opinions  contraires.  Je  n'ose  pour- 
tant l'espérer  :  la  question  me  paraît,  comme  tant  d'autres, 
insoluble.  La  géologie  seule  pourra,  et  par  les  observa- 
tions qu'elle  a  déjà  faites,  et  par  les  découvertes  qu'il 
lui  est  réservé  de  faire ,  non  pas  fixer  avec  précision  l'âge 
du  monde ,  mais  rendre  de  plus  en  plus  vraisemblable 
l'hypothèse  qui  tend  à  ne  faire  considérer  que  comme  le 
commencement  de  la  plus  récente  des  périodes  de  l'his- 
toire de  la  terre,  l'ère  de  6,000  ans  à  laquelle  on  voudrait 
rapporter  sa  création.  Elle  ne  fut  pas  sans  doute  créée  à 
cette  époque;  mais,  après  une  grande  révolution,  sem. 
blable  à  beaucoup  d'autres  qu'elle  avait  déjà  éprouvées, 
elle  recommença  à  exister  sous  une  forme  peut-être  très- 
différente  de  l'ancienne. 

C'est  avec  un  vif  intérêt  que  j'ai  parcouru,  dans  les 
Fastes  universels  ^  les  colonnes  réservées  aux  diverses 
religions  et  à  la  philosophie.  Là  se  déploie  la  longue  série 
de  tous  les  systèmes,  tant  théogoniques  que  cosmogoniques, 
qui  ont  été  adoptés  par  les  peuples  les  plus  anciens  , 
même  par  des  peuples  qui  ne  sont  plus.  Cette  partie  de 
l'ouvrage  a  exigé  de  longues  et  pénibles  recherches.  Mon 
seul  regret  a  été  de  n'y  pas  trouver  l'indication  des  sources 
où  l'auteur  a  puisé.  Mais  je  sens  que,  dans  un  ouvrage 
de  ce  genre ,  où  une  extrême  concision  est  rigoureusement 
commandée^  où  l'espace  manque  presque  toujours,  même 
pour  l'exposition  des  faits  les  plus  importans^  il  faut, 
TOMKXI.  •'  21 


322  SCIENCES  MORALES 

malgré  soi,  s'interdire  non  seulement  les  citations,  mais 
l'indication  des  autorités  sur  lesquelles  on  s'appuie. 

De  ces^tems  si  reculés,  de  l'existence  desquels  il  ne 
reste  de  vestiges  que  dans  les  livres  sacrés  des  plus  an*^  | 
ciennes  nations  et  dans  quelques  passages  de  philosophes  ! 
grecs  et  latins,  l'auteur  descend  graduellement  à  un  âge 
on  peu  moins  obscur  peut-être ,  et  qu'il  appelle  Vdge 
d*Adam.Cti  âge,  qui  comprend  une  période  de  vingt  siècles, 
est  suivi  d'un  autre  âge  qui  ne  comprend  que  dix  siècles, 
et  qu'il  désigne  par  le  nom  à^âge  âf  Uranus.  Dans  ces 
deux  grandes  périodes ,  on  trouve  la  formation  et  l'origine 
des  arts,  d'après  les  livres  des  Hébreux,  et  aussi  toute 
l'histoire  grecque  des  tems  dits  fabuleux.  On  sent  bien 
que,  dans  ces  tableaux,  les  colonnes  qui,  dans  les  Fastes, 
sont  réservées  à  l'histoire  des  différens  pays  de  l'Europe 
septentrionale,  doivent  présenter  aussi  peu  de  faits  que  de 
iK)ms.  Ces  parties  éloignées  de  l'Europe  ne  figuraient 
point  encore  sur  le  théâtre  du  monde.  Les  druides  avaient 
bien  leurs  fables  antiques  comme  les  prêtres  des  autres 
peuples;  mais  ils  n'écrivaient  rien  ,  et  il  ne  nous  est  par- 
renu  de  leur  doctrine ,  et  de  l'histoire  des  pays  où  ils  ont 
exercé  si  long-tems  une  puissante  influence  sur  l'esprit 
des  hommes  ,  que  des  notions  vagues  et  incertaines.  Ce- 
pendant on  distingue,  dans  les  colonnes  de  l'ouvrage  con- 
sacrées au  pays  du  nord,  quelques  noms  de  demi-dieux, 
ou  rois  ,  ou  chefs,  dont  l'auteur  a  cru  pouvoir  placer 
l'existence  entre  les  vingtième  et  quinzième  siècles  avant 
l'ère  vulgaire. 

Passons  avec  l'auteur  aux  tems  héroïques.  Ici ,  l'on 
commence  à  découvrir  ,  au  milieu  de  l'entourage  brillant 
des  fables,  quelques  vérités  historiques.  Les  grands  capi- 
taines sont  encore  des  fils  de  dieux,  de  déesses,  de  nym- 


ET  POLITIQUES.  323 

phes  ;  mais  ils  se  conduisent  en  hommes  :  leurs  actions 
n'ont  rien  que  d'humain,  que  de  très-naturel.  Le  siège  de 
Troie,  par  exemple,  n'était  qu'un  événement  très-ordi- 
naire, et  aurait  à  peine  mérité  d'être  consigné  dans  l'his- 
toire, si,  plus  de  deux  siècles  après,  le  premier,  le  plus 
grand  des  poètes  ,  ne  l'eût  illustré  dans  ses  vers  impéris- 
sables, s'il  ne  l'eût  giganlesquement  agrandi  par  d'ingé- 
nieuses fictions.  A  dater  de  ce  mémorable  siège  ,  toute  la 
chronologie  devient  moins  incertaine;  on  marche  avec 
plus  de  sécurité  dans  le  champ  de  l'histoire.  Aussi,  l'auteur 
des  Fastes  est-il  obligé  de  placer  un  bien  moindre  nom- 
bre de  siècles  dans  chacune  des  grandes  périodes  dans 
lesquelles  il  a  divisé  l'histoire  générale,  souvent  même  de 
consacrer  une  ou  plusieurs  des  grandes  pages  de  son  ou- 
vrage au  tableau  d'un  seul  siècle. 

Je  ne  saurais  quitter  Homère  sans  rapporter  ce  que  notre 
auteur  dit  de  \di philosophie  de  ce  grand  poète.  Il  est  plus 
d'un  lecteur  qui  sera  surpris  d'apprendre  que  le  chantre 
d'Achille  avait  aussi  sarphilosophie.  Mais  écoutons  M.  Bu- 
ret  de  Longchamps. 

0  Homère  ne  doit  pas  être  regardé  seulement  comme 
le  premier  des  poètes,  comme  le  patriarche  de  la  litté- 
rature en  Europe;  la  philosophie  et  la  profondeur  de  ses 
ouvrages  en  ont  fait  le  législateur  de  la  Grèce,  et,  pour 
ainsi  dire,  le  régulateur  de  la  religion  et  de  l'opinion  de  plu- 
sieurs siècles.  Instruit  par  ses  longs  voyages  dans  la  légis- 
lation des  peuples  les  plus  célèbres  d'alors,  lui  seul  nous 
en  a  transmis  les  mœurs,  les  institutions  et  les  usages: 
initié  dans  les  mystères  religieux,  il  nous  en  a  conservé 
les  principes:  c'est  là  qu'il  avait  appris  qu'au-dessus  de  Ju- 
piter, le  maître  des  dieux,  il  y  avait  un  être  encore  plus 
grand ,  le  Destin  :  c'est  là  qu'il  avait  appris  à  développer 
cette  opinion  qui ,   dans  l'antiquité  ,   était  le  partage  du 

21  * 


Wv  SCIEiNCES  MORALES 

petit  nomlre,  et  qui  faisait  partie  des  secrets  que  l'on  com- 
muniquait aux  seuls  adeptes,  que  le  Destin  était  un  être 
éternel,  immatériel,  incorporel,  supérieur  à'tous  les  dieux 
de  l'Olympe;  que  ces  dieux  avaient  une  commune  origine 
avecles  hommes  ,  et  qu'ils  ne  pouvaient  remplir  l'idée  de 
la  divinité.   C'est  d'après  ces  connaissances  adoptées  pdr 
les  sages  d'alors ,  qu'Homère  a  attribué  au  Destin  que  les 
philosophes  adoraient  en  secret,  à  cet  être  indéfini  ,  cette 
suprématie  sur  tous  les  autres  dieux  auxquels  le  peuple 
adressait  ses  vœux  et  ses  plaintes  ,  mais  qui  n'étaient  que 
des  images  symboliques  pour  satisfaire  les  idées   du  vul- 
gaire, »  etc. ,  etc.  Je  regrette  de  ne  pouvoir  citer  lotit  le 
morceau  qui  est  beaucoup   plus    long.  En  le  lisant,  j'ai 
de  nouveau  éprouvé  le  regret  que  l'auteur  n'ait  point  indi- 
qué ses  autorités.  Bien  des  lecteurs  auraient  désiré  ,  sans 
doute,  pouvoir  recourir  aux  ouvrages  où   l'on   appuie, 
par  des   preuves,    des  raisonnemens  qu'il  serait  dilïicile 
d'adopter  aveuglément,  sur  le  seul  exposé  de  l'auteur  des 
Fastes  universels.    Mais,   comme  je  l'ai  dit,    la  difficulté 
de  se  renfermer   en  un  seul  volume  devenait  insurmon- 
table; et,  ce  qui  me  ferait  croire  que  l'auteur  a  eu  primi- 
tivement l'intention  de  révéler  ses  autorités,  c'est  qu'il 
les  indique,  mais  uniquement  en  ce  qui  regarde  les  points 
les  plu    sbscurs  et  les  plus  sujets  à  contestation,  et  seule- 
ment dans  les  premiers  siècles,  dont  l'histoire  est  le  plus 
remplie  de  conjectures. 

Dans  les  deux  siècles  qui  suivent  les  tems  héroïques , 
on  voit  se  former  divers  états  qui,  peu  après,  jouent  un 
grand  rôle  sur  le  théâtre  du  monde;  et  Lacédémone ,  et 
Carthage,  et  Rome,  etc.  Quelques  fables  accompagnent 
encore  le  récit  des  événemens  ;  mais,  peu  à  peu  ,  la  rai- 
son, la  philosophie  viennent  éclairer  les  peuples;  et  les 
arts,  en  les  adoucissant,  leur  apportent  le  bonheur,  le  goût. 


i 


ET  POLITIQUES.  325 

des  plaisirs  calmes  :  la  civilisation  se  pecfeclionne.  Bien- 
tôt après,  la  plupart  des  peuples  qui,  d'abord,  avaient 
été  gouvernés  par  des  rois  ,  choisissent  des  régimes  qui 
donnent  à  la  nation  plus  ou  moins  de  part  au  pouvoir. 
Athènes  adopte  la  démocratie  pure  ;  Rome  ,  une  sorte  de 
gouvernement  républicain ,  où  l'aristocratie  a  la  plus  forte 
part. 

Mon  dessein  n'est  pas  de  marcher,  avec  l'auteur  des 
Fastes,  de  siècle  en  siècle,  même  jusqu'à  l'époque  qui 
sépare  l'histoire  ancienne  de  l'histoire  moderne,  quoique 
j'aie  sous  les  yeux  toute  cette  partie  importante  de  son 
ouvrage;  je  craindrais  de  prolonger  cet  article  outre  me- 
sure. Ce  serait  d'ailleurs  une  tâche,  je  ne  dis  pas  diffi- 
cile, mais  impossible  dans  un  extrait,  que  de  porter  l'atten- 
tion du  lecteur,  comme  le  fait  l'auteur  des  Fastes j  dans 
ses  immenses  tableaux,  sur  vingt  peuples  à  la  fois.  Les 
moins  fameux  comme  les  plus  célèbres,  tous  y  comparaissen  t 
ensemble  avec  leurs  arts,  leur  législation,  leurs  chefs,  leurs 
hommes  célèbres  :  les  Grecs  et  les  Romains,  comme  les 
Juifs  elles  Egyptiens;  les  Indiens,  les  Chinois,  comme 
les  Gaulois  et  les  peuples  du  Nord. 

Mais ,  lorsque  les  tableaux  de  VHistoire  moderne^  qui 
sont  déjà  imprimés,  seront  livrés  au  public,  je  me  propose 
de  continuer  l'examen  de  ce  grand  et  important  ouvrage. 

Je  le  répète,  si  j'ai  parcouru  avec  intérêt,  dans  les 
Fastes^  l'histoire  politique  de  tous  les  peuples  anciens,  j'ai 
été  encore  plus  satisfait  de  l'histoire  de  leurs  religions ,  de 
leur  philosophie,  de  leurs  découvertes  dans  les  sciences  et 
les  arts.  C'est  dans  cette  partie  de  son  ouvrage,  qui  con- 
tient tant  de  recherches  et  de  si  justes  observations,  que 
l'auteur  m'a  paru  très-supérieur  à  tous  ceux  qui  l'ont  pré- 
cédé dans  la  même  carrière;  et  je  ne  suis  plus  surpris  que 


326  SCIENCES  MORALES 

cet  ouvrage  sqit  le  résultat  de  trente  années  d'études  et  de 
travaux. 

Il  y  aurait  de  l'injustice  à  ne  pas  donner,  en  finissant, 
aux  éditeurs  des  Fastes  universels ,  les  éloges  qu'ils  ont  si 
bien  mérités.  Ce  n'était  pas  chose  facile^  non  seulement 
d'imprimer  avec  exactitude  ces  immenses  colonnes  de  pe- 
tit-texte qui  se  déploient  sur  quatre  à  cinq  pieds  de  largeur, 
mais  il  fallait  être  ,  de  plus,  instruit,  érudit  même,  pour 
ranger  convenablement,  et  à  leur  place,  les  innombrables 
chiffres  des  dates ,  etc. ,  etc.  L'impression  d'un  pareil  ou- 
vrage exigeait  autant  de  connaissances  en  littérature  que 
de  talens  dans  l'art  typographique.  L'auteur  a  trouvé  tout 
cela  dans  MM.  Dondey-Dupré,  père  et  fils,  à  qui  l'on  doit 
déjà  un  grand  nombre  d'éditions,  aussi  belles  que  correctes, 
d'auteurs  tant  anciens  que  modernes,  d'ouvrages  tant  na- 
tionaux qu'étrangers  (i). 

Amaurt-Duval,  de  rinstitut. 


\ 


^/VWW/VKXWMMVWy/VWt 


L'Italie  ,  par  lady  Mobgân  ,  ouvrage  traduit  de 
i^ anglais  (2). 

L'Italie,  après  avoir  été  humiliée  par  des  conquérans, 
s'est  trouvée  souvent  exposée  aux  injures  de  voyageurs 
injustes  ou  inconsidérés.  Plus  les  uns  s'étaient  attachés 
à  l'avilir  et  à  la  déchirer,  plus  les  autres  ont  paru  se 
plaire  à  lancer  contre  elle  leurs   traits  satiriques   et  ca- 

(0  Une  partie  de  Ja  belle  Collection  des  classiques  latins,  de 
M.  Lbmiibb  ;la  Collection  des  Moralistes  français  de  M.  Chasséhuc; 
les  belles  éditions  des  Classiques  italiens  (Dante,  Pétrarque  et 
Michel- Ange  Buonarroti),  de  M.  Biacioli^  etc.  etc. 

(2)  Paris,  i8n.  4  vol.  ia-S».  Pierre  Dufart,  libraire  ,  quai  Vol- 
taire,  n»  19.  Prix,  30  fr. 


ET  POLITIQUES.  327 

lomnieux.  A  la  vérité,  l'état  moral  de  cette  péninsule, 
comme  celui  de  bien  d'autres  pa3'^s,  n'est  guère  propre 
à  bien  disposer  en  sa  fayeur.  Mais  une  apparence  grossière 
et  presque  barbare  ne  devrait  pas  dérober  à  la  vue  de 
l'observateur  attentif  des  qualités  plus  ou  moins  remar- 
quables 5  qui  mériteraient  d'être  mieux  appréciées. 

Malheureusement,  plusieurs  obstacles  s'opposent  à  ce 
genre  d'observations.  L'intervalle  immense  qui  sépare  la 
dernière  classe  des  classes  civilisées  ;  le  peu  d'intérêt 
qu'ont  les  hommes  éclairés  à  faire  étalage  de  leur  esprit, 
le  défaut  général  de  communications  et  de  relations  so- 
ciales habituelles ,  inconvéniens  auxquels  des  causes 
politiques  donnent  encore  plus  de  force,  rendent  fort  dif- 
ficiles l'examen  et  l'appréciation  du  caractère  national , 
surtout  pour  des  observateurs  prévenus  ou  impatiens. 

Nous  nous  réjouissons  cependant  que  des  étrangers 
plus  judicieux  et  plus  équitables  commencent  enfin  à 
mieux  juger  l'Italie ,  et  à  lui  reconnaître  assez  de  titres 
pour  lui  accorder  l'estime  qu'elle  mérite.  Dans  ce  nombre, 
on  doit  compter  lady  Morgan,  Elle  a  voulu  connaître 
l'état  politique  et  moral  de  l'Italie.  L'aspect  topogra- 
phique ou  géologique  de  ce  beau  pays,  les  antiquités  et 
les  monumens  qui  le  décorent,  tous  ces  objets  qui  char- 
ment et  qui  occupent  exclusivement  la  plupart  des  voya- 
geurs, elle  les  néglige  ou  les  considère  seulement  dans 
leurs  rapports  avec  le  but  qu'elle  s'est  proposé.  Ce  but  est 
de  signaler  les  progrès  que ,  malgré  tant  d'obstacles,  l'Italie 
vient  de  faire  dans  la  civilisation ,  et  la  tendance  qu'elle 
montre  vers  un  degré  de  perfection  encore  plus  élevé  ;  et 
c'est  sous  ce  point  de  vue  qu'il  faut  envisager  le  voyage 
dont  il  s'agit.  Bornés  principalement  à  cet  objet,  nous 
allons  indiquer  quelques  traits  qui  suffisent,  selon  nous, 


328  SCIENCES  MORALES 

pour  faire  connaître  le  mérite  de  l'ouvrage  et   l'esprit  de 
l'auteur. 

Lady  Morgan,  avant  de  passer  les  Alpes,  croit  nécessaire 
de  rappeler  ce  que  l'Italie  et  surtout  la  Lombardie  étaient 
autrefois.  Elle  se  souvient  de  cet  esprit  de  liberté  qui  ré- 
sista de  si  bonne  heure  à  la  tyrannie  féodale,  et  qui  porta 
le  premier  coup  à  l'influence  étrangère,  sous  les  empe- 
reurs d'Allemagne;  de  cet  esprit  qui  affranchit  l'Italie  , 
qui  fonda  ses  glorieuses  républiques  et  cimenta  cette  al- 
liance sacrée  des  citoyens  libres,  la  ligue  de  Lombardie, 
la  merveille  de  cet  âge,  lo. grande  charte  de  l'Europe  mé- 
ridionale. De  semblables  souvenirs  se  réveillent  encore  à 
l'aspect  de  Rome,  de  Venise,  et  surtout  de  la  Toscane,  où 
la  liberté  fît  plus  de  progrés.  Lady  Morgan  s'occupe  d'en 
signaler  les  traces,  et  d'en  contempler  les  monumens  qui 
ont  été  respectés  par  le  tems,  et  qui  semblent  reprocher 
aux  Italiens  leur  dégénération.  Tout  ce  qu'ils  ont  produit 
de  grand  dans  les  sciences,  dans  les  arts^  dans  toutes  leurs 
entreprises,  n'est,  à  ses  yeux,  que  le  résultat  du  même 
principe,  la  liberté;  le  xvi*  siècle  même,  et  surtout  sa 
première  moitié ,  que  l'on  regarde  comme  Vâge  d'or  de  la 
littérature  italienne,  n'est  dû,  dit-elle,  qu'à  l'influence  du 
siècle  précédent. 

Le  souvenir  de  ces  anciennes  époques  de  splendeur 
pour  l'Italie  fait  ressortir  encore  davantage  sa  dégrada- 
tion postérieure.  Notre  auteur  croit  reconnaître  les  causes  les 
plus  actives  de  sa  nouvelle  situation  dans  les  contestations 
des  papes  et  des  empereurs  ,  et  surtout  dans  sa  division  en 
plusieurs  petits  états  indcpendans.  Quoique,  depuis  Ma- 
chiavel, ces  observations  aient  été  souvent  reproduites  , 
lady  Morgan  sait  les  présenter  d'une  manière  si  appro- 
priée  aux  circonstances,  qu'elle  leur  donne  un  nouveau 
degré  d'intérêt. 


ET  POLITIQUES.  329 

Ceux  qui,  après  les  papes ,  ont  le  plus  concouru  à  la 
division  et  à  l'avilissement  de  l'Italie,  sont  les  Médicis. . 
Le  tableau  que  lady  Morgan  a  tracé  de  l'ambition  ,  des 
intrigues  et  de  l'influence  de  cette  famille ,  est  un  des 
morceaux  qui  caractérisent  le  mieux  l'esprit  de  l'auteur 
et  de  son  ouvrage.  On  est  tenté  de  regarder  ce  qu'elle  en 
dit  comme  incroyable  ,  ou  du  moins  comme  exagéré , 
malgré  les  autorités  dont  elle  appuie  ses  récits.  «  Des 
parricides,  des  infanticides,  les  meurtres  du  palais  Pitti , 
le  massacre  de  la  Saint-Barlhélemy,  l'assassinat  des  Strozzi, 
le  martyre  de  Henri  IV,  et  d'autres  atrocités  plus  dé- 
goûtantes, quoique  moins  cruelles,  remplissent  les  inter- 
valles qui  ne  sontpoint  occupés  par  le  sang  et  la  mort  (i).» 
Les  vertus  imposantes  de  Côme,  surnommé  le  père  de  la 
pairie  )  les  qualités  brillantes  de  Laurent-le-Magnifique, 
loin  d'effacer  leurs  crimes  politiques,  sont,  aux  yeux  de 
notre  auteur,  une  nouvelle  preuve  de  leur  hypocrisie.  Ils 
ont  fait  servir  des  apparences  trompeuses  à  trahir  leurs 
concitoyens,  à  corrompre  le  peuple,  à  subjuguer  leur 
patrie.  Préoccupée  de  ce  genre  de  préventions ,  lady  Mor- 
gan reconnaît  la  même  hypocrisie  héréditaire ,  dans  l'acte 
par  lequel  le  dernier  rejeton  de  cette  famille,  le  grand- 
duc  Gaston ,  légua ,  dit-on ,  à  sa  nation  la  liberté  que  ses 
ancêtres  avaient  pendant  si  long-tems  usurpée. 

Lady  Morgan  n'oublie  pas  non  plus  ,  au  milieu  de 
Rome ,  la  mémoire  des  papes  (  et  surtout  celle  de  Gré- 
goire VII  ) ,  qui  ont  le  plus  élevé  leur  puissance  sur  les 
ruines  de  la  pauvreté  évangélique.  Elle  rend  plus  piquantes 
encore  les  idées  de  Giannone  et  de  ses  disciples,  par  cet 
esprit  de  liberté  qu'elle  emprunte  à  son  siècle  et  à  sa 
nation. 

""    '" '  ■  ..  I  ■  mil     ^|>^     ,  III.  u  I 

(0  T.  III,  page  6. 


330  SCIENCES  MORALES 

En  traversant  le  palais  des  princes  d'Esté,  à  Ferrare, 
elle  rappelle  qu'il  contenait  jadis  des  cachots  où  périssaient 
les  partisans  de  Calvin  ,  et  un  théâtre  où  l'on  jouait  les 
drames  de  l'Arioste,  du  Tasse  et  du  Guarini.  «  C'est  là, 
dit-elle,  que  Lucrèce  Borgia,  dont  la  vie  et  le  nom  ont  été 
consacrés  à  l'infamie,  tenait  ses  coteries  savantes,  et  que 
la  nouvelle  convertie,  Renée  de  France,  assemblait  ses 
comités  réformateurs,  en  dépit  de  son  époux  orthodoxe. 
A  chaque  pas  que  nous  faisions  dans  ces  corridors  sans  fin 
et  dans  ces  passages  humides,  les  images  de  l'Arioste,  du 
■  Tasse ,  d'Eléonore  ,  semblaient  presque  flotter  devant 
nous  (i).  »  Du  palais  des  Alphonse  et  des  Hippolyte  , 
lady  Morgan  passe  à  l'humble  et  précieuse  demeure  de 
l'Arioste,  et  de  là  à  l'hôpital  Sainte-Anne,  où  existe  encore 
ce  monument  consacré  à  la  gloire  du  Tasse  et  à  l'ignominie 
de  son  patron ,  cette  cellule  humide,  entourée  de  murailles 
hautes  et  noires,  éclairée  seulement  par  une  petite  fenêtre 
grillée.  Lady  Morgan,  ainsi  que  beaucoup  d'autres  voya- 
geurs, assure  que  cette  triste  demeure  produit,  sur  ceux 
qui  la  contemplent,  une  émotion  et  une  sorte  de  suffoca- 
tion qu'on  ne  peut  long-tems  supporter.  Les  poètes  cher- 
cheraient des  mécènes  avec  moins  d'ardeur,  s'ils  visitaient 
cette  cellule  avant  de  faire  leurs  dédicaces. 

A  ces  tristes  et  fréquens  souvenirs  que  lady  Morgan 
nous  retrace,  on  soupçonnera  peut-être  qu'elle  hait  l'au- 
torité légitime ,  plus  encore  que  les  princes  qui  en  ont 
abusé.  Ce  soupçon  nous  paraît  injuste,  car  elle  ne  néglige 
point  de  rappeler  les  bonnes  qualités  de  quelques-uns 
d'entre  eux.  Est-ce  sa  faute,  si  l'occasion  s'en  présente 
rarement  ?  Elle  nous  peint  Joseph  II  comme  un  prince 
qui,  malgré  une  éducation  royale,  n'était  pas  fait  pour 

■*— ^ Il       __       ■■!!      -n 

(0  T.  III,  page  353. 


ET  POLITIQUES.  331 

jouer  le  rôle  insignifiant  d'un  souverain  de  parade,  mais 
qui  eut  le  malheur  d'être  placé  à  la  tête  d'une  nation  sans 
lumières  et  sans  énergie,  pour  laquelle  sa  philosophie 
était  trop  avancée  et  ses  vues  trop  élevées.  «  Les  actes  du 
gouvernement  de  ce  prince  qui  ont  excité  le  plus  d'ani- 
mosité,  dit  notre  auteur,  sont  ceux  qui  prouvent  le  mieux 
son  humanité  et  sa  sagesse...  Et,  quoique,  par  ces  actes, 
le  pouvoir  se  concentrât  dans  les  mains  du  monarque ,  ils 
laissaient  du  moins  l'espoir  de  voir  bientôt  s'élever  sur  ces 
bases  un  gouvernement  libre  (i).  » 

Les  mêmes  éloges  sont  consacrés  à  Léopold,  son  frère, 
plus  prudent  ou  plus  heureux  que  lui.  Il  fit  un  code  cri- 
minel ,  et  les  crimes  cessèrent  ;  il  établit  un  système 
d'économie  intérieure,  et  le  revenu  augmenta  ;  il  abolit  la 
peine  capitale,  et,  pendant  quatre  mois,  les  prisons  de 
Florence  ne  renfermèrent  pas  un  seul  prévenu  (2).  Lady 
Morgan  rappelle  aussi  ce  fait  si  remarquable  qui  carac- 
térise mieux  encore  ce  prince  philosophe,  et  qui  mériterait 
surtout  d'être  imité.  On  lui  avait  prouvé  qu'un  prisonnier 
accusé  était  innocent;  il  avait  promis  de  le  faire  mettre 
en  liberté  le  lendemain;  mais,  incapable  de  dormir  avec 
le  poids  d'une  injustice  sur  le  cœur,  il  se  leva  au  milieu 
de  la  nuit  et  fit  délivrer  le  prisonnier.  Ce  qui  honore  sur- 
tout la  mémoire  de  Léopold,  c'est  l'opinion  qu'il  a  laissée 
aux  Florentins,  qu'il  avait  l'intention  d'établir  un  gouver- 
nement constitutionnel  ;  lors  même  que  cette  opinion  ne 
serait  pas  entièrement  fondée,  elle  ferait  encore  son  plus 
grand  éloge. 

,    De  tels  souvenirs  tempèrent   sans  doute   l'horreur  que 
d'autres  récits  de  lady  Morgan  peuvent  inspirer  pour  les 


(1)  T.  IV,  page  395. 
(0  T.  III,  page    18. 


332  SCIENCES  MORALES 

prinoes  iiivesiis  du  pouvoir  absolu.  Elle  juge  avec  le 
même  esprit  les  qualités  extraordinaires  de  Bonaparte 
lui-même;  en  admirant  ses  travaux,  elle  ne  cesse  point 
de  lui  reprocher  l'oubli  de  ce  qu'il  aurait  dû  faire.  «  Celui, 
(lit-elle,  qui  a  nivelé  des  montagnes,  détourné  des  iorrens, 
qui  a  fait  plus  enfin  que  mille  siècles  de  domination  féodale, 
de  toutes  les  œuvres  qu'il  lui  était  possible  d'achever ,  a 
laissé  la  plus  noble  en  arrière  (i).  »  Ailleurs,  en  rappelant 
la  réorganisation  du  royaume  d'Italie ,  elle  ne  manque 
pas  d'observer  que  tout  lui  fut  accordé,^  hors  V indépendance. 
«  Les  arts,  les  sciences,  les  manufactures  reçurent  une 
impulsion  nouvelle  ;  et  tout  ce  qui  a  nécessairement  amené 
la  liberté  de  là  presse,  continuait  de  fleurir,  au  moment 
où  cette  liberté  était  enlevée.  Ce  sont  de  telles  inconsé- 
quences qui  ont  fait  que  Napoléon  est  demeuré  un  demi- 
grand  liomme ^  et  qui  le  font  voir  s'efforçant  de  perfec- 
tionner son  brillant  despotisme  par  des  moyens  qui  con- 
duisent naturellement  les  peuples  à  la  liberté.  Après  tout 
ce  qu'il  a  fait,  il  reste  comptable  envers  la  postérité  pour 
avoir  retardé  la  grande  cause  de  l'émancipation  hu- 
maine (2).  » 

Lady  Morgan  présente  avec  la  même  franchise  l'état  du 
peuple,  à  mesure  qu'elle  parcourt  les  diverses  provinces 
de  l'Italie.  C'est  le  résultat  de  ce  nouveau  genre  d'obser- 
vations, qui,  plus  que  toute  chose,  est  propre  à  caractériser 
les  qualités  des  princes  et  l'influence  des  gouvernemens. 
Elle  ne  se  laisse  point  imposer  par  l'aspect  magique  de  la 
péninsule;  au  contraire,  ce  beau  spectable  la  rejette  dans 
ses  tristes  réflexions.  L'aspect  de  la  nature,  dit-elle  ,  offre 
partout  les  bienfaits  de  la  providence  ;  et,  dans   tous  les 


(0  T.  I,  page  48. 
(2)  T.  I ,  page  320. 


ET  POLITIQUES.  333 

lieux  où  les  hommes  sont  rassemblés,  on  voit  des  marques 
de  la  perversité  des  systèmes  qui  rendent  ces  bienfaits 
inutiles.  Des  villages  ruinés  ou  des  villes  tristes  et  dépeu- 
plées contrastent  sans  cesse  avec  un  ciel  brillant  et  pur, 
un  sol  toujours  riche  et  abondant  (i). 

Le  tableau  de  l'état  de  l'Église  et  de  Rome  est 
peut-être  le  plus  affligeant  de  tous  ceux  que  l'auteur 
a  tracés.  Elle  confirme ,  en  y  ajoutant  encore  ,  ce  que 
M.  Bonstetten  avait  déjà  remarqué  sur  le  Latium,  La 
magnificence  des  monumens  anciens  et  modernes  qui  or- 
nent la  ville  de  Rome ,  les  grands  souvenirs  de  sa  pre- 
mière et  de  sa  nouvelle  puissance,  la  pompe  des  fêtes  et 
des  cérémonies  religieuses  ,  les  musées  même,  les  biblio- 
thèques et  les  académies  sont  pour  elle  autant  d'indices 
de  la  dégradation  actueUe  du  peuple. 

Nous  ne  pouvons  suivre  lady  Morgan  dans  tous  les 
détails  où  elle  a  cru  devoir  entrer.  On  dirait  souvent, 
d'après  les  tableaux  qu'elle  a  tracés  de  ce  beau  pays , 
qu'il  n'est  que  le  triste  séjour  de  la  superstition,  de  la 
féodalité  et  de  l'esclavage.  Mais,  loin  de  s'en  prendre  au 
peuple  de  la  dégradation  à  laquelle  il  est  condamné,  elle 
s'élève  toujours  contre  les  vrais  auteurs  de  sa  décadence 
et  de  sa  misère.  Elle  n'épargne  pas  même  le  gouverne- 
ment anglais,  lorsqu'elle  reconnaît  les  traces  funestes  de 
son  influence.  Ainsi,  au  souvenir  des  malheurs  que  cette 
influence  a  fait  subir  aux  Napolitains ,  aux  Toscans,  aux 
Génois,  aux  Français,  elle  s'écrie  :  «  Concitoyens  de  Alilton, 
de  Newton  et  de  Locke,  c'est  ainsi  que  votre  nom  glo- 
rieux, que  vos  honorables  richesses  ont  été  prostitués,  à 
diverses  époques,  pour  soutenir  la  cause  de  la  tyrannie  et 
de  la  superstition  !  ['2)  O  terre  des  Russels  et  des  Hemp- 

(i)  T.  II  >  page  iS3. 
(.)  T.  ]II,pag.  37. 


S3A  SCIENCES  MORALES 

dens,  faut-il  que  cela  vienne  de  toi  (i)»  !  Ailleurs,  eh  con- 
templant le  sort  des  Génois  dont  elle  regarde  la  ville  comme 
la  Parga  de  l'Italie,  l'indignation,  dit-elle,  qui  murmure 
sur  toutes  les  lèvres  italiennes^  se  mêle  à  l'expression 
d'un  mépris  profond  pour  une  nation  qui  ne  sait  pas  voir 
dans  l'asservissement  des  autres  peuples  le  présage  cer- 
tain de  la  perte  de  ses  propres  libertés  (2).  » 

Heureusement,  au  milieu  de  tant  de,  maux  que  les 
derniers  événemens  ont  produits  dans  l'Italie,  notre  auteur 
trouve  encore  beaucoup  de  motifs  de  consolations.  Parmi 
la  foule  de  mendians,  d'ignorantins ,  d'antiquaires,  de 
versificateurs;  parmi  les  barons,  les  sbires,  les  douaniers 
de  l'industrie  et  de  la  pensée ,  elle  rencontre  partout 
beaucoup  de  philosophes  ,  de  publicistes  ,  de  patriotes  ; 
et,  à  travers  les  ténèbres  de  l'ignorance  et  de  la  supersti- 
tion ,  elle  aperçoit  les  indices  d'une  réforme  déjà  plus 
avancée  qu'on  ne  pense.  La  force  du  génie  de  la  nation  et 
l'impulsion  que  les  circonstances  lui  ont  communiquée,  lui 
ont  donné  une  direction  qu'on  s'efforcerait  en  vain  d'arrêter 
ou  de  détourner.  Selon  lady  Morgan,  une  distribution 
plus  générale  des  propriétés,  l'éducation  publique  tota- 
lemient  changée,  les  lycées  substitués  aux  monastères  , 
l'activité  de  l'existence  militaire  succédant*  aux  habitudes 
voluptueuses  et  indolentes  auxquelles  la  jeunesse  était 
autrefois  condamnée,  les  sciences  libéralement  encou- 
ragées et  cultivées  avec  ardeur,  l'ancienne  superstition 
frappée  de  ridicule  par  la  mode  aussi  bien  que  par  la  phi- 
losophie, ont  séparé  les  fils  des  pères  ,  par  une  distance 
morale  que  la  seule  différence  d'âge  n'aurait  jamais  établie. 

(1)  T.  III,pag.  45o. 

(2)  T.  H,  pag.  i4i. 


ET  POLITIQUES.  335 

Lady  Morgan  nous  assure  que  les  descendans  des  Visconti, 
des  Trivulzi,  des  Ubaldi,  des  Lambertenghi,  des  Litta, 
des  Borromeo,  des  Caraffa,  noms  si  fiers  et  si  féodaux, 
que  l'on  voit  si  souvent  opposés  les  uns  aux  autres  dans 
l'histoire  de  l'Italie,  se  sont  unis  pour  répandre  chez  leurs 
concitoyens  ces  lumières  autrefois  soigneusement  écartées, 
et  que  leurs  pères  eux-mêmes  auraient  rejetées  comme 
dangereuses  pour  l'ordre  social(i).  Notre  auteur  cite  encore 
avec  honneur  les  noms  des  Pareto  et  des  Serra,  les  der- 
niers des  Génois  ;  il  est  à  désirer  qu'en  mentionnant  ces 
vertueux  philantropes ,  loin  de  les  exposer  à  la  haine  et  à 
la  persécution  des  fauteurs  de  l'ignorance  et  de  la  servi- 
tude, on  parvienne  à  convaincre  ceux-ci  ;  que  tous  leurs 
efforts,  au  lieu  d'arrêter  la  tendance  générale  des  peu- 
ples, ne  serviraient  qu'à  l'accélérer  et  à  la  développer 
davantage. 

Nous  ne  discutons  point  la  justesse  de  ces  observations 
et  de  ces  présages;  mais  nous  ne  pouvons  nous  empê- 
cher de  remarquer  ici  que  lady  Morgan  ne  garde  aucim 
ménagement  avec  ses  adversaires ,  quels  que  soient  leur 
rang  et  leur  autorité.  Il  se  peut  que  ce  ton  puisse  paraître 
indifférent  ou  même  agréable  à  des  Anglais  habitués  à  ce 
genre  de  liberté,  surtout  lorsqu'il  est  employé  par  un  sexe 
à  qui  l'on  accorde  quelque  privilège  ;  mais  nous  pensons 
toutefois  qu^au  lieu  d'être  utile,  il  peut  nuire  beaucoup  à 
la  vérité. 

Jusqu'ici,  nous  nous  sommes  bornés  à  indiquer  le  sujet 

de  l'ouvrage  et  à  montrer  le  point  de   vue  sous  lequel 

-l'auteur  l'a  envisagé;    nous  ne  pouvons   nous   dispenser 

maintenant  de  remarquer  quelques  inexactitudes  que  lady 

Morgan  aurait  dû  éviter  avec  plus  de  soin,  et  qui  tiennent 

(i)  T.  I,  pag,  356. 


336  SCIENCES  MORALES 

souvent  de  trop  près  à  l'histoire  du  tems  et  du  pays  pour 
être  regardées  comme  indifférentes. 

D'abord,  presque  tous  les  passages  des  auteurs  italiens 
sont  dénaturés,  et  la  fréquente  altération  des  noms  propres 
des  personnes  et  des  lieux  induit  le  lecteur  peu  attentif  à 
les  confondre  ou  à  les  méconnaître.  Ainsi,  on  prend  le 
Novarese  pour  la  campagne  de  Nopi  (i);  Bonfaldeo  pour 
Bonfadio  (2);  la  Bandelletta,  de  Parme,  pour  la  BandeC- 
tini,  de  Lucques(3);  Clotilde  Tamborini  pour  Cl.  Tam- 
hroniy  \t%  Scaglieri  "^onv  \es  Scaligeri',  les  Lyns  pour  les 
Linc^i^  etc.  Ce  sont,  peut-être,  des  fautes  du  copiste,  du 
typographe  ou  du  traducteur.  Mais,  que  deviendrait  l'his- 
toire où  de  telles  méprises  seraient  fréquentes? 
,  On  appelle  quelque  part  trecenti  les  trecentisti,  et,  ce 
qui  pis  est,  on  les  prend  pour  les  auteurs  du  treizième 
siècle  (A).  On  sait  que  les  trccentisti  sont,  pour  les  Ita- 
liens ,  les  écrivains  du  quatorzième  siècle  ,  ainsi  que  les 
secentisti  sont  ceux  du  dix-septième.  Ailleurs ,  l'auteur 
fait  mourir  Galilée  dans  la  disgrâce  de  son  souverain.  (5)  ; 
ce  qui  est  une  erreur.  Les  Médicis  ne  pouvaient  résister  à 
l'autorité  de  la  cour  de  Rome  et  de  l'inquisition  ;  mais  ils 
ne  cessèrent  de  chérir  et  de  protéger  Galilée  jusqu'à  la  fin 
de  ses  jours,  et  de  le  regretter  après  sa  mort.  Il  semble 
encore  qu'on  attribue  quelquefois  à  un  individu  des  qua- 
lités qui  appartiennent  à  un  autre  du  même  nom. 

De  pareilles  inexactitudes  se  rencontrent  aussi  dans  ce 
qui  concerne  l'histoire  littéraire  de  notre  tems.  Lady  Morgan 

(1)  T.  II,pag.  58.  I 

(2)  Ihid.^  pag.  ii5.  ,      ^ 
(5)  Ibid.,  pag.  179. 

(4)  Ibid.  ,  p.  02. 

(5)  Ibid. ,  p.  292. 


ET  ï»OLITIQUES.  337 

célèbre  souvent  des  auteurs  et  des  ouvrages  d'un  raérite 
supérieur  ;  mais  pourquoi  prodiguer  les  mêmes  éloges  à 
des  littérateurs  et  à  des  livres  plus  ou  moins  médiocres  P 
L*abbé  Vélo,  de  Vicence,  et  non  pas  de  Parme,  comme  le 
dit  lady  Morgan  ,  est  compté  parmi  les  plus  élégans  prosa- 
teurs italiens  {i).  Plusieurs  autres  auteurs,  encore  vivans, 
sont  traités  avec  la  même  indulgence.  Est-ce  là  de  la  cri- 
tique ou  de  la  politesse  ? 

Sans  discuter  ici  quelques-unes  des  théories  littéraires 
de  lady  Morgan,  nous  nous  contentons  de  remarquer  que 
souvent  on  ne  peut  lui  accorder  les  faits  qu'elle  y  rapporte. 
'^Je  me  borne  à  citer,  par  exemple,  ce  qu'elle  dit  des 
romantiques  et  des  classiques  de  l'Italie  (2).  Elle  les  re- 
garde comme  les  guelfes  et  les  gibelins  de  nos  jours.  Nous 
convenons,  avec  notre  auteur,  qu'il  y  a  quelques  rapports 
entre  les  principes  littéraires  des  romantiques  et  les  prin- 
cipes politiques  des  constitutionnels;  mais  nous  ne  pou- 
vons lui  accorder  que  les  classiques  ne  soient  que  des  gi- 
belins. Tous  les  guelfes  ,  en  commençant  par  Crescenzi  et 
par  Cola  Rienzi ,  n'ont  fait  que  rappeler  et  imiter  les  mo- 
dèles de  l'antiquité,  les  Grecs  et  les  Romains,  leurs  an- 
cêtres. Heureux,  si  leurs  descendans  ne  les  eussent  pas  en- 
tièrement oubliés!  L'abbé  Genovesi,  plus  juste  appréciateur 
des  anciens,  recommandait  sans  cesse  l'étude  du  latin 
à  ses  élèves,  parce  que  cette  langue,  disait-il,  conserve 
encore  les  traces  et  les  souvenirs  de  cette  liberté  que  l'on 
a  perdue.  Lady  Morgan  a  donc  fait  tort  aux  classiques  qui 
peuvent  ne  point  partager  toutes  les  idées  des  romantiques, 
en  matière  de  goût,  mais  qui  ne  chérissent  pas  moins 
qu'eux  la  liberté  et  l'indépendance. 

(1)  T.  II ,  pag.   179. 

(2)  T.  III,  pag.   116. 

Tome  xii.  22 


338  SCIENCES  MORALES 

Toutefois,  il  ne  faut  pas  juger  l'ouvrage  que  nous  exa- 
minons, sur  de  telles  assertions.  L'auteur  ne  se  donne 
point  pour  antiquaire  ou  pour  littérateur;  et,  quoiqu'elle 
s'occupe  souvent  de  littérature  et  d'antiquités,  elle  ne  cesse 
de  répéter  que  son  objet  principal  est  l'histoire  politique 
de  nos  jours.  Bornons  donc  là  nos  dernières  remarques. 

Lady  Morgan,  en  rappelant  les  premiers  mouvemens  \ 
révolutionnaires  qui  se  manifestèrent  dans  la  Lombardie  , 
après  l'invasion  des  Français^  avance  qu'il  fut  débattu  un 
moment  dans  le  conseil ,  si  l'on  ne  sacrifierait  point  le 
dôme  de  Milan ,  regardé  comme  un  foyer  de  superstitions 
populaires  (i).  Ce  conte  est  entièrement  faux;  ces  idées 
de  vandalisme  ne  sont  jamais  entrées  dans  la  tête  des  pa- 
triotes lombards ,  ni  des  gouverneurs  de  Milan.  Ce  n'est 
qu'une  calomnie  qui  fut  débitée  pour  les  dénigrer,  mais 
qui  n'eut  point  de  cours,  et  que  l'on  n'aurait  pas  dû  rap- 
porter comme  un  fait  avéré. 

Lady  Morgan  nous  entretient  aussi  du  fameux  ballet  du 
pape  ,  qu'on  exécuta,  en  1797  ,  sur  le  grand  théâtre  de  la 
Scala ,  à  Milan,  et  semble  en  attribuer  la  composition  à 
celui  (Lefèvre)  qui  n'en  fut  que  l'exécuteur,  et  qui,  à 
cette  occasion,  fut  l'objet  de  beaucoup  de  persécutions. 
Mais,  un  fait  qu'elle  ne  dit  pas,  bien  qu'il  mérite  d'être 
connu,  c'est  que  l'ordre  d'exécuter  ce  ballet  fut  donné 
par  le  général  Kilmaine  ,  commandant  la  Lombardie  ,  au 
nom  du  général  en  chef  Bonaparte ,  qui  marchait  alors 
vers  Laybach. 

Quant  à  l'esquisse  que  lady  Morgan  donne  des  événe- 
mens  arrivés  à  Naples  ,  sur  la  fin  du  siècle  dernier  ,  elle 
semble  n'avoir  eu  pour  guide  que  Cuoco,  auteur  de  VEs- 

'  #■  Il         ,.  .  I        II  .      .  ..I  .  .  I    ■  ■  ■ 

^  (,)  T.  I,  page  164. 


ET  POLITIQUES.  339 

f^ai  sur  la  résolution  de  Naples  j  et  cet  écrivain  n'est  pas 
toujours  aussi  exact  dans  les  faits  qu'il  est  prodigue  de  ré- 
flexions. En  général,  lady  Morgan  n'a  pu  tout  voir  de  ses 
propres  yeux;  elle  s'en  est  trop  souvent  rapportée  à  des 
témoignages  ,  qu'elle  n'a  pas,  ce  nous  semble,  suffisam- 
ment examinés.  Ainsi,  elle  dit  que  les  galériens  de  Gênes 
portent  des  chaînes  où  est  gravé  le  mot  libertas  (1).  Ce 
mot  ne  se  trouvait  que  dans  les  armoiries  de  la  république. 
Rousseau  fut  le  premier  qui  donna  cours  à  ce  conte.  Du- 
paty  l'a  répété,  ainsi  que  d'autres  voyageurs  qui  se  sont 
crus  en  droit  de  parler  de  ce  qu'ils  n'avaient  pas  vu. 

Depuis  quelque  tems,  les    Carbonari  sont  devenus  un 
objet  d'importance  pour  quelques  cabinets  ,  et  un  objet  de 
curiosité  pour  le  public.  Lady  Morgan  ne  les  a  point  ou- 
bliés. Mais  ce  qu'elle  en  dit ,  est-il  assez  constaté  ?  Les 
Carbonari,  loin  d'être  protégés,  sous  le  gouvernement  de 
Murât,  comme  elle  l'avance  (2) ,  furent  sans  cesse  persé- 
cutés ,   surtout  dans  la  Calabre  et  dans  les  Abruzzes.    On 
les  regardait,  à  cette  époque,  comme  une  association  fon- 
dée et  dirigée  par  les  ennemis  des  Français.  Peut-être  , 
ceux  même  qui  maintenant  les  persécutent  le  plus ,  ne  se 
firent-ils  alors  aucun  scrupule  de  les  faire  servir  à  leurs  vues. 
Qu'il  me  soit  permis  de  faire  encore  une  observation. 
Dans  le  cours  de  son  voyage,  lady  Morgan  semble  avoir 
cherché  tout  ce  qui  peut  honorer  l'Italie  et  présenter  un 
air  d^opposition  à  la  féodalité  ou  à  la  superstition  de  l'Eglise 
romaine.  Mais  pourquoi  a-t-elle  oublié   les   Vaudois   du 
Piémont,  cette  antique  population  qui  a  conservé  la  pureté 
de  la  doctrine  évangélique  de  ses  pères,  au  milieu  des 
persécutions  les  plus  atroces?  Elle  devait,   au  contraire,, 

(i)  T.  II,  pages  66  et '87. 
{i)  T.  IV,  pag.  264. 

22* 


3Aa  SCIENCES  MORALES 

s'en  occuper  d'autant  plus,  qu'ils  ont  mérité  d'être  protégés 
par  les  Anglais,  et  que  leur  histoire  prouve  combien  la 
liberté  de  conscience  est  ancienne  chez  les  Italiens. 

Ce  ne  sont  là,  peut-être,  que  de  légères  inadvertances 
que  nous  aurions  pu  nous  dispenser  de  relever;  mais  nous 
avons  cru  nécessaire  de  les  indiquer,  parce  qu'il  est  très- 
facile  de  les  faire  disparaître  dans  une  seconde  édition. 
Au  reste,  nous  ne  pensons  pas  que  nos  remarques  puissent 
nuire  à  l'intérêt  qu'inspire  l'ouvrage  de  lady  Morgan  :  il 
offre  partout  des  observations  assez  ingénieuses  et  des 
traits  assez  spirituels  pour  lui  attirer  un  grand  nombre  de 
lecteurs. 

Nous  pourrions  citer  ce  qu'elle  dit  des  études  des  anti- 
quaires, à  l'occasion  des  découvertes  de  l'abbé  Maï(i), 
et  des  reliques  de  saint  Dominique,  conservées  à  Bologne, 
comparées  avec  le  doigt  de  Galilée,  conservé  à  Florence  (2). 
Nous  choisirons  le  portrait  d'Alfieri,  qui  nous  semble  des- 
siné avec  beaucoup  d'art  et  assez  de  vérité.  Elle  l'avait 
distingué  parmi  ces  grands  hommes  dont  l'église  de  Santa- 
Croce ,  le  Westminster  de  la  Toscane ,  ou ,  comme  les 
Florentins  l'appellent,  le  Panthéon  de  Florence,  garde  les 
monumens.  «  Son  génie,  dit-elle ,  semble  avoir  été  surtout 
dans  sa  puissante  volonté.  Il  voulut  être  poète,  et  il  devint 
poète.  La  nature  ne  paraît  pas  avoir  secondé  la  vocation 
qu'il  s'était  donnée  :  il  arracha  tout  ce  qu'il  obtint  d'elle, 
et  ses  inspirations  les  plus  poétiques  sont  rarement  autre 
chose  que  le  débordement  énergique  d'une  indignation 
vindicative  contre  quelque  loi  ou  institution  qui  opprimait 
la  suprématie  qu'il  s'attribuait....  Il  combattait  la  tyrannie 
soujs  le  diadème  et  sous  la  tiare;  mais  il  foulait  aux  pieds 

lO  T.  I,pag.  197. 

C2)  1\  II,pag.  302  et  3o6. 


ET  POLITIQUES.  3A1 

le  bonnet  de  la  liberté,  soit  qu'il  fût  le  signe  de  Tindépen- 
dancc  américaine,  ou  le  type  de  l'égalilé  révolutionnaire. 
Tel  qu'il  était,  son  apparition  brillante  se  confond  avec  les 
grands  événemens  qui  tendent  à  la  délivrance  de  l'Italie... 
Son  nom  appartient  essentiellement  à  l'époque  où  il  a  brillé 
sur  l'horizon  de  la  société  italienne,  comme  un  astre  soli- 
taire, mais  précurseur  de  l'énergie  et  de  l'indépendance 
qui  répandront  sur  la  nation  une  clarté  universelle  (i).  » 
Lors  même  que  l'on  n'approuverait  pas  entièrement  tous 
les  traits  sous  lesquels  est  reproduit  ce  grand  écrivain,  oQ 
ne  peut  refuser  à  lady  Morgan,  dans  cette  partie,  comme 
dans  l'ensemble  de  son  ouvrage ,  beaucoup  de  pénétration 
et  de  sagacité. 

Je  terminerai  cet  article  par  un  tableau  qui  caractérise 
le  peuple  napolitain.  Ladj  Morgan  nous  peint  un  de  ces 
improvisateurs,  Ou  plutôt  récitateurs  populaires,  qui  rap- 
pellent les  poètes  cycliques  dont  parle  Horace.  On  voit 
ordinairement  près  du  môle  de  Naples  plusieurs  cercles , 
où  les  derniers  des  lazaroni ,  disposés  sur  deux  ou  trois 
rangs, quelquefois  assis  sur  des  bancs  de  bois,  d'autres  fois 
sur  la  terre,  écoutent  un  lecteur  qui  occupe  le  centre,  et 
qui  lit  très-haut  le  Tasse  ou  Mastrillo,  les  histoires  de  la 
Bible ,  ou  les  légendes  d'un  caractère  moins  édifiant.  Notre 
auteur  se  plaît  à  faire  le  portrait  grotesque  d'un  de  ces  aca- 
démiciens :  il  portait  une  immense  perruque,  un  grand 
chapeau  retroussé,  et  une  veste  ou  le  fragment  d'une  veste 
d'un  courrier  italien;  avec  cela,  il  n'avait  ni  bas  ni  sou- 
liers; il  portait  des  lunettes  énormes,  et  tenait  d'une 
main  le  Tasse ^  et  de  l'autre  une  baguette,  avec  laquelle 
il  gesticulait  d'une  manière  imposante  et  variée.  A  cha- 
que vers  qu'il  récitait ,  il  joignait  un  long  commentaire 


»  T.  II,  page  a86. 


U^  SCIENCES  MORALES 

prononcé  d'un  air  si  gravement  sententieux,  qu'il  excï* 
tait  irrésistiblement  le  rire.  Cependant,  lady  Morgan  dit 
qu'elle  n'a  jamais  observé  de  physionomie  exprimant 
plus  fortement  une  attention  marquée  et  un  intérêt  pro- 
fond. Quant  aux  assisians,  leurs  sourcils  étaient  contrac- 
tés ,  leurs  lèvres  distendues;  leurs  têtes  s'agitaient  en 
écoutant  les  aventures  de  Godefroy  et  de  Renaud  :  les 
uns  se  levaient  à  demi  dans  leur  émotion;  d'autres  profé- 
raient une  sourde  exclamation ,  et  les  brauo ,  murmurés 
doucement,  circulaient  avec  l'émotion  retenue  de  gens  qui 
craignaient  d'interrompre,  par  leurs  applaudissemens,  les 
chants  qui  excitaient  leur  eilthousiasme  (i).  D'autres  voya- 
geurs, en  d'autres  occasions,  avaient  déjà  remarqué  cet 
esprit  dont  les  lazaroni  napolitains  sont  animés ,  et  qu'ils 
cachent  sous  des  dehors  si  grossiers  :  aussi,  l'on  peut  con- 
jecturer ce  que  pourrait  devenir  ce  peuple,  le  moins  civi- 
lisé de  l'Italie ,  si  l'on  s'étudiait  à  développer  ses  qualités 
par  une  éducation  convenable. 

Nous  dirons,  en  nous  résumant,  que  l'ouvrage  de  lady 
Morgan  mérite  de  fixer  l'attention,  soit  pour  l'intérêt  du 
sujet,  soit  pour  les  réflexions  piquantes  dont  il  est  semé, 
et  qu'il  obtiendrait  encore  des  suffrages  plus  universels,  si 
l'on  n'y  remarquait  quelques  inexactitudes  qui,  au  reste, 
sont  peut-être  inévitables  dans  les  productions  de  ce  genre. 
Nous  ne  dirons  rien  de  la  traduction  française  :  ce  n'est 
pas  à  moi  de  juger  de  sa  correction  et  de  son  élégance; 
d'ailleurs,  les  passages  que  j'ai  cités  ont  dû  suffire  pour  la 
faire  apprécier.  F.  Salfi. 

(i)  T.  IV,  page  24-. 


I 


ET  POLUrQUES.  US 


V%/V\  \/VVV%«t/V«%/VW 


.AWNUAIRE  NÉCROLOGIQUE  ,  OU  SUPPLÉMENT  ANNUEL  ET 
CONTINUATION  DE  TOUTES  LES  BIOGRAPHIES  OU  DIC- 
TIONNAIRES HISTORIQUES  ,*  Contenant  la  vie  de  tous 
les  hommes  célèbres  par  leurs  écrits ,  leurs  vertus 
ou  leurs  crimes,  morts  dans  le  cours  de  chaque  an- 
née, à  commencer  de  1820  (orné  de  portraits)  ; 
rédigé  et  publié  par  A.   Mahul   (1). 

Tous  les  bons  esprits  et  tous  les  cœurs  généreux  ont 
condamné,  avec  le  sentiment  d'une  indignation  vertueuse, 
ces  Biographies  des  hommes  uivans ,  si  prodiguées  de  nos 
jours  5  qui  n'ont  été  le  plus  souvent  que  des  répertoires  de 
délations  anonymes,  de  diffamations  criminelles  ou  d'a- 
troces mensonges,  décorés  néanmoins  du  titre  fastueux 
de  Melations  historiques  et  même  impartiales  (2). 

Quelques  pamphlétaires  obscurs,  associés  à  des  spécu-^ 
lateurs  avides ,  vendaient  leurs  plumes  pour  servir  basse- 
ment toutes  les  passions  haineuses  et  honteuses  ;  l'esprit 
de  parti  et  l'esprit  de  cupidité  s'emparaient  d'un  moyen 
facile  d'exploiter  la  curiosité  et  la  méchanceté  des  hommes; 


(1)  Paris,  1821.  1  vol.  in-8°.  Avertissement  et  table  des  articles, 
VIII  et  255  pages.  —  Baudouin  frères  ;  prix,  5  fr.  On  peut  souscrire, 
dès  ce  moment,  pour  I'Annuaire  nécrologique  de  1821,  au  Bureau 
central  de  la  Reuue  Encyclopédique  ,  rue  d'Enfer-Saint-Michel , 
n^iS,  ou  chez  Baudouin  frères,  libr.-éditeurSj  rue  de  Vaugirard,no  56. 

(2)  Voyez  ci-dessus,  Reuue Encyclopédique  ,  T.  I,  Note  des  pages 
i42-i46,  le  jugement  porté  sur  la  Biographie  des  hommes  viuans , 
jugement  qui  a  été  cité  depuis  plusieurs  fois  avec  éloge,  spéciale- 
ment dans  le  Mémoire  historique  très-intéressant,  publié  par  M.  Sa- 
vary,  ex-membre  du  conseil  des  anciens,  sous  ce  titre  :  Mon  examen 
de  conscience  sur  le  18  brumaire  aw.  8  (9  novembre  1799).  Paris, 
1819,  in-8°  de  94  pag.  Barrois  l'aîné,  rue  de  Seine,  n°  10. 


34^  SCIENCES  MORALES 

et  les  réputations  les  plus  honorables  étaient  livrées  sans  dé- 
fense aux  traits  empoisonnés  de  la  calomnie.  Une  déplorable 
impunité  encourageait  les  éditeurs  de  ces  productions  mons- 
trueuses; et,  quoiqu'elles  fussent  justement  signalées  à 
l'opinion  comme  indignes  de  toute  croyance ,  elles  trou- 
vaient souvent  accès  auprès  d'un  certain  nombre  d'hommes: 
les  uns,  légers  et  frivoles,  ou  distraits  d'un  examen  atten- 
tif par  le  tourbillon  des  affaires  et  des  fonctions  politiques 
où  ils  se  trouvaient  engagés;  les  autres,  faibles,  faciles 
à  être  prévenus  et  trompés,  désirant  même  quelquefois 
saisir  un  prétexte  plus  ou  moins  plausible  pour  imputer 
des  torts  graves  ou  même  des  crimes  à  d'autres  hommes 
dont  la  supériorité  excitait  leur  envie,  ou  dont  les  opinions, 
Roit  politiques,  soit  philosophiques, blessaient  leurs  intérêts 
et  leurs  préjugés.  Dans  ces  honteux  monumens  de  la  li- 
cence et  de  la  perversité  humaines ,  le  crime  puissant  est 
seul  protégé  par  des  ménagemens  officieux,  ou  même  il 
est  érigé  en  vertu;  le  mérite  modeste  et  solitaire,  la  vertu 
indépendante  et  courageuse,  qui  n'appartiennent  à  aucun 
parti,  à  aucune  coterie,  mais  à  la  justice,  à  la  vérité,  à  la 
patrie,  sont  abreuvés  de  calomnies  et  d'outrages. 

Autant  on  doit  flétrir,  comme  criminelle  et  impie,  la 
spéculation  de  ces  prétendus  biographes  modernes  ^  qui 
s'attachent  à  tout  ce  qui  est  marquant  dans  leur  siècle 
pour  le  dégrader,  qui  multiplient  avec  audace  les  accu- 
sations sans  preuves ,  et  les  imputations  calomnieuses , 
pour  satisfaire  à  leur  besoin  de  nuire,  et  qui  raniment  les 
souvenirs  à  peine  éteints  de  haines  et  de  vengeances  ; 
autant  on  doit  estimer  et  encourager,  comme  essentielle- 
ment morale,  philantropiquc  et  pieuse,  la  pensée  du  jeune 
écrivain  dont  nous  annonçons  l'ouvrage.  Il  a  voulu  con- 
sacrer ,  non  seulement  pour  une  fois ,  mais  désormais 
chaque  année,  une  sorte  de  monument  à  la  mémoire  des 


ET  POLITIQUES.  ,^A5 

hommes  utiles  ou  distingués,  que  la  mort  vient  successive- 
ment frapper. 

Les  Biographes  des  vivans  se  cachent  pour  attaquer 
leurs  victimes  et  pour  les  assassiner  moralement  avec  im- 
punité ;  le  Biographe  des  morts  offre  une  garantie  conve- 
nable^ par  la  publicité  de  son  nom  et  par  la  noblesse 
de  son  caractère  personnel.  Les  premiers  recueillent  çà  et  là 
toutes  les  relations  avérées  ou  fabuleuses,  et  surtout  scan- 
daleuses, qui  peuvent  entrer  dans  leur  plan  ;  ils  ne  prennent 
aucun  soin  de  vérifier  et  de  prouver  les  faits  quMls  avan- 
cent, et  qu'ils  ont  souvent  puisés  aux  sources  les  plus 
impures.  L'auteur  de  V Annuaire  Nécrologique  repousse  , 
avec  une  attention  religieuse,  tout  ce  qui  pourrait  blesser 
la  vérité,  ou  porter  le  caractère  de  la  passion.  Il  considère 
d*un  point  de  vue  élevé,  avec  une  grande  impartialité, 
les  hommes,  les  événemens,  les  gouvememens,  les  partis: 
son  objet  n'est  point  de  flatter  aucun  personnage  puissant, 
de  caresser  aucune  opinion  dominante,  mais  de  se  mon- 
trer l'homme  de'  la  France,  de  la  vérité  et  de  l'avenir.  Son 
entreprise  est  utile  et  honorable  ;  son  but ,  moral  et  digne 
d'éloges  ;  sa  manière  de  juger  les  individus ,  sage  et  mo- 
dérée; son  style, élégant  et  pur,  simple  et  sans  prétention. 
Narrateur  fidèle ,  et  non  juge  passionné ,  il  écrit  un  ou- 
vrage, «  d'abord  historique,et  ensuite  littéraire.  »  Il  recueille 
avec  soin  et  se  plaît  à  signaler  à  l'estime  publique  tous  les 
travaux  qui  ont  pour  objet  le  bonheur  des  hommes  et  l'a- 
vancement des  sociétés.  11  ne  dédaigne  point  ces  hommes 
laborieux  et  modestes ,  dont  la  sphère  d'activité,  bornée 
souvent  à  une  ville  de  province,  n'a  guère  pennis  que  leur 
nom,  quoique  digne  de  réputation,  fût  connu  dans  la  ca- 
pitale, et  il  croit  avec  raison  faire  une  chose  bonne  et  utile^ 
«  en  contribuant  à  diminuer  ainsi  la  centralisation  litté- 
raire et  scientifique,   non  moins  funeste,  lorsqu'elle  est 


U6  SCIENCES   MORALES 

exagérée,  que   la   centralisation  politique   et   administra- 
tive. » 

«  Le  plan  de  cet  annuaire,  comme  le  dit  l'auteur, 
consiste  à  donner,  chaque  année,  la  biographie,  aussi  com- 
plète qu'il  sera  possible,  de  toutes  les  personnes  célèbres, 
à  quelque  titre  que  ce  soit,  décédées  dans  le  courant  de 
l'année  précédente.  Il  peut  devenir  ainsi,  dans  les  biblio- 
thèques, le  supplément  naturel  de  toutes  les  biographies 
ou  dictionnaires  historiques,  que  la  mort  et  le  tems  dé- 
complètent incessamment.  » 

M.  Mahul  nous  rappelle  que  l'on  publia,  durant  plusieurs 
années,  avant  la  révolution,  une  Nécrologie  française  ; 
Palissot,  Clément  (de  Dijon)  ,  L.  Castilhon,  M.  François 
(  de  Neufchâteau  )  en  furent  les  principaux  rédafcteurs. 
«  Cette  Nécrologie,  dont  les  articles  sont  intitulés  Eloges, 
comme  pour  signaler  d'avance  leur  principal  défaut ,  est 
restée  une  collection  utile....  Elle  n'embrassait  que  la  lit- 
térature, les  sciences  et  les  arts.  » 

On  publie,  chaque  année,  en  Angleterre,  depuis  cinq 
ans,  un  volume  intitulé  :  Animal  Biography  and  Obi- 
tuary.  M.  Mahul  se  propose  de  consulter  cet  ouvrage , 
ainsi  que  d'autres  recueils  étrangers  du  même  genre^  pour 
ajouter  à  son  Annuaire  une  Nécrologie  étrangère _,  qui  en 
complétera  le  plan ,  et  qui  paraîtra ,  en  forme  de  seconde 
partie,  à  la  suite  de  V Annuaire  Nécrologique  de  chaque 
année;  savoir,  celle  de  1820,  dans  le  recueil  de  1821,  et, 
d'après  le  même  ordre  convenu,  pour  les  années  suivantes. 

Le  volume  de  cette  année,  que  nous  avons  sous  les 
yeux,  comprend  quatre-vingt-dix  personnes,  dont  trois 
femmes:  madame  É/isa  Bacciochi  ,  née  Bonaparte  ,  deve- 
nue par  la  fortune  de  son  frère  grande-duchesse  et  prin- 
cesse,  qui  fit  quelquefois  pardonner  son  élévation,  en 
consolant,  par  SCS  bienfaits,  d'honoraU^^^  infortunes,  ou 


ET  POLITIQUES.  SAT 

en  accordant  une  protection  éclairée  à  des  savans  et  à  des 
artistes;  madame  Marie  Bigot,  née  Kiéné,  de  Colmar , 
très-habile  musicienne,  et  recommandable  sous  beaucoup 
d'autres  rapports,  dont  le  talent  distingué  «  associait  Télé- 
gance  sans  manière,  la  finesse  des  nuances,  la  convenance 
des  ornemens  qui  caractérisent  les  virtuoses  français ,  au 
coloris  mélancolique  et  mystérieux  qui  appartient  à  l'école 
allemande;  »  enfin,  maidame  Aimée  de  Coig^y^  duchesse  dis, 
Fleury,  qui  avait  reçu  de  la  nature  la  perfection  de  la 
grâce,  de  la  beauté  et  de  l'esprit,  et  qui  fut  chaulée  par  le 
poète  André  Chénier,  alors  son  compagnon  de  captivité, 
dans  son  ode  si  belle  et  si  touchante,  intitulée  :  La  Jeune 
Captive,  (Voy.  Rev.  Enc.^  T.  IV,  p.  81,   99.) 

On  distingue  ensuite  trois  personnages  politiques  assez 
marquans,  qui  ont  dû  leur  célébrité  à  la  révolution  :  Cam- 
BON,  qui  fut,  selon  notre  auteur,  a  un  habile  financier,  un 
honnête  homme  et  un  farouche  républicain;  »  Fouché, 
dont  l'article  très-étendu  et  plein  d'intérêt  est  une  sorte 
de  médaille,  où  sa  vie  publique,  fidèlement  représentée, 
offre ,  sur  l'une  de  ses  faces ,  un  tableau  hideux  et  révol- 
tant, et,  sur  la  face  opposée,  des  preuves  d'une  assez 
grande  habileté  politique  et  plusieurs  traits  honorables; 
puis,  Taliien,  dont  le  nom  aurait  pu  échapper  à  l'op- 
probre par  l'oubli ,  s'il  n'était  en  quelque  sorte  protégé 
par  le  souvenir  d'une  journée  mémorable,  dans  laquelle  il 
montra  une  grande  audace ,  excitée  par  le  sentiment  d'un 
grand  danger. 

La  Notice  sur  le  pue  de  Bërry  j  à  laquelle  est  joint  le 
portrait  de  ce  prince,  réveille  le  souvenir  d'un  crime  af- 
freux qui  a  plongé  la  France  dans  le  deuil,  et  dont  l'effet 
immédiat  et  les  funestes  conséquences  ont  donné  une  nou- 
velle énergie  à  des  inimitiés  mal  éteintes,  qu'aurait  dû 
adoucir  le  sentiment  profond  d'une  indignation  générale 


3A8  SCIENCES  MORALES 

et  d'une  commune  douleur,  —  On  regrette  que  l'auteur  se 
soit  trouvé  dans  la  nécessité  de  donner  à  l'assassin  fanatique 
de  l'infortuné  duc  de  Berry  presque  autant  de  place  qu'à  sa 
victime.  Huit  pages  entières  sont  consacrées  à  la  relation  dé- 
taillée du  forfait  de  LorvEt  et  du  procès  qui  en  a  reproduit 
aux  yeux  du  public  les  moindres  circonstances. 

Les  amis  de  la  gloire  nationale  et  de  ce  principe  fécond 
de  l'égalité  civile  et  politique,  qui,  en  ouvrant  au  mérite 
personnel  un  libre  accès  dans  toutes  les  carrières ,  excite, 
encourage  et  récompense ,  au  profit  de  la  patrie  et  du  gou- 
vernement, les  talens  distingués  dans  tous  les  genres,  ne 
liront  pas,  sans  un  vif  intérêt,  les  deux  articles  des  maré- 
chaux de  France  Rellebmai^n  ,  duc  de  Valmy ,  et  Lefebvre, 
duc  de  Dantzicky  devenus  l'un  et  l'autre  célèbres  en  dé- 
fendant, à  la  tête  de  nos  armées,  l'indépendance  nationale. 
—  Le  premier,  après  avoir  commencé  sa  carrière  mili- 
taire, comme  simple  hussard,  en  1752,  s'éleva  de  grade 
en  grade ,  par  sa  bravoure  et  son  habileté ,  au  comman- 
dement des  armées ,  et  il  eut  la  gloire  de  sauver  la  France, 
en  1792,  de  l'horreur  d'une  invasion  étrangère,  dans  ces 
champs  de  Valmy ,  où  la  reconnaissance  publique  vient  de 
lui  consacrer  un  monument.  —  Le  second,  d'abord  simple 
soldat,  puis  sergent  dans  les  gardes-françaises,  où  il  fut 
instructeur  du  jeune  Hoche,  devenu  peu  d'années  après 
son  général  en  chef  et  son  ami ,  fut  successivement  capi- 
taine d'infanterie  légère,  adjudant-général,  en  septembre 
1793;  général  de  brigade,  au  mois  de  décembre  suivant; 
général  de  division,  en  janvier  1794;  enfin,  maréchal 
d'empire,  maréchal  de  France,  duc  et  pair  de  France;  et, 
dans  sa  haute  fortune,  il  sut  toujours  conserver  le  souve- 
nir des  degrés  inférieurs  par  lesquels  il  s'était  élevé. 

Nous  citerons ,  de  plus,  parmi  lea  militaires,  les  généraux 
AuoviLLE,  DiaiL'Y,  JRazout  et  l'amiral  Decaks,   dont  oo 


I 


ET  POLITIQUES.  3A9 

rappelle  un  beau  trait  de  bravoure  qui  lui  mérita  un  sabre 
d'honneur;  parmi  les  littérateurs,  les  érudits  et  les  savane, 
doux  estimables  collaborateurs  de  la  Meuue  Encyclopé- 
dique,, l'un  écrivain  philosophe,  qui  a  laissé  une  réputa- 
tion européenne ,  Volnet  (i);  l'autre,  Palisot  de  Beatjvois, 
son  confrère  à  l'Institut,  savant  modeste  et  laborieux  (2)) 

—  TocHON,  d'Annecy,  autre  membre  de  l'Institut,  adonné 
dès  sa  jeunesse  à  l'étude  des  antiquités;  —  Ch.  Loyson, 
principal  rédacteur  du  Lycée  français ,  honoré  de  l'amitié 
de  M.  Cousin ,  qui  a  prononcé  un  discours  sur  sa  tombe  ; 

—  La  Chabaussière  et  Souque,  auteurs,  l'un  de  quelques 
opéras  comiques  agréables;  l'autre,  de  quelques  comé- 
dies spirituelles;  —  Sobrt,  dont  on  recherche  encore  la 
Poétique  des  arts  ,  ou  Cours  de  peinture  et  de  littérature 
comparées 'j — Barruel  et  Gallais,  deux  écrivains  poli- 
tiques, opposés  aux  principes  de  la  révolution,  qui  ne  surent 
point  se  garantir  d'une  exagération  condamnable  et  d'une 
partialité  aveugle. 

Ajoutons  encore  à  l'indication  des  noms  qui  ont  le  plus 
fixé  notre  attention  dans  cette  Biographie,  les  personnages 
suivans  :  —  L'abbé  Jarry,  savant  théologien,  mais  dont  le 
zèle  ardent  et  fanatique  pour  les  intérêts  temporels  de  l'église, 
lui  fit  souvent  oublier  les  sentimens  de  charité,  de  modé- 
ration et  de  sagesse  que  la  véritable  religion  doit  inspirer  ; 
— BoFiAGE,  professeur  à  l'école  de  droit  de  Paris,  auteur  de 
quelques  ouvrages  sur  le  droit ,  et  qui  fut  au  nombre  de 
royalistes  dévoués  qui  s'offrirent,  comme  otages,  en  1792 

■■in  '      ■"  "■     '■■'     i    •     ■■     '        N'wi  •  ' 

(i)  Voyez,  Rev,  BncycLi  T,  VII,  pag,  34-48»  une  Notice  sur 
M.  de  Volney.  9.  suivie,  du  discowrç,  prononcé,  à  roccasion  de  sa 
mort,  dans  la  chambre  des  pairs,  par  son  collègue  M.  Daru,  et 
dlu  catalogue  de  ses  ouvrages  imprimés. 

(1)  Voyez,  Repue  Encycl.^  T.  Y,  pages  288-290,  une  Notice  sur 
M.  Palisot  de  Bcauvois, 


350  SCIENCES  MORALES 

pour  obtenir  la  liberté  du  Roi  (i)  ; — le  doyen  des  libraires 
de  France ,  Guillaume  Debure,  éditeur  de  plusieurs  bons 
ouvrages,  et  auteur  d'un  grand  nombre  de  cataloguât,, 
dont  quelques-uns  sont  des  ouvrages  de  bibliographie  très- 
recherchés; — Delandine,  de  Lyon,  connu  surtout  par  son 
Noupeau  Dictionnaire  historique,  qui  a  été  réimprimé 
plusieurs  fois;  — Dumocchel,  ancien  recteur  de  l'université 
de  Paris  et  ancien  évêque  constitutionnel,  qui  est  mort 
simple  chef  de  bureau  en  retraite; — Balzac,  architecte 
habile  et  plein  d'enthousiasme  pour  les  arts,  qui  avait 
fait  partie  de  l'expédition  d'Egypte^  et  qui  a  laissé  un 
grand  nombre  de  dessins  et  de  projets  d'architecture  ; — 
Baragxjay,  autre  architecte,  recommandable  par  un  goût 
sage  et  pur,  et  dont  le  dernier  travail  est  la  restauration 
actuelle  de  l'Odéon  ; — Barrairon,  qui  avait  suivi,  depuis 
l'ancien  régime  et  sous  tous  les  gouvernemens  de  la  révo- 
lution, la  carrière  domaniale  ou  de  l'administration  des 
domaines,  dans  laquelle  son  père  était  placé ,  qui  était 
directeur  général  de  l'enregistrement,  et  député,  à  l'époque 
de  sa  mort,  le  5  décembre  1820,  et  qui  paraît  n'avoir 
pris  d'autre  part  aux  affaires  publiques  que  celle  qui  était 
indispensable  pour  conserver  les  places  qu'il  occupait  ; — le 
respectable  Monthton,  dont  les  nombreux  actes  de  bien- 
faisance ont  été  rappelés  dans  la  séance  publique  de  l'Ins- 
titut où  l'on  a  décerné  le  prix  de  vertu  fondé  par  cet 
homme  généreux; — Petitain,  ancien  secrétaire  de  la  pré- 
fecture de  Loir-et-Cher,  écrivain  recommandable,  dont 
on  mentionne  trente-deux  petits  ouvrages,  rapportés  à  des 
Tues  de  bien  public ,  cités  par  l'excellent  Journal  d^î  la  li- 


(2)  Voyez,  Fefue  Encycht  Tome  VI,  page  646,  une  Notice  sur 
M.  Boulage, 


I 


ET  POLITIQUES.  351 

hrairle  que  rédige  M.  Beuchot  ; — Bruand,  de  Besançon  (i), 
sous-préfet,  membre  de  plusieurs  sociétés  savantes,  qui 
partageait  son   tems  et    ses  soins  entre  l'administration 
publique,  l'exploration  et  la  description  des  antiquités  na- 
tionales et  la  méthode  d'enseignement  mutuel,  et  qu'une 
mort  prématurée  est  venue  enlever  subitement,  dans  sa 
Z^''  année,  à  ses  utiles  travaux; — l'estimable  Rabaut-Pom- 
MiER,  ministre  protestant,  digne  frère  du  célèbre  et  mal- 
heureux constituant  Rabaut,  qui,  après  avoir  soutenu  la 
révolution  dans  son  origine,  et  signalé  ses  principes,   sa 
direction  légitime  et  son  but,  combattit  ses  fureurs  et  ses 
excès  et  mourut  sa  victime; — l'économiste  Saint- Aubin,  qui 
a  publié  des  écrits  ingénieux  sur  quelques  parties  des  finances 
politiques  ; —  enfin,  Vigée,  qui  fut  long-tems  éditeur  de 
YAlmanach  des  Muses ^  où  l'on  trouve  un  grand  nombre 
de  ses  poésies  fugitives. 

Sur  les    quatre-vingts  noms,  recueillis  par  M.  Mahul, 
nous  venons  d'en  citer  trente-sept  ;  et  c'est  dans  Touvragc 
même  qu'il  est  curieux  et  intéressant  de  rapprocher  et  de 
comparer  tous   ces   personnages,   si  différens    d'esprits, 
d'opinions  et  de  caractères.  Chaque  portrait,   dans  cette 
vaste  galerie,  peut  fournir  un  sujet  de  réflexions  et  des 
leçons  utiles,   un  modèle  à  imiter,  ou  des  exemples  à 
fuir.  Au  lieu  de  rappeler  les  noms  les  plus  connus,  peut- 
être  aurions-nous  dû  plutôt  tirer  de  l'oubli  quelques  indi- 
vidus entièrement  obscurs,  dont  les  travaux  ou  les  actions 
leur  ont  acquis  des  droits  à  l'estime;  ou  rechercher  quel- 
ques-uns de  ces  hommes  qui  ont  été  méconnus  et  calomniés 
pendant  leur  vie  ,  et  auxquels  la  justice  impartiale  d'une 
génération  nouvelle  est  appelée  à  restituer  la  place  qu'ils 
doivent  occuper  dans  l'opinion.  Telle  est  l'une  des  parties 

(i)  Voyer^  Rev,  ençycl.,T,  VI,  p,  645.  upe  Notice  sur  M.  Bruand. 


352  '     SCIENCES  MORALES 

importantes  du  noble  rôle  dont  s*est  chargé   l'auteur  de 
VAnnuaire   Nécrologique, 

Une  plume  vertueuse ,  énergique,  éloquente,  devrait 
s'emparer  de  cette  question  morale,  d'une  haute  importance: 
«  Signaler  la  puissance ,  les  dangers  et  les  ravages  de  la 
calomnie ,  et  prouver  combien  sont  ennemis  de  leurs 
propres  intérêts  et  du  bien  public  les  hommes  légers  ou 
insoucians,  et  quelquefois  criminels  ,  qui  Taccueillent  et 
la  propagent ,  ou  seulement  qui  la  tolèrent.  » 

Il  appartiendrait  à  un  écrivain,  tel  que  Ta  défini  Fénélon  , 
à  celui  «  qui  ne  se  sert  de  la  parole  que  pour  la  pensée, 
et  de  la  pensée  que  pour  la  vérité  et  la  vertu  (i),  » 
de  présenter,  avec  la  force  victorieuse  du  raisonnement , 
avec  la  chaleur  d'une  sensibilité  entraînante,  le  sort  de 
l'homme  distingué,  d'un  talent  supérieur,  d'un  caractère 
honorable,  mais  indépendant;  isolé  dans  le  monde,  sans 
l'appui  d'un  parti,  d'une  secte,  d'une  coterie;  abandonné, 
comme  une  victime  dévouée ,  à  l'influence  de  tous  les 
genres  de  diffamations  et  de  calomnies ,  et  ne  devant  être 
dédommagé  qu'après'sa  mort  de  l'ingratitude  et  des  injns- 
tices  de  ses  contemporains. 

Telle  fut  la  destinée  du  sage  Socrate ,  chez  les  Athéniens  ; 
du  divin  fondateur  du  christianisme ,  chez  les  Juifs  ;  du 
vertueux  Malesherbes ,  chez  les  Français. 

Il  serait  utile  d'offrir  ce  grand  et  sublime  tableau,  cette 
protestation  éloquente  du  mérite  méconnu ,  étouffé ,  de 
l'innocence  persécutée,  outragée ,  proscrite ,  à  ces  hommes 
faciles  et  aveugles,  bien  intentionnés,  mais  faibles,  promp- 
tement  accessibles  à  des  bruits  téméraires  et  mensongers 
qu'ils  n'ont  point  vérifiés,  qui  deviennent  à  leur  insu  com- 
plices des  mauvais  traitemens ,  auxquels  la  malveillance , 

(»)  Dialogues  sur  Téloqucnce. 


Eï  POLITIQUES.  353 

l'envie  et  lamédiocrilé  livrent  l'homme  de  bien  cl  l'Iiomme 
(le  génie. 

Des  tablettes  nécrologiques  ,  destinées  à  devenir  en  quel- 
que sorte  le  vestibule  du  temple  de  Thisloire  j  offrent  d'a- 
vance un  asile  à  plusieurs  de  ces  nobles  victimes  qui  sont 
sacrifiées  par  la  fureur  aveugle  des  partis,  dans  les  troubles 
politiques.  Respectons  du  moins  la  vertu  et  le  mérite  dans  le 
repos  de  la  tombe. 

Un  tombeau  est  une  tribune  éloquente,  d'où  la  vérité, 
affranchie  de  toute  entrave,  dégagée  de  toute  passion  de 
haine  etd'envic,  peut  faire  entendre  avec  fruit  ses  leçons. 
La  mort,  bien  observée  et  méditée,  est  une  grande  maî- 
tresse pour  la  direction  de  la  vie.  «  Il  faudrait,  dit  Mon- 
taigne ,  faire  un  registre  commenté  des  morts  diverses  ; 
qui  apprendrait  aux  hommes  i\  mourir,  leur  apprendrait 
à  vivre...  L'utilité  du  vivre  n'est  pas  en  l'espace;  elle 
est  en  l'usage.  Tel  a  vécu  long-tems,  qui  a  peu  vécu...  » 

Ces  considérations  générales  font  mieux  apprécier  encore 
le  but  philosophique  de  l'ouvrage  de  M.  Mahul.  Tous  les 
amis  de  la  saine  morale  doivent  Tencoorager  à  continuer 
la  tâche  difficile,  mais  honorable,  qu'il  a  entreprise  ;  ils 
doivent  l'inviter  surtout  à  conserver  religieusement  ce 
caractère  de  modération  et  d'impartialité  qui  distingue 
le  véritable  historien.  C'est  ainsi  qu'il  acquerra,  d'année 
en  année  ,  de  nouveaux  droits  à  l'estime  et  à  la  confiance, 
et  que  les  volumes  dont  se  composera  successivement  sa 
collection,  deviendront  des  dépôts  déplus  en  plus  précieux, 
qui  seront  consultés  avec  fruit ,  et  qui  mériteront  de 
faire' autorité.  M.   A.  Juuien,  de  Paris. 


Tome  xn.  S3 


LITTERATURE. 

Dbs  troubadours  et  des  cours  d'amour  ,  par  M.  Ray- 
Nou  ARD  s  secrétaire  perpétuel  de  L'académie  française, 
officier  de  la  Légion- d^ honneur  (i). 

Le  nom  des  Troubadours  s'offre  à  nous,  entouré  du 
prestige  des  souvenirs  poétiques  et  des  mœurs  cheyale- 
resques,  mais  enveloppé  aussi  des  obscurités  du  moyen 
ûge.  L'intérêt  qu'ils  excitent  est  vague,  parce  que  nous 
n'avons  de  leurs  ouvrages  qu'une  connaissance  imparfaite^ 
et  que  nous  sommes  loin  de  savoir  précisément  ce  qu'on 
y  doit  chercher.  Peut-être  ne  sera-t-il  pas  inutile  d'indiquer 
en  peu  de  mots  à  quels  titres  ils  méritent  notre  attention. 
Non  seulement  l'étude  des  poésies  provençales  fait  espérer 
à  l'imagination  de  nouvelles  jouissances,  en  lui  révélant 
quelque  trait  d'esprit,  ou  l'expression  d'un  sentiment  dé- 
licat, mais  elle  se  recommande  d'abord  par  les  découvertes 
qu'elle  promet  à  la  philologie  générale;  car  la  langue 
des  Troubadours,  fille  de  la  langue  romane  primitive  (2) , 
est  la  sœur  aînée  des  langues  française,  italienne,  espa- 
gnole et  portugaise,  qui  lui  ont  survécu;  et  l'examen  de 
leurs  affinités ,  comme  des  caractères  qui  les  distinguent , 
offre  au  grammairien  philosophe  un  sujet  de  recherches 
neuves  et  fécondes. 

Considérés  comme  monumens  historiques,  leurs  ouvrages 
n'ont  pas  moins  d'importance  :  on  y  trouve  une  foule  de 
détails  précieux  pour  éclaircir  certains  faits  obscurs,  et 
pour  dévoiler  les  usages  et  les  mœurs  du  tems  ;  car  les 
poètes  sont  les  peintres  de  la  société;  Homère  supplée  à 

(i)  Paris,  1820.  1.  vol.  in-S".  Firmin  Didot.  - 

(7)  j4ntiquam  exquirite  matrem.  ■ 


LITTllRATURE.  355 

l'histoire,  et  les  poésies  des  Troubadours,  plus  bornées  ik  la 
vie  commune  et  aux  objets  contemporains,  oftVent  des 
peintures  peut-ctrc  encore  plus  naïves.  Enfin, cette  lecture 
pourra  n'être  pas  sans  fruit  pour  ceux  qui  s'occupent  des 
théories  littéraires.Une  critique  éclairée  saura  y  découvrir  les 
traits  originaux  qui  caractérisent  cette  littérature  nouvelle, 
et  l'influence  qu'elle  a  exercée  sur  les  littératures  modernes, 
en  créant  un  genre  particulier,  qu'un  nouvel  ordre  de  sen- 
timens,  d'images  et  d'expressions  a  fait  distinguer  du  genre 
classique  proprement  dit.  Déjà  l'on  commence  à  entrevoir 
le  lien  par  lequel  l'histoire  de  la  poésie  provençale  se  rat- 
tache à  celle  de  la  littérature  européenne,  du  moins  chez 
les  nations  où  la  littérature  n'a  pas  été  factice,  je  veux 
dire,  où  elle  a  été  l'expression  fidèle  de  la  société. 

Ces  rhapsodes  du  moyen  âge  sont  donc  dignes  de  tout 
notre  intérêt  :  mais  ils  ont  été  jusqu'ici  bien  mal  connus. 
Long-tems,  l'extrait  des  manuscrits  de  Sainte-Palaye,  fait 
par  Millot,  a  été  l'unique  source  à  laquelle  ont  été  puiser 
tous  ceux  qui  ont  voulu  connaître  l'histoire  et  les  ouvrages 
des  Troubadours;  long-tems,  il  a  été  l'unique  fondement 
de  toutes  les  opinions  émises  sur  leur  compte,  en  France 
et  en  Europe.  Cependant,  il  est  reconnu  aujourd'hui  que 
le  livre  de  Millot,  inexact,  incomplet  sur  les  points  impor- 
tansj  n'offre  guère  que  des  traductions  plates  ou  infidèles 
de  morceaux  recueillis  sans  choix,  avec  l'ennui  d'un  ca- 
talogue monotone  et  d'une  sèche  nomenclature.  Si  donc 
on  voulait  se  faire  des  idées  précises  sur  les  Troubadours, 
une   seule   chose  restait   à  faire ,  c'était  de  recourir   aux 
sources  même,  de  recueillir  les  originaux,  et  de  publier 
un  choix  de  leurs  ouvrages,  assez  étendu  et  assez  varié, 
pour  permettre   d'entrevoir  l'ensemble  de  leur  système 
poétique,  et  pour  faire  sufiisamment  connaître  la  théorie 
et  le  degré  de  culture  de   leur  langue.  Tel  est  le  tra^^ail 

23* 


366  ,      LIÏTÉRATURE. 

entrepris  et  déjà  exécuté,  en  grande  partie,  par  M.  Ray- 
nouard.  Il  publie  un  choix  des  pièces  originales;  et,  au 
moyen  des  recherches  historiques  et  grammaticales  dont 
il  a  fait  précéder  ce  recueil,  quiconque  sera  curieux  de 
connaître  les  Troubadours  pourra  les  étudier  dans  leurs 
propres  ouvrages. 

Toutefois,  pour  faciliter  ce  travail,  M.  Raynouai-d  s'est 
proposé  ,  dans  une  brochure  séparée ,  qui  se  rattache  à  son 
grand  ouvrage,  de  tracer  en  quelque  sorte  l'idéal  du  Trou- 
badour, au  moyen  de  traits  divers  empruntés  à  chacun 
d'eux.  En  rapprochant  plusieurs  fragmens  où  se  retrouvent 
les  sujets  les  plus  ordinaires  de  leurs  chants,  les  idées,  les 
sentimens  et  les  images  qu'ils  reproduisent  le  plus  volon- 
tiers, il  a  voulu  caractériser  le  genre  de  leur  talent  et  le 
tour  de  leur  esprit.  «  J'ai  cherché,  dit-il  lui-même,  à  re- 
présenter, par  la  disposition  graduée  de  ces  morceaux,  non 
seulement  les  idées  particulières  de  plusieurs  Troubadours 
distingués,  mais  encore  l'esprit  général  et  le  talent  com- 
mun qui  animaient  leurs  productions.  »  Ces  poésies  sont 
ou  amoureuses^  ou  satiriques^  ou  historiques  :  c'est-à-dire, 
que  tantôt  on  y  voit  le  culte  des  femmes,  et  l'expression 
de  cette  galanterie,  qui  fut  un  des  caractères  de  l'époque: 
tantôt  elles  offrent  la  peinture  naive  et  souvent  malicieuse 
des  mœurs  et  de  la  société,  ou  enfin  elles  se  rapportent  aux 
événemens  contempoi^aiiis.  Ainsi,  de  nombreuses  citations 
reproduisent  d'abord  les  sentimens  tendres  de  ces  amans 
passionnés  et  timides,  les  vœux,  les  craintes,  la  soumis- 
sion, l'espoir  et  la  reconnaissance  de  l'amour  :  on  y  trouve 
l'expression  d'une  tendresse  toujours  vive  et  fidèle,  sou- 
vent ingénieuse,  d'une  franchise  délicate ,  d'une  résignation 
touchante,  enfin  tout  ce  qui  forme  le  caractère  de  leur  pas- 
sion chevaleresque. 

D'autres  passages  nous  instruisent  des  mœurs  du  tems. 


LITTËIVATURE.  357 

C'est  dans  les  Slrp'entes  que  les  Troubadours  manifestent 
les  oi)inion3  les  plus  hardies  ;  ils  attaquent  indifféremment 
les  individus  ou  des  classes  entières  de  la  société  ;  c'est 
surtout  contre  les  prêtres  que  sont  dirigées  les  plus  Apres 
censures.  On  ne  peut  s'empêcher  d'approuver  souvent  oes 
mouvemens  d'une  ame  ardente  et  audacieuse  qui  tour  à 
tour  les  excitaient  à  blâmer  ou  à  célébrer  les  actions  dont 
ils  étaient  les  témoins;  on  applaudit  à  leur  courage,  quand 
ils  dénoncent   les  torts  et  les  injustices  des   princes  ,  les 
désordres  de  la  noblesse,  les  vices  de  la  bourgeoisie,  les 
excès  d'un  clergé  ignorant  :  plus    d'une  fois ,   leurs  voix 
généreuses   s'élevèrent  en   faveur  des  Vaudois  et  des  Al- 
bigeois, poursuivis  par  un  zèle  fanatique.  Dans  ces  tems 
où  manquaient  la  presse  et  la  tribune,  le  poète,  armé  du 
fouet  de  la  satire,  était  le  vengeur  de  l'innocence  oppri- 
mée; et,  si  le  crime  bravait  la  punition  des  lois,  il  était 
du  moins  flétri  par  l'opinion,  qui  déjà  fiiisait  l'essai  de  sa 
puissance.  Tantôt  n'écoutant  qu'un  zèle  religieux,  ils  ex- 
citent par  leurs  vers  les  peuples  et  les  rois  à  s'armer  pour 
la  délivrance  du  saint  sépulcre,  sujet  qui  a  donné  la  plu« 
belle  épopée   aux   tems  modernes  ;  tantôt  marchant  eux- 
mêmes  à  la  suite  des  armées  de  la  croix,   ils  passent  en 
Syrie,  ou  dans  la  Palestine;   et  h\,  soldats   au  jour  des 
dangers,  ils  célèbrent  ensuite  par  des  chants  héroïques  les 
victoires  et  les  triomphes  des  chrétiens. 

Je  voudrais  pouvoir  offrir  au  lecteur  des  exemples  de 
chacun  de  ces  genres;  forcé  de  choisir,  je  transcris  en  en- 
tier une  pièce  amoureuse. 

La  comtesse  de  Die,  abandonnée  de  son  amant,  s'ex- 
prime ainsi  : 

«  Le  sujet  de  mes  chants  sera  pénible  et  douloureux. 
Hélas  !  j'ai  à  me  plaindre  de  celui  dont  je  suis  la  tendre 
amie,  je  l'aime  plus  que  chose  qui  soit  au  monde;  mais. 


558  LITïJÎriATUllE. 

auprès  de  lui,  rien  ne  me  sert,  ni  merci,  ni  couiloisie,  ni 
ma  beauté,  ni  mon  mérite,  ni  mon  esprit.  Je  suis  trompée, 
je  suis  trahie,  comme  si  j'avais  commis  quelque  faute  en- 
vers lui. 

«Ce  qui  du  moins  me  console,  c'est  que  je  ne  vous 
manquai  jamais  en  rien,  ô  cher  ami,  dans  aucune  circons- 
tance! je  vous  aitou'ours  aimé,  je  vous  aime  encore  plus 
que  Seguin  n'aima  Valence;  oui,  je  me  complais  à  penser 
que  je  vous  surpasse  en  tendresse,  ô  cher  ami,  comme 
vous  me  surpassez  en  brillantes  qualités.  Mais  quoi  l  vos 
discours  et  vos  manières  sont  sévères  envers  moi, tandis  que 
toutes  les  autres  personnes  trouvent  en  vous  tant  de  bonté 
et  de  politesse? 

«  Oh!  combien  je  suis  étonnée,  cher  ami,  que  vous  af- 
fectiez envers  moi  cette  sévérité  !  pourrais-je  n'en  être  pas 
affligée  ?  Non,  il  n'est  pds  juste  qu'une  autre  dame  m'en- 
lève votre  cœur,  quelles  que  soient  pour  vous  ses  bontés 
et  ses  manières.  Ah  !  souvenez-vous  du  commencement  de 
notre  amour;  dieu  me  garde  que  la  cause  d'une  rupture 
vienne  de  moi  ! 

«Le  grand  mérite  que  vous  avez ,  la  haute  puissance  qui 
vous  entoure  me  rassurent.  Je  sais  bien  qu'aucune  dame 
de  ces  contrées  ou  des  contrées  lointaines,  si  elle  veut  ai- 
mer, fait,  en  vous  préférant,  le  clioix  le  plus  honorable  : 
mais,  ô  cher  ami,  vous  vous  connaissez  en  amour;  vous 
savez  quelle  est  la  femme  la  plus  sincère  et  la  plus  tendre; 
souvenez-vous  de  nos  accords  ! 

«  Je  devrais  compter  sur  mon  mérite  et  sur  mon  rang  , 
sur  ma  beauté,  encore  plus  sur  mon  tendre  attachement; 
aussi  je  vous  adresse,  cher  ami,  aux  lieux  où  vous  êtes, 
cette  chanson,  messagère  cl  interprète  d'amour;  oui ,  mon 
beau,  mon  aimable  ami,  je  veux  connaître  pourquoi  vous 


UTTÉlVATmiE.  859 

me  traitez  d'une  manière  si  dure ,  si  barbare.  Est-ce  l'effet 
de  la  haine  ?  est-ce  l'effet  de  l'orgueil  ? 

«  Je  recommande  à  mon  message  de  vous  faire  souve- 
nir combien  l'orgueil  et  la  dureté  deviennent  quelquefois 
nuisibles.  » 

M.  Raynouard  ajoute  les  réflexions  suivantes  :  «  Je  ne 
crois  pas  que  jamais  l'élégie  amoureuse  ait  mis  autant  de 
grâce  et  d'abandon  à  exprimer  une  affection  aussi  tendre 
et  aussi  passionnée.  C'est  le  sentiment  le  plus  vrai  ,1e  plus 
exquis  qui  a  dicté  cette  pièce.  J'avoue  que  j'ai  essayé  vai- 
nement d'en  offrir  une  traduction  :  le  sentiment,  la  grâce 
ne  se  traduisent  pas;  ce  sont  des  fleurs  délicates  dont  il  faut 
respirer  le  parfum  sur  la  plante;  leur  odeur  s'exhale,  leur 
éclat  se  ternit  à  l'instant  qu'on  les  détache  de  la  tige  ma- 
ternelle. 

«  Que  l'on  compare  celle  pièce  avec  celle  de  Sapho ,  et 
l'on  aura  une  idée  juste  du  caractère  de  la  littérature  clas- 
sique et  du  caractère  de  la  littérature  que  créèrent  les  Trou- 
badours. L'amante  de  Phaon  cède  à  l'entraînement  de 
l'amour,  mais  de  l'amour  tel  qu'une  femme  l'éprouvait 
dans  ces  tems  où  la  sensibilité  était  toute  matérielle ,  où 
la  civilisation  n'admettait  point  encore  les  femmes  à  faire 
l'ornement  de  la  société.  L'amante  du  chevalier  parle  un 
autre  langage;  c'est  le  cœur,  le  cœur  seul  qui  s'abandonne; 
sa  sensibilité  est  toute  intellectuelle.  Cette  femme,  aussi 
tendre  que  passionnée ,  ne  demande  à  l'amour  que  l'amout 
même.  »  Artaud. 


560  LITTÉRATURE. 


IWV%«/V1A.  vvw  vwv 


ARCHEOLOGIE. 

DiîSCRiPTiON  DE  l'Egypte  ,  ou  Recueil  des  obscrvailons 
et  des  recherches  qui  ont  été  faites  en  Egypte  ^pendant 
l'expédition  de  Cannée  française  :  seconde  édition  , 
dédiée  au  Roi;  publiée  par  C.  L.  F.  Panckoucke  (i). 

(  PREMIER  ARTICLE.  ) 

Une  de  ces  grandes  idées^qiii  naissent  par  intervalles  dans 
l'esprit  des  gouvernemens,  avait  fait  concevoir  à  la  France 
le  projet  glorieux  de  conquérir  TEgypte,  et  de  lui  imposer 
le  bienfait  de  la  civilisation  :  les  Français  voulaient  ainsi 
restituer  à  cette  première  patrie  des  arts,  ce  qu'ils  avaient 
jadis  reçu  d'elle,  par  l'intermédiaire  de  la  Grèce  et  de 
Rome.. 

Cette  terre,  qui  avait  été  foulée  autrefois  par  tant  de 
héros  et  de  grands  hommes,  qui  avait  vu  ses  rois  lui  ap- 
porter les  dépouilles  des  nations,  qui  avait,  pour  ainsi 
dire,  assisté  à  la  querelle  des  triumvirs,  et  à  qui  saint 
Louis  avait  donné  plus  tard  le  spectacle  touchant  et  inat- 

(i)  L'ouvrage  paraît  par  liviraisons  de  cinq  planches )  chacune, 
format  grand  atlas ,  imprimée  sur  papier  fin  et  satiné.  On  se  sert 
des  cuivres  de  la  première  édition.  Le  prix  est  de  dix  francs  pour 
chaque  livraison  étiquetée  ;  il  en  a  déjà  paru  vingt-trois,  nous  en 
avons  successivement  annoncé  dix  -  neuf  dans  notre  Bulletin 
bibliographique.  {Vqy.  t.  IX  ,  p.  363  ;  t.  X ,  p.  196  ,  6i5  ;  t.  XI  , 
p.  195^  397,  6n  ;  et  ci-dessus  ,  t.  XII,  p.  i83.)  11  y  aura,  en  tout,  en- 
viron neuf  cents  planches.  Le  texte  comprendra  vingt-cinq  vo- 
lumes in-8° ,  imprimés  sur  très  beau  papier,  avec  des  caractères 
neufs, et  contenant  vingt-huit  planches  non  comprises  dans  les  neuf 
cents  de  l'atlas.  Le  prix  de  chaque  volume  est  de  7  francs,  et  franc 
de  port  9  fraucs.  On  souscrit  chei  M.  l'autkouckc,  rue  des  Poitevins, 


ARCHÉOLOGIE.  361 

tendu  de  toulcs  les  vertus  chrétiennes,  cette  terre  antique 
et  célèbre  se  vit  tout-à-coup  l'objet  d'une  entreprise  mili- 
taire, qui  allait  appeler  sur  elle  les  regards  de  l'Europe  et 
de  l'Asie.  Bientôt  les  bords  du  Nil  furent  témoins  de  la 
valeur  française,  comme  ils  l'avaient  été  autrefois  de  celle  de 
Sésostris  et  d'Alexandre ,  de  César  et  de  Saladin  :  on  eût 
dit  qu'il  était  réservé  à  l'Egypte  de  servir  de  théâtre  à  toutes 
les  grandes  scènes  de  l'univers. 

Placée  au  centre  de  l'ancien  continent ,  riche  de  la  fé- 
condité de  son  sol,  et  plus  encore  des  travaux  d'un  peuple 
industrieux  et  créateur,  elle  fut  tour  à  tour  convoitée  par 
l'ambition  de  tous  les  potentats.  Cambyse  fut  le  premier, 
depuis  les  tems  historiques ,  qui  lui  fit  connaître  les  mal- 
heurs d'une  invasion  étrangère.  Le  roi  des  Perses  triompha 
en  barbare  :  l'aspect  de  la  grandeur  égyptienne  l'écrasa  ; 
ne  pouvant  l'égaler,  il  tenta  de  l'anéantir.  Des  villes  en- 
tières furent  livrées  aux  flammes  ;  les  palais  de  Thèbes  se 
virent  dépouillés  de  leur  royale  magnificence  ;  les  statues 
furent  brisées,  la  religion  asservie,  et  le  génie  des  Egyp- 
tiens arrêté  dans  son  essor;  Cambyse  porta  la  rapine  jusque 
dans  le  sanctuaire  des  dieux.  Heureusement,  sa  férocité  ne 
fut  pas  toujours  assouvie  :  les  monumens  égyptiens  oppo- 
sèrent à  ses  honteuses  mutilations  des  masses  colossales, 
contre  lesquelles  n'avaient  jamais  rien  pu  ni  le  fer,  ni  le 
feu,  ni  le  tems,  ni  les  hommes. 

Plus  grand  que  le  fils  de  Cyrus,  Alexandre  crut  devoir , 
dans  l'intérêt  de  sa  propre  renommée,  respecter  ime  gloire 
qui  remontait  à  l'origine  des  traditions  humaines.  Aux 
talens  d'un  guerrier,  il  joignit  les  vues  d'un  politique;  et 
le  conquérant  devint  fondateur. 

Alexandrie  s'agrandit  sous  les  Ptolémées.  La  Méditer- 
ranée, la  mer  Rouge  et  l'Océan  Indien,  depuis  les  co- 
lonnes d'Hercule  jusqu'aux  rives  du   Gange,  furent  tri- 


362  ARCHEOLOGIE. 

butaires  de  son  commerce.  «  Les  muses  grecques,  dit 
M.  Fourier,  vinrent  embellir  la  nouyelle  capitale,  et  les 
arts  se  montrèrent  dans  leur  ancienne  patrie.  » 

Les  Romains,  la  seule  nation  peut-être  qui  eût  été  digne 
d'apprécier  les  vestiges  d'un  grand  peuple ,  semblèrent  ne 
voir  dans  l'Egypte  que  la  fertilité  de  son  territoire.  Dans 
les  institutions  qu'ils  lui  donnèrent,  tout  fut  rapporté  à 
l'agriculture;  le  berceau  des  sciences  devint  le  grenier  de 
Rome;  et,  chose  étonnante!  les  Césars  firent  moins  que 
les  Ptolémées. 

Ils  se  contentèrent  d'enlever  aux  Egyptiens  quelques-uns 
de  leurs  obélisques,  et  leur  envoyèrent  en  échange  des 
préfets  pour  les  gouverner  :  la  souveraineté  de  l'Egypte  ne 
fut  plus  qu'une  espèce  de  fermage;  et  l'on  vit  même,  sous 
Tibère,  des  affranchis  (i),  munis  d'un  bail,  aller  s'asseoir 
insolemment  sur  le  trône  des  Pharaons! 

Il  faut  moins  reprocher  à  Omar,  fanatique  héritier  d'un 
faux  prophète  ,  d'avoir  fait  brûler  la  bibliothèque  d'Alexan- 
drie, qu'à  ces  Romains  civilisés  de  s'être  montrés  presque 
indifférens  à  tout  ce  qui  restait  encore  offert  à  leur  étude , 
dans  un  pays  qui  avait  donné  des  leçons  de  sagesse  aux 
hommes  réputés  les  plus  sages  de  la  terre ,  et  dont  le  sol 
était  encore  empreint  des  pas  d'Homère,  de  Pythagore  et 
de  Platon!  Mais  le  génie  de  Rome  n'était  plus  qu'un  vain 
souvenir  :  déjà  le  sceptre  du  monde  pesait  à  ses  mains  dé- 
biles; et  il  faut  dire,  à  sa  justification,  que,  déchirée  dans 
son  intérieur  par  les  discordes  domestiques,  et  obligée  au- 
dehors  de  partager  son  attention  entre  tant  de  pays  con- 
quis cl  tant  d'ennemis  à  combattre  ,  elle  fut  constammeiit 
distraite  des  grandes  vues  qu'elle  aurait  pu  fonder  sur  la 
possession  de   l'Egypte.    Si,  à  celte  époque,  le  sicgc  de 

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(0  T(^}cz  Stiabon  et  TaciJc. 


ARCHEOLOGIE.  ,36:î 

l'Empire  eût  été  transporté  à  Memphis,  cl  que  la  valeur 
romaine  se  fût  habilement  combinée  avec  ce  qui  restait  de 
la  sagesse  des  Egyptiens,  il  serait  peut-être  résulté  de 
cette  union  une  puissance,  formidable ,  qui  n'eût  eu  pour 
bornes  que  les  limites  de  l'univers,  et  pour  terme  que  la 
fin  des  tems. 

Quelques  fragiles  constructions  sont  aujourd'hui  les 
seules  traces  qui  subsistent,  sur  les  bords  du  Nil,  de  la 
domination  du  peuple-roi  :  on  en  voit  encore  les  débris , 
dispersés  çà  et  là  autour  des  monumens  indestructibles 
élevés  par  les  Pharaons,  plus  de  vingt  siècles  auparavant  (•). 

Bien  différens  des  Romains,  les  Français  se  présentèrent 
à  rEg3^pte  accompagnés  du  cortège  des  arts  :  ils  lui  appor- 
taient l'expérience  et  les  produits  d'une  civilisatit)n  perfec- 
tionnée; ils  venaient  y  fonder  un  nouvel  empire,  ils  vou- 
laient faire  pour  elle  ce  qu'elle  avait  jadis  fait  pour  l'At- 
tique  ,  et,  par  une  alliance  inaccoutumée,  joindre  au  titre 
de  conquérans  le  titre  plus  glorieux  de  bienfaiteurs. 

Quelques  années  d'une  possession  paisible  auraient  suffi 
aux  Français  pour  ressusciter  l'Egypte  de  ses  ruines.  Je  ne 
crains  pas  même  de  dire  que ,  forte  désormais  de  l'influence 
d'un  gouvernement  législateur,  on  l'aurait  vue  un  jour  mar- 
cher de  pair  avec  les  plus  puissantes  monarchies  de  l'Eu- 
rope, et  mettre  pour  son  propre  compte  un  poids  considé- 
rable dans  la  balance  des  nations. 

Déjà,  au  milieu  du  tumulte  des  armes,  et  lorsque  leur 
conquête  était  encore  mal  assurée,  les  Français  avaient 
commencé  à  réaliser  de  si  nobles  espérances  :  toutes  les 


(i)  La  ville  romaine  d'Antinoé,  bâtie  par  l'empereur  Adrien, 
ofTre  encore  les  débris  d'un  arc  de  triomphe  et  d'un  théâtre;  mais 
leur  état  de  dégradation  ne  permet  point  de  les  mettre  en  parallèle 
avec  les  édifices  égyplicns. 


o6A  AUCHEOLOGIE. 

ressources  de  l'économie  politique  avaient  été  appliquées  à 
l'administration  intérieure ,  à  la  perception  réglée  des  im- 
pôts, aux  diverses  branches  de  l'industrie  et  du  commerce. 
Les  droits  des  citoyens  venaient  d'être  garantis;  le  corps 
social  renaissait;  les  peuples,  en  proie  depuis  plusieurs 
siècles  aux  dépradations  d'une  poignée  d'esclaves,  respi- 
raient enfin  sous  l'autorité  plus  douce  d'une  nation  éclairée. 
L'Egypte  voyait  avec  transport  les  beaux -arts  accourir 
dans  son  sein,  comme  rentrés  d'un  long  exil;  l'ère  du 
bonheur  commençait  pour  elle;  des  jours  de  gloire  lui 
étaient  encore  promis  !  déjà  se  déployait  devant  ses  yeux 
un  immense  avenir,  un  avenir  digne  de  ses  ancêtres! 

Mais  les  destins  changèrent;  tant  d'espérances  furent 
anéanties.  Les  rapides  progrès  de  l'expédition  française 
avaient  alarmé  les  intérêts  d'une  nation  rivale  et  puissante, 
qui  en  calcula  dès-lors  avec  effroi  tous  les  résultats.  L'ar- 
mée avait  elle-même  éprouvé  des  revers ,  indépendans  de 
son  courage;  trois  chefs  s'étaient  succédés  dans  le  com- 
mandement :  le  premier  avait  brusquement  quitté  l'Egypte 
pour  retourner  en  France,  d'où  il  devait  bientôt  remuer 
toute  l'Europe  ;  le  second  venait  de  périr  de  la  mort  de 
Henri  IV,  sous  le  poignard  d'un  fanatique,  et  le  troisième 
n'offrait  aux  soldats  ni  le  génie  de  l'un  ni  les  talens  et  les 
vertus  de  l'autre.  La  ligue  formée  entre  l'Angleterre  et  la 
Porte  prévalut;  l'expédition  s'arrêta  dans  sa  marche,  et 
l'Egypte  fut  déshéritée  des  bienfaits  de  la  France ,  lorsque 
déjà  l'étendard  libérateur  avait  flotté  depuis  le  cap  Burlos 
jusqu'au-delà  des  cataractes,  depuis  le  désert  d'Auimon 
jusqu'aux  sommets  du  ïabor  ! 

Les  fruits  de  l'entreprise,  perdus  désormais  pour  la  po- 
litique, ne  le  furent  point  pour  les  sciences  :  à  la  gloire  des 
armes  était  venue  se  joindre  celle  des  lettres ,  et  le  même 
laurier  avait  fourni  deux  palmes  à  lu  fois. 


ARCHÉOLOGIE.  365 

Jamais,  en  effet,  expédition  do  guerre  ne  tourna  mieux  au 
profit  des  arts  :  chaque  bataille  protégeait  une  découverte;  à 
une  conquête  militaire  succédait  une  conquête  scientifique  ; 
et  à  peine  le  soldat  avait  fait  un  pas  de  plus  sur  le  sol  de 
riigypte,  que  déjà  le  compas  du  géomètre  l'avait  mesuré; 
déjà  le  savant  en  avait  étudié  les  antiquités;  le  peintre, 
dessiné  la  perspective;  l'astronome,  fixé  la  position  géogra- 
phique. C'est  ainsi  qu'au  milieu  d'un  camp  se  formait  une 
académie,  et  que  le  groupe  des  Muses  suivait  de  près  le 

^  char  de  la  Victoire. 

m  Quel  vaste  champ  s'ouvrit  alors  aux  recherches  des  voya- 
geurs français  !  que  de  choses  merveilleuses  frappèrent  en 
foule  leurs  regards  !  Denderah ,  Thèbes  ,  Latopolis,  Edfoû, 

H    l'île  de  Philaî,  livrèrent  tour  à  tour  à  leur  avide  curiosité 

P  leurs  temples,  leurs  palais,  leurs  obélisques,  leurs  cata- 
combes. Un  enthousiasme  général  éclata  dans  l'armée  ; 
comme  une  secousse  électrique,  il  se  communiqua  rapide- 

Ïment  à  tous  les  esprits.  L'admiration  n'était  plus  un  calcul, 
mais  un  sentiment  :  on  vit  de  simples  soldats,  des  soldats 
que  nulle  étude  n'avait  préparés  à  la  contemplation  des 
chefs-d'œuvre  de  l'art,  s'arrêter  tout-à-coup  de  stupéfac- 
tion devant  ces  débris  imposans  de  la  grandeur  égyptienne, 
ouïes  saluerde  loin  par  des  applaudissemens  simultanés  et 
comme  involontaires  :  tant  il  y  a  d'entraînement  et  de  force 
dans  l'ascendant  que  les  productions  du  génie  exercent  sur 
les  âmes  même  les  plus  communes! 

Jamais  ni  Hérodote,  ni  Diodore  de  Sicile,  ni  Strabon  , 
ni  aucun  des  nombreux  voyageurs  qui  les  ont  suivis  pen- 
dant une  durée  de  plus  de  dix-huit  cents  ans ,  n'avaieftt 
pu  donner  une  idée  complète  des  monumcns  de  l'antique 
Egypte.  C'est  pour  la  première  fois  que  l'intérieur  des 
temples  était  visité  :  rendus  d'abord  inaccessibles  aux 
étrangers  par  la  piété  des  Égyptiens ,  ils  le  furent  ensuite 


366  ARCÎIÉOLOGIE. 

par  k  barbarie  des  peuples  qui  leur  succédèrent  :  le 
yéritable  caractère  de  l'architecture  égyptienne  était  donc 
méconnu.  On  n'avait  étudié  jusqu'alors  ni  l'ordonnance 
des  plans  ,  ni  le  système  de  décorations,  ni  l'entente  des 
effets,  ni  l'équilibre  des  masses,  ni  rien  de  ce  qui  com- 
pose l'ensemble  d'une  conception  architecturale.  Les 
mesures  si  souvent  et  si  diversement  données  étaient  de- 
meurées indécises.  Une  foule  de  questions  importantes 
qui  se  rattachent  plus  ou  moins  à  l'histoire  des  mœurs, 
des  sciences  et  de  la  géographie ,  étaient  encore  autant 
de  problèmes  livrés  à  la  dispute  des  savans  et  dont  la 
solution  n'avait  jamais  produit  que  d'ingénieuses  erreurs. 
Une  tradition  ancienne,  mais  vague  et  presque  tombée 
en  désuétude,  nous  représentait  les  Egyptiens  comme  le 
premier  peuple  connu  qui  se  fût  livré  à  l'observation  des 
phénomènes  célestes;  cette  tradition  s'est  convertie  en 
une  vérité  constante,  depuis  que  les  Français  ont  révélé 
à  l'Europe  l'existence  des  sculptures  astronomiques ,  où 
ces  mêmes  Egyptiens  semblent  çivoir  légué  leurs  connais- 
sances à  l'avenir.  Les  zodiaques  de  Denderah  et  d'Esné 
ont  prouvé,  de  plus,  que  les  Grecs  avaient  fait  à  l'Egypte 
plus  de  larcins  qu'ils  n'en  ont  avoué.  Avant  l'expédition 
française,  on  avait  toujours  confondu  les  tableaux  religieux 
ou  emblématiques  avec  les  hiéroglyphes,  et  les  hiéroglyphes 
avec  les  signes  de  l'écriture  cursive;  on  ne  soupçonnait  pas 
même  l'existence  des  manuscrits  sur  Papyrus,  rapportés 
des  Hypogées  de  la  ïhébaïde  (i).  C'est  aux  savans  fran- 
çais qu'on  doit  surtout  cette  fameuse  pierre  de  Rosette,  le 
seul  vestige  sauvé  de  lalittérature  des  Égyptiens,  qui  puisse 
fournir  un  jour  à  la  critique  des  érudits  quelques  indica- 
tions pour  l'étude   des   hiéroglyphes.   C'est    encore  aux 

(i)  On  a,  appclc  Hjpo^^écs ,  les  catacombes  Uc  TÉgypte, 


ARCHEOLOGIE.  567 

Français  qu'est  duc  la  découverte  de  celte  magnifique 
catacombe,  trouvée  àThèbes  dans  la  vallée  des  tombeaux 
des  rois,  et  si  remarquable  par  la  richesse  des  ornemens 
qui  la  décorent  et  par  l'étonnante  fraîcheur  de  ses  pein- 
tures. Les  autres  catacombes  même,  quoique  déjà  connues 
pour  la  plupart,  n'avaient  été  explorées  qu'imparfaite- 
ment :  les  Français  ont  copié,  sur  les  parois  de  ces  monu- 
mens  souterrains ,  diverses  repréâentations  des  scènes 
familières  de  la  vie.  On  eût  dit  que  les  Egyptiens,  en  plaçant 
sous  nos  yeux  le  tableau  de  leurs  mœurs  domestiques, 
avaient  voulu,  par  des  images  plus  gracieuses  et  plus  naïves, 
reposer  notre  esprit  des  fortes  impressions  qu'y  laisse 
l'aspect  de  leurs  édifices.  On  a  déduit  de  cet  examen  les 
notions  les  plus  intéressantes  sur  leurs  costumes,  leurs 
armes,  leurs  meubles,  leurs  instrumens,  leurs  arts  mé- 
caniques, leur  agriculture,  et  en  un  mot  sur  tout  ce  qui 
constitue  l'industrie  d'une  civilisation  avancée. 

Ces  découvertes  importantes,  ces  notes  précieuses,  ces 
dsseins  exacts,  ces  mesures  précises,  cette  masse  d'ob- 
servations réunies  et  fécondées  les  unes  par  les  autres, 
furent  recueillis  avec  un  soin  religieux  et  apportés  en 
France.  Il  en  est  résulté  un  ouvrage  dont  la  littérature 
d'aucun  peuple  n'avait  donné  l'idée  ,  un  ouvrage  co- 
lossal comme  les  édifices  qui  l'ont  inspiré.  Il  perpétue  à 
jamais  le  souvenir  d'une  expédition  déjà  immortalisée  par 
les  trophées  d'un  chef  illustre,  par  les  batailles  des  Pyra- 
mides, de  Sédiment,  du  Mont-Tabor,  d'Héliopolis ,  par 
les  noms  de  Rléber,  de  Desaix,  de  Caffarelli,  de  Belliard, 
et  par  l'héroïsme  de  quarante  mille  Français.  C'est  un 
monument  digne  à  la  fois  de  la  nation  qui  l'a  élevé ,  et  de 
la  nation  en  l'honneur  de  laquelle  il  a  été  élevé.  Hommage 
à  la  constance  infatigable  des  savans  qui  ont  coopéré  à  ce 
litre  de  la  gloire  nationale!  Hommage  surtout  au  monarque 


368  ARCHEOLOGIE. 

éclairé  qui  n'a  point  voulu  que  de  semblables  travaux  par- 
vinssent imparfaits  à  la  postérité  (i)  ! 

La  seconde  édition  que  nous  annonçons  aujourd'hui 
est  encore  un  bienfait  du  gouvernement;  elle  remplit  le 
vœu  des  sciences  ,  elle  satisfait  à  un  besoin  fortement 
senti. 

La  Description  de  fEg^'pte,  qui ,  par  la  richesse  de  son 
exécution,  avait  été  jugée  digne  d'être  envoyée  en  pré- 
sent aux  souverains  de  l'Europe ,  était  par  cela  même 
inaccessible  aux  fortunes  particulières.  Confinée  sans  fruit 
darfs  quelques  palais,  elle  était  presque  ignorée  de  la  na- 
tion ,  et  M.  Panckoucke  a  bien  mérité  de  la  patrie  et  des 
arts,  en  la  mettant  à  la  portée  du  plus  grand  nombre. 
Déjà  vingt-trois  livraisons  de  planches  ont  été  publiées, 
et  nous  avons  en  ce  moment  sous  les  yeux  les  deux  pre- 
miers volumes  du  texte.  Ils  contiennent  la  descriplion  de 
l'île  de  Philœ,  de  Syène,  des  Cataractes,  de  l'île  d'Eléphan- 
tîne,d'Ombos  et  de  ses  environs,  des  carrières  de  Selseleh, 
des  antiquités  d'Edfoû,  d'Elethyia,  d'Hermonthis ,  de  Tu- 
phium  et  de  Thèbes  à  laquelle  le  tome  II  est  consacré  en 
entier.  Le  plan  que  nous  nous  sommes  tracé  nous  obligeant 
d'en  remettre  l'analyse  au  prochain  article,  nous  nous 
bornerons  à  parler  ici  de  la  préface  historique,  qui  est,  à 
elle  seule ,  une  des  plus  brillantes  productions  de  notre 
époque  (2). 

En  quelques  pages,  M.  Fourier  a  rassemblé,  avec  un 

(1)  Le  roi  a  non  seulement  permis  que  les  fonds  fussent  con- 
tinués pour  l'exécution  de  l'ouvrage  ;  mais  il  a  encore  ordonné  que 
la  magnifique  carte  de  l'Egypte  ,  dressée  sur  les  lieux  par  les  ingé- 
nieurs français ,  «ous  la  direction  de  M.  Jacotin,  et  gravée  ensuite 
a\i  dépôt  de  1  guerre  ,  fut  annexée  à  l'atlas ,  comme  un  complément 
indispensable. 

(2)  Dans  la  première  édition  ,  cette  préface  était  jointe  à  l'atlas. 


\ 


I 

I 


ARCHÉOLOGIE.  369^ 

art  admirable  et  sans  que  jamais  l'élégance  ait  été  sacrifiée 
à  la  concision  5  les  élémens  de  plusieurs  volumes  :  c'est 
à  la  fois  un  tableau  des  révolutions  diverses  qu'a  éprouvées 
l'Egypte,  depuis  les  tems  les  plus  reculés;  une  histoire 
complète  de  l'expédition  française,  et  un  résumé  philoso- 
phique de  tous  les  travaux  de  l'institut  du  Raire.  Son 
style  est  constamment  pur,  harmonieux,  plein  d'images , 
fort  de  pensées.  Il  a  je  ne  sais  quoi  de  grandiose  et  d'im- 
posant, qui  se  marie  bien  dans  notre  esprit  avec  les  idées 
que  nous  attachons  à  tous  les  souvenirs  de  l'Egypte. 

Les  citations  so;it  le  meilleur  éloge  des  bons  ouvrages  ; 
nous  n'aurons  pas  même  ici  de  choix  à  faire.  Dans  un 
écrit  où  tout  est  attrayant^  où  tout  est  également  digne 
de  l'attention  du  lecteur,  le  hasard  nous  servira  aussi  bien 
que  le  goût  le  mieux  exercé. 

Après  avoir  raconté  la  conquête  de  l'Egypte  par  Sélîm  I", 
l'auteur  jette  un  coup  d'oeil  rapide  sur  les  divers  change- 
mens  qui  s'étaient  opérés  à  la  même  époque  dans  les  autres 
montrées  de  l'univers  :  «  Dans  le  tems  que  l'Egypte  et  la 
Syrie  recevaient  de  nouveaux  maîtres,  dit  M.  Fourier, 
l'état  politique  et  le  commerce  des  nations  subissaient  des 
changemens  immenses  et  inattendus.  Aucune  époque  de 
l'histoire  n'est  plus  féconde  en  grands  événemens.  La 
puissance  ottomane  répandait  la  terreur  dans  l'Europe  et 
dans  l'Asie.  Plusieurs  états  chrétiens  cessaient  de  recon- 
naître l'autorité  du  pontife  de  Rome.  L'islamisme  éprou-* 
vait  une  révolution  semblable ,  et  une  secte  récente , 
favorisée  par  les  Sofis ,  divisait  les  pays  mahométans.  La 
France  appelait  les  beaux-arts  qui  illustraient  l'Italie.  Les 
noms  de  François  I",  de  Soliman  ,  de  Charles  -  Quint , 
remplissaient  le  monde  entier.  L'Europe,  exerçant  enfin 
son  propre  génie ,  perfectionnait  ses  institutions  civiles, 
et  rendait  ses  monarchies  puissantes,  par  l'établissement 
Tome  xii.  2A 


370  ARCHÉOLOGIE. 

fixe  des  armées.  L'art  de  l'imprimerie,  les  connaissance* 
nautiques,  les  usages  militaires,  faisaient  des  progrès  ex- 
traordinaires.  Les  entreprises    exécutées  par  Colomb  et 
Vasco  de  Gama  tenaient  tous  les  esprits  en  suspens.  Les 
Portugais  et  les  Epagnols,  sortis  de  leurs  ports  en  suivant 
des  routes  contraires ,  étaient  surpris  de  se   rencontrer  à 
la  même  extrémité  de  l'Asie.  Le  désir   de  s'emparer  du 
commerce  de  l'orient  avait  excité  ces  découvertes;  et,  en 
effet,  les  riches  productions  des  Indes  suivirent  une  voie 
jusqu'alors  inconnue.  L'Egypte ,  où  elles  se  rassemblaient 
depuis  tant  de  siècles,  et  qui  les  transmettait  à  divers  pays 
d'Europe  et  d'Afrique ,  perdit  les  avantages  qu'elle  tenait 
du  fondateur  d'Alexandrie.  Les  conquêtes   des  Portugais 
nuisirent  surtout  aux  Vénitiens,  qu'une  ligue  formidable 
n'avait  point  anéantis,  et  qui  se  trouvaient  à  toutes  les  issues 
du  commerce  des  Indes;  ils  virent  leur  grandeur  décroître 
et  s'évanouir  sans  retour.  Enfin ,  les  relations  qui  unissaient 
une   multitude  de  villes  et  d'états  furent  bientôt  inter- 
rompues. En  même  tems,  le  génie  inquiétât  ambitieux  des 
Européens  établissait  des  rapports  nouveaux  entre  les  par- 
ties du  monde  les  plus  éloignées.  Impatiens  d'employer  les 
nouveaux  instrumens  de  leur  puissance,  ils  se  servaient 
de  la  boussole  pour  se  diriger  sur  des  terres  inconnues,  et 
des  armes  à  feu  pour  en  subjuguer  les  peuples.  » 

Rapide  et  brillant  dans  ses  narrations,  M.  Fourier  sait 
imprimer  à  son  style  une  teinte  plus  austère  et  plus  majes- 
tueuse ,  toutes  les  fois  qu'il  parle  des  monumens  de 
FÉgypte.  «  L'Egypte,  dit-il,  qui  aspirait  à  rendre  ses  éta- 
blissemens  immortels,  et  qui  porte  l'empreinte  ineffaçable 
de  tous  les  arts,  opposera  long -tems  la  gravité  sévère 
et  même  excessive  des  plus  anciens  modèles  à  l'immobi- 
lité et  à  l'inconstance  naturelles  de  l'esprit  humain.  En  effet, 
le  peuple  le  plus  jaloux  de  produire  des  ouvrages  durables 


ARCHÉOLOGIE.  371 

habitait  le  pays  de  la  terre  le  plus  propre  à  les  conserver. 
Ces  monumens  ont  été  construits ,  plusieurs  siècles  avant 
que  les  villes  de  la  Grèce  fussent  fondées.  Ils  ont  vu  naître 
et  s'évanouir  la  grandeur  deTyr,  deCarthage  et  d'Athènes. 
Ils  portaient  déjà  le  nom  d'antiquités  égyptiennes ,  au 
tems  de  Platon;  et  nos  successeurs  les  admireront  encore,  à 
^époque  où,  dans  tous  les  autres  lieux  du  globe,  il  ne  restera 
plus  de  vestiges  des  édifices  qui  subsistent  aujourd'hui.  » 

Nous  ne  pouvons  nous  défendre  de  citer  encore  le  mor- 
ceau suivant,  par  lequel  M.  Fourier  termine  la  Préface 
historique,  et  où  il  a  si  bien  caractérisé  le  génie  des  anciens 
Égyptiens  :  «  Us  considéraient  en  quelque  sorte  comme 
éternel  ce  qui  appartenait  à  leur  religion  et  à  leur  gou- 
vernement; ils  étaient  entretenus  dans  cette  pensée  par 
l'aspect  continuel  des  grands  monumens  publics ,  qui  de- 
meuraient toujours  les  mêmes,  et  qui  paraissaient  n'être 
point  soumis  à  l'action  du  tems.  Leurs  législateurs  avaient 
jugé  que  cette  impression  morale  contribuerait  à  la  stabi- 
lité de  leur  empire.  C'est  dans  les  mêmes  vues  que  ce 
peuple  a  gravé  sur  ses  palais,  sur  ses  temples  et  ses  tom- 
beaux, les  images  de  ses  dieux  et  de  ses  rois,  les  obser- 
vations du  ciel ,  les  préceptes  sacrés ,  le  spectacle  de  son 
culte  et  celui  de  la  société  civile.  Toutes  ces  sculptures , 
et  même  les  plus  imparfaites,  exciteront  un  vif  intérêt  : 
elles  sont  les  traces  les  plus  anciennes  que  l'homme  ait 
laissées  sur  la  terre;  elles  appartiennent  à  celte  antique 
civilisation  de  l'Asie ,  qui  a  précédé  tous  les  tems  histo- 
riques de  la  Grèce;  elles  nous  font  entrevoir  ce  qu'étaient 
alors  l'esprit  et  les  mœurs  des  nations.  » 

«  On  ne  pourra  point  admirer  les  ouvrages  de  l'Egypte, 

ni  se  rappeler  les  époques  de  sa  gloire,  sans  considérer 

'  les  malheurs  que  lui  a  causés  la  perte  de  ses  lois,  de  ses 

lumières  et  de  son  indépendance.    On  appréciera  mieux 

ses  institutions  ;    on   les  regardera  comme   une  source 

2A* 


372  *      ARCHÉOLOGIE. 

morale  de  prospérités^  qui  n'était  pas  moins  nécessaire  ii 
ce  pays,  que  le  fleuve  qui  l'arrose.  On  comparera  surtout 
l'état  déplorable  dans  lequel  il  est  tombé,  arec  l'opu- 
lence que  lui  procurerait  en  peu  d'années  une  adminis- 
tration plus  sage.  Ainsi,  l'étude  de  l'Egypte,  si, féconde 
en  grands  souvenirs ,  nous  avertit  encore  que  le  déve- 
loppement de  l'intelligence  et  de  l'industrie  est  attaché  au 
maintien  de  l'ordre  public;  elle  nous  fait  mieux  connaître 
le  prix  des  lois  et  d'un  gouvernement  stable  et  éclairé, 
elle  nous  suggère  de  nouveaux  motifs  de  les  aimer.  Cette 
étude  ne  peut  qu'inspirer  des  pensées  justes  et  élevées  , 
détourner  de  la  recherche  des  ornemens  frivoles,  et  rame- 
ner à  l'unité  et  à  la  simplicité  des  vues.  Elle  fera  bien 
connaître  que  les  objets  solides  et  durables  ont  une  ma- 
jesté qui  leur  est  propre,  et  que,  si  l'élégance  ingénieuse 
des  formes  contribue  à  la  perfection,  l'idée  du  vrai  beau  ren- 
ferme nécessairement  celles  de  la  stabilité  et  de  la  grandeur  : 
elle  montrera  ce  principe  dans  tout  son  jour,  et  doit  avoir 
une  influence  utile  sur  le  goût  et  les  ouvrages  du  siècle.  » 

C'est  ainsi  qu'au  charme  de  l'éloquence  l'auteur  sait 
allier  les  conseils  de  la  philosophie  et  les  pensers  d'un 
esprit  qui  médite;  ou,  pour  me  servir  de  l'expression  d'un 
académicien  célèbre  ,  c'est  ainsi  qu'il  a  su  réunir  dans  son 
récit  la  grâce  d'Athènes  et  la  sagesse  d'Egypte.  Il  est, 
selon  nous,  plusieurs  pages  de  cette  composition  remar- 
quable qui  n'auraient  pas  été  désavouées  par  Bossuet  lui- 
même,  écrivant  son  Discours  sur  l'Histoire  universelle. 

Placée  à  la  tête  d'un  ouvrage  monumental ,  cette  Préface 
ne  saurait  être  mieux  comparée  qu'à  l'un  de  ces  majes- 
tueux joy/d/zei-  qui  précèdent  les  temples  égyptiens  :  comme 
eux,  elle  dispose  l'ame  à  des  idées  graves  et  solennelles  ; 
comme  eux ,  elle  semble  nous  suggérer  cet  esprit  de  recueil- 
lement et  de  méditation  que  nous  devons  porter  avec  nous 
en  entrant  dans  le  sanctuaire. 


ARCaKOLOGîli:.  373 

Inimédialcment  après,  commence  la  longue  série  des 
monnmens  de  l'Egypte.  Le  lecteur  impatient  s'élance,  pour 
ainsi  dire,  sur  les  pas  des  voyageurs  français,  et  pénètre 
avec  eux,  par  les  confins  de  la  Nubie,  dans  le  pays  célèbre 
qu'il  va  parcourir.  Mais  Philae ,  qui  fut  autrefois  la  limite  de 
l'empire  romain,  a  d'abord  arrêté  ses  regards.  A  l'aspectdes 
nombreux  édifices  dont  elle  est  couverte ,  il  lui  semble  que 
toute  l'île  n*est  elle-même  qu'un  seul  monument  élevé  au 
milieu  des  eaux.  Passant  ensuite  la  cataracte  de  Syène,  il 
fait  le  premier  pas  sur  la  terre  d'Egypte ,  sur  cette  terre 
vénérable  où  tout  a  commencé.  Il  marche  alors  de  surprise 
en  surprise,  se  portant  tour  à  tour  d'une  rive  du  Nil  à 
l'autre,  jusqu'à  ce  que,  arrivé  enfin  sur  l'emplacement  de 
l'ancienne  Thèbes,  il  modère  un  instant  sa  course  pour 
contempler  autour  de  lui  le  plus  beau  spectacle  de  ruines 
qui  se  soit  jamais  offert  à  la  méditation  des  hommes. 

Quelle  réunion  imposante  de  monumens!  que  de  colosses 
accumulés!  quels  travaux  immenses!  qu'elle  devait  être 
puissante  et  prodigieuse  la  population  qui  avait  fourni  assez 
de  bras  pour  les  exécuter  !  ou  plutôt  combien  de  généra- 
tions n'avaient  pas  dû  s'écouler  entre  la  génération  qui  les 
vit  entreprendre  et  celle  qui  les  vit  finir!  (i)      Jh.  Agoub. 

(i)  Les  découvertes  de  M.  Gau  dans  la  Nubie  et  celles  plus  im- 
portantes et  plus  nombreuses  que  vient  de  faire  M.  Gailliaud ,  à 
plus  de  cent  quatre-vingts  lieues  au-dessus  de  Syène,  ont  prouvé  que 
les  Egyptiens  avaient  construit  des  édifices  bien  au-delà  des  limites 
qu'on  a  jusqu'ici  assignées  à  leurs  ouvrages.  La  Relation  de  M.  Gail- 
liaud ,  attendue  avec  impatience  par  les  savans ,  doit  jeter  un  grand 
jour  sur  l'étude  de  cette  partie  de  l'Afrique,  presque  entièrement 
inconnue  jusqu'à  ce  jour.  La  rédaction  des  notes  de  cet  intéressant 
voyageur  est  confiée  à  M.  Jomard,  l'un  des  principaux  coopéra- 
teurs  de  la  Description  de  VEgypte.  M.  Gailliaud  méritera  un  jour 
d'être  nommé  le  Continuateur  de  l'expédition  française  :  quel 
titre  plus  glorieux  pourrait  enflammer  son  zèle  et  le  payer  de  ses 
fatigues  ! 


«,VV%tiVVVVVVVVVVVV%/VV\«^Vt.VVV«VVVVVVVV%VVVVVV«VVVVVVV«^'VVVhVV\VV%%'Vt/\/«VV^ 

m.  BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE. 

LIVRES    ÉTRANGERS  (i). 


AMÉRIQUE. 

ÉTATS-UNIS. 

108.  The  amerkan  Journal  of  science  and  arts. — Journal  amé- 
ricain des  sciences  et  des  arts,  rédigé  par  Benjamin  Sillimaw,  pro- 
fesseur de  chimie  et  de  minéralogie,  au  collège  de  Yale.  Tom.  III, 
n»  1  et  3.  4oo  pages. 

Ce  recueil  constate  l'état  des  sciences  en  Amérique. On  netrouverait 
pas,  dans  les  divers  pays  de  l'Europe ,  un  journal  qui  offrît  plus  de 
variété ,  qui  embrassât  un  plus  grand  nombre  d'objets  et  qui  réunît 
plus  de  mémoires  importans  dans  les  différentes  branches  des 
sciences.  Ses  cahiers,  qui  ne  paraissent  que  par  trimestre,  ont  ordi- 
nairement aoo  pages  et  sont  accompagnés  de  gravures  sur  des  sujets 
de  physique  ou  d'histoire  naturelle,  qui  surpassent,  pour  le  mérite 
de  l'exécution,  tout  ce  qu'on  publie  dans  le  même  genre  en  Angle- 
terre. Ce  recueil  est  le  premier  qu'on  ait  fondé  aux  Etats-Unis , 
exclusivement  pour  les  sciences.  Il  comprend  trois  divisions^  celle 
de  la  minéralogie,  de  la  géologie,  de  Vart  du  mineur,  celle  de  la 
botanique  et  de  la  zoologie,  celle  de  la  Chimie,  de  la  physique,  des 
mathématiques  et  des  arts  utiles  ;  enfin,  celle  de  la  médecine.  On 
remarque,  dans  la  section  géologie,  une  description  très-intéressante 
des  mines  de  cuivre  et  de  la  masse  du  même  métal,  situées  sur 
les  bords  du  lac  Supéx'ieur.  Le  bloc  de  cuivre  natif  pèse  deux  mijlliers 
et  repose  accidentellement  sur  un  rocher  de  serpentine.  Ce  volume 
contient  des  recherches  sur  la  géologie  de  la  Virginie ,  des  envi- 
rons du  lac  Huron,  de  la  Caroline, sur  le  succin  du  cap  Sable  dans 

(i)  Nous  indiquerons,  par  un  astérisque  (')  placé  à  côté  du  titre 
de  chaque  ouvrage,  ceux  des  livres  étrangers  ou  français  qui 
paraîtront  dignes  d'une  attention  particulière  ,  et  dont  nous 
rendrons  quelquefois  compte  dans  la  section  des  analyses. 


LIVRES  ETRANGERS.  375 

le  Maryland,  dans  lequel  le  docteur  Troo^i  aurait  trouvé  un  reste 
fossile,    qui  lui  a  paru  être  le  nid  d'une  de  ces  espèces  d'insectes 
qui  vivent  en   société,   circonstance  importante  pour  l'hisloirc  de 
la  formation   du  succin,  si  obscure    encore  ;  des  observations  sur 
des  mines  de  fer,  de  manganèse  et  de  plomb,  sur  le  marbre  Was- 
hington, et  sur  un  minéral    nouveau  auquel  on  a  donné  le  nom 
de  Francklinite,  parce  qu'il  a  été  trouvé  dans  les  environs  de  la 
ville  qui  a  donné  naissance  à  ce  grand  homme.  La  section  bota- 
nique de  ce  volume  renferme  des  observations  du  professeur  Raji' 
nesque^   sur  une  méduse  fossile,  un  calendrier  de   Flore  fort  dé- 
taillé ,  pour  les  environs  de  Boston ,  des  recherches  sur  les  abeilles 
mellifères   de  l'Amérique,  et  sur   une  petite  caverne  «   située  près 
de  Princeton,  et  que  des  ouvriers  ont  trouvée  tellement  remplie 
d'ossemens  fossiles  de  serpens  à   sonnettes  qu'on  a  pu  en  charger 
deux  tombereaux.  Ces  serpens  crotales  auraient-ils  dans  leurs  mœurs 
quelque  analogie  avec  ces   mammifères  qui  sont  venus  mourir  par 
milliers  dans  les  cavernes  du  Hartz  et   de  la  Franconie,   ou  bien 
des   circonstances  extérieures  semblables  auraient-elles    agi  de    la 
même  manière  sur  des  animaux  si  difFérens  par  leur  organisation, 
La  division  de  chimie  et  de  physique  est  celle  qui  occupe  le  plus 
de  place  dans  le  Journal  Américain.  Parmi  les  travaux  des  physi- 
ciens des  États-Unis,  on  distingue  ceux  du  professeur  Green  sur  un 
cas  de  cristallisation  instantanée,  sur  les  eaux  minérales  factices,  la 
discussion  de  quelques  points  de  théorie  sur  lesquels  les  chimistes 
ne  s'accordent  pas  (  la  question  des  chlorures  ou  hydromuriates  )  , 
des  remarques  très-intéressantes  et  fort  exactes  en  général  sur  le 
traité  de  Physique  générale  et  particulière  du  docteur  Enfield,  dont 
l'ouvrage,  quoique  fort  utile,  est  incomplet  ou  inexact  à  bien  des 
égards.  L'auteur  de  cette  analyse  se  plaint  de  ce  qu'il  n'ait  point  , 
encore  paru  un  traité  de  physique  qui  présente  la  théorie  des  accès 
et    de  la  polarisation  de  la  lumière  d'une  manière   élémentaire. 
Ces  théories,  auxquelles  il  faut  ajouter  celle  de  la  double  réfrac- 
tion, seront  toujours  très-diCBciles  à  exposer  clairement,  parce  qu'elles 
sont  fondées  sur  des  expériences  fort  délicates,  qu  il  faut  absolu- 
ment voir-t  et  parce  qu'il  n'est  pas  aisé  de  les  isoler  des  formules 
analytiques  qui  en  expriment  toutes  les  circonstances.  Elles  sont 
présentées  dans  la  dernière  édition  de  la  physique  de  M.  lïaiiy,  dans 
le  Précis  de  physique  de  M.  Biol  (,Voy.  Tome  XI  de  la  Revue , 


S76  LIVRES  ÉTRANGERS. 

p.  585),  et  surtout  dans  ses  notes  de  la  traduction  de  la  Physique  de 
Fischer^  d'une  manière  aussi  simple  que  le  sujet  le  permet;  le 
savant  rédacteur  a  donné ,  dans  ce  volume ,  un  grand  nombre  de 
notes  importantes.  On  remarque,  dans  la  section  qui  comprend  les 
arts  mécaniques,  un  Mémoire  du  professeur  Fischer^  sur  la  théorie 
des  presses  à  imprimer  et  sur  le  perfectionnement  dont  elles  sont 
susceptibles,  et  l'exposition  d'une  nouvelle  méthode  de  construction 
pour  les  ponts ,  qui  a  déjà  été  appliquée  avec  succès  par  M.  Town. 
On  voit  avec  plaisir,  par  un  extrait  de  la  correspondance  de  M.  Bron- 
gniart,  publiée  par  M.  Silliman ,  qu'il  s'est  établi,  entre  ces  deux 
savanSj  des  relations  très-actives ,  qui  ne  pourront  que  hâter  les 
progrès  de  la  géologie ,  cette  science  que  le  savant  français,  en  s'en 
tenant  aux  faits,  a  tant  contribué  à  rendre  positive.  On  trouve 
encore  dans  cet  intéressant  recueil  la  traduction  du  Mémoire 
de  M.  Magendie,  sur  V absorption ,  et  une  suite  d'observations  sur 
les  effets  de  l'acide  hydro-cya nique  qui ,  en  général,  confirment 
les  résultats  qu'ont  obtenus  les  médecins  français.  G.  Coqukbel, 
X09.  A  Catalogue of  minerais,  etc. — Catalogue  des  minéraux  qui 
composent  le  cabinet  de  feu  M.  Benjamin  de  Witt,  professeur  de  mi- 
néralogie au  collège  des  médecins  et  chirurgiens  de  New-York,  au 
nombre  de  plus  de  1 1,000  échantillons  ,  recueillis  tant  en  Europe 
qu'en  Amérique.  Albany,  1820.  In-8''  de  108  pag.  (  Cette  collection 
est  à  vendre.  ) 

110.  Narrative  journal  of  travelsy  etc. —  Relation  des  voyages 
entrepris  en  1820,  depuis  le  Détroit  du  nord-ouest,  par  la  grande 
chaîne  des  lacs  américains  jusqu'aux  sources  du  Mississipi ,  par 
H.  R.  ScHOOLCEAFT.  i82i.  1  vol.  in-8°,  de  424  P^g-»  avec  une  carte 
de  la  partie  septentrionale  des  États-Unis,  et  deux  gravures. 

Nous  nous  proposons  de  rendre  plus  tard  un  compte  particulier 
de  cet  intéressant  ouvrage  que  l'auteur  vient  d'adresser  à  M.  JuUien, 
fondateur-directeur  de  la  Revue,  et  dont  un  de  nos  collaborateurs  a 
témoigné  le  désir  de  publier  une  traduction  française. 

111.  Adress,  etc. — Adresse  à  ceux  qui  se  proposent  d'émigrer  aux 
Etats-Unis  d'Amérique,  pour  former  des  établissemens  d'agriculture 
dans  l'intérieur  du  pays,  sur  les  avantages  que  les  colonies  trouvent 
à  posséder  un  capital  capable  de  fournir  à  tous  leurs  besoins  ;  par 
George  Cocrtauld.  Sudbury,  1820.  In-8°  de  4°  pag. 

Cette   brochure   contient  une    description  curieuse   des  mœurs 


r 


LIVRES  ÉTRANGERS.  377 

d'une  cok)nie  d'Allemands ,  nommés  Harmonistes ,  qui  émigrè- 
rent  aux  États  -  Unis,  il  y  a  environ  dix -sept  ans,  sous  la  con- 
duite de  Frédéric  Rapp,  et  qui  sont  aujourd'hui  établis  sur  les 
bords  de  la  Wabash,   dans  l'état  d'Indiana.  B-r, 

EUROPE. 

GRANDE-BRETAGNE. 

H2. — Views  of  Society  and  manners  in  America.  —  Coup  d'œil 
sur  l'état  de  la  société  et  des  mœurs ,  en  Amérique ,  ou  Lettres 
écrites  en  1818,  1819  et  1820,  par  une  dame  anglaise.  LondreSjiSzK 
1  vol.  de  523  pages  in-S". 

Il  est  presque  impossible  de  trouver  un  voyageur  anglais  qui  soit 
juste  envers  le  peuple  des  Etats-Unis  d'Amérique.  La  fierté  britan- 
nique se  sent  humiliée  d'avoir  vu  un  vaste  pays,  naguère  soumis 
à  la  domination  de  l'Angleterre,  exploité  par  elle  comme  une  co- 
lonie ,  devenu  désormais  indépendant.  Les  Anglais  souffrent  déjà 
d'un  cruel  pressentiment  qui  leur  dit  que  bientôt  l'Amérique  leur 
disputera  ,  leur  enlèvera  peut-être  le  trident  de  Neptune,  ce  sceptre 
du  monde,  que  la  fîère  Albion  a  toujours  regardé  comme  son  apa- 
nage exclusif.  L'esprit  commercial  s'effraie  de  l'accroissement  pro- 
gressif et  rapide  que  prennent  l'industrie  et  le  commerce  des  Améri- 
cains. Les  hommes  à  préjugés,  et  les  Anglais  le  sont  communément, 
qui  prétendaient  autrefois  que ,  hors  de  leurs  pays ,  il  n'y  avait  que 
mauvaises  mœurs ,  corruption ,  ignorance ,  voient  avec  une  sorte  de 
dépit  régner  partout ,  en  Amérique,  les  vertus  domestiques  et  so- 
ciales ;  ils  s'étonnent  d'y  trouver  une  masse  de  connaissances  utiles 
de  toute  espèce,  et  une  tendance  générale  à  les  augmenter.  Enfin, 
les  admirateurs  de  la  constitution  anglaise  sont  désagréablement 
surpris,  en  voyant  la  liberté  et  le  règne  des  lois  se  consolider  en 
Amérique ,  tandis  que  l'arbitraire ,  le  despotisme  et  l'oligarchie  mi- 
nistérielle font  tous  les  jours  des  progrès  effrayans  dans  la  prétendue 
terre  classique  de  la  liberté.  Un  voyageur  qui,  pénétré  de  pareilles 
idées,  arrive  chez  une  nation  rivale  de  la  sienne,  est  ordinaire- 
ment peu  disposé  à  lui  rendre  justice.  La  dame  anglaise,  auteur  du 
livre  que  nous  annonçons ,  sort  de  la  classe  ordinaire  de  ces  voya- 
geurs. En  effet ,  après  avoir  lu  les  vingt-huit  lettres  dont  se  com- 
pose le  volume,  on  est  forcé  de  croire  que  l'Amérique  septentrionale 


378  LIVRES  ÉTRANGERS. 

est  dans  un  état  progressif  de  prospérité.  L'auteur  a  su  peindre , 
avec  les  couleurs  les  plus  vives  et  les  plus  brillantes,  l'intérieur  des 
familles,  la  vie  sociale,  le  caractère  du  peuple,  même  dans  les 
plus  basses  classes;  l'état  de  l'instruction  publique,  celui  de  la  re- 
ligion et  de  la  tolérance  religieuse  ;  l'industrie ,  le  commerce ,  les 
finances,  la  législation  ;  enfin,  tout  ce  qu'il  importe  de  connaître 
dans  un  pays  civilisé  :  rien  a'a  échappé  à  sa  pénétration  et  à  sa  sa  > 
gacité.  Soit  qu'elle  nous  montre  la  modeste  simplicité  du  président 
au  milieu  des  ambassadeurs  étrangers  et  dans  les  cercles  particu- 
liers; soit  qu'elle  nous  conduise  dans  la  chaumière  du  cultivateur,  ou 
dans  la  hutte  de  l'indien  sauvage;  soit  enfin  qu'elle  peigne  les  mer- 
veilles de  la  nature ,  telles  que  la  chute  du  Niagara,  ou  les  lacs  Onta- 
rio, Erié  et  Champlain ,  son  récit  est  toujours  empreint  du  cachet  de 
la  vérité.  On  pourrait  peut-être  l'accuser  d'avoir  quelquefois  exagéré 
en  beau,  comme  la  plupart  de  ses  compatriotes  le  font  en  mal; 
mais  nous  osons  assurer  que  cette  accusation  serait  injuste.  D'abord  , 
ce  n'est  pas  un  enthousiasme  aveugle  qui  a  guidé  sa  plume  ;  son 
admiration  est  toujours  raisonnée.  Ensuite,  nous  avons  remarqué 
que  les  premières  lettres  sont  un  peu  froides ,  mais  que  peu  à 
peu  le  style  s'anime  et  prend  de  la  chaleur  ;  la  lettre  qui  suit  est 
toujours  plus  intéressante  que  celle  qui  précède  9  et  cet  intérêt 
est  toujours  progessif  jusqu'à  la  dernière  page  du  volume.  Ce 
que  nous  venons  de  dire  prouve,  à  notre  avis,  que  l'auteur,  ar- 
rivé en  Amérique  avec  peu  de  notions  préliminaires  ,  peut  -  être 
même  avec  des  préventions  défavorables,  a  cru  devoir  écrire  avec 
prudence  et  circonspection,  pour  ne  pas  se  compiomettre  par  des 
jugemens  hasardés  ;  et  qu'à  mesure  qu'elle  a'obtenu  des  connaissances 
plus  positives,  sa  plume  est  devenue  plus  hardie  pour  tracer  des 
vérités  que  l'écrivain  ne  craignait  plus  de  voir  contredites  ni  ré- 
futées. Nous  serions  bien  trompés,  si  ces  considérations  ne  suffisaient 
pas  pour  donner  un  grand  crédit  à  l'ouvrage  de  la  dame  anglaise. 

Le  seul  enthousiasme  dont  l'auteur  se  montre  susceptible ,  est 
celui  d'une  sage  liberté.  Nous  voudrions  exti-aire  de  ce  livre  un 
court  passage,  qui  pût  faiie  connaître,  non  seulement  la  manière 
d'écrire  de  l'auteur,  mais  aussi  quelqu'une  des  anecdotes  très -in- 
téressantes, dont  son  ouvrage  est  rempli.  Nous  citerons  le  com- 
mencement de  la  vingtième  lettre.  «  II  n'y  a  aujourd'hui  aucune 
apparence  d'une  niinoritc  régulière  cl  pcrmancnlc  dans  la  nation  , 


I 


LIVRES  ÉTRANGERS.  379 

et  par  conséquent  dans  la  chambre  du  Congrès.  On  ne  dispute  plus 
sur  la  manière  dont  la  nation  doit  êti'e  gouvernée  ;  il  est  maintenant 
reconnu,  tant  en  théorie  qu'en  pratique,  que  la  souveraineté  ap- 
partient au  peuple ,  qui  a  consenti  d'exercer  cette  souveraineté  par 
ses  représentans  ,  sous  la  condition  qu'ils  suivront  les  instructions 
données  par  les  électeurs.  Dans  le  cas  où  ils  ne  s'y  conformeraient 
pas,  ils  sont  mis  de  côté,  et  d'autres  sont  élus  à  leur  place.  Ici,  une 
opposition'  de  ceux  qui  gouvernent  contre  ceux  qui  sont  gouvernés 
ne  serait  qu'absurde;  ils  sont  les  serviteurs  du  peuple  ,  et  non  pas 
ses  maîtres  ;  ils  sont  investis  seulement  du  degré  de  pouvoir  que 
ceux  qui  les  emploient  ont  jugé  à  propos  de  leur  confier;  ils  sont 
tenus  d'exercer  ce  pouvoir,  non  pas  comme  il  leur  plaît,  mais  comme 
il  plaît  à  la  nation.  » 

L'auteur  ajoute  la  note  suivante  ;  «  Ainsi ,  il  peut  arriver  qu'un 
représentant  se  trouve  placé  dans  une  sorte  de  lutte  entre  sa  propre 
conviction  et  la  volonté  expresse  de  ses  électeurs.  Il  peut  encore 
arriver  que,  dans  un  pareil  conflit,  le  représentant  obéisse  à  sa  cons- 
cience. Je  me  rappelle  une  circonstance  relative  à  un  M.  Baldwin, 
membre  distingué  du  congrès  pour  la  partie  occidentale  de  la  Pen- 
sylvauie,  qui  vota  une  fois  d'une  manière  contraire  aux  instructions 
qu'il  avait  reçues.  De  retour  dans  son  pays,  il  fut  invité  à  donner 
des  explications  sur  son  vote  ,  sous  peine  d'être  expulsé.  M.  Baldwin 
répondit  qu'au  moment  où  il  votait,  il  avait  témoigné  ses  regrets 
de  voir  que  son  opinion  était  tout-à-fait  opposée  à  celle  de  ses 
électeurs  ;  que  néanmoins  il  serait  indigne  de  la  place  distinguée 
qu'il  occupait ,  et  de  la  confiance  publique  dont  il  avait  été  honoré 
pendant  de  longues  années ,  s'il  se  justifiait  d'avoir  voté  conformé- 
ment à  son  propre  jugement  ;  que  ses  concitoyens  auraient  raison 
de  donner  leurs  voix  à  l'homme  dont  les  sentimens  seraient  plus 
en  harmonie  avec  les  leurs ,  que  les  siens  ne  l'avaient  été  dans  cette 
circonstance  ;  que ,  pour  ce  qui  le  regardait  personnellement ,  il  né 
pouvait  promettre  autre  chose  que  d'examiner  avec  une  attention 
scrupuleuse  ,  toutes  les  questions  proposées ,  et  de  prendre  en  grande 
considération  les  vœux  de  ses  constitua  ns ,  mais  non  de  voter  jamais 
contre  sa  conscience.  Ses  concitoyens  applaudirent  à  cette  décla- 
ration ;  et,  sa  conduite  ferme  et  honorable  étant  considérée  comme 
une  nouvelle  preuve  de  son  intégrité,  M.  Baldwin  f«t  unanime- 
ment réélu,  » 


380  LIVRES  ETRANGERS. 

Nous  regrettons  de  ne  pouvoir  donner  un  abrégé  de  la  vingt- 
cinquième  lettre  qui  contient  des  détails  pleins  d'intérêt  sur  le 
colonel  Eugée j  connu  par  sa  démarche  généreuse  pour  tirer  le 
général  Lafayette  des  prisons  d'Olmutz.  On  sait  qu'après  avoir 
échoué  dans  cette  noble  entreprise  ,  le  colonnel  Eugée  fut  enfermé 
lui-même  dans  un  cachot  infect ,  d'où  il  ne  sortit  qu'après  huit 
mois  de  cruelles  souffrances,  et  dans  un  état   de  santé  déplorable. 

On  nous  assure  q.ue  la  dame ,  auteur  de  l'ouvrage  que  nous  an- 
nonçons, est  maintenant  en  France  ,  où  elle  compte  au  nombre  de 
ses  plus  douces  jouissances  celle  d'avoir  fait  la  connaissance  per- 
sonnelle d'un  homme  célèbre,  qui  a  joué  un  rôle  très-brillant  dans 
le  pays  dont  elle  nous  a  donné  une  description  si  attrayante. 

Heiberg. 

ii3. — On  ihe  liharly  of  ihe  press  and  public  discussion  ,  etc. — 
De  la  liberté  de  la  presse  et  de  la  discussion  publique  des  actes  de 
l'autorité^  par  Jérémie  Bektham.  Londres.  1821.  William  Hone.  Broch. 
in  8°  de  28  pages. 

Jérémie  Bentham  est  un  de  ces  esprits  supérieurs  qui  joignent 
une  profonde  pensée  à  une  vaste  instruction.  Ce  n'est  pas  à  lui 
qu'on  peut  faire  le  reproche  que  Montaigne  adresse  aux  pédans , 
de  n'avoir  qu'une  suffisance  fune  capacité)  livresque.  Après  avoir 
beaucoup  lu ,  le  philosophe  anglais  a  fermé  ses  livres  ,  il  a  étudié 
les  hommes;  et  c'est  dans  cette  œuvre  immense,  quelquefois  obs- 
cure, mais  toujours  instructive,  quand  on  en  tient  la  clef,  qu'il  nous 
fait  lire  à  côté  de  lui.  Son  Traité  de  législation  renferme  toute  la 
philosophie  de  la  science  des  lois.  Ce  fut  la  méthode  suivie  dans 
les  bons  ouvrages  de  médecine  et  de  physiologie ,  qui  lui  en  fournit 
le  plan  :  il  conçut  le  dessein  de  traiter  les  maladies  morales  et 
politiques ,  comme  les  médecins  habiles  traitent  celles  du  corps  ; 
de  là ,  cette  belle  classification  des  maux  et  des  remèdes,  dont  aucun 
jurisconsulte  ne  peut  plus  se  passer,  s'il  veut  être  au  niveau  de  son 
siècle  et  de  son  sujet. 

Dans  sa  Tactique  des  assemblées  délibérantes  et  dans  son  Traité 
des  sophismes  politiques ,  Bentham  a  profité  de  la  longue  expérience 
que  lui  offraient  son  propre  pays  et  le  spectacle  des  débats  parlemen- 
taires. Sa  liste  des  sophismes  employés  dans  les  assemblées  déli- 
bérantes ,  et  la  manière  si  originale  dont  il  les  caractérise ,  est 
peut-être  le  plus  curieux  cl  le  plus  utile  de  tous  les  ouvrages  de 


LIVRES  ÉTRANGERS.  381 

politique  rationnelle  qu'on  ait  jamais  faits.  A  l'aide  de  cette  des- 
cription ,  rien  de  plus  aisé  que  de  reconnaître  et  de  nommer,  h 
mesure  qu'ils  passent,  ces  argumens  au  moyen  desquels  on  réussit 
trop  souvent  à  faire  prévaloir,  dans  les  assemblées  délibérantes,  les 
intérêts  du  petit  nombre  sur  l'intérêt  général. 

La  brochure ,  dont  le  titre  est  en  tête  de  cet  article ,  est  com- 
posée de  quatre  lettres  adressées  à  la  nation  espagnole,  à  l'occasion 
des  lois  proposées  dans  les  Cortès  ,  relativement  aux  délits  de  la 
presse  et  aux  réunions  politiques.  Ces  lettres  arrivèrent  trop  tard 
pour  pouvoir  être  traduites  et  imprimées,  avant  que  la  loi  fût  rendue; 
mais,  comme  elles  sont  d'un  intérêt  de  tous  les  tems  et  de  tous 
les  lieux ,  leur  illustre  auteur  a  cru  devoir  en  faire  jouir  le  public. 

Il  établit  nettement  que ,  sans  la  liberté  de  la  presse  et  la  dis- 
cussion publique  des  actes  de  l'autorité ,  il  est  insensé  de  s'ima- 
giner que  l'on  peut  être  bien  gouverné.  Les  hommes  ne  cessent 
pas  d'être  hommes,  en  arrivant  au  pouvoir  :  il  faut  un  frein  puissant 
qui  les  empêche  de  sacrifier  l'intérêt  public  à  leur  intérêt  particu- 
lier, à  l'intérêt  de  leurs  protecteurs  et  de  leurs  protégés  ;  et  ce  frein, 
quel  peut-il  être  que  la  crainte  d'être  traduit  au  tribunal  de  l'opi- 
nion ?  D'un  autre  côté,  le  public  a  le  droit  de  prendre  connaissance 
de  ce  que  l'on  fait  pour  et  contre  lui.  Quand  on  bâillonne  les 
écrivains  ,  ce  n'est  pas  à  eux  que  l'on  fait  tort  ;  c'est  à  la  société, 
qui  est  bien  plus  intéressée  à  savoir  la  vérité,  qu'ils  ne  sont  intéressés 
à  la  dire. 

Il  n'est  pas  possible  de  suivre  l'auteur  dans  la  discussion  des 
dangers  qui  accompagnent  la  liberté  de  la  presse.  Il  montre  que 
ces  dangers  sont  pour  ceux  qui  font  un  mauvais  usage  du  pouvoir , 
et  non  pour  ceux  qui  l'exercent  en  conscience.  Il  y  joint  quel- 
ques sévères  remarques  sur  l'administration  de  l'Angleterre. 

J.  B.  S. 

ii4«  —  Three  Tracts  relative  to  the  Spanish  and  Portugueze 
affizirs,  etc.  —Trois  Traités  sur  les  affaires  d'Espagne,  et  de 
Portugal ,  où  l'on  ne  perd  pas  de  vue  celles  d'Angleterre.  Par 
Jérémie  Bentham.  Londres,  1821.  William  Hone.  Brochure  de 
60  pages. 

Le  premier  de  ces  Traités  a  rapport  à  un  écrit  de  Don  Félix 
José  ReynosOi  où  cet  Espagnol  proposait  l'établissement  d'une 
chambre  des  pairs  dans  son  pays.  Gomme  on  avait  lieu  de  craindre» 


382  LIVRES  ÉTRANGERS. 

en  Espagne ,  que  cette  tentative  ne  fût  un  premier  essai  à  l'intro- 
duction des  abus  dont  on  cherche  à  surcharger  le  système  repré- 
sentatif,- des  publicistes  zélés  s'adressèrent  à  Jérémie  Bentham 
pour  qu'il  apportât  le  poids  de  son  imposante  opinion  dans  l'autre 
bassin  de  la  balance.  Il  composa ,  en  efiPet ,  ce  petit  Traité  qui  fut 
traduit  en  espagnol ,  et  où  il  combat  cet  esprit  d'imitation  servile 
qui  représente  la  constitution  anglaise  comme  le  modèle  des  cons- 
titutions ,  et  la  chambre  haute  comme  une  institution  à  imiter. 
11  fait  voir  comment  cette  fameuse  constitution  anglaise  vit  sur 
son  crédit  qu'elle  ne  mérite  plus.  «  Quant  à  nos  libertés  si  vantées, 
ajoute-t-il ,  imparfaites  comme  elles  le  furent  toujours ,  nous  ne  les 
avons  plus  j  et,  si  nous  devons  jamais  en  jouir  de  nouveau ,  il  faudra 
qu'elles  soient  reconquises.  Notre  gouvernement  est  déjà  un  gou- 
vernement militaire  ;  et  si  quelque  enfant  pleure  quelque  part , 
vite  des  troupes  y  sont  envoyées.  Nos  légistes  sont  les  instrumens  du 
pouvoir.  Si  quelques-uns  se  montrent  dans  l'opposition ,  c'est  afin 
de  se  mettre  à  plus  haut  prix ,  quand  sera  venu  le  moment  de  se 
vendre.  Les  formes  de  la  constitution  sont  conservées,  mais  la 
substance  a  disparu  ;  nos  soi-disant  représentans  ne  représentent 
plus  que  les  vampires  qui  nous  rongent,  etc.  » 

Dans  le  second  Traité ,  Bentham  se  propose  de  prouver  que  les 
délais  apportés  dans  l'instruction  judiciaire  contre  les  auteurs  du 
massacre  de  Cadix,  ont  pour  objet  de  les  soustraire  à  la  vindicte 
des  lois.  Il  y  examine,  en  profond. jurisconsulte,  cette  maxime  de 
Montesquieu,  que  les  formes  sont  la  sauve-garde  de  l'innocence. 
Il  montre  que  la  question  ne  peut  pas  être  établie  ainsi ,  et  qu'il 
faut  dire  ^ue/Zes  formes  sont  protectrices  de  l'innocence,  car  il  y 
en  a  qui  ne  protègent  que  le  crime. 

Le  troisième  Traité  a  pour  objet  de  donner  quelques  conseils 
aux  Cortès  de  Portugal ,  relativement  aux  articles  de  la  constitu- 
tion espagnole  qu'ils  doivent  rejeter.  Les  dispositions  blâmées  par 
Bentham  sont  :  i»  celle  qui  interdit  tout  amendement  à  cette  cons- 
titution pendant  huit  années;  2'»  celle  qui  ne  permet  de  réélire 
aucun  des  membres  de  la  précédente  législature  ;  3*  celle  qui  borne 
la  durée  des  sessions  à  quatre  mois  au  plus  par  année  ;  4°  celle  qui 
établit  la  biennalité  au  lieu  de  l'annualité  dans  les  élections. 

La  brochure  est  terminée  par  l'extrait  du  procès  -  verbal  des 
Cortès  de  Lisbonne,  qui  contient  les  remercîmens  adressés  par  les 


LIVRES  ÉTRANGERS.  385 

représentans  de  la  nation  portugaise  i\  Jérémie  Bentham  ,  et  Tordre 
donné  à  la  Régence  de  faire  imprimer  et  distribuer  son  ouvrage 
dans  les   deux  langues,  anglaise  et  portugaise.  J.  B.  S. 

II 5. — The  village  Minslrel ,  and  olher  poems. — Le  Ménestrel  du 

.village,  suivi  d'autres  poésies,  par  Jonh  Clahe,  paysan  du  Nor- 

thamptonshire  ,  auteur  des  Poèmes  descriptifs  sur  la  pie  champêtre 

et  les  beautés  de  la  campagne.  Londres,  1821,  Taylor  et  Hersey, 

2  vol.   in- 12. 

Inspiré  par  la  vue  de  la  nature,  un  pauvre  paysan  la  décrit  en 
vers  harmonieux  ;  une  de  ses  productions  qui  enveloppait  les  fruits 
qu'il  portait  au  marché  ,  tombe  entre  les  mains  d'un  libraire  géné- 
reux et  éclairé  ;  il  va  trouver  Clare,  parcourt  ses  poésies,  et  s'en  fait 
l'éditeur  (Vo^.  Reu.  Encycl,^  T.  VI,  pag.  i5i).  A  peine  l'ouvrage 
est-il  publié  ,  que  l'affluence  des  acheteurs  oblige  d'en  publier 
une  seconde  édition.  Une  souscription,  ouverte  en  faveur  du  poète 
malheureux  ,  est  bientôt  remplie  ;  et  Clare ,  possesseur  de  45  liv. 
stcrl.  de  rente  (onze  à  douze  cents  francs),  offre  maintenant  au 
public  les  fruits  de  son  loisir.  Ces  poésies ,  plus  pures  que  celles 
qu'il  publia  d'abord,  sont  empreintes  du  même  caractère  d'origi- 
nalité. Le  morceau  sur  les  nuages  est  un  des  plus  remarquables. 
Il  y  a  aussi  beaucoup  de  sentiment  dans  le  récit  que  fait  une 
vieille  femme  de  la  mort  d'une  jeune  fille  qui  s'est  suicidée.  A 
en  juger  par  les  dififérens  genres  de  poésie  dans  lesquels  Clare  s'est 
essayé ,  il  paraît  avoir  profité  de  sa  nouvelle  fortune  pour  lire  les 
anciens  auteurs,  et  agrandir  le  cercle  de  ses  connaissances.  Une 
libéralité  philantropique  et  bien  entendue  aura  valu  à  l'Angleterre 
un  bon  poète  de  plus,  L.  S.  B. 

POLOGNE. 

116.  — Joachima  Lelewela  Badania  starozytnosci  we  wzgledzie 
geografii.  —  Recherches  sur  la  géographie  ancienne,  par  Joachim 
Lelewel  ;  ouvrage  accompagné  de  cinquante  cartes  géographiques, 
gravées  par  l'auteur  lui-même,  sur  19  planches.  Varsovie  et  Vilna, 
1821.  1  vol.  in-80. 

Cet  ouvrage  est  le  fruit  de  plus  de  dix  années  de  travail  d'un 
homme  qui  a  consacré  tout  son  tems  à  l'étude  des  auteurs  de 
l'antiquité.  Un  esprit  juste,  aidé  d'une  sagacité  peu  commune, 
lui  a  fait  concevoir  plusieurs  idées  neuves,   qui  sont  directement 


S84  LIVRES  ETRANGERS. 

opposées  aux  systèmes  adoptés  jusqu'ici  pour  la  géographie  an- 
cienne. On  ignore  quelles  sont  les  circonstances  qui  ont  empêché 
l'auteur  d'offrir  au  public  l'ouvrage  entier.  Le  seul  volume  qui  ait 
paru  est  d'un  très  grand  intérêt;  il  comprend  d'abord  une  analyse 
raisonnée ,  mais  rapide  des  systèmes  connus  sur  la  géographie 
ancienne,  et  en  particulier  de  celui  de  M.  Gosselin,  que  l'auteur  est 
loin  d'adopter  ;  puis ,  l'histoire  de  la  géographie  ancienne  ,  qu'il 
appuie  par  des  recherches  et  des  preuves  auxquelles  est  consacré 
le  reste  de  l'ouvrage  ;  enfin,  une  exposition  comparée  des  anciennes 
mesures  géographiques.  Le  second  volume ,  encore  inédit,  doit  con- 
tenir beaucoup  d'éclaircissemens  et  de  détails  curieux  pour  l'his- 
toire de  la  géographie.  M.  Leiewel  a  gravé  lui-même  les  cinquante 
cartes  jointes  à  l'ouvrage.  On  regrette  que  la  langue  dans  laquelle 
cet  auteur  a  écrit  l'empêche  d'être  connu,  comme  il  le  mériterait, 
des  étrangers.  Sa  vaste  et  profonde  érudition  serait  certainement 
récompensée  par  une  réputation  très-étendue  que  sa  seule  patrie 
ne  peut  lui  offrir.  A.    J. 

SUÈDE. 

117. — 1 . Specimina  Uteraturœ islandicœ^veteris  et hodier7ios.,etc,—~ 
Spécimen  de  littérature  islandaise,  ancienne  et  moderne,  publiés  par 
Ch.   Rask.  Stockolm,  1819    1  vol.  in-8°. 

117. — 2.  Snorra  Edda^  —  li'Edd^  de  Snorron.  Stockholm,  iSiS. 
1  vol.  in-S". 

Le  célèbre  voyageur  danois,  M.  Rask,  professeur  et  second  bi- 
bliothécaire de  l'université  de  Copenhague  ,  dont  la  Reloue  a  sou- 
vent eu  occasion  de  parler,  et  qui  voyage  aujourd'hui  dans  les  Indes 
orientales ,  pour  rechercher  et  étudier  l'origine  et  la  filiation  des 
langues  européennes  et  asiatiques,  a  publié  ces  deux  ouvrages  en 
langue  islandaise ,  pendant  son  séjour  en  Suède.  De  là,  il  passa 
en  Finlande  pour  apprendre  la  langue  peu  connue  de  ce  pays;  en- 
suite en  Russie,  où  il  a  publié,  dit-on,  d'autres  ouvrages  pleins  de 
recherches  savantes ,  qui  ne  nous  sont  pas  encore  parvenus.  On 
attend  avec  impatience  le  retour  de  ce  savant  voyageur ,  qui  , 
connaissant  les  dangers  auxquels  il  est  exposé  dans  les  pays  bar- 
bares qu'il  parcourt,  a  pris  la  précaution  d'envoyer  en  Europe  la 
plus  grande  partie  de  ses  notes  manuscrites.  HEiBEac. 


LIVRES  ETRA^GE^iS.  ?M 

ALLEMAGNE. 

119.  TIeinrich  Laden' s  Geschichte,  etc.  —  Histoire  générale  de* 
penples  et  des  états  du  moyen  âge,  par  Henry  Lude:».  léna  , 
1821.  In-S"». 

Depuis  que  Cellarius  a  donné  on  petit  traité  sur  le  moyen  âge  , 
les  études  des  Allemands  se  sont  dirigées  vers  cette  époque  ;  mais, 
quoique  depuis  Cellarius  il  se  soit  écoulé  plus  d'un  siècle  ,  on  n'est 
pas  encore  parvenu  à  rendre  la  tâche  facile.  Il  ne  suffît  pas  ,  en 
eflPet,  d'être  bon  historien  pour  tracer  un  tableau  fidèle  du  moyen 
âge  :  il  faut  saisir  le  fil  d'Ariane  ,  et  sortir  de  ce  labyrinthe  de  faits 
et  de  dates  ,  d'erreurs  et  d'obscurités  ;  il  faut  y  porter  le  flambeau 
de  la  philosophie,  comme  l'ont  fait,  en  Angleterre,  Gibbon, 
Robertson  et  Hallam,  L'ouvrage  de  M.  Luden  et  les  recherches 
philosophiques  de  Buchholtz  pourront  placer  l'Allemagne  à  côté 
de  l'Angleterre  ,  dans  ce  genre  de  recherches.  Il  ne  faut  pas  croire, 
cependant,  que  INI.  Luden  se  soit  défendu  de  l'esprit  de  système, 
qui  souvent  gâte  les  plus  beaux  résultats  ,  surtout  en  fait  d'histoire. 
Voici  quelle  est  la  manière  dont  il  a  traité  son  sujet.  Selon  lui, 
l'antiquité  cesse  au  moment  même  où  l'empire  romain  finit.  Aussitôt 
après  sa  chute,  le  moyen  âge  commence,  et  l'Allemagne  occupe 
la  scène  du  monde  ;  c'est  elle  qu'il  faut  étudier  pour  suivre  les 
progrès  de  l'esprit  humain.  M.  Luden  va  plus  loin  encore  :  les 
peuples  qui  n'ont  pas  eu  de  rapport  avec  la  Germanie  ,  tels  que 
les  Arabes ,  les  Chinois  ,  les  Turcs,  etc.,  n'appartiennent  pas ,  à 
proprement  parler ,  au  moyen  âge  :  leur  histoire  a  passé  en  même 
tems  ;  elle  a  traversé  les  mêmes  siècles  ,  mais  ils  ne  font  point 
partie  de  la  grande  civilisation  germanique;  ils  ne  sont  là  que  comme 
des  ombres,  pour  faire  ressortir  le  tableau.  Quoi  qu'il  en  soit,  le 
patriotisme  est  un  sentiment  si  noble  et  si  respectable  ,  qu'on 
serait  tenté  d'excuser,  même  dans  l'historien,  les  erreurs  où  il 
peut  quelquefois  l'entraîner.  M.  Luden  apporte,  d'ailleurs,  dans  la 
discussion ,  une  critique  éclairée;  il  examine  les  opinions  des  détrac- 
teurs exclusifs  du  moyen  âge ,  avec  une  juste  sévérité.  D'un  autre 
côté  ,  il  nous  montre  ,  dans  les  défenseurs  de  cette  époque  ,  des 
hommes  qui  voudraient  nous  y  ramener  à  leur  profit.  Nous  ne 
pouvons  suivre  l'auteur  dans  les   développemfjns    qu'il  a    donnés 

Tome  xii.  25 


386  LIVRIiS  ilTRANGEllS. 

à  son  sujet ,  ni  même  indiquer  les  excellentes  divisions  qu'il  a 
tracées;  mais  notre  impartialité  nous  oblige  de  lui  reprocher  l'omis- 
sion de  toute  indication  de  sources  et  de  pièces  justificatiTes. 
L'historien  qui  recueille  et  reproduit  des  faits  dont  il  n'a  pas  été 
témoin  ,  n'en  doit  pas  être  cru  sur  parole  ;  il  est  de  son  devoir 
d'indiquer  les  routes  par  lesquelles  il  a  passé  ,  afin  qu'à  son  tour  le 
lecteur  puisse  les  parcourir ,  et  juger  par  lui-même  l'histoire  et 
l'historien.  Ph.   Golbéhy. 

120.  —  Erinnerungen  aus  dem  leben  Johann  Gostfrieds  von  Her- 
der.  —  Souvenirs  de  la  vie  de  Jean  Godefroi  de  Herder ,  publiés  par 
MuLLER.  Tubingue,  1820.  Cotta. 

Les  moindres  circonstances  qui  se  rattachent  à  la  vie  d'un  homme 
justement  célèbre,  ont  droit  de  réveiller  l'attention  et  d'exciter  l'in- 
térêt. A  ce  titre,  Herder  méritait  que  la  main  fidèle  de  l'amitié 
rassemblât  les  matériaux  épars  de  son  histoire  et  les  livrât  au  public, 
impatient  de  les  connaître.  Herder  est  l'un  des  écrivains  les  plus  dis- 
tingués de  l'Allemagne  ,  et  sa  Philosophie  de  V histoire  est  un  des 
ouvrages  les  plus  remarquables  qu'on  ait  jamais  publiés  en  ce  genre. 

121.  —  Deutsche  r  Ehren-Tem-pel. — Le  Temple  de  l'honneur; 
par  HuNNiNGs,  Gotha,  1821. 

Ce  Temple  de  l'honnour  n'est  autre  chose  qu'une  biographie  des 
éciivains  allemands  les  plus  distingués.  On  remarque,  dans  le 
nombre ,  les  vies  de  Schiller,  Herder  et  Wieland.  C.  J. 

12  2.  (*)  —  Symbolik  und  My  thologie  der  alten  f^olker  Besonders 
der  Griechen ,  etc. — Symbolique  et  Mythologie  des  peuples  anciens, 
particulièrement  des  Grecs;  par  le  docteur  Frédéric  CaKozBa,  pro- 
fesseur de  littérature  ancienne  à  Heidelberg  :  seconde  édition  en- 
tièrement perfectionnée  et  corrigée.  Leipsick ,  Darmstadt,  1821. 
Charles-Guillaume  Lesre.  IV«  vol.,  gros  in-8°  ,  740  pages.  Impri- 
merie d'Engelmann ,  à  Heidelberg. 

Nous  avions  depuis  long  tems  le  projet  de  consacrer  un  ou  plu- 
seurs  articles  à  cet  important  ouvrage,  dont  les  trois  premiers  vo- 
lumes, que  nous  avions  fait  venir  exprès  d'Allemagne,  avaient  été 
confiés  à  l'un  de  nos  collaborateurs  ,  qui,  par  des  circonstances  de 
voyages  et  de  maladie  ,  indépendantes  de  sa  volonté  ,  n'a  pu  remplie 
la  tâche  dont  il  avait  lui-même  demandé  à  se  charger.  Nous  avons 
pris  des  mesures  pour  mettre  un  terme  à  ce  retard  beaucoup  trop 
prolongé;  et  un  autre  collaborateur  de  la  Reuue ,  non  moins  capable 


LIVRES  ETRANGERS.  387 

que  le  premier  de  bien  apprécier  les  savantes  recherches  de  M.  Creu- 
zcr,  a  commencé  à  s'en  occuper.  Mais,  en  attendant  qu'il  puisse 
nous  remettre  son  travail,  nous  indiquerons  sommairement  les  ma- 
tières traitées  dans  ce  nouveau  volume  :  l'auteur  examine  le  culte 
de  Cérès  et  de  Proserpine  en  Coichide,  en  Crète,  en  Argolide,  dans 
l'Asie-Mineure,  en  Béotie ,  à  Athènes.  Il  parle  de  Thésée,  d'Ariadne, 
du    Minotaure  ,  d'Acheloiis,  d'Érysichton ,  de  Proserpine -Vénus, 
de  Proserpine-Diane  ,  de  Proserpine-Minerve ,  etc.  II  jette  un  coup 
d'œil  sur  les  doctrines  déjà  traitées  des  Égyptiens  ,  des  Babyloniens 
et  des  Perses;  puis,  sur  les  mystèr^;s  d'Eleusis,   ses  temples,  ses 
prêtres,  ses  traditions  ;  sur  les  thesmophories  des  Athéniens;  enfin, 
sur  les  premières  époques  du  christianisme,  et  il  donne  sur  ce  sujet 
deux  appendices,  dont  l'un ,  par  C.   UUmam,  contient  un  aperçu 
des  rapports  entre  les  fêtes  chrétiennes  et  les  t'êtes  religieuses  précé- 
demment célébrées.  J.  M.  A. 

123. — Inscriptiones  grœcœ  qiias  Lipsenolheca  quœdam  niafçna 
coniinet,  quœ  ff^eilburgi  asseri^atur.  Wisbaden  ,  i820,in-4°. 

Ce  petit  cahier  de  5o  pages  contient  la  description  d'un  reliquaire 
fort  curieux,  pris  à  Constantinople,  au  commencement  du  xui*  siècle, 
lorsque  les  Fiançais  et  les  Vénitiens,  sous  la  conduite  de  Baudouin, 
fondèrent  l'empire  des  Latins.  Un  chevalier  trévirois ,  Henri  d'Ul- 
mena,  apporta  ce  reliquaire  dans  sa  patrie,  en   1207,  et  en  fit  pré- 
sent à  un  couvent  de  religieuses,  établi  dans  une  île  de  la  Moselle. 
A  l'approche  des  Français  ,  pendant  la  guerre  de  la   révolution , 
l'électeur  de  Trêves  le  fit  enlever,  et  l'emporta  sur  la  rive  droite 
du  Rhin,  où  il  fit  partie  de  son  trésor  particulier,  jusqu'à  ce  qu'enfin 
ce  trésor  et  ses  états  eux-mêmes  furent  cédés  au  prince  de  Nassau. 
Dès  l'année  1670 ,  Bromer,  dans  ses  Antiquitates  Treuirenses<,T.  II, 
page   101,  a    parlé  de  ce  monument  précieux;  mais  il  ne  l'a   pas 
décrit  avec  soin.  M.  Krebs  a  pensé  qu'il  ferait  quelque  chose  d'utile 
pour  l'histoire  de  l'art ,  en  donnant  les  moyens  de  mieux  connaître 
les    inscriptions   dont  le    reliquaire  est    chargé.    11  en    a  fait  une 
exacte  description  :  la  boîte  qui  le  contient  est  longue  d'un  pied 
neuf  pouces,  haute  de  trois  pouces,   et  large  d'un  pied  trois  pouces. 
Une  lame  d'argent  garnit  le  couvercle  entier,  et  cinq  cents  perles  ou 
pierres   précieuses  l'entourent  ;  en  dedans ,  est  un  morceau  de  la 
vraie  croix,  chargé  de  vers  ïambes  :  d'autres  vers  entourent  la  boîte, 
mais  ceux-ci  pèchent  contre  la  mesure.  L'auteur  de  la  description 

25  * 


388  LlVPiUS  laRANGERS. 

pense  que  ce  reliquaire  fut  fait  vers  le  milieu  du  x*  siècle;  car,  la 
grande  croix  du  milieu  portant  les  noms  de  Constantin  et  d«  Ro- 
main ,  on  peut  supposer  que  ce  furent  Constantin  Vil  et  R.omain  II 
qui  en  ordonnèrent  la  composition. 

On  trouve,  dans  la  dissertation  que  nous  annonçons,  une  vaste 
érudition  puisée  dans  les  auteurs  de  la  collection  byzantine,  et  le 
lecteur  sans  doute  ne  s'attend  pas  que  la  description  d'un  simple 
reliquaire  îe  puisse  mener  si  loin  dans  la  connaissance  d'une  des 
plus  belles  époques  de  l'bistoire.  On  y  trouve  entre  autres  des  vues 
fort  ingénieuses  sur  l'emploi  du  mot  Ast'ttothç,  sous  les  Paléologues. 
«  Alors ,  dit  l'auteur,  ce  titre  était  devenu  propre  aux  fils  des  em- 
pereurs; mais,  du  tems  de  notre  Constantin  (c'est  celui  que  les  bis- 
toriens  de  Byzance  appellent  Porphyrogénète) ^  le  titre  de  AêtrTroTxf 
n'appartenait  qu'aux  empereurs.  »  Il  se  sert ,  pour  appuyer  son 
opinion,  d'un  passage  de  Dufresne,  dans  son  ouvrage  :  De  Numniis 
Pjzantinis ^  page  Sj,  et  d'un  autre  de  Marchant,  qui,  dans  ses  Mé- 
langes de  Numismatique^  explique  les  lettres  C  4>  P  *i,  comme  étant 
les  initiales  de  ces  mots  :  "^Tctvpi  (Çvxetff-c-e  Pa^stvcv  fea-froTUv. 

M.  Krebs  a  fait  lithographier  lejac  simile  des  inscriptions  ;  c'est 
un  service  qu'il  a  rendu  aux  amateurs  de  paléographie.  Il  y  a  beau- 
coup de  sagacité  dans  la  manière  dont  il  entend  les  abréviations 
qui  en  embarrassent  la  lecture.  En  général,  nous  croyons  que  les 
antiquaires,  plus  encore  que  les  dévots,  lui  sauront  gré  de  s'être 
occupé  de  reliques.  Ph.  Golbkhy. 

124. — Uberlehen  und  Gedicht  des  Apollonius  von  Rhodus^  etc. 
—  Sur  la  vie  et  les  ouvrages  d'Apollonius  de  Rhodes;  dissertation 
historique  et  critique,  par  Auguste  Wkichert,  de  la  Société  latine 
d'Iéna,  etc.,  etc.  Meissen,  1821. 

L'auteur  du  poème  des  Argonautes  appartient  à  l'une  des  épo- 
ques les  plus  marquantes  de  l'histoire  littéraire.  Contemporain  de 
Callimaque  ,  il  en  fut  aussi  l'élève  ;  mais  bientôt  le  disciple  et  le 
maître  devinrent  ennemis.  Le  poème  d'Apollonius  souffrit  beaucoup 

des  dissentions  qui  s'élevèrent  entre  eux  ;  Callimaque  était  le  légis- 

I 
lateur  suprême  de  l'opinion  dans  Alexandrie;  il  accabla  son  rivai 

de  tout  le  poids  de  son  crédit.  Apollonius  n'y  put  répondre  que  par 

une  épigramme  et  se  vit  contraint  d'aller  à  Rhodes  enseigner  l'clo- 

quencs.  Lii,  il  s'appliqua  de  nouveau  à  perfectionner  son  ouvrage. 

Les  Rhodicus  en  furent  charmés,  ct^lui  décernèrent  le  titre  de  ci- 


LlVRJEîi  KTRAi^GEBtS.  389 

loyen.  M.  Weichert  établit  avec  beaucoup  d'érudition  qu'Apollo- 
nius brillait  de  tout  l'éclat  de  son  génie  sous  Ptolémée  Evergète, 
mais  que  c'est  une  erreur    de    fixer  sous   ce  règne   l'époque  à  la- 
quelle il  fut  fait  bibliothécaire  du  Musée.  Voici  sa  manière  de  rai- 
sonner :  Il  pose  comme  base  certaine',  que  le  poète  dont  il  écrit  la 
vie,  succéda,  dans  cette  charge,  à  Eratosthène;  or,  Eratosthène 
était  né  dans  le  cours  de  la   126*  olympiade   et  vécut  de  quatre- 
vingts  à  quatre-vingt-deux  ans. Quelle  que  soit  celle  des  quatre  années 
de  la  126'  olympiade  à  laquelle  on  reporte  sa  naissance  ,  il  n'en  res- 
tera pas  moins  démontré  que  ce  savant  bibliothécaire  était  encore 
en  fonctions  sous  le  règne  du  cinquième  des  Ptolémées,  surnommé 
Épiphane,  et  qu'Apollonius  ne  put  lui  succéder  que  huit  à  neuf  ans 
après r avènement  de  ce  prince.  Callimaque  ,  pour  lors,  n'était  plus. 
Cet  illustre  écrivain  avait  déshonoré  sa  muse  par  une  virulente  dia- 
tribe contre  Apollonius  ;  il  ne  nous  en  est  resté  qu'une  imitation, 
qui  porte,  comme  elle,  le  titre  d'iLisy  et  cette  imitation  est  d'Ovide. 
M.  Weichert  examine  avec  un  grand  soin  pourquoi  l'un  et  l'autre 
poète  se  sont  servis  du  mot  Ibis.  Quant  à   Ovide,  la  question  ne 
soufire  pas  de   bien  grandes  difficultés  ;  car  il  suffisait  de  l'illustre 
exemple   donné  par  Callimaque  pour  qu'il  se  présentât  des  imita- 
teurs.  Mais   quelle  raison  avait  le   poète  grec   pour  désigner   son 
rival  par  le  nom   de  cet  oiseau  î  M.   Weichert  combat  l'opinion 
ide  ceux  qui  prétendent  que,  par  là,   Callimaque  faisait  allusion   à 
la  qualité  d'Egyptien.  Comment,  en  effet,  supposer  que  Callimaque, 
jui  lui-même  s'était  acquis  cette  qualité  par  sa  résidence  continue 
dans  ce  pays,  eût  voulu  en  faire  un  crime  à  son  adversaire  f  Com- 
ment encore  admettre  qu'écrivant   à  la  cour  des  Ptolémées,  égyp- 
tiens eux-mêmes,  il  eût  osé  se  moquer  des  Égyptiens?  L'auteur  de 
[la  dissertation  substitue  à  cette  conjecture  une  opinion  qui,  quoique 
spécieuse,  pourrait  bien  n'être  pas  plus  fondée.  Il  pense    qu'Apol- 
lonius avait  dans  ses  traits  quelque  chose  qui  se  rapprochait  de  la 
conformation  de  l'Ibis,  et  se  prévaut  de  la  coutume  des  anciens  qui, 
sur  la  plus  légère  conformité  de   ce   genre,   donnaient  parfois  des 
surnoms  à  toute  une  famille.  11  en  rapporte  des  exemples,  et  l'on 
pourrait,  à  ce  sujet,  lire  une  dissertation  insérée  dans  les  Mémoires 
de  l'académie   des  inscriptions,  T.   XIV,  p.    188.  Mais    tout  cela 
n'éclaircit  rien   quant  au  titre  donné  par  Callimaque  à  sa  satire  :  il 
faut  à  la  biographie  des  faits  plus  positifs,  et  ces  farts  souvent  sont 


390  LIVRES  ETRANGERS. 

ensevelis  à  jamais  dans  Toubli  qui  couvre  les  anecdotes  d'un  tems 
si  éloigné  de  nous.  On  pense  bien  que  M.  Weichert,  enthousiaste 
d'Apollonius,  se  déclare  l'ennemi  de  Callimaque  :  aussi,  n'accorde- 
t-il  à  ce  dernier  qu'une  froide  érudition  dont  la  pesanteur  ne  pou- 
vait permettre  aucun  essor  au  génie  poétique.  De  tout  tems ,  les 
hommes  qui  ont  beaucoup  travaillé  sur  un  auteur  se  sont  déclarés 
les  champions  exclusifs  de  l'objet  de  leurs  veilles  ;  aussi,  nous  n'en 
ferons  pas  un  reproche  à  M.  Weichert,  et  nous  n'en  recommande- 
rons pas  moins  son  livre  à  ceux  qui  lisent  l'allemand.  Us  seront  , 
comme  nous,  agréablement  surpris  de  trouver,  sous  un  titre  aussi 
modeste,  l'histoire  approfondie  de  la  littérature  à  Alexandrie. 

Ph.    GOLBISEY. 

125. — Briefe,  etc. — Lettres  à  une  dame  allemande,  sur  les  poètes 
anglais  modernes,  par  Jacobsen.  Altona,  i8ao.  Hammerich.  In-8° 
de  74i  pages.    , 

Cet  ouvrage  contient  des  détails  sur  la  vie  des  poètes  anglais 
modernes,  les  jugemens  des  critiques  sur  leurs  productions  et  des 
morceaux  choisis  de  chacun  d'eux.  On  remarque  dans  le  nombre 
les  articles  de  lord  Byron,  Walter  Scott,  Thomas  Moore,  Camp- 
bell et  miss  Edgeworth.  Ce  recueil ,  orné  de  plusieurs  gravures  , 
est  fait  avec  goût.  L'auteur,  qui ,  ordinairement ,  se  contente  de 
rapporter  l'opinion  des  autres,  donne  aussi  quelquefois  la  sienne , 
et  elle  est  toujours  aussi  sage  que  modestement  exprimée.    C.  J. 

126. — Almanach  de  Gotha .,  pour  V année  1822.  Cinquante-neu- 
vième année.  1  vol.  in-i8de  160  pagos,  avec  gravures.  Gotha,  Jussus 
Perthes  ;  et  à  Paris ,  chez  Treuttell  et  Wiirtz  ,  libr. ,  rue  de  Bourbon, 
n"  17.  Prix  j  5  fr. 

SUISSE. 

127.  —  Feuille  du  canton  de  Vaud^  ou  Journal  d'agriculture 
pratique, des  sciences  naturelles  et  d'économie  publique. — Lausanne, 
1821.  Imprimerie  des  frères  Blanchard.  Prix  de  l'abonnement, 
pour  l'année  eiitière ,  composée  de  douze  numéros  de  trente-deux 
pages  d'impression ,  in-S",  5  livres  de  Suisse ,  ou  7  fr.  5o  c.  On  sous- 
crit à  Paris,  chez  Paschoud ,  libraire,  rue  de  Seine,  n°  48. 

Cet  intéressant  ouvrage  périodique  se  publie,  depuis  plusieurs 
années,  à  Lausanne.  Un  de  nos  collaborateurs  en  avait  reçu  la  col- 
lection pour  en  rendre  compte  ,  mais  d'autres  occupations  l'ont  dé- 


LIVRES  KlHAiNGERS.  391 

tournù  de  ce  soin.  Nous  avons  à  réparer  sa  négligence ,  sans  doute 
involontaire. —On  remarque  dans  ce  recueil,  dirigé  par  des  hommes 
à  la  fois  instruits  et  phiiantropes,  un  grand  nombre  d'articles  rem- 
plis d'observations  curieuses  sur  les  différentes  branches  de  l'his- 
toire naturelle,  qui  sont  dus  presque  tous  à  M.  de  Chavannes  , 
magistrat  éclairé  et  savant  modeste.  Le  canton  de  Vaud ,  par  sa 
position  naturelle ,  est  riche  en  productions  agricoles ,  qui  reçoivent 
encore  une  nouvelle  vie  de  l'industrie  des  habitans.  Les  essais  et 
les  observations  que  l'on  fait  dans  cette  partie  de  la  Suisse,  doivent 
donc  intéresser  les  agriculteurs  de  tous  les  pays.  La  Feuille  du  canton 
de  Vaud  contient  aussi  en  substance  les  travaux  du  corps  législatif 
de  la  République.  Nous  y  avons  remarqué  une  notice  intéressante 
sur  M.  Pidou  ,  ancien  landamann,  mort  le  i4  niai  dernier,  au  milieu 
des  représentans  du  canton  qu'il  présidait.  Nous  avons  vu  avec 
satisfaction  que  le  conseil  académique  de  Lausanne  a  reconnu  les 
avantages  réels  de  la  méthode  de  renseignement  mutuel ,  et  qu'elle 
a  produit  une  amélioration  sensible  dans  les  écoles  où  elle  a  été 
introduite.  «  Aussi ,  disent  les  rédacteurs  de  la  Feuille  du  canton 
de  Vaud  ,  voit-on  cet  enseignement  acquérir  chaque  jour  de  nou- 
veaux partisans  sur  les  divers  points  du  canton.»  Nous  recommandons 
la  lecture  de  cette  Feuille  aux  personnes  qui  cultivent  les  sciences 
naturelles  et  les  sciences  morales  ;  elles  y  puiseront  une  instruction 
solide  et  variée.  Nous  devons  cependant  avertir  les  auteurs  qu'il  se 
glisse  quelquefois  dans  leurs  articles  des  locutions  vicieuses  et  qui 
ne  sont  pas  en  usage  dans  la  langue  fiançaise  ;  nous  les  engageons 
à  se  montrer  sévères  sur  ce  point ,  et  à  bannir  de  leur  ouvrage  le 
genre  d'écrire  connu  sous  le  nom  de  style  réfugié,  A.  T. 

128. — De  Choro  Grœcorum  tragico  ,  etc. —  Du  Chœur  dans  la 
tragédie  grecque  ,  dissertation  critique  ,  composée  pour  obtenir  le 
grade  de  docteur  ès-lettres,  par  J.  L.  Vaucheb.  Genève,  1821. 
J.  J.  Paschoud;  Paris,  chez  le  même,  rue  de  Seine  ,  n»  48.  In-8» 
de  5a   pages. 

L'étude  de  la  critique  ancienne  et  de  la  philologie ,  abandonnée 
parmi  nous  dans  le  dernier  siècle,  semble,  depuis  quelques  années, 
reprendre  faveur.  Cependant,  malgré  le  noble  exemple  et  l'impul- 
sion donnée  par  d'Ansse  de  Villoison  ,  Chardon  de  ia  Rochette  , 
Larcher  et  quelques  autres  ,  à  peine  peut-on  citer  aujourd'hui ,  à 
côté   de   MM.  Hase   et  Boissonade  ^  quelques  véritables  amateurs 


^92  LiVKES  ET1U^GERS. 

de  cette  philologie  que  les  Allemands  cultivent  avec  tant  de  xèle  et 
de  succès.  Le  goût  de  la  littérature  ancienne  renaît    pourtant  d'une 
manière  visible  en  France  ,    grâce  à  la  nouvelle  direction  donnée 
aux  études,    et   grâce  aux   éditions  des  classiques   grecs   et  latins 
qu'on  publie  comme  à  l'envi.  La  dissertation  que  nous  annonçons 
prouve   que  Ton  s'occupe,   en  Suisse  comme  en   Allemagne,   de 
travaux  d'érudition  et  de  saine  critique.  L'auteur,  M.  Vaucher,  déjà 
connu  par  une  Grammaire  grecque ,  àonX.  nous  avons  rendu  compte 
{Voy.  T.  IX,  p.  553),  se  proposant    de  faire  connaître  le   rôle  que 
louait  le  Chœur  dans  la  tragédie  grecque ,    a  lu  et  étudié  tout  ce 
que  ses  devanciers  ont  écrit  sur  cette  matière.  Les  nombreuses  ci- 
tations  dont  il  s'appuie  attestent    ses  savantes   recherches.    Il  est 
cependant  un  petit  écrit  dont  il  ne  paraît  pas  avoir  eu  connaissance, 
ou  du  moins  dont  il  n'a   pas   fait  usage;  c'est  la  dissertation  de 
Heeren ,  intitulée  ,:  De  Chori  Grœcorum,  tragici  naturâ  et  indole  ^ 
Gottingen,  1788,  in-4°;  mais  elle  n'a  que  quelques  pages  et  ne  contient 
pas  de  nouveaux  documens  sur  ce  sujet.    L'ouvrage  de  M.  Vaucher 
est  divisé  en  cinq  articles.  Le  premier  trâce  l'origine  de  la  tragédie, 
ou,  ce  qui  est  la  même  chose,  l'origine  du  Choeur,  puisque,  dutems  de 
Thespis  et  avant  lui,  toute  la  tragédie  se  réduisait  aux  chants  et  aux 
danses  du  Chœur.  Le  second  traite  de  la  forme  matérielle  du  Chœur, 
de  la  place  qu'il  occupait  sur  le  théâtre ,  de  la  manière  dont  il  s'y 
rangeait ,  et  exécutait   ses   évolutions.   Ici  sont   expliqués ,  d'après 
Hcrrmann  ,les  noms  de  strophe  et  d' antistrophe  ,  d'épode,  deparode 
et  de  stasime.  Le  troisième  article  développe  les  fonctions  du  Cha^ur. 
Dans  le  quatrième,  l'auteur  examine  si  l'introduction,  ou  plutôt  la 
conservation  du  Chœur,  a  contribué  à  la  perfection  de  la  tragédie 
ancienne,  et  il  se  déclare  pour  l'affirmative.   Enfin,  dans  le   cin- 
quième et  dernier  article,  il  réfute  les  objections  tirées  de  l'invrai- 
semblance du  Choeur,  de  son  inutilité ,  etc.  Mais  ici,  comme  dans 
toute  la  dissertation  ,  l'auteur  ne  s'appuie  que  des  Chœurs  de  So- 
phocle, ne  trouvant  que  dans  cet  auteur  la   perfection  du  genre; 
en  sorte  qu'il  ne  s'inquiète  pas  des  objections  qui  peuvent  s'élever 
à  la  lecture  d'Eschyle  et  d'Euripide.  Nous  avons  regretté,  en  lisant 
cet  écrit,  où  l'on  trouve  d'ailleurs  autant  de  goût  que  d'érudition, 
que  M.  Vaucher  n'ait  pas  examiné  s'il  serait  possible  de  rétablir  le 
Chœur  dans  la  tragédie   moderne  ,  comme  l'ont  tenté  Schiller  dans 
i^  Fiancée  de  Messine ,  B.<icinc   dans  Esther  et   Aihaîie ,  Voltaire 


LIVRES  ÉTRANGERS.  395 

dans  (Sdipey  Chônier  dans  Timoléon.  Telle  qu'elle  est,  cette 
dissertation  fait  beaucoup  d'honneur  à  M.  Vaucher.  Si  tous  les 
docteurs  ès-lettres ,  qui  sortiront  désormais  de  l'académie  de  Genève 
(car  nous  croyons  que  M.  Vaucher  est  le  premier  à  qui  on  ait  con- 
féré ce  titre};  si  tous,  dis-je,  se  présentent  dans  les  universités 
étrangères  avec  dépareilles  lettres  de  créance,  certainement  on  ad- 
mettra leurs  titres  comme  valables,  et  ils  jouiront  des  mêmes  droits 
que  les  docteurs  qui  ont  pris  leur  grade  à  Cambridge  ou  à  léna. 

H.. ..HT. 

ITALIE. 

129.  — Èlèmens  de  physiologie  de  la  nature ,  ou  Résultats  des  re- 
cherches proposées  par  l'académie  impériale  des  sciences  de  Péters- 
bourg,  sur  les  propriétés  des  substances  métalliformes  des  différentes 
terres,  et  notamment  snvValkali ,  le  natron  et  Vammoniac  ,  par  le 
docteur  Louis  Fobni.  Turin,  1821,  in-S*»,  Ghiringhello  et  Bonando. 

M,  Forni,  guidé  par  les  expériences  de  Falchner ,  la  nouvelle  no- 
menclature minéralogique  de  Berzelius,  et  l'ouvrage  d'Œrstedt  sur 
l'action  de  la  pile  de  Volta ,  etc. ,  a  essayé  d'expliquer  le  système 
de  l'univers,  qu'il  regarde  comme  xme  grande  machine  vivante, 
ainsi  que  l'avaient  imaginé,  dès  le  xvi^  siècle,  Telesio,  Campanella 
et  d'autres.  Il  met  à  profit  toutes  les  i-^ssources  que  peuvent  lui 
fournir  la  chimie  elles  connaissances  du  siècle.  Cependant  l'ouvrage, 
tel  qu'il  est,  ne  semble  pas  répondre  à  ce  que  promet  l'introduction. 
L'auteur  commence  par  démontrer  la  nécessité  de  la  physiologie 
universelle,  qu'il  nomme  aussi  la  philosophie  de  la  nature  vivante. 
11  reproche  aux  sciences  pratiques  de  généraliser  tous  les  faits  parti- 
culiers, de  détacher  les  phénomènes  naturels  qui  tous  sont  en  rela- 
tion les  uns  avec  les  autres  ;  d'appliquer  les  lois  propres  et  particu- 
lières des  nns  aux  circonstances  des.  autres.  Ce  sont,  en  effet ,  les 
défauts  principaux  de  la  plupart  des  gens  à  système.  Mais  notre  au- 
teur les  a-t-il  toujours  évités?  Ce  qu'il  y  a  de  certain  ,  c'est  que  son 
entreprise  est  très -hardie.  Il  ose  établir  les  bases  d'une  histoire  de  la 
génération  et  de  l'organisation  du  globe  terrestre ,  des  végétaux  et 
d«s  animaux;  il  aperçoit  ou  imagine  je  ne  sais  quel  fluide  universel 
et  calorifique  ,  ou  calorique  élémentaire  ,  existant  hors  des  corps 
naturels,  et  les  mettant  tous  en  mouvement  ;  il  suppose  une  matière 
dont  il  forme  l'univers ,  et  qui  résulterait  de  la  combinaison  et  de 


S9A  LIVRES  ÉTRANGERS. 

l'organisation  successive  de  l'essence  de  deux  ou  trois  substances 
élémentaires  ,  opérées  par  le  fluide  universel,  qui  modifie  et  orga- 
nise tous  les  corps  célestes  ,  et  déterminées  par  des  lois  invariables. 
On  voit,  par  ce  simple  aperçu  de  son  ouvrage  ,  que  l'auteur  suit  la 
même  route  que  MM,  Alix  ,  Nobili  et  Beroaldi.  Mais  a-t-il  assez  de 
faits  pour  prouver  ses  assertions  ou  ses  hypothèses  ? 

i3o. —  SulVarte  defabbricare  le  sciabole  di  Damasco ,  etc.  —  Sur 
l'art  de  fabriquer  les  sabres  de  Damas ,  par  le  professeur  Antonio 
GaivELLi,  etc.  Milan,  1821 ,  imprimerie  impériale  et  royale.  Un  vol. 
in-8'>  de  76  pages. 

L'Institut  des  sciences,  lettres  et  arts  de  Milan,  après  avoir  entendu 
la  lecture  de  ce  mémoire,  en  a  ordonné  la  publication.  L'auteur  avait 
fait ,  à  Gonstantinople  ,  ses  premières  recherches  pour  connaître  et 
imiter  la  fabrication  des  sabres  damasquinés.  Il  examine  dans  son  mé- 
moire les  essais  entrepris  à  cet  égard  par  MM.  Nicholson  ,  O'Reilly, 
"Wilde  de  Sheffîeld,  et  par  M.  Clouet.  Mécontent  de  leurs  méthodes, 
ses  analyses  l'ont  enfin  conduit  à  des  résultats  plus  heureux,  comme 
il  l'a  prouvé  par  plusieurs  expériences  faites  en  présence  de  l'Ins- 
titut et  d'artistes  très-habiles.  On  a  reconnu  que  les  sabres  fabriqués 
par  le  professeur  Crivelli ,  s'ils  ne  surpassent  pas  en  perfection  ceux 
de  Damas,  peuvent  du  moins  les  remplacer  avec  avantage.  D'après 
l'invention  de  ce  savant  mécanicien  ,  M.  Carlo  Ponti  fabrique  ù 
Milan  des  lames  de  toute  espèce  en  Ce  genre.  F.  S. 

i3i.  —  Délie  Istuzioni  d" Hofwyl ,  etc. — Des  Instituts  d'Hofwyl , 
considérés  particulièrement  sous  les  points  de  vue  qui  doivent  inté- 
resser les  hommes  d'état,  ouvrage  traduit  du  français,  du  comte 
L.  DB  V. ,  par  F.  Contabini.  Milan,  1821.  Vincenzo  Ferrario.  In-S"  de 
190  pages. 

Cet  ouvrage,  dont  un  de  nos  collaborateurs  a  fait  une  analyse 
raisonnée,  proportionnée  à  l'importance  du  sujet  {yoy.  T.  XI,  p.  493), 
a  été  traduit  sous  les  yeux  et  par  les  soins  d'un  respectable  philan- 
trope,  M.  le  marquis  de  Brème ^  qui,  ayant  été  à  même  d'étudier 
sur  les  lieux  les  principes  et  les  vues  de  M.  de  Fellenberg ,  ainsi 
que  les  résultats  qu'il  a  déjà  obtenus  ,  a  voulu  faire  partager  aux 
Italiens  sa  juste  admiration  pour  les  belles  et  utiles  institutions 
d'Hofwyl.  Afin  de  rendre  plus  familière  à  ses  compatriotes  l'histoire" 
de  ces  institutions  ,  M.  de  Brème  a  cru  devoir  les  présenter  dans  un 
ordre  méthodique  qui  lui  a  paru  préférable  à   celui  qu'avait  suivi 


LIVRES  ETRANGERS.  395 

M.  de  Ville  vieille.  Une  préface,  dont  il  a  fait  précéder  cette  tra- 
duction ,  prouve  que  son  estime  pour  le  respectable  fondateur 
d'Hofwyl  est  le  résultat  d'une  conviction  intinae  de  l'utilité  de  ses 
travaux.  M.  A.  J. 

x'hï.— Belle finanze  d' ^ lene ,  etc.  —  Des  finances  d'Athènes.  — 
Discours  de  Xénophon,  traduit  et  expliqué  par  M.  Antonio  Padovaw  i  , 
professeur  de  statistique  à  l'université  de  Pavie.  Pavie,  1821.  Fusi 
6^  comp.;  in-S". 

Ce  traité  de  Xénophon  avait  déjà  été  traduit  par  Marcantonio 
Gandini  et  par  l'abbé  Fabiani.  Une  meilleure  traduction  en  avait 
été  faite  par  M.  Serao.  On  regarde  celle  de  M.  Padovani  comme 
supérieure  aux  deux  premières ,  surtout  pour  les  notes ,  dans  les- 
quelles il  compare  et  éclaircit  plusieurs  passages  du  texte  de  ce  dis- 
cours et  des  autres  ouvrages  du  même  auteur,  qui  ont  quelque 
rapport  à  celui  •  ci.  Ces  commentaires  prouvent  à  la  fois  que  le 
traducteur  possède  beaucoup  d'érudition  ,  et  qu'il  est  très-versé  dans 
l'économie  politique. 

\7>'b.{*)—DeW Istoria  di  Milano^  etc— Histoire  de  Milan,  parle 
chevalier  Carlo  de  Rosmini  de  Rovéhède,  Milan  ,  1820.  Gio.  Pogliani  , 
Marini  et  Rivolta.  Paris,  Le  Normand ,  rue  de  Seine  ;  et  Pichard  , 
quai  Conti,  iï«  5.  4  vol.  grand  in-4'' ,  avec  des  gravures.  Prix,  60  fr. , 
sur  papier  superfin  ,  90  fr.  demi-vélin  ,  cartonné  à  la  Bodonienne  ; 
et  120  fr.  vélin,  dit  sous-impérial,  cartonné  de  même. 

Cet  ouvrage  est  enrichi  de  soixante  gravures  qui  représentent  d'an- 
tiques monumens ,  soit  d'architecture  ,  soit  de  numismatique ,  soit 
d'iconographie ,  appartenans  à  la  ville  de  Milan  ,  avec  leur  explica- 
tion par  le  docteur  Giovanni  Labus.  Nous  en  rendrons  compte  dans 
la  section  des  analyses. 

134.— FiVa  rîi  Girolamo  Cardano,  etc.— Vie  de  Jérôme  Cardan,  de 
Milan  ,  philosophe,  médecin  et  homme  de  lettres  très-célèbre,  tra- 
duite du  latin  en  italien  par  le  docteur  Vincenzo  Mantovani  ,  etc. 
Milan,  1821.  G.  B.  Sonzogno. 

L'éditeur  s'est  proposé  de  publier  les  vies  des  hommes  illustres, 
écrites  par  eux-mêmes.  Celle-ci  est  la  quatrième;  Cardan  l'avait 
composée  en  latin.  La  traduction  qu'en  a  faite  M.  Mantovani  est 
fort  bonne  ;  il  l'a  accompagnée  d'un  discours  et  de  plusieurs  notes  , 
où  il  examine  diverses  questions  relatives  à  la  vie  et  aux  principes 
de  Cardan,   et  relève  plusieurs  erreurs  de  ses  biographes  ,  et  même 


Si)6  LIVRES  ÉTRANGERS. 

de  Sprengcl.  On   y  trouve  aussi  le  portrait   de  Cardan,   gravé  par 
M.  Rados. 

i35.  —  Sulla  ulilità  del  dolore,  etc.  —  Sur  l'utilité  de  la  douleur. 
Discours  académique  de  M.  B.Mojon,  etc.  Milan,  1821.  Cîio. 
Pirotta  ;  in-4°. 

Le  titre  singulier  de  ce  discours  a  beaucoup  contribué  à  son  suc- 
cès. C'est  la  troisième  édition  qu'on  en  fait  depuis  peu  de  tems  en 
Italie.  Cependant,  le  sujet  qu'on  y  traite  est  rebattu  dans  l'école  des 
métaphysiciens  et  des  physiologues,  qui  ont  toujours  regardé  le  besoin 
comme  le  maître  absolu  de  V  espèce  humaine;  et  le  besoin  n'est-il 
pas  en  effet  une  douleur  ? 

i36. — Lezioni ^  etc. — Leçons  de  l'abbé  Colombo,  sur  les  qualités 
qui  constituent  un  idiome  élégant,  et  sur  le  style  qu'on  devrait  em- 
ployer aujourd'hui ,  etc.  Parme,  1820.  Giuseppe  Paganino. 

Les  Leçons  que  nous  annonçons  traitent,  1°  de  la  clarté;  2»  de 
\^  force  ;  3°  de  la  grâce;  4"  d"  style.  On  y  trouve  un  discours 
sur  un  passage  altéré  de  VJne  d'or^  de  Niccolô  Machiavelli,-  une 
lettre  sur  les  études  nécessaires  à  un  jeune  homme  de  condition 
distinguée  ;  une  lettre  sur  la  première  édition  des  stanze  (  strophes  ) 
d'Angelo  Poliziano  ,  et  un  éloge  d'Elena  Porta  ,  née  Bulgarini. 
M.  Colombo  appartient  au  petit  nombre  d'auteurs  italiens  qui  sont 
dignes  de  servir  encore  de  modèle  pour  le  style.  11  a  publié  une 
traduction  du  traité  anglais  sur  le  y'ew  d'échecs ,  traduction  que  l'on 
peut  considérer  comme  un  des  meilleurs  exercices  pour  apprendre  la 
langue  italienne. 

137.  I^oesie  di  JtlessandroPope ,  etc.  — Poésies  d'Alexandre  Pope, 
traduites  par  M/cÂe/e  Leoi*i.  Pise,  1820.  Nicol6  Capurro. 

Ce  volume  contient  la  traduction  delà  Boucle  de  cheveux  enlei'èe-, 
et  de  VÉpître  d' Héloïse  à  Abélard.  L'Italie  possédait  déjà  une  tra- 
duction très-estimée  du  premier  de  ces  poèmes,  faite  parle  célèbre 
abbé  Conti.  Une  seconde,  de  beaucoup  inférieure  et  d'ailleurs  très- 
inexacte ,  fut  publiée  ,  en  1819,  à  Milan,  parM.G.  Vincenzo  Benini; 
celle  de  M.  Leoni  est,  sans  nul  doute  ,  plus  fidèle  et  plus  élégante. 
Nous  en  connaissons  encore  une  inédite,  faite  tout  récemment  et 
qui  n'est  pas  en  vers  sciolù  comme  les  précédentes,  mais  en  sesta 
rima^  comme  les  ylnimali  parlant i  de  Casti.  Nous  espérons  que 
le  jeune  autour,  en  lui  donnant  toute  la  perfection  dont  il  csl  capable, 
se  fera  distinguer  parmi  ses  rivaux c 


LIVRES  ÉTRANGERS.  397 

iù8.  Il  Caclmo,etc.  Cadmus,poèmeépique,  divisé  en  vingt  chants, 
par  Fietro  Bagnoli,  professeur  à  l'universitéj  de  Pise,  etc.  Pi«e  , 
1821,  Sebastiano  Nistri.    2    vol.  in-8®. 

Le  sujet  de  ce  poème  est  l'introduction  de  la  civilisation  en  Eu- 
rope. Les  acteurs  de  la  fable  épique  sont  les  Muses;  douées  de  l'ins- 
piration prophétique  ,  ces  filles  de  Jupiter  chantent  les  progrès  des 
lettres  et  des  arts  dans  les  divers  terns  et  les  divers  pays.  On  dit 
que  l'auteur  a  employé  vingt  -  cinq  années  à  la  composition  de  son 
ouvrage. 

139. —  Le  rime  del  Petrarca ,  etc.  —  Les  poésies  de  Pétrarque, 
édition  de  Padoue  1819,  et  1820,  publiée  par  le  professeur  An- 
tonio Marsand.  Exemplaire  unique  en  parchemin  avec  des  minia- 
tures et  des  dessins  originaux  appartenant  à  Gio,  Pietro  Giegler , 
libraire  à   Milan,  décrit   par  L.  B.;  in-4**. 

L'auteur  anonyme  de  cet  opuscule  examine  et  indique  avec  beau- 
coup d'intelligence  et  de  goût  les  rares  qualités  de  cet  exemplaire 
unique  de  Pétrarque  ,  qui  a  servi  à  M.  Marsand,  pour  son  édition. 
(  Voyez  tom.  VIII,  pag.  36i  de  la  Revue.)  Loin  de  trouver  en 
lui  un  froid  et  ennuyeux  commentateur,  les  lecteurs  puiseront  dans 
ses  notes  une  instruction  variée  et  amusante.  F.  Salfi. 

ESPAGNE. 

.  i4o.  —  Opuscules  sobre  la  filosofia  médica,  etc.  —  Opuscules  sur 
la  philosophie  de  la  médecine  ,  la  peste  et  la  fièvre  jaune  ;  par  don 
/ea/î  Lacayô ,  médecin  et  tachygraphe  des  Certes.  Madrid,  1821. 
In-12  de  80  pag.  (On  souscrit  chez  Gruz-Miyar  ). 

C'est  le  premier  cahier  d'un  nouveau  journal  de  médecine ,  qui 
paraîtra  tous  les  mois.  L'éditeur  voudrait  que  tous  les  médecins 
fussent  tachygraphes ,  pour  écrire  les  questions  qu'ils  font  aux  ma- 
lades, les  réponses  de  ceux-ci  et  les  observations  qui  en  résultent, 
afin  d'avoir  toujours  sous  les  yeux  la  véritable  histoire  de  chaque 
maladie. 

i4i. — Principios  générales  de  Tactica,  —  Principes  généraux  de 
tactique  ;  par  don  Louis  Cohsini.  T.  I.  Madrid,  1821.  Brun.  In-8". 

142.  — Descripcion  estatistica  y  geografica  de  JBspana.  —  Des- 
cription statistique  et  géographique  de  l'Espagne  et  du  Portugal; 
traduite  de  l'anglais,  par  don  Pierre  FfiaREa  et  CiSAUs.  Madrid, 
i8ai.  Ram.  Un  vol,  in-12. 


398  LIVRES  ÉTRANGERS. 

On  sait  que  le  roi  Philippe  II  ordonna  de  faire  une  statistique  gé- 
nérale de  ses  6t  ts;  elle  fut  exécutée,  mais  elle  resta  enfouie  dans 
les  papiers  du  ministère.  Charles  III  en  fit  composer  une  autre,  que 
l'on  commença  même  à  imprimer  par  cahiers.  Charles  IV  renouvela 
les  ordonnances  de  son  père  pour  faire  achever  l'ouvrage  ;  mais  le  pu- 
blic n'en  a  vu  que  des  fragmens.  Il  est  triste  de  penser  que,  pour  que 
l'Espagne  ait  une  statistique ,  il  a  fallu  qu'un  Anglais  la  composât  : 
toutefois ,  il  faut  convenir  que  le  traducteur  de  cet  ouvrage  a  rendu 
un  véritable  service  en  le  faisant  connaître  au  public  espagnol.  Es- 
pérons que  le  gouvernement  constitutionnel  comprendra  mieux  les 
intérêts  de  la  nation ,  et  s'occupera  de  tout  ce  qui  peut  relever  sa 
gloire.  J.  A.  L. 

143. — Los principios  de  la  Constiiucion  espanola  y  los  delà 
justicia  univer&al  de  senorios ,  etc.  —  Principes  de  la  Constitution 
espagnole  et  de  la  justice  universelle  ,  appliqués  à  la  législation  tou- 
chant les  seigneuries;  ou  Concordance  entre  les  intérêts  et  les  droits 
de  l'état  et  ceux  des  anciens  vassaux  et  seigneurs,  par  un  juriscon- 
sulte espagnol.  Madrid,  1820.  In-8°. 

L'auteur  de  cet  écrit  est  M.  Cambronero ,  ancien  conseiller  d'état 
et  ministre  de  la  justice.  L'introduction  contient  un  aperçu  histo- 
rique  de  la  féodalité  et  du  vasselage  en  Espagne. 

\l^\.^Discurso  augurai.,  que pronuncid  en  el  Ateneo,  etc. —  Dis- 
cours d'inauguration,  prononcé  à  l'athénée  espagnol  pour  l'ouverture 
d'un  cours  de  droit  naturel,  par  Don  J.  J.  de  Mora,  au  mois  de 
mars  1821,  Madrid.  In-8°.  D— g, 

145,  —  Lecciones  de  derecho publico  constitucional. —  Leçons  de 
droit  public  constitutionnel,  pour  les  écoles  de  droit  de  la  Péninsule, 
par  Don  Raymond  de  Salas.  Madrid,  1821.  Sojo.  2  vol.  in-S". 

L'auteur  de  cet  ouvrage  est  l'un  des  jurisconsultes  les  plus  pro- 
fonds de  l'Espagne,  et  même  de  l'Europe.  Il  a  été  préfet  sous  le 
règne  de  Joseph.  Ayant,  depuis,  émigré  en  France,  où  il  a  demeura 
sept  années,  il  n'a  pu  qu'accroître  ses  lumières  et  perfectionner  ses 
connaissances  en  économie  et  en  politique.  Son  livre  est  écrit  dans 
les  véritables  principes  du  gouvernement  représentatif,  et  nous  ne 
doutons  pas  qu'il  ne  mérite  d'être  adoplé  pour  l'enseignement  du 
droit  public  dans  les  universités  d'Espagne. 

146. — Caria  29*  del  Cbm/;flc?/-f.— Vingt-neuvième  lettre  du  Com- 
père, dans  laquelle  il  est  question  de  la  bibliothèque   nationale. 


LIVRES  ETRANGERS.  39i) 

et  de  la  manière  de  rendre  la  responsabilité  des  ministres  effective . 
Madrid,  1821.  Castillo.  Brochure  in-i2. 

On  doit  regarder  cet  ouvrage  comme  semi-périodique,  l'auteur 
anonyme  publiant  ses  lettres  à  des  époques  indéterminées.  Il  con- 
tinue à  s'occuper  des  améliorations  dont  la  politique  et  la  littéra- 
ture sont  susceptibles  en  Espagne.  Il  serait  à  désirer,  par  exemple, 
que  le  gouvernement  espagnol,  ainsi  que  les  préposés  à  la  biblio- 
thèque nationale ,  voulussent  imiter,  le  premier,  la  conduite  géné- 
reuse du  gouvernement  français,  et  ceux-ci  la  complaisance  des 
conservateurs  de  la  bibliothèque  royale  à  Paris,  MM.  Van-Praet,  Lan- 
glès,  etc.,  dont  tous  les  gens  de  lettres  n'ont ,qu'à  se  louer.En  Espagne, 
non  seulement  il  n'est  pas  permis  de  confier  des  livres  hors  de  la 
bibliothèque;  mais, pour  y  obtenir  îa  communication  de  manuscrits, 
il  faut  en  avoir  préalablement  reçu  l'autorisation  du  bibliothécaire 
en  chef,  qui  doit  la  donner  en  marge  même  du  mémoire  par  lequel 
on  a  fait  la  demande.  Encore  n'a-t-on  pas  levé  toutes  les  difficultés, 
et  se  voit-on  obligé  de  souffrir  près  de  soi  un  préposé  de  la  biblio- 
thèque ,  chargé  exclusivement  de  vous  surveiller.  On  conçoit  que 
de  pareilles  entraves  sont  faites  pour  décourager  les  personnes  qui 
auraient  la  meilleure  volonté  de  travailler.  J.  A.  L. 

i47'  — Brève  idea  de  los  bases  adoptados  por  la  empresa  de  los 
teatros  de  esta  capital,  etc. — Idée  succincte  des  réglemens  adoptés 
pour  l'entreprise  des  théâtres  de  Madrid ,  précédée  d'un  Avis  au 
public,  et  suivie  de  la  liste  des  individus  formant  les  compagnies  des 
divers  théâtres.  Madrid,  1821. 

De  mauvais  réglemens  et  un  gouvernement  arbitraire  avaient 
amené  la  décadence  des  théâtres  de  Madrid.  L'influence  salutaire 
du  régime  constitutionnel  se  fait  déjà  sentir  dans  l'art  dramatique. 
Les  réglemens  ont  été  réformés  ;  le  gouvernement  a  cessé  de  se 
mêler  des  affaires  de  coulisse ,  et  a  cédé  la  direction  des  théâtres 
de  Madrid  à  une  compagnie  d'entrepreneurs ,  à  la  tête  desquels  se 
trouvent  quelques  acteurs,  et  M.  Carnerero ,  auteur  de  quelques 
brochures  sur  le  théâtre.  Les  deux  compagnies  de  la  Cruz  et  del 
Principe  ont  été  réunies  ;  le  second  théâtre  ne  jouera  que  des  co- 
médies et  des  tragédies;  le  premier  se  réserve  les  petites  pièces , 
les  farces,  les  pièces  populaires.  Il  y  a  en  outre  un  opéra-comique 
et  un  opéra  italien.  Le  nombre  total  des  acteurs  et  employés  payés 


AOO  LIVRES  ErUAxNGEllS. 

par  la  nouvelle  administration    des  théâtres    de  Madrid  se  monte 
à  53o.  D— G. 

ROYAUME    DES    PAYS-BAS. 

i48.  —  Histoire  du  pays  dd*  Liège  ;  par  M.  Dewez,  auteur  de 
l'Histoire  générale  de  la  Belgique  et  de  V Histoire  particulière  des 
prçuinces.  In-8°  de  plus  de  5oo  p.  Bruxelles,  1821.  F.  F.  Delemer. 

Le  pays  de  Liège,  habité  en  grande  partie,  au  tems  de  César, 
par  les  Éburons  ,  compris,  sous  Auguste  ,  dans  la  cité  de  Tongres  , 
fut  soumis  dans  la  suite  au  gouvernement  de  ses  évèques  ,  qui 
furent  qualifiés  deprinces.  Ces  pontifes  ont  d'abord  siégé  à  Tongres; 
ce  ne  fut  même  que  sous  le  pontificat  d'Etienne,  en  908,  que  le  siège 
épiscopal  fut  transféré  de  cette  ville  h  Liège.  Cette  contrée  fit  partie 
de  l'Austrasie ,  ainsi  que  du  royaume  de  Lorraine ,  ou  Lotharingie  , 
formé  d'une  grande  portion  de  cette  province.  La  Lotharingie  ayant 
passé  aux  rois  de  Germanie ,  l'état  de  Liège  fut  censé  incorporé  dans 
l'Allemagne ,  et  fut  compris  dans  le  cercle  de  Westphalie,  lorsqu'en 
i5oo,  l'empereur  Maximilien  divisa  l'Allemagne  en  six  cercles. 
L'histoire  de  cette  petite  souveraineté  particulière,  riche  en  événe- 
mens  intéressans,  manquait  encore,  après  les  compilations  elles 
recherches  de  Chapeauville ,  Fisen  ,  FouUon ,  Bouille  et  du  baron 
de  Villenfagne.  M.  Devrez  a  donné  une  attention  particulière  à  la 
partie  politique  de  cette  histoire,  où  l'on  reconnaît,  avec  un  éton- 
nement  mêlé  d'admiration  ,  les  principes  et  les  bases  d'une  des  cons- 
titutions les  plus  libérales  de  l'Europe  _,  et  qui  a  mérité  l'éloge  des 
Anglais  eux-mêmes. 

149.  —  alliances  illustres  de  la  maison  royale  des  Pays-Bas;  par 
Q.  DE  Flihes,T.  V.  D.  Bruxelles,  1821.  Delemer.  In-4° ,  sur  vélin, 
de  100  pag. 

Ces  tables  ont  été  rédigées  avec  soin,  d'après  les  auteurs  les  plus 
estimés,  tel  que  Butkens,  Bucelin,  Hubncr,  le  P.  Anselme,  Lache- 
naye  -  des-Bois ,  Hoogstraten ,  etc.  L'auteur  rappelle  ici  ce  qu'il  avait 
déjà  indiqué  dans  les  Tables  généalogiques^  publiées  par  lui  en 
i8i4  et  i8i5  (  Amsterd. ,  chez  Donk ,  et  ensuite  chez  Elwe^,  que  la 
maison  de  Nassau  descend,  par  les  femmes,  de  toutes  les  maisons 
souveraines  qui  ont  autrefois  régné  sur  les  provinces  du  royaume  des 
Pays-Bas^  qui  n'étaient  pas  l'apanage  de  l'Église,  ainsi  que  des  mai- 
sons impériales  et  de  toutes  les  maisons  royales  de  TEurope. 


LIVRES  FRANÇAIS.  AOl 

i5o  — Notice  descriptive  et  historique  des  principaux  châteaux , 
trottes  et  mausolées  de  la  Belgique  ;  par  M.  Chablé  de  TrBERcuAMPs. 
Bruxelles,  1821.  Delemer.  In-8°  de  160  p.,  avec  figures. 

Cette  Notice,  faite  sans  doute  pour  flatter  quelques  amours-propres, 
manque,  en  général,  de  ces  détails  et  de  ce  charme  de  style  qui 
donnent  de  la  vie  aux  ouvrages  de  simple  érudition.  Celle  de  l'au- 
teur n'est  ni  solide  ni  choisie  ;  il  s'appuie  presque  toujours  sur  des 
autorités  peu  respectables,  et  ne  paraît  pas  familiarisé  avec  tous  les 
nobles  souvenirs  de  sa  patrie. 

i5i.  —  Essai  sur  la  théorie  du  chant',  par  J.  B.  Roucourt,  avec 
cette  épigraphe  :  Riennest  beau  que  le  vrai,  Bruxelles.  Weissem- 
bruch.  1 10  p*  in-80  ^  et  ^q  pi. 

M.  Roucourt  a  voulu  imiter  Grétry,  qui  a  aussi  écrit  sur  son  art  ; 
mais  Grétry  avait  alors  composé  une  foule  d'ouvrages  célèbres ,  et 
ses  réflexions  étaient  le  résultat  d'une  expérience  profonde;  M.  Rou- 
court a  jprocédé  d'une  manière  plus  expéditive;  cependant  sa 
brochure ,  parmi  beaucoup  de  lieux  communs ,  offre  des  aperçus 
ingénieux,  des  remarques  utiles  :  on  regrette  que  le  style  en  soit 
quelquefois  prétentieux.  De  R — g. 

LIVRES  FRANÇAIS. 

iSa.  —  Recherches  sur  les  poissons  toxicophores  des  Indes  occiden- 
tales^ lues  à  l'académie  royale  des  sciences  de  l'Institut,  dans  ses 
séances  des  26  juillet  et  25  août  1819;  par  A.  Moread  de  Jonjmès. 
Paris,  1821 .  Imprimerie  de  Migneret,  rue  du  Dragon  ,  n°  20.  Broch. 
in-S"  de  34  pag.  Prix ,  j5  c. 

Cette  brochure  est  le  développement  de  la  notice  du  même  auteur, 
insérée  dans  la  Revue.  {Voj .  T.  V,  p.  4o3.) 

.  i55.  (*3  — ^  Anatomie  de  l'homme ,  ou  Descriptions  et  figures  litho- 
graphiées  de  toutes  les  parties  du  corps  hum,ain,  par  MM.  Béclard 
et  J.  Cloquet;  publiée  par  M.  de  Lasteyrie.  Paris,  1821,  de  l'im- 
primerie lithographique  de  M.  de  Lasteyrie ,  rue  du  Bac ,  n°  58. 
In -folio,  avec  planches. 

Cet  ouvrage,  dont  il  a  déjà  paru  deux  livraisons,  sera  composé 

de  240  planches  et  de  120  feuilles  de  texte  au  plus,  grand  in-folio, 

I    papier  jésus  vélin,   pour  les  gravures.    Il  paraîtra  régulièrement, 

chaque  mois,  par  livraison  de  six  planches  et  trois  feuilles  de  texte. 

L'éditeur,  voulant  faciliter  aux  élèves  en  médecine  l'acquisition  de 

ToaiE  XII.  26 


hQ2  LIVRES  français: 

cet  ouvrage,  n'a  porté  la  livraison  qu'à  9  fr.  Les  souscrjptenrs  ne 
paieront  qu'en  recevant  les  livraisons.  Comme  la  lithographie  ne 
permet  pas  de  conserver  les  planches  et  que  le  tirage  doit  être  su- 
bordonné au  nombre  de  souscripteurs,  on  invite  les  personnes  qui 
voudraient  se  procurer  cet  ouvrage  à  se  faire  inscrire,  avant  le 
i«'  décembre  1821  ;  après  cette  époque,  le  prix  en  sera  considé- 
rablement augmenté. 

i54. — Manuel  des  plantes  médicinales,  ou  Description,  usage 
et  culture  des  végétaux  indigènes  employés  eu  médecine  ;  par 
A.  Gauttibb,  D.  m.  Paris,  1821.  Audot,  r.  des  Maçons-Sorbonne , 
n"  11.  In- 12  de  11 54  pages.  Prix,  10  fr. ,  et  12  fr.  5o  c.  par  la  poste. 

Cet  ouvrage  se  divise  en  deux  parties  :  Considérations  générales 
et  Descriptions  particulières.  Dans  la  première,  l'auteur  a  groupé 
toutes  les  connaissances  qu'il  aurait  été  difiGcile  de  placer  aux  ar- 
ticles spéciaux,  ou  qui  étaient  susceptibles  d'aperçus  généraux  dont 
pn  devait  retrouver  l'application  à  chaque  plante.  Ces  connaissances 
forment  une  suite  d'articles  qui  peuvent  se  diviser  en  huit  séries,  et 
dont  voici  les  principaux  élémens  :  distribution  entre  les  plantea 
exotiques  et  les  plantes  indigènes;  moyens  d'arriver  à  la  connais- 
sance des  plantes,  propriété  des  plantes ,  leurs  qualités  physiques 
ou  leur  composition  chimique;  causes  qui  font  varier  ces  propriétés, 
telles  que  l'âge  de  la  plante ,  la  saison  ou  l'on  s'en  sert,  la  nature 
du  sol  et  le  climat  où  on  la  recueille,  etc.  ;  préparations  des  plantes 
pour  leur  conservation  ;  enfin,  leur  classification,  d'après  les  effets 
immédiats  qu'elles  produisent,  en  émolliens,  tempérans,  toniques^ 
astringens  et  excitans. — La  seconde  partie  ou  le  3Ianuel  propre- 
ment dit ,  ayant  pour  objet  l'histoire  des  plantes  en  particulier, 
indique  la  place  de  chaque  plante,  dans  l'ordre  alphabétique,  avec 
sa  synonymie  en  botanique,  en  médecine,  et  même  dans  le  com- 
merce, suivie  du  nom  latin  de  Linné,  la  classe  et  l'ordre  de  ce  bota- 
niste et  la  famille,  d'après  la  méthode  de  Jussieu  ;  la  description 
botanique  ;  les  qualités  physiques  des  plantes  fraîches  ;  l'histoire  de 
leur  dessiccation;  leurs  propriétés,  leurs  préparations  et  leur  usage 
en  médecine ,  etc.  On  voit  que  la  division  adoptée  par  l'auteur  l*a 
conduit  à  revenir  plusieurs  fois  sur  les  mêmes  objets;  mais  il  ne  faut 
pas  croire  que  ce  soit  un  défaut  dans  l'ouvrage  ;  ces  mêmes  objets 
sont  envisagés  chaque  fois  sous  des  rapports  différens.  Trois  tables 
terminent  cet  ouvrage.  La  première  définit  avec  la  plus  grande  con- 


LIVRES  FRANÇAIS.  A03 

«îsion  les  termes  de  botanique  employés  dans  les  descriptions  ;  la 
seconde  récapitule  les  maladies  citées  aux  articles,  en  y  rapportant 
toutes  les  plantes  conseillées  pour  guérir  chacune  d'elles;  enfin  ,  la 
troisième  a  pour  objet  de  faire  connaître  toutes  les  plantes  du 
Manuel  sous  les  différens  noms  qu'elles  portent  ,  en  renvoyant  au 
nom  principal  où  on  les  trouve. 

i55.(*) — Brécis  de  l'histoire  de  l'astronomie^  dédié  à  M.  de  Hum- 
boldt,  par  M.  le  marquis  de  la  Place.  Paris,  1821.  V»  Gourcier,  rue 
du  Jardinet-St.-André-des-Arcs.  1  vol.  in-S"  de  i6o  pages.  Prix,  3  f. 
Ce  Précis,  qui  forme  le  5«  livre  de  VExjwsilion  des  systèmes  du 
monde,  paraît  devoir  intéresser  un  plus  grand  nombre  de  lecteur» 
que  l'ouvrage  lui-même .  M.  de  la  Place  a  pensé,  par  ce  motif,  qu'il 
serait  utile  de  le  publier  séparément.  Nous  attendrons  que  la  cin- 
quième édition  de  cet  ouvrage,  actuellement  sous  presse,  soit  livrée 
au  public  pour  en  analyser  les  plus  importantes  parties.  La  répu- 
tation méritée,  dont  l'illustre  auteur  jouit  dans  toute  l'Europe,  fait 
attendre  avec  impatience  toutes  les  productions  de  son  génie.  Nous 
remarquons,  dans  le  Précis  de  PEistoire  de  l'astronomie,  que  M.  de 
la  Plac€  partage  l'opinion  de  M.  Fourier,  sur  la  haute  antiquité 
des  zodiaques  égyptiens.  Il  est  fâcheux  que  M.  Lanjuinais  n'ait  pas 
€u  connaissance  de  ce  fait  ;  il  aurait  pu  ajouter  ce  nom  célèbre 
et  cette  autorité  imposante  aux  autres  noms  qu'il  a  cités  page  382 
du  T.  XI  de  ce  recueil.  Pour  juger  une  question  de  précession  des 
équinoxes,  l'intervention  d'un  juge  aussi  compétent  doit  être  sans 
doute  d'un  grand  poids.  Frakcoeur. 

i56. — Recherches  sur  la  théorie  des  surfaces  élastiques ,  par  ma- 
demoiselle Sophie  Germain.  Paris.  1821.  Mad.  V«  Gourcier,  rue  du 
Jardinet-St.-André-des-Arcs.  1  vol  in-i"  fie  100  pages,  avec  uae 
planche  en  taille-douce.  Prix  ,  5  fr. 

G'est  un  phénomène  remarquable  dans  les  sciences ,  qu'une 
femme  qui  dispute  et  remporte  des  palmes  académiques  :  aucune 
des  feiames  qui  se  sont  rendues  célèbres  dans  les  sciences,  n'ont 
mérité  leur  renommée,  comme  M^'«  Germain.  Estimée  de  l'illustre 
La  Grange,  elle  a,  dans  ses  entretiens  avec  ce  grand  géomètre,  reçu 
les  inspirations  de  son  génie.  En  181 1,  l'Académie  des  sciences 
proposa  en  prix  la  question  des  surfaces  élastiques  :  .ce  sujet  fut 
plusieurs  fois  remis  au  concours  ;  mais  nul  ne  fut  jugé  digne  de  la 
couronne,  que  depuis  M"«  Germain  a  remportée,  en  i8i5.  Le  senti- 


AOA  LIVRES  FRANÇAIS. 

ment  des  juges,  sur  son  Mémoire,  était  cependant  que  la  partie 
démonstrative  manquait  de  rigueur.  L'auteur,  rapprochant  ses  idées 
de  celles  qu'avait  euTes  J.  Bernoulii  sur  ce  sujet,  refit  tout  son  tra- 
vail. C'est  le  fruit  de  ces  nouvelles  méditations  que  Mi'«  Germain 
reproduit  aujourd'hui ,  et  nous  croyons  pouvoir  assurer  que  les 
géomètres  les  plus  exercés  seraient  heureux  d'avoir  fait  cet  ouvrage. 

FBAPfCCECB. 

i57.(*) — Collection  de  machines^  instrumens,  ustensiles,  construc- 
tions ,  appareils,  etc.,  employés  dans  V économie  rurale,  domestique 
et  industrielle^  d'après  les  dessins  faits  dans  diverses  parties  de 
l'Europe;  par  M.  de  Lasteyrie.  Paris,  1821,  à  la  lithographie  de 
M.  de  Lasteyrie,  rue  du  Bac,  n°  58.  Dixième  et  dernière  livraison 
du  second  volume.  In-4".  Prix ,  60  fr. 

Cet  ouvrage  contient  plus  de  douze  cents  machines  relatives  à 
l'économie  rurale  ou  domestique ,  appropriées  aux  divers  besoins  et 
aux  différens  travaux  de  la  campagne  et  des  ménages.  Les  planches, 
exécutées  sans  luxe,  mais  avec  la  précision  et  l'exactitnde  néces- 
saires à  leur  intelligence ,  sont  accompagnées  d'un  texte  explicatif, 
dans  lequel  on  donne  les  proportions  de  chaque  partie  des  objets , 
de  manière  à  ce  que  ces  machines  puissent  être  facilement  exécutées 
par  les  ouvriers  les  moins  habiles  de  nos  campagnes. 

Cette  collection  est  remarquable,  non  seulement  par  le  grand 
nombre  d'instrumens  nécessaires  à  l'exécution  des  différens  tra- 
vaux de  l'agriculture ,  mais  aussi  par  sa  nouveauté  ,  la  plus  grande 
partie  de  ces  machines  n'ayant  jamais  été  gravées  ni  décrites  ;  leur 
utilité  a  d'ailleurs  été  constatée  par  l'expérience.  La  dernière  li- 
vraison de  ce  recueil  contient  l'histoire  de  l'origine  des  instru- 
mens  aratoires ,  prouvée  ,  non  seulement  par  les  monumens  de 
l'antiquité ,  mais  aussi  par  la  pratique  des  peuples  anciens  et  mo- 
dernes. M.  de  Lasteyrie  a  retrouvé ,  dans  ses  voyages ,  plusieurs 
instrumens  décrits  par  les  auteurs  de  l'ouvrage  latin  qui  a  pour  titre  : 
De  re  rusticâ,  le  Plostellum  pœnicum  ,  dont  parle  Varron ,  la  char- 
rue de  Virgile ,  les  quatre  socs  qui  étaient  en  usage  du  tems  de 
Pline ,  etc.  Ayant  sous  les  yeux  ces  divers  instrumens ,  il  a  pu  en 
reconnaître  l'identité  avec  ceux  des  anciens  ,  et  donner  une  expli- 
cation de  quelques  passages  mal  compris  auparavant.  | 
i58.  —  U Art  dufilateur  de  coton  ;  par  F.  VAiTiEa.  Ouvrage  dans 


LIVRES  FRANÇAIS.  A05 

lequel  on  expose  tout  ce  qui  est  r/ilatif  à  cet  art.  Paris  ,  1821.  Audin. 
In-8°.  Prix ,  3o  fr. 

Les  procédés  employés  dans  la  fabrique  de  coton ,  cette  branche 
d'industrie  devenue  si  importante  pour  le  commerce  de  la  France  , 
n'étaient  pas  encore  décrits  dans  notre  langue.  La  filature  manquait 
d'un  Manuel  :  M.  Vautier  y  a  pourvu.  Intelligence,  esprit  d'obser- 
vation ,  expérience ,  il  réunissait  toutes  les  qualités  nécessaires  pour 
réussir  dans  cette  entreprise.  A  qui  pouvait-il  dédier  plus  convenable- 
ment son  livre  qu'à  M.  le  duc  de  la  Rochefoucauld-Liancourt,  qui  en  a 
^.agréé  l'hommage  ?  Précédé  d'uue  Introduction  pleine  de  détails  his- 
i toriques  ,  l'ouvrage  de  M.  Vautier  est  divisé  en  seize  chapitres,  qui 
f^nous  ont  paru  embrasser  toute  l'étendue  de  la  matière  ;  on  y  a  joint 
dix  planches ,  accompagnées  d'une  soigneuse  description.  Tous  ceux 
qui  prennent  quelque  intérêt  à  la  filature  de  coton  voudront  se  pro- 
curer cette  instruction  élémentaire.  M — n. 

iSg.  —  GjTnnase  normal  militaire  et  ci P' il;  idée  de  cette  institu- 

kJion  au  commencement  de  1821,    et  moyens  de  la  rendre  aussi 

[Complète,  générale  et  utile  que  sa   destination  le  demande;  par 

[.  Amobos,  naturalisé  français ,  fondateur  et  directeur  des  gymnases 

du  gouvernement.  Paris,  1821.  In-8**  de  i56  pag.  Chez  l'auteur,  rue 

de  Surenne  ,  n»  6. 

Cet  ouvrage  ,  orné  d'une  planche  figurant  le  plan  d'un  gymnase 
normal ,  a  pour  objet  de  mettre  l'autorité ,  ainsi  que  les  hommes 
éclairés,  à  portée  d'apprécier  l'importance  de  l'établissement  que 
l'auteur  a  fondé  à  Paris.  Pour  avoir  une  juste  idée  de  l'étendue  du 
service  qu'il  rend  à  sa  nouvelle  patrie  ,  en  s'efforçant  d'y  naturaliser 
la  gymnastique  comme  moyen  d'éducation  physique  et  morale ,  et 
d'hygiène,  il  faut  bien  juger  toute  l'influence  que  le  développement 
des  forces  physiques  et  l'agilité  des  mouvemens  musculaires  exercent 
sur  la  santé  ,  sur  les  facultés  intellectuelles,  et  même  sur  les  mœurs 
des  hommes.  L'éducation,  soit  privée ,  soit  publique  ,  n'a  ,  pour  ainsi 
dire ,  d'autre  résultat  chez  les  nations  modernes  ,  que  de  perfec- 
tionner l'intelligence  des  enfans.  Tout  ce  qui  est  relatif  aux  exer- 
cices du  corps  et  à  l'emploi  des  facultés  physiques,  si  utilement 
cultivés  jadis  chez  les  Grecs  et  les  Romains ,  est  maintenant  aban- 
donné par  les  instituteurs  de  la  jeunesse.  Il  résulte  de  là  qu'on  ne 
développe  en  elle  que  la  moitié  des  dons  que  la  nature  a  fait§  à 


AG6  LIVRES  FRANÇAIS. 

rhommc.  D'ailleurs,  en  accordant  ainsi  tout  à  la  seule  culture  de 
l'esprit ,  on  détermine,  dans  l'organisme  animal ,  une  inégale  répar- 
tition des  forces  et  des  matériaux  nutritifs ,  qui ,  n'étant  point  mo- 
difiés par  l'action  du  corps ,  s*accumulent  vers  le  cerveau,  agissent 
immédiatement  sur  l'appareil  nerveux  ,  d'où  naissent  des  altérations 
multipliées  et  funestes  à  la  santé  physique  et  morale.  Dirigée  avec 
cette  profonde  habileté  qui  distingue  la  pratique  de  M.  Amoros ,  la 
gymnastique  est  devenue  éminemment  utile  sous  plusieurs  autres 
rapports  :  elle  contribue  à  la  prospérité  de  l'état;  car ,  il  faut  le  dire  , 
chez  les  peuples  modernes,  les  citoyens  ne  sont  pas  plus  destinés 
qu'ils  ne  l'étaient,  dans  les  états  civilisés  de  l'antiquité,  à  ne  faire 
usage  que  de  leurs  facultés  intellectuelles.  La  guerre ,  la  navigation , 
les  arts  mécaniques  et  industriels,  les  travaux  publics,  etc. ,  exigent 
l'emploi  de  forces  physiques  considérables ,  d'une  adresse  ,  d'une 
légèreté ,  d'une  vélocité  qu'on  ne  saurait  acquérir  que  par  des  exer- 
cices préparatoires  habilement  dirigés.  Le  courage,  l'aptitude  aux 
grands  travaux  sont  proportionnés  chez  l'homme ,  non  seulement 
à  l'étendue  et  à  la  perfection  de  ses  facultés  intellectuelles,  mais  en- 
core à  la  puissance  de  ses  forces  corporelles.  Celui  qui  saura  le 
mieux  résister  à  la  fatigue  ,  aura  aussi  plus  d'activité ,  plus  de  vi- 
gueur ,  et  sera  le  plus  utile  à  la  société  par  son  travail.  Il  est  des 
hommes  qui  ont  acquis,  par  l'habitude  de  longs  travaux,  un  tel 
avantage  sur  leurs  semblables,  qu'ils  accomplissent,  à  eux  seuls,  ce 
qu'un  grand  nombre  d'autres  ne  sauraient  exécuter.  Tel  est  un  des 
principaux  objets  qu'embrasse  M,  Amoros,  dans  son  système  de 
gymnastique.  Ses  leçons  tendent  nécessairement  à  développer  et  à 
perfectionner  toutes  les  facultés.  Artisans,  soldats,  marins,  tous  y 
acquièrent  un  plus  haut  degré  de  souplesse,  d'agilité,  de  force  et  de 
courage  même. 

Les  exercices  gymnastiques  sont  un  complément  indispensable  à 
l'éducation  des  enfans  de  toutes  les  classes.  On  voit ,  dans  nos  cités, 
un  grand  nombre  d'hommes  débiles  ;  une  éducation  gymnastique 
eût  développé  en  eux  le  système  sanguin ,  l'appareil  musculaire  ,  et 
eût  établi  cet  équilibre  des  fonctions  qui  constitue  un  état  de  santé 
qu'ils  ne  connaîtront  jamais. 

M.  Amoros  a  obtenu  de  sa  méthode  les  effets  les  plus  heureux  ,  les 
plus  surprenans  chez  les  acrofuleux  ,  ou  chez  ceux  qui  étaient  dis- 
posé» à  le  devenir.  11  en  est  de  même  des  enfans  qui  ont  des  disposi- 


LIVRES  FRANÇAIS.  407 

lions  à  la  phthisie,  et  de  plusieurs  autres  aflections  des  viscères.  Notre 
habile  instituteur  est  parvenu  à  inventer  des  exercices  inconnus  aux 
anciens  ,  et  au  moyen  desquels  il  rend  ses  élèves  plus  patiens,  plus 
disposés  à  supporter,  à  mépriser  la  douleur  :  il  imprime  à  leur  ame 
une  fermeté,  une  intrépidité  qui  les  rend  habiles  à  braver  le  danger, 
en  commandant  à  un  corps  souple ,  vigoureux  ,  et  devenu  docile ,  les 
mouvemens  les  plus  propres  à  surmonter  les  obstacles,  à  vaincre  les 
résistances. 

M.  Amoros  a  judicieusement,  et  à  l'instar  des  Grecs,  introduit  la 
musique  dans  sa  méthode.  Il  obtient,  à  l'aide  du  rhythme  harmo- 
nique ,  plus  d'ensemble  et  de  régularité  ;  plus  d'aptitude  aux  exer- 
cices, plus  de  progrès  dans  leur  perfection.  Il  a  publié ,  depuis 
quatre  ans,  et  par  conséquent  le  premier,  un  recueil  de  chants  ,  à 
l'usage  de  ses  disciples  ;  leur  objet  est  hygiénique  et  moral  :  d'une 
part,  ils  exercent  et  fortifient  les  organes  de  la  voix  et  ceux  de  la 
respiration.  Animés  par  une  musique  convenable  aux  paroles  ,  ces 
chants  adoucissent  le  caractère,  polissent  les  mœurs,  élèvent  l'ame 
des  élèves  ,  rendent  plus  vif  en  eux  l'amour  de  la  patrie,  et  dirigent 
vers  le  service  de  l'état  et  celui  de  l'humanité  celles  de  leurs  facul- 
tés que  les  exercices  gymnastiques  ont  perfectionnées.  Le  chant  est 
une  des  branches  les  plus  remarquables  du  cours  de  M.  Amoros  : 
il  est  le  complément  indispensable  de  sa  belle  méthode.  (  Voyez 
ci-dessus  ,  pag.  5.  )        ' 

L'ouvrage  qui  nous  a  suggéré  ces  réflexions  se  compose  en  grande 
partie  des  jugemens  qu'ont  portés  ,  sur  l'établissement  de  M.  Amo- 
ros, beaucoup  de  personnages  recommandables  par  les  lumières 
comme  par  le  rang.  Il  suffit  de  citer,  parmi  les  noms  qui  enrichissent 
ce  recueil ,  ceux  de  MM.  les  maréchaux  Gouvion-Saint-Cyr ,  Mac- 
donald  ,  Suchet,  Marmont,  et  de  MM.  Degérando  ,  de  Lasteyrie  , 
Jomard  ,  Jullien,  de  Laborde  ,  Camille  Jordan,  Laflbn  de  La  débat, 
Andrieux,  Tissot,  Lebœuf  ;  les  généraux  Dessoles ,  Saint-Cyr-Nugues, 
Valazé ,  Pille,  Balthazard  d'Arcy3  les  ducs  de  Gadore  ,  de  Praslin, 
Doudeauville ,  de  la  Châtre ,  etc.  Ces  suffrages  valent  une  longue 
apologie.  Foubniee-Pescay,  D.  M. 

160. — Du  sort  de  Vhonime  dans  toutes  les  conditions'  du  sort  des 
peuples  dans  tous  les  siècles ,  et  plus  particulièrement  du  sort    ac- 
tuel du  peuple  français  ;  par  H.  AzAÏs.  Paris,  1821.  Béchet,  quai  des 
Augustins ,  n"  67.  (  Foy.  ci«dessus ,  Revue  Enc. ,  T.  IX,  pag.  571.) 


^^08  LIVllliS  FRANÇAIS. 

3  vol.  iû-12.  Prix,  S  fr.,  et  lo  fr.  par  la  poste.  Les  tomes  II  et  III 
se  vendent  séparéixient  6  fr. ,  et  7  5o  c.  par  la  poste. 

L'ouvrage  de  M.  Azaïs  sur  les  compensations  a  obtenu  un 
succès  mérité.  Cependant,  l'auteur  l'a  reconnu  lui-même.  Le 
principe  du  balancement  dans  les  destinées  humaines  n'y  est  pas 
exposé  avec  cette  rigueur  de  raisonnement,  ni  avec  cette  méthode 
qui ,  seules,  donnent  à  une  théorie  le  caractère  de  démonstration  ; 
un  second  ouvrage  était  nécessaire  pour  que  ,  sur  une  question  aussi 
importante,  la  raison  des  hommes  judicieux  fût  pleinement  satis- 
faite. Cet  ouvrage  vient  de  paraître.  Le  titre  seul  annonce  que  les 
principales  applications  morales  et  politiques  de  la  loi  qui  conduit 
les  destinées  humaines  s'y  trouvent  comprises.  C'est  un  traité  de 
philosophie  générale,  duquel  chaque  individu  peut  aisément  dé- 
duire l'explication  de  sa  propre  destinée;  car  les  conditions  parti- 
culières qui  composent  chaque  destinée  individuelle  sont  clairement 
indiquées  ;  il  s'agit,  pour  le  lecteur,  de  s'interroger  attentivement 
et,  de  bonne  foi  pendant  cette  lecture;  il  découvre  alors,  dans  les 
particularités  secrètes  ou  saillantes  de  sa  situation ,  ainsi  que  daûs 
les  qualités  heureuses  ou  fâcheuses  de  son  caractère ,  les  raisons  de 
son  sort  personnel.  Afin  de  rendre  l'exposition  du  principe  plus 
frappante,  M.  Azaïs  l'a  suivi  dans  son  application  à  la  destinée  de 
quelques  personnages  historiques;  il  a  choisi  le  cardinal  de  Retz, 
Mazarin,  Richelieu,  madame  de  Sévigné,  Fénélon  ,  Bossuet  , 
J.-J.  Rousseau,  Voltaire  et  enfin  Napoléon.  Cette  succession  de 
tableaux  lui  a  fourni,  non  seulement  les  moyens  de  montrer  com- 
ment s'était  balancé,  par  lui-même, le  sort  individuel  de  chacun 
de  ces  illustres  personnages ,  mais  encore  comment  la  civilisation, 
en  ne  cessant  de  faire  des  progrès ,  verse  constamment,  sur  le  cours 
des  générations  successives ,  autant  de  biens  que  de  maux ,  autant 
d'inconvéniens  que  d'avantages.  Napoléon  termine  cette  galerie 
imposante,  et  l'on  est  porté  d'avance  à  reconnaître  combien  il  y 
a  eu  de  balancement  dans  cette  destinée,  si  exaltée  en  succès  et  en 
revers,  en  jouissances  et  en  malheurs.  M.  Azaïs  lui  a  consacré  un 
volume  particulier,  sous  ce  titre  :  Jugement  impartial  sur  Napoléon, 
ou  Considérations  philosophiques  sur  son  caractère,  son  élévation  y 
sa  chute,  et  les  résultais  de  son  gouu'ernement,  suivies  d'an  paral- 
lèle entre  Napoléon  et  Crovufell,  entre  la  réi-olution  d'Anf^letcrrc 
et  la  résolution  française'  (Un  vol.  in-S".  Prix ,  5  fr.,  et  6  fr.  par  la 


LIVRES  FRANÇAIS.  A09 

poste.  )  Cet  ouvrage  est  écrit  d'un  stylo  ferme  ,  et  avec  l'indépen- 
dance d'une  raison  élevée.  Ce  témoignage  lui  a  été  rendu  par  ua 
des  hommes  qui  ont  le  mieux  connu  Napoléon ,  qui  se  sont  le 
plus  avancés  dans  sa  confiance. 

161.  —  Agemda  général,  ou  Mémorial  portatif  universel,  pour 
l'année  18..;  Lif^ret  pratique  d'emploi  du  tems-,  composé  de 
tablettes  utiles  et  commodes,  d'un  usage  journalier,  etc.;  par 
M.  M.  A.  JuLLiEN ,  auteur  de  V Essai  sur  remploi  du  tems.  3*  édition. 
Paris,  I  vol.  in- 12,  cartonné,  de  287  pag. ,  avec  tablettes.  Prix,  5  fr., 
et  6  fr.  par  la  poste. 

'  162* — BiOMÈTHE,  ou  Mémorial  Horaire  tl  Thermomètre  d'emploi 
du  tems  ^  sorte  d'instrument  pour  mesurer  la  vie  ,  composé  de  ta- 
blettes ,  qui  procurent  le  moyen  de  recueillir,  en  une  minute  et 
sur  une  seule  ligne ,  pour  chaque  intervalle  de  vingt-quatre  heures  , 
les  divers  emplois  et  les  principaux  résultats  de  la  vie  pendant  le 
même  espace  de  tems;  par  M.  M.  A.  Jullien.  Paris,  un  petit  vol. 
in-12  de  88  pages  en  tableaux;  précédées  d'une  instruction  sur  la 
manière  de  s'en  servir;  relié  avec  porte-crayon.  Prix,  5  fr.,et  6  fr. 
par  la  poste. 

On  trouve  ces  deux  Livrets  au  bureau  central  de  la  Revue  En- 
cyclopédique,  rue  d'Enfer-Saint-Michel,  n°  18  ,  et  chez  Paschoud, 
libraire  ,  rue  de  Seine,  n°  48. 

Les  deux  Livrets  que  nous  annonçons,  comme  pouvant  convenir 
particulièrement  aux  parens  et  aux  autres  personnes  qui  veulent 
donner  à  des  jeunes  gens  des  étrennes  ,  où  soient  réunis  l'utile  et 
l'agréable ,  ne  doivent  pas  être  confondus  avec  les  Amenda  ordi- 
naires, dont  le  seul  avantage,  que  nous  sommes  loin  de  méconnaître, 
est  d'offrir  un  certain  nombre  de  pages  en  blanc  pour  l'inscription 
des  rendez-vous,  des  adresses,  des  notes  et  des  affaires  journalières. 
Ces  deux  Agenda  perfectionnés  fournissent,  chacun  dans  son  genre, 
et  pour  le  but  spécial  auquel  on  a  voulu  le  rendre  propre,  une 
sorte  d'instrument  pour  faciliter  l'application  d'une  méthode,  dé- 
veloppée dans  V Essai  théorique  sur  l'emploi  du  tems  ,  dont  les 
résultats  d'utilité  sont  incontestables.  On  trouve  ici  une  analyse 
complète  et  philosophique  de  la  vie  humaine  et  sociale ,  d'après 
laquelle  tous  les  souvenirs  intéressans  et  instructifs ,  tous  les  pro- 
duits essentiels  de   l'existence  peuvent  être  recueiUis  et  classés, 


AlO  LIVRES  FRANÇAIS. 

comparés  et  appréciés,  chaque  jour,  dans  quelques  lignes  et  en 
quelques  minutes. 

Les  tablettes  de  la  pie  courants  et  journalière  servent  à  ins- 
crire, d'une  manière  sommaire  et  substantielle,  V  emploi  déjà  fait 
de  la  journée  qui  a  précédé  ,  ou  l'emploi  projeté  de  celle  qui  va 
suivre.—  Un  espace  libre,  entre  deux  parenthèses,  à  la  suite  de  la 
date  de  chaque  jour,  est  destijé  à  recevoir  un  chiffre  ou  signe  de 
conueniion  y  que  chacun  choisit  à  son  gré,  et  dont  il  garde  la  clef 
pour  lui  seul,  qui  exprime  si  Pon  a  lieu  d'être  ou  non  satisfait  de 
l'emploi  de  la  journée.  Ce  signe  peut  se  modifier  de  trois  manières, 
pour  reproduire  l'impression  honne^  m,aupaise  ou  médiocre  qu'on  a 
reçue  de  la  journée  qui  vient  de  s'écouler.  Vue  seconde  division 
pour  la  pie  économique ^  se  compose  de  tablettes  destinées  à  l'ins- 
cription des  recettes  et  des  dépenses  journalières,  rapprochées  et 
comparées.  Dans  un  troisième  ordre  de  tablettes^  pour  la  vie  sociale^ 
on  inscrit  les  noms  des  personnes  avec  lesquelles  on  entretient 
des  relations  d'amitié,  de  convenance  ou  d'affaires.  La  pie  épis- 
tolaire ,  ou  le  double  tableau  des  lettres  écrites  et  des  lettres  reçues, 
avec  des  numéros  de  renvois  des  unes  aux  autres  ,  forme  la  qua- 
trième division.  Dans  la  cinquième ,  pour  la  vie  intellectuelle  e' 
littéraires  on  porte  les  titres  des  meilleurs  ouvrages,  analogues  à 
son  genre  d'instruction  ou  à  ses  travaux,  qu'on  veut  se  procurer, 
lire  ou  consulter.  Enfin,  la  sixième  et  dernière  partie  ^  la  vie  de  la 
Tnêmoire  et  de  l'imagination .  comprend  quatre  sortes  de  tablettes 
distinctes  pour  les  souvenirs  et  les  projets  personnels  et  de  famille; 
les  souvenirs  et  les  projets  d'utilité  publique ,  rapportés  à  sa  pro- 
fession,  à  son  art,  à  son  pays,  à  l'humanité;  les  souvenirs  histo- 
riques ou  des  époques  et  des  dates ,  et  les  souvenirs  nécrologiques^ 
soit  des  amis  morts,  soit  des  personnages  marquans  qui  meurent  dans 
le  cours  de  l'année. 

Chaque  jour,  interwsMe  de  tems  distinct,  marqué  par  la  nature, 
doit  donner  un  résultat.  Il  dépend  beaucoup  de  la  raison ,  de  la 
prévoyance  et  de  la  volonté  de  l'homme ,  que  ce  résultat  soit  bon 
et  utile  :  alors,  on  est  nécessairement  plus  heureux.  Chaque  homme 
peut  devenir  un  moyen  d'instruction  et  un  sujet  d'observation  pour 
l'homme  qui  est  en  relation  avec  lui.  Les  hommes  doivent  se  for- 
tifier, s'aider,  s'instruire,  s'améliorer  les  uns  les  autres.  Chaque  fait 
particulier,  susceptible  d'être  remarqué  et  recueilli,  peut  conduire 


LITRES  FRANÇAIS.  Ali 

nu  se  rattacher  à  tin  principe  général ,  et  fournir  une  leçon  salutaire. 
Chaque  circonstance îugïtive  et  momentanée,  d'un  certain  intérêt, 
peut  laisser  des  traces  et  procurer  des  avantages  durables,  si  Ton 
sait  en  tirer  parti.  Les  malheurs  même  ,  les  inconvcniens  ,  les  obs- 
tacles qu'on  rencontre  dans  la  vie ,  peuvent  être  changés ,  jusqu'à 
un  certain  point,  par  une  volonté  forte,  en  élémens  de  succès  et 
en  moyens  de  bonheur.  C'est  ainsi  que  la  vie  entière  est  un  cours 
continué  d'éducation ,  et  une  école  de  morale  pratique.  D'un 
côté ,  la  pie  morale  et  intérieure ,  qui  apprend  à  l'homme  à  se  con- 
naître et  à  se  diriger,  doit  devenir  l'objet  d'une  attention  spéciale, 
d'une  étude  suivie,  d'une  surveillance  journalière;  de  l'autre,  la 
i/ie  extérieure^  civile  et  sociale  devient  également  une  suite  non 
interrompue  d'expériences  et  d'observations  ,  qui  servent  à  l'homme 
pour  mieux  connaître  ses  semblables,  pour  se  perfectionner  lui- 
même,  pour  améliorer  sa  condition  et  sa  destinée. 

Il  serait  à  désirer  que  l'usage  journalier  de  l'un  ou  de  l'autre  des 
deux  Livrets  annoncés,  ou  de  tous  les  deux  à  la  fois,  qui  n'exigerait 
que  peu  d'instans  chaque  jour,  fût  généralement  adopté  dans  les 
familles  et  dans  les  maisons  d'éducation  pour  les  jeunes  gens  de 
l'âge  de  dix-sept  à  vingt-quatre  ans,  qui  en  retireraient  les  plus 
grands  avantages  et  qui  contracteraient  de  bonne  heure  des  ha- 
bitudes d'ordre  et  d'économie ,  essentiellement  morales  et  conser- 
vatrices. A. 

ir^5.  —  Essai  sur  les  institutions  de  saint  Louis;  par  Arthur 
hnvGjiOt: Jîls f  avocat  à  la  cour  royale  de  Paris.  Ouvrage  couronné, 
en  1821,  par  l'Académie  royale  des  inscriptions  et  belles  lettres. 
Paris  1821.  Levrault  ,  rue  des  Fossés- Monsieur-le-Prince,  n°  33; 
Strasbourg,  même  maison  de  commerce.  Un  vol.  in-8°  de  462  pages. 
Prix ,  6  francs. 

La  question  posée  par  l'Académie  était  conçue  en  ces  termes  : 
«  Examiner  quel  était ,  à  l'époque  de  l'avènement  de  saint  Louis  au 
trône  ,  l'état  du  gouvernement  et  de  la  législation ,  et  montrer  quels 
étaient,  à  la  fin  de  son  règne ,  les  effets  des  institutions  de  ce  prince. 
Cette  question  était  belle  à  traiter  ,  et  M.  Beugoot  fils  s'est  acquitté 
de  cette  tâche  avec  une  profondeur  d'érudition  et  une  indépendance 
d'esprit,  qui  a  droit  aux  plus  grands  éloges.  Les  nôtres  seraient 
superflus,  après  le  suffrage  d'un  corps  aussi  savant  que  l'Académie 
des  inscriptions  et  belles-lettres.  Ce  qui  frappe  d'abord  le  lecteur , 


412  LIVRES  FRANÇAIS. 

dans  l'ouvrage  de  M.  Beugnot ,  c'est  la  netteté  parfaite  avec  la- 
quelle il  nous  fait  parcourir  une  époque  qui ,  sous  tous  les  rapports 
qui  ne  sont  pas  immédiatement  liés  aux  événemens  historiques  ,  ne 
se  présentait  à  la  plupart  des  esprits  que  d'une  manière  vague 
et  confuse  :  ce  mérite  tient  à  l'excellente  méthode  adoptée  par 
l'auteur.  L'ouvrage  entier  est  divisé  en  deux  livres  :  Du  gouverne- 
ment,  et  de  la  législation.  LivnB  1^». —  Autorité  royale. —  Pouvoir 
législatif.  —  Administration  intérieure, —  Administration  de  la  jus- 
tice.—  Clergé  intérieur.  —  Cour  de  Rome.  —  Finances.— Monnaies. 

—  Industrie.  —  Agriculture.  —  Commerce  intérieur.  —  Commerce 
extérieur.  Livre  II.  —  Législation  générale.  —  Législation  civile. — 
Procédure  civile.  —  Législation  criminelle.  —  Législation  féodale. 

—  Législation  religieuse.  Chacun  de  ces  chapitres  est  développé  avec 
une  grande  abondance  d'érudition  et  un  jugement  exquis.  Joinville  , 
Mathieu  Paris,  les  Gapitulaires,  les  Ordonnances  du  Louvre,  le  Confes- 
seur de  la  reine  Marguerite ,  les  diverses  collections  des  lois  romaines 
ou  féodales  ,  Duchesne  ,  Ducange  ,  etc.,  sont  les  sources  où  l'auteur 
puise  habituellement ,  pour  éclairer  ses  discussions.  Il  n'a  pas  négligé 
non  plus  de  consulter  les  manuscrits  de  la  bibliothèque  du  Roi , 
d'où  il  a  extrait  quelquefois  des  renseignemens  précieux.  Tout  ce 
qui  est  relatif  au  droit  féodal ,  tant  par  rapport  aux  terres  qu'aux 
personnes ,  est  traité  avec  supériorité ,  et  en  général  l'on  a  occasion 
d'observer  plus  d'une  fois  combien  les  études  du  jurisconsulte, 
ont  dû  être  utiles  à  l'érudit.  On  pourrait  remarquer  que  M.  Arthur 
Beugnot  a  traité  un  peu  en  abrégé  le  chapitre  de  la  Pragmatique- 
sanction,  l'un  des  plus  beaux  titres  de  gloire  de  saint  Louis,  si 
l'on  ne  devait  supposer  qu'il  a  cru  inutile  d'analyser  ce  que  de 
savans  canonistes  avaient  très-doctement,  mais  un  peu  longuement 
établi.  M.  Beugnot  a  cru  voit)  dans  certaines  fonctions  des  baillis, 
l'institution  moderne  du  ministère  public  ;  cette  opinion  paraîtra 
sans  doute  hasardée,  quand  on  réfléchira  que  les  baillis  étaient 
juges ,  tandis  que  le  caractère  constitutif  du  ministère  public  est 
de  requérir  qu'il  soit  jugé.  Cette  observation  n'a  pas  échappé  à 
l'auteur  ;  mais  nous  croyons  que  ,  sur  cet  objet  ,  il  s'est  trop  faci- 
lement contenté  de  quelques  rapports  d'analogie.  M.  Arthur  Beugnot 
a  éclalirci  une  époque  très-remarquable  de  notre  histoire ,  son  nom 
ne  peut  manquer  d'y  rester  attaché.  Nous  ajouterons  ,  avec  une 
vive  satisfaction,  que  les  principes  politiques  les  plus  sages,  comme 
les  plus  généreux  ,  se  manifestent  à  chaque  page  de  son  livre. 

A.  M. 


LIVRES  FKANÇAIS.  A13 

t(>4.  Notice  sur  V état  des  Israélites  en  France  y  en  réponse  à  des 
questions  proposées  par  un  savant  étranger.  Paris,  i8ai.  De  l'impri- 
merie de  Pillet  aîné,  rue  Christine,  n»  5.  Brochure  in-8°  de 
io8  pages. 

L'auteur,  attaché  au  ministère  des  affaires  étrangères  ,  a  pu  ras- 
sembler, dans  ce  petit  tableau  historique ,  une  multitude  de  ren- 
scignemens  qui  ont  rapport  au  nombre  et  à  l'état  des  sectateurs 
de  la  religion  de  Moïse  dans  l'intérieur  du  royaume.  La  préface 
nous  apprend  que  c'est  à  l'occasion  d'une  correspondance  avec 
un  ministre  d'état  russe,  à  Varsovie,  sur  les  moyens  d'améliorer, 
en  Pologne  ,  l'état  civil  et  politique  des  Juifs ,  et  sur  ce  qui  a  été  fait  en 
France  relativement  à  cet  important  objet,  que  cet  ouvrage  est  publié. 
Il  est  à  désirer  que  l'auteur  donne  bientôt  au  public  l'histoire  ,  qu'il 
promet,  sur  les  vicissitudes  que  les  individus  de  celte  religion  ont 
essuyées  dans  notre  patrie,  depuis  leur  premier  établissement  dans  les 
Gaules,  sous  les  empereurs  romains,  jusqu'à  nos  jours.  Déjà  ,  un  grand 
nombre  d'ouvrages  curieux  sur  ce  sujet  ont  paru  en  France  et  dans 
l'étranger  ;  celui  que  nous  annonçons  ne  laisse  rien  à  désirer,  quant 
aux  détails;  et  l'auteur  est  placé  de  manière  à  puiser  aux  source» 
authentiques.  L'histoire  de  l'établissement  des  Juifs  en  France, 
de  leurs  diverses  expulsions ,  du  régime  et  des  lois  auxquelles 
ils  ont  été  soumis,  les  efforts  de  l'illustre  Malesherbes  pour  leur 
émancipation  politique ,  les  décrets  de  l'Assemblée  constituante , 
qui  leur  donna  le  titre  de  citoyens;  les  progrès  marqués  qu'ils  firent 
par  suite  de  ces  premières  améliorations,  les  lois  d'exception  rendues 
contre  eux  par  le  gouvernemenl  impérial ,  l'assemblée  des  députés 
israélites  et  du  grand  Sanhédrin  ,  en  1807  ;  tous  ces  objets  sont 
traités  avec  un  discernement  remarquable.  L'auteur  parle  avec  éloge 
des  titres  et  des  travaux  des  principaux  Israélites  qui  se  sont  dis- 
tingués, depuis  le  commencement  de  la  révolution.  On  distingue 
dans  cette  liste  M.  Michel  Berr,  homme  de  lettres  ,  connu  par  son 
cours  à  l'Athenée.  Ce  tableau  de  l'état  actuel  des  Israélites  établit 
une  consolante  vérité  ;  c'est  qu'il  n'est  aucune  classe  de  Français  , 
quelle  que  soit  sa  position  ou  sa  croyance  ,  qui  soit  demeurée  étran- 
gère aux  bienfaits  de  la  révolution.  C.  Coqukbel. 

i65.  (*) — Essai  historique  sur  la  constitution  et  le  goupernement 
anglais,  depuis  le  règne  d'Henri  Vil  jusqu'à  nos  jours  j  par  lord 
John  RossBt,  membre  de  la  chambre  de»   communes;  traduit  de 


AU  LIVRES  FRAÎNÇAIS. 

l'anglais  par  A.  Rov.  Paris,  1821.  Cliassériau,  libraire,  au  dépôt 
bibliographique  ,  rue  Neuve-des  Petits-Champs,  n°  5.  i  vol  in-S". 
prix,  5  l'r. ,  et  6  fr.  par  la  poste. 

Plusieurs  publicistes  regardent  le  gouvernement  anglais  comme 
celui  qui  est  le  plus  en  harmonie  avec  nos  mœurs  et  nos  besoins, 
bans  leur  opinion ,  il  offre  les  élémens  essentiels  de  prospérité  dé- 
sirables, et  nous  devons  souhaiter  de  voir  un  gouvernement  cons- 
titutionnel, fondé  sur  des  principes  analogues,  s'établir  parmi  nous, 
avec  les  modifications  exigées  par  la  différence  des  tems  et  des 
lieux.  Les  ouvrages  destinés  à  exposer  la  marche  des  institutions 
constitutionnelles  chez  le  peuple  anglais,  sont  donc  maintenant 
d'un  intérêt  général;  et  il  en  est  peu  qui  puissent  mieux  nous  faire 
connaître  l'historique  de  ce  gouvernement  que  le  livre  de  lord 
Russell.  Il  mérite  à  tous  égards  un  examen  détaillé ,  que  la  Revue 
offrira  incessamment  aux  méditations    de   ses  lecteurs. 

166. — État  actuel  de  l'industrie  française ,  ou  Coup  d'œil  sur 
Vexposilion  de  ses  produits  dans  les  salles  du  Louvre^  en  1819  ;  par 
M.  JoDV,  membre  de  l'Institut.  Paris,  1821.  Lhuiilier,  libraire, 
rue  du  Cimetière- Saint -André -des -Arcs.  1  vol.  in- S",  cartonné. 
Prix,   5  f,  5o  c. 

En  sortant  d'une  représentation  des  Femmes  sauantes^  Ménage 
disait  à  une  des  précieuses  de  l'hôtel  de  Longueville  :  «  Vou« 
verrez,  madame,  qu'il  nous  faudra  brûler  tout  ce  que  jusqu'ici  nous 
avons  adoré.  »  A  combien  d'hommes  de  cour,  à  combien  d'hommes 
d'épée,  et  même  à  combien  d'hommes  de  plume  Ménage  ne 
dirait-il  pas  aujourd'hui  la  même  chose  1  De  son  tems  ,  l'industrie 
et  le  travail  attiraient  le  mépris  sur  les  choses  utiles  ;  les  honneurs 
étaient  réservés  pour  l'oisif  servage  des  cours;  il  n'y  avait  de 
gloire  que  pour  ceux  qui  ravagent  et  massacrent  pendant  la  guerre. 
De  notre  tems,  le  pillage,  la  dévastation,  le  meurtre  sont  encore 
des  moyens  de  célébrité  ;  mais  chaque  jour  il  devient  plus  douteux 
qu'ils  soient  de  véritables  titres  à  la  gloire.  Si  les  honneurs  publics 
ne  sont  pas  encore  la  récompense  des  utiles  travaux,  du  moins 
l'estime  et  la  reconnaissance  y  sont  attachées  ,  et  l'ouvrage  que  vient 
de  publier  M.  Jouy  est  très-propre  k  fortifier  cette  idée  que  les 
■choses  bonnes  sont  les  seules  honorables.  Le  Français  le  plus  fa- 
miliarisé avec  les  miracles   de  notre   industrie  nationale  suit ,  avec 


LIVRES  FRANÇAIS.  M5 

un  plaisir  mêlé  d'orgueil,  M.  Jouy,  parcourant  de  nouveau  les 
salles  où  furent  exposés,  en  1819,  les  produits  si  riches  et  si  variés 
de  nos  manufactures,  et  se  reportant,  par  la  pensée,  vers  une  des 
brillantes  époques  de  notre  gloire.  Les  savans  fournissent  à  l'in- 
dustrie des  découvertes  et  des  procédés  nouveaux  ;  les  littérateurs, 
à  leur  tour,  doivent  favoriser  l'industrie,  en  célébrant  ses  triomphes. 
Quel  plus  noble  usage  peuvent-ils  faire  de  leur  talent,  que  de 
l'employer  à  relever  le  mérite  de  ces  services  quotidiens  que  les 
classes  laborieuses  rendent  à  la  société  entière  ,  en  diminuant  les 
privations  du  pauvre,  en  donnant  au  luxe  du  riche  plus  de  goût,  plus 
d'élégance  et  une  direction  plus  avantageuse?  Il  appartenait  à  un 
membre  de  l'Institut ,  au  peintre  brillant  et  ingénieux  des  mœurs 
françaises ,  de  donner  l'exemple  et  d'inviter  les  écrivains  de  toutes 
les  nations  à  détourner  moins  souvent  leurs  pensées  de  ces  occu- 
pations manuelles,  de  ces  travaux  mécaniques,  qui,  comme  le  dit 
très-bien  M.  Jouy,  fertilisent  tout ,  répandent  partout  l'abondance 
et  la  vie  ,  et  sans  lesquels  on  verrait  la  société  se  dissoudre  et  les 
penseurs  mourir  de  faim.  L'orateur  a  placé  à  la  suite  de  son 
ouvrage  deux  listes  alphabétiques  et  raisonnées  des  artistes  et 
des  fabricans  qui  ont  obtenu  des  médailles  ou  d'autres  distinctions, 
k  l'exposition  de  1819  et  aux  expositions  précédentes;  puis,  la 
liste  des  savans ,  des  artistes  et  des  fabricans  auxquels  le  Roi  a  ac- 
cordé des  distinctions  honorifiques  :  le  livre  de  M.  Jouy  est,  pour 
le  travail  et  l'industrie ,  le  plus  glorieux  des  nobiliaires? 

A.  A. 

167,  —  Manuscrit  de  Sainte-Hélène,  publié  pour  la  première  fois 
avec  des  notes  de  Napoléon.  Paris,  1821.  Baudouin  frères,  rue  de 
Vaugirard,  n»  36.  Un  vol.  in-8°.  Prix,  2  fr.  5o  c. 

Il  est -bien  reconnu  aujourd'hui  que  ce  manuscrit  n'est  pas  sorti 
de  la  plume  de  Bonaparte  ;  et^  quoique  l'éditeur  annonce  que  les 
notes  jointes  au  bas  des  pages  sont  de  ce  fameux  personnage,  nous 
nous  permettons  d'en  douter.  La  lettre  de  MM.  Bertrand  et  Mon- 
tholon,  insérée  dans  le  Courrier  anglais,  devrait  nsettre  un  terme 
à  ces  nombreuses  publications  de  pamphlets  attribués  au  prison- 
nier de  Sainte-Hélène.  Quant  à  l'ouvrage  dont  il  s'agit,  nous  enga- 
geons les  personnes  curieuses  de  se  former  une  opinion  raison- 
nable sur  les  faits  qu'il  renferme,  à  lire  la  réfutation  qui  a  été  publiée 
dans  l'un  des  volumes  du  Censeur  Européen  de  MM.  Comte  et  Dn- 
noyer.  A.  T. 


kiC>  LIVRES  FRANÇAIS. 

i68.(*) — Recueil  de  pièces  authentiques  sur  le  Captif  de  Sainte- 
Hélène,  de  mémoires  et  documens,  écrits  ou  dictés  par  l'empereur 
Napoléon  )  suivis  de  lettres  de  MM.  Bertrand,  Las  Cases,  Gour- 
gaud,  Montholoa;  les  docteurs  Warden,  O'meara  et  Autommarchi  ; 
— avec  des  notes  de  M.  Regnault-Warin , — et  des  notices  biogra- 
phiques sur  Napoléon,  Bertrand,  Las  Cases,  Montholon  et  Gourgaud  ; 
par  M.  Jay,  rédacteur  de  la  Minerve.  Paris  ,  1821.  Corréard,  Palais- 
Royal.  Prix,  6  fr.  le  vol. ,  et  6  fr.  5o  c.  par  la  poste. 

Les  deux  premiers  volumes  sont  en  vente.  Le  second,  qui  vient 
de  paraître,  contient  les  lettres  du  comte  Las  Cases  au  lord  Bathurst, 
ministre  des  affaires  étrangères  de  la  Grande-Bretagne ,  et  à  Lucien 
Bonaparte  :  ces  lettres  contiennent  la  relation  du  Voyage  et  des 
premiers  momens  de  la  captivité  de  Napoléon.  La  correspondance 
de  M.  Warden  occupe  la  deuxième  partie  du  volume  ;  elle  est  rem- 
plie d^anecdotes  et  de  détails  singuliers  sur  la  vie  intérieure  des 
exilés  de  Longwood.  Enfin,  viennent  les  pièces  connues  sous  le  nom 
de  Lettres  du  Cap ,  auxquelles  l'éditeur  rend  le  nom  de  Lettres 
écrites  de  Longwood ,  parce  qu'elles  furent  dictées  par  le  prisonnier 
de  Sainte-Hélène.  Lesdocumens  qui  rempliront  les  volumes  suivans, 
n'offriront  pas  moins  d'intérêt.  Outre  les  mémoires  politiques  sur 
la  campagne  de  i8i5,  écrits  par  Napoléon  lui-même  et  qu'il  a 
intitulés  :  Les  trente-cinq  jours,  ils  contiendront  ses  conversations 
politiques,  la  relation  du  i5  vendémiaire,  de  la  bataille  d'Arcole  ; 
V Appel  à  la  Grancfe-Bre/û^ne,  par  Santiné,  huissier  de  Napoléon; 
les  détails  donnés  par  O'meara  sur  l'intérieur  et  la  vie  domestique 
de  Longwood,  la  correspondance  du  decteur  Autommarchi  avec  la 

famille  de  Napoléon,  sur  sa  maladie,  etc M.  Jay,  rédacteur  de 

la  Minerve ,  s'est  chargé  de  faire  les  notices  biographiques  sur  Na- 
poléon et  ses'compagnons  d'exil. 

169. —  Voyage  au  Dahomej  (Guinée),  par  J.  M.  Leod;  traduit 
de  l'anglais  ^ar  Edouard  Gacttier,  secrétaire  adjoint  à  l'école 
royale  des  LL.  00.,  etc.,  etc.,orné  de  gravures.  Paris,  i82i.Nepveu, 
passage  du  Panorama  ,  n°  26.  Un  vol.  in-i8.  Prix,  3  fr.,  et  colorié 
5  francs. 

Peu  de  personnes  ont  entendu  parler  du  Dahomey,  et  cependant 
ce  royaume  est  un  des  plus  florissans  de  la  côte  occidentale  de 
l'Afrique.  Ceux  qui  ne  le  connaissent  que  par  les  articles  de  l'En- 
cyclopédie ou  par  la   relation  de  M.  Norris,  ont  dû  en  concevoir 


LIVRES  FRANÇAIS.  A17 

une  idée  bien  désavantageuse.  On  lit  même,  dans  le  premier  de 
ces  ouvrages,  que  la  chair  humaine  se  vend  publiquement  dans  les 
marchés  dahomiens.  M.  Leod,  plus  yéridique,  tout  en  combattant 
l'exagération  des  récits  des  voyageurs  qui  l'ont  précédé ,  rapporte 
une  multitude  de  faits  qui  ne  donnent  pas  une  haute  idée  de  l'hu- 
manité de  ces  Africains.  «  Ils  célèbrent,  tous  les  ans,  dit-il,  une  fête 
à  laquelle  sont  invités  les  chefs  des  factoreries  européennes.  On 
dresse  un  échafaudage  sur  lequel  se  placent  le  roi  et  toute  sa  cour 
(la  garde  royale  est  composée  de  femmes)  ;  puis  on  amène  les  vic- 
times, que  l'on  décapite  successivement,  tandis  que  les  nègres, 
rangés  en  cercle ,  dansent  en  chantant  les  louanges  de  leur  auguste 
monarque.  Si  le  pied  vient  àr- manquer  à  l'un  de  ces  pauvres  bala- 
dins, il  est  lui-même  traîné  au  milieu  de  l'assemblée  et  mis  à  mort. 
Lorsque  le  roi  veut  communiquer  quelque  nouvelle  heureuse  à  ses 
aïeux,  il  expédie  le  courtisan  le  plus  voisin,  en  lui  tranchant  la 
tête,  après  l'avoir  chargé  de  la  commission.  »  M.  Leod  donne  en- 
suite une  idée  du  gouvernement,  de  la  police ,  des  jugemens,  et 
enfin  des  ressources  du  pays.  M.  Gauttier,  son  traducteur,  après 
avoir  développé  quelques  idées  sur  les  avantages  que  l'on  pourrait 
x'etirer  des  colonies  établies  dans  ce  pays  ,  exprime  le  vœu  de  voir 
se  former  une  Société  de  géographie.  Cette  Société  existe  mainte- 
nant, et  nous  apprenons  avec  plaisir  qu'il  est  un  de  ceux  qui  ont 
contribué  à   la  créer. 

170  (*).  —  (Euures  dramatiques  de  J,  TV.  Goethe,  traduites  de 
l'allemand  ;  précédées  d'une  Notice  biographique  et  littéraire  sur 
cet  auteur.  Première  livraison ,  composée  du  Tom.  III.  Paris,  1821. 
Bobée ,  rue  de  la  Tabletterie,  n"  9.  Un  vol.  in-S»  de  394  p.  Prix,  5  fr. 
Cette  traduction  doit  intéresser  tous  les  amis  des  lettres,  en  France, 
et  particulièrement  ceux  qui,  versés  dans  la  connaissance  des  langues 
de  l'antiquité  et  de  celles  de  l'Europe  occidentale  ,  et  pouvant  ainsi 
comparer  Sophocle,  Shakespeare,  Galderon  ,  Alfiéri,  etc.,  avec  les 
auteurs  dramatiques  qui  font  la  gloire  de  la  littérature  française  , 
n'avaient,  jusqu'ici,  pour  juger  l'émule  de  ces  grands  poètes,  que 
quelques  notices  succinctes  et  incomplètes.  L'auteur  de  Werther^c^ 
doyen  de  la  littérature  européenne  ,  célèbre  depuis  un  demi-siècle , 
est  l'objet  tour  à  tour  de  l'admiration  des  écoles  classique  et  roman- 
tique ,  selon  qu'il  s'est  senti  entraîné  à  nous  peindre  les  mœurs  an- 
tiques ,  ou  celles  du  moyen  âge  et  des  tems  modernes.  Le  Tome  qui 

TOMK  XII.  27 


418  ^         LIVRES  FRANÇAIS. 

a  paru  offre  déjà  un  exemple  frappant  de  cette  souplesse  et  de  cette 
fécondité  qui  se  fait  remarquer  dans  les  tableaux,  toujours  vrais  et 
toujours  différens,  que  son  imagination  enfante^  Parcourant  les  di- 
vers siècles,  transporté  d'un  ordre  de  choses  dans  un  autre,  se 
trouvant  successivement  en  rapport  avec  des  hommes  de  tous  les 
caractères,  de  tous  les  pays,  de  toutes  les  époques,  le  lecteur  voit, 
dans  Goeiz  de  Berlichingen  (le  premier  des  drames  qui  composent 
ce  volume  ),  les  tems  héroïques  de  l'Europe  chevaleresque  ;  dar  s 
Iphi<^énie  en  Tauride ,  ceux  de  la  Grèce;  et  dans  Clauijo^  les 
mœurs  de  la  société  actuelle  ,  reproduites  avec  une  vérité  de  pin- 
ceau qui  ne  nuit  pas  à  l'originalité  des  conceptions,  et  avoc  une 
verve  détalent  qui,  dans  l'imitation  la  plus  exacte,  conserve  toute  la 
vigueur  de  l'indépendance  et  tout  le  feu  du  génie  créateur.  Goeiz  est 
comme  la  représentation  vivante  du  moyen  âge  ;  il  a  servi  de  type 
à  Iwanhoë,  ainsi  qu'à  d'autres  essais  qui  nous  reportent  dans  les 
siècles  de  la  féodalité.  Iphigénie  est  le  parfait  modèle  d'une  tragé- 
die conforme  aux  règles  d'Aristote ,  et  respire  à  la  fois  la  simplicité, 
la  grâce,  la  grandeur  et  la  majesté  de  Sophocle.  Clai'ijo  ,  enfin, 
outre  son  mérite  dramatique ,  doit  avoir  pour  les  lecteurs  français 
un  attrait  particulier  :  il  montre  Goethe  s'emparant  d'un  sujet  déjà 
traité  par  Beaumarchais,  et  introduisant  sur  la  scène  cet  écrivain 
spirituel ,  sans  ternir  en  rien  les  couleurs  brillantes  de  sa  physiono- 
mie, sans  lien  ôter  à  son  langage  de  la  tournure  piquante  et  de  la 
chaleur  qui  le  distinguent  Par  son  élégance,  autant  que  par  sa  fidé- 
lité, la  traduction  que  nous  annonçons  paraît  digne  de  prendre 
place  à  côté  de  celle  des  œuvres  de  Schiller,  le  plus  illustre  des  imi- 
tateurs de  Goethe.  Elle  aura  en  tout  quatre  volumes,  et  le  premier 
(  qui  doit  former  la  dernière  livraison)  contiendra  une  Notice  dé- 
taillée sur  la  vie  et  les  ouvrages  de  Goethe.  L'exécution  typogra- 
phique répond  au  mérite  de  l'ouvrage. 

171  (*)  —  (Eupres  de  L.  B.  Picard,  en  dix  volumes  in  8°  ,  ornés 
d'un  beau  portmit  de  l'auteur,  i^^ ,  2»,  5« ,  4*  »  5*  et  6^  livraisons, 
composées  d'Eugène  et  Guillaume^  roman,  et  des  volumes  I,  II  du 
Thédlre.  Paris,  1821.  Barba,  au  Palais  Royal,  derrière  le  théâtre 
français.  Le  prix  de  chaque  volume,  sur  beau  papier  fin  satiné, 
est  de  7  fr.  pour  les  souscripteurs.  L'édition,  confiée  aux  soins  de 
F,  Didot,  sera  terminée  à  la  fin  de  janvier  prochain. 

173.  —  Louis IX en  Egypte ,  tragédie  on  cinq  actes;  par  N.  L.  Lk- 


LIVRES  FRANÇAIS.  A19 

MKnciKa^  de  l'académie  française.  Paris,  1821.  Barba,  au  Palais- 
lioyal.  lirochure  in-8°.  Prix ,  2  fr.  5o  c 

Le  public  a  prononcé  ;  il  ne  reste  plus  à  l'auteur  qu'à  voir  con- 
firmer à  la  lecture  le  succès  qu'il  a  obtenu  à  la  représentation. 
(Voy  Reuue  encyclopédique,  Tom.  XI,  p.  445.)  Poète  habile,  his- 
torien vrai ,  profond  artiste ,  il  est  parvenu  ,  avec  les  seuls  matériaux 
des  annales  arabes  et  des  chroniques  françaises,  à  élever  le  difficile 
édifice  de  cinq  actes,  et  à  les  remplir  de  mouvement,  de  chaleur 
et  d'intérêt;  c'est  avec  la  même  fidélité,  avec  la  même  vie  que  les 
mœurs  locales  ,  les  caractères  et  l'attitude  des  personnages  sont  des- 
sinés, coloriés,  contrastés.  D'abord,  brille  ce  fougueux  Octaïr,  em~ 
brasé  du  triple  fanatisme  de  l'amour,  de  l'ambition,  de  la  fatalité; 
grande  figure  théâtrale,  sur  laquelle  domine  le  pieux  et  calme  hé- 
roïsme de  saint  Louis.  Les  scènes  où  ce  grand  roi  et  ses  grands 
chevaliers  luttent  de  dévouement  et  de  vertu ,  où  tous  ,  inébran- 
lables dans  leur  foi ,  acceptent  sans  pâlir  la  plus  horrible  mort,  sont 
marquées  au  coin  d'un  sublime  pathétique  :  la  critique  doit  se  taire 
devant  des  beautés  d'un  ordre  si  relevé.  Elle  dit  :  «  l'action  est 
double,  le  dénouement  n'est  point  tragique.  »  On  peut  lui  répondre  : 
«  les  exemples  de  l'un  et  de  l'autre  ,  fréquens  au  théâtre ,  autorisés 
par  la  poétique  d'Aristote  ,  sont  justifiés  par  le  succès.  »  On  ajoute  : 
o  le  style  de  l'auteur  est  inégal.  •  Oui,  mais  comme  le  style  de  Cor- 
neille ,  qu'il  a  pris  pour  modèle ,  et  dont  il  reproduit  souvent  les 
mâles  et  sévères  beautés. 

M.  Lemercier  me  semble  avoir  acquis,  par  cet  ouvrage,  de  nou- 
veaux droits  à  la  reconnaissance  littéraire  et  nationale  ;  je  joins  mes 
vœux  à  ceux  du  public  et  aux  siens  pour  obtenir  la  représentation 
de  la  Démence  de  Charles  VI,  tragédie  interdite,  je  ne  vois  pas 
par  quel  motif;  car  le  l'oi  n'y  paraît  point  avili.  En  Angleterre,  en 
Allemagne,  on  met  sur  la  scène  des  rois  et  des  empereurs,  non 
seulemenf  fous ,  mais  encore  parricides,  incendiaires,  empoison- 
neurs. La  puissance  n'en  reste  pas  moins  ce  qu'elle  est,  c'est-à-dire 
respectable  et  respectée.  Comment  se  fait-il  que  l'art  dramatique  ^ 
si  illustré  en  France,  y  subisse  de  telles  entraves,  tandis  qu'il  est 
libre  dans  le  reste  de  l'Europe  ?  Ch rd. 

173. — Almanach  des  Dames ,  pour  l'année  1822. — Vingt-unième 
année.  Paris,  1821.  Treuttel  et  Wiïrtz,  rue  de  Bourbon  ,  n»  17. 
In-16  de  23  pages,  avec  huit  gravures.  Prix,  5  fr.  broché. 

27* 


A2(>  LIVRES  FRANÇAIS. 

L'année  n'est  pas  encore   expirée,  et  déjà  plusieurs  des  recueiî» 
qui  se  publient  annuellement,  ont  pris  l'avance,  pour  se  disputer 
l'avantage  d'être  offerts  en  étrennes.  De  tous  ceux  que  la  mode  a 
maintenus ,  VAlmanach  des  Dames  est  le  plus  accrédité  auprès  du 
beau  sexe.  Les  morceaux  de  poésie  qu'il  renferme  et  qui  sont  avoués 
par  le  bon  goût  et  la  morale,  ainsi  que  le  choix  de  tableaux  de 
grands  maîtres,  dont  la  gravure  est  conflée  à  nos  meilleurs  artistes, 
justifient   la  préférence  qu'on  semble  lui   accorder   généralement. 
On  trouve ,  dans  celui  de  1822 ,  les  portraits  de  Marguerite  de  Pro- 
vence et  de  Jeanne  Hachette.  Les  autres  sujets  sont  Vénus  qui  se 
mire,  d'après  le  Titien  ;  Judith  et  Holofeme^  d'après  Luc  Cam- 
biari  ;  les  Cinq  sens  et  un    Concert^   d'après  le  Valentin  ,  et  deux^ 
paysages,  d'après  Everdingen   et  Bréenberg.    Une  vignette  char- 
mante représente  l'Amour  offrant  d'une  main  des  fleurs  à  une  jeune 
fille   qui  est  à  genoux   devant  lui  ,  tandis   que ,  de  l'autre,  il  tient 
des  fers  qu'il  lui  cache  et  dont  il  paraît  vouloir  l'enchaîner. Les  nom* 
de  MM.  Bignan  ,  Chénier,  de  Ségur^  Soumet,   de  Stassart ,  etc. , 
promettent  des  jouissances  aux  amateurs  de  la  poésie  ,  et  nous  ne 
serions  point  embarrassés  de  citer  un  assez  grand  nombre  de  pièces, 
qui  toutes   rivalisent  entre  elles  de  grâce  et  de  correction  ;  mais 
nous  croyons  qu'aucun  des  auteurs   de  ce  recueil  ne  se   plaindra  , 
si  nous  disons  que  nous  avons  donné  la  palme  à  une  charmante  épître 
de  M.  Brès ,  intitulée  :  le  Château.  E.   H. 

ij4« — Le  Chansonnier  Français^  ou  Étrennes  aux  Dames,  ré- 
digé par  quelques  membres  du  Caveau  moderne  et  des  Soupers  de 
Momus.  Dix-neuvième  année.  Paris,  1821.  Caillot,  rue  Sainl-André- 
des-Arcs,  n*  5j.  In-16  de  262  pages.  Prix,  1  fr.  5o  c. ,  et  par  la 
poste  2  fr, 

iy5.~Le  Chansonnier  des  Demoiselles ,  rédigé  par  les  mêmes. 
Dix-huitième  année.  Paris,  1821  ;  chez  le  même.  In-16  de  180  pages. 
Prix,  i  fr. ,  et  1  fr.  25  c.  par  la  poste. 

«  Ils  chantent,  disait  le  cardinal  Mazarin  ,  ils  paieront.  »  Jamais 
le  Français  ne  s'est  montré  plus  disposé  à  payer,  si  Ton  en  juge  par 
le  nombre  de  chansonniers  que  chaque  année  voit  éclore.  Les 
deux  recueils  que  nous  annonçons,  tous  deux  dédiés  au  beau  sexe, 
se  distinguent  par  un  choix  en  général  assez  bien  fait.  Si  le  goût 
peut  se  plaindre  de  quelques  couplets  un  peu  faibles  et  qui  évi- 
demment n'ont  été  admis  que  pour  ne  pas  décourager  de  jeune» 


LIVRES  FRANÇAIS.  AH 

ptétcndans  au  sceptre  de  la  chanson^  du  moins  les  mœurs  n'y  sont 
blessées  en  rien ,  qualité  qui  devient  tous  les  jours  plus  rare  dans 
les  recueils  de  ce  genre.  Nous  avons  distingué  ,  dans  le  premier  : 
le  Bon  Vieillard  et  la  Vendange ,  par  M.  de  Béranger;  la  Dernière 
Folie^  par  un  anonyme,  et  la  Rose ^  par  M.  Béraud.  Le  second  , 
peut-être  moins  bien  partagé,  offre  cependant  V Incrédule ,  ^2iV Ma 
anonyme,  sous  le  nom  du  Diable  boiteux;  Minuit^  par  Butignot  ; 
le  Carnaval -i  par  Châtain,  le  Faux  Frère,  par  Gabriel  de  M***, 
et  Jean  à  Jeanne,  par  Gillet.  On  voit  que  nous  n'avons  pas,  à 
l'exemple  de  plusieurs  de  nos  confrères  ,  formé  notre  opinion  sur 
la  table  ;  si  le  nom  des  auteurs  est  un  titre  de  recommandation 
auprès  de  nous,  leurs  ouvrages  ont  seuls  le  droit  de  fixer  notre  juge- 
ment. E.  H. 

i/C. — LeMinistrede  fVakefield^-par Golvsmitb  ;  nouvelle  édition, 
revue  et  corrigée.  Paris,  1821.  Roret  et  Roussel,  rue  Pavée-Saint- 
André  -  des  -  Arcs ,  n"  9.  2  vol.  in-12.  Prix,  4  i''»  et  par  la  poste 
5  fr.  5o  c. 

Cet  ouvrage,  généralement  connu  et  apprécié,  est  un  de  ceux 
qu'on  relit  toujours  avec  plaisir.  Les  caractères  en  sont  tous  pris 
dans  la  nature ,  et  offrent  entre  eux  des  contrastes  habilement  mé- 
nagés. On  aime  surtout  le  bon  pasteur  Primerose,  ses  vues  droites, 
sa  probité  austère  et  sa  constante  résignation  dans  le  malheur.  Ne 
voyez  que  les  gens  de  votre  classe  ,  si  vous  ne  voulez  compromettre 
votre  tranquillité  ;  ne  dépassez  jamais  vos  moyens ,  si  vous  craignez 
de  vous  perdre  dans  une  foule  d'embarras  et  de  vous  rendre  ridi- 
cules ;  telle  est  la  morale  de  cet  ouvrage ,  qui  doit  servir  à  rendre 
meilleures  toutes  les  personnes  qui  savent  choisir  leurs  livres  et 
l'éfléchir  sur  leurs  lectures.  M.  D. 

i-y.  —  Contes  du  pieil  Ermite  de  la  vallée  de  Vauxbuin  par 
Ch.  PouGENS.  Paris,  1821.  Desoër,  rue  Christine,  n»  2.  3  vol.  in-12. 
Prix,  7  fr.  5o  c,  et  9  fr.  par  la  poste. 

Il  n'est  pas  commun  en  France  de  voir  les  érudits  publier  des 
ouvrages  d'esprit  ;  ce  n'est  pas  que  ces  Messieurs  ne  soient  très- 
spirituels  ;  mais  ils  paraissent  croire  qu'en  donner  des  preuves,  ce 
serait  déroger.  Us  ont  raison,  si  leur  désapprobation  s'applique  à 
certaine  prose  creuse  et  sonore,  à  certains  vers  plus  insignifîans  encore 
qu'ils  ne  sont  harmonieux.  Mais  l'esprit  appliqué  à  la  philosophie  , 
c'est-à-dire  à  tout  ce  qui  tend  en  quelque  manière  au  but  d'amé- 


«* 


A22  LIVRES  FRANÇAIS. 

liorer  rixorume ,  vaut  bien  l'érudition  ;  je  suis  même  tenté  de  croire 
que  celle-ci  n'est  destinée  qu'à  préparer  des  matériaux  à  la  philo- 
sophie. M.  Pougens  est  un  de  nos  plus  doctes  étymologistes  ,  le 
monde  savant  ne  l'ignore  pas;  il  est  un  de  nos  conteurs  les  plus 
philosophes  et  les  plus  piquans;  les  gens  du  monde  le  savent  depuis 
la  publication  du  livre  que  nous  annonçons.  Il  serait  difiBcile  de  se 
procurer  une  lecture  plus  amusante,  et  je  pense  que  c'est  déjà  quel- 
que chose.  La  manière  de  l'auteur  a  plusieurs  analogies  avec  celle 
de  Voltaire; c'est  de  l'ironie  ,  de  la  verve,  de  la  misantropie,  mêlées 
à  un  grand  fonds  de  bienveillance  pour  notre  pauvre  espèce  ; 
comme  chez  le  patriarche  ,  le  profond  savoir  du  conteur  s'élève  de 
tems  en  tems  à  la  surface,  aGn  de  prêter  du  charme  au  récit;  mais 
ici  l'érudition  n'est  visible  qu'aux  gens  du  métier;  et,  pour  peu 
qu'elle  prétende  à  s'établir  sur  la  scène,  elle  est  promptement  con- 
gédiée. Dirai-je  tout:  à  Vauxbuin,  comme  à  Ferney,  on  ne  fait  pas 
grâce  aux  sots  préjugés ,  aux  abus  politiques  ou  sacrés ,  à  la  supers- 
tition ni  à  l'injustice.  Il  ne  serait  pas  impossible  que  quelque  saint 
homme  criât  au  blasphème.  Moi ,  qui ,  à  l'exemple  du  législateur 
des  chrétiens ,  juge  nïes  frères  sur  leurs  intentions,  j'absoudrai  vo- 
lontiers l'accusé.  Sans  doute,  il  a  quelquefois  touché  presque  au  vif; 
mais  on  voit  bien  qu'il  n'a  voulu  que  cautériser  la  plaie  ,  et  non  pas 
blesser  le  malade.  Quand  les  ennemis  que  l'on  croyait  dissipés  re- 
paraissent, il  est  tout  simple  que  les  sentinelles  fassent  feu.  Je  ne 
recommande  pas  aux  femmes  les  Contes  de  l'Ermite  de  Vauxbuin 
je  suis  certain  qu'elles  ne  les  négligeront  pas:  elles  y  jouent  un  trop 
grand  rôle;  mais  je  crois  pouvoir  recommander  la  lecture  de  cet  ouvrage 
aux  jeunes  gens  qui  entrent  dans  le  monde;  il  leur  vaudra  de  l'ex- 
périence. Seulement,  il  faut  qu'Usaient  l'attention  de  ne  pas  prendre 
à  la  lettre  toutes  les  boutades  du  Vieil  Ermite.  Si  quelques  passages 
de  métaphysique  amoureuse  ,  ou  quelques  comparaisons  d'une 
manière  un  peu  précieuse,  devaient  les  étonner,  je  leur  dirais  que 
c'était  le  genre,  à  l'époque  où  étaient  de  mode  les  peintures  de 
Boucher,  les  romans  de  Voisenon  ,  les  comédies  de  Marivaux.  C'est 
le  monde  de  cette  époque,  déjà  reculée,  que  le  Vieil  Ermite  a  vu, 
c*est  celui-là  qu'il  a  peint;  et ,  quoique  ce  ne  soit  plus  le  nôtre  , 
comme  le  cœur  de  l'homme  n'a  pas  changé  depuis,  il  n'y  a  de  mo- 
difié que  les  formes,  et  le  fonds  est  resté  le  même.  Je  pense  donc 
qu'on  lira  loujoui-s  avec  plaisir  les  Si ,  les  Mais-,  ou  le  Soulier  de 


LIVRES  Jb^lUNÇAIS.  A23 

Paul  Emile  ;  le  Docteur  de  Sorbonne  et  son  bon  Génie;  Amour j 
Jeunesse  et  yanitè^ow  le  Plaisir  n'est  que  le  pis-aller  du  Bonheur  ; 
Verseuil  et  André  ^  ou  Ce  sont  les  sots  qui  disent  les  sottises ,  et  ce 
sont  les  {Jens  d^esprit  qui  les  font.  Si  je  ne  m'abuse ,  ces  titres-là 
excitent  vivement  la  curiosité  ;  et  le  dernier ,  entre  autres ,  est  un 
bon  mot  très-piquant.  X. 

178. —  Exposition  d'une  nouvelle  méthode  pour  renseignement 
de  la  musique ,  par  M.  Gauit.  Paris,  1821.  Rey  et  Gravier  ,  quai 
des  Augustins  ,  n°  55  ,  et  chez  l'auteur,  rue  Louis-le-Grand ,  n"  3. 
Un  vol.  in-8''  de   284  pages.  Vùx  ,    5  fr. 

L'auteur  de  cet  ouvrage  ,    dont  il  a  été  fait  mention  dans  une 
Notice  sur  différens  procédés  mis  en  usase  depuis  quelques  années 
pour  enseigner  la  musique  ^  par  MM.  Choron,  Massimino  ,  fVilhem 
et  Galin  (  Voy.  ci-dessus,  page   12),  s'occupe  en  ce  moment  d'un 
'     autre  travail  dont  il   doit  publier  incessamment  les  résultats. 

Mémoires  et  Rapports  de  Sociétés  savantes  et  (Vulilité 

publique. 

179. —  Séance  publique  de  la  Société  d'agriculture  ^  commerce  , 
sciences  et  arts  du  département  de  la  Marne,  tenue  à  Châlons, 
le  5  septembre  1820.  Châlons,  1820;  Boniez-Lambert ,  imprimeur 
'     de  la  société.  In-8°   de  96  pages  d'impression. 

Ce  Recueil ,  l'un  des  plus  intéressans  que  nous  ayons  reçus 
en  ce  genre  ,  tant  par  les  résultais  qu'il  ofl're  que  par  la  manière 
dont  ils  sont  présentés,  s'ouvre  par  des  Considérations  sur  l' avan- 
tage des  petites  propriétés  rurales.  L'auteur,  M.  Gobet-Boissel, 
président  annuel  delà  société,  a  eu  pour  but,  de  prouver  que 
la  division  des  propriétés  rurales  est  une  des  garanties  les  plus 
solides  de  l'ordre  public ,  qu'elle  est  utile  à  la  conservation  des 
mœurs,  et  favorable  à  la  prospérité  de  l'agriculture.  Cette  pensée 
généreuse  et  féconde  est  habilement  développée.  «  La  force 
réelle  d'un  état ,  dit-il ,  ne  se  calcule  pas  sur  le  nombre  des  lieues 
carrées  qui  composent  son  territoire  ,  ni  même  absolument  sur 
le  nombre  des  individus  qui  l'habitent  ;  cotte  force  se  compose 
d'une  population  généralement  satisfaite  des  institutions  qui  la 
régissent,  et  qui  surtout  se  trouve  placée  dans  une  situation  telle, 
que  l'universalité  puisse  repousser  l'indigence  à  force  de  travail 
Pt  d'industrie.  »  —  «La  première  richeFsc  des  nations,  ajoute-t-il , 


\ 


A2A  LIVREES  FRAjSÇAIS. 

surtout  des  nations  principalement  agricoles,  est  dans  les  produits 
de  leur  sol;    plus  il  y  a  de  bras  employés  à  le   solliciter,  plus  il 
est  prodigue  de  ses  largesses.  »  Il  observe  que  les  bras  qui  cultivent 
la  grande  propriété  sont  nécessairement  des  bras  mercenaires;  quel- 
que loyaux  ,   quelque  laborieux   que   soient  d'ailleurs  le  journalier 
et  l'homme  à  gages  ,  ils  n'ont  en   définitive  d'autre   but  que  de 
gagner  leur  salaire ,  tandis  que  Tagriculteur  qui  exerce  son  labeur 
et  son  insdustrie  sur  une  propriété  de  petite  étendue,  n'épargne 
ni  soins  ni  peines  pour  obtenir  de  la  terre   tout  ce    qu'il  peut  la 
forcer  à  lui  donner;  l'auteur  en  conclut  avec  raison  que,  proportioa 
gardée,  la  grande  propriété  donne  en  résultat  moins  de  produits  que  la 
petite.  11  ne  faut  que  jeter  un  regard  sur  l'état  actuel  de  l'agriculture 
en  France  pour  être  convaincu  de  cette  vérité  :  nos  produits  se  sont 
augmentés  en  proportion  du  nombre  des  propriétaires. — M.  Caquot, 
secrétaire  de   la  société,  a    fait   précéder  son   compte -rendu  de 
considérations   générales  qui  se    lient  parfaitement  au   sujet  dont 
M.  le   jprésident  s'était  occupé  avant  lui.  «  On   ne  peut  calculer , 
dit-il  au  commencement  de  son  rapport,  quelle  fécondité  découle 
de  la  propriété.  Il  serait  à  désirer    que  la  terre  ne  fût  sollicitée 
que  par    son  maître,   ou,  en    d'autres  termes,  que    les   champs 
n'appartinssent  qu'à  des  cultivateurs.  Mais,  vœu  inutile,  il  y  aura 
toujours  des  gens  qui  posséderont  ce  qu'ils  ne  peuvent  cultiver ,  et 
des  gens  qui  cultiveront  ce  qu'ils   ne  possèdent  pas.  C'est  au  légis- 
lateur   à    chercher  les   moyens  d'attacher   ces    derniers    par   tous 
les  liens  possibles  à  la  ferme  qui  leur  est  confiée,  en  leur  faisant 
trouver  en  elle  une  quasi-propriété.»  Un  des  correspondans  de  la 
société ,  M.  Martin  .  lui  a  adressé  sur  cette  matière  des  observations 
très-judicieuses,  où  il  développe  l'avantage  des  baux  à  longs  termes, 
système  suivi  avec   succès  en  Angleterre  par  M.  Coke. —  Les  noms 
de  MM.  Loisson^  Pelit-Hutin,  Dergère,  T'arma  Go  iart  de  Juuigny, 
Rousseau  ^  Liè-Boucher  ^Laniier  ^  Coheriet,  figurent  avec  distinction 
parmi  ceux  de»  agriculteurs  qui  ont  obtenu  quelques  résultats  nou- 
veaux et  satisfaisans  ;  le  premier  a  reçu   du  roi ,  par  les  mains   du 
préfet  du  département,  une  médaille  d'argent  qui  lui  a  été  remise, 
dans   la  séance   publique   de   la    société.    M.    Vann   s'est  occupé 
avec  succès  du  croisement  des  races  de  chevaux  ;  MM.  Bermont  et 
Gallois  ont  multiplié  ,  le  premier  les  plantations,    le   second    les 
s^mis  de  sapins;  M.  Clioppin  a  couvert  sa  terre  de  prairies  artiû- 


I 


LIVRES  FRANÇAIS.  A25 

ciellcs ,  et  surtout  de  trèfle  jaune  ;  MM.  Soulès  et  Deshordes-Jouron 
ont  perfectionné  la  culture  de  la  vigne  ;  enfin  ,  M.  Adrien,  zélé  pro- 
pagateur de  la  vaccine  ,  a  présenté  à  la  société  les  observations 
que  sa  pratique  l'a  mis  à  même  de  faire  sur  l'emploi  de  ce  puissant 
préservatif.  «  Il  s'est  assuré  qu'administrée  à  des  sujets  déjà  attaqués 
de  quelques  maladies  qui  n'ont  aucun  rapport  avec  le  virus  vario- 
lique  ,  telles  que  des  ophtalmies  ,  la  coqueluche  ,  une  dentition 
difficile,  loin  d'ajouter  au  mal  de  l'enfant,  comme  le  pense  gé- 
néralement le  vulgaire  ,  la  paccine ,  en  se  développant  et  en  suivant 
tous  ses  périodes  accoutumés,  le  soulage  de  ces  sortes  d'infirmités 
ou  maladies  étrangères  ,  et  en  facilite  la  guérison  ,  si  elle  n'y 
contribue  pas  directement.  »  Une  Notice  sur  l'état  comparé  des 
sciences  et  des  arts  ,  et  particulièrement  de  l  agriculture  chez  les 
anciens  et  chez  les  modernes  par  M.  Vanzul;  une  Analyse  du 
discours  de  M.  Prin  sur  l'hygiène  publique  ;  le  Discours  de  M.  le 
préfet ,  avant  la  distribution  des  médailles ,  et  le  Program.m.e 
des  prix  pour  1821  ,  terminent  le  recueil  de  la  Société  d'agricul- 
ture ,  sciences  et  arts  du  département  de  la  Marne  ,  département 
qui,  aux  diverses  expositions  des  produits  de  l'industrie  nationale, 
a  obtenu  une  médaille  d'or,  six  médailles  d'argent,  quatre  mé- 
dailles de  bronze  ,  neuf  mentions  honorables  et  une  décoration 
de  la  Légion-d'honneur,  accordée  à  M.  JaAzc/eaa,  directeur  de  Vécole 
des  arts  de  Chdlons.  E.  H  ère  au. 

Ouvrages  périodiques, 

i8o.(*j — Journal  des  cours  publics, pour  Vannée  1821.  Paris,  1S21 . 
7  vol.in-S",  chacun  d'environ  4oo  pag.  Prix  de  la  collection,  35  fr.  et 
44  fr.  par  la  poste.  On  peut  se  procurer  chaque  cours  isolément, 
moyennant  8  fr.,  et  9  fr.  20  c.  par  la  poste.  Paris,  au  bureau  du 
Journal,  rue  Saint- Jacques,  n**  5i. 

Ce  recueil,  dont  nous  avons  déjà  parlé  (T.  IX,  pag.  490-5oo),  est 
entièrement  publié,  et  justiQe  l'espérance  que  nous  en  avions  conçue. 
En  effet,  ce  ne  sont  pas  de  simples  analyses  qu'il  offre  aux  lecteurs, 
mais  de  véritables  ouvrages,  écrits  avec  pureté,  dans  lesquels  se 
coordonnent  et  se  développent  les  idées  des  professeurs  ;  on  recon- 
naît facilement  que  ceux-ci  ont  secondé  une  entreprise  qui  doit 
concourir  aux  progrès  de  l'instruction  nationale,  et  qui,  chez  l'é- 
tranger, atteste  déjà  la  supériorité  de  l'enseignement  dans  nos  prin- 


A26  LIVRES  FlUNÇAIS. 

cipalos  écoles.  Voici  la  liste  des  sept  cours  contenus  dans  le  Journal 
des  cours  publics,    pour  l'année  1821. 

1°  Droit  naturel  et  droit  public  général  ; — M.  de  Poetbts,  pro- 
fesseur;—2*  Histoire  du  droit  romain;  M.  Poj(CKiET,prof.  ; — 5"  Ma- 
nière d'étudier  et  d'écrire  V histoire  :  Examen  des  principaux  his- 
toriens de  la  Grèce  ;  M.  Dacnou,  prof.; — i°  Poésie  latine-,  M.  Tis- 
soT,  prof.  ;  — 5"  Préceptes  moraux  à  puiser  dans  V étude  de  V histoire  ; 
M.  Lacretulle  jeune,  prof.; — 6°  Histoire  du  gouvernement  repré- 
sentatif; M.  Guizoï,  prof.; — 7°  Histoire  delà  langue  et  de  la  litté- 
rature française^  depuis  leur  origine  jusqu^ au  siècle  de  Louis  XIT^; 
M.  PiBRnoT,  prof. — Nos  lecteurs  apprendront  avec  intérêt  que  cet 
utile  recueil  sera  continué,  durant  l'année  1822.  Le  nouveau  pros- 
pectus se  distribue  au  bureau  du  Journal. 

Livres  en  langues  étrangères  imprimés  en  France, 

181.  —  ME'AISSA ,  w  a-vxKcyîi  x.  t.  \.  —  L'abeille,  ou  Recueil 
grec,  publié  pour  l'utilité  de  la  patrie,  par  Spiridion  Koi^dos,  de 
Corfou,  chevalier  de  la  Légion«d*honneur,  etc.,  et  par  Agathophbgr, 
de  Lacédémone,  citoyen  de  Paris.  Troisième  livraison,  imprimée 
aux  frais  d'un  ami  noble  et  généreux,  Philarète  Mktbiophbo.mdes, 
professeur  de  philosophie  grecque,  etc.  Paris,  1821,  imprimerie  de 
Cobce.  Se  trouve  à  Marseille,  à  Bucharest,  à  Odessa,  à  Constantino- 
ple,  etc.  (  il  n'en  a  paru  que  trois  livraisons.  ) 

Nous  aurions  dû  sans  doute  annoncer  plus  tôt  celte  livraison  , 
publiée  depuis  quelques  mois;  mais  un  recueil  littéraire  ,  connu 
et  apprécié  de  tous  les  amis  des  lettres  grecques,  n'est  pas  un 
ouvrage  de  circonstance  ;  et  les  analyses  précieuses  données  par 
1  es  auteurs,  leurs  observations  pleines  de  raison  et  de  goût,  leurs 
excellentes  traductions  d'ouvrages  français,  leurs  renseignemens  pré- 
cieux sur  leur  patiie ,  seront  toujours  lus  arec  plaisir.  Nous  diroA 
même  que,  si  les  circonstances  peuvent  influer  en  quelque  chose 
sur  la  destinée  d'un  ouvrage  de  ce  genre,  lés  auteurs  de  V Abeille 
grecque  doivent  espérer  aujourd'hui,  des  lecteurs  européens,  encore 
plus  d'attention  et  d'intérêt  qu'à  l'époque  où  cette  livraison  a  paru. 
Ils  y  rappellent  plus  d'une  fois  le  nom  du  célèbre  patriarche  de 
Constantinople  ,  Grégorios  ;  et  l'infortuné  n'existe  plus.  Ils  parlent 
avec  enthousiasme  des  progrès  de  l'instruction  dans  leur  chère  et 
noble  patrie,  des  gymnases  qui  s'élèvent  de  tous  côtés,  de  ces 
homélies  généreux  et  braves  qui  gémissent  et  se  déballent  en  vain 


LIVRES  FRANÇAIS  A27 

sous  le  joug  de  l'ignorance  et  du  despotisme,  et  ne  trouvent  de 
consolation  que  dans  le  souvenir  de  leurs  ancêtres,  dans  l'étude  de 
leurs  chels-d'œuvre ,  dans  l'espoir  d'un  avenir  digne  de  tant  de 
gloire  passée;  et  depuis,  les  dcscendans  des  Miltiadcs  et  des  Léo- 
nidas,  non  contens  de  les  admirer  dans  l'ombre  des  écoles,  sont 
allés  les  imiter  sur  les  champs  de  bataille.  Nous  voyons,  dans  les 
trois  parties  de  l'ouvrage ,  publié  à  Paris  par  de  jeunes  Grecs  , 
quels  sentimens  animent  la  classe  éclairée  de  leurs  compatriotes, 
quelle  conscience  ils  ont  de  n'être  pas  indignes  de  leurs  pères, 
avec  quels  efforts  ils  cherchent  à  répandre  dans  la  Grèce  cette  ins- 
truction que  la  Grèce  nous  a  donnée,  combien  ils  font  de  vœux 
pour  avoir  une  patrie   et  pour  être  libres;    aujourd'hui,    dans  les 

;  événemens  qui  se  passent  sur  les  ruines  de  Sparte  et  d'Athènes  , 
nous  voyons  ce  qu'ont  produit  l'instruction,  le  patriotisme  et  la 
liberté. 

C'était  un  beau  spectacle  que  celui  de  ces  exilés  de  la  Grèce  , 
qui,  fuyant  un  pays  opprimé,  un  sol  profané  par  la  tyrannie  ,  sem- 
blaient transporter  leur  patiûe  avec  eux,  et  qui,  a  Londres,  à  Paris, 

•  à  Berlin ,  pauvres  mais  libres,  étudiaient  les  arts  de  l'Europe  civi- 
lisée ,  se  formaient  aux  grandes  pensées,  aux  connaissances  utiles, 
encourageaient  leurs  frères  malheureux,  et  leur  disaient  avec  con- 
fiance [^d de i lie  grecque,  première  livraison,  pag.  io3)  ;  «  Non,  il  n'est 
pas  impossible  que  notre  nation,  aujourd'hui  gémissante,  asservie,  re- 
trouve, après  tant  de  siècles,  le  repos,  le  bonheur  et  la  gloire  Vienne 
cet  heureux  jour  I  vienne  le  jour  où  nous  aurons  une  patrie!  »  Ce 
jour  est-il  enfin  venu  ?  La  lutte  a  commencé  ;  plusieurs  de  ceux  qui 
écrivaient  pour  instruire  leurs  concitoyens,  sont  allés  combattre 
pour  les  défendre  ;  tous  ces  travaux  littéraires  sont  interrompus;  les 
Grecs  n'auront  pas  besoin  de  livres,  s'ils  redeviennent  esclaves; 
ce  n'est  plus  le  tems  de  s'occuper  des  efforts  qu'ils  faisaient  pour 
éclairer  leur  esprit,  pour  épurer  leur  langue.  Une  plus  grande 
question  s'agite  en  ce  moment;  il- y  va  de  leur  liberté,  de  leur 
religion  ,  de  leur  vie,  de  la  vie  de  tout  un  peuple.  Comment  cette 
question  se  décidera  -  t- elle  ?  Nous  ne  pourrions  aller  plus  loin 
sans  retomber  dans  les  discussions  qui  ont  rempli,  depuis  quelques 
mois,  les  journaux  politiques.  Qu'il  nous  soit  permis  seulement  de 
rappeler  ce  qu'un  de  nos  collaborateurs  écrivait  au  mois  de  no- 
vembre 1819,  long-tems  avant  que  la  guerre  fût  renouvelée  entre 
les  Grecs  et  les  barbares  : 


/i28  LIVRES  FRANÇAIS. 

«  La  Grèce  est  encore  sous  l'oppression;  mais  elle  offre  mainte- 
nant un  spectacle  inoui  dans  l'histoire  du  monde  ,  celui  d'un  peuple 
qui  s'instruit,  s'agrandit,  s'élève,  dans  les  fers  de  ses  maîtres; 
on  dirait  qu'elle  se  prépare  à  la  liberté.  Sous  la  domination  de 
Rome^  Athènes  régnait  du  moins  par  les  arts,  et  cette  gloire  lui 
était  permise;  les  vainqueurs  eux-mêmes  cédaient  aux  vaincus  la 
supériorité  du  goût  et  des  talens;  ils  ne  se  réservaient  que  celle  des 
armes.  Aujourd'hui,  les  Grecs  obéissent  h  une  nation  dont  les  chefs 
repoussent  et  combattent  toute  espèce  d'instruction,  et  affectent 
de  regarder  l'imprimerie  comme  un  sacrilège,  parce  qu'elle  effraie 
leur  politique  ;  et  c'est  du  milieu  de  cette  tyrannie,  qui  prend 
l'ignorance  pour  auxiliaire ,  que  s'élève  la  voix  de  ces  hommes 
généreux  qui  rappellent  leurs  concitoyens  à  la  dignité  de  l'homme, 
et  leur  montrent  de  loin  ,  dans  les  capitales  de  l'Europe,  quelques- 
uns  de  leurs  frères  dont  les  écrits  leur  apprendront  ce  qu'étaient 
leurs  ancêtres.  Exilés  volontaires^  ces  Grecs  voyageurs  ont  sans 
cesse  les  yeux  tournés  vers  la  patrie  ;  ils  lui  consacrent  toutes  leurs 
pensées,  tous  leurs  travaux;  ils  n'écrivent,  ils  ne  parlent,  ils  ne 
vivent  que  pour  elle.  Ainsi,  en  1799,  l'illustre  Coraï,  qui  a  des  sta- 
tues parmi  ses  compatriotes,  dédiait  son  Théophrasle  aux  Grecs 
libres  de  la  mer  Ionienne;  ainsi,  de  nos  jours,  les  dignes  protec- 
teurs de  la  langue  et  des  muses  paternelles  encouragent  toutes  cei 
feuilles  grecques  sur  la  littérature,  les  arts  et  les  sciences,  •  l'Her- 
7nès,  le  Télégraphe,  la  Pallas,  la  Calliope  ,  qui,  publiées  çà  et 
là  dans  l'Occident,  vont  ensuite  porter  nos  lumières  et  nos  décou- 
vertes chez  ce  peuple  dont  les  grands  hommes  nous  instruisent  et 
nous  charment  encore.  Les  Grecs,  dans  leur  patrie  même,  com- 
mencent à  ranimer  les  étincelles  de  ce  génie  si  long-tems  éteint  ; 
ils  ouvrent  des  gymnases  à  la  jeunesse  studieuse  ;  ils  ont  traduit  le 
Télémaque ,  Bélisaire,  Atala,  et  beaucoup  d'autres  ouvrages  fran- 
çais. Démétrius  Aristomènes,  de  Smyrne,  vient  de  traduire  encore 
le  Discours  de  J.-J.  Rousseau,  sur  l'Origine  de  l'inégalité ,  et  la 
jeune  Eranthia,  de  Cydonics,  à  peine  âgée  de  dix-huit  ans,  le  Traité 
(le  Fénélon,  sur  l'éducation  des  filles.  Rendons  hommage  à  l'ému- 
lation de  ces  peuples  ;  nous  ne  serons  jamais  assez  reconaaissans  de 
ce  que  nous  devons  à  leurs  aïeux;  empressons-nous  d'accueillir  et  de 
recommander  à  l'attention  publique  toutes  les  nouvelles  tenta- 
tives dont  le  but  est  si  noble  ;  applaudissons  au  courage  et  à    la 


LIVRES  FIUNÇAIS.  A20 

persévérance  de  ces  Grecs  vraiment  citoyens,  impatiens  de  faire 
revivre  dans  le  cœur  de  leurs  frères  ces  deux  sentimens  qui  con- 
duisent tôt  ou  tard  aux  grandes  choses  :  le   besoin  de  l'instruction 

et  l'amour   de  la   patrie Espérez,  nobles  enfans  de  la  Grèce  ; 

un  de  vos  poètes  a  nommé  l'espérance  l'aimable  nourrice  de  l'homme  ; 
espérez  une  patrie  dont  vous  êtes  dignes  par  votre  enthousiasme 
et  vos  regrets.  Tous  ceux  qui  aiment  les  arts  et  le  génie  ont 
toujours  plaint  vos  désastres,  maudit  vos  persécuteurs,  et  demandé 
au  ciel  qu'il  fût  permis  un  jour  aux  petits-fils  d'Aristide  et  de  Thé- 
mistocle  de  vivre  et  de  mourir  libres,  au  milieu  des  monumens 
de  leurs  pères.  Allez,  retournez,  avec  la  faveur  des  peuples  et 
des  rois,  vers  ces  champs  de  vos  aïeux,  où  tant  de  souvenirs  vous 
serviront  de  leçons  et  d'exemples ,  où  dorment  les  cendres  de  vos 
grands  hommes,  où  peut-être  leurs  belles  destinées  vous  attendent... 
N'oubliez  pas  alors  ces  Français  qui  vous  aimèrent,  qui  s'unirent 
à  vous  par  une  sorte  de  fraternité  hospitalière,  et  que  l'Europe  a  sur- 
nommés les  modernes  Athéniens.   »  V.  L. 

182. — Elogiode  don  Mariano Luis  de  Urquijo. — Eloge  de  M.  Ur- 
quijo ,    ministre,   secrétaire  d'état    d'Espagne,    par  .don    Anlolne 
Beraza,  avocat.   Paris.  1820.    Herhan.  Brochure  de  80  pages. 
L'éloge  de  M.  d'Urquijo  était  un  devoir  pour  ses  compatriotes. 
K   JjA  vie   de  ce  digne  ministre  d'état  appartient  à  la  biographie  des 
H  hommes  illustres  de  son  tems.  C'est  lui  qui,  ayant  le  porte  feuille 
^Ldu    premier  ministère    d'Espagne,    sous  le  roi  Charles  IV,  ouvrit 
^^P'Amérique  aux  étrangers,  en  accordant  au  célèbre  savant  de  Hum- 
^Hboldt  la  permission  de  voyager  dans  les  pays  découverts  par  Colomb, 
Cortès,  Baca,  Pizarro  et  d'autres  Espagnols.  C'est  à  M.  d'Urquijo 
que  l'Espagne  a  dû   d'épargner  plusieurs  millions,  par  la  défense 
faite,  en  1799,  de   demander  des  dispenses  à  Rome.  C'est  lui  qui 
réprima  les  excès  de  l'inquisition,  en  empêchant  les  chefs  de  ce 
corps  d'inquiéter  les  consuls  de  France,    de  la  république  batave, 
et  en  général  ceux  des  autres  nations ,  catholiques  ou  non  catho- 
liques.  Un  tel  ministre  était  bien  digne  de  l'éloge  que  nous  annon- 
çons, et  du  magnifique  mausolée  qui  lui  a  été  érigé  en  marbre  de 
Carraire,  dans  le  cimetière  de  l'Est,  à  Paris  ,   où  il  est  mort  le  3  mai 
1817.  J.  A.  Llo&ente. 

i83.  —  L'Orlandofurioso  di  Lodovico  Ariosto ,  etc.  —  Le  Roland 
furieux,  de  l'Arioste.  Paris ,  1821,  l^efèvrc,  libr^tire,  rue  de  l'Eperon, 
B»  6.  8  vol.  10-32.  Prix ^18  fr. 


ASO  LIVRES  FRANÇAIS. 

1.84.  {*) — La  Ccrusalemmeliherata  di  Torquaio  Tasso. — La  Jérusa- 
lem délivrée  du  Tasse.  Paris,  1821.  Le  même,  4  vol.  in-52.  Prix,  8fr. 

Ces  deux  ouvrages  forment  la  continuation  de  la  Biùlioieca  poetica 
ilaUana  (Bibliothèque  poétique  italienne ),  entreprise  par  M.  Le- 
fèvre,  et  dont  le  chois  est  confié  à  M.  Buttura ,  et  l'impression  à 
M.  P.  Didot.  M.  Buttura  sait  donner  à  cette  élégante  édition  un 
nouvel  intérêt  par  des  remarques  aussi  concises  que  lumineuses, 
qui  mettent  le  lecteur  à  même  d'apprécier  le  mérite  des  auteurs  et 
de  leurs  ouvrages.  On  a  souvent  été  en  peine  de  saisir  la  marche , 
l'ensemble  et  l'unité  du  vaste  poème  ou  roman  de  l'Arioste.  Gin- 
guené  est  le  premier,  parmi  les  étrangers,  qui  se  soit  occupé  de 
trouver  un  fd  pour  avancer  avec  certitude  dans  cette  espèce  de 
labyrinthe.  Le  véritable  héros  du  poème ,  selon  lui ,  est  Roger,  et 
non  Roland, comme  l'a  pensé,  avec  tant  d'autres,  M.  de  Sismondi; 
et  par  conséquent,  le  but  secret  du  poète  est  le  mariage  de  Boger 
avec  Bradamante.  Selon  ]NL  Buttura,  le  sujet  du  poème  est  la 
France  délivrée  des  Sarrazins  ;  et  toutes  les  autres  aventuras  que  le 
poète  y  rattache  ,  n'en  sont  que  les  épisodes.  Lue  courte  préface  de 
l'éditeur  est  destinée  à  développer  surtout  cette  idée .  En  outre,  cha  que 
chant  est  précédé  d'une  indication  de  son  sujet ,  et  suivi  de  quelques 
variantes.  Le  huitième  volume  contient  les  sept  satires  de  l'Arioste, 
que  l'éditeur  regarde  comme  la  meilleure  vie  de  ce  poète.  On  a 
fait  disparaître  quelques  fautes  qui  déparaient  les  éditions  précé- 
dentes. On  trouve  aussi  à  la  fin  trois  sonnets  du  même  poète,  sur 
les  cheveux  de  Genévre  ,  sa  bicn-aimée. 

Les  poésies  de  l'Arioste  sont  suivies  de  la  Jérusalem  dèliurèe  du 
Tasse;  de  ce  poème  dont  les  critiques  semblent  destinées  à  multi- 
plier les  éditions.  L'éditeur,  dans  sa  préface,  a  fait  quelques  ré- 
flexions sur  le  sujet  de  celte  épopée,  qui  a  placé  les  modernes  au 
niveau  des  anciens.  On  trouve  de  même,  au  commencement  de 
chaque  chant,  l'indication  de  son  sujet,  et  à  la  fin  quelques  va- 
riantes très-dignes  de  remarque.  M.  Buttura  indique  aussi  les  défauts 
principaux  de  ce  poète  ;  mais  il  assure  en  même  tems  qu'on  ne  peut 
lui  reprocher  plus  d'une  cinquantaine  de  ces  vers,  où  le  clinquant 
et  l'affectation  nuisent  à  la  vérité  et  au  sentiment.  Ce  qu'on  pourrait 
reprocher  à  l'éditeur  lui- même,  c'est  que  ses  remarques  semblent 
quelquefois  un  peu  superficielles  ;  mais  il  a  voulu  ,  je  pense,  les  pro- 
portionner au  format  et  à  la  simplicité  de  l'édition,  qui  mérite  d'in- 
tércsscr^lcs  amateuri  de  la  poésie  italienne,  et  surtout  les  dames, 
auxquelles  elle  paraît  cire  piincipalemcnt  destinée.  F.    Salfi. 


/ 


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IV.  NOUVELLES  SCIENTIFIQUES 

ET  LITTÉRAIRES. 


AMÉRIQUE. 

Etats-Unis.  —  ï^ille  du  Détroit.  — Statistique.  —  Rien  ne  peut 
mieux  faire  connaître  les  progrès  de  la  civilisatioa  aux  États-Unis  , 
que  les  détails  suivans  sur  la  petite  ville  du  Détroit.  Elle  est  située 
sur  la  rive  occidentale  du  détroit  qui  joint  le  lac  Érié  au  lac  Saint- 
Clair,  à  une  distance  de  six  milles  au-dessous  de  ce  dernier,  et  à 
42  deg.  5o  m.  de  latitude  nord.  Elle  se  compose  d'environ  deux 
cent  cinquante  maisons,  y  compris  les  bâtimens  publics,  qui  sont 
au  nombre  de  onze  :  1°  une  église  catholique  romaine,  de  116  pieds 
de  longueursur  60  de  large  ;  les  deux  clocheis  ont  1 10  pieds  de  haut  ; 
il  y  a  une  chapelle  souterraine ,  qui  était  d'abord  destinée  à  devenir 
un  couvent.  Ce  bâtiment,  entièrement  en  pierres,  n'est  point  en- 
core achevé  ;  2°  une  église  protestante  en  bois ,  peinte  et  ornée  d'un 
dôme,  soutenue  par  des  colonnes  de  bois;  3°  une  école  publique, 
de  5o  pieds  de  long  sur  24  de  large;  4°  "i^e  maison  de  correction 
en  pierres,  à  deux  étages,  occupant 88  pieds  de  terrain  sur  44  >  5°  la 
maison  du  conseil,  en  piei'res  ;  27  pieds  sur  5o  ;  G^»  la  maison  de 
banque  delà  banque  du  Michigan  ;  c'est  un  carré  de  36 pieds  de  côté  ; 
elle  est  à  deux  étages  ,  bâtie  en  briques  ;  7°  un  marché  ;  8°  un  ma- 
gasin du  gouvernement,  en  briques  ;  100  pieds  sur  4o  ;  9°  un  arsenal, 
en  pierres,  à  deux  étages;  10°  un  magasin  d'ârlillerie ,  vaste  bâti- 
ment en  pierre  de  taille;  11°  le  fort  Shelby  et  des  casernes  spa- 
cieuses. La  ville  du  Détroit  est  régulièrement  bâtie  ,  les  rues  sont 
larges;  elle  occupe  une  éminence  qui ,  s'élevant  à  4o  pieds  au-dessus 
de  la  rivière,  commande  le  pays  environnant,  et  laisse  voir  plu- 
sieurs sites  agrestes.  Sa  population  est  d'environ  quatorze  cents  âmes, 
en  comptant  la  garnison.  Une  grande  propreté  entretient  un  air 
salubre  dans  la  ville.  Le  commerce  y  est  actif.  Elle  possède  plusieurs 
fabriques;  mais,  ce  qui  étonne  surtout,  c'est  le  grand  nombre  d'as- 
sociations morales  qui  y  ont  été  fondées  et  qui  y  prospèrent.  Nous 
citerons  les  principales  ;  i°  le  lycée,  ou  académie.,  de  la  ville  du 
Détroit  :  son  but  est  la  culture  des  sciences   en  général,  et  de  la 


A32  AMÉRIQUE. 

littérature;  les  séances  sont  publiques;  2°  une  société  pour  le  per- 
fectionnement de  l'agriculture;  5°  une  société  pour  la  mécanique  , 
ou  science  des  machines  ;  4°  "ne  société  biblique;  5°  une  société  de 
francs-maçons  ;  6°  une  loge  des  maîtres  francs-maçons  acceptés  ; 
7"  une  société  de  morale  et  d'humanité  ;  8°  une  association  des  écoles 
du  dimanche.  II  y  a  dans  cette  ville  deux  prêtres  catholiques,  un 
ministre  protestant  et  un  ecclésiastique  méthodiste.  On  y  compte 
huit  médecins  et  douze  avoués. 

Écriture  hiéroglyphique  des  Indiens.  —  Extrait  du  Journal  de 
Voyages  de  M.  Schoolcraft  :  a  Ce  matin ,  lorsque  nous  quittâmes 
le  lieu  où  nous  avions  campé,  les  Indiens  y  laissèrent  un  mémorial 
de  notre  voyage ,  sur  de  l'écorce  d'arbre ,  pour  l'instruction  des 
hommes  de  leur  tribu  qui  voudraient  suivre  nos  traces.  Cette  cou- 
tume est  générale  parmi  eux  :  ils  tracent  sur  de  l'écorce  de  bouleau, 
avec  de  la  couleur,  ou  avec  la  pointe  de  leurs  couteaux  ,  un  grand 
nombre  de  figures  hiéroglyphiques  qui  sont  comprises  de  la  nation. 
Ils  placent  ensuite  le  morceau  d'écorce  au  bout  d'une  perche  ,  qu'ils 
enfoncent  dans  la  terre ,  en  l'inclinant  du  côté  vers  lequel  ils  se  di- 
rigent. Dans  la  circonstance  actuelle  ,  toutes  les  personnes ,  qui  fai- 
saient partie  de  l'expédition ,  étaient  représentées  d'une  manière 
très-intelligible,  chacune  étant  caractérisée  par  quelque  emblème 
de  sa  situation  ou  de  son  emploi.  Ils  distinguent  les  Indiens  des 
blancs,  en  les  peignant  différemment  :  les  premiers  n'ont  point  de 
chapeau.  Ils  emploient  fréquemment  les  symboles  ;  le  lieutenant 
Mackay  était  représenté  par  un  sabre,  comme  officier;  M.  Daty,  le 
médecin,  par  un  livre  ,  les  Indiens  ayant  compris  qu'il  était  homme 
de  loi;  moi  (c'est  M.  Schoolcraft,  le  minéralogiste  ,  qui  parle),  par 
un  marteau  que  je  portais  presque  toujours  à  ma  ceinture.  La  figure 
d'une  tortue  et  d'un  coq  de  bruyère  signifiaient  que  nous  avions  tué 
ces  animaux  ;  trois  nuages  de  fumée  indiquaient  que  nous  avions 
allumé  trois  feux  autour  du  lieu  où  nous  campions  ;  huit  fusils  ,  qu'il 
y  avait  avec  nous  huit  hommes  armés  ;  trois  entailles  sur  la  perche  , 
penchée  vers  le  nord-ouest ,  que  nous  allions  marcher  pendant  trois 
jours  dans  cette  direction  ;  la  figure  d'un  blanc,  avec  une  langue  des- 
sinée près  de  la  bouche,  représentait  l'interprète.  Un  Indien,  pas- 
sant dans  le  même  endroit ,  pouvait  donc  lire  sur  ce  mémorial  que 
quatorze  blancs  et  deux  Indiens  y  avaient  campé  ;  que  cinq  des 
hommes  blancs  étaient  chefs  ou  ofiiciers,  l'un  interprète  et  les  huit 


ASIE.  A3I 

autres  soldats  ;  qu'Us  allaient  au  lac  sabloaucux  (  trois  jours  de  marcha 
vers  le  nord-oue^t  ne  pourant  manquer  d'y  conduire);  que  nous  étion« 
armés  de  huit  fusils  et  d'un  sabre;  que  nous  avions  tué  une  tortue  et 
un  coq  de  bruyère,  etc.  Je  ne  savais  nullement  que  les  Indiens  pos- 
sédassent un  moyen  de  correspondre  si  prompt  et  si  sûr  ;  tous  les 
voyageurs  avaient  gardé  le  silence  à  ce  sujet.  J'avais  vu  la  facilité 
avec  laquelle  un  des  Indiens  du  lac  avait  tracé  la  carte  de  cer- 
taines parties  de  la  côte  sud  du  Lac-Supérieur  ;  mais  ici ,  c'était  un 
rapport  historique  des  événemens  passés,  aussi  complet  qu'un  récit 
écrit  le  serait  parmi  nous ,  et  tout-à-fait  aussi  intelligible  pour  ceux 
auxquels  il  était  destiné.  » 

Nevv-Yorcil.  —  Parmi  les  nombreuses  curiosités  dont  le  docteur 
Mitchill  vient  d'enrichir  sa  collection  ^  on  remarque  une  lettre  de 
la  tribu  des  Indiens  Ghippawas  aux  Sioux,  avec  la  réponse  des  Sioux 
aux  Chippavvas,  datées  de  l'été  de  1820.  Elles  sont  aussi  écrites  en 
hiéroglyphes,  sur  de  l'écorce  d'arbre.  Le  capitaine  Douglas,  qui 
était  du  voyage  entrepris  par  le  gouverneur  Cass ,  les  a  rapportées 
des  bords  du  Mississipi.  L.  S.  B. 

ASIE. 

Calcutta. — Société  Asiatique. — Séance  du  i4  auril  1821. —  Le 
major  Roughsedge  estnommé  membre  de  la  Société. — MM.  Gibbons 
et  Adam  présentent  divers  objets  d'histoire  naturelle.  —  Il  est  fait 
lecture  d'une  lettre  adressée  au  président,  M.  Hastings,  par  M.  Jullien^^ 
de  Paris,  qui  offre  à  la  Société  le   quatrième  volume  de  la  Revue 
Encyclopédique ,   et  une  Notice  sur   les  signes    numériques  des 
anciens  Egyptiens ,  par  M.  Jomard. — M.  Hastings  présente  quatre 
livraisons  des  monumens  anciens  et  modernes  de  rHindoustan ,  par 
M.  Langlès.  —  M.  Wilson  offre,  au  nom  du  capitaine  Fell,  deux 
manuscrits  samscrits ,  enrichis  de  vignettes,  et  au  nom  du  colonel 
Wilford  ,   deux  manuscrits  autographes  ,   du  jésuite    Montferrat  » 
résidant  à  la  cour  de  l'empereur  Akbar ,  et  une  traduction  de  divers 
ouvrages  samscrits  sur  les  contrées  arrosées  par  le  Gange.  Nous 
rendrons  un  compte  détaillé  de  cet  important  ouvrage,  aussitôt  qu'il 
aura  paru.  —  Le  capitaine  Fell  envoie  un  extrait  du  poème  samscrit 
intitulé  :  Ranga-Bansa  du   célèbre  poète  Galidasa  qui  florissait , 
environ   cinquante   ans   avant  l'ère  vulgaire ,  et  si  connu  par  son 
dwme  intitulé  ;  Sacouniala  (l'Anneau  fatal), traduit  par  sirWUliam 

Tome  xif.  28 


hZh  ASIE.— AFRIQUE. 

Jones.  Londres,   1789.  i  vol.  in-S" ,  et   par  plusieurs  compositions 
dramatique^ qui  sont  encore  inédites.  E.  Gauttibr. 

(jÀîTToy. -^Éclipse  de  soleil. — Le  4  mars  1821,  à  une  heure  trente 
minutes  vingt-quatre  secondes ,  on  a  observé  à  Canton  une  éclipse 
de  soleil.  Cet  astre  était  alors  à  69°  7/  00.//  Le  moment  de  l'é- 
mersion  a  été  observé  à  3"  ^6f  ^îfi^  et  conséquemment  la  durée  de 
Téclipse  a  été  de  2  h.  16/  18/7  E.  G. 

AFRIQUE. 

Nubie. — MéfiOÉ. — Extrait  d'une  lettre  de  M.  F.  Cailliaudà  M.  Jo- 
mard,  en  date  du  5  mai  182 1,  écrite  d'^ssour,  à  une  journée  au  nord 
de  Chendy.—'ie  m'empresse  de  vous  faire  part  de  la  découverte  d'une 
ville  ancienne,  située  au  nord  de  Chendy,  avec  un  grand  temple  et  un 
très-grand  nombre  de  pyramides.  Mes  travaux  étant  finis  à  Barbar,  et 
le  prince  de  Chendy  s'étant  rendu,  je  sollicitai  Ismaïl  Pacha  de  me 
laisser  partir  pour  Chendy,  en  avant  de  l'armée  ;  il  m'accorda  cette 
faveur  et  me  donna  un  firman  pour  les  Cheyks  et  le  gouverneur  de  la 
province.  Il  me  fallut  passer  pour  musulman,  sous  le  nom  de  Mourad- 
Efifendy  :  nous  fîmes  route  à  dromadaire  sur  la  rive  droite  du  fleuve. 
Arrivés  à  la  rivière  Atbara,  la  dernière  qui  tombe  dans  le  Nil,  nous 
nous  y  arrêtâmes  pour  observer  et  déterminer  sa  position.  Etant 
à  la  quatrième  journée  de  marche  depuis  Barbar,  quelle  fut  ma 
surprise  lorsque  je  découvris  devant  moi  les  sommets  d'un  grand 
nombre  de  pyramides  ;  nous  en  étions  encore  à  deux  lieues  et  demie 
de  distance  ;  enfin,  nous  y  arrivâmes  le  23  avril. 

J'ai  déterminé  avec  exactitude  les  mesures  des  pyramides ,  leur 
base )  leur  hauteur  et  leur  inclinaison.  On  peut  en  compter  pingl 
qui  ont  de  i5  à  20  mètres  de  base;  les  unes  ont  22  mètres  de  hau- 
teur, et  les  autres  a5  ;  quinze  autres  ont  7  a  9  mètres  de  base  et 
11  ou  12  mètres  de  hauteur;  cinq  autres  plus  petites  ont  une  base 
de  5  à  6  mètres.  Outre  ces  quarante  pyramides,  on  en  distingue 
encore  autant  qui  sont  plus  petites,  et  toutes  écroulées.  Sur  l'une 
des  faces  de  chacune  des  pyramides,  était  un  sanctuaire  d'une 
pièce,  précédé  d'un  petit  pylône;  un  seul  est  composé  de  trois 
salles.  Ces  petits  temples  sont  en  partie  très-bien  conservés  ;  ils 
sont  tous  ornés,  dans  l'intérieur,  d'hyéroglyphes  en  relief,  et  quel- 
ques-uns en  ont  encore  sur  la  façade  principale  du  pylône.  Deux 
de  «es  petits  temples  sont  recouverts  en  voûtes,  avec  une  véritable 


AFRIQUE.  UZi 

clef;  je  puis  assurer  qu'elles  sont  l'ouvrage  des  Égyptiens  et  de 
l'époque  à  laquelle  on  a  construit  ces  tombeaux,  qui,  je  crois, 
sont  plus  anciens  que  les  monumens  d'Egypte  :  on  a  sculpté  sur 
les  voûtes  une  ligne  de  serpensj  qui  encadre  les  hiéroglyphes. 

Ces  pyramides  n'ont  pas  toutes  été  achevées.  Sur  chaque  angle , 
il  existe  une  saillie  formant  comme  une  bordure,  qui  va  en  dimi- 
nuant vers  le  sommet.  Elles  devaient  être  lisses ,  comme  on  en  juge 
par  celles  qui  ont  été  finies.  La  plupart  des  pyriltnides  présentent  une 
petite  saillie  de  lo  à  12  centimètres  par  assises,  qui  permet  de 
monter  au  faîte.  La  moitié  d'entre  elles  est  d'une  bonne  conserva- 
tion; quelques-unes,  qui  sont  en  partie  écroulées,  ont  la  forme 
d'une  ligne  courbe ,  ce  qui  provient  de  l'affaissement  du  sommet. 
Les  pierres  sont  de  grès ,  toutes  rangées  par  assises  de  3o  h  4o  cen- 
timètres de  hauteur  sur  60  centimètres  de  long  ;  l'assemblage  des 
pierres  ressemble  à  celui  des  Egyptiens.  Quelquefois ,  on  voit  deux 
petites  pierres  pour  une  assise  ;  on  8*est  servi  de  mortier  de  terre 
argileuse.  L'intérieur  est  composé  de  fragmens  informes ,  maçonné 
avec  de  l'argile.  Tous  ces  monumens  sont  en  grès,  et  élevés  sur  un 
monticule  de  même  matière. 

Je  viens  d'écrire  au  pacha  pour  qu'il  me  permette  de  tenter  l'ou- 
verture d'une  de  ces  pyramides.  Je  ne  doute  pas  qu'il  n'y  ait  un 
caveau  pratiqué  dans  le  rocher,  sous  le  centre  des  pyramides  :  on 
doit  y  arriver  par  un  canal ,  coupé  aussi  dans  le  roc ,  et  incliné  â 
l'horizon.  J'ai  trouvé  sur  une  pyramide  quelques  lettres  grecques 
0EKAAMAAIKE. 

On  ne  voit  que  de  faibles  restes  du  temple,  qui  devait  avoir 
85  mètres  de  long.  Il  existe  encore  des  sphinx  (béliers  et  lions)  qui 
précédaient  ce  monument  ;  un  mur  en  grès ,  qui  fait  partie  de 
l'enceinte  où  ce  temple  était  renfermé,  a  i38  mètres  de  longueur. 
La  plus  grande  partie  de  ces  pyramides  sont  situées  dans  le  dé- 
sert ,  à  une  lieue  et  demie  du  fleuve  ;  l'emplacement  du  temple  , 
des  autres  pyramides  et  de  la  ville  est  à  une  demi,-lieue  seule- 
ment. Bruce  avait  placé  ici  sur  sa  carte  une  ville  ruinée;  il  a  passé 
à  deux  lieues  à  l'est  des  pyramides,  et  il  les  a  ignorées.  Tout  près, 
dans  le  sud  ,  est  la  grande  île  de  Kurgos ,  sans  aucun  reste  de  mo- 
numens. 

C'est  ici  que  Banville  ,  sur  sa  carte ,  a  placé  Méroë  ;  il  ne  s'y 
trouve  aucun  lien  portant  ce  nom,  comme  on  le  voit  dans  la  province 
de  Chaguy,  au  mont  Barkal  et  à  Noury,  oît  un  village ,  une  mon- 

28* 


AS6  AMERIQUE. 

tagnc  et  une  île  sont  appelés  Méroë;  cette  position  est  éloignée  de 
la  latitude  assignée  par  les  anciens;  si  cependant  le  Nil  autrefois 
a  formé  une  île  de  ce  côté,  cette  île  prendrait  la  forme  de  bouclier, 
comme  le  disent  les  auteurs. 

'  Nous  continuons  notre  voyage  jusqu'à  Sennar.  Mon  projet  est  de 
remonter  le  Nil  Blanc,  mais  après  avoir  fini  à  Sennar  et  dans  la 
province  de  Fazuclo,  où  doit  se  rendre  l'expédition.  Ismaïl  Pacha 

me  témoigne  beaucoup  de  bienveillance 

On  appelle  ici  les  pyramides  Terapille  et  Danguelle ,  du  nom 
d'un  petit  village  ou  groupe  de  maisons  du  voisinage.  Assour,  où 
nous  sommes,  est  un  autre  groupe  semblable.  J'ai  dans  mon  com- 
pagnon de  voyage  un  ami  fidèle;  notre  santé  est  excellente,  malgré 
les  chaleurs  dont  nous  avons  à  souffrir.  Depuis  un  mois  le  thermo- 
mètre centigrade  s'élève  jusqu'à  48  degrés,  ordinairement  45.  Nous 
approchons  de  là  saison  des  pluies  ;  il  paraît  que  l'armée  la  passera 
à  Sennar.  Jusque-là  ,  nous  avons  encore  un  mois  de  beau  tems,  après 
quoi  nous  retrouverons  en  partie  le  climat  d'Europe.  La  limite  des 
pluies  du  tropique  est  placée  beaucoup  trop  au  sud  sur  la  carte  de 
Bruce.  Cette  carte  est  assez  exacte  pour  les  positions  ;  mais  il  avait 
marché  un  peu  loin  du  Nil.  Je  crois  me  rappeler  que  c'est  à  Chendy 
que  ce  voyageur  dit  avoir  vu,  il  y  a  environ  trente-cinq  ans,' une 
princesse  de  la  dynastie  de  la  reine  Candace  ;  mais  toutes  les  infor- 
«lations  que  j'ai  prises  là-dessus  sont  contraires  à  son  récit.  Le 
soleil  est  trop  élevé  à  son  passage  au  méridien,  pour- que  nous 
puissions  nous  en  servir  à  déterminer  les  latitudes;  pendant  long- 
tems,  nous  avons  fait  usage  de  Syrius  ;  maintenant,  nous  nous 
servons  de  la  lune  et  des  étoiles  de  la  grande  Ourse. 

Cailliaud. 
Remarques  sur  la  lettre  précédente.  —  C'est  une  princesse  du 
nom  de  Sittina,  ce  qui  ne  veut  dire  autre  chose  que  notre  dame  , 
que  Bruce  trouva  à  Chendy,  mais  il  ne  dit  point  qu'elle  descendit 
de  Hendaqué  qui ,  suivant  la  tradition  ,  gouverna  jadis  ce  pays  ; 
il  en  infère  seulement  que  le  lieu  où  est  Chendy  était  soumis  jadis 
à  la  reine  Candace^  ou  plutôt  aux  princesses  de  ce  nom,  qui  paraît 
avoir  été  celui  d'une  dynastie.  {F'oj.  son  Voyage,  T.  IV,  pag.  607.) 
Il  est  très-probable  que  M.  Cailliaud  rapporte  ici  des  observations 
thermométriqùcs,  faites  en  plein  air,  mais  au  soleil,  et  non  à 
l'ombre  et    au  nord.   Nous  voyons,  par  le  grand  travail  de  M,  de 


EUROPE.  A37 

lluuiboldl  sur  les  lignes  isothermes  du  globe,  que  le  maxHmuni 
dés  températures  moyennes  ne  dépasse  pas  3o  degrés  de  Réaumur. 
Le  maximum  de  la  chaleur  à  Philœ  est  de  34°. 

A  l'égard  des  ruines  de  Méroë ,  elles  ne  sont  pas  à  Mcrawe  au 
mon):  Barkal,  comme  l'ont  cru  récemment  quelques  voyageurs  an- 
glais ,  et  comme  M.  Gailliaud  lui-même  incline  à  le  croire ,  puis- 
qu'il ne  désespère  pas  d'y  retrouver  un  ancien  bras  du  fleuve  qui 
aurait  formé  l'île  tant  cherchée.  J'ai  prouvé,  dans  un  mémoire  spécial, 
que  Méroë  était  située  là-  même  où  cet  intéressant  voyageur  vient 
de  découvrir  les  antiquités  voisines  d'Assour,  si  remarquables  par 
le  nombre  considérable  des  pyramides,  par  toutes  ces  voûtes  ornées 
d'hiéroglyphes,  et  par  des  monumens  qui  paraissent  appartenir 
aux  institutions,  aux  arts  et  à  la  civilisation  des  Egyptiens.  Quand 
j'ai  mis  en  avant  cette  conjecture ,  le  mois  dernier.  Je  ne  m'attendais^^ 
pas  à  la  voir  sitôt  confirmée.  Jomard. 

Ce  n'est  pas  près  d'Assour  que  Banville  place  Méroë  ,  comme 
le  pense  M.  Gailliaud,  mais  à  Nuabia,  sous  une  latitude  plus  septen- 
trionale de  1  degré  7'environ.  A  l'égard  de  quelques  lettres  grecques 
inscrites  sur  l'une  des  pyramides,  nous  ne  connaissons  pas  assez 
les  circontances  de  ce  fait  pour  en  tirer  aucune  conséquence  ; 
mais  il  n'a  rien  de  bien  extraordinaire,  ni  de  bien  important. 
Tecla  est  un  nom  de  roi  d'Abyssinie  que  le  voyageur  Bruce  a 
cité  souvent;  M.  Sait  en  a  également  parlé.  Tecla  Mariam  régndi 
de  l'an  1429  a  i433.  Tecla  Hadrnanout,  fils  de  Hannès,  régnait  en 
1770;  Tecla  Georgis,  son  frère,  régna  en  1778.  Il  pourrait  donc 
bien  aussi  être  question  ici  d'un  roi  du  nom  de  Tecla,  avec  ua 
surnom;  mais  de  quelle  date  sont  ces  caractères?  c'est  sur  quoi 
nous  n'avons  point  de  données.  Je  soupçonne  qu'ils  sont  assez 
modernes  ;  on  sait  que  du  tems  de  Macrisi  et  de  l'historien  de  la 
Nubie,  il  y  avait  dans  ces  contrées  des  pays  qui  se  servaient  de 
la  langue  grecque  ;  il  n'est  pas  surprenant  qu'on  ait  inscrit  en 
grec,  sur  une  pyramide,   le  nom   du   roi  régnant. 

EUROPE. 

ILES    BRITANNIQUES. 

Irlande.  —  CoacK.  —  Aérostat.  —  Un  habitant  de.  cette  ville  a 
proposé  un  moyen  pour  maintenir  constamment  un  aérostat  dans 
un  courant  d'air  favorable  à  la  direction  qu'on  veut  lui  faire  suivre. 


A38  EUROPE. 

Il  suppose,  et  la  chose  est  presque  toujours  ainsi,  qu'à  différentes 
élévations  la  direction  du  courant  d'air  varie ,  et  que ,  pour  parvenir 
à  suivre  constamment  «ne  même  direction,  il  suEBt  de  pouvoir  élever 
ou  abaisser  le  ballon  à  volonté.  Jusqu'à  présent ,  on  a  essayé  d'y  par- 
venir, soit  en  jetant  du  lest,  soit  en  laissant  échapper  du  gaz.  L'ha- 
bitant de  Gorck  propose  un  moyen  d'obtenir  les  mêmes  résujtats, 
sans  changer  le  poids  de  la  machine  et  sans  perdre  de  gaz.  Ce  moyen 
consiste  à  placer  dans  la  nacelle,  au  lieu  de  lest,  une  boîte  de  cuivre 
avec  une  pompe  propre  à  condenser  le  gaz  :  elle  communique  avec 
le  ballon  ;  quand  il  s'élève  trop ,  on  diminue  son  volume  en  con- 
densant le  gaz  au  moyen  de  la  pompe  ;  vient  il ,  au  contraire  ,  à  trop 
s'abaisser,  en  tournant  un  robinet ,  on  lui  restitue  du  gaz  qui  le  fait 
s'enfler  et  s'élever.  L'inventeur  conseille  d'emporter,  pour  les  longs 
voyages,  une  seconde  boîte  de  cuivre  remplie  de  gaz  condensé,  afin 
de  pouvoir  remplacer  celui  qui  s'échappe  par  les  pores  du  ballon. 

LoivoBBS.  •'—  Botanique.  —  On  voit  dans  une  serre-cjjande ,  à  peu 
de  distance  de  cette  ville  ,  une  plante  fort  belle  et  fort  curieuse ,  le 
cactus  hexagonus  :  elle  était  dernièrement  en  fleur.  Sa  corolle  com- 
mençait à  s'ouvrir  â  six  heures  du  soir,  et  se  refermait  graduellement 
à  la  même  heure,  le  lendemain  matin.  Elle  est  originaire  de  Surinam, 
et  ûenrit  difficilement  dans  un  climat  moins  chaud.  Cependant,  on 
peut  accélérer  sa  croissance ,  en  l'exposant  au  soleil  et  à  l'air  pendant 
les  chaleurs ,  et  en  la  tenant  enfermée  l'hiver  dans  une  serre.  Celle-ci 
a  sept  pieds  de  haut.  On  croit  qu'il  y  a  trente  ans  qu'elle  a  été  plantée. 

LowEBwicK.  —  M.  Boughton  possède  dans  sa  pépinière  ,  près  de 
Worcester ,  un  pied  du  yucca  gloriosa ,  appelé  vulgairement  Vai- 
guille  d'Adam.  La  tige  de  cette  plante,  qui  est  en  fleur  ,  s'élève  à 
près  de  neuf  pieds  :  elle  est  couverte  de  six  ou  sept  cents  boutons  ou- 
verts ou  prêts  à  s'ouvrir.  Cette  plante  est  originaire  de  l'Amérique 
septentrionale.  Elle  fut  apportée  pour  la  première  fois  en  Angleterre 
dans  l'année  iSgô. 

Pêche  de  la  baleine.  —  Le  navire  the  Fume  a  pris  neuf  baleines, 
en  ne  se  servant  que  des  fusées  à  la  congrèi/e.  La  plus  grande  de  ces 
baleines,  frappée  d'une  fusée,  a  été  ensuite  très-facile  à  prendre; 
une  autre  est  morte  immédiatement.  En  général,  la  vitesse  de  l'a- 
nimal a  été  considérablement  diminuée,  et  il  lui  a  été  impossible  de 
plongera  plus  de  trois  ou  quatre  toises.  Au  moyen  des  fusées,  on 
obtient,  avec  un   appareil  de  la  grosseur  d'un  fusil,   sans  choc  on 


EUROPE.  A39 

réaction  sur  le  canot ,  les  mêmes  effets  que  produit  une  pi(ice  d'ar- 
tillerie  de  six  ou  de  douze. 

Société  royale.  —  A  l'une  des  dernières  séances  de  cette  Société , 
il  a  été  résolu  que  l'on  ouvrirait  une  souscription  pour  élever  à  feu 
sir  Joseph  Banks  une  statue  de  marbre  en  pied.  Elle  doit  être  sculptée 
par  M.  Ghantrey,  et  placée  dans  la  salle  du  musée  britannique. 

Londres.  —  THiAiaEs.  —  Drary-Lane,  —  Le  directeur  de  ce 
théâtre,  craignant  de  voir  se  vider  peu  à  peu  la  salle  que  la  rentrée 
du  célèbre  tragédien  Kean  avait  si  bien  remplie,  s'est  avisé  de  donner 
plusieurs  représentations  du  Couronnement  du  roi  d'Angleterre,  Les 
costumes,  les  décorations,  et  jusqu'aux  personnages,  tout  faisait  illu- 
sion. Ce  bizarre  spectacle,  malgré  son  peu  d'intérêt,  n'a  pas  manqué 
d'attirer  de  nombreux  spectateurs. 

—  Opéra.  — Un  nouvel  opéra  en  trois  actes,  intitulé  la  Sorcière 
de  Demelenghy  a  réussi  dernièrement  à  ce  théâtre  :  il  est  tiré  de 
Guy-Mannering ,  roiuan  célèbre  de  Walter-Scott. 

—  Nouveau  théâtre  royal  de  Hay-Market.  —  Cette  salle  vient 
d'être  rouverte  au  public.  Elle  est  décorée  avec  beaucoup  de 
goût;  quoique  plus  grande  que  l'ancienne  salle  qu'elle  remplace , 
elle  est  disposée  de  manière  à  ce  que  ,  de  partout ,  on  puisse  voir  et 
entendre  les  acteurs.  Afin  que  la  voix  puisse  parvenir  également  dans 
toutes  les  parties  de  la  salle ,  l'architecte  a  construit  à  l'avant-scène 
une  espèce  de  tambour  qui,  avançant  considérablement  au-dessus 
de  l'orchestre,  nuit  à  l'effet  général.  Des  peintures  allégoriques  or- 
aent  le  plafond  et  les  loges.  Ce  théâtre  n'est  ouvert  que  pendairt 
l'été  :  il  accueille  tous  les  débutans  et  toutes  les  pièces  nouvelles. 
Son  administration  présente  beaucoup  de  ressemblance  avec  celle  du 
Gymnase  dramatique, à  Paris;  mais  le  nombre  d'actes  des  pièces  qu'il 
peut  représenter  n'est  point  limité  comme  sur  le  nouveau  théâtre  de 
Paris.  Celui  de  Londres  a  donné  pour  l'ouverture  les  Rivaux  de 
Shéridan ,  précédés  d'un  prologue  adressé  au  public ,  et  un  vaude- 
ville en  deux  actes,  intitulé  Pierre  et  Paul.,  ou  l'Intrigue  d'amour 
dans  les  vignes  ^  que  le  public  a  fort  mal  reçu.  Depuis  ,  on  a  donné 
au  même  théâtre  la  Hausse  et  la  Baisse  (Rise  and  Fàllj.Cette  pièce, 
dont  on  vante  surtout  la  verve  comique,  a  réussi  complètement; 
nous  ignorons  si  c'est  une  traduction  de  la  jolie  pièce  donnée  au 
Gymnase,  par  MM.  Picard,  Waflard  et  Fulgence. 


MO  EUROPE 

théâtre  d«  Surrey. — La  Famille  Calas  a  obtenu  en  Angleterre 
te  même    succès  qu'en  France.  Cependant,  elle  n'est  plus  aussi 
suivie  à  Londres  que  dans  sa  nouveauté.  La  pièce  en  vogue  ,  dans  ce 
moment ,  à  ce  petit  théâtre,  est  le  Père  du  soldat^  de  M  C,  Kemble. 
Kersington. — Nécrologie. — Madame  Inchbald. —  La  vie  de  cette 
femme  auteur,  aussi  célèbre  par  son  esprit  que  par  sa  beauté ,  pré- 
sente une  longue  suite  de  vicissitudes.  Fille  d'un  honnête  fermier, 
et  ne  connaissant  le  monde  que  par  les  livres ,   elle  s'évada  de  chez 
sa  mère,  n'ayant  encore  que  seize  ans  ,  et  se  rendit  à  Londres  ,   où 
elle  espérait  retr(Juver  une  parente  éloignée.  Elle  était  alors  d'une 
beauté  remarquable.  Après  plusieurs  épreuves  dont  elle  sortit  à  son 
honneur,  elle  épousa  un  acteur,  honnête  homme,  nommé  Inchbald, 
el  devint  aussitôt  actrice  du  même  théâtre  où  était  son  mari.  Quoi- 
qu'elle n'eût  que  dix-huit  ans,  elle  remplit  avec  talent  plusieurs  des 
principaux  rôles.  Après  la  mort  de  son  mari ,  elle  continua  déjouer 
au  théâtre  de  Covent-Garden ,  qu'elle  quitta  tout-à-coup  sans  motif 
apparent.  Elle  vécut  quelques  années  à  Londres  dans  une  grande 
pauvreté  et  fort  ignorée  du  public.  Ce  fut  à  cette  époque  qu'elle 
s'occupa  de  littérature.  Ayant  composé  une  comédie,  elle  la  lut  à  un 
de  ses  amis,  qui  se  chargea  de  l'envoyer,  sans  faire  connaître  son 
nom  j  à  M.  Golman,  directeur  de  Hay-Market;  ce  dernier  la  garda 
près  de  trois  ans  sans  la  lire.  Malgré  ce  mauvais  succès,  madame  Inch» 
bald  persévéra;  et,  profitant  de  la  vogue  des  ballons,  en  17S4,  elle 
envoya  au  même  directeur  une  pièce  bouffonne,  intitulée  :  le  Conte 
Mogolj  ou  la  Descente  du  ballon.  Le  titi-e  éveilla  l'attention  de 
Golman,  et  la  pièce  fut  reçue;  alors,  madame  Inchbald  lui  rappela  sa 
première  comédie  ;  il  l'examina.  Avec  quelques  légères  corrections, 
il  la  fit  jouer  en  178Ô,  précédée  d'un  prologue  qu'il  fit  lui-même. 
Madame  Inchbald  s'adonna  entièrement  à  ce  genre  d'ouvrages  :  on  a 
d'elle  un  grand  nombre  de  pièces;  les  principales  sont  :  i**  L'Enfant 
de  la  Nature;  2*  le  Magnétisme  animal,  pièce  bouffonne;  5°  Minuit, 
petite  comédie  ;  4**  rHomme  marié ,  idem  ;  5"*  le  Vœu  de  la  veuve  ; 
6»  les  Jeunes  gens  et  les  Vieilles  femmes^  pièce  bouffonne;  7"  Chacun 
a  son  défaut, comédie.  Elfe  écrivit  en  tout  dix-sept  pièces,  dont  deux 
seulement  ne  réussirent  pas.  Elle  fit,  de  plus,  imprimer  une  nouvelle 
édition  du  théâtre  anglais ,  avec  des  remarques  critiques  et  biogra- 
phique», C«t  ouvrage,  qui  contenait  plus  de  cent  pièces,  a  été 


EUROPE.  hii 

publié  en  25  volumes  in- 12.  Elle  fit,  sur  le  même  plan,  une  édition  des 
pièces  bouffonnes  du  théâtre  anglais  moderne,  en  10  volumes.  Les 
seuls  romans  qu'elle  ait  écrits,  sont  V^rt  et  la  Naluret  et  Simple  his- 
toire. Ce  dernier  est  si  connu  qu'il  serait  inutile  d'en  faire  l'éloge. 
Une  profonde  connaissance  du  cœur  humain ,  des  scènes  de  la  vie  dé- 
crites avec  un  rare  talent,  des  caractères  bien  soutenus  en  font  un  des 
ouvrages  remarquables  en  ce  genre .  Au  milieu  de  beaucoup  d'épreuves 
et  d'adversités,  madame  Inchbald  a  toujours  conservé  une  réputation 
sans  tache.  Elle  a  joui  jusqu'à  ses  derniers  momens  de  l'estime  pu- 
blique et  de  la  considération  générale.  Elle  est  morte,  âgée  de  soi- 
xante-cinq ans  ,  le  1*'  août  1821.  Son  testament  renferme  plusieurs 
dispositions  de  bienfaisance  ;  entre  autres ,  un  legs  de  cinquante  louis 
à  la  société  catholique  pour  le  soulagement  des  pauvres  vieillards. 
Madame  Inchbald  était  de  cette  communion.  L.  S.  B. 

RUSSIE. 

Géodésie  —  Mesure  du  méridien.  —  On  a  commencé,  dans  le 
cours  de  l'été ,  les  opérations  relatives  à  une  nouvelle  mesure  du 
méridien  ,  dans  les  provinces  russes  de  la  Baltique.  Le  professeur 
d'astronomie  Struve  ,  et  le  recteur  de  l'université  de  Dorpat  ^  ont 
présenté  le  plan  de  cette  mesure,  qui  commencera  au  56«  degré  de 
latitude  nord  ^  sur  le  méridien  et  à  l'observatoire  de  Dorpat ,  et 
sera  exécutée  aux  frais-  de  l'université.  L'empereur  a  approuvé  ce 
plan,  et  fait  à  l'université  un  don  de  deux  mille  ducats  ,  pour  qu'elle 
puisse  se  procurer  les  instrumens  nécessaires.  Afin  de  donner  plus 
d'extension  à  cette  mesure ,  le  docteur  Walbeck  ,  astronome  de 
l'observatoire  d'Abo  ,  se  concertera  avec  le  professeur  Struve. 

SAïMT-PiTEBSBOCHG.  —  Fabrication  du  bronze.  —  M.  André  de 
Làmberti ,  membre  de  plusieurs  sociétés  savantes  ,  a  publié  un  mé- 
moire sur  l'amélioration  des  bouches  à  feu.  Il  résulte  des  expériences 
multipliées  de  l'auteur,  que  le  bronze  fondu  dans  son  laboratoire  , 
et  éprouvé  sur  l'appareil  de  Sisterbeck,  a  une  densité  et  une  du- 
reté qui  sont  à  celles  de  l'ancien  métal  de  canon ,  dans  le  ^apport 
de  i5  à  9. 

Moscoc.  —  Architecture.  —  Le  prince  Labanof  fait  construire  à 
Moscou  un  palais  en  fonte  de  fer  ,.  qui  sera  orné  de  42  colonnes  de 
dimensions  colossales.  . 


AA2  EUROPE. 

ALLEMAGNE. 

Bonn. — Voyage  scientifique. — Extrait  d'une  lettre  de  M*  Schuîzy 
professeur  de  théologie  à  V université  de  Bonn  (27  octobre).  —  «Vous 
avez  vu,  par  ma  lettre  du  mois  de  juillet  1820,  que  j'ai  commencé 
à  voyager  dans  l'orient  avec  M.  le  général  Minutoli.  Vous  avez 
sans  doute  appris  aussi  la  suite  de  la  malheureuse  expédition  dans 
le  territoire  Cyrénaïque,  Après  le  retour  du  désert  Lybique  y  j'ai 
fait  le  voyage  de  l'Egypte ,  de  la  Palestine  et  de  la  Syrie  ,  jus- 
qu'au mois  de  mai ,  époque  à  laquelle  j'ai  été  forcé  de  retourner, 
par  l'Archipel  et  les  îles  Ioniennes,  à  Tiers.  Vous  en  verrez  les  dé- 
tails dans  mon  voyage  dans  le  territoire  Maréotique  ,  le  désert  Ly- 
bique, l'Egypte,  la  Syrie,  la  Palestine,  l'Archipel,  et  dans  mon 
voyage  Critico-Biblique  en  France  ,  en  Italie ,  dans  la  Palestine  et 
l'Archipel.  Le  prenuer  ouvrage  aura  deux  volumes  et  paraîtra  à  la 
fin  de  novembre  ;  le  second  ,  après  Pâques.  Je  suis  revenu  à  Bonn 
par  Kenne,  Breslau  et  Berlin.  » 

Vienne.  —  architecture.  —  Embellissemens,  —  Depuis  plusieurs 
années,  on  travaille  beaucoup  à  l'embellissement  de  cette  ville  :  de 
nouvelles  portes,  de  nouveaux  ponts,  de  nouvelles  constructions  de 
tout  genre  s'élèvent  de  toutes  parts;  mais  les  changemens  qu'on 
vient  de  faire  dans  les  environs  du  château  impérial  sont  les  plus 
marquans.  Le  jardin  particulier  de  l'empereur  est  déjà  terminé,  et 
on  travaille  sans  relâche  à  celui  qui  est  destiné  pour  le  public.  Au 
milieu  de  ce  dernier,  il  y  aura  un  temple  semblable  à  celui  de 
Thésée,  qui  existait  à  Athènes,  et  qui  sera  orné  d'une  statue  de  ce 
héros  par  Canova.  La  grande  place  de  parade  entre  ces  deux  jardins 
et  la  nouvelle  porte  de  la  ville  offriront  un  coup  d'ail  imposant 
et  majestueux,  mais  qui  contrastera  avec  l'architecture  gothique 
du  château.  Cependant  ,  cette  masse  informe  subsistera  encore 
long-tems,  parce  qu'il  faudrait  des  millions  pour  achever  l'ouvrage 
projeté  et  même  commencé  du  tems  de  l'empereur  Charles  VI. 

Leipsick.  —  Publications  nouvelles  et  prochaines.  — Aslronomie . 

—  M.  Klein,  libraire,  doit  publier  une  traduction  de  V Astronomie  de 

M.Uiot.  Il  ne  s'agissait  d'abord  que  d'un  abrégé  du  livre  français;  mais 

k's  réclamations   de   plusieurs  personnes  instruites  ont   déterminé 


EUROPE.  UU$ 

M.  Klein  à  le  donner  tel  qu'il  est,  et  le  public  en  pourra  jouir 
incessamment. 

—  Beblir.  —  Il  vient  de  paraître  ici  une  brochure  de  M.  Ju'es  db 
Voss,  ayant  pour  titre  :  Nul  doute  que  L^empire  ottoman  ne  suc- 
combe. Dans  la  troisième  partie  de  soU  écrit,  l'auteur  expose  un 
plan  d'après  lequel  les  Turcs  ne  peuvent  manquer,  non  seulement 
d'être  expulsés  de  l'Europe ,  mais  encore  d'être  refoulés  au  fond  de 
l'Asie. 

—  MuMCH.  —Le  livre  Des  moyens  de  gouvernement  et  d'opposition 
dans  Vélat  actuel  de  la  France, par  M,  Guizot,  va  être  traduit  en 
allemand  par  le  docteur  Lindner,  qui  l'accompagnera  d'éclaircis- 
semens  et  de  commentaires.  M.  Lindner  est  le  même  qui  a  déjà  , 
donné  au  public  d'outre-Rhin  la  traduction  des  Observations  de 
M.  Bailleul  sur  les  i-onsidé rations  de  madame  de  Staël  sur  la  réso- 
lu tionfra  nça  ise . 

— Leipsick. —  (Euvresde  Kotzebûe.  —  Le  libraire  Kummer  publie 
en  ce  moment  une  collection  des  opuscules  et  de  la  correspondance 
du  célèbre  Kotzebûe.  On  y  remarque  des  lettres  des  hommes  les 
plus  marquans  de  la  littérature  allemande,  tels  que  Jean  de  Mûller, 
Schrilzer,  Engel ,  Meisner.  En  revanche,  ce  qu'on  y  trouve  de  Kot- 
zebûe offre  bien  peu  d'intérêt.  Cependant ,  il  est  curieux  de  le  voir  se 
demander  à  lui  -  même  :  D'où  vient  que  y  ai  tant  d'ennemis  ?  Il 
discute  la  question  dans  un  petit  écrit  auquel  elle  sert  de  titre. 
Là,  Kotzebûe  semble  attribuer  l'acharnement  de  ses  ennemis  à 
la  publication  inconsidérée  du  docteur  Bahrdt  (pièce  de  théâtre). 
Quelques  journalistes  allemands  disent  qu'il  s'était  attiré  la  haine 
publique  en  servant  une  cause  que  lui-même  avait  autrefois  tournée 
en  ridicule,  et  en  immolant  sa  conscience  aux  intérêts  de  son  amour- 
propre  et  de  son  ambition.  Le  nouveau  recueil  publié  par  M.  Kum- 
mer contient  une  pièce  intitulée  :  l'An  1914  ou  /e?  Chêne  centenaire. 
Selon  les  uns,  c'est  une  allusion  fine  et  délicate  ;  selon  les  autres , 
au  contraire  ,  c'est  tout  ee  que  la  flatterie  a  pu  inventer  de  plus  bas 
et  de  plus  vil. 

—  Journal  géologique.  —  MM.  Ballenstedt  et  Krûger  rédigent , 
avec  le  secours  de  plusieurs  autres  savans,  un  journal  dont  les  nu- 
méros paraissent  à  des  époques  indéterminées,  et  dont  le  titre  est  : 
Archiv  j iir  die  neuesten  Entdeckungen  aus  der  Uru/elt. — (Archive» 


hkk  EUROPE. 

des  découvertes  les  plus  récentes  sur  le  monde  primitif).  Ils  en  ont 
publié  déjà  cinq  cahiersj  les  matières  qui  y  sont  traitées  nous  ont  paru 
d'un  grand  intérêt  pour  les  sciences,  et  surtout  pour  l'histoire  naturelle  ; 
on  en  jugera  par  l'énoncé  des  articles.  Premier  cahier:  i"  Voyage  aux 
carrières  de  gypse  de  Thiéden;  2»  supplément  à  l'article  précédent; 
3°  sur  les  découvertes  d'ossemens  et  de  dents  de  mammouth,  près  de 
Ganstadt;  4°  preuves  nouvelles  de  l'existence  d'hommes  d'une  taille 
gigantesque  ;  5°  sur  ce  que  la  Saxe  présente  de  vestiges  du  monde 
primitif;  6°  sur  les  rapports  de  la  terre  avec  le  reste  de  l'univers  et 
des  principaux  changemens  survenus  sur  la  surface  du  globe,  par 
Kriiger  ;  7°  le  mammouth  doit-il  être  encore  rangé  parmi  les  espèces 
existantes?  Examen  des  diverses  opinions  sur  cet  animal  ;  8°  répon- 
ses à  quelques  objections  à  ce  sujet;  90  anthropolithes;  10"  sur  quel- 
ques débris  de  villes  et  de  monumens  des  tems  les  plus  reculés; 
11°  de  l'état  de  l'Ostfrise  dans  les  premiers  tems  du  monde. — Second 
cahier  :  i<»  sur  le  mègalonix  de  JefTerson  ou  de  l'animal  du  Paragay, 
que ,  d'après  M.  Cuvier ,  on  nomme  megatherium ,  par  le  professeur 
Dehne;  2«^  de  l'éléphant  de  Burg-Tonna,  par  Ballenstedt;  5»  de  la 
création  continue  ou  examen  de  celte  question  :  Une  création  con' 
tinue  de  principes  organiques  et  constitutifs  est-elle  possible?  ^°  peut- 
on  déterminer  apec  précision  le  tems  depuis  lequel  la  terre  est  ha- 
bitée par  des  hommes,  par  Kriiger;  5®  nouvelles  vues  des  Anglais  sur 
le  monde  primitif;  6°  encore  quelques  mots  sur  les  préadamites  de 
Thiéden,  par  Dehne  ;  7°  second  voyage  à  Thiéden  et  à  Wolfenbiittel, 
par  Ballenstedt;  8<>  quelques  observations  sur  des  dents  de  mam- 
mouth trouvées  aux  environs'de  Merseburg ,  par  Dehne.  Le  cahier 
est  terminé  par  des  lettres  et  des  nouvelles  scientifiques. — Troisième 
cahier  :  sviTc  VoxxTS  des  cavernes,  par  Dehne;  2°  sur  le  même,  par 
Ballenstedt  j  3° des  éléphans  du  monde  primitif,  par  Kriiger;  4°  com- 
ment les  animaux  du  Tropique  ont-ils  pu  vivre  dans  les  climats 
du  Nord?  par  Ballenstedt;  5°  sur  des  bois  pétrifiés  près  de  Neu- 
rode,  dans  le  comté  de  Glatz,  par  Hallmann  ;  6»  sur  les  bois  fossiles 
de  Tscherning  en  Bohême  ;  7°  quelles  sont  les  causes  des  chan- 
gemens arrivés  sur  le  globe.  — Lettres.  —  Nouvelles. —  Quatrième 
cahier  :  1»  aphorismes  sur  le  monde  primitif;  a*  remarques  sur  l'opi- 
nion émise  à  ce  sujet,  par  Faujas-St.-Fonds ;  3°  y  avait-il,  dès  les 
premiers  tems,  des  animaux  rapaces  et  carnassiers? 4°  quelques  ob- 
servations géologiques,  par  Kiemeycr;  5°  forêts  du  monde  primitif, 


EUROPE.  M5 

par  Krùgcr;  6"  observations  supplémentaires  à  mon  opinion  de  la  pré* 
sence  des  hommes  dès  le  monde  primitif,  par  Ballenstedt;  7»  dernières 
découvertes  sur  ce  point  ;  8"  peuples  nains,  par  le  même  ;  9°  nouvelles 
scientifiques,  etc.  —  Cinquième  cahier  :  1°  quels  sont  les  moyens 
de  perfectionner  en  Allemagne  les  notions  sur  les  corps  organiques 
d'un  monde  primitif,  par  Krûger;  2*>  jugement  de  Sommering  sur 
un  crâne  gigantesque  ;  3°  notions  préparatoires  sur  les  choses  re- 
marquables qui  se  trouvent  de  Lemford  à  Syke ,  par  Hanseman  ; 
4**  montagnes  de  la  principauté  de  Blanckenburg  ;  leur  formation  ; 
5°  mines  de  Pabstdorsf,  par  Ballenstedt  ;  6»  découvertes  faites  dans 
ces  mines  et  relatives  aux  hommes  primitifs  ;  7»  peut-il  exister  au 
sein  de  la  terre  des  plantes  et  des  animaux?  S*»  quelques  idées  sur 
les  systèmes  actuels  des  trois  règnes  de  la  nature;  par  Schultze.  Ce 
cahier  est,  comme  les  autres,  terminé  par  une  correspondance  et 
par  des  nouvelles  scientifiques. 

Deux  cahiers  de  ce  journal  forment  un  volume;  chaque  cahier  se 
vend  séparément  pour  un  écu  d'empire.  Ph.  Golbérv. 

— Berlin. — Le  Nouveau  Journal  de  philosophie  et  de  littérature , 
qui  paraît  ici  depuis  le  commencement  de  Tannée,  contient,  dans 
son  cinquième  cahier,  des  lettres  et  des  poésies  en  grec  moderne. 
La  plupart  font  allusion  aux  circonstances  présentes  ;  il  y  a  même 
une  invocation  en  veis  à  la  Prusse ,  dont  voici  la  traduction  :  a  Salut, 
Prussel  illustre  patrie  d'homnies  généreux;  salut,  Prusse  1  tu  es  l'amie 
des  muses  grecques  et  de  tout  ce  qui  est  beau.  La  jeunesse  grecque 
te  révère ,  elle  t'appelle  ,  et,  d'une  voix  unanime ,  réclame  de  toi  le 
rétablissement  de  sa  patrie  ;  toi,  l'ennemie  formidable  des  tyrans  ; 
toi,  la  protectrice  puissante  de  la  liberté.  Jette  sur  nous  un  regard 
propice  ;  et,  si  nous  renversons  la  gloire  de  l'oppresseur ,  si  nous  en- 
levons au  Turc  ses  honneurs,  vois  d'un  œil  favorable  les  Grecs  cher- 
cher une  nouvelle  vie.  0  Prusse ,  et  vous ,  Europe ,  si  distinguée  par 
votre  sagesse ,  hâtez-vous  ,  prenez  part  au  combat  qui  doit  abattre  la 
tête  de  l'hydre.  Déjà  ,  la  trompette  de  la  liberté  a  retenti  dans  toute 
la  Grèce  :  elle  annonce  cette  liberté  qui  nous  doit  délivrer  du  Turc , 
barbare,  cruel  et  sanguinaire.  »  Ph.  Golbébv. 

Vienne. — Nécrologie. — L'abbé  Clément  Bondi  est  mort  dernière- 
ment à  l'âge  de  soixante-dix-neuf  ans.  Il  était  né,  en  1742,  à  Mezzàno, 
dans  le  Parmesan,  et  non  à  Mantoue,  comme  on  Ta  dit  dans  la  Bio- 
c^raphie des  hommes  yitmns.  Quoique  jésuite,  il  préféra  Tétude  de  la 


AAC  EUROPE. 

littérature^  l'ctude  de  la.  théologie  ;  il  s'est  même  distingué  parmi  les 
poètes  de  son  tems.  Une  canzone  >  sur  l'abolition  de  la  société  à  la- 
quelle il  appartenait,  le  fit  applaudir  par  les  uns  et  persécuter  par 
les  autres.  Il  fut  obligé  de  se  cacher  pendant  qiielq^ue  tems  dans  le 
Tyrol.  Il  erra  ensuite  dans  l'Italie  ,  estimé  et  chéri  parles  savans  les 
plus  illustres  de  son  tems  ,  tels  que  Carli ,  Andrès  ,  Bettinelli ,  Van- 
nini,  etc.  Il  fut  enfin  protégé  par  l'archiduc  Ferdinand,  qui  le  nomma, 
en  1797»  son  bibliothécaire  à  Brunn.  Parmi  le  nombre  de  ses  pro- 
ductions, on  distingue  YAsinata  ,  poème  plaisant,  le  poème  sur  les 
Conversazioni  i  très -vanté  par  Delille  ;  celui  sur  la  Mode,  la  tra- 
duction de  tous  les  ouvrages  de  Virgile,  et  surtout  les  Mèlamorphoses 
d'Ovide.  Bondi  a  été  enterré  à  Vienne  dans  la  même  église  que 
Métastase.  F.  Salfi. 

SUISSE. 

Genève.  —  Dispensaire. —  Parmi  les  établissemens  d'utilité  pu- 
blique qui  font  le  plus  d'honneur  à  la  philantropie  de  nos  concitoyens, 
il  en  est  un ,  à  peine  connu ,  qui ,  tout  modeste  qu'il  est ,  mérite  déjà 
les  plus  grands  éloges:  c'est  celui  qui  a  été  ouvert,  le  iGoctobre  1820, 
sous  le  nom  de  Dispensaire^  par  MM.  Gosse  et  Prévost ,  docteurs  en 
médecine ,  et  Dupin,  docteur  en  chirurgie.  Les  établissemens  de  ce 
genre  ont,  comme  on  sait,  prisnaissanceen  Angleterre,  il  y  a  quelques 
années  ;  ils  sont  destinés  à  soigner  les  malades  de  la  classe  indigente. 
Bien  que  de  nombreux  hôpitaux  richement  dotés  et  diverses  asso- 
ciations de  bienfaisance  parussent  rendre  superflus  ces  nouveaux 
moyens  de  secours,  les  dispensaires  prirent  rapidement  faveur;  se 
multipliant  bientôt,  on  en  vit  s'établir  successivement  dans  plusieurs 
parties  du  continent ,  mais  surtout  en  France  et  en  Allemagne  ;  la 
question  de  leur  utilité  a  été  résolue  à  leur  avantage  parles  comptes 
qu'ils  ont  rendus  de  leur  gestion.  Le  dispensaire  de  Genève  est  établi 
dans  un  local  convenablement  situé  ;  les  malades  du  canton  y  sont 
admis ,  trois  fois  par  semaine ,  à  une  heure  déterminée  ,  pour  y  rece- 
voir des  avis.  Lorsqu'ils  habitent  la  ville  et  que  leur  état  de  santé  les 
empêche  de  se  transporter  au  dispensaire ,  les  directeurs  les  visitent 
à  domicile.  Il  a  été  ouvert  des  souscriptions  de  12,  24  et  56  francs , 
valables  pendant  une  année.  Les  souscripteurs  à  la  francs  disposent 
de  vingt -quatre  ordonnances,  avec  les  médicamens  qu'elles  com- 
portent, et  qui  sont  administrés  sans  aucune  autre  rétribution  ;  ceux 


EUROPE.  .  AA7 

à  24  francs  disposent  de  quarante-huit  ordonnances,  et  ainsi  de  suite. 
Nous  reviendrons  sur  cet  intéressant  établissement,  dont  les  direc- 
teurs méritent  toute  la  reconnaissance  de  leurs  compatriotes.  L'un 
d'eux,  M.  le  docteur  Gosse  ,  marchant  dignement  sur  les  traces  de 
son  père ,  a  déjà  plus  d'une  fois  signalé  son  humanité  active  :  comme 
lui,  il  a  commencé  sa  carrière,  en  se  livrant,  dans  divers  pays,  à  des 
recherches  approfondies  sur  les  moyens  de  préserver  certaines  classes 
d'ouvriers  de  l'influence  nuisible  qui  résulte  pour  elles  de  l'exercice 
de  leurs  professions.  Lors  de  la  disette  de  1817,  il  donna  de  nouvelles 
preuves  de  ses  vues  philantropiques  ,  en  répandant  la  conhaissance 
des  plantes  qui  croissent  en  Suisse ,  sans  culture ,  et  qui  peuvent 
servir  d'aliment.  La  notice  qu'il  a  publiée  à  ce  sujet  a  été  insérée 
dans  la  partie  intitulée  ;  Sciences  et  arts^  de  la  Bibliothèque  Uniifer- 
selle^  Tome  V,  page  67.  A.  S. 

Gymnastique.  —  L'entreprise  de  M.  Clias  ,  qui  date  déjà  de  sept 
années ,  pour  établir  la  gymnastique  en  Suisse ,  est  couronnée  du 
plus  heureux  succès.  Il  existe  maintenant,  dans  les  différens  cantons 
de  la  confédération,  quinze  établissemens  de  gymnastique,  bien  orga- 
nisés, annexés  aux  académies  ou  collèges  ,  et  dirigés  par  des  élèves 
du  fondateur,  M.  Clias.  Un  grand  nombre  de  pensions  ont  aussi  adopté 
les  exercices  gymnastiques  ,  parce  que  l'on  commence  à  sentir  géné- 
ralement les  avantages  de  cette  partie  de  l'éducation. — Nous  avons 
déjà  rendu  compte  des  succès  du  même  genre ,  obtenus  en  France 
par  M.  kvi\oxos.\[Voy .  ci  dessus,   p.  4o5.) 

Ladsanne. — Prisons. — Ce  canton  va  bientôt  avoir  une  maison  de 
correction  ,  construite  et  administrée  à  peu  près  sur  le  modèle  de 
l'admirable  Pénitentiaire  de  Philadelphie.  Les  détenus  seront  non 
seulement  traités  avec  une  humanité  attentive,  mais  encore  entourés 
de  tous  les  soins  propres  à  assurer  leur  régénération  morale.  Le  bâ- 
timent e5t  déjà  en  pleine  construction  ,  sous  la  direction  d'un  habile 
architecte,  ancien  élève  de  l'École  polytechnique.  L'emplacement 
qu'on  a  choisi  est  à  une  petite  distance  du  chef-lieu ,  dans  un  site 
agréable  et  salubre. 

ITALIE. 

RiETi.  —  Machine  à  drasuer. —  M.  le  comte  Gaetano  Marchetti 
o 

Tomassi,  qui  habite  cette  ville,  a  inventé  une  nouvelle  machine  à 
draguer,  à  laquelle  il  a  donné  le  nom  de  van^a  reatina.  Elle  a  déjà 


AA8  EUROPlil. 

été  employée  avec  succès ,  dans  les  environs  de  Rieti ,  pour  creusev 
le  lit  de  la  rivière  de  Sainte-Susanne,  et  faciliter  par  là  l'écoulement 
des  marais  voisins.  On  a  fait  également,  près  de  Rome ,  un  essai  qui 
a  parfaitement  réussi.  Dans  un  endroit  où  le  Tibre  est  fort  large , 
il  y  avait  plusieurs  bancs  de  sable  qui  obstruaient  la  navigation  ; 
ils  ont  été  enlevés,  en  vingt-cinq  jours,  au  moyen  de  la  nouvelle 
machine,  mise  en  mouvement  par  les  forçats.  Ce  fleuve  a  acquis, 
dans  une  assez  grande  largeur,  une  profondeur  telle,  que  les  barques 
chargées  y  passent  sans  difficulté. 

ViovkE.-^Antiquités. — Parmi  les  sculptures  antiques,  égyptiennes, 
dernièrement  apportées  dans  cette  ville ,  on  remarque  trois  grands 
sarcophages,  couverts  d'hiéroglyphes,  en  basalte  noir,  très-dur,  et 
sculpté  avec'beaucoup  d'art  et  de  netteté  ;  une  tête  d'homme  colos- 
sale de  granit  rouge ,  couverte  du  voile  sacré  »  et  appartenant  proba- 
blement à  une  figure  entière  qui  paraît  avoir  servi  de  couvercle  à 
une  tombe  ;  le  torse  d'une  divinité  égyptienne  fait  d'un  marbre  in- 
connu ;  un  des  deux  colosses  qui  se  trouvaient  à  là  porte  d'un  temple 
à  Karnak ,  dans  Thèb'es. 

Flobence.  —  Lithographie. —  MM.  Marin  et  Salucci  se  sont  pro- 
posé de  publier ,  au  moyen  des  procédés  de  la  lithographie ,  perfec- 
tionnée et  propagée  par  les  soins  du  marquis  Ridolfi,  une  série  de 
dessins  au  trait,  de  têtes  imitées  des  ouvrages  des  plus  fameux  ar- 
tistes de  l'école  toscane,  depuis  Giotto  et  Taddeo  Gaddi  jusqu'à 
Michel-Ange  et  Raphaël.  Cette  collection  sera  divisée  en  livraisons 
de  quatre  planches.  Il  en  paraît  une  tous  les  mois,  à  dater  de  sep- 
tembre dernier.  La  dernière  contiendra  un  frontispice  et  une  table 
indiquant  les  lieux  où  existent  les  tableaux  dessinés.  On  souscrit  au 
cabinet  littéraire  de  G.  P.  Vieusseux,  à  Florence.  Le  prix  de  chaque 
livraison  est  de  4  paoli. 

Vekise.  —  Publication  prochaine.  —  Biographie,  —  M.  Missiaglia 
doit  publier  une  traduction  del  a  Biographie  universelle ,  ancienne 
et  moderne  de  M.  Michaud.  Les  traducteurs  se  proposent  de  donner 
l'original  en  entier  ;  mais  ils  corrigeront  les  fautes  du  texte  et  répa- 
reront les  oublis,  surtout  à  l'égard  de  l'histoire  civile  et  littéraire  de 
l'Italie.  Ils  mettront  à  profit  les  éclaircissemens  de  M.  Barbier  et  de 
tous  les  savans  étrangers  ou  nationaux  qui  voudront  concourir  à  la 
perfection  de  cet  ouvrage ,  qu'on  doit  regarder  comme  ewropèn. 


EUROPE.  AAc) 

Toutes  les  additions,  ainsi -que  les  corrections,  seront  marquées  d'un 
astérisque.  On  publiera  le  i"  volume  dans  le  mois  de  janvier  1822. 

Florence. — Nécrologie. —  Giuseppe  Sarchiani  ,    né    en    1746, 
dans  le  village  de  S.-Casciano  ,  après  avoir  appris  les  belles-lettres , 
se  rendit  à  Florence  pour  y  étudier  la  philosophie  et  les  mathéma- 
tiques ;  il  s'appliqua   surtout  à  l'étude  du   grec.   Il  fit  son  droit   à 
l'université  de  Pise.  Obligé  d'exercer  la  profession  d'avocat,  il  n'a- 
bandonna jamais  la  culture  des  lettres.  Le  célèbre  biographe  Fab- 
brini,  les  savans  Lami,  Cocchi  et  Lesci,  lui  accordèrent  leur  estime 
et  leur  amitié.  Il  s'occupa  aussi  de  l'économie  politique,  sur  laquelle 
il  publia  deux  ouvrages  ;  l'un  intitulé  :  Ragionainenti  sul  commer- 
cioy  arti è  manifatture  délia  Toscana;  et  l'autre,  Memorie  econo- 
miche  è poUtiche.  Il  osa  proposer  l'abolition  des  fîdéicommis;   et  le 
grand-duc  Léopold  qui^  loin  de  craindre  la  vérité  j  se  faisait  une 
gloire  de  l'accueillir,  mit  en  œuvre  la  doctrine  du  philosophe.  Sar- 
chiani  eut  enfin  la  chaire  de  littérature  grecque  et  celle  de  langue 
tpscane,  fondée  jadis  par  la  république  de  Florence,  pour  l'explica- 
tion de  la  Diurne  comédie  du  Dante ,  et  que  Boccace  avait  occupée 
le  premier.  Dans  ses  leçons,  il  s'appliqua  surtout  à  défendre  les 
ouvrages  du  Tasse  attaqués  par  ses  compatriotes ,  Salviati  et  le  jeune 
Galilée.  On  le  nomma  ensuite  directeur  des  archives  diplomatiques 
de  Florence,  et  secrétaire  de  la  société  des  GeorgofilL  II  fut  un  des 
députés  de  l'académie  de  la  Crusca ,  chargés  de  préparer  des  maté- 
riaux pour  augmenter  et  corriger  son  vocabulaire.  Ses  qualités  mo- 
rales rendirent  encore  plus  intéressantes  les  qualités  de  son  esprit. 
Il  sut  vivre  parmi  les  grands  aussi  bien  que  parmi  les  hommes  de 
lettres,  et  fut  fidèle  à  ses  amis  jusqu'au  dernier  moment.  II  est  mort 
le    18  juin  de  cette  année,  âgé  de  soixante-quinze   ans.  (Extrait  de 
l'élégant   éloge  nécrologique    publié    par  G.    B.  Niccolini.    Voyez 
Antologia,  n*  vu  ,  page  162.)  F.  Salfi. 

GRÈCE. 

Galamata. — Imprimerie.  — Nouveau  journal. — Les  habitans  du 
Péloponèse  donnent,  dans  les  circonstances  actuelles,  les  preuves 
du  plus  touchant  patriotisme.  Ils  ont  fait  jusqu'ici  tous  les  sacrifices 
possibles  pour  délivrer  leur  patrie  du  joug  des  cruels  Ottomans.  Ils 
se  sont  montrés,  par  leur  bravoure,  dignes  de  leurs  ancêtres.  Le  sénat* 
qu'ils  ont  dernièrement  établi,  est  composé  des  hommes  les  plusins- 

ToME  XII.  29 


Â50  EUROPE. 

truitset  les  plus  distingués  par  leurs  vertus  et  par  leur  mérite.  L'aF- 
chevêque  Germanos  ne  cesse  d'électriser  son  armée  par  des  sermons 
pleins  d'éloquence  et  de  chaleur.  C'est  lui  qui  exerce  le  plus  d'in- 
fluence sur  les  esprits  :  les  Grecs  le  regardent  comme  un  envoyé  du 
ciel  et  comme  un  vrai  héros  de  l'église.  On  vient  d'établir  à  Galamata 
une  imprimerie  grecque,  où  l'on  imprime  les  actes  du  sénat,  les  bul- 
letins des  armées  helléniques ,  ainsi  qu'un  excellent  journal  sous  le 
titre  d'E'M)ivix^>(  a-dx-niy^  on  la  Trompette  hellénique.  Ce  journal  na- 
tional est  confié  à  la  direction  du  savant  père  Théoclitos,  homme  plein 
de  vertus  et  de  lumières,  et  ci-devant  rédacteur  dn  Mercure  grec. 
Nous  ne  doutons  point  que  la  nation  grecque  ne  parvienne  bientôt, 
par  ses  efiTorts  et  sa  constance,  à  briser  un  sceptre  dont  la  honteuse  do- 
mination n'est  due  qu'à  la  jalousie  qui  règne  entre  les  principales 
puissances  de  l'Europe  chrétienne  et  savante.  Nous  citerons,  à  cette 
occasion,  les  paroles  d'un  illustre  voyageur  :  •  L'existence  du  des- 
potisme ottoman  est  un  afifront  pour  l'humanité.  La  voix  impérieuse 
de  la  justice  demande  la  délivrance  des  Grecs  opprimés  et  la  restau- 
ration de  leur  patrie.  Mais  ce  n'est  point  à  la  destruction  des  maux 
actuels  que  nous  devons  borner  nos  vues.  Nous  devons  aussi  contem- 
pler avec  un  noble  orgueil  la  substitution  d'un  ordre  de  choses , 
fondé  sur  les  principes  de  l'humanité  et  de  la  justice.  Qui  ne  se  sent 
pas  transporté  de  joie,  en  songeant  que  les  lumières,  les  arts,  les 
talens  militaires ,  n'attendent,  pour  revivifier  la  Grèce,  que  le  coup 
généreux  qui  brisera  le  sceptre  de  fer  sous  lequel  elle  gémit.  Ce 
que  l'on  doit  conclure,  c'est  que  la  subversion  de  l'empire  despo- 
tique des  féroces  Ottomans  produira,  pour  toute  l'Europe,  les  plus 
heureux  efiPets.  Cette  révolution  intéresse  spécialement  la  France,  eu 
égard  aux  avantages  immenses  qu'elle  luioflDre,  etc.,  etc.  •       C.  N. 

ESPAGNE. 

Barcelorne.  —  Médecins  français.  —  Proclamation  du  premier 
Alcade^  en  date  du  12  octobre. —  Quand  l'état  sanitaire  des  peuples 
est  en  danger,  c'est  alors  que  se  manifestent  les  sentimens  d'huma- 
nité qui  honorent  les  nations  civilisées,  et  qui,  pour  ainsi  dire  , 
les  convertissent  en  une  seule  et  même  famille  ;  MM.  Pariset 
et  Ballj' ,  docteurs  en  médecine  et  membres  de  l'académie  royale 
de  France  ;  François,  ancien  médecin  de  l'armée  française  ;  Mazet 
tt  Rochoux,   docteurs  de  la  faculté  de  Paris,    viennent  d'arriver 


EUROPE.  A51 

Oans  cette  ville  :  ils  vont,  s'il  est  possible,  mettre  une  barrière  aux 
progrès  de  la  contagion.  Ces  hommes,  aussi  estimables  parleurs 
connaissances  que  par  les  hautes  qualités  qui  les  distinguent,  oat 
manifesté  à  la  Junte  municipale  de  santé  que ,  dans  toutes  les  cir- 
constances, on  les  trouvera  disposés  à  prêter  leurs  secours  à  l'huma- 
nité souffrante.  Cette  offre  ,  franche  et  sincère  ,  qui  exprime  si  clai- 
rement leur  vif  désir  de  contribuer  au  soulagement  des  Barcelon- 
nais  dans  des  circonstances  si  graves ,  a  touché  le  Corps  de  la  santé 
publique  à  un  tel  point,  qu'elle  regarde  comme  un  devoir  de  donner 
à  ce  beau  trait  toute  la  publicité  possible,  en  hommage  à  une  nation 
aussi  généreuse  que  p  bilan  tropique  ,  afin  que  les  habitans  de  cette 
capitale  sachent  en  apprécier  le  mérite  ,  et  reçoivent  avec  l'expres- 
sion de  la  reconnaissance  ces  héros  de  l'humanité, 

José  Mariano  de  Cabanes  ,  premier  Alcade  constitutionnel. 
La  Reuue Encyclopédique,  qui  s'honore  de  compter  au  nombre  de 
ses  rédacteurs  deux  des  médecins  partis  pour  l'Espagne,  MM.Bally 
et  Pariset,  s'empresse  d'accueillir  cet  hommage  public  rendu,  au  nom 
de  la  malheureuse  Barcelonne,  à  un  héroïsme  si  digne  d'éloge.  Si  la 
couronne  civique  payait  un  citoyen  romain  assez  heureux  pour  avoir 
sauvé  un  concitoyen  ,  quelle  couronne  offrir  à  ces  hommes  généreux 
qui,  pour  arracher  des  étrangers  à  la  mort^  vont  s'enfermer  avec  eux 
dans  le  vaste  tombeau  où  la  contagion  les  dévore?  Les  bénédictions 
des  malheureux  qu'ils  soulagent,  les  hommages  d'une  patrie  dont  ils 
sont  l'orgueil ,  l'admiration  unanime  de  tous  les  peuples  instruits 
d'un  si  beau  dévouement,  en  sont  aussi  la  pins  noble  récompense. 
C'est  surtout  quand  on  songe  aux  épouvantables  effets  d'un  fléau 
qui  brise  tous  les  liens  de  la  nature^  qui  éloigne  la  sœur  du  lit  de 
son  frère  mourant,  qui  fait  craindre  au  fils  de  recevoir  les  derniers 
soupirs  de  sa  mère,  qu'on  apprécie  cette  héroïque  abnégation  de 
soi-même,  et  toute  l'étendue  du  sacrifice  auquel  se  dévouent  des 
hommes  qui,  pour  se  livrer  à  unpérilpresque  certain,  quittent  tout  ce 
qu'ils  ont  de  plus  cher,  une  épouse  ,  des  enfans,  une  mère.  Hélas! 
l'un  d'eux  ne  reverra  plus  la  sienne.  Le  jeune  Mazet  a  couronné 
par  une  noble  mort  un  noble  dévouement  ;  et  sans  doute  ce  ne 
sera  pas  sans  attendrissement  que  la  population  qui  doit  survivre 
à  ce  grand  désastre ,  verra  dans  le  cimetière  de  Barcelonne  la 
tombe  où  seront  écrits  ces  mots  :  Le  docteur  Mazet  pint  de  France 

29* 


A52  EUROPE. 

au  secours  de  la  Catalognej  et  mourut,  atteint  de  la  fié  i^re  jaune, 
le  11  octobre  1821. 

Aux  noms  signalés  dans  la  proclamation  que  nous  venons  de  citer 
nous  devons  joindre  ceux  de  deux  3utres  Français,  MM.  Audouard, 
médecin ,  et  Jouarry ,  étudiant  en  médecine ,  arrivés  plus  tard , 
mais  qui  partageront  la  gloire  de  leurs  confrères,  comme  ils  ont 
partagé  leurs  travaux  ;  et  nous  n'oublierons  pas  non  plus  ces  deux 
religieuses  de  Saint-Camille ,  filles  courageuses ,  qui ,  dans  un  sexe 
plus  faible,  montrent  le  même  héroïsme. 

Il  est  encore  un  jeune  Français  que  sa  noble  conduite  recom- 
mande à  la  reconnaiss'ïknce  de  sa  patrie ,  dont  il  est  maintenant 
éloigné  pour  des  motifs  de  politique  ;  nous  transcrirons  ici  ce  qu'en 
dit  le  journal  même  de  Barcelonne. 

0  En  parlant  d'étrangers  vertueux  et  pleins  d'humanité,  pourrons- 
nous  passer  sous  silence  le  nom  de  M.  Bousquet-Deschamps ,  dont 
la  conduite,  dans  ces  circonstances  fatales,  est  au-dessus  de  tout 
éloge.  Ce  jeune  et  bien  digne  ami  des  médecins  français  ,  ses  com- 
patriotes, les  seconde  autant  qu'il  lui  est  possible  ;  il  est  sans  cesse 
auprès  d'eux.  Avant  leur  arrivée,  nous  avions  remarqué  de  sa  part 
des  actions  vraiment  extraordinaires  à  cet  âge.  Au  risque  immi- 
nent de  la  vie,  nous  l'avons  vu  visitant  les  malades  dans  les  hôpi- 
taux, dans  les  maisons  particulières ,  dans  celles  de  l'indigence 
surtout,  qu'il  se  plaisait  à  secourir,  en  mettant  le  sceau  à  cette 
noble  conduite,  par  des  preuves  non  équivoques  de  la  sensibilité 
de  son  ame  compatissante  et  généreuse.  Son  tems,  son  argent , 
sa  santé ,  il  a  tout  consacré  à  l'infortune. 

«  Ces  hommes  distingués  ne  se  sont  pas  sacrifiés  pour  des  ingrats. 
Nos  cœurs  attendris  les  suivront  partout;  et,  en  vrais  Espagnols, 
nous  saurons  leur  prouver  que  l'excès  de  notre  reconnaissance  égale 
la  sublimité  de  leurs  vertus  surnaturelles  ;  les  noms  de  ces  amis 
zélés  de  l'humanité  serons  gravés  à  jamais  sur  le  bronze  Catalan,  b 

Ils  seront  gravés  aussi  dans  le  cœur  de  leurs  concitoyens;  car 
leur  gloire  rejaillit  sur  la  patrie,  et  elle  leur  doit  un  de  ces 
triomphes  <^ui  n'appelleront  sur -elle  que  des  bénédictions.  Il  est 
doux  de  penser  que  beaucoup  d'autres  médecins  ou  élèves  ont  éga- 
lement demandé  à  partir  pour  Barcelonne  ,  et  que  si  un  plus  grand 
nombre  de  sacrifices  eussent  été  jugés  nécessaires,  la  France  eût 
encore  offert  un  plus  grand  nombre  d'hommes  dévoués. 


EUROPE.  A^3 

Des  noms  espagnols  méritent  aussi  d'être  signalés  à  la  recon- 
naissance ;  les  nombreux  bienfaits  répandus  dans  Barcelonne  par 
le  respectable  Chavarri,  et  les  soins  infatigables  du  digne  alcade 
Cabanes ,  ont  lutté  constamment  contre  l'horrible  calamité  qui  a 
désolé  cette  malheureuse  ville  (i)." 

Nous  terminerons  cet  article  par  le  passage  de  l'Adresse  de  la 
chambre  des  pairs  au  Roi,  où  la  nation  a  trouvé  avec  joie  l'expres- 
sion solennelle  de  ses  sentimens  : 

«  V.  M.  a  vu  sûrement,  avec  un  orgueil  paternel ,  des  Français 
allant  se  dévouer  à  la  mort,  pour  empêcher  des  populations  entières 
de  mourir. 

0  A  côté  de  ces  hommes ,  riches  d'instruction  comme  de  cou- 
rage, V.  M.  a  vu  de  pieuses  filles,  instruites  uniquement  de  la 
science  du  ciel,  quitter  leur  paisible  hospice  pour  aller  aussi  af- 
fronter les  ravages  de  la  contagion  lointaine,  et  porter  l'assis- 
tance de  leurs  soins  où  les  autres  portaient  les  ressources  de 
leur  art. 

<r  Que  V.  M.  pardonne  cette  expression  vive  d'un  sentiment  que 
nous  n'avons  pu  maîtriser,  et  que  la  récompense  de  tant  d'héroïsme 
soit  d'être  signalée  par  les  pairs  de  France,  en  présence  de  V.  M., 
sur  son  trône,   à  l'admiration  et  à  la  reconnaissance  publiques.   » 

PAYS-BAS. 

LouvAiN.  —  Publications  nouvelles  et  prochaines.  —  M.  Bekker, 
professeur  de  l'université  de  Lonvain ,  prépare  une  édition  de  Phi- 
lostrate, de  Vitâ  Apollonii ^  pour  laquelle  il  a  consulté  les  manus- 
crits de  la  bibliothèque  royale  de  Paris. 

—  Traduction.  — Barthélémy  a  dit,  en  parlant  des  Lettres  athé- 
niennes, traduites  en  allemand  par  le  professeur  Jacobs,  à  Gotha, 
et  en  français  par  M.  de  Villeterque  :  Si  j'avais  eu  ce  modèle  sous 
les  y  eux ,  ou  je  n  aurais  pas  commencé  mon  ouvrage ,  ou  je  ne  Vau  - 
rais  pas  achevé.  Quelque  exagéré  que  soit  cet  éloge,  les  Lettres 
athéniennes  n'en  sont  pas  moins  une  production  du  plus  grand  mé- 
rite, et  M.  Steenbergen  van  Goor,  en  les  traduisant  en  hollan- 
dais, rend  un  vrai  service  à  ses  compatriotes.  Cette  version,  for- 
mant trois  volumes,  sera  accompagnée  de  notes  de  M.  F.  Jacobs. 

(i)  Voyez,  ci-après,  pag.  461,  la  lettre  contenant  des  renseigne 
mens  relatifs  à  Y  institution  des  sçpurs  de  Saint- Camille. 


A5A  EUROPE. 

— Bhdxelles. — Histoire  des  Pays-Bas. — Vers  l'an  ijôojlegourer- 
neraent  autrichien  désirant  approfondir  les  causes  de  la  réuolution 
des  Pays-Bas ,  sous  Philippe  II,  le  ministre  comte  de  Cobentzel 
chargea  de  ce  travail  M.  Vander  Vinkt,  membre  du  conseil  de 
Flandre ,  et  de  la  société  des  sciences  et  belles-lettres ,  déjà  connu 
par  des  ouvrages  qui  décelaient  un  esprit  juste  et  profond.  Mais 
M.  Vander  Vinkt ,  qui  écrivait  avec  élégance  et  pureté  en  latin  et 
en  flamand ,  n'était  pas  très-familiarisé  avec  la  langue  française. 
M.  de  Méan  ,  conseiller  à  Bruxelles  ^  fut  invité  par  M.  de  Cobentzel 
à  corriger  les  fautes  de  style.  Le  gouvernement  autrichien  n'ayant 
ordonné  la  rédaction  de  l'histoire  de  cette  époque  que  pour  l'instruc- 
tion de  ses  hommes  d'état,  avait  voulu  que  l'ouvrage  ne  fût  tiré  qu'à 
cinq  exemplaires.  On  permit  à  M.  de  Méan  de  garder  l'exemplaire - 
épreuve.  La  douairière  de  Méan  fit  présent  de  cet  exemplaire  à 
M.  Tarte  cadet,  qui  le  réimprime  avec  des  corrections  de  style  et 
des  pièces  justificatives.  L'ouvrage  aura  trois  volumes  in-8°.  Prix  : 
18  francs  pour  les  souscripteurs.  On  sait  que  Schloezer,  professeur 
à  l'université  de  Gœttingue,  avait  déjà  publié,  en  1774»  "ne  tra- 
duction allemande  de  cet  ouvrage  ;  il  l'avait  traduit  sur  un  des  cinq 
exemplaires,  lequel  avait  été  donné  à  M.  Schoepflin,  historiographe 
de  France  et  professeur  d'histoire  et  de  droit  public  à  Strasbourg  ; 
c'est  d'après  la  version  allemande  que  M.  Scheitema  a  donné,  en 
hollandais,  quelques  fragmens  de  l'ouvrage  de  Vander  Vinkt.  Celui- 
ci  mourut  le  29  janvier  1779?  dans  sa  88*  année  (1).  Le  traducteur 
allemand  lui  a  donné  à  tort  le  titre  de  conseiller  d'état. 

— BauGEs. — On  se  propose  de  publier  ici  une  traduction  en  vers 
flamands  àxx  ^okvaç.  de  Lucrèce ^  zinsi  qu'une  édition  de  Kats.  Le 
roi  a  souscrit,  pour  cinquante  exemplaires,  à  ce  dernier  ouvrage. 

— Liège. — Nécrologie — Goffin. — Le  hrave Hubert  Go^;?, chevalier 
de  la  Légion-d'honnenr  et  du  lion  Belgique ,  si  connu  par  son  dé- 
vouement, est  mort,  le  8  juillet  de  celte  année,  victime  d'un  de 
ces  accidens  si  communs  dans  les  houillères ,  et  que  la  lampe  de 
Davy  est  destinée  à  prévenir.  de  R — g. 

FRANCE. 

Hautb-Vieihne.  —  Limoges. —  Fabriques    de  porcelaine. — ^n- 

(1)  Les  Mémoires  de  V .académie  de  Bruxelles-,  T,  111,  p.  09, 
contiennent  une  nolicc  sur  Fandcr  Vinkt, 


V 


EUROPE.  A55 

tiquilés.  —  Un  article  inséré  dans  le  T.  XI,  p.  426,  de  la  Reuue 
Encyclopédique ,  a  donné  lieu  à  une  réclamation  de  M.  AUou  » 
ingénieur  des  mines  ,  qui  a  d'autant  plus  surpris  le  directeur  de 
la  Revue,  que  les  matériaux  de  l'article  en  question  lui  avaient 
été  fournis  par  un  habitant  de  Limoges,  dont  il  n'avait  aucune 
raison  de  soupçonner  la  véracité.  Nous  nous  empressons  de  donner 
ici  la  substance  de  la  lettre  de  M.  Allou.  «  i»  Les  pièces  de  por- 
celaine fabriquées  à  Limoges  ne  l'emportent  nullement  par  le 
blanc ,  et  le  blanc  et  or,  sur  celles  de  Paris  ;  les  pâtes  mises  dans  le 
commerce  par  les  manufacturiers  de  Limoges  et  celles  dont  ils 
font  usage  dans  leurs  ateliers  sont  identiquement  semblables, 
a"  M.  Martin ,  qui  s'occupe  des  sciences  avec  beaucoup  de  zèle, 
ne  s'est  jamais  mêlé  ni  de  la  fabrication  ni  du  commerce  de  la 
porcelaine.  3»  M.  Martin  n'a  eu  aucune  part  à  la  rédaction  de  l'ou- 
vrage sur  les  antiquités  de  la  Haute-Vienne,  dont  M.  Allou  est 
le  seul  auteur,  et  dont  l'académie  des  inscriptions  et  belles-lettres 
a  accueilli  favorablement  un  premier  essai.  M.  Martin  a  seulement 
communiqué  plusieurs  dessins  exécutés  avant  la  révolution  par 
l'antiquaire  Beaumesnil,  et  dont  M.  Allou  a  tiré,  avec  son  agrément, 
quelques  notes  et  quelques  figures  relatives  surtout  aux  antiquités 
romaines.   » 

BocJcHEs  du-Rhône, — Marseille.  — Enseignement  mutuel.  — On 
vient  d'ouvrir,  dans  l'école  de  cette  ville ,  une  classe  du  soir  où  un 
grand  nombre  d'ouvriers  adultes  pourront  être  admis.  Le  ministre 
de  l'intérieur,  dans  la  vue  d'encourager  cette  œuvre  pbilantropique, 
vient  d'accorder  un  secours  à  la  Société  fondatrice  de  cette  école. 
Déjà,  dans  plusieurs  établissemens,  on  consacre  les  heures  de  la 
soirée  aux  adultes  qui  réclament  le  bienfait  de  l'instruction  élé- 
mentaire.Les  amis  de  l'humanité  désirent  vivement  que  ces  exemples 
trouvent  des  imitateurs  sur  tous  les  points  du  royaume. 

— Eure.  —  Gisors.  —  On  a  introduit  dans  l'école  de  cette  ville 
l'enseignement  du  dessin  linéaire,  et  l'étude  du  chant,  d'après  la 
méthode  deM.Wilhem,  à  l'aide  d'un  jeune  moniteur,  de  l'école  de 
Saint-Jean-de-Beauvais  de  Paris,  Cet  enfant ,  nommé  Joseph  Phé- 
lippot ,  et  à  peine  âgé  de  onze  ans ,  est  doué  d'une  intelligence  re- 
marquable. 

— Gironde.— Bordeaux. — L'école  Israélite ,  ouverte  sous  les  aus- 
pices du  consistoire  de  cette  ville,  a  déjà  produit  des  résultats  dignes. 


A56  EUROPE. 

(Piutérêt,  particulièrement  sous  le  rapport  de  raxuélioration  morale 
des  enfans  de  cette  communion. 

SOCIÉTÉS    SAYAMES    ET    D'rTILITÉ    PUBLIQUE. 

Bouac.  [Ain).  — Société  d'émulation  et  d'agriculture  du  dépar- 
tement de  Tji  in.- — Médecine. '-^ha.  Société  avait  proposé,  en  1820, 
pour  sujet  d'un  prix  à  distribuer  dans  sa  séance  publique  de  1821  , 
l'éloge  de  Xapier  Bit  ha/ y  né  en  Bresse,  le  11  novembre  1771;  elle 
proroge  ce  concours  jusqu'au  i"  mai  1822. 

Les  mémoires  et  autres  pièces  seront  adressés  au  secrétaire  de 
la  Société,  à  Bourg ,  avant  le  i*'  mai  1822.  —  Le  prix  sera  une 
médaille  d'or,  de  la  valeur  de  six  cents  francs. 

Limoges. — {Haute-Vienne).  —  La  Société  royale  d'agriculture  des 
sciences  et  des  arts  propose,  pour  être  décernés  dans  sa  séance  pu- 
blique de  1823,  1»  un  prix  de  320  francs,  à  l'agriculteur  qui  justifiera 
d'avoir  planté  une  quantité  assez  considérable  d'arbres  à  bois  blanc, 
tels  que  bouleau,  tremble,  etc.,  ce  bois  étant  plus  propre  que  tout 
autre  à  chaufier  les  fours  à  porcelaine  ;  2»  un  prix  de  100  francs,  pour 
celui  qui  aura  planté  un  plus  grand  nombre  de  pommiers  et  qui 
aura  cherché  à  acclimater  le  pommier  de  Normandie  :  en'  1822, 
5«  un  prix  d'encouragement  pour  l'agriculteur  qui  présentera  les 
plus  beaux  fruits,  soit  d'arbres  en  plein  vent,  soit  d'espalier;  4"  un 
prix  de  100  francs  à  celui  qui  aura  planté  le  plus  grand  nombre 
de  cormiers  et  de  cerisiers  ;  S»  un  prix  de  i5o  francs  au  distillateur 
qui  aura  composé  la  meilleure  liqueur,  connue  sous  le  nom  de  Ros- 
soliot  avec  les  cerises  du  pays  ;  6"  une  médaille  d'or  de  i5o  francs  à 
l'auteur  du  meilleur  mémoire  sur  le  traitement  à  appliquer  aux 
bêtes  à  laine,  lorsqu'elles  sont  atteintes  de  la  maladie  connue  sous  le 
nom  de  tourmis. 

Poésie. —  Pièce  de  vers  d'une  certaine  étendue  dont  le  sujet  est 
laissé  au  choix  des  auteurs. — Eloquence.  Le  sujet  du   discours  est, 
également  laissé  au  choix  des  auteurs.  Toutefois,  la  Société  accueil- 
lerait avec  plus  de  plaisir  l'éloge  de  quelque  homme   célèbre ,  né 
dans  l'ancienne  province  du  Limousin. 

Les  mémoires  doivent  êtye  adressés  au  secrétaire  de  la  Société, 
avant  le  i«»  août  prochain. 

Lyon. — {Rhône.)— L'académie  royale  des  sciences,  belles-lettres 
et  arts  propose,  pour  1822 ,  les  sujets  des  prix  suivans  :  i"  Quelle 
çsl  l'influence  des  théâtres  secondaires  sur  les  mœurs  du  peuple  , 


I 


EUROPE.  A57 

la  littérature  et  le  goût  î  Le  prix  sera  une  médaille  d'or  de  3oo  franc9. 
2°  Quels  seraient  les  moyens  à  employer ,  soit  dans  le  régime  des 
colonies  actuelles ,  soit  dans  la  fondation  de  colonies  nouvelles, 
pour  rendre  ces  établissemens  les  pbis  utiles  à  eux-mêmes  et  aux 
métropoles  ?  La  valeur  du  prix  est  de  5oo  francs.  —  Les  prix  seront 
décernés  en  séance  publique  le  dernier  mardi  du  mois  d'août  1822. 
A  la  même  époque,  seront  distribués  les  prix  d'encouragement, 
fondés  par  M.  le  duc  de  Plaisance,  et  destinés  aux  artistes  qui  au- 
raient fait  connaître  quelque  nouveau  procédé  avantageux  pour  les 
manufactures  lyonnaises. 

Rouen.  —  {Seine  -  Inférieure.)  —  La  Société  d'émulation  ayant 
chargé  une  commission  de  visiter  un  petit  troupeau  de  chèvres  du 
Thibet,  placé  au  hameau  de  la  Poterie,  près  Belbeuf,  voici  les 
pi'incipaux  résultats  de  l'examen  qui  a  été  fait  ;  Le  climat  de  la 
France  convient  très-bien  à  ces  animaux ,  qui  n'y  dégénèrent  nulle- 
ment, et  donnent  un  duvet  propre  à  faire  de  très-beaux  cache- 
mires ;  ces  chèvres  sont  faciles  à  nourrir ,  et  n'éprouvent  pas  même 
les  dégoûts  des  chèvres  de  race  indigène  ;  leur  lait  est  plus  subs- 
tantiel ,  et  le  bouc  n'a  point  l'odeur  forte  de  ceux  de  nos  pays  ; 
ces  animaux  se  multiplient  avec  rapidité,  et  ne  sont  point  sujets  à 
des  maladies  particulières.  D'après  les  essais  déjà  faits ,  on  trouvera 
beaucoup  d'avantages  à  faire  croiser  ces  troupeaux  avec  ceux  des 
races  indigènes. 

PARIS. 

Lnstitut.  —  Académie  des  sciences.  —  Octobre  1821.  —  Séance 
du  i^'. — M.  Jacobson,  chirurgien  à  Copenhague,  adresse  un  pro- 
gramme intitulé  :  De  systemate  venoso  peculari  in  permultis  ani- 
rnalibus  obseruato.  (M.  Duméril  pour  un  rapport  verbal.) — M.Rieus- 
sec  présente  un  instrument  propre  à  mesurer  la  vitesse  des  chevaux. 
(MM.  Prony  et  Bréguet ,  commissaires.)— M.  Geoffroy-Saint-Hilaire 
lit  un  mémoire  intitulé  :  Description  d'un  monstre  humain  ,  né  en 
octobre  1820,  ei  établissement  à  son  sujet  d'un  nouveau  genre  sous  le 
nom  d*  hypérencéphale. — M. Berlin  lit  un  mémoire  sur  plusieurs  pices 
de  la  conformation  du  ccewr. (MM.  Portai  et  Pelletan,  commissaires.) 

Du  8. — Au  nom  d'une  commission ,  M.  Percy  lit  un  rapport  sur 
un  mémoire  de  M.  Cruveilher,  qui  se  compose  de  deux  parties  dis- 
tinctes :  l'une  renfermant  des  considérations  générales  sur  le  croup 
et  V hydrocéphale  ;  l'autre    la    monographie  exacte  d'une  maladie 


A58  EUROPE. 

nouvellement  observée,  sous  le  nom  Ac  perforation  spontanée  de 
l'estomac,  dont  l'auteur  a  le  mérite  d'être  le  premier  historien,  et 
qu'il  appelle  maladie  gastro-intestinale  des  enfans  avec  désorga- 
nisation gélatinif  orme .  M.  le  rapporteur  pense  que,  par  ce  dernier 
travail  particulièrement ,  M.  Cruveilher ,  déjà  avantageusement 
connu  par  un  Bssai  en  deux  volumes  sur  Tanatomie pathologique  ^ 
a  bien  mérité  de  la  science  médicale  et  de  l'humanité ,  et  que 
l'académie  doit  lui  donner  quelques  témoignages  de  bienveillance 
et  l'encourager  dans  ses  travaux.  (Rapport  et  conclusions  adoptés.) 

Au  nom  d'une  commission ,  M.  Duméril    lit  un  rapport  sur  un 

mémoire  de  M.  Lassis ,  concernant  le  typhus  et  autres  maladies 
de  ce  genre.  L'académie  engage  M.  Lassis  à  recueillir  par  lui-môme 
de  nouveaux  faits ,  pour  donner  plus  de  poids  et  de  valeur  à  sa 
théorie,  sur  laquelle  l'académie  n'oserait  prendre  une  décision  dans 
l'état  actuel  delà  science,  puisqu'il  ne  s'agit  de  rien  moins  que  de 
Juger  si  l'auteur  a  tort  ou  s'il  a  raison,  lorsqu'il  se  refuse  à  admettre 
la  contagion  de  la  fièvre  jaune,  et  même  celle  de  la  peste. — M.  Cau- 
chy  lit  un  mémoire  sur  l'intégration  générale  des  équations  linéaires 
à  coefiîciens  constans.  —  M.  Schwilgué  présente  une  machine 
d'horlogerie  propre  à  donner  tous  les  cycles  et  fêtes  mobiles  du 
calendrier.  (  MM.  Bouvard  et  Burckhardt,  commissaires.)  —  M.  Ri- 
veiro  lit  un  mémoire  sur  une  combinaison  de  V acide  oxalique  avec  le 
fer  trouvé  à  Kol.  (MM.  Vauquelin  et  Brongniart ,  commissaires.  ) 
—  M.  Chomel  lit  un  mémoire  sur  les  sulfates  de  chinchonine  et  de 
quinine.  (MM.  Halle  et  Duméril ,  commissaires.) 

— Du  i5. — ^Au  nom  d'une  commission,  M.  Prony  lit  un  rapport 
sur  le  chronographe  à  secondes  de  M.  Rieussec,  horloger,  rue 
Neuve-des-Petits-Champs ,  n°  i35.  «  Le  mérite  principal  de  cet 
instrument,  dit  M.  le  rapporteur,  consiste  dans  la  propriété  d'in- 
diquer instantanément ,  sur  un  cadran  mobile  ,  des  signes  visibles 
et  permanens ,  les  premiers  et  derniers  instans  de  plusieurs  durées 
successives,  sans  occuper  ni  les  yeux  ni  les  oreilles  de  l'observa- 
teur... On  en  a  fait  depuis  peu  un  essai  fort  satisfaisant  dans  les 
concours  publics  de  courses  de  chevaux  ;  mais  son  usage  peut  évi- 
demment s'étendre  à  d'autres  genres  d'observations  infiniment 
variées,  aux  épreuves  de  machines  en  mouvement,  au  jaugeage  des 
eaux  courantes  et  à  la  presque  totalité  des  opérations  qui  con- 
cernent l'hydraulique.   Le    passage    d'un   astre ,  sur  le?   fils  d'une 


EUROPE.  A59 

lunette ,  lorsque  l'astronome  n'aura  qu'une  main  libre ,  sera  indiqué 
très-exactement  par  ce  nouveau  moyen  qui ,  ou  servira  à  vérifier  le 
compte  des  secondes  à  la  pendule, ou  le  suppléera,  si  l'éloignement 
de  cette  pendule,  ou  un  défaut  d'organe,  ne  permet  pas  d'entendre 
l'échappement,  etc.  etc.  »  Sur  les  conclusions  du  rapporteur,  l'aca- 
démie donne  son  approbation   au  chronographe.  —  M.   Gcoffroy- 
Saint-Hilaire   lit  un  mémoire  intitulé   :   Des  structures  anomales , 
grandeur  anomale,  et  connexions  interverties  des  organes  pecto- 
raux et  abdominaux  observés  sur  un  fœtus  humain  et  occasionné 
par  la  transposition  des  viscères.—  M.  Galles  présente  une  solution 
graphique  approximative  de  la  quadrature  du  cercle.  (MM.  Lacroix 
et  Burckhardt,  commissaires.)  — M.  de  Théran  lit  un  mémoire  sur 
r acclimatation  et  la  domesticité  de  la  vigogne.  (  MM,  Huzard   et 
Tessier,  commissaires.) 

Du  22. — M.  Delambre  fait  un  rapport  verbal  sur-  la  traduction 
du  commentaire  de  Théon,  par  M.  l'abbé  Halma.  —  M.  Fourrier, 
au  nom  d'une  commission ,  fait  un  rapport  sur  les  expériences  de 
M.  Despretz,  relatives  à  la  conductibilité  de  divers  corps  pour  la 
chaleur. —  M.  Paulet,  à  Fontainebleau,  est  nommé  correspondant 
de  la  section  de  médecine  et  de  chirurgie.  —  M.  Morel  lit  un  mé- 
moire sur  la  faculté  vibratoire  du  système  membraneux  de  F  oreille. 
(MM.  de  Lacepède,  Arago  et  Fourrier,  commissaires.)  —  M.  Berlin 
lit  un  mémoire  sur  les  différentes  variétés  de  r  endurcissement  des 
valvules  auriculaires  et  artérielles,  et  de  la  crosse  de  l'aorte. 
(MM.  Portai  et  Pelletan,  commissaires.) —  M.  Latreille  lit  un 
mémoire  sur  l'organe  musical  des  criquets  et  des  truxales;  la  com- 
paraison avec  celui  des  mâles  des  cigales ,  et  vues  nouvelles  sur 
quelques  modifications  principales  des  organes  respiratoires  des 
insectes,  des  arachnides  et  des  crustacées. 

Du  29. — Au  nom  d'une  commission ,  M.  Halle  lit  un  rapport  sur 
les  mémoires  de  MM.  Petroz  et  Chomel,  relatif  à  la  quinine  et 
la  chinchonine  :  «  Nous  pensons,  dit  M.  le  rapporteur  en  ter- 
jninant ,  que  l'académie  qui  a  déjà  apprécié  l'importance  de  la  dé- 
couverte des  alcalis  caractéristiques  des  quinquinas  et  de  leurs 
propriétés  fébrifuges  ,  et  qui  en  conséquence  a  ordonné  l'impression, 
parmi  les  mémoires  des  savans  étrangers,  des  premières  observa- 
tions qui  lui  ont  été  présentées  à  ce  sujet,  doit  y  faire  joindre  aussi  un 
extrait  détaillé,  tant  du  second  mémoire  de  M.  Chomel  que  de  celui 


A60  EUROPi:. 

qui  a  été  lu  par  M.  Petroz.  (approuvé)—  M.  Thénard  lit  un  rapport 
sur  un  mémoire  de  M.  Chevreul,  relatif  à  V  influence  que  V  eau  exerce 
sur  plusieurs  substances  azotées    solides.  «   On  a  négligé  jusqu'à 
présent  de  porter  l'attention  sur  l'union  que  l'eau  contracte  avec  plu- 
sieurs substances  animales ,  sur  l'influence  qu'elle  exerce  et  sur  les 
forces  qui  peuvent  la  fixer  à  ces  substances.  M.  Chevreul  ouvre  cette 
carrière  qui,  en  ses  mains,  va  devenir  féconde  pour  la  chimie  orga- 
nique, et  qui  promet  à  la  physiologie  des  applications  intéressantes.» 
L'académie  décide  que  ce  mémoire  important  sera  imprimé  dans 
le  recueil  des  savans  étrangers. — M.  Duméril  rend  un  compte  verbal 
de  l'ouvrage  de  M.  Jacobson  sur  la  sécrétion  des  urines  dans  quel- 
ques animaux.  —  M.  Mongez  met  sous  les  yeux  de  l'académie  un 
nouveau  microscope  fait  par  M.  Jecker,  d'après  les  idées  de  M.  Amicî, 
professeur  à  Florence.  (MM.  Charles,  Arago,  Latreille,  commissaires.) 
M.  Geoffroy  lit  un  mémoire  intitulé  :  De  V adhérence  du  placenta 
apec  plusieurs  viscères   déplacés  chez  un    monstre   humain  ,   dit 
hypérencéphale ,   et  de  ce  fait  considéré  comme   l'ordonnée  de  ces 
anomalies,  —  M.  John  ,  de  l'académie  de  Berlin,  lit  une  note  addi- 
tionnelle au  mémoire  sur  le  fer  de  M.  Pallas.  —  M.  Becquerel  lit 
une  description  àe  plusieurs  substances  nouuellement  observées  dans 
l'argile  plastique  d'Auteuil.  (  MM.  Brongniart  et  Brochant,  com- 
missaires.) A.  M — T. 

—  /académie  française. —  Séance  du  6  nouembre. —  L'académie 
russe  a  envoyé  neuf  volumes  des  ouvrages  qu'elle  a  publiés,  et  un 
Aisconts  &\iv\' étude  fondam,entale  des  langues^  parle  conseiller  de 
cour  Goulianof ,  l'un  de  ses  membres  M.  le  secrétaire  perpétuel  a 
fait  un  rapport  sur  ce  discours. — M.  Michaud  a  lu  un  fragment  de 
son  Histoire  des  croisades^  contenant  le  tableau  des  guerres  contre 
les  Turcs,  —  M.  Lemercier ,  un  Précis  historique  du  règne  de 
Charles  ^,  dit  le  Sage. 

Société  de  géographie.  (Voyez  ci-dessus,  pag.  aaS.  ) — D'après 
l'article  4  au  règlement ,  arrêté  par  cette  société ,  à  sa  seconde 
séance  :  «  Les  étrangers  sont  admis  aux  mêmes  titres  que  les  régni^ 
coles.  — L'article  3  du  même  règlement  porte  que  les  personnes  qui 
se  sont  déclarées  souscripteurs  Jusqu'à  la  nomination  de  la  commis- 
sion centrale  y  forment  la- société  de  géographie.»  Tous  ceux  qui 
veulent  concourir  au  but  que  se  propose  la  société,  qui  veulent 
participer  à  ses  travaux ,  et  qui  partagent  les  espérances  qu'eUe  a 


EUROPE.  A61 

placées  dans  le  zèle  ot  les  lumières  des  hommes  éclairés  de  toute 
l'Europe,  sont  prévenus  que  la  société  se  réunira  le  i5  décembre 
prochain,  à  huit  heures  du  soir,  dans  une  des  salles  de  l'Hôtel-de- 
Ville,  pour  se  constituer  définitivement,  en  nommant,  au  terme  de 
son  règlement,  son  bureau  et  la  commission  centrale.  Ceux  qui, 
d'ici  à  cette  époque,  désirent  faire  partie  de  la  société,  doivent 
Terser,  avant  le  lo  dudit  mois  de  décembre,  la  somme  de  36  fr. , 
montant  de  la  cotisation  annuelle,  entre  les  mains  de  M.  Ghapellier, 
notaire,  rue  de  la  Tixeranderie,  n°  i3.  Il  leur  sera  délivré  une  quit- 
tance ,  avec  laquelle  ils  devront  se  présenter  le  jour  de  l'assemblée , 
afin  d'être  inscrits  sur  la  liste  des  membres  de  la  société  qui  doivent 
procéder  dans  ce  jour  aux  nominations. 

Institution  des  sœurs  de  Saint  Camille. —  A  M.  le  directeur  de 
la  Revue  Encyclopédique.  —  «  Monsieur,  les  hommages  que  vous 
rendez  aux  actes  d'un  noble  dévouement  en  tout  genre^  dans  votre 
recueil  éminemment  philantropique ,  ine  font  espérer  que  vous 
publierez  avec  empressement  la  note  suivante. 

La  communauté  des  sœurs  de  Saint-Camille ,  composée  de  cinq 
religieuses  ,    et   soutenue    par  le   zèle   et  l'ardente    charité   d'une 
seule  femme ,  madame    René  Maunoir,    existe  ,    depuis  plusieurs 
années,  du  produit  d'un  petit  troupeau  de  mérinos,  joint  au  mo- 
dique revenu  de  la  supérieure.   Cette  vertueuse  dame  habite   une 
petite  maison,  rue  Notre-Dame-des-Ghamps,  n°  42,  au  coin  de  la  rue 
Chevreuse.  Elle  était  endettée  de  900  francs  pour  la  communauté; 
elle   en  a  dépensé  1,000  pour  envoyer  deux  de  ses   religieuses   à 
Barcelonne  :  sans  ce  généreux  sacrifice,  on  eût  ignoré  ses  embarras 
et  l'excessive  pauvreté   de  son  ordre.  Des  rédacteurs  de  journaux 
qui  allaient  lui  demander  les  lettres  qu'elle  recevait,  de  Barcelonne, 
de  la   sœur    Saint-Vincent,   se  sont    trouvés    témoins   de  la  saisie 
qu'on  voulait  faire  de  ses  meubles.  Instruite  de  ces  circonstances ^ 
la  compagnie  de  MM.  les  agens  de  change  de  Paris,  qui  n'a  jamais 
■  été  invoquée  en  vain  pour  l'infortune,  a  fait,  sur  la  simple  invitation 
de  son  syndic,  M.  Péan  de  Saint-Gilles,  une  collecte  en  faveur  des 
sœurs  de  Saint-Camille,  qui  a  produit  700  fr. 

Plusieurs  membres  de  cette  compagnie  avaient  d'abord  hésité  à 
donner  leur  part,  comme  ayant  été  sollicités  chez  eux  par  des  per- 
sonnes qui  semblent  vouloir  profiter  de  l'enlhousiasme  qu'excite 
généralement  la  belle  conduite  des  sœurs  de  Saint-Camille  ,    pour 


A62  EUROPE. 

faire  une  iipéculation  et  fonder  un  nouvel  ordre  de  garde-matades. 
De  promptes  informations  leur  ont  appris  que  la  supérieure,  ma- 
clame  René  Maunoir,  était  tout-à-fait  étrangère  à  cette  démarche, 
qu'elle  désavoue  entièrement.  Ils  se  sont  empressés  de  joindre  leurs 
offrandes  à  celles  de  leurs  confrères. 

Espérons  que  ce  généreux  exemple  sera  suivi,  et  que  beaucoup 
d'hommes  bienfaisans  voudront  concourir  à  l'institution  définitive 
et  durable  d'un  ordre  qui,  malgré  son  obscurité ^  a  déjà  contribué 
à  répandre  sur  la  France  tant  d'éclat  et  de  gloire,  en  s'associant 
à   l'héroïsme  des  médecins  français  qui  sont  à  Barcelonne. 

Les  personnes  qui  désireraient  subvenir  aux  premiers  besoins  des 
sœurs  de  Saint-Camille,  en  attendant  que  le  gouvernement  se  déclare 
leur  protecteur,  pourront  déposer  leurs  dons  chez  M.  Decan,  no- 
taire, rue  des  Fossés-Montmartre,  n°  ii,  chez  lequel  est  ouverte  une 
souscription  en  faveur  de  ces  respectables  religieuses. 

J'attends  de  votre  patriotisme.  Monsieur,  que  vous  veuiliiez  bien 
donner  la  plus  grande  publicité  à  cette  note  par  la  voie  de  votre 
recueil. 

Agréez,  etc.    Le  lieutenant-colonel  Sw....,  chevalier  de  l'ordre 
royal  et  militaire  de  Saint-Louis. 
Paris,  29  novembre  1821.» 

— Athénée  Roy  ait  mé  àe.  Valois,  n°  2. — Les  travaux  de  l'année 
1822  (Sy^  de  la  fondation)  comprendront  les  cours  suivans  :  1° pJiy- 
sique  expérimentale ,  M.  Pouillet;  2°  chimie  ^  "M.  Robiquet  ;  5°  zoo- 
logie y  M.  de  Blainville;  4°  analomie  et  physiologie ,  M.  Magendie  ; 
5°  astronomie^  M.  Francœur;  6°  géologie,  M.  Constant-Prévost; 
7«  littérature f  M.  Lingay;  ^°  philosophie  générale ,  M.  Azaïs. 

Indépendamment  de  ces  cours,  M.  Desquiron  de  Saint-Aignan, 
avocat  à  la  cour  royale  de  Paris ,  expliquera ,  dans  une  série  de 
leçons ,  les  principes  généraux  du  droit  naturel. 

Les  cours  ont  commencé  le  i5  novembre  dernier;  le  prix  de  la 
souscription  pour  l'année,  finissant  au  16  novembre  1822,  est  de 
120  fr.  pour  les  hommes  et  de  60  fr.  pour  les  dames.  Les  salons  sont 
ouverts  aux  souscripteurs ,  depuis  9  heures  du  matin  jusqu'à  1 1  heures 
et  demie  du  soir. 

Dans  la  séance  d'ouverture  ,  qui  avait  attiré  une  grande  alïlucnce 
de  spectateurs,  M.  Lingay  a  lu  un  discours.  Ce  jeune  professeur, 


EUROPE.  A6Z 

qui  succède,  dans  la  chaire  de  i'Athénée,  à  Laharpe,  à  Ghénier,  à 
M.  Lemercier,  semble  avoir  senti  l'importance  des  obligations  que 
lui  imposaient  les  noms  que  nous  venons  de  rappeler;  il  a  choisi 
une  tâche  difficile.  Il  annonce  que  son  cours  sera  principalement 
consacré  à  concilier  les  deux  puissances  qui  se  disputent  le  champ 
de  la  littérature  :  les  classiques  et  les  romantiques.  Nous  avons  dit 
que  la  tâche  est  difficile ,  et  il  nous  semble  qu'elle  le  devient  surtout 
par  la  manière  dont  M,  Lingay  a  envisagé  la  question.  Si  nous  l'avons 
bien  compris ,  il  distingue  la  poésie  de  l^imagination  et  la  poésie  de 
l'ame;  il  laisse  la  première  aux  anciens,  et  revendique  l'autre  pour 
les  modernes  ;  il  dit  que ,  dans  l'état  de  civilisation  où  nous  sommes 
parvenus ,  la  poésie  n'a  plus  d'asile  sur  la  terre ,  que  c'est  mainte- 
nant au  ciel  qu'il  faut  la  chercher  et  dans  les  relations  de  l'homme 
avec  la  Divinité  ;  d'où  il  suit  que  la  poésie  de.  l'imagination ,  la 
poésie  qui  s'occupe  des  intérêts  terrestres  ,  appartiendrait  au  genre 
classique,  et  la  poésie  de  l'ame,  celle  dont  l'objet  principal  est  la 
contemplation  des  choses  qui  sont  hors  de  ce  monde  ^  serait  la  jooé* te 
romantique.  Nous  croyons  que,  s'il  y  a  quelque  vérité  dans  cette 
doctrine,  il  y  a  encore  plus  d'obscurité,  de  confusion  et  d'incerti- 
tude. L'espace  ne  nous  permet  pas  de  donner  ici  à  notre  pensée 
tout  le  développement  qui  serait  nécessaire  pour  la  faire  bien  com- 
prendre. Si  nous  pouvions  traiter  à  fond  la  question ,  nous  la  pré- 
senterions sous  un  autre  point  de  vue,  et  peut-être  trouverait-on  la 
solution  moins  difficile;  peut-être  conviendrait-on  que  si  les  clas- 
siques et  les  romantiques  ne  sont  pas  d'accord,  c'est  qu'ils  ne  se  sont 
pas  encore  entendus  :  nous  doutons  que  M.  Lingay  jette  dans  la 
discussion  cette  heureuse  lumière  qui  concilie.  Toutefois,  nous 
craindrions  d'être  injustes  envers  le  jeune  professeur,  en  jugeant 
rigoureusement,  sur  une  seule  leçon,  une  doctrine  qui,  pour  être 
appréciée  ,  a  besoin,  sans  doute  ,  des  éclaircissemens  qui  suivront. 
Les  mêmes  motifs  nous  empêchent  de  discuter  ici  les  principes  poli- 
tiques que  le  professeur  a  tenté  de  mêler  à  sa  littérature  ;  mais  il  est 
probable  que,  sur  ce  sujet,  nous  aurions  aussi  plus  d'une  objection 
à  faire.  Quanta  la  forme  sous  laquelle  M.  Lingay  présente  sa  pensée, 
elle  est  souvent  vive ,  spirituelle ,  ingénieuse  ;  mais  aussi  elle  n'est 
pas  exempte  de  prétention  ;  on  y  remarque  des  rapprochemens  qui 
cherchent  et  manquent  l'effet,  et  une  malheureuse  disposition  à 
introduire  dans  les  lettres,  des  mots  et  des  locutions  jadis  réservés  à 


hU  EUROPE. 

la  métaphysique,  mais  dont  plusieurs  écrivains  de  talent  ont'fait^ 
dans  ces  derniers  tems,  un  abus  qu'il  ne  faut  peut-être  pas  imiter. 

Après  le  discours  de  M.  Lingay ,  M.  Halevy  a  lu  une  Épilre  aux 
médecins  français  partis  pour  Barcelonne.  L'assemblée  a  accueilli 
avec  beaucoup  de  faveur  les  idées  de  liberté  et  de  patriotisme  répan- 
dues dans  l'ouvrage  du  jeune  poète. 

La  séance  a  été  terminée  par  la  lecture  d'une  fable  de  Mad.  Azaïs-, 
intitulée  :  les  deux  Jardins ,  et  par  un  conte  en  vers  ,  de  M.  Famin, 
où  Ton  a  reconnu  deux  anecdotes ,  réunies  sous  ce  titre  :  Sachons 
faire  rire  à  propos. 

Hydrographie.  — Le  capitaine  Gauttier  a  terminé  depuis  peu  ses 
beaux  travaux  hydrographiques.  Déjà,  sa  carte  de  la  Méditerranée 
a  été  publiée  par  le  ministère  de  la  marine ,  et  met  à  même  de  juger 
quelle  sera  la  perfection  de  la  carte  de  la  mer  Noire,  qui  est  en  ce 
moment  sous  presse.  Pour  donner  une  idée  de  l'immensité  du  travail 
exécuté  par  les  ofiBciers  de  la  Chevrette ,  il  suffit  de  dire  que  toutes 
les  côtes  de  la  mer  Méditerranée ,  des  îles  de  l'Archipel  et  de  la  mer 
Noire,  ont  été  déterminées  rigoureusement,  sondées  dans  toutes 
les  directions  et  dessinées  sous  trois  différens  aspects. 

La  Sicile  a  été  rétrécie  de  cinq  lieues;  le  phare  de  Messine  a  été 
reporté  à  l'ouest ,  à  près  de  treize  milles  ;  toute  l'extrémité  méridio- 
nale de  l'Italie  a  été  aussi  reportée  vers  l'ouest ,  de  quinze  milles  ; 
le  cap  Langueta,  à  l'entrée  du  golfe  de  Valona  ^  de  trente-trois 
milles  (onze  lieues  )  ;  l'île  de  Corfuu  ,  de  douze  milles;  et  en  Afrique, 
le  cap  Bon  a  été  reporté  à  cinq  lieues  plus  loin ,  dans  la  même  di- 
rection. Le  cap  Mesurât  a  été  ramené  à  six  lieues  dans  le  nord;  le 
cap  Razat  a  été  reporté  à  l'est  de  trente-six  milles  (douze  lieues). 
Presque  toutes  les  îles  de  l'Archipel ,  à  l'exception  des  Cyclades , 
ont  changé  entièrement  de  position  ;  la  mer  Noire  a  été  reculée  vers 
Touest  de  trente-trois  milles  ,  et  toute  la  côte  méridionale  ainsi  que 
celles  des  Abbruzesont  éprouvé  de  grands  changemens  de  position. 

La  marine  française ,  en  exécutant  cette  belle  et  utile  entreprise  , 
a  acquis  des  droits  éternels  à  la  reconnaissance  des  navigateurs  du 
monde  entier,  puisqu'elle  a  publié  des  documens  précieux  qu'elle 
eût  pu,  à  l'exemple  de  quelques  nations ,  garder  dans  ses  cartons, 
pour  son  seul  usage. 

Voici  l'élévation ,  au-dessus  du  niveau  de  la  mer,  des  sommets 
de  plusieurs  montagnes  de  la  Grèce  et  de  son  archipel,  que  M.  Gaut- 


EUROPE.  A65 

4ier,  capitaine  de  vaisseau,  commandant  la  Chevrette,  a  obtenu 
par  des  mesures  barométriques ,  pendant  les  campagnes  hydro- 
graphiques de  1818  et  1819: 

,  mètres. 

Milo ,  mont  Saint-Élie ^780     5 

Zéa , .  idem »...      670  1 

Parcs idem 766  2 

Naxie,  mont  Jupiter 1,009  ^ 

Santorin  ,  mont  Saint-Élie 587  o 

Stampalie  ,  mont  Véglia 483  i 

Cos ,  monte   Christo 869  9 

Léro  ,  mont  Clidi . . 327  2 

Samos,  mont  Kerqui 1,455  1 

Ipsara ,  mont  Saint-Elie. 546  o 

Saint-Georges  de  Skyros,   mont  Cochila 789  5 

Méteiin ,  mont  Olympe 988  o 

ïénédos ,  mont  Saint-Elie.  * 191  7 

Lemnos ,  mont  Therma 362  o 

Athos  ( mont ) 2,o63  o 

Scopoli ,  mont  Delphi 690  5 

Miconi ,  mont  Saint-Élie 398  o 

Archéologie.  —-Zodiaque  de  Dendérah,  —  Lettre  de  M.  Saulnier 
Jils  à  l'académie  des  inscriptions  et  belles-lettres ,  en  date  du  4  oc- 
tobre 1851.  —  «  Je  crois  ne  remplir  qu'un  devoir,  en  vous  annonçant 
que  le  zodiaque  circulaire  du  temple  de  Dendérah,  en  Egypte  ,  a  été 
détaché  du  plafond  dans  lequel  il  était  encadré  :  j'ai  l'assurance  qu'il 
est  maintenant  arrivé  à  Marseille.  Permettez-moi  de  vous  faire  rapi- 
dement le  récit  des  circonstances  relatives  à  cette  opération,  dont 
la  hardiesse  pourra  causer  quelque  surprise.  Vous  connaissez ,  Mes- 
sieurs, la  protection  que  Mohamed- Ali-Pacha  accorde  aux  explora- 
teurs des  antiquités  de  la  Thébaïde  ;  son  but  est  d'attirer,  par  cette 
espèce  de  séduction ,  les  Européens ,  dont  il  apprécie  les  lumières, 
dans  l'Egypte  qu'il  gouverne  heureusement  aujourd'hui,  après  l'avoir 
soustraite  à  la  domination  anarchiquo  des  mamelouks.  Instruit  de 
cet  état  ■  de  choses  par  des  correspondances  particulières  et  par  les 
relations  des  plus  recens  voyageurs,  je  conçus,  l'an  dernier  ,Ie  projet 
d'en  profiter.  Mais  en  même  tems  je  pris  la  résolution  de  ne  pas 
m'exposer  aux  chances  hasardeuses  des  fouilles.  Quand  bien  même 

Tome  xir.  30 


A66  EUROPE. 

celles  que  j'aurais  tentées  auraient  réussi ,  elles  ne  pouvaient  guère 
avoir  d'autres  résultats  que  de  giossir  le  nombre  de  ces  monumerra 
d'un  caractère  imposant ,  mais  uniforme,  qui  commencent  à  encom- 
brer les  cabinets  de  l'Europe.  Je  pensai  qu'il  était  tems  de  négliger 
ces  inutiles  copies  des  mêmes  types,  et  que  c'était  vers  quelque 
objet  d'une  importance  reconnue  et,  si  je  puis  parler  ainsi ,  indivi- 
duelle ,  qu'il  fallait  exclusivement  diriger  mes  vues.  Elles  ne  tar- 
dèrent pas  à  se  fixer  sur  le  planisphère,  sculpté  en  relief  dans  une 
des  salles  du  temple  de  Dendérah.  Rien  ,  en  Egypte  ,  ne  me  parais- 
sait plus  curieux  que  ce  vénérable  reste  d'une  si  haute  antiquité  , 
signalé  pour  la  première  fois  à  l'attention  de  l'Europe ,  par  des 
savans  français,  et,  depuis,  objet  de  tant  de  débats,  qui  se  pro- 
longent encore.  Je  crus  que  ce  serait  faire  une  chose  utile  que  de 
l'enlever  à  des  contrées  lointaines ,  d'un  accès  difEcile  ,  habitées  par 
des  populations,  barbares ,  et  où  bien  des  genres  de  destruction 
pouvaient  le  menacer.  Si  les  Français  avaient  jusqu'alors  trop  peu 
profité  des  facilités  que  le  gouvernement  de  Mohamed-Ali  accorde 
aux  entreprises  de  la  même  nature  ;  si  la  plus  grande  partie  des  an- 
tiquités ,  tirées  de  la  Thébaïde  ,  se  trouvaient  dans  les  collections 
privées  ou  publiques  de  l'Angleterre ,  il  me  semblait  que  le  tems 
perdu  pour  nous  pouvait  être  plus  que  compensé  par  l'opération  que 
je  méditais.  Quant  à  la  possibilité  de  son  exécution,  l'examen  des 
plans  dressés  par  la  commission  d'Egypte  nous  avait  convaincus. 
Malheureusement ,  des  affaires  inattendues  vinrent  s'opposer  à  mon 
départ ,  et  pouvaient  s'y  opposer  long-tems  encore.  Confident  de  mon 
projet ,  et  témoin  du  chagrin  que  me  faisait  éprouver  l'impossibilité 
où  j'étais  de  le  mettre  à  exécution ,  un  de  mes  amis ,  M.  Lelorrain , 
me  témoigna  le  désir  d'en  être  chargé.  J'acceptai  son  offre  avec 
empressement  ;  car  j'étais  convaincu  qu'il  avait  toutes  les  qualités 
qu'exigeait  une  pareille  entreprise.  Dès  ce  moment ,  je  m'occupai 
sans  relâche  de  réunir  les  divers  moyens  propres  à  en  assurer  le 
succès.  Il  était  évident  que  M.  Lelorrain  ne  trouverait  en  Egypte 
aucun  des  instrumens  dont  il  avait  besoin  pour  cette  opération.  Je 
fis,  en  conséquence,  confectionner,  en  grande  hâte ,  des  scies  de  dif- 
férentes grandeurs,  pour  détacher  le  monument  de  son  entourage  ; 
des  crics  pour  en  soulever  la  masse ,  et  un  traîneau  pour  la  rouler 
jusqu'au  Nil.  L'idée  de  ce  traîneau,  d'une  forme  ingénieuse  et  nou- 
velle ,  appartenait  à  M.  Lelonain  ,   et  je  considérais  le  mérite  de 


EUROPE.  A67 

cette  invention  comme  une  première  garantie  de  la  réussite  des 
efforts  qu'il  allait  faire. 

o  Ce  fut  dans  les  premiers  jours  d'octobre  de  l'année  précédente 
qu'il  s'embarqua  pour  Alexandrie  ,  avec  les  instrumens  que  je  venais 
de  faire  confectionner.  11  emportait  en  même  tems  avec  lui  mes 
instructions,  celles  d'un  artiste  babile ,  M.  Dubois,  qui  a  fait  une 
étude  approfondie  des  monumens  de  l'antiquité ,  ainsi  que  des  notes 
et  des  lettres  de  recommandation ,  que  plusieurs  membres  de  l'Ins- 
titut avaient    bien  voulu  lui  donner.   M.   le  ministre  des    affaires 
étrangères  s'était  également  intéressé  à  une  entreprise  qui  s'annon- 
çait comme  utile  aux  arts ,  et  il  avait  fait  remettre  à  M.  Lelorrain 
une  lettre,  adressée  à  M.  Pillavoine,  qui  remplissait  au  Caire  les 
fonctions  de  consul  général  de  France,  Il  arriva  à  Alexandrie  au 
commencement  du  mois  de  novembre  ,  et ,  après  y  avoir  pris  quelque 
repos ,  il  en  partit  pour  aller  au  Caire.  Présenté  au  pacba  ,  il  en  fut 
reçu  avec  bienveillance,  et  il  obtint,  sans  difficulté,  un  fîrman  qui 
autorisait  les  travaux  auxquels  il  voulait  se  livrer.  Par  une  faveur 
particulière ,  le  pacha  lui  donna ,  en  outre  ,  une  lettre  pour  son  fils , 
gouverneur  de  la   Haute-Egypte.  Muni  de  son  firman  et  de  cette 
lettre,  M.  Lelorrain  ne  tarda  pas  à  se  rendre  à  Dendérah.  L'aspect 
des  lieux  lui  donna  l'assurance  que  le  projet  que  j'avais  conçu  à 
Paris,  n'était  pas  chimérique.  Ainsi  que  je  le  disais  plus  haut,  le 
zodiaque  faisait  partie  du  plafond  d'une  des  salles  supérieures  du 
temple.    Sur  la  plate-forme    qui  couvre   cette   vaste  enceinte,  se 
trouvent  les  débris  d'un  village ,  que  des  cultivateurs  arabes  y  ont 
construit ,  probablement  à  une  époque  déjà  fort  ancienne  ,  afin  de 
se  mettre  à  l'abri  des  avanies  de  la  cavalerie  des  Mamelucks  ,  ou  de 
celle  des  Bédouins.  Un  atterrissement  qui  y  mène ,  et  dont  la  pente 
est  assez  douce ,  masque  en  talus  une  partie  de  la  grande  muraille 
latérale  :  c'était  par  cette   atterrissement   que   j'avais    pensé   qu'il 
serait  possible  de  descendre  les  masses  que  l'on  parviendrait  à  dé- 
tacher des  pièces  du  haut.  En  effet,  tout  s'exécuta  à  peu  près  comme 
nous  l'avions  prévu.  Après  avoir  culbuté  les  constructions  arabes 
qui  se  trouvaient  au-dessus  du  planisphère,  M.  Lelorrain  le  dégagea, 
et  le  conduisit  jusqu'à  terre,  par  le  plan  incliné  dont  je  viens  de 
parler.  A  l'aide  de  son  traîneau,  il  lui  fut  ensuite  très-aisé  deletrans_ 
porter  à  bord  du  bâtiment  sur  lequel  il  avait  remonté  le  Nil.  J'ajou- 
terai  que,  conformément  à  ce   qui  avait  été  arrête  entre  nous 
'f 

30* 


A6S  EUROPE. 

M.  Lelorrain  n'avait  commencé  cette  opération  qu'après  s'être  assuré 
qu'il  pourrait  la  faire  sans  exposer  à  aucun  danger  la  conservation 
du  zodiaque. 

«  Il  devait  croire  que  son  ouvrage  était  terminé,  et  qu'il  n'avait 
plus  qu'à  joilir  paisiblement  du  repos  qui  lui  était  nécessaire  après 
des  travaux  si  pénibles,  entrepris  dans  le  cours  du  mois  de  mai, 
malgré  l'activité  d'un  soleil  brûlant;  mais  desdiflBcultés,  plus  grandes 
que  celles  qu'il  venait  de  surmonter,  l'attendaient  à  son  retour,  dans 
la  Basse-Egypte.  Vous  savez  ,  Messieurs ,  quelles  passions  violentes 
et  haineuses  la  recherche  des  antiquités  a  excitées  parmi  quelques- 
uns  des  Européens  qui  s'y  livrent  sur  les  deux  rives  du  Nil.  Les  tristes 
tableaux  qui  ont  été  présentés  dans  des  publications  récentes,  ne 
sont  malheureusement  que  trop  fidèles ,  et  M.  Leloriain  lui-même  a 
failli  en  être  la  victime.  Le  bruit  du  brillant  succès  qu'il  venait 
d'obtenir  l'avait  devancé  au  Caire  ,  et  cette  nouvelle  avait  mis  en 
rumeur  les  explorateurs  ordinaires  des  antiquités  égyptiennes.  L'un 
d'eux,  que  je  m'abstiens  de  nommer,  à  cause  de  mon  éloignement 
pour  toute  récrimination  personnelle,  essaya  de  lui  ravir  le  fruit 
d'une  opération ,  dont  probablement  il  n'avait  pas  même  entrevu  la 
possibilité.  Sous  prétexte  que  ,  bien  avant  l'arrivée  de  M.  Lelorrain, 
il  avait  été  autorisé  à  faire  des  fouilles  au  pied  du  temple  de  Den- 
dérah,  il  réclamait  un  monument  hardiment  détaché  du  faîte.  Cette 
prétention  était,  sans  doute,  dépourvue  de  toute  justice;  mais  on 
pouvait  craindre  que  la  position  particulière  de  celui  qui  l'élevait 
ne  la  fît  accueillir.  Représentez-vous,  Messieurs,  quelle  dut  être, 
dans  ce  moment ,  la  situation  de  notre  malheureux  voyageur,  trem- 
blant de  se  voir  dépouillé  de  ce  qu'il  venait  d'obtenir  à  si  grands 
frais  ,  au  risque  de  sa  santé  ,  et  peut-être  de  sa  vie,  par  tant  de  peines 
et  d'efforts.  Heureusement,  malgré  le  crédit  de  Ron  puissant  adver- 
saire, ses  alarmes  ne  se  piolongèrent  pas  long-tems.  Le  pacha,  à 
qui  cette  contestation  fut  soumise ,  ne  tarda  pas  à  se  prononcer  en 
faveur  de  M.  Lelorrain  :  cette  décision  est,  ce  me  semble,  une 
preuve  éclatante  de  l'équité  du  gouvernement  de  Mohamed-Ali ,  et 
une  garantie  de  la  bienveillance  avec  laquelle  les  Français,  qui  se 
rendront  à  l'avenir  en  Egypte  ,  y  seront  accueillis. 

«  Sorti  des  embarras  qu'on  lui  avait  suscités,  M.  Lelorrain  se  rendit 
à  Alexandrie,  où  il  embarqua  le  zodiaque  à  bord  d'un  bâtiment,  qui 
en  partit  quelques  jours  après  pour  Marseille.   C'est  ainsi  que  c« 


EUROPE.  A69 

moDument,  l'une  des  pièces  les  plus  ancienpes,  peut-être,  des  ar- 
chives du  monde  ,  se  trouve  en  France.  Je  n'ai  pas  besoin  d'ajouter 
que  si  la  France  veut  le  conserver  il  n'en  sortira  pas.  Quoi  qu'il  en 
soit,  les  hommes  de  toutes  les  nations,  qui  ont  pour  les  arts  une 
affection  sincère ,  se  féliciteront ,  sans  doute,  lorsqu'ils  sauront  qu'il 
a  été  enlevé  aux  solitudes  où  il  était  resté  si  long-tems  inconnu ,  et 
qu'il  est  désormais  à  l'abri  des  dangers  auxquels  il  y  était  exposé. 
Ce  n'étaient  pas  les  Arabes  qui  étaient  le  plus  à  craindre  ;  certains 
Européens  sont  plus  redoutables  qu'eux  pour  la  conservation  des 
antiquités  des  bords  du  Nil.  Assurément,  Messieurs  ,  vous  n'appren- 
drez pas  sans  indignation,  que  récemment  un  Anglais,  après  avoir 
pris  le  dessin  de  quelques-unes  des  peintures  qui  décorent,  à  Thèbes, 
les  magnifiques  sépultures  des  Pharaons,  les  a  volontairement 
détruites  ,  en  les  frappant  d'un  marteau,  afin  de  donner  plus  de  prix 
aux  copies  qu'il  venait  d'en  faire.  Au  reste,  c'est  à  la  commission 
d'Egypte,  qui  m'a  fait  concevoir  l'idée  de  cette  opération,  et  à 
M.  Lelorrain  qui  l'a  exécutée  si  habilement,  que  j'en  attribue  tout 
l'honneur. 

«  Je  ne  suis  pas  encore  fixé  sur  la  voie  dont  je  me  servirai  pour  le 
faire  venir  à  Paris.  Le  planisphère  de  Dendérah,  avec  ses  acces- 
soires, forme,  comme  vous  le  savez.  Messieurs,  un  carré  dont  les 
côtés  ont  plus  de  neuf  pieds  de  longueur,  et  il  est  établi  sur  une 
pierre  de  grès  qui  a  deux  pieds  et  demi  d'épaisseur.  J'avoue  que 
je  suis  effrayé  des  frais  que  coûterait  le  transport  par  terre  d'une 
masse  aussi  considérable.  D'un  autre  côté,  j'hésite  encore  à  l'expo- 
ser aux  périls  d'une  nouvelle  navigation.  Quelle  que  soit  ma  déter- 
mination à  cet  égard  ,  dès  qu'il  sera  arrivé  à  Paris,  je  m'empresserai 
de  vous  en  prévenir.  »  SxvLTii&Rjils. 

Jîéponse  de  M.  le  secrétaire  perpétuel ,  du  5  octobre  182 1 . —  «L'aca- 
démie a  entendu  avec  beaucoup  d'intérêt  la  lecture  de  la  lettre 
par  laquelle  vous  l'informez  de  l'arrivée  à  Marseille  du  planisphère 
de  Dendérah.  Elle  vous  félicite  de  l'heureux  succès  d'une  entreprise 
honorable  pour  la  France ,  et  qu'on  pouvait  croire  impossible  à  ob- 
tenir, et  vous  prie  de  recevoir  ses  remercîmens  de  la  communi- 
cation que  vous'avez  bien  voulu  lui  donner,  et  de  l'intention  que 
vous  annoncez  de  l'appeler  à  examiner  ce  précieux  monument, 
aussitôt  qu'il  sera  arrivé  à  Paris.  Dacier.  » 

—  Note  des   rédacteurs.  —  Nous  applaudissons  aux  sentimens 


A70  EUROPE. 

patriotiques  qui  ont  dicté  le  projet  hardi  de  nos  deux  compatrioleîr, 
entreprise  exécutée  si  habilement  et  si  heureusement.  La  France 
a  tant  fait  pour  dévoiler  les  antiquités  de  l'Egypte ,  qu'elle  a  bien 
le  droit  de  posséder  quelques-uns  de  ses  plus  précieux  ouvrages  ; 
elle  doit  se  réjouir  aussi  de  pouvoir  montrer  aux  étrangers  un  mo- 
nument qui  la  dédommage  de  la  perte  de  celui  de  Rosette,  et  des 
autres  morceaux  rares  que  la  commission  d'Egypte  avait  rassemblés 
avec  tant  d'efforts.  En  félicitant  MM.  Saulnier  et  Lelorrain  de  ce 
que,  parleurs  soins,  le  zodiaque  circulaire  du  temple  de  Dendérah 
va  être  transporté  des  bords  du  Nil  sur  les  rives  de  la  Seine ,  et 
non  sur  celles  de  la  Tamise,  nous  ne  pouvons  cependant  nous  dé- 
fendre d'exprimer  quelque  regret  de  ce  que  ce  temple  magnifique 
a  été  privé  d'un  de  ses  plus  beaux  ornemens;  nous  nous  demandons 
si  nos  zélés  compatriotes  n'ont  pas  été  abusés  par  l'excès  d'un  sen- 
timent ,  d'ailleurs  si  noble  et  si  généreux.  Entraînés  par  le  désir 
d'honorer  la  patrie,  ont-ils  songé  à  toutes  les  conséquences  de  leur 
entreprise  ;  ont-ils  pensé  au  fâcheux  exemple  qui  est  donné  main- 
tenant à  toutes  les  nations  rivales?  Car,  il  ne  s'agit  pas  ici  de  statues, 
de  pierres  détachées,  d'obélisques  même  et  de  tant  d'autres  mo- 
nolithes que  les  conquérans  et  les  voyageurs  ont  enlevés  à  l'Egypte, 
depuis  vingt  -  trois  siècles.  C'est  un  édifice  admirable,  jusque-là 
intact,  et  dont  la  démolition  est  en  quelque  sorte  commencée.  Si 
les  Perses ,  les  Grecs,  les  Romains  ou  les  Arabes  ont  mutilé  les 
temples  de  l'Egypte,  nous  sommes  loin  de  les  excuser;  mais  il  faut 
s'en  prendre  ou  à  l'aveugle  fanatisme  ou  au  terrible  fléau  de  la 
guerre.  En  pleine  paix,  pourquoi  les  imiter?  Oserait-on  alléguer, 
en  France,  l'exemple  de  lord  Elgin?  non  sans  doute;  et  nous  dirons 
avec  le  poète  : 

»  Et  si  sur  nos  rivaux  nous  voulons  nous  régler, 

»  C'est  par  les  beaux  endroits  qu'il  leur  faut  ressembler. 

Aujourd'hui,  par  le  seul  fait  de  l'enlèvement  du  zodiaque,  la  salle 
astronomique  est  ;\  découvert,  et  le  reste  du  plafond  est  menacé 
d'une  entière  destruction;  c'est  comme  si,  à  la  grande  galerie  de 
Versailles ,  les  alliés  eussent  enlevé  une  partie  du  plafond  pour 
emporter  qeelques  peintures  ;  que  deviendraient  le  reste  du  toit  et  la 
galerie  même  P 

Qui  a  préservé  les  édifices  de  l'Egypte  d'une  manière  si  éton- 
nante î  c'est  la  conservation  des  toitures.  Une  fois  ce  toit  protecteur 


EUROPE.  A71 

eol<;vé,  rien  ne  protège  plus  les  murailles,  les  colonnes  et  tous 
Jes  supports.  Qui  empêchera  de  prendre  ici  un  chapiteau,  là 
upe  colonne  entière,  plus  loin.  .  .  .  Au  reste,  ni  les  maîtres  ni 
es  habitans  de  l'Egypte  ne  sont  aussi  barbares  qu'on  le  croit  com- 
munément, et  ils  le  sont  aujourd'hui  moins  que  jamais.  L'intérôt, 
ce  mobile  si  puissant,  semble  réveiller  ce  peuple  d'un  long  sommeil. 
Pouvait-on  craindre  de  lui,  à  cette  époque  de  civilisation,  plus  que 
dans  les  tems  de  barbarie?  Le  monument  de  Dendérah,  avec  tant 
d'autres ,  a  résisté  à  la  fois  au  tems  et  aux  ravages  des  hommes  ;  il 
a  résisté  aux  guerres  civiles  et  religieuses  ;  et  maintenant  que  l'Eu- 
rope savante  a  les  yeux  fixés  sur  lui,  l'on  peut  dire  en  quelque  sorte 
que  son  immortalité  s'est  rajeunie.  Quelques  personnes  ont  pensé, 
peut  être,  que  le  zodiaque  circulaire  de  Dendérah  était  une  pierre 
isolée,  un  fragment  comme  un  autre.  Mais  on  se  fait  une  idée  peu 
juste  des  antiquités  égyptiennes,  si  l'on  croit  qu'elles  consistent 
en  morceaux  détachés.  On  les  juge  par  ces  magasins  de  petites 
statues,  d'idoles,  d'ustensiles  ou  d'amulettes  de  nos  cabinets  d'Eu- 
rope. Tout  cela  ne  ressemble  pas  plus  à  l'architecture  de  l'Egypte, 
que  les  bronzes  d'Hcrculanum  à  l'architecture  romaine.  Est-ce  avec 
les  figures  de  saints  qu'on  vend  dans  nos  foires  que  l'on,  ferait  con- 
cevoir aux  étrangers  l'église  de  Sainte-Geneviève  ou  le  palais  du 
Louvre  ?  Après  tout ,  les  monumens  des  bords  du  Nil  sont  com- 
posés de  pierres,  qu'il  n'est  pas  impossible,  si  grandes  qu'elles 
soient,  de  transporter  une  à  une  en  France  ou  en  Angleterre  ;  mais 
qu'y  gagnerait  -  on  ?  11  faut  le  dire  :  ces  Romains,  si  étrangers  aux 
sciences,  et  barbares  sous  plus  d'un  rapport,  ont  été  plus  justes 
appréciateurs  que  nous,  des  ouvrages  de  l'Egypte.  Quand  ils  ont 
voulu  y  puiser  pour  orner  leur  triomphe  et  embellir  leur  cité , 
qu'ont-ils  choisi  ?  des  obélisques.  Voilà  de  nobles  trophées  ;  voilà  le 
véritable  ornement  d'une  grande  capitale  ;  et,  pour  le  dire  en  passant, 
l'Angleterre  le  sent  mieux  que  la  France,  qui  avait  et  qui  a  encore 
tant  de  moyens  de  suivre  l'exemple  de  Rome  ancienne  et  moderne. 
Quant  à  la  pierre  qui  vient  d'arriver,  elle  ne  peut  servir  d'embellis- 
sement ;  elle  n'intéresse  que  la  science  ;  on  pouvait  peut  -  être 
arriver  au  but  qu'on  s'est  proposé,  sans  la  séparer  de  l'édifice  avec 
lequel,  depuis  tant  de  siècles,  elle  faisait  un  corps  indissoluble.  On 
a  réussi  à  l'enlever,  mais  elle  va  perdre  une  grande  partie  de  sa 
valeur ,  de  son  prix  ,  de  son  intérêt,  Qui  sait  si;  dans  quelques  année 


i72  EUROPE. 

on  ne  disputera  pas  sur  le  point  qu'elle  occupait  dans  le  grand  mo- 
nument auquel  on  l'a  arrachée,  sur  la  manière  dont  elle  était 
tournée,  sur  les  sculptures  dont  elle  était  environnée,  etc.?  Si  ce 
n'était  pas  assez  de  deux  mille  copies  en  petit ,  qui  circulent  déjà 
dans  toute  l'Europe  (et  l'on  peut  s'en  procurer  deux  fois  autant)  ;  si 
la  gravure  était  insuffisante,  qui  empêchait  de  faire  mouler  soigneu- 
sement l'original  en  plâtre,  en  cire  ou  en  soufre  î  Quoi  qu'il  en  soit, 
si  quelque  chose  peut  satisfaire  les  amis  des  arts ,  c'est  de  voir  que 
ce  vénérable  reste  de  l'antiquité  paraît  destiné  pour  le  Musée  fran- 
çais ;  8*il  sortait  de  France ,  il  n'y  aurait  plus  moyen  de  se  consoler 
de  la  mutilation  du  temple  de  Dendérah. 


Théatbes.  —  Théâtre  Français Les  Plaideurs  sans  procès  , 

comédie  en  trois  actes  et  en  vers,  par  M.  Etienne.  (29  octobre.)  — 
Saint-Léger  est  amoureux  de  Jenny,  fille  de  M.  Renard,  vieux 
procureur,  qui  veut  prendre  pour  gendre  Floridor,  jeune  avoué, 
Raymond,  qui  a  passé  de  la  haine  de  la  chicane  à  la  haine  de  ses 
suppôts,  veut  servir  les  amours  de  Saint-Léger,  en  brouillant  les 
deux  confrères.  Pour  y  parvenir,  il  imagine  un  procès  de  quelques 
millions  entre  son  ami  et  lui  ;  puis  il  se  fîiit  le  client  de  Renard  , 
tandis  que  Saint-Léger  devient  celui  de  Floridor.  Vain  espoir  ;  les 
deux  hommes  de  loi,  qui  n'ont  de  commun  que  l'amour  de  l'or, 
s'entendent  pour  faire  du  procès  mtz  bien  de  famille;  leur  rupture 
n'est  que  simulée,  et  tout  est  perdu,  lorsque  Saint-Léger,  après  un 
duel  concerté  entre  lui  et  Raymond ,  vient  se  jeter  aux  pieds  de 
Renard ,  et  lui  déclarer  que  l'amour  qu'il  a  conçu  pour  sa  Clle  est 
la  seule  cause  qui  lui  ait  fait  épargner  la  vie  de  Raymond  ,  son 
client.  Le  vieux  proccireur  joue  la  sensibilité,  et  se  rend  prompte- 
ment,en  pensant  aux  millions  qu'il  suppose  à  Saint-Léger.  Raymond 
avoue  sa  ruse  ;  et ,  pour  épargner  l'amour-propre  du  beau-père  de 
son  ami,  il  fait  croire  aux  autres  personnages  que  Renard  était  dii 
complot.  Celui-ci  veut  bien  se  contenter  des  vingt  mille  francs  de 
rentes  de  Saint-Léger,  qui  se  sert  avec  succès  du  fameux  sans  dot^  et 
Floridor  est  congédié. 

La  raison  n'est  pas  toujours  consultée  dans  cet  ouvrage  ^ue  nous 
comparerons  aux  Folies  amoureuses  pour  l'invraisemblance  du 
sujet,  mais  aussi  pour  l'esprit  et  la  chaleur  comique.  L'avarice  cl 
les  formes  gothiques  du   vieux  procureur  contrastent  plaisamment 


EUROPE.  A7;î 

avec  le  faslc  et  les  manières  brillantes  du  jeune  avoué  ;  et  Raymond, 
qui  conduit  toute  l'intrigue,  justifie  son  audace  par  les  ressources  de 
son  imagination  originale  et  gaie.  La  pièce  est  écrite  de  verve  ; 
on  y  trouve  une  foule  d'observations  fines  et  spirituelles ,  exprimées 
dans  un  style  à  la  fois  élégant  et  nerveux. 

—  La  Fontaine  chez  madame  de  la  Sablière^  comédie  en  un 
acte  et  en  vers,  par  M.  Naudet.  (  i3  novembre.  )  — La  Fontaine  , 
arrivé  de  Château-Thierry  à  la  Sablière ,  par  distraction ,  y  trouve 
son  amie,  et  un  jeune  marquis  qui  semble  être  là  tout  exprès  pour 
recevoir  les  épigrammes  des  autres  personnages.  Deux  jeunes  pay- 
sans, que  la  fortune  sépare,  s'adressent  au  bonhomm,e  pour  qu'il 
cherche  ù  fléchir  un  père  intraitable  ;  La  Fontaine  a  bientôt  ter-r 
miné  cette  affaire  en  donnant  pour  dot  à  la  jeune  fille  mille  écus 
qu'il  a  oubliés  dans  une  de  ses  poches.  Rien  de  plus  léger  et  de 
moins  neuf  que  le  fond  de  cette  petite  pièce  ;  l'auteur  a  sans  doute 
pensé  que  le  caractère  de  La  Fontaine  ne  permettait  pas  de  le  faire 
figurer  dans  une  intrigue  plus  compliquée. Quoi  qu'il  en  soit,  le  public 
a  su  gré  à  M.  Naudet  de  cet  hommage  rendu  à  notre  inimitable 
fabuliste  ;  et  il  a  oublié  la  froideur  du  sujet  en  écoutant  des  vers 
faciles  et  spirituels. 

Beaux-abts.  —  Peinture,  —  Le  Musée  vient  de  s'enrichir  de  plu- 
sieurs tableaux  importans,  au  premier  rang  desquels  il  faut  mettre 
une  Sainte  famille  de  Raphaël.  Ce  tableau  avait  été  acheté  ,  en 
Italie,  il  y  a  environ  vingt  ans,  par  le  payeur  général  de  l'armée 
française,  moyennant,  je  crois,  mille  à  douze  cents  francs.  Cette 
acquisition  fit  une  grande  sensation  parmi  les  amateurs  ;  on  ne 
pouvait  comprendre  comment  un  Raphaël  avait  été  donné  pour  un 
prix  si  médiocre,  avec  d'autant  plus  déraison,  que  la  famille  qui 
venait  de  s'en  dessaisir  soutenait  que  toutes  les  autres  répétitions 
connues  étaient  des  copies,  et  que  le  tableau  qu'elle  avait  vendu 
était  bien  l'original  ;  mais  cet  original  était  en  fort  mauvais  état, 
on  pouvait  craindre  qu'il  ne  fût  pas  susceptible  d'être  réparé  ,  et 
c'est  ce  qui  expliquait  la  modicité  du  prix.  Cependant,  l'acquéreur 
ayant  apporté  ce  tableau  à  Paris,  le  confia  aux  habiles  restaurateurs 
qui  s'y  sont  formés,  pendant  que  les  ^richesses  de  l'Italie  ont  été 
en  notre  possession  ;  et  il  eut  bientôt  lieu  d'être  satisfait  de  son  ac- 
quisition. Depuis  la  spoliation  de  i8i5  ,  le  Musée  ne  possédait  plus 
qu'un  petit  nombre  de  productions  de  Raphaël.  Pour  réparer,  au- 
tant qu'il   est  possible  les  pertes  que  nous  avons  faites,  le  miuis- 


A7A  EUROPE. 

tère  de  la  maison  du  Roi  a  acheté  ce  tableau,  avec  quelques  autres 
moins  importans ,  moyennant,  dit-on,  cent  mille  francs. 

•Ce  nouveau  Raphaël  ayant  été  exposé  dans  la  portion  da  la  galerie 
qui  porte  le  nom  de  ce  maître,  la  foule  des  connaisseurs  a  été  l'exa- 
miner; mais  cet  examen  n'a  pas  été  favorable  à  ce  tableau.  Plusieurs 
personnes,  et  jç  suis  du  nombre,  hésitent  à  le  regarder  comme  ori- 
ginal. Ce  n'est  pas  qu'il  ne  contienne  des  parties  fort  belles,  mais 
d'autres  sont  faites  timidement  et  n'offrent  ni  la  plénitude  déformes 
ni  \q faire  de  Raphaël;  la  tête  de  la  femme,  surtout,  est  bien  loin 
d'avoir  le  caractère  de  beauté  qu'il  a  su  donner  à  ses  vierges.  Ce 
qui  contribue  singulièrement  à  augmenter  l'incertitude ,  c'est  qu'on 
ignore  tout-à-fait  ce  qu'est  devenu  l'original;  on  sait  seulement  que 
cette  composition,  qui  a  beaucoup  d'analogie  avec  celle  de  la  vierge 
au  linge ,  a  été  exécutée  par  Raphaël  ;  mais  on  ne  sait  rien  de  plus. 
Au  reste ,  il  existe  en  Italie  plusieurs  copies  qui  offrent  des  diffé- 
rences plus  ou  moins  notables  avec  le  tableau  que  possède  le  Musée. 
Dans  l'une,  par  exemple,  il  y  a,  dans  la  partie  iupérieure  du  ta- 
bleau, comme  dans  la  grande  Sainte  famille,  des  anges  qui  répandent 
des  fleurs  sur  l'enfant  Jésus.  Celle  qui  est  à  Rome  et  qui  est  géné- 
ralement attribuée  à  Jules  Romain,  est,  au  contraire,  à  peu  de  chose 
près,  semblable  à  la  nôtre  ;  elle  y  est  connue  sous  le  nom  de  Madone 
deLorettef  et  c'est  d'après  celte  copie  que  M.  Richomme  a  exécuté 
la  gravure  qu'il  a  publiée  en  i8i3  (i\ 

Au  nombre  des  tableaux  vendus  avec  celui  dont  je  viens  de  parler, 
se  trouve  une  tête  de  saint  François,  attribuée  au  Cigoli  par  quel- 
ques personnes ,  et  qu'un  connaisseur  célèbre ,  à  Paris,  prétend  être 
du  Capucino.  Cette  dernière  assertion  est  la  plus  fondée,  car  cette 
tête  est  évidemment  l'ouvrage  d'un  coloriste;  or,  le  Capucino  était 
certainement  plus  coloriste  que  le  Cigoli.  Au  reste,  c'est  une  pein- 
ture admirable  et  d'un  ordre  bien  supérieur  au  tableau  attribué  à 
Raphaël.  Le  peintre  a  su  donner  à  la  tête  du  saint  un  caractère 
d'exaltation  et  de  béatitude  intuitive  extrêmement  remarquable. 

Une  Annonciation  d'André  del  Sarte  fait  également  partie  de  la 
nouvelle  acquisition  du  Musée  ;  j'avoue  que  j'ai  de  la  peine  à  retrou- 
ver ce  maître  dans  le  tableau  qu'on  lui  attribue  et  qui  a  été  presque 
entièrement  gâté  par  les  restaurations  maladroites  qu'on  y  a  faites. 

(i)  A  Paris,  chez  l'auteur,  place  Saint-André-des-Arcs, Prix,  avec 
le  lettre,  13  fr. 


EUllOPE.  A75 

— GrauurCf —  Millier  fils,  mort  jeune  et  dans  la  force  d'un  talent 
qui  avait  appelé  sur  lui  l'attention  de  toute  l'Europe,  a  gravé  le 
Saint-Jean  du  Dominiquin.  Cette  estampe  avait  eu  un  grand  succès; 
et,  depuis  la  mort  de  son  auteur,  les  épreuves  étaient  recherchées 
avec  un  empressement  qui  a  fait  naître  à  un  jeune  artiste  l'idée 
de  la  reproduire.  Cet  artiste  est  M.  Pelée  ,à  qui  madame  la  duchesse 
de  Berry  vient  d'f.ccorder  une  pension  pour  le  mettre  en  état  de 
continuer  ses  études  avec  tout  Iç  fruit  possible.  M.  Pelée  n'a  pas 
espéré  remplacer  entièrement  son  prédécesseur;  et,  pour  que  son 
intention  soit  manifeste  à  cet  égard,  il  a  donné  à  sa  planche  une 
dimension  différente  de  celle  de  Miiller.  Le  talent  qu'il  a  déployé 
dans  cette  entreprise  paraît  justifier  la  faveur  qu'il  a  obtenue.  Miiller 
fils  est  surtout  remarquable  pour  l'habileté  et  la  précision  qu'il 
mettait  dans  le  maniement  de  l'outil.  M.  Pelée  a  essayé  de  suivre 
ses  traces;  et,  s'il  n'a  pas  atteint  son  modèle,  il  a  assez  fait  pour 
prouver  qu'il  ne  s'était  pas  abandonné  à  une  vaine  témérité. 

— Il  existe,  dans  une  des  rues  de  la  Chaussée-d'Antin,  une  mai- 
son bâtie,  il  y  a  environ  vingt  ans,  sur  les  dessins  d'un  de  nos  plus 
célèbres  architectes,  et  décorée  avec  un  soin  et  un  goût  particuliers. 
Parmi  les  peintres  les  plus  en  réputation,  six  furent  chargés  de  faire 
chacun  un  tableau  pour  orner  les  panneaux  du  salon.  Deux  de  ces 
peintres  sont  maintenant  au  premier  rang  des  maîtres  de  l'école  ; 
ce  sont  MM.  Girodet  et  Gérard,  Le  premier  fit  une  Danaé ^  séduite, 
non  par  de  l'or,  mais  par  des  fleurs.  Cette  figure ,  de  la  plus  grande 
beauté,  était  entièrement  nue.  Un  nouveau  propriétaire,  effarouché 
de  cette  nudité ,  a  chargé  une  main  sacrilège'^  de  mettre  une  dra- 
perie à  l'ouvrage  du  moderne  Apelle.  Le  second  avait  représenté 
J^lore  caressée  par  Zéphyre.  Il  l'a  posée  sur  une  hémisphère  inculte, 
pour  rendre  plus  sensible,  je  pense,  l'influence  du  printems,  qu'il 
voulait  exprimer  mythologiquement.  L'expression  de  la  tête  un 
peu  renversée,  le  désordre  de  la  chevelure  de  laquelle  s'échap- 
pent les  fleurs  qui  composent  la  couronne  de  la  déesse  et  qui  se 
répandent  sur  ses  épaules  et  sur  son  sein  ;  la  contraction  des  bras 
croisés  sur  la  poitrine  ;  une  sorte  de  fléchissement  dans  les  ge- 
noux ;  tout  révèle  l'extase  qu'éprouve  la  déesse.  Cette  composition  , 
exécutée  de  verve  ,  a  été  gravée  par  M.  Pradier.  Il  a  fait,  sans  que 
*en  sache  la  raison ,  un  changement  assez  notable  :  la  déesse  n'est 
plus  sur  une  hémisphère  inculte;  mais  tout  le  reste  est  conservé. 
Quelques  parties  de  cette  gravure ,  telles  que  les  mains  et  une  de 


A76  EUROPE. 

cuisses,  me  paraissent  pouvoir  être  critiquées;  la  draperie  posée 
sur  les  hanches  manque  de  transparence  et  ne  laisse  pas  assez  voir 
le  contour  qui  devient  incertain  ;  mais  l'expression  de  la  tête  est 
rendue  avec  assez  de  bonheur;  et,  dans  sou  ensemble,  c'est  un  joli 
ouvrage. 

—  Notre  célèbre  Poussin,  bon  juge  des  ouvrages  des  autres,  au- 
tant que  peintre  habile,  disait  que  la  Transfigura  lion  de  Raphaël, 
la  Communion  de  Saint-Jérôme^  du  Dominiquin,  et  la  Descente  de 
croix  de  Daniel  de  Volterre  étaient  les  trois  plus  beaux  tableaux 
de  Rome.  Lorsque,  pour  prix  de  nos  victoires  en  Italie,  le  chef- 
d'œusrre  du  Dominiquin  eut  été  apporté  à  Paris  j  M.  Alexandre  Tar- 
dieu  forma  le  projet  de  le  graver.  Après  quinze  ans  de  travaux 
employés  à  cette  grande  entreprise,  cet  artiste  vient  de  publier  sa 
planche  ;  elle  est  de  même  dimension  que  celle  de  la  Transfiguration 
de  Raphaël,  gravée  par  Morghen,  à  laquelle  elle  peut  servir  dépen- 
dant. —  L'aspect  général  de  cette  estampe  rend  avec  beaucoup 
d'exactitude  l'harmonie  du  tableau  ;  dans  la  figure  principale ,  celle 
de  Saint-Jérôme,  M.  Tardieu  a  bien  exprimé  le  sentiment  du  maître; 
les  habits  sacerdotaux  du  prêtre  et  la  dajmatique  du  diacre  sont 
gravés  avec  une  habileté  consommée.  Peut-être  y  a-t-il  un  peu  de 
sécheresse  dans  quelques  parties  de  cette  gravure;  il  me  paraît  que 
l'artiste  a  trop  souvent  repoussé  sa  planche  (i),  ce  qui  ôte  à  l'en- 
semble du  travail,  d'ailleurs  très-varié  de  manières,  cette  liberté, 
cette  franchise  qui  séduisent.  Mais  ce  n'en  est  pas  moins  un  ou- 
vrage capital  qui  assigne  à  son  auteur  un  rang  très-honorable  parmi 
nos  premiers  graveurs. 

—  Lithographie.  —  Chambord  ,  monument  fort  remarquable 
élevé  par  François  I*"",  étant  devenu,  par  suite  de  la  nouvelle  desti- 
nation qu'il  a  reçue ,  l'objet  de  l'attention  publique ,  plusieurs 
artistes  se  sont  occupés  d'en  donner  des  vues  et  des  descriptions, 
11  a  paru,  chezEngelmann  frères,  une  suite  de  planches,  distribuées 
en  livraisons,  et  lithographiées  par  plusieurs  artistes  habiles;  ces 
planches ,  propres  à  faire  connaître  l'ensemble  et  les  détails  de  ce 
monument,  sont  accompagnées  d'un  texte  descriptif.  M.  Isabey  en 
a  fait  aussi  l'objet  d'une  composition  lithographiée,-  mais,  pour  ne 


(i)  Lorsqu'un  f;raveur  a  effacé  une  partie  de  son  travail 
suite  un  creux,  que  l'on  fait  disparaître  en  frappant  par 
l'endroit    correspondant.    C'est   ce  qu'on    appelle    repoi 


de  son  travail ,  il  en  rc- 
l  par  derrière  à 
repousser    une 
planche.  c 


pas  donner  un  simple  aspect  pittoresque  de  ce  château,  il  a  ima- 
giné une  scène  qui  occupe  les  premiers  plans  de  la  vue  dont  le 
château  forme  le  fonds.  Il  a  supposé  que  le  duc  de  Bordeaux  est 
amené  dans  sa  nouvelle  possession.  Son  arrivée ,  pour  laquelle  les 
habitans  ont  préparé  une  sorte  de  fête ,  lui  a  permis  d'introduire 
une  foule  de  groupes,  de  divers  caractères,  dont  les  parties  prin- 
cipales sont  exécutées  avec  l'esprit  et  l'habileté  que  cet  artiste  met 
dans  toutes  ses  productions.  Cette  planche  est  une  des  plus  grandes 
qu'ait  produites,  en  France  ,  la  lithographie. 

— Dessin  et  perspecUue  linéaire.  —  M.  Boniface  avait  publié  ,  en 
1819,  le  prospectus  d'un  Cours  élémentaire  et  pratique  de  dessin, 
d'après  les  principes  de  Pestalozzi  dont  il  est  disciple.  Cet  ouvrage 
est  maintenant  terminé  et  se  compose  de  huit  livraisons  qui  con* 
tiennent  quarante-huit  planches  accompagnées  d'un  texte  (1).  I^es 
six  premières  comprennent  des  Elémens  de  dessin,  et  les  deux  autres 
des  Élémens  de  perspective  linéaire.  Celles-ci  sont  de  M.  Choquet, 
professeur  distingué ,  et  se  subdivisent  entre  elles  ;  l'une  a  pour  objet 
les  principes  de  la  perspective  plane ,  et  l'autre  la  perspective  des 
corps   solides. — M.  Boniface  s'est  proposé  de  former,  par  des  pra- 
tiques simples  et  agréables  ,  le  goût  et  la  main  des  enfans.  C'est  un 
guide  que   les  parens    peuvent    suivre    avec  fruit  et  qui  convient 
très-bien  au  jeune  âge  ,  jusqu'à  l'époque  où  le  dessin   doit  devenir 
une  étude  séiieuse.  Ce  n'est  point  la  tête  que  l'auteur  propose  de 
faire  étudier  d'abord  aux  enfans,  puisque  c'est  la  partie  la  plus  dif- 
ficile qu'il  y  ait  dans  l'art  du  dessin  ;  c'est  un  moyen  de  les  préparer 
à  cette  étude  et  de  les  accoutumer  à  reproduire  facilement,  avec 
le  crayon ,  la  forme  des  objets   qu'ils  ont  continuellement  sous   les 
veux,  tels  que  des  vases,  des   feuilles,   des  chapiteaux,  etc.  Mais, 
avant  d'arriver  à  ce  point,  il  leur  fait  faire  des   exercices  gradués 
et  usités   depuis  long-tems  dans  l'institut  de  M.  Pestalozzi.  Cette 
méthode  ayant  reçu  la  sanction  de    la  pratique,  l'on  ne  doit   pas 
être  étonné  du   succès  qu'a  obtenu  l'ouvrage  de  M.  Boniface,  dont 
les  deux  dernières  livraisons  me  paraissent   convenir  même  à  des 
élèves  d'un  âge  avancé. 

L'auteur,  qui  s'est  entièrement  voué  à  linstniclicn  de  l'enfance, 
fait ,  à  toutes  les  autres  parties  de  l'enseignement ,  l'application  de 


(1)  Chez  l'auteur,  rue  de  Touraine,  n°  10.  Prix,  12  fr.  pour  Paris. 
—  (Voy.  Jiet^.:Encyclop.,T.in,p.A'i5.) 


A78  EUROPE. 

la  méthode  de  Pestalozzi,  dont  le  but  est  de  développer  l'iote '.Ur- 
gence et  de  fortifier  le  jugement  ;  et  il  la  suit  avec  succès,  depuis 
plusieurs  années,  dans  l'excellente  institution  de  madame  d'Aubrée. 

P.  A. 
Publications  prochaines.  —  l/n  ouvrage  de  chimie ■)  appliqué  aux 
arts,  par  M.   Millar  de  l'université  d'Edimbourg  [Vqy.,  T.  XI, 
p.  128)  traduit  en  français  par  Ph.  J,  Cocllier,   paraîtra  dans  le 
mois  de  décembre  prochain  ,   en  un  fort  vol.  in-8°. 

— Dictionnaire  raisonné  des  découvertes ^  inventions  ^  innovations ^ 
pérfectionnemens,  observations  nouvelles  ef  importations^  en  France, 
dans  les  sciences,  la  littérature,  les  arts,  l'agriculture,  le  commerce 
et  l'industrie  ,  de  1789  à  la  fin  de  1820;  comprenant  aussi  :  1°  des 
aperçus  historiques  sur  les  institutions  fondées  dans  cet  espace  de 
tems;  2°  l'indication  des  décorations  ,  mentions  honorables,  primes 
d'encouragement ,  médailles  et  autres  récompenses  nationales  qui 
ont  été  décernées  pour  les  différens  genres  de  succès  ;  S"  les  revendi- 
cations relatives  aux  objets  découverts  ,  inventés ,  perfectionnés  ou 
importés.  Ouvrage  rédigé  d'après  les  notes  des  savans,  des  litté- 
rateurs ,  des  artistes ,  des  agronomes  et  des  commerçans  les  plus 
distingués,  par  une  société  de  gens  de  lettres.  Avec  cette  épigraphe  : 
Invenies  disjecti  membra...  Horat. 

Les  auteurs  du  Dictionnaire  raisonné  annoncent  qu'ils  seront  aidés 
dans  leur  travail,  par  MM.  Berthollet,  Cuvier,  Lacépède,  Vauque- 
lin,  d'Arcet^  Delambre,  Arrago,  Francœur,  Bouvard,  Jomard,  de 
Humboldt,  Bréguet,  Dupin,  MoUard,  Christian,  Thouin,  Tessier, 
Huzard,  Bosc,  Yvart,  Halle,  Dupuytren,  Raynouard,  Daru,  Jouy, 
Etienne,  Oberkampf,  Ternaux,  Beauvais,  Bacot,  Lerebours,  etc. 
De  tels  noms,  l'importance  et  l'utilité  bien  reconnues  de  l'ouvrage 
doivent  suffire  pour  en  assurer  la  réussite.  Il  formera  12  volumes 
in-8°,  de  35  à  56  feuilles  (58o  pages  environ),  imprimées  sur  carré 
fin.  Le  premier  volume  paraîtra  le  i^'  avril  1822.  Les  suivans  seront 
publiés  de  mois  en  mois,  sans  interruption,  de  manière  que  l'ou- 
vrage sera  terminé,  au  plus  tard,  en  avril  1823.  Le  prix  de  chaque 
volume  est  fixé  à  7  fr.  pour  les  personnes  qui  se  seront  fait  ins- 
crire avant  le  3o  janvier  prochain.  Passé  cette  époque,  on  paiera 
chaque  volume  8  fr. 

La  souscription  est  ouverte  à  Paris,  cher  L.  Colas,  libraire,  rue 
Dauphinc ,  n°  32,  qui  recevra  les  lettres  et  paquets,  et  chez  Mongie 
aîné,  boulevait  Poissonnière. 


EUROPE.  ,  479 

—  Élèmens  de  grammairs  Chinoise. —  Les  grammaires  chinoises 
qu'on  a  eues  jusqu'à  ce  jour  sont  toutes  des  ouvrages  volumineux, 
rares  ,  chers,  et ,  qui  pis  est ,  composés  par  des  personnes  qui  ne 
savaient  pas  la  langue.  C'est  là  sans  doute  une  des  causes  qui  ont 
le  plus  nui  parmi  nous  aux  progrès  de  ce  genre  de  littérature.  On 
peut  espérer  que  l'ouvrage  annoncé  par  M.  Abel-Rémusat ,  et  qui 
doit  paraître  à  la  fin  du  mois  ,  remplira  cette  lacune.  Ce  sont  des 
Elémens  de  grammaire  chinoise  ,  en  un  vol.  in-8",  qui  n'aura  pas 
3oo  pages ,  et  où  les  principes  généraux  de  la  langue  littérale  et 
de  la  langue  vulgaire  seront  exposés  de  manière  à  ouvrir  aux  étudians 
un  accès  facile  aux  monumens  littéraires  de  la  Chine,  de  quelque  genre 
et  de  quelque  tems  qu'ils  soient.L'intention  de  l'auteur  est  que  ce  livra 
soit  vendu  à  très-bon  marché, pour  qu'il  puisse  être  répandu,  non  parmi 
les  personnes  qui  amassent  des  livres  ,  mais  parmi  celles  qui  en  font 
usage.  S'il  tient  parole ,  et  que  son  Rudiment  chinois  contienne , 
comme  il  l'assure,  dans  un  si  petit  espace,  tout  ce  qui  est  néces- 
saire pour  l'intelligence  des  livres  chinois,  les  auditeurs  qui  suivent 
ses  leçons  au  collège  de  France  auront  désormais  toutes  les  facilités 
qu'ils  pouvaient  désirer;  et  leur  nombre  ne  peut  manquer  de  s'ac- 
croître, quand  ils  auront  les  moyens  de  se  convaincre  par  eux-mêmes 
que  l'étude  à  laquelle  on  les  appelle  n'est  ni  si  longue,  nisi  épineuse  , 
qu'un  vain  préjugé  et  le  vice  des  ouvrages  élémentaires  l'avaient  fait 
croire  jusqu'à  présent. 

Traduction  des  poésies  diverses  de  Schiller.  {Voy.T.  XII,  p.  236.) 
— Extrait  d'une  lettre  au  directeur  de  la  Rep,  Encjc. —  «Monsieur, 
l'idée  de  traduire  Schiller  devait  se  présenter  à  plusieurs  personnes, 
locus  est  et  pluribus  umbris.  (Hor.)  Cette  concurence  doit  tourner 
à  l'avantage  du  public.  Ma  traduction  commencée ,  il  y  a  quatre 
mois,  différera  nécessairement  des  autres. 

«  1°  Je  ne  publierai  qu'w^i  Choix  des  poésies  lyriques  de  Schiller-^ 
2">  ce  terrain  est,  pour  ainsi  dire ,  le  mien;  3"  je  me  suis  fait  un 
système  particulier  de  traduction,  dont  je  développerai  les  motifs 
dans  ma  préface  ,  système  neuf  et  convenable  à  un  poète;  4**  j^ 
suis  parfaitement  secondé  dans  ce  travail  par  un  élève  très-dis- 
tingué des  universités  de  Wûtzburg  et  Erlangen.  »         Chaussabd» 


Obseevation.  Les  articles  nécrologiques  sont  ajournés,  faute  de 
place,  au  prochain  cahier. 


TABLE    DES    ARTICLES 

CONTENUS 

DANS  LE   TRENTE-CINQUIÈME    CAHIER, 

NOVEMBRE  1821. 


I.    MEMOIRES,  NOTICES  ET  MELANGES. 

1 .     Notice  sur  les  travau^t  botaniques  de  M.  Perrottet ,  at- 
taché à   l'expédition  du  capitaine  Philibert  au  Indes. 

B.  pag.         241 
a.         —    sur  les  progrès  de  l'instruction  aux  États-Unis.    B.         249 

IL  ANALYSES   D'OUVRAGES. 

3.  Voyage  dans  TAmérique  Espagnole  ,  par  MM.  de  Hum- 

boldt  et  Bonpland.  C.  Coquerel.         272 

4.  Voyage  aux  Alpes  maritimes,  par  M.  Fodéré.  Depping.         295 

5.  Journal  des  opérations  de  l'armée  de  Catalogne.  Ferry.         296 

6.  Les  Fastes  Universels  ,  par  M.   Buret  de    Lonchamps. 

Amaury  Duval.         5i5 

7.  L'Italie,  par  lady  Morgan.  ^alfi.  536 

8.  Annuaire  JN^écrologique,  par  M.  Mahul.  M.  A.  Jullien.  o\ô 

9.  Des  troubadours  et  des  cours  d'amour.                 Artaud,  554 
ïo.  Description  de  l'Egypte.                                     /.  Agoub.  56o 

m.  BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE. 

Annonces  de  77  ouvrages ,  français  et  étrangers.  074 

IV.    NOUVELLES    SCIENTIFIQUES    ET   LITTÉRAIRES. 

Amérique.  —  États-Unis. — Ville  du  détroit.  4^1 

Asie.  —  Calcutta.  —  Canton.  4^3 

Afrique. — Nubie.  4^4 
Europe. — Iles-Britanniques. — Russie. —  Allemagne.— Suisse. 
— Italie. — Grèce. — Espagne. —  Royaume  des  Pays-Bas.— 

France.— Paris.  4^7 


REVUE 

ENCYCLOPÉDIQUE , 

OU 

ANALYSES  ET  ANNONCES  RAISONNÉES 

Des  productions  les  plus  remarquables   dans   la 
Littérature  y  les  Sciences  et  les  Arts» 

I.  MÉMOIRES,  NOTICES, 

LETTRES    ET    MÉLANGES; 


Lettre  de  M.  le  Comte  de  LacépI^pe  ,  au  sujet  de  la 
nouvelle  édition  des  Œuvres  de  Buffon  (i)  ,  à 
M*  M.  A.  JuxLiEN  ,  de  Paris ,  fondateur -directeur 
dô  la  Revue  Encyclopédique. 

MoNsiEUB,  j'ai  l'honneur  de  répondre  ai|x  questions  que 
vous  m'a,vez  adressées  au.  sujet  des  dei^  nouvelles  édi- 
tions  de ^z/^71 5  auxquelles,  on.  a  mis  n)ion  nom,  et  que 
le  public  doit  à  M.   Rapet,  libraire  de, cette  capitale. 

(i)  Œuvres  complètes  de  Buffon,  mises  en  ordie  par,M.  de  Lacé- 
pède;  seconde  édition.  Paris,  1819,  1820,  1821 1  24  vol.  in-S^.Rapet^ 
libraire,  rue  Saint-André-des-Arcs,  n»  ^\,  Prix,  lofr.  le  vol, — Voyez 
ci-dessus,  B.ëv.  EncycL  ,  T,  IX,  p.  563. 

ÏOME  xn.    36'=   Cahier.-^Décembre  1821.        SI 


Â82  LETTRE  DE  M.   DE  LACÉPÈDE, 

Ces  deux  éditions  ne  diffèrent  entre  elles  que  par  le 
format,  les  caractères  et  le  nombre  des  volumes.  Le  texte 
5St  entièrement  semblable  dans  l'une  et  dans  l'autre. 
Elles  sont  également  soignées,  et  font,  toutes  les  deux, 
beaucoup  d'honneur  aux  soins  attentifs  et  au  zèle  éclairé 
de  M.  Rapet.  Je  puis  donc  ne  yous  parler  de  ces  deux  en- 
treprises, imaginées  par  l'éditeur  pour  satisfaire  les  divers 
goûts  du  public,  et  pour  donner  plus  de  facilité  d'acquérir 
les  œuvres  d'un  grand  homme ,  que  comme  d'un  seul 
ouvrage. 

Cette  collection  des  (Euvres  de  Buffon  est  exactement 
conforme  à  l'édition  originale,  revue  dans  le  tems  par  l'il- 
Instre  auteur  de  l'histoire  naturelle.  On  ne  peut  se  pro- 
curer maintenant  qu'avec  beaucoup  de  peine  cette  pre- 
mière édition  ,  quelque  grand  que  soit  le  nombre  des 
exemplaires  qu'on  en  ait  tirés,  pour  satisfaire  la  juste  curio- 
sité de  l'Europe;  et  cette  difficulté,  si  nuisible  à  la  science 
et  à  la  littérature  française  ,  a  été  un  des  motifs  qui  ont 
déterminé  l'entreprise  de  l'éditeur. 

Une  seule  différence  existe  entre  cette  édition  originale 
et  celle  qui  vient  de  paraître,  et  pour  laquelle  M.  Rapet 
reçoit,  chaque  jour,  de  si  grands  encouragemens  du  public. 
Cette  différence  estcelle  que  Buflbn  aurait  prescrite  lui-même 
s'il  avait  donné  une  nouvelle  édition  de  ses  ouvrages  ; 
et  il  me  l'avait  indiquée,  en  prévoyant  que  peut-être  un 
jour  on  m'engagerait  à  aider,  de  quelques  conseils,  de 
nouveaux  éditeurs  de  VHistcire  naturelle.  Cette  différence 
ne  consiste  que  dans  la  manière  de  rapprocher  les  articles 
supplémentaires,  publiés  à  diverses  époques,  des  articles 
principaux  auxqaels  ils  se  rapportent. 

C'est  donc  l'ouvrage  de  Buffon  dans  son  intégrité,  et 
pans  aucune  altération,  que  M.  Rapet  donne  au  public. 
Le  monument  impérissable  ,  élevé  par  Buffon  ,  paraît  dans 


SUR  LA  NOUVELLE  EDITION  DE  BUFFON.    A83 

toute  son  étendue,  dans  toutes  ses  proportions,  dans  tout 
son  ensemble.  Le  tems  fera  connaître  les  parties  de  cet 
immense  monument  qui  n'ont  eu  que  des  erreurs  pour 
base ,  qui  s'écrouleront ,  qu'il  faudra  remplacer ,  et  sur 
lesquelles  je  reyiendrai  dans  mes  Ages  de  la  nature.  Mais 
l'éditeur  a  cru  devoir  présenter  ce  grand  ouvrage  du  génie, 
tel  qu'il  a  été  l'objet  de  l'admiration  publique. 

Et  cependant,  comme  un  homme  tel  que  Bufibn  de- 
vait imprimer  un  mouvement  prodigieux  à  l'esprit  hu- 
main ,  et  qu'un  grand  nombre  d'autres  causes  puissantes 
se  sont  réunies  à  cette  impulsion  irrésistible,  pour  accé- 
lérer les  progrès  des  sciences  naturelles,  j'ai  tâché,  dans 
une  notice,  de  donner  une  idée  de  ces  progrès  si  rapides, 
et  d'indiquer  les  développemens  présentés,  depuis  la  mort 
de  Buffon,  par  les  différentes  branches  de  l'histoire  natu- 
relle ,  qu'il  avait  particulièrement  cultivées. 

II  a  dit,  dans  son  éloge  de  La  Condamine:  La  mort 
met  cent  ans  de  distance  entre  un  moment  et  un  autre. 
Une  grande  et  longue  révolution  multiplie  cette  distance. 
Deux  mille  ans  se  sont,  en  quelque  sorte,  écoulés  depuis 
la  mort  de  Buffon  ;  sa  place  est  fixée  entre  Aristote  et 
Pline ,  au  milieu  des  hommes  de  génie  qui  ont  honoré 
l'espèce  humaine. 

C'est  un  beau  spectacle  pour  celui  qui  lit  attentivement 
ses  ouvrages,  que  la  progression  de  ses  idées,  le  déve- 
loppement de  ses  plans,  l'agrandissement  de  ses  vues, 
la  création  successive  des  diverses  parties  du  vaste  en- 
semble qu'il  n'a  terminé  qu'après  cinquante  ans  de  tra- 
vaux. 

Lorsqu'il  a  commencé ,  par  exemple  ,  à  s'occuper  de 
la  théorie  de  la  terre  ,  avec  quelle  circonspection  il  s*est 
avancé  !  avec  quelle  attention  il  a  examiné  les  faits  qu'il 
avait  observés  en  Italie,  et  dans  plusieurs  autres  contrées, 

31* 


A8A  LETTRE  DE  M.   DE  LACÉPEDE, 

et  ceux  qu'il  recueillait  dans  sa  correspondance  avec  les 
voyageurs  les  plus  instruits  et  les  autres  personnes  les 
plus  éclairées  de  l'Europe!  avec  quel  soin  il  a  rejeté  ou 
modifié  les  résultats  de  ses  premières  méditations,  lors- 
qu'il les  a  vus  peu  d'accord  avec  des  observations  plus 
récentes ,  et  qui  lui  paraissaient  mériter  davantage  sa  con- 
fiance. 

A  mesure  qu'il  a  réuni,  vérifié  et  comparé  plus  de  faits, 
il  a  étendu  ses  idées;  il  est  arrivé  à  de  plus  grandes  hau- 
teurs; il  a  saisi  des  points  de  vue  plus  vastes;  il  s'est  élevé 
au-dessus  du  globe  de  la  terre;  et,  portant  ses  regards 
jusqu'aux  extrémités  du  système  solaire ,  il  a  embrassé 
dans  ses  conceptions  les  corps  célestes  qui  circulent  autour 
du  soleil. 

C'est  par  l'analyse  qu'il  est  parvenu,  pour  ainsi  dire, 
au  centre  de  cette  immensité,  et  qu'il  a  cherché  à  dévoiler 
l'origine  des  planètes,  et  particulièrement  celle  de  notre 
globe.  Lorsqu'il  a  voulu  ensuite  montrer  la  succession  des 
grandes  opérations  de  la  nature,  telles  qu'elles  s'étaient 
présentées  à  lui ,  dans  ses  sublimes  contemplations ,  il  a 
employé  la  synthèse  comme  plus  propre  à  faire  voir  cet 
admirable  enchaînement  de  phénomènes  ;  il  a  exposé  les 
résultats  de  ses  travaux  dans  une  suite  de  tableaux  magni- 
fiques ;  il  a  peint  la  nature  dans  toute  sa  majesté,  dans 
toute  sa  grandeur,  dans  toute  sa  puissance;  et  il  a  gravé 
les  époques  de  cette  nature  merveilleuse  sur  des  tables 
inaltérables,  le  seul  de  ses  ouvrages  où  il  faille  chercher 
les  idées  qu'il  avait  définitivement  adoptées. 

Cependant  les  observations  géologiques  étaient  encore 
trop  imparfaites  et  trop  peu  nombreuses,  pour  que,  chaque 
jour,  de  nouvelles  lumières  ne  vinssent  pas  éclairer  la  route 
du  tems,  et  montrer,  sur  cette  route  séculaire,  plusieurs 
événemcns  différens  de  ceux  que  Buffon  a  racontés.  Mais 


SUR  LA  NOUVELLE  ÉDITION  DE  BUFFON.   Â85 

le  monument  qu'il  a  construit  subsistera,  maljjré  ses 
imperfections ,  comme  tous  les  ouvrages  du  génie.  Ce 
grand  modèle  montrera  aux  siècles  à  venir  ce  que  peut 
l'esprit  humain ,  pour  remonter,  des  faits  particuliers, 
aux  résultats  les  plus  généraux,  et  ce  que  peut  l'imagi- 
nation, celte  faculté  magique  des  talens  privilégiés,  pour 
donner  à  tous  les  objets  la  couleur,  le  mouvement  et  la 
vie. 

Il  sera  un  témoignage  perpétuel  de  l'influence  exercée 
par  l'homme  qui  a  présenté  ses  pensées  avec  tant  d'ordre, 
de  clarté,  de  noblesse  et  de  force,  dont  la  voix  éloquente  a 
élé  si  facilement  entendue,  et  qui  y  dévoilant  avec  tant 
d'habileté  les  rapports  des  êtres  produits  par  la  puissance 
créatrice,  a  fait  naître  un  enthousiasme  si  général,  et  en- 
traîné les  esprits  vers  la  recherche  des  ouvrages  de  la 
nature,  l'étude  de  ses  phénomènes,  et  la  découverte  de 
ses  lois,  bases  éternelles  de  la  morale, du  bonheur  et  de  la 
civilisation. 

Pendant  que  Bufifon  élevait  sa  grande  et  indestructible 
pyramide,  on  aurait  dit  qu'il  se  délassait  de  ce  travail 
herculéen,  en  examinant  les  plus  beaux  des  êtres  vivans 
répandus  sur  la  surface  de  la  terre,  en  écrivant  cette  his- 
toire de  l'homme ,  qui  seule  l'aurait  immortalisé  ;  en  ras- 
semblant autour  de  lui  les  quadrupèdes  et  les  oiseaux,  en 
les  réunissant  en  familles  naturelles,  en  peignant  avec 
des  couleurs  si  fidèles,  et  par  conséquent  si  variées, leurs 
traits,  leur  physionomie,  leurs  formes,  leurs  affections, 
leurs  besoins,  leurs  attributs,  leur  industrie  et  leur  puis- 
sance. 

Sa  vie  a  été  longue  :  eïle  a  dépassé  quatre-vingts  ans. 
Il  n'a  perdu ,  en  quelque  sorte,  aucun  instant  de  ses  nom- 
breuses années;  mais  la  nature  est  infinie. 

En  commençant  d'écrire  Vhislo^e  naturelle  ^  vers  le 


use         INSTITUTIONS  DE  BIENFAISANCE 

milieu  du  dernier  siècle,  il  avait  vu  que  les  histoires  des 
mollusques,  des  insectes,  des  crustacées,  des  vers  el  des 
végétaux,  devraient  être  traitées  d'une  manière  différente 
de  celle  qu'il  venait  de  préférer  pour  l'homme,  les  quadru- 
pèdes et  les  oiseaux.  Ittais  il  avait  espéré  pouvoir  s'occuper, 
avant  la  fin  de  ses  jours,  des  cétacées,  des  quadrupèdes 
ovipares,  des  serpens  et  des  poissons.  Les  douleurs  vives 
d'une  maladie  dangereuse  l'avertirent,  peu  de  tems  après 
la  publication  des  époques  de  la  nature,  qu'il  était  près 
de  la  fin  de  sa  glorieuse  carrière.  Il  renonça  à  la  seconde 
entreprise  qu'il  avait  projetée;  il  chargea  son  fils  adoptif 
du  dangereux  honneur  de  l'exécuter.    L'éditeur  des  deux 
nouvelles  éditions,  au  sujet  desquelles  vous   m'avez  fait 
l'honneur  de  m'écrire,  a  cru  devoir  publier  mon  travail  à 
la  suite  de  celui  de  Buffon.  Je  ne  puis,  à  cet  égard,  monsieur, 
que  vous  exprimer  le   désir    de   mériter  l'indulgence   du 
public. 

J'ai  l'honneur  d'être,  etc.  etc. 

B.  G.  É.  L.  Comte  de  Lacépede. 


'VW«  iWW'Vt/'V'X  W%'« 


Coup  doeil  historique  sur  les  pauvres ,  les  prisons,  les 
institutions  de  bienfaisance  et  les  hôpitaux  en  Alle- 
magne ,  par  M  *  Friedlander ,  D.  M.  (i). 

PRESQUEtoutesles  institutions  créées  en  faveurdespaurres 
cachent    leur  berceau  dans  une  époque  très -reculée,  et 

(i  j  M.  Le  baron  Delessert  m'avait  engagé  à  lui  procurer  pour  sa 
bibliothèque  les  principaux  ouvrages  qui  ont  été  publiés  en  Alle- 
magne, sur  les  prisons  et  les  institutions  des  pauvres.  Connaissant, 
comme  tout  le  monde,  le  noble  usage  qu'il  doit  faire  de  cette  collec- 
tion, je  me  suis  empressé  de  m'instruire  de  ce  qui  existe  sur  cet  objet, 
et  c'est  ce  qui  a  donné  naissance  au  mémoire  qu'on  va  lire. 


I 


I 


EN  ALLEMAGNE.  A87 

elles  ne  commencent  à  offrir  de  l'intérêt  pour  l'histoire 
que  lorsque  leur  importance  se  fait  remarquer  plus  gé- 
néralement. Je  ne  m'arrêterai  donc  pas  long-tems  à  exami- 
ner l'origine  des  établissemens  de  bienfaisance;  on  a  fait 
î\  cet  égard,  en  Allemagne,  des  recherches  analogues  i\  celles 
qu'on  a  faites  en  France.  En  ceci ,  comme  en  toute  autre 
chose,  les  nations  se  disputent  souvent  la  priorité.  Toute- 
fois, l'historique  des  progrès  de  toutes  les  institutions,  tant 
civiles  que  religieuses,  en  faveur  des  pauvres ,  ne  laisse  pas 
d'offrir  assez  d'intérêt  à  la  curiosité. 

En  Allemagne ,  comme  dans  les  autres  pays  civilisés  de 
l'Europe,  il  faut  distinguer  l'état  originaire,  où  tout  se 
gouverne  par  la  coutume  ou  le  despotisme,  l'époque  de 
l'introduction  du  christianisme,  celle  du  protestantisme  , 
et  le  tems  moderne,  où  la  société  commence  à  réformer 
ses  codes,  d'après  les  besoins  actuels  et  à  établir  son 
administration  sur  les  principes  de  l'économie  politique, 
ou,    si  Ton   veut,  d'une   monarchie  constitutionnelle. 

Dans  r origine,  le  maître  pouvait  facilement  se  débarrasser 
de  celui  qui  le  gênait,  à  moins  qu'il  ne  fût  ému, par  un 
sentiment  d'attachement  et  de  pitié  inhérent  à  la  nature 
humaine  ;  le  moyen  le  plus  simple  était  de  le  chasser.  On 
n'éprouve  pas  généralement  beaucoup  de  sympathie,  lors- 
qu'on n'est  pas  soi-même  trop  à  son  aise;  et,  encore  aujour- 
d'hui, ce  n'est  pas  la  classe  la  plus  souffrante  qui  est  la 
plus  compatissante.  C'est  seulement  lorsque  la  société  com- 
mence à  avoir  de  Faisance  que  naissent  aussi  les  institu- 
tions pour  ceux  qui  n'en  ont  pas  ;  elles  rendent  en  même 
tems  nécessaires  les  mesures  de  police. 

Lors  de  l'introduction  du  christianisme ,  les  chrétiens 
devaient,  dans  les  pays  peu  civilisés  du  nord,  se  trouver 
obligés  de  demander  des  secours  à  ceux  qui  les  environ- 
naient. L'église ,  dans  chaque  nation  ,  encouragea  pieu  à 


A88  INSTITUTIONS  DE  BIENFAISANCE 

peu  l'aumône;  et  ce  qu'on  ne  voulait  pas  faire  pour  l'amour 
de  son  semblable  ,  on  devait  le  faire  pour  l'amour  de  Dieu 
et  pour  obtenir  une  récompense   dans  l'autre  monde.  Les 
personnes  charitables  ne  pensaientplus,  après  avoir  rempli 
ce  saint  devoir,   à  la  manière  dont  l'aumône  était  em- 
ployée; il  en  résultait  que  ceux  qui  prêchaient  la  bien- 
faisance devenaient  eux-mêmes  les  mendians,  et  consom- 
maient la  plus  grande  partie  des  revenus.  On  sait  que,  dès 
le  V®  siècle  de  l'ère  chrétienne  ^  on  eut  à  se  plaindre  de 
l'infidélité  des  ecclésiastiques  d'une  classe  inférieure,  qui 
administraient  les  legs  et  autres  biens  des  pauvres.  L'éta- 
blissement des  cardinaux  diacres  par  les  papes   n'arrêta 
pas  long-tems  les  abus,  et  la  Clémentine  du  concile  de 
Vienne,   en  i3ii,  où  l'on  ôta  l'administration  des  biens 
des  pauvres  aux  ecclésiastiques,  n'eut  que  très-tard,  et 
notamment  du  tems  du  concile  de  Trente  ,  en  i547,  quel- 
que influence  sur  les  institutions  del'AUemagne.  On  trouve 
le  commencement  de  cette  influence  dans  la  formule  de 
la  réformation  de  Charles-Quint,  donnée  à  Augsbourg  en 
i548,   où  il  ordonne  de  rétablir  les  hôpitaux  tombés  en 
ruine  et  de  restituer  un   quart  des   revenus  des  églises 
et  des  couvens  aux  pauvres,    auxquels  ils  appartenaient 
originairement.   Quoique  le  clergé  ait  encore   long-tems 
conservé  la  haute  direction  qui  lui  était  attribuée,  il  ne 
mit  pUis  le  même  empressement  à  la  garder,  et  la  distri- 
bution des  revenus   tomba  entièrement  entre   les  mains 
des  laïques;   lesquels,  sans  y  procéder   avec  beaucoup 
de  méthode,  ne  les  laissaient  pas  du  moins  détourner  de 
leur  destination  première.  Il  est  curieux  d'apprendre  qu'on 
exclut  de  cette  direction  les  nobles  et  les  militaires,  par 
la  raison  spécieuse  qu'on  devait  éviter  les  occasions  de  leur 
faire  des  réprimandes. 

Dans  la  partie  méridionale  de  l'AUemagnc,  qui  est  la 


EN  ALLEMAGNE.  A89 

plus  fertile  et  la  plus  riche  ,  il  y  avait  beaucoup  de  cou- 
vens.  Après  les  croisades,  il  s'établit  aussi,  comme  on 
sait,  beaucoup  de  nouveaux  ordres  hospitaliers.  Les  frères 
de  la  Miséricor-de,  venus  de  l'Espagne,  et  les  hospitalières 
de  Sainte- Elisabeth,  ùWe  d'André  II,  roi  de  Hongrie, 
sont  les  congrégations  qui  se  multiplièrent  le  plus  dans 
l'Autriche,  la  Bavière,  et  les  autres  parties  du  sud  de  l'Alle- 
magne. Il  s'en  est  conservé  jusqu'à  ce  jour  ,  quoique  leur 
influence  ait  diminué,  depuis  l'établissement  des  insti- 
tutions nouvelles,  en  partie  mieux  adaptées  au  tems  ac- 
tuej.    . 

Le  7îord  de  l'Allemagne,  moins  favorisé  par  son  climat, 
doit  la  fondation  de  ces  établissemens  aux  chevaliers  Teu- 
toniques  qui  se  trouvaient  dans  la  nécessité  de  bâtir  des 
hospices  et  des  léproseries,  pour  suppléer  au  peu  de  res- 
sources du  paj^s.  Le  comte  Albert  ,  qui  avait  fait  avec 
l'évêque  de  Halberstadt  le  voyage  de  la  Palestine,  en  fonda 
à  Kœnigsberg  et  à  Francfort-sur-l'Oder.  Lorsque  la  popu- 
lation augmenta  peu  à  peu,  on  vit  aussi  des  princes  créer  des 
établissemens  d'instruction  et  de  piété  ,  et  des  particuliers 
faire  des  legs  dans  les  villes.  Le  tems  de  la  réformation 
donna  un  nouvel  essor  à  la  bienfaisance.  Mais  ces  legs^ 
bornés  par  leur  nature,  étaient  encore  gênés  par  les  con- 
ditions particulières  qu'imposait  chaque  donateur;  et, 
comme  il  y  avait  presque  autant  de  directions  particu- 
ières  que  de  legs,  il  en  résultait  beaucoup  de  frais  d'ad- 
ministration et  peu  de  régularité  dans  la  distribution.  Déjà, 
vers  la  fin  du  xvii®  siècle ,  les  gouvernemens  cherchaient 
en  vain  à  réunir  ces  différens  legs  (i)  ;  le  respect  pour 
a  volonté  des  testateurs,  et  plus  encore  les  intérêts  îndi- 

(i)  Dès  Tannée  1687,  Frédéric-Guillaume  I*'  créa  une  magistra- 
ture spéciale  pour  l'administration  des  biens  des  pauvres. 


A90         INSTITUTIONS  DE   BIENFAISANCE 

vidiiels  y  mettaient  des  obstacles  insurmontables.  Il  exis- 
tait toujours  une  certaine  jalousie  ombrageuse,  qui  tou- 
lait  empêcher  le  gouvernement  d'enyahir  les  droits  des 
particuliers.  Ainsi,  par  exemple,  Frédéric -le -Grand, 
voulant  faire  entrer  l'enfant  d'un  invalide  dans  un  hospice 
d'orphelins  de  Magdebourg,  le  magistrat  s'y  opposa,  parce 
que  cet  enfant  était  contrefait,  et  que  l'hospice  était  des- 
tiné aux  enfans  sains.  Le  roi  donna  des  éloges  à  cette 
résistance,  et  bientôt  après  consacra  une  somme  assez 
considérable  à  la  construction  d'un  autre  hospice.  Ce  n'est 
que  plus  tard  et  vers  le  milieu  du  siècle  passé  ,  qu'on  a  ob- 
tenu quelque  amélioration  par  la  réunion  de  plusieurs  ins- 
titutions sous  une  direction  générale.  A  la  même  époque , 
furent  établies  des  institutions  nouvelles  qui  ont,en  général, 
répandu  plus  de  lumières  sur  l'état  des  pauvres  et  sur  la 
manière  de  pourvoir  à  leurs  besoins. 

La  Hollande  et  V Angleterre  paraissent  avoir  devancé 
à  cet  égard  le  reste  de  l'Europe;  le  système  de  l'industrie, 
qui  s'est  surtout  développé  dans  ces  contrées,  en  augmen- 
tant la  population,  a  aussi  augmenté  le  nombre  des  pauvres, 
et  en  même  tems  les  moyens  de  les  soulager.  L'étude  de 
l'économie  politique  et  le  développement  des  principes 
de  liberté  et  de  constitution  n'ont  pas  peu  contribué  aux 
améliorations.  C'est  de  la  Suisse  que  paraît  être  venue 
la  première  impulsion  donnée  à  l'Allemagne.  La  Société 
économique  de  Berne  publia,  dans  ses  mémoires  de  1762, 
un  exposé  des  moyens  pris  à  Yverdun ,  pour  arrêter  la 
mendicité  dans  la  ville  et  les  bailliages.  M.  le  pasteur  Re- 
sewitz,  qui  était  alors  à  Copenhague,  attira  l'atlention 
sur  cet  objet,  par  la  publication  d'un  petit  ouvrage  qui 
parut  en  1769.  Il  avait  élé  frappç  de  la  manière  dont 
les  réfutés  français  administraient  les  secours  des  pau- 
vres et  empêchaient  la  mendicité.  Ces  réfugiés,  qui  appor- 


I 


EN  ALLEMAGNE.  A91 

taient  avec  euxles  arts  et  l'industriejConnaissnient  très-bien 
aussi  le  moyen  de  se  garantir  de  la  misère.  Un  sort  pareil 
réveilla  de  bonne  heure  en  eux  l'esprit  d'association,  et 
cet  esprit  amena  naturellement  des  principes  d'adminis- 
tration plus  généraux  et  des  secours  réciproques.  M.  Re- 
sewitz  sentit  dès-lors  que  les  villes  libres  et  anséatiques, 
dont  les  magistrats,  choisis  parmi  les  citoyens,  appor- 
taient, dans  l'exercice  de  leur  puissance,  plus  d'esprit 
public  et  des  sentimens  plus  paternels,  pouvaient  aussi, 
mieux  que  d'autres,  imiter  des  institutions  pareilles.  Leurs 
rapports  continuels  avec  la  Hollande  et  l'Angleterre  les 
mettaient  à  portée  de  suivre  les  premiers  le  développe- 
ment de  ces  pays,  et  ce  fut  souvent  la  ville  de  Hambourg 
qui  donna,  dans  les  tems  modernes,  des  leçons  aux  plus 
grands  états ,  comme  avait  déjà  fait  la  ville  libre  à^Augs- 
hcmrg,  si  florissante  du  tems  de  Charles-Quint,  par  le 
commerce  qu'elle  entretenait  avec  les  villes  municipales  de 
la  haute  Italie. 

Depuis  le  milieu  du  siècle  passé, toutes  les  classes  d'habi- 
tans,  jouissant  d'une  éducation  soignée,  ont  plus  ou  moins 
contribué  à  propager  les  principes  d'administration  des 
pauvres.  Les  ecclésiastiques,  les  jurisconsultes,  les  méde- 
cins, les  hommes  même  que  leur  profession  n'appelait  pas 
à  s'occuper  de  cette  importante  matière,  mais  qui  s'y  trou- 
vaient portés  par  un  sentiment  de  philantropie ,  y  ont  tra- 
vaillé dans  différentes  directions. 

Les  questions  sur  l'état  des  pauvres  sont,  au  reste,  de- 
venues plus  compliquées,  à  mesure  qu'on  s'est  avancé  dans 
leur  examen,  et  il  y  a  peu  de  connaissances  humaines  qui 
ne  puissent  contribuer  à  les  résoudre.  Nous  allons  voir  ce 
que  chacune  des  classes  les  plus  instruites  de  la  âociélé 
a  pu  faire  pour  le  soulagement  de  l'humanité. 


A92         INSTITUTIONS   DE   BIENFAISANCE 

La  principale  question  était  sans  doute  de  trouver  les 
causes  de  la  pauvreté. 

L'irréligion  ou  l'absence  de  tout  dogme  religieux,  dans 
les  classes  inférieures,  devait  naturellement  être  regardé 
comme  la  première  cause  de  cette  dissolution  de  mœurs 
qui  amène  la  pauvreté.  Des  ecclésiastiques  respectables 
se  sont  de  tout  tems  voués  à  propager  l'instruction  religieuse, 
et  l'église  l'accompagne  d'abondantes  aumônes.  Mais  les  au- 
mônes ne  faisaient  qu'augmenter  le  nombre  des  mendians ,. 
et  la  religion  qui  rappelle  l'homme  à  la  contemplation  de 
l'Être  suprême,  et  qui  lui  donne  la  force  et  l'espérance  dans 
les  momens  de  malheur,  ne  peut  lui  procurer  l'intelli- 
gence et  l'adresse  nécessaires  pour  se  fournir  des  moyens 
d'existence.  Les  principes  de  la  morale  la  plus  pure  qui 
fixe  plus  particulièrement  les  rapports  de  l'homme  avec 
ses  semblables ,  n'offrent  également  que  dés  ressources 
impuissantes,  à  moins  qu'on  n'apprenne  à  exercer  un 
travail  utile  à  soi-même  et  à  la  société.  V éducation  cipile  y 
réunie  à  une  éducation  morale  et  religieuse,  doit,  par 
conséquent ,  être  considérée  comme  le  premier  moyen  de 
remédier  à  la  pauvreté. 

Aussitôt  après  la  suppression  des  écoles  des  jésuites,  on 
sentit,  en  Bohême^  la  nécessité  d'établir  des  écoles  pri- 
maires dans  les  petites  villes  pour  l'éducation  des  classes  in- 
férieures, et  de  les  rendre  plus  propres  que  les  écoles  déjà 
existantes  à  l'instruction  des  individus  destinés  aux  profes- 
sions industrielles.  Je  ne  sais  pas  de  quelle  époque  datent 
les  écoles  du  dimanche.  C'est  l'abbé  Felbiger  qui  commença, 
si  je  ne  me  trompe,  sous  Joseph  II,  à  établir  des  écoles  nor- 
males de  ce  genre.  Un  respectable  ecclésiastique,  nommé 
Kindermann^  en  forma  dans  son  village,  dès  l'année  1773  ; 
il  eut  l'idée  d'introduire  dans  ces  écoles  (  probablement 


EN  ALLEMAGNE.  A9S 

d'après  la  connaissance  qu'il  avait  des  besoins  et  des  vœux 
de  son  pays  )  un  exercice  plus  réglé  du  chant  de  l'église 
et  une  pratique  plus  soignée  de  la  calligraphie.  C'est  ainsi 
qu'il  attira  les  paysans  et  qu'il  créa  peu  à  peu  des  écoles, 
appelées  écoles  d^industrie ,  pour  les  personnes  qui  se 
vouaient  à  un  métier.  M.  le  comte  de  Bouquoi  favorisa 
ces  institutions  dans  ses  terres;  son  exemple  trouva  des 
imitateurs,  et  Marie-Thérèse  récompensa  M.  Kindermann, 
en  l'anoblissant  et  en  ajoutant  à  son  nom  le  titre  de 
Schulstein  (pierre  fondamentale  des  écoles)  ;  elle  imposa 
même,  en  faveur  de  ces  sortes  d'établissemens  primaires, 
une  modique  rétribution  sur  toute  succession  qui  excé- 
dait la  somme  de  3oo  fl.  Au  moment  de  l'établissement 
de  ces  écoles^  sur  200,000  enfans  susceptibles  de  recevoir 
de  l'éducation,  il  n'y  en  avait  que  i4,ooo  qui  en  reçus- 
sent effectivement;  en  1789,  on  en  comptait  déjà  168,767 
sur  a5o,ooo,  et  j'aime  à  croire  que  c'est  à  ces  institutions 
précieuses  qu'est  due  la  supériorité  morale  de  cette  pro- 
vince d'Autriche  sur  beaucoup  d'autres,  supériorité  cons- 
tatée par  un  tableau  statistique  contenant  le  relevé  des 
crimes  commis  dans  les  diverses  parties  de  ce  vaste  em- 
pire. De  pareilles  écoles  ont  cependant  été  établies ,  avec 
plus  ou  moins  de  zèle,  dans  les  autres  provinces.  A  des 
époques  plus  récentes ,  le  gouvernement  d'Autriche  a 
aussi  créé  des  chaires  de  pédagogie  dans  diverses  uni- 
versités, et  dans  les  séminaires  des  évêques,  pour  former 
des  institutions,  et  pour  répandre  les  progrès  que  font  les 
diverses  méthodes  d'enseignement,  afin  d'éviter  le  re- 
proche qu'on  adresse  aux  institutions  de  ce  pays  de  rester 
stationnaires. 

Des  écoles  primaires  d'industrie,    semblables  à  celles 
que  je  viens  de  citer,  furent  établies,   en  1784,  par  le 


A9A  INSmUTÏONS  DE  BIENFAISANCE 

professeur  Sextroh^  et  surtout  par  M.  JVagemann  jpasteur 
à  Gottingue,  et  se  répandirent  bientôt  dans  les  autres 
petites  villes  et  les  villages   du  nord  de  l'Allemagne.   Il 
est  à  remarquer  qu'on  avait  dès-lors  introduit  dans  cet 
établissement  une  véritable  méthode  d'enseignement  mu- 
tuel. Le  respectable  pasteur  commença  d'abord  à  former,, 
parmi  les  sujets  qui  entraient  dans  son  école  d'industrie , 
cinq  enfans,  auxquels  il  en  ajouta  peu  à  peu  d'autres,  à 
mesure  que  les  premiers  choisis  étaient  capables  de  deve- 
nir maîtres  eux-mêmes. 

Le  pays  d'Hanovre,  Mayence,  Munster,  Fuld  et  Salz- 
bourg  suivirent  bientôt  cet  exemple  ;    et  c'est  le  prince 
évéque  de  JVurzhourg  et  de  Bamberg,  François  Ludwig, 
qui  se  distingua  surtout  par  un  zèle  aussi  éclairé  que  par 
un  système  de  tolérance  très-remarquable.  Tout  ce  qui 
pouvait  contribuer  à  l'amélioration  de  l'éducation  et  de  la 
situation  des  pauvres  dans  ses  états ,  fut  institué  d'après 
les  principes  les  plus  sages  et  les  plus  élevés.  Il  proposa, 
en  17895  un  prix  sur  celte  question  :   «  Quels  sont  les 
devoirs  des  ecclésiastiques  par  rapport  à  leurs  paroissiens 
en  général,  et  par  rapport  aux  pauvres  en  particulier?  » 
Quarante-six  réponses  d'ecclésiastiques,  arrivées  de  di- 
verses contrées,  montrent  assez  l'empressement  qu'on  avait 
de  concourir.  Deux  mémoires  furent  couronnés.  Le  même 
prince  fonda  un  autre  prix  sur  les  moyens  d'établir  l'ad- 
ministration des  pauvres ,  dans  le  duché  de  Bamberg,  et 
il  se  réserva  en  outre  la  faculté  de  donner,  dans  le  pays, 
des  encouragemens  aux  personnes  qui,  sans  avoir  le  talent 
nécessaire  pour  concourir,  auraient  le  plus  contribué  au 
bien  de  leurs  communes.  Le  résultat  de  cette  excellente 
administration  était  qu'on  avait  compté,   depuis  17^)9  à 
1778,  1^523  criminels,  et  qu'on   n'en  comptait,  depuis 


EN  ALLEMAGNE.  A95 

1789  A  179^5  que  705.  On  trouvera  de  plus  amples  ren- 
scignemens  dans  le  magasin  de  M.  Wagemann ,  qui  est 
particulièrement,  consacré  à  ces  sortes  de  matières. 

Ailleurs,  des  philantropes  éclairés  provoquèrent  et  se- 
condèrent aussi  de  tous  leurs  efforts  tout  ce  qui  pouvait 
contribuer  à  l'éducation  des  pauvres,  et  la  Prusse  cite 
honorablement  M.  de  Rochow,  qui  établit  de  bonne  heure 
des  écoles  ,  mieux  organisées  pour  les  pauvres  de  son 
village,  exemple  qui  s'est  propagé,  non  seulement  dans 
divers  domaines  particuliers ,  mais  encore  dans  tous  les 
endroits  où  il  y  avait  des  soldats  en  garnison  ;  cet  établis- 
sement d'écoles  pour  les  enfans  de  soldats  date  ,  en  Prusse, 
de  l'année  1692. 

La  pauvreté  et  la  inendicité  ont  de  tout  tems  appelé  l'at- 
tention; mais  cette  matière  n'a  jamais  été  examinée  avec  plus 
d'impartialité  et  d'humanité  que  depuis  l'époque  indiquée 
dans  ce  mémoire.  On  ne  s'est  pas  seulementoccupé  de  l'é- 
ducation proprement  dite;  la  Société  de  la  propagation  des 
arts  et  métiers  utiles  ,  à  Hambourg,  a  excité  l'attention  sur 
tout  ce  qui  concerne  l'accroissement  de  V  industrie  et  les  en- 
traves qu'elle  éprouvait.  On  a  ensuite  examiné  les  moyens 
employés  pour  remédier  à  la  misère,  et  l'on  a  vu  l'ineffica- 
cité de  l'aumône  mal  recueillie  et  mal  distribuée  ;  on  a  cher- 
ché quels  sont  les  devoirs  de  l'état  envers  les  pauvres,  et  d'in- 
nombrables projets  ont  été  présentés  à  cet  égard  ;  on  a  enfin 
distingué  les  moyens  convenables  aux  grandes  ou  aux  petites 
villes.  MM.  Busch,  Reimarus,  Gunthur  et  Voght  à  Ham- 
bourg, M.  le  comte  de  ïiumfGrd^  en  Bavière,  et  beaucoup 
d'autres  ont  traité  les  diverses  questions  dont  se  compo- 
sent ces  matières,  et  les  travaux  de  ces  deux  derniers 
ne  sont  pas  restés  inconnus  en  France  (1). 

(1)  Voyez  les  CEuvres  de  M.  de  Rumibrd,  et  la  collection  des 
Mémoires  publiés  sous  le  ministère  de  M.  François  de  Neufchâteau. 


À96  INSTITUTIONS  DE  BIENFAISANCE 

Les  moyens  àe  prévenir  la  pauvreté  ont  dû  être  le  pre- 
mier objet  (les  recherches.  Depuis  les  travaux  mathéma- 
tiques d'Euler,  les  caisses  de  veuves  et  celles  d* assurance 
se  sont  prodigieusement  multipliées  dans  le  nord  de 
l'Allemagne.  Les  ouvrages  de  Rriitter  et  de  Tetens  pa- 
raissent avoir  beaucoup  contribué  à  leur  propagation  ;  plus 
tard,  ces  caisses  ont  été  souvent  attaquées  et  défendues. 
Leur  solidité  dépend,  non  seulement  de  la  connaissance 
exacte  des  lois  de  mortalité  en  général,  mais  aussi  de  la 
loi  de  mortalité,  particulière  à  chacune  des  classes  et  à 
chacun  des  divers  états  qui  y  prennent  le  plus  de  part. 
Les  caisses,  qui  ont  beaucoup  souffert  dans  les  dernières 
guerres,  où  rien  n'a  été  respecté,  paraissent  reprendre 
faveur;  les  pasteurs  de  Berlin  avaient  déjà  une  caisse  de 
veuves,  en  i635.  Les  revenus  de  la  loterie  de  celte  ville 
appartiennent  à  la  caisse  des  veuves  des  militaires.  Les 
professeurs  de  Gottingue  établirent  une  caisse  de  veuves 
pour  leurs  femmes,  dès  i743;  d'autres  caisses  ont  été 
fondées  pour  venir  au  secours  de  la  classe  laborieuse,  par 
des  prêts  d'argent  sans  intérêt,  dans  les  momens  de  dé- 
tresse. Dans  toutes  les  villes  un  peu  considérables  de  l'Alle- 
magne, il  y  a  des  caisses  d'épargnes  pour  les  domestiqués 
et  les  ouvriers.  On  distribue,  à  Vienne,  des  prix  de  vertu 
aux  premiers,  lorsqu'ils  se  sont  distingués  par  de  longs 
services  et  par  leur  fidélité.  Ces  fonds  des  pauvres  sont 
ordinairement  administrés  par  les  rnagistrats  les  plus  con- 
sidérés, et  la  manière  dont  on  régit  les  biens  des  mineurs 
mérite  d'être  offerte  pour  exemple.  On  trouve  ,  daas  la 


Une  manière  de  recueillir  l'aumône,  employée  à  Munich,  mérit 
peut-être  d'être  citée  ;  il  passe,  tous  les  jours,  dans  les  rues,  des  voi 
turcs  propres  ù  ramasser  dans  les  maisons  les  restes  de  pain  ,  d'os  et 
de  viande,  pour  les  distribuer  dans  les  familles  pauvres. 


EN   ALLEMAGNE.  A97 

collcclion  déjà  citée  de  M.  François  de  Nenfchracau,  la 
description  d'une  caisse  semblable  établie  à  Berlin.  Le 
mont-de-piété  a  été  fondé  dans  cette  ville  par  une  famille 
de  réfugiés  français,  en  1692. 

En  passant  en  revue  les  divers  établissemens  philantro- 
piques,  on    rencontre   les  maisons  des  Enfans  trouvés, 
celles  des  orphelins  et  celles  de  travail;  on  trouve,  dans  la 
même  collection  de  M.  François  de  Neufchâteau,  la  tra- 
duction de  l'article,  Enfans  troupes _,  tiré  de   l'Encyclo- 
pédie   allemande  de    M.   Rrunitz;  ce  morceau  contient 
des  détails  inîéressans.La  Société  d'industrie  d'Hambourg 
avait  posé  cette  question  :  «  Si  l'éducation  des  enfans,  dans 
la  maison  des  orphelins,  était  préférable  à  leur  placement 
dans  des  pensionnats.  »  Le  prix   fut    adjugé  à  celui    qui 
décida  en  faveur  de  ces  derniers.  Plusieurs  villes  de  l'Alle- 
magne ont  cependant  des  maisons  d'Enfans  trouvés,comme 
Cassel,  Nuremberg,  Hambourg  et  Vienne.    On   a  com- 
mencé à  suivre ,  dans  ce  dernier  établissement,  l'exemple 
de  Paris,  et  l'on  y  obtient  quelque  diminution  de  morta- 
lité. En  Prusse,  on   ne  paraît. guère  favorable  ù  ces  insti- 
tutions; les  lois  de  ce  pays  exigent  qu'une  mère  pauvre 
nourrisse  elle-même  son  enfant;  et  s'il  y  a  impossibilité 
absolue,  et  que  la  mère  soit  incapable  de  payer  les   mois 
de  nourrice,  on  donne  un  tuteur  à  l'enfant,  et  la  caisse 
des  pauvres   se  charge  de  son   entrelien.    Les   lois  sont 
d'ailleurs  sévères  contre  celui  qui  est  réputé  le  père  de 
l'enfant,  et  le  condamnent  à  fournir  une  pension  alimen- 
taire. 

Quant  aux  maisons  des  orphelins ,  destinées  aux  enfans 
un  peu  plus  avancés  en  âge,  il  en  existe  à  Augsbourg,  de- 
puis le  xvi*"  siècle.  Un  homme  remarquable  par  sa  bien- 
faisance ,  M.  Jean  Falk ,  à  Weimar,  qui  avait  perdu  ses 
quatre  enfans  par  suite  des  dernières  guerres;,  s'est  voué, 
Tome  xii.  32 


A^8  INSÏITUTION^S  DE  BIENFAISANCE 

depuis  181  S,  ù  la  recherche  des  enfans  des  soldats  qui 
ont  succombé  pour  la  défense  de  leur  patrie,  et  il  leur 
a  fait  apprendre  divers  métiers;  ses  efforts  ont  eu  un 
succès  prodigieux.  Plus  de  cinq  cents  sont  déjà  sortis 
de  ses  écoles ,  et  il  se  propose  de  les  employer  à  la  cons- 
truction d'une  petite  chapelle ,  pour  laquelle  on  recueille 
à  présent  des  contributions  volontaires.  La  collection  de 
M.  François  de  Neufchâteau  renferme  une  notice  sur  la 
maison  des  orphelins  fondée  par  Franck  et  sur  la  vie  de 
son  fondateur.  Cette  maison  a  été  établie  dans  un  tems 
où  les  idées  de  dévotion  étaient  regardées  comme  le  prin- 
cipe fondamental  de  l'éducation;  on  sait  de  quelle  utilité 
a  été  cette  maison  pour  former  des  ecclésiastiques  et  des 
instituteurs.  Les  établissemens  plus  modernes  ont  été 
conçus  plus  spécialement  dans  les  vues  de  favoriser  les  mé- 
tiers et  l'industrie;  on  s'y  occupe  moins  de  l'enseignement 
de  la  langue  latine.  Il  existe  cependant  une  immense  quan- 
tité de  bourses  pour  ceux  qui  se  livrent  à  de  hautes  études. 
Les  maisons  de  travail  t^out  les  travailleurs  volontaires 
furent  d'abord,  presque  partout,  unies  à  celles  où  l'on 
plaçait  les  personnes  auxquelles  le  travail  était  imposé 
comme  punition;  et  l'une  des  plus  grandes  améliorations 
qu'on  y  ait  faites  depuis^  est  d'avoir  établi  une  distinction 
marquée  entre  ces  deux  classes.  Le  travail  donné  aux  pau- 
vres en  a  constamment  diminué  le  nombre.  On  comptait , 
à  Hambourg,  en  1788,  9,757  pauvres  sur  une  population 
de  i3o,oooames  ;  en  1798,  on  n'en  comptait  que  6,01 3.  Oa 
sent  généralement  la  difficulté  de  choisir  une  occupation  qui 
soit  à  la  portée  de  tout  le  monde,  et  qui  ne  nuise  pas  à  l'indus- 
trie des  particuliers.  On  a  essayé  de  donner  au  concours,  à 
des  fabricans,  l'entreprise  de  ces  travaux  faits  en  commun. 
On  doit  aux  malheurs  même  des  dernières  guerres  l'établis- 
sement d'un   grand  nombre  de  ces  sortes  d'institutions, 


EN   ALLEMAGNE.  U9<3 

et  les  associations  des  femmes  de  toutes  les  Classes  n'ont 
pas  le  moins  contribué  à  les  encourager. 

Nous  avons  parlé  des  ecclésiastiques  et  des  philantropes; 
mais  la  pauvreté  crée  les  niendians ,  la  mendicité  produit 
le  vagabondage ,  et  le  vagabondage  fait  naître  le  crime. 
Les  jurisconsultes  n'ont  donc  pu  rester  étrangers  à  Tobjet 
qui  nous  occupe.  La  Prusse  a  travaillé  à  sa  jurisprudence, 
depuis  le  milieu  du  siècle  passé  et  depuis  le  code  de 
Frédéric-Ie-Grand.  Il  n'y  a  plus  d'état  d'Allemagne  qui 
n'ait  approprié  son  code  à  l'état  social  actuel.  Les  re- 
-cherches  se  sont  multipliées  à  l'infini,  et  tous  les  ouvrages 
^ur  Vadm'nistration  de  la -police  traitent  aussi  de  la  men- 
/dicité.  L'ouvrage  de  Beccaria  sur  les  délits  et  les  peines 
avait  fixé  l'attention  de  toutes  les  classes.  On  a  beaucoup 
discuté  sur  le  droit  de  vie  et  de  mort,  ainsi  que  sur  les 
punitions  en  général.  Les  codes  criminels  sont  devenus 
beaucoup  plus  humains,  les  chatimens  mieux  proportion- 
nés, et  la  peine  capitale  beaucoup  plus  rare,;  il  en  est 
résulté  que  l'emprisonnement  a  dû  être  plus  fréquent. 
Les  anciens  employaient  les  criminels  dans  les  mines,  ou 
\es  déportaient.  Dans  les  tems  modernes,  on  les  a  anssi 
déportés  de  la  Prusse  en  Sibérie  ;  on  les  a  employés  plus 
souvent  dans  \ts  forteresses  ^  ({m  souvent  servent  encore 
aujourd'hui  de  prisons.  C'est  plus  tard  qu'on  a  jugé  que 
les  prisons  ne  devaient  pas  servir  seulement  pour  la  pu- 
nition des  crimes,  mais  aussi  pour  l'amélioration  morale  des 
détenus.  Une  maison  de  réclusion  particulière  fut  cons- 
truite en  Angleterre,  dès  lâSg;  à  Amsterdam,  dès  1595 ; 
l'Allemagne  n'en  a  eu  que  depuis  le  xv!!**  siècle;  Ham- 
bourg et  Bremen  en  firent  bâtir,  en  1609  et  en  1617  ;  celles 
de  Halle  et  de  Waldheim,  en  Saxe,  datent  de  1708  et 
1716.  Les  ouvrages  de  l'immortel  Howard  ont  prodigieuse- 
«laent  contribué  à  exciter  le  zèle  pour  ce  genre  de  réforme; 

32* 


560  INSTITUTIONS  DE  BIENFAISANCE 

on  en  a  multiplié  les  traductions  et  les  extraits.  Les  prisons 
(le  Philadelphie  ont  attiré  toute  l'attention  des  voyageurs. 
Les  ouvrages  de  l'estimable  pasteur  Wagnitz  donnent 
d'amples  informations  sur  les  prisons  de  l'Allemagne. Déjà, 
en  1779,  Joseph  II  ordonna  d'examiner  celles  de  l'Au- 
triche; et  Léopold,  en  17965  encouragea  encore  davan- 
tage cet  examen.  On  trouve  sur  ce  sujet  des  détails  publiés 
par  M.  Clausen,  adjoint  de  la  maison  de  correction  de 
Gluckstadt,  qui  fit  un  voyage,  en  1803,  pour  s'instruire  de 
l'état  des  prisons.  Vienne  possède  entre  autres  une  maison 
de  réclusion  et  de  correction,  réservée  pour  les  enfans  de 
bonnes  familles,  détenus  sur  la  demande  de  leurs  parens. 

La  plupart  des  prisons  ne  séparent  pas  même  encore 
les  prévenus  des  criminels,  et,  dans  quelques-unes  seu- 
lement, on  a  pu  diviser  les  condamnés  en  deux  classes. 
L'Autriche  possède,  à  ce  que  j'apprends,  d'excellentes 
maisons  de  correction.  J'ai  vu  avec  une  grande  satisfaction 
les  améliorations  qu'on  a  commencé  à  introduire  en  Prusse, 
et  dont  on  trouve  le  rapport  officiel,  dans  la  gazette  de 
l'État,  du  3o  août  1821.  La  maison  de  force  de  Neugast 
(cercle  de  Stettin)  est  placée  dans  une  île  qu'on  a  disposée 
exprès  pour  en  faire  une  prison;  elle  est  sous  la  direction 
d'un  comité,  composé  d'un  directeur,  d'un  ecclésiastique, 
d'un  commissaire  de  justice,  d'un  médecin  et  d'un  (ré- 
sorier  ;  la  prison  est  sous  l'inspection  immédiate  d'un  ins- 
pecteur, d'un  économe  et  d'un  vérificateur  des  comptes. 
Elle  est  divisée  en  trois  parties,  ou  plutôt  en  trois  maisons 
particulières  :  les  première  et  deuxième  divisions  con- 
tiennent ceux  qui  portent  des  chaînes;  ils  sont  revêtus 
d'habits,  moitié  gris  et  moitié  jaunes;  la  troisième  division 
se  compose  des  personnes  non  enchaînées  :  celles-ci  n'ont 
que  des  habits  gris.  Le  régime  est  paternel;  et  la  nourri- 
ture consiste  en  soupe,  pain,  légumes  et  bière;  ceux  qui 


EN  ALLEMAGNE.  501 

IravaillciU  ont  aussi  un  peu  d'eau-de-vic.  Les  frais  d'en- 
tretien sont  évalués  et  déduits  de  ce  que  chaque  prison- 
nier a  gagné  pour  son  travail;  le  surplus  lui  est  réservé 
pour  le  moment  où  il  quitte  la  maison ,  ou  bien  est  em- 
ployé, si  l'individu  est  prisonnier  à  vie,  à  lui  procurer  une 
meilleure  nourriture,  lorsqu'il  se  comporte  bien.  Les  tra- 
vaux sont  très-variés,  selon  la  capacité  des  détenus.  Une 
partie  d'entre  eux  a  été  employée  pouracheverde  construire 
la  prison;  on  leur  fera  ensuite  cultiver  des  parties  du  terrain 
alloué  à  l'établissement.  Un  prisonnier  qui  se  conduit  mal 
est  jugé  par  le  comité ,  avant  d'être  puni  :  la  punition 
consiste  en  une  détention  plus  sévère,  en  privation  de 
nourriture,  ou  de  la  paillasse  qui  sert  de  lit,  et  en  sus- 
pension du  travail;  cette  dernière  punition  est  regardée, 
par  les  prisonniers  même,  comme  la  plus  grande  de  toutes. 
La  soumission  aux  réglemens  de  la  maison  est  récompen- 
sée par  un  peu  plus  de  liberté,  quelques  heures  de  relâche, 
le  dimanche,  et  l'admission  du  prisonnier  dans  une  meil- 
leure division  et  dans  la  société  de  ceux  qui  sont  traités 
avec  plus  de  douceur.  Il  y  a  3/  hommes  et  8  femmes 
dans  la  première  division;  5i  hommes  et  45  femmes  dans 
la  deuxième;  92  hommes  dans  la  troisième;  total  '233. 
Chaque  prisonnier  coûtait,  la  première  année,  trente-sept 
écus  de  Prusse  et  un  tiers  (1  ).  La  dépense  de  la  maison 
entière  était  de  7,981  écus.  La  Prusse  suivant  les  progrès 
de  la  civilisation,  on  peut  supposer  que  son  établissement 
est  à  peu  près  ce  qu'il  y  a  de  mieux  en  Allemagne.  Un 
article  de  l'Encyclopédie  de  Krunitz  et  celle  de  Stiglitz 
donnent  des  instructions  sur  les  plans  d'après  lesquels  on 
devrait  construire  les  prisons;  je  ne  suis  pas  sûr  qu'ils 
soient  au  niveau  de  nos  connaissances  actuelles. 

fi)  L'écu  de  Prusse  est  environ  la  valeur  de  5  fr.  60  c. 


502  INSTITUTIONS  DE  BIENFAISANCE 

Un  point  essentiel  à.  connaître  est  le  besoin  de  chaque 
pays,  à  chaque  époque  de  sa  civilisation;  dans  cette  vue, 
les  auteurs  de  statistiques  se  sont  également  appliqués 
au  dénombrement  des  crimes  et  à  celui  des  pauvres. 
Ainsi,  par  exemple,  l'on  a  trouvé  qu'à  Hambourg,  en  1789, 
le  nombre  des  pauvres  était  d'un  sur  treize  babitans;  ù 
Gottingue,  et  dans  d'autres  petites  villes  ,  d'un  sur  vingt- 
deux  :  on  a  prétendu  que  Prague  n'avait  qu'un  pauvre 
sur  soixante-deux  babitans,  ce  qui  ne  paraît  guère  pro- 
bable. Hambourg,  qui  contient  à  peu  près  107,000  ba- 
bitans, avait,  en  1817,  2,722  pauvres  inscrits  sur  ses  re- 
gistres; 2,000  enfans  dans  les  écoles  gratuites,  et  goo 
orphelins.  Vienne  contenait,  en  1801,  ayant  les  réformes 
introduites  (lors  du  voyage  de  M.  le  baron  de  Voght  ) , 
37,552  pauvres,  sur  une  population  qui  n'était  pas  de 
260,000  âmes  ;  la  population  actuelle  est  évaluée  à 
^210,198  babitans,  et  l'on  compte  20,58i  pauvres.  Berlin, 
où  la  population  est  évaluée  à  1 88,485  habitais,  compte 
1 2,000  indigens  à  peu  près.  On  distribua,  en  i8o5,  des 
secours  de  la  caisse  publique,  qui  existe,  depuis  i6g5,  à 
4,099  pauvres.  Quant  aux  mendians  vagabonds,  formant 
en  partie  des  bandes  de  voleurs,  on  en  suppose,  dans 
toute  l'Allemague  ,  jusqu'à  12,000,  qui  commettent  à 
peu  près  pc^r  deux  millions  d'écus  de  vols.  La  mesure 
prise  par  l'Autriche,  en  1781,  de  les  faire  transporter  au- 
delà  des  frontières,  imitée  par  d'autres  étals,  n^a  fait  qu'en 
augmenter  le  nombre,  et  faciliter  leurs  communications 
dans  différens  pays. 

Sur  178  millions  d'individus  qui  habitent  l'Europe,  on 
compte,  d'après  un  relevé  sans  »loule  très -peu  exact, 
17   millions  de  mendians,   et  Ton  prétend  qu'il  y  en  a  : 


EN   ALLEMACNE.  $i$ 

En  Danemark ,  5  sui  loo. 
En  Hollande,  i4  —  loo. 
En  Angleterre,   16  ■ —    100. 

Amsterdam  en  contient  plus  de  100,000  sur  une  popu- 
lation de  217,000;  Liverpool  27,000,  sur  une  population 
de  805000.  Cologne  en  contenait  11,000,  sur  une  popula- 
tion de  53,000,  par  la  manière  dont  les  couvens  distri- 
buaient l'aumône. 

Jusqu'ici,  nous  avons  considéré  l'éducation  morale  des 
pauvres  dans  l'état  de  santé;  nous  parlerons  à  présent  des 
institutions  pour  les  pauvres  malades  j  des  hôpitaux ,  et  de 
l'influence  des  médecins. 

Les  hôpitaux  ont  été  originairement  placés  dans  des 
couvens,  ou  dans  les  établissemens  des  congrégations, 
moitié  militaires,  des  chevaliers  hospitaliers.  Les  guerres 
meurtrières  des  armées  permanentes  du  xvii^  siècle  ont 
donné  lieu  à  l'établissement  des  hôpitaux  militaires  et 
des  invalides.  La  maison  des  Invalides  de  Paris  est 
l'une  des  plus  grandes  ;  il  en  existe  une  autre ,  bûlie 
par  Frédéric-Ie-Grand ,  près  de  Berlin,  où  on  lit  la  fa- 
meuse inscription  :  Lœso  et  inuicto  militL  On  a  com-^ 
mencé,  dans  ce  même  tems,  à  s'occuper  davantage  des 
hôpitaux  civils.  Les  nouveaux  hôpitaux  de  Londres,  de 
Paris  et  de  Copenhague  peuvent  avoir  donné  l'impulsion  à 
l'Allemagne.  Le  plus  grand  hôpital  qu'on  y  ait  construit 
dans  les  tems  modernes,  est  celui  de  Vienne.  Joseph  II  j 
ayant  été,  en  1779  ^'  ^^  17^3,  à  Paris,  organisa,  à  son  re- 
tour, l'administration  des  pauvres.  Ce  fut  M.  le  comte  de 
Bouquoi,  dont  nous  avons  déjà  parlé,  qui  fut  appelé  pour  cet 
objet  dans  la  capitale.  On  divisa  alors  les  pauvres  en  quatre 
classes ,  et  on  distribua  les  aumônes  d'une  caisse  commune. 
Je  ne  sais  si  c'est  aussi  M.  de  Bouquoi  qui  dirigea  la  cons- 
ruction  de  l'hôpital  général.  On  pensait  alors  qu'une  po-" 


60A         INSÏITLTIONS  Dii  niElN  FAISAIS  CE 

pulalion  de  deux  cent  mille  habitans  avait  besoin  de  seize 
cents  lits  pour  les  pauvres  malades,   et  Ton  en  établit 
deux  mille  dans  l'hôpital.  iS/c// supposait  qu'il  faut  quatre 
cents  lits  pour  les  fièvres  ,  six  cents  pour  les  maladies  chro- 
niques, et  le  reste  à  peu  près  pour  les  femmes  en  couche 
et  pour  les  enfans.  Quoiqu'on  eût  attaqué  avec  raison  les 
hôpitaux  des  frères  de  la  Miséricorde ,  qui  dépensaient  les 
trois  quarts  des  revenus  en  frais  d'administration ,  cepen- 
dant on  désapprouvait,  dans  le  tems,  la  construction  d'un 
trop  vaste  hôpital,  et  la  manie  dà  tout  centraliser.  On  sait 
néanmoins  ^ue  ce  grand  établissement  a  joui ,  sans  inter- 
ruption, de  la  plus  haute  réputation  jusqu'à  nos  jours;  il 
sert  en  même  tems,  comme  les  maisons  de  santé  de  Paris, 
pour  ceux  qui  paient  leur  séjour.  Quant  aux  frères  de  la 
Miséricorde,  ils  ont  encore  soigné,  dans  les  derniers  tems, 
à  Vienne,  plus  de  2,078  individus;  ils  se  distinguent,  sur- 
tout, comme  excellens  garde-malades. 

La  Charité  de  Berlin,  hôpital  qui,  dans  l'origine,  fut 
en  grande  partie  destiné  aux  militaires,  a  été  également 
agrandie  vers  cette  époque.  Les  établissemens  modernes 
les  plus  remarquables,  mais  d'une  moindre  étendue,  sont 
ceux  de  Mayence,  Wurzbourg,  Gottingue,  Bamberg, 
Heidelberg  et  Munich;  celui-ci  a  été  décrit  avec  beau- 
coup de  détails  par  M.  Hseberl,  qui  a  aussi  donné  d'amples 
rcnseignemens  sur  tout  ce  qui  concerne  la  construction 
des  hôpitaux  en  Allemagne  :  l'Encyclopédie  de  Krnnitz 
contient  des  notices  sur  beaucoup  d'autres.  Je  ferai  obser- 
ver, à  celte  occasion,  qu'il  y  a  dans  l'hôpital  de  Wurz- 
bourg  des  salles  qui  appartiennent  à  diverses  corporations  : 
cet  usage  pourrait  Cire  favorable  à  l'étude  des  maladies 
propres  i\  certaines  professions;  mais,  à  \>'urzboyrg,  le 
nombre  des  lits  est  trop  restreint  pour  qu'on  puisse  en 
lire»'  quelques  résullals. 


EN   ALLEMAGNE.  505 

Les   architectes    ont   nécessairement    dû  s'occuper    du 
même  sujet;  c'est  ù  Augsbourg  qu'ont  paru  anciennement 
(en  1 765)  les  ouvrages  de  Sturm  et  de  Lucas  Voch;  Fauken 
a  publié,  en  1/84,  à  Vienne,  les  plans  qui  ont  servi  à  la 
construction  de  l'hôpital  de  cette  ville.  On  conçoit  que  la 
séparation  des  salles,  l'ordonnance  des  lits,  les  commo- 
dités portatives,  celles  qui  aboutissent  dans  les  égouts,  le 
chauffage  et  la  ventilation ,  ont  dû  être  tour  à  tour  exami- 
nés. On  trouve,  entre  autres,  dans  la  description  de  l'hô- 
pital de  Munich,  comment  on  laisse  entrer  d'en  haut  l'air 
extérieur  par  des  conduits  particuliers,  tandis  qu'on  fait 
sortir  l'air  corrompu  de  l'intérieur,  au  moyen  de  canaux 
chauffés  par  le  voisinage  de  la  cheminée. 

La  société  royale  deGotlingue  posa,  en  1793,  laquestion 
de  savoir:  quds  sont  les  meilleurs  moyens  et  les  moins  coû- 
teux pour  procurer  des  secours  aux  pauvres  malades 
d'une  petite  ville,  ha  prix  fut  remporté  par  M.  lïecker,  et 
Ton  trouve  son  mémoire  dans  le  Nouveau  Magasin  d^ Ha- 
novre, de  1793  (  n°  83  à  85).  M.  Hecker  comptait  5oo 
malades  par  année ,  pour  une  petite  ville  de  2,000  habi- 
tans;  ce  nombre  lui  parut  être  en  proportion  moindre,  dans 
une  ville  de  2  à  6,000;  il  classait  parmi  les  pauvres,  les 
journaliers,  les  domestiques^  les  ouvriers  voyageurs,  etc. 
Il  supposait ,  d'après  ces  observations ,  à  peu  prés  .^00 
véritables  malades,  100  maladifs  et  100  personnes  affectées 
de  la  galle  et  autres  maladies  qui  ne  les  détournaient  pas 
entièrement  de  leurs  occupations;  il  en  a  eu  lui-même  à 
traiter,  dans  une  petite  ville,  4o  en  janvier,  60  en  fé- 
vrier, 60  en  mars,  60  en  avril, 20  en  mai,  1 1  en  juin,  10  en 
juillet,  3o  en  août,  5o  en  septembre,  70  en  octobre,  5o  en 
novembre  et  4o  en  décembre.  Il  croyait  qu'une  centaine 
pourrait  être  soignée  à  domicile,  et  que  le  reste  exigeait  le 
séjour  d'un  hôpital.  On  conçoit  que  la  localité  et  le  genre 


506  INSTITUTIONS   DE  BIENFAISANCE 

d'occupation  doivent  faire  varier  à  l'iufîni  ces  proportions. 
Les  épidémies  ne  sont  pas  comprises ,  comme  on  le  pense 
bien,  dans  ce  calcul  approximatif.  Si  l'on  veut  connaître 
les  travaux  faits  sur  les  besoins  d'une  grande  ville ,  on 
trouvera  des  matériaux  excellens,  dans  un  rapport  publié, 
en  1791,  par  M.  le  sénateur  Gunlher,  à  Hambourg. 

Il  est  étonnant  que  la  question  de  la  séparation  des 
individus  affectés  de  différentes  maladies,  n'ait  été  agitée 
que  dans  des  tems  peu  éloignés  de  nous;  la  raison  en  est, 
qu'on  a ,  en  général ,  mieux  étudié  l'histoire  des  épidémies 
et  des  contagions.  Il  manque  encore  beaucoup  de  maisons 
pour  les  aliénés;  \c  pays  deHesse  a  cependant,  à  Heina,  une 
maison  d'aliénés ,  établie  depuis  la  réformation.  Vienne 
possède  une  tour  particulière  et  différentes  maisons  de 
santé,  destinées  à  ce  genre  de  maladies,  et  l'on  fait  un  grand 
éloge  de  l'hospice  des  aliénés  de  Bayreuth.  On  s'occupe , 
en  ce  moment,  à  construire  des  maisons  pour  les  aliénés, 
en  Prusse  comme  dans  d'autres  parties  de  l'Allemagne;  et 
la  Bavière  veut  établir  des  maisons  de  santé  dans  chaque 
province.  Sur  3, 000  individus,  on  compte  à  peu  près  un 
aliéné  à  la  charge  du  gouvernement. 

Les  aveugles  et  les  sourds  -  muets  ont  été  un  autre 
sujet  de  sollicitude.  On  trouvait  à  Berlin,  en  i8oi,  plus 
de 42  enfans  aveugles,  de  l'âge  de  six  à  quinze  ans,  et  on 
supposa  à  peu  près  i,ooo  aveugles  dans  toute  la  monar- 
chie. Des  établissemcns  nouveaux  ont  été  formés  pour  les 
soldats  devenus  aveugles  dans  les  dernières  guerres. 

Trois  cercles  de  l'ancienne  Westphaiie  ont  présenté  à 
eux  seuls  plus  de  Aoo  sourds- muets,  et  l'on  observe  en 
général  qu'ils  comprennent  deux  tiers  de  garçons  sur  un 
tiers  de  filles. 

Depuis  le  milieu  du  xyiii*^  siècle,  TAUemagne  possède 
dos  écoles  cliniques  dan:?  Ic5  hôpitaux  :  c'est  Van-Swiétcn 


EN   ALLEMAGNE.  50/ 

qui  les  a  établies,  lorsqu'il  fil  venir  Je  célèbre  De  Uacu  à 
Vienne.  Depuis  que  les  Anglais  ont  formé  les  dispensaires^ 
on  a  aussi  fondé,  dans  les  universités  de  l'Allemagne,  des 
écoles  cliniques  ambulantes;  M.  Baldinger  en  a  formé 
une,  en  1778,  à  Gottingue  ;  M.  Wendt,  t^n  1779,  à  Erlan- 
gen  :  depuis  ce  tems,  il  n'y  a  pas  une  université  où  il  n'en 
existe  de  semblables.  Berlin  a  une  école  appelée  polycli- 
nique, qui  étend  ses  soins  aux  différentes  sections  de  la 
ville.  Les  jeunes  médecins  soignent,  chacun  dans  le  quar- 
tier qui  lui  est  assigné,  les  malades  qui  ne  peuvent  se 
présenter  à  la  clinique  ;  il  rend  compte,  plusieurs  fois  par 
semaine,  de  l'état  du  quartier  qui  lui  est  confié.  Les  dis- 
pensaires sont,  au  reste,  répandus  dans  beaucoup  de  villes, 
et  je  n'ai  pas  besoin  de  dire  qu'il  y  a  des  hôpitaux  établis 
dans  la  proximité  de  presque  toutes  les  eaux  minérales 
naturelles.  J^  trouve,  dans  le  voyage  deNicolaï,  qu'il  existe 
à  Augsbourg  un  quartier  composé  de  petites  habitations ^ 
fondées  par  la  famille  Fugger,  qui  florissait  du  tems  de 
Charles-Quint,  pour  loger  les  pauvres  à  bas  prix.  La  ville 
d'Augsbourg  servit  alors  de  modèle,  comme  a  servi  Ham- 
bourg, dans  un  tems  plus  moderne.  A  Frédériksoort,  colonie 
établie  dans  le  nord  de  la  Hollande,  on  a  fondé,  depuis  quel- 
ques années,  dans  les  endroits  non  défrichés,  des  habitations 
de  pauvres,  et  ces  établissemens  ont  eu  un  tel  succès ^ 
qu'on  vient  récemment  d'en  établir  de  semblables  dans  le 
Meklembourg. 

Mais,  je  m'arrête  ;  j'ai  voulu  donner,  dans  cette  No- 
lice  ,  un  coup  d'oeil  général  sur  les  institutions  de 
l'Allemagne  ,  sans  entrer  dans  le  développement  d'ui> 
nombre  immense  d'objets  dignes  d'être  plus  approfondis. 
Lorsqu'on  jette  un  regard  sur  le  plan  que  j'ai  suivi  ,- 
on  voit  que  les  colonies  chrétiennes  et  les  ordres  hospita- 
liers  pouvaient  bien  distribuer   au  commencement  assez 


M 


508  INSTITUTIONS  DE  BIENFAISANCE 

d'aumônes  et  de  travail  autour  de  leurs  couvens  et  chû-j 
teaux- forts;  mais  ils  n'auraient  pu  suffire  à  une  population 
croissante,  si  la  formation  des  villes  n'eût  créé  des  bien- 
faiteurs opulens  et  des  corporations  qui  s'associaient  pour 
des  secours  réciproques.  Une  grande  industrie  et  un  grand 
commerce  s'étant  développés,  depuis  l'extension  des  rap- 
ports entre  le  nouveau  monde  et  la  Hollande  et  l'Angleterre, 
y  créèrent,  avec  'une  plus  grande  population,  une  plus 
grande  masse  de  chances  heureuses  ou  malheureuses ,  qui 
augmentaient,  d'un  côté,  la  pauvreté,  et,  de  l'autre,  les 
ressoucpes.  Les  villes  anséaliques  de  l'Allemagne  vinrent 
ensuite;  et  les  gouvernemens,  autrefois  plus  occupés  de 
guerres  et  de  conquêtes  que  d'administration  intérieure , 
finirent  par  s'associer  à  ce  développement  de  l'industrie 
et  à  ses  conséquences. 

Dans  les  pays  qui  ont  déjà  une  constitution,  il  n'y  a 
guère  de  session  des  chambres  où  l'on  ne  s'occupe  sérieu- 
sement des  affaires  des  pauvres  ;  dans  la  Prusse  ,  qui 
prépare  peu  à  peu  ses  institutions ,  les  délégués  munici- 
paux des  villes  font  de  cet  important  objet  une  étude 
particulière.  L'impulsion  se  répand,  par  une  force  irrésis- 
tible, dans  toutes  les  classes  de  la  société.  Nous  vivons 
heureusement  dans  un  siècle  où  tout  individu  commence 
à  sentir  l'avantage  de  faire  des  sacrifices  pour  l'intérêt 
général,  quoiqu'on  ne  soit  pas  toujours  d'accord  sur  les 
moyens.  Tout  le  monde  est,  par  exemple,  convaincu  de 
la  nécessité  d'une  justice  également  répartie,  sans  privi- 
lège; tout  le  monde  ne  l'est  peut-être  pas  assez  ,  qu'il  faut 
procurer  aux  citoyens,  autant  qu'il  est  en  nous,  une  ai- 
sance honnête,  sans  craindre  qu'elle  conduise  à  l'idée 
d'une  distribution  égale  de  fortune  et  à  des  lois  agraires. 
Des  gens  d'esprit  supposent  encore  qu'il  y  aurait  un  incon- 
vénient à  répandre  trop   de   Inen-être,  trop  d'éducation, 


EN  ALLEMAGNE.  509 

trop  de  Jumièrcs,  comme  si  eux-mOmes  n'en  avaient  pas 
profité.  Lorsqu'on  jette  un  regard  sur  l'histoire,  ce  n'est 
qu'après  des  secousses  violentes ,  ou  des  guerres  désas- 
treuses, que  l'on  voit  une  aisance  plus  générale  se  distri- 
buer dans  les  classes  inférieures  et  industrieuses  de  la 
société,  comme  si  le  repos  des  états  ne  permettait  pas 
qu'elle  ressortît  uniquement  du  principe  plus  noble  de 
l'humanité.  Si  l'on  demande  ,  enfin,  spécialement  quels 
moyens  peuvent  rendre  plus  générales  cette  honnête  ai- 
sance,  cette  jouissance  des  objets  de  première  nécessité, 
nous  répondrons  que  c'est,  premièrement,  une  éducation 
plus  commune,  qui  donne  aux  classes  inférieures  ]^lus  de 
ressources  pour  exercer  leur  intelligence  et  leurs  dispo- 
sitions naturelles,  et,  secondement,  l'habitude  de  \a pré- 
voyance ,  qui  apprend  à  mettre  en  réserve  de  petites 
sommes  prisses  sur  les  salaires  et  le  prix  de  la  journée 
de  travail,  ainsi  que  des  établlssemens  publics  qui  pour- 
voient aux  malheurs  inattendus  et  irréparables.  La  so- 
ciété avance  peu  à  peu  vers  ce  but,  et  la  pauvreté  ab- 
solue, c'est-à-dire  le  manque  de  pain,  de  vêtemens  et 
d'abri,  est,  sans  doute,  plus  rare  à  présent ,  quoique  la 
pauvreté  relative,  c'est-à-dire  celle  qui  résulte  de  l'amé- 
lioration des  conditions  particulières,  soit  croissante.  Mais, 
qui  pourra  fixer  l'époque  où  les  principes  de  la  police  inté- 
rieure et  des  institutions  administratives  auront  pu  atteindre 
le  point  de  perfection  où  sont  arrivés,  sous  quelques  rap- 
ports, les  principes  de  droit  et  de  jurisprudence? 


IL  ANALYSES  D'OUVRAGES. 


SCIENCES  PHYSIQUES. 

Association  intellectuelle;  méthode  progressive 
ET  d'association  ,  OU  Vart  d'opérer  dans  toutes  les 
sciences,  et  parttculière7ne7it  en  médecine;  suivie 
d'une  clinique  gé7iérale  interprétative  des  phéno- 
mènes morbides  et  spéciale  des  maladies  des  couches; 
par  L.  V.  Amard,  D.  M.,  ex- chef  du  service  medico- 
chirurgical  de  l'hôpital   général    de   la  Charité  de 

.  Lyon ,  président  de  la  Société  de  médecine  et  dû 
cercle  littéraire  de  la  même  ville,  et  membre  corres- 
pondant de  plusieurs  Sociétés  savantes  (i). 

Nous  avons  annoncé  dernièrement  cet  important  ou- 
vrage.; il  est  tems  d'y  revenir  et  d'indiquer  sommairement 
à  nos  lecteurs  le  principe  fondamental  sur  lequel  l'auteur 
fait  reposer  et  mouvoir  ce  qu'il  appelle  V association  intel- 
lectuelle. Cette  association  ,  dans  le  sens  qu'il  lui  donne, 
ne  repose  point  sur  une  de  ces  réunions  d'individus  agis- 
sant dans  des  intérêts  du  moment,  et  telle  que  nous  en 
voyons  tous  les  jours  se  former,  mais  sur  une  passion 
extra  individuelle^  s'il  est  permis  de  s'exprimer  ainsi  , 
propre  à  l'espèce  humaine,  et  qui  la  caractérise,  encore 
qu'on  n'ait  jamais  songé  à  la  démêler  entre  toutes  les  autres, 
et  que  le  docteur  Amard  nomme  collectisme.  Cette  passion 
détermine  les  hommes  j\  agir  en  commun;  elle  les  unit  et 


(i)  Paris,  1821.  2  vol.  in-S".  Méquignon  aîné  père,  Gabon, 
Béchet,  libraires,  rue  et  place  de  l'École-de-Médecine,  Prix,  ï6  fr, 
— Voy.  ci-dessus.  Bulletin  bibliographique ,  pag,  \Sj, 


i 


F  SCIENCES  PHYSIQUES.  511 

les  serre  comme  d'un  même  lien;  elle  les  pousse  invinci- 
blement vers  l'unité  d'action  par  l'unité   morale;   et  si, 
considérée  comme  le  premier  mobile  de  l'état  social,  elle 
n'a   point  encore  imprimé  à  la  civilisation,  qui  n'en  est 
que  le  résultat,  ce  degré  de  hauteur  auquel  on  peut  la  voir 
atteindre,  c'est  que  celle-ci  a  été  déviée  par  mille  institu- 
tions monstrueuses,  œuvres  des  forts  ,  qui  s'emparant  des 
premières  sociétés,  les  dirigèrent  dans  leurs  seuls  intérêts, 
et  isolèrent  les  uns  des  autres  pour  les  dominer,  ces  mêmes 
hommes  eussent  résisté  aux  usurpations  religieuses,  civiles 
et  politiques  par  le  seul  exercice  du  collectisjne,  et  l'asso- 
ciation  mutuelle  dont  le  plan  se  trouve  exposé  dans  l'ou- 
vrage qui  nous  occupe  (pages   i62-i85  et  3o6-25o).    Ce 
qu'y  propose    M.  Amard  pour  la  médecine    serait  appli- 
cable t\  toutes  les  sciences,  où  la  multiplicité  des  travaux 
et  des  écrits  destinés  à  déterminer  ou  à  constater  leurs  pro- 
grès ,  ne   font  plus   guère    qu'entraver  une  marche  déjà 
encombrée.  En  effet,  que  font  tant  d'observateurs  et  d'é- 
crivains dont  la  mémoire  suffît  à  peine  pour  retenir  la  liste, 
sinon  qu'ajouter  des  faits  perdus  dans  des  livres  ajoutés  A 
des  livres;  faits  qu'on  ne  peut^exhumer  sous  l'amas  de  ces 
livres ,  sans  perdre  un  tems  précieux  à  feuilleter  ou  relire 
ce  qu'on  a  cent  fois  lu  et  relu  autre  part,  et  qui,  le  plus 
communément,  depuis  bien  des  siècles,  fait,  à  tort  ou  à 
travers,  la  base  conventionnelle  de  toute  science. 

C'est  une  heureuse  idée,  une  idée  génératrice  que  celle 
de  faire  concourir  tous  les  hommes  de  toutes  les  époques 
à  la  réunion  d'un  foyer  unique  de  raison  dont  la  vive  lumière 
féconderait  indifféremment  les  diverses  branches  du  savoir; 
et  plusieurs  morceaux  de  l'ouvrage  de  M.  Amard  sur  la 
méthode  d'opérer  en  médecine,  et  la  manière  d'étudier  ou 
de  constituer  cette  science,  rappellent  l'immortel  travail 
de  Bacon  sur  la  restauration  des  connaissances  humaines^ 


512  SCIENCES  PHYSIQUES. 

Cependant,  le  but  final  des  deux  ouvrages  est  différent  : 
la  vérité  seule  fut  la  base  du   grand  ouvrage  de  Bacon. 
L'antiquité,  disait   cet  homme   précurseur,  s'est  perdue 
dans  une  métaphysique  stérile  ;  elle  a  voulu  atteindre  le    1 
sommet  des  choses,  sans  s'y  élever  par  le  moyen  des  de- 
grés intermédiaires.  Mais  l'édifice  des  sciences  doit ,   au 
contraire,  être  assis  sur  des  bases  positives  et  immuables; 
or,  des  faits  matériels  peuvent  seuls  fournir  les  matériaux 
de  ces  bases.  Il  ftiut  d'abord,  en  passant  toujours  du  simple 
au  composé,  choisir  les  plus  simples,  les  plus  palpables  de 
ces  faits,  les  comparer,  et  n'en  tirer  des  inductions  immé- 
diates que  parce  qu'on  voit,  et  jamais  par  des  suppositions;    I 
on  doit  ensuite  s'élever  aux  faits  compliqués,  en  tirer  pa-    lî 
reillement  dès  inductions ,  de  manière  à  ce  qu'on  en  puisse 
former  une  table  de  gradation,  une  sorte  d'échelle,  où  l'on 
puisse  monter  et  descendre  sans  interruption  des  faits  aux 
principes  ,  et  des  principes  aux  faits. 

Mais  le  grand  Bacon  donna-t-il  au  monument  qu'il  ve- 
nait d'élever,  comme  point  de  séparation  entre  la  vieille 
barbarie  et  la  nouvelle  raison,  le  nom  qui  lui  convenait 
véritablement?  Novuni  organum  était-il  bien  le  titre  qui 
appartenait  à  ce  premier  chef-d'œuvre  de  jugement  PBacon 
n'avait  point  trouvé  un  nouvel  organe,  en  découvrant,  en 
ordonnant  une  nouvelle  méthode,  à  la  vérité  la  seule  philo- 
sophique, mais  qui,  après  tout,  n'était  qu'une  méthode  et 
non  un  organe.  Bacon  aurait  pu  intituler  son  immortel 
ouvrage  :  Via  nova ,  parce  qu'en  effet  il  enseignait  une 
voie  nouvelle  j  la  seule  que  peut  avouer  la  raison  et  de 
laquelle  nul  ne  peut  s'écarter  sans  tomber  dans  ces  vaines 
subtilités  de  l'école  d'Aristote,  dont  les  conséquences  pèseni 
encore  ù  tant  d'égards  sur  les  générations  actuelles. 

S  en  tenir  aux  faits   simples  et  matériels  susceptible» 
d'être  à  chaque  instant  démontrés,  s'élever  graduellcmeol 


SCIENCES  PHYSIQUES.  513 

aux  plus  compliqués,  extraire  de  la  comparaison    des  uns 
avec  les  autres  des  conséquences  immédiates  ou  des  prin- 
cipes d'origine  fixe  susceptibles  d'être  saisis   et   vérifiés , 
toutes  les  fois  qu'il  y  aurait  doute  ou  contradiction,  voilà,  en 
peu  de  mots,  la  philosophie  de  Bacon  et  du  simple  bon  sens  ; 
voilà  ce  qui  valut  à  son  inventeur  le  titre  mérité  de  restaura- 
teur des  sciences  humaines.  Mais  cependant  Bacon  laissa 
l'homme  en  proie  à  sa  faiblesse  individuelle  ;  il  lui  indiquait 
une  voie,  mais  n'avait  point  deviné  à  l'aide  de  quel  organe 
le  sage  s'y  devait  engager.  En  un  mot,  il  n'a  point  tiré  l'hu- 
manité de  ce  qu'on  pourrait  appeler  Vantiqus  régime  de 
V  incohérence  ;  le  pivot  moral  de  l'espèce  humaine  pensante 
et  socialisée  lui  était  échappé  ;  il  n'avait  point  deviné  le 
véritable  nœud  de  l'association,  soit  sociale,  soit  scienti- 
fique. Or,  le  collectisme  est  réellement  un  organe,  nou- 
vellement découvert,  propre  à  l'espèce  humaine,  sur  le 
développement   duquel   reposent  les  futures  destinées  de 
notre  espèce  perfectionnable  ;   et  c'est  sur  cette  passion 
attractive,  sur  ce  sens  collectif,  sur  cet  organe  que  se  fonde 
l'association  intellectuelle,   c'est-à-dire,  la  réunion  de 
toutes  les  intelligences  individuelles  concentrées  dans  un 
même  esprit,  et  tendant  vers  un  même  but.  Aussi,  le  doc- 
teur Amard  a-t-il  pu  dire  «  en  fortifiant  la  faiblesse  humaine 
individuelle  de  toute  la  puissance  collective  de  l'espèce;  en 
tlotant  celle-ci  du  sens  qui  lui  est  propre;    en  appelant, 
par  ce  sens,  les  êtres  pensans  de  tous  les  siècles  à  opérer 
comme  un  seul   homme,  l'assodation  révèle  le  secret  et 
fournit  les  moyens  de  consommer  l'œuvre  humaine.  » 

La  différence  est  donc  complète  entre  le  nouum  organum 
de  Bacon  et  V association  intellectuelle  de  M.  Amard.  Le 
premier  de  ces  philosophes  se  bornait  à  nous  indiquer  la 
voie  que  nous  devons  suivre  dans  la  recherche  de  la  vé- 
rité; le  second  met  en  rapport  lessavans  de  tous  les  tems 
Tome  xu.  33 


i 


51A  SCIENCES  PHYSIQUES. 

et  de  tous  les  pays,  et  pose  les  principes  à  l'aide  desquels 
il  les  lie  ;  il  déroule  les  destinées  de  l'humanité.  L'un  laisse 
chacun  dominer  sur  tous;  l'autre  appelle  tous  à  dominer 
sur  chacun.  Celui-là  abandonne  le  sort  des  connaissances 
humaines  et  des  efiforts  isolés,  et  n'a  compris  que  l'art  de 
diriger  des  vues  individuelles;  celui-ci  démontre  l'urgence 
des  efforts  concentrés  et  substitue  à  l'isolement  destruc- 
teur des  vues  collectives  essentiellement  conservatrices  et 
conséquemment  fécondes. 

Nous  ne  suivrons  pas  l'auteur  dans  la  partie  purement 
médicale  de  son  ouvrage;  mais  nous  engageons  les  gens 
de  l'art  à  y  consulter  d'intéressantes  observations ,  ainsi 
qu'à  méditer  sur  les  conséquences  qu'il  en  tire.  Le  docteur 
Amard  appelle  le  concours  de  ces  faits  pathologiques  , 
recueillis  dans  une  pratique  soigneuse,  au  développement 
de  son  système;  mais  c'est  surtout  sa  méthode  d'étudier 
la  médecine  dont  se  doivent  nourrir  non  seulement  les 
personnes  qui  se  destinent  aux  sciences  médicales ,  mais 
encore  quiconque  veut  réussir  dans  une  science;  tout  bon 
esprit  qui,  sentant  les  entraves  que  lui  opposent  les  vieilles 
routines,  veut  s'affranchir  de  pareils  liens  et  s'en  tenir  au 
sens  positif  des  choses.  Si  le  docteur  Amard  n'eût  affecté 
de  donner  à  ses  ouvrages  et  à  son  style  des  formes  inu- 
sitées, nous  ne  doutons  pas  que  son  travail  ne  réunît  un 
bien  plus  grand  nombre  de  suffrages.  Quoi  qu'il  en  soit, 
cet  ouvrage  sera  lu  avec  un  vif  intérêt,  et  doit  procurer  à 
celui  qui  le  conçut  une  juste  célébrité,  qui  pourra  bien 
être  tardive,  mais  qui  n'en  sera  que  plus  solide. 

BoRY  DE  St. -Vincent. 


^ 


SCIENCKS  PHYSIQUES.  515 


VVWW  W  v'VWiVl'W 


Traité  COMPLET  de  mécanique  appliquée  aux  arts,  etc.; 

par  M.  BoRGNis,t?ige7itea?*.  (Voy,  ci-dessus ,  Toin.XI, 
pages  42-59.  ) 

NEUViiiME    TRAITÉ. 

Théorie  de  la  mécanique  usuelle  (  «  )  ou  Introduction  à 
V étude  de  la  mécanique  appliquée  aux  arts;  contenant  les 
principes  de  statique ,  de  dynamique j  d* hydrostatique  et 
â' hydrodynamiques j  applicables  aux  arts  industriels',  la 
théorie  des  moteurs,  des  effets  utiles  des  machines j  des 
organes  mécaniques  intermédiaires  et  f  équilibre  des  sup- 
ports; par  M.  J.-A.  BoBGNis,  ingénieur,  membre  de  plu- 
sieurs académies. 

«Le  but  de  cet  ouvrage,  dit  l'auteur,  est  d'exposer, 
avec  clarté  et  simplicité  ,  la  théorie  de  la  mécanique  im- 
médiatement applicable  aux  arts  industriels;  dé  combiner 
cette  théorie  avec  les  résultats  des  expériences  les  plus 
accréditées,  et  de  la  développer  d'une  manière  métho- 
dique. » 

M.  Borgnis  a  divisé  son  ouvrage  en  quatre  livres.  Dans 
le  premier,  après  avoir  donné  la  définition  des  mots  em- 
ployés dans  l'étude  théorique  de  la  mécanique,  il  traite 
de  la  statique,  de  la  dynamique,  de  l'hydrostatique  et  de 
l'hydrodynamique;  mais  il  ne  s'occupe  absolument  que 
des  parties  de  ces  sciences,  indispensables  pour  bien  en- 
tendre la  mécanique  usuelle  :  par  ce  moyen,  il  en  a  rendu 
l'étude  plus  facile  pour  les  personnes  qui  ne  cherchent  à 
s'instruire  que  dans  l'application  particulière  de  cette  vaste 
science. 


(1)   Paris,  1821.  1   vol.  in-4°,  avec  cinq  planches.  Bachelier,  li- 
braire, quai  des  Augustins,  n"  55  :  prix,  i5  fr. 

«  «2  ♦ 


\ 


516  SCIEiSCES  PHYSIQUES. 

Le  livre  second  traite  des  moteurs  et  des  résistances. 
Voici  comment  l'auteur  expose  le  plan  qu'il  a  suivi  :  «Une; 
machine,  dit-il,  est  un  assemblage  de  parties  mobiles  , 
dont  les  unes  reçoivent  l'action  de  l'agent  moteur,  et 
d'autres,  après  en  avoir  modifié  la  vitesse  et  la  direction 
de  la  manière  la  plus  avantageuse,  la  transmettent  à  celles 
qui  doivent  produire  Veffet  utile _,  c'est-à-dire,  l'effet  pour 
lequel  la  machine  est  construite. 

«  La  production  de  l'etïet  utile  occasionne  inévitable- 
ment une  résistance  que  le  moteur  doit  vaincre.  Il  est  une. 
autre  résistance  qui ,  indépendamment  de  celle-ci,  a. lieu  . 
dans  toute  machine;  cette  dernière  ,  à  laquelle  on  a  donné  . 
le  nom  de  résistance  passive^  ne  favorise  point  l'effet  utile, 
mais  elle  tend,  au  contraire,  à  le  diminuer,  et  elle  ab-  •. 
sorbe  en  pure  perte  une  partie  de  l'action  du  moteur.  ' 

«  Le  mécanicien  qui  veut  construire  une  machine ,  ou 
juger  une  machine  déjà  construite,  doit,  avant  tout,  éva- 
luer; 1°  quelle  est  la  quantité  d'action  que  le  moteur  doit  > 
produire  pour  vaincre  les  deux  espèces  de  résistances  qui 
s'opposent  au  mouvement  de  la  machine,  c'est-à-dire,  la 
résistance  passive  et  celle  due  à  la  production  de  l'effet 
utile; 

«2°  Quel  est  l'efifet  utile  corrrespondant  à  la  quantité  r 
d'action  déterminée  du  moteur.  L'objet  spécial  de  ce  livre  , 
est  d'exposer  les  méthodes  pour  effectuer  ces  calculs.  » 

Dans  le  Chapitre  I"',  M.  Borgnis  considère  d'abord 
les  moteurs  et  les  résistances  en  général,  et  il  indique  la 
forme  des  calculs  à  faire  pour  que  le  moteur  conserve  tou- 
jours une  vitesse  uniforme  et  constante,  et  pour  connaître 
l'effort  de  la  résistance  que  le  moteur  est  obligé  de  détruire  à 
chaque  instant  pourconserver  l'uniformité  du  mouvement. 
11  applique  ensuite  ces  calculs  aux  différens  moteurs;  les 
moteurs  animés,  tels  que  les  hommes  cl  les  animaux;  les   ^ 


SCIENCES  PHYSIQUES.  517 

nioleurs  inanimés,  tels  que  l'eau,  les  fluides  élastiques, 
.c'est-à-dire,  la  vapeur  de  l'eau  bouillante  et  le  vent.  II  con- 
sidère l'effet  de  ces  divers  moteurs  sous  différcns  points  de 
vue;  il  indique  les  moyens  de  tirer,  avec  le  plus  d'écono- 
mie, le  plus  grand  avantage  du  travail  des  hommes  et  des 
animaux  sans  les  fatiguer  par  des  travaux  trop  longs,  ou 
qui  excèdent  leur  force  constamment  en  action  pendant  un 
tenis  donné.  Il  met  sous  les  yeux  du  lecteur  les  résultats 
obtenus  par  le  célèbre  Coulomb,  d'après  les  expériences 
qui  donnent  tous  les  élémens  nécessaires  pour  les  calculs. 

L'auleur  examine  ensuite  l'action  motrice  d'un  courant 
d'eau  sur  les  roues  à  aubes,  les  roues  à  augets,  les  roues 
à  réaction  et  les  machines  ù  colonne  d'eau,  et  prouve  que 
la  roue  à  augets  est  la  plus  avantageuse;  mais  que,  pour  en 
obtenir  tout  l'effet  qu'on  peut  en  attendre,  il  faut  i°  que 
l'eau  entre  dans  les  augets  au  niveau  de  la  surface  du  ré- 
servoir; 2°  que  son  diamètre  soit  au  moins  égal  à  la  hau- 
teur de  la  chute;  3°  que  la  vitesse  soit  petite,  mais  qu'elle 
soit  telle  cependant  que  l'arc^lécrit  par  les  augets  dans 
chaque  seconde  n'ait  pas  moins  de  sept  décimètres  de  Ion» 
gueur  développée,  ni  guère  plus  d'un  mètre. 

M.  Borgnis  suit  la  même  marche  rdans  l'examen  des 
machines  à  vapeur  et  des  machines  mues  par  le  vent.  Il 
s'appuie  sur  les  résultats  des  expériences  les  plus  authen- 
tiques, publiées  par  jles  savans  qui  se  sont  occupés  avec 
fruit  deU'étudede  ces  diverses  machines  :  il  enseigne  ù  en 
calculier  les  effets,  et  à  en  comparer  les  résultats. 

Dans  le  Chapitre  II ,  l'auteur  traite  des  effets  utiles  des 
machines,  et  des  résistances  qui  en  résultent.  Il  examine 
les  soufflets  ou  les  machines  soufflantes,   les  pompes  de 
•toute  espèce,  les| machines  à  compression  d'air,  les  ma- 
chines à  siphons  ,  le  bélier  hydraulique,  les  norias,  les 
;roucs  à  pots,  le   tympan  ,  les  chapelets  verticaux  ou  incii- 


518  SCIENCES  PHYSIQUES. 

nés,  la  vis  d'Archimède.  Il  passe  ensuite  aux  machines  à 
percussion ,  telles  que  le  balancier  ;  aux  machines  à  pres- 
sion, telles  que  les  calandres,  les  laminoirs  ;  aux  machines 
à  frottement,  telles  que  les  meules  à  aiguiser,  les  polis- 
soires  cylindriques.  Il  calcule  avec  soin  les  effets  de  toutes 
ces  machines,  et  établit  la  différence  des  avantages  que 
les  unes  produisent  sur  les  autres. 

C'est  d'après  ces  observations  qu'il  montre  qu'une  forte 
pression  est  préférable,  dans  certains  cas,  à  la  percussion, 
sous  le  double  rapport  de  l'économie  et  de  la  régularité  du 
travail.  Il  cite  à  l'appui  de  son  assertion  les  résultats  obte- 
nus par  M.  Dufaudj  maître  de  forges  à  Grossouvre,  qui 
économise  129  fr.  60  cent,  sur  l'affinage  de  2,4oo  livres 
de  fonte,  fait  sous  le  laminoir,  en  le  comparant  à  celui 
qu'il  obtenait  sous  le  martinet. 

L'auteur  termine  ce  chapitre  par  l'examen  des  moulins 
à  mouture  et  des  moulins  à  scier  le  bois  et  les  pierres. 

Le  frottement  est  une  ô^  choses  les  plus  importantes  en 
mécanique;  aussi,  M.  Borgnis  s'est-il  attaché  à  en  calculer 
tous  les  effets,  en  mettant  11  profit  les  belles  expériences 
du  savant  Coulomb  sur  les  machines  simples,  en  ayant 
égard  au  frottement  de  leurs  parties  et  à  la  roideur  des 
cordes.  Ces  recherches  forment  le  sujet  du  Chapitre  IIP, 
sous  le  titre  des  résistances  passives. 

«  Il  arrive  rarement  que  l'organe  mécanique,  sur  lequel 
agit  immédiatement  le  moteur,  ait  la  direction,  la  vitesse 
et  la  quantité  de  mouvement  qu'exige  celui  qui  produit 
l'effet  utile.  Les  organes  intermédiaires  ont  pour  but  de 
produire  toutes  les  modifications  de  mouvement  purement 
nécessaires  pour  que  l'effet  utile  soit  le  plus  grand  et  le 
plus  parfait  {^ossible.  »  C'est  pour  arriver  à  ces  résultats 
que  l'auteur  donne,  dans  ce  Livre  troisième,  les  règles  ) 


I 


SCIENCES  PHYSIQUES.  519 

qu'il  faut  suivre  pour  apprécier  toutes  les  modifications, 
avec  la  plus  grande  exactitude. 

Les  parties  intermédiaires  des  machines  sont  les  mani- 
velles, les  courbes  excentriques  qui  en  tiennent  lieu,  les 
joints  brisés,  les  engrenages  de  toute  espèce,  les  pilons  à 
boulons  sans  mentonnet.  Ces  organes  intermédiaires  ne 
suffiraient  pas  pour  établir  l'uniformité  du  mouvement; 
dans  certains  cas,  et  c'est  surtout  dans  les  grandes  ma- 
chines, on  emploie  des  volans;  dans  d'autres,  et  princi- 
palement dans  l'horlogerie ,  on  se  sert  de  fusées  ou  de 
courbes  excentriques  tournantes  :  l'auteur  n'a  rien  négligé 
pour  apporter,  dans  les  calculs  applicables  à  toutes  les  cir- 
constances, toute  la  clarté,  toute  la  précision  nécessaires. 

Enfin,  dans  le  Livre  quatrième,  M.  Borgnis  s'occupe  de  la 
solidité  dans  les  constructions.  Dans  le  premier  Chapitre, 
il  traite  de  l'équilibre  des  murs  et  des  voûtes,  et  considère 
ces  objets  importans  sous  toutes  leurs  faces  et  sous  leurs 
diverses  altérations  pour  les  soumettre  au  calcul  le  plus 
rigoureux.  Le  second  Chapitre  est  consacré  à  la  résistance 
des  matériaux  :  il  cite  les  recherches  faites  par  les  savans 
tant  anciens  que  modernes ,  pour  répandre  le  plus  grand 
jour  sur  ces  parties  essentielles  des  constructions,  et  ter- 
mine ce  Traité  important  par  des  tableaux  extrêmement 
utiles  pour  faciliter  les  calculs  dans  tous  les  cas  où  la  con- 
naissance des  divers  objets  pour  lesquels  ils  sont  dres- 
sés deviennent  d'une  nécessité  indispensable.  Beaucoup 
d'autres  tables  sont  éparses  dans  le  corps  de  l'ouvrage,  et 
offrent  des  renseignemens  précieux  répandus  dans  beau- 
coup de  volumes,  et  que  personne  n'avait  encore  rassem- 
blés dans  le  même  cadre  pour  les  mettre  sous  la  main  du 
mécanicien. 

L^ouvragc  dont  nous  venons  de  donner  l'analyse  suc- 
cincte ,  est  une  suite  nécessaire  des  huit  précédens  volumes 


520  SCIENCES  PHYSIQUES. 

qui  ont  établi ,  d'une  manière  irrécusable,  la  réputation  de 
l'auteur.    Ce  traité  de   mécanique  usuelle  est  écrit  avec 
beaucoup  de  simplicité;  il  n'est  pas  autant  hérissé  de  cal- 
culs algébriques  que  les  autres  traités  semblables  qui  l'ont 
précédé,  et  dont  les  formules  rebutent  les  artistes   qui 
n'ont  pas  des  connaissances  assez  étendues  en  mathéma- 
tiques. M.  Borgnis  a  placé  deux  astérisques  au  commence- 
ment de  chaque  paragraphe  dans  lequel  il  a  été  forcé  d'em- 
ployer le  calcul  différentiel  et  intégral,  pour  avertir  le  lec- 
teur qu'il  peut  se  dispenser  de  le  lire  sans  nuire  cependant 
à  l'intelligence  de  la  matière  qu'il  étudie.  Il  serait  à  désirer 
que  l'on  pût  parvenir  à  traiter  de  la  théorie  de  la  méca- 
nique usuelle  sans  employer  des  formules  algébriques  qui 
exigent  de  trop  vastes  connaissances  dans  cette  science, 
connaissances  qui  sont  trop  au-dessus  de  la  portée  du  plus 
grand  nombre  des  artistes.  Nous  pensons  que  cela  ne  serait 
pas  impossible,  et  nous  tâcherons  d'^n  donner  bientôt  la 
preuve. 

M.  Borgnis j  dans  la  vue  de  compléter  son  Traité  de 
mécanique  appliquée  aux  arts  j  nous  promet  trois  au- 
tres volumes,  dont  l'un  renfermera  la  description  des 
machines  de  physique,  de  chimie,  d'astronomie,  de  géo- 
désie, etc.  ;  un  autrç,  de  biographie  et  de  bibliographie 
mécaniques,  et  un  troisième  qui  renfermera  le  vocabu- 
laire de  tous  les  mots  techniques  usités  dans  les  arts.  Ces 
divers  ouvrages  nous  manquent  absolument  :  ils  rendront 
de  grands  services  à  l'industrie.  Il  est  à  désirer  que  cet 
auteur  infatigable  remplisse  bientôt  sa  promesse. 

L.  Seb.  Le  Normand  ,  professeur  de  technologie. 


SCIENCES  PHYSIQUES.  521 


ivt/x/tiwfwwwt/w-wvxi 


Voyage  au  Brésil  ,  dans  les  années  1 8 1 5, 1 8 1 6  e^  1817; 
par  S.  A.  S.  Maximilien  ,  prince  de  Wied-Neuwied; 
traduit  de  ^allemand,  pari,  B.  B.  Eyriès  (i). 

Heureusement,  nous  ne  sommes  plus  au  tems  de  la  hon- 
teuse ignorance  des  princes,  lorsqu'à  la  nouvelle  des  con- 
quêtes de  Louis  XIV  dans  la  Flandre,  un  souverain  des 
Espagnes  plaignait  amèrement  ce  pauvre  roi  d'Angleterre, 
ainsi  dépouillé  de  toutes  ses  places.  Telles  étaient  les 
profondes  ténèbres  qu'entassait  sur  les  yeux  des  maîtres  du 
monde  le  fanatisme  dominateur,  intéressé  i\  les  aveugler. 
Faire  brûler  les  juifs  et  les  huguenots  et  tyranniser  les 
catholiques,  était,  au  gré  de  l'inquisition,  tout  ce  que  de- 
vait savoir  un  roi  d'Espagne  ou  de  Portugal.  Aussi,  plu- 
sieurs d'entre  eux  n'avaient-ils  qu'une  confuse  idée  des 
vastes  pays  soumis  à  leur  puissance;  ou>  du  moins,  s'ils 
apprenaient  à  les  connaître  sur  la  carte,  l'immense  inter- 
valle des  mers  les  condamnait  à  ne  jamais  les  visiter. 

Mais  voilà  que  tout-à-coup  la  péninsule  européenne  et 
ses  dépendances  d'Amérique  sont  le  théâtre  de  grandes 
révolutions.  Usages ,  lois ,  mœurs,  gouvernement,  insti- 
tutions, tout,  dans  ces  belles  contrées,  est  subitement 
régénéré.  La  liberté,  la  philosophie  s'asseyent  en  conqué- 
rantes aux  bords  de  l'Ebre  et  du  Tage  ,  ainsi  qu'au  pied  des 
Cordillères;  les  colonies  deviennent  des  métropoles;  peut- 
être  un  jour  verrons-nous  un  infimt  d'Espagne  aller  régner 
sur  le  Mexique  ;  déjà  nous  avons  vu  un  roi  de  Portugal 
aller  régner  dans  le  Brésil. 

(1)  Paris,  1821.  3  vol.   in-S",  avec  un  superbe  atlas,  composé  de 
4i  planches  gravées  en  taille-douce  et  de  trois  cartes.  Artlius  Ber - 
-  trand,  lihr^ire,  rue  Hautcfeuillc,  n"  2.1.  Prix,  90  fr. 


522  SCIENCES  PHYSIQUES. 

Le  Brésil,  riche  de  ses  mines  d'or  et  de  diamans,  et  de  ses 
bois  précieux,  et  qui  va  le  devenir  bien  plus  par  son  admi- 
nistration libérale  et  sa  belle  culture,  dépérissait,  comme 
Tantale,  au  milieu  des  trésors.  Un  pouvoir  inerte  et  ombra- 
geux y  paralysait  les  nationaux  et  en  repoussait  les  étran- 
gers; il  fermait  à  la  fois  aux  bras  des  manufacturiers 
l'écoulement  de  leurs  produits,  et  aux  pas  des  naturalistes 
le  plus  magnifique  champ  de  découvertes  qui  pût  leur  être 
livré.  Ces  entraves  sont  brisées.  Dans  les  boutiques  de  Rio- 
Janeiro,  les  marchandises  indigènes  commencent  à  rem- 
placer celles  de  Manchester;  et  l'accueil  fait  aux  savans 
voyageurs  les  encourage  à  étendre,  sur  ce  sol  favorisé  de 
la  nature,  leurs  pacifiques  invasions.  Déjà,  sans  parler  des 
beaux  travaux  de  M.  de  Humboldt  sur  l'Amérique  méri- 
dionale (^Y)y.  ci-dessus,  p.  272  ),  d'intéressans  mémoires, 
relatifs  au  Brésil,  ont  été  publiés  par  M.  d'Eschwège,  lieu- 
tenant-colonel dans  le  corps  royal  du  génie,  à  Yilla-Rica. 
D'autres  Allemands,  appuyés  de  hautes  recommandations 
auprès  d'un  gouvernement  afifranchi  de  la  tutelle  britan- 
nique, ijont  occupés  à  visiter  et  à  décrire  cette  contrée  si 
riche  et  si  peu  connue;  et  enfin  avant  eux,  un  prince 
vient  d'en  parcourir  plusieurs  parties  ,  non  pas  en  prince, 
mais  en  observateur  et  en  savant.  Les  mœurs,  la  géogra- 
phie, l'histoire  naturelle,  ont  été  l'objet  de  ses  précieuses 
recherches.  Dépenses,  fatigues,  privations,  périls  môme, 
rien  n'a  coûté  au  prince  Maximilien  de  Neuwied  pour  satis- 
faire sa  généreuse  ardeur,  et  pour  recueillir  les  richesses 
scientifiques  déposées  dans  son  important  ouvrage. 

C'est  une  remarque  très-juste  de  M.  de  Humboldt,  que 
le  continent  de  l'Amérique  méridionale  doit  à  son  peu  de 
largeur,  à  ses  nombreuses  découpures,  ù  sa  prolongation 
vers  le  pôle,  à  ses  chaînes  de  montagnes,  à  l'abondance  de 
ses  fleuves  et  ù  l'étendue  de  ses  forêts,  des  trésors  incom- 


SCIENCES  PHYSIQUES.  523 

parables  de  végétation  ;  mais  à  peine  quelques  journaux 
de  navigateurs  nous  en  donnaient-ils  des  notions  vagues  et 
imparfaites.  Grâce  au  voyage  du  prince  Maximilien,  ces 
trésors  se  développent  à  nos  yeux  dans  leur  magnificence 
et  dans  leur  variété.  Le  Brésil  ne  nous  présente  plus  seu- 
lement cette  multitude  d'oiseaux  brillans  et  de  plantes 
succulentes  qui  lui  sont  communes  avec  les  autres  régions 
de  l'équateur.  Le  savant  voyageur  déploie  devant  nous  les 
beautés  d'une  nature  particulière  :  sous  ses  pinceaux  ha- 
biles ,  une  foule  d'animaux  et  de  végétaux,  jusqu'à  présent 
inconnus  ou  mal  décrits,  nous  font  admirer  la  multitude 
de  leurs  formes  et  l'éclat  de  leurs  couleurs. 

Mais,  de  toutes  les  études,  la  plus  intéressante  pour 
l'homme  est  l'homme  même;  et  sous  combien  d'aspects 
différens  le  Brésil  ne  l'a-t-il  pas  offert  aux  regards  obser- 
vateurs du  prince  de  Neuvried!  Dans  les  villes,  des  colons 
gais  et  insoucians,  des  femmes  vives,  des  moines  igno- 
rans  et  superstitieux  ,  des  esclaves  participant  de  la  paresse 
des  maîtres;  dans  les  campagnes,  des  planteurs  à  demi- 
civilisés,  les  uns  doux  et  affables,  les  autres  brutaux  et 
inhospitaliers;  enfin,  dans  l'intérieur  du  pays,  et  surtout 
dans  la  vaste  étendue  de  forêts  comprise  entre  Rio-Janeiro 
et  Bahia  de  Todos  os  Santos  ,  des  tributs  errantes  de  sau- 
vages, dont  nul  effort  n'a  pu  soumettre  l'indépendance, 
ni  adoucir  la  férocité. 

Parmi  ces  nombreuses  peuplades,  désignées  sous  le  nom 
général  de  Tapouyas,  les  Botocoudys,  redoutés  comme 
les  plus  farouches,  et  très-peu  connus  jusqu'à  ce  jour,  ont 
particulièrement  fixé  l'attention  du  noble  voyageur.  Ils 
doivent  ce  nom  aux  grosses  plaques  de  bois  dont  ils  rem- 
plissent les  ouvertures  pratiquées  à  leurs  oreilles  et  à  leurs 
lèvres  ;  CdiV  bo toque ,  en  portugais,  signifie  le  tampon  d'une 
barique.  On  sait  que  ces  hideux  ornemens  sont  communs 


52A  SCIENCES  PHYSIQIES. 

chez  les  sauvages  des  Indes  ;  mais  nul  peuple  n'a  poussé 
aussi  loin  que  les  Botocoudys  la  dépravation  des  idées  de 
parure  et  de  beauté.  C'est  ordinairement  à  l'âge  de  sept  é'i 
huit  ans  que  les  enfans  des  deux  sexes  sont  soumis  aux 
horribles  mutilations,  destinées  à  défigurer  des  traits  na- 
turellement beaux  et  agréables.  On  étend ,  à  cet  effet,  les 
lobes  de  l'oreille  et  de  la  lèvre  inférieure  ;  on  y  perce  de$ 
trous  avec  des  fiches  de  bois  pointu,  et  l'on  place  dans  l'ou- 
verture, d'abord  de  petits  morceaux  de  bois,  puis  suc- 
cessivement de  plus  grands,  qui  finissent  par  donner  aux 
oreilles  et  à  la  lèvre  une  extension  prodigieuse.  Le  prince 
annonce  avoir  mesuré  l'une  de  ces  plaques,  qui  avait  quatre 
pouces  quatre  lignes  de  diamètre  sur  une  épaisseur  de  dix- 
huit  lignes.  «  Cette  coutume  bizarre,  dit- il,  offre  une 
preuve  frappante  de  l'extensibilité  extraordinaire  de  la  fibre 
musculaire;  car  la  lèvre  inférieure  n'a  l'apparence  que 
d'un  anneau  mince,  placé  autour  de  la  plaque;  il  en  est 
de  même  des  lobes  des  oreilles,  qui  descendent  presque 
jusqu'aux  épaules.  On  peut  ôter  les  plaques  aussi  souvent 
qu'on  le  désire;  alors,  le  bord  de  la  lèvre  tombe  à  plat,  et 
les  dents  inférieures  sont  entièrement  découvertes.  L'ou- 
verture augmente  avec  les  années ,  et  devient  quelquefois 
si  considérable,  que  le  lobe  ou  la  lèvre  se  déchire  ;  en  ce 
cas,  on  attache  l'un  à  l'autre  les  deux  morceaux  avec  un 
liane,  et  l'on  rétablit  ainsi  l'anneau.  »  Le  prince  de  Neu- 
wied  a  déposé,  dans  le  célèbre  cabinet  antropologique 
de  M.Blumenbachde  Gœttingue,  le  crâne  d'un  Botocoudy, 
âgé  de  vingt  à  trente  ans.  «  On  reconnaît  sur  cette  tête ,  que 
la  botoque  a  déjà  fait  tomber  toutes  les  dents  antérieure» 
de  la  mâchoire  inférieure,  et  en  même  tems  a  comprimé 
si  fortement  les  os  maxillaires,  que  les  alvéoles  des  dents 
ont  entièrement  disparu,  et  que  la  mâchoire  est,  dans  cet 
endroit,  devenue  aussi  aiguë  qu'un  couteau...  Les  femmes 


SCIENCES  PHYSIQtES.  525 

portent  aussi  la  botoquc;  mais  elle  est  plos  petite  et  plus 
élégante  que  celle  des  hommes.  » 

Les  Botocoudys  cachent  leurs  parties  sexuelles  dans  une 
gaine,  tressée  avec  des  feuilles  sèches  d'issara.  Ils  ne  pra- 
tiquent point  le  tatouage,  et  se  bornent  à  peindre  leur 
corps  en  noir^  à  l'exception  du  visage,  de  l'avant-bras  et 
des  jambes,  depuis  les  mollets  jusqu'en  bas.  D'autres 
partagent  perpendiculairement  leur  corps  en  deux  moitiés, 
dont  l'une  est  peinte  en  noir,  et  l'autre  reste  dans  son  état 
naturel;  d'autres,  enfin,  ne  se  peignent  que  le  visage,  et 
lepeignentd'un  rouge  ardent.  Les  femmes  s'épilent  toutle 
corps  :  elles  aiment  la  parure,  et  recherchent  surtout  les 
chapelets,  les  mouchoirs  rouges  et. les  petits  miroirs.  Elles 
se  peignent  le  corps  des  mêmes  couleurs  et  de  la  même 
manière  que  les  hommes.  Elles  portent ,  de  même  que  les 
hommes,  des  colliers  de  graines  dures  et  noires,  au  centre 
desquelles  sont  placées. des  dents  de  singe  ou  de  bêtes  car- 
nassières. Au-dessous  du  genou  et  au-dessus  de  la  cheville, 
elles  s'entourent  les  jambes  de  cordons  d'écorce  pour  les 
conserver  fines. 

Près  des  côtes  ,  ces  sauvages  mangent  leurs  prisonniers; 
mais  ils  se  nourrissent,  avec  sensualité,  de  la  chair  des 
singes,  dont  les  squelettes  épars ,  ressemblant  aux  sque- 
lettes humains,  ont  dû  contribuer  beaucoup  à  les  faire 
redouter  des  Brésiliens,  comme  anlropophages.  Ils  sont 
aussi  sobres  quand  la  nécessité  les  y  contraint ,  que  glou- 
tons lorsqu'ils  peuvent  se  livrer  à  leurs  appétits  désordon- 
nés. «  Si  le  hasard  leur  amène  un  gros  animal,  tous  y 
prennent  part  également,  et  en  peu  de  tems  une  provi- 
sion considérable  est  consommée.  On  les  a  souvent  vus, 
après  s'être  surchargé  l'estomac,  se  fouler  mutuellement 
le  ventre. 


526  SCIENCES  PHYSIQUES. 

«  Un  homme  a  ordinairement  autant  de  femmes  qu'il 
en  peut  nourrir  :  leur  nombre  se  monte  quelquefois  à 
douze....  Les  mariages  se  contractent  sans  la  moindre  cé- 
rémonie; le  consentement  des  époux  et  celui  des  parens 
suffisent,  mais  ils  se  rompent  avec  la  même  facilité.  Une 
femme  peut ,  pendant  l'absence  de  son  mari ,  fréquenter 
un  autre  homme  qui  aura  fait  une  chasse  abondante;  cet 
abandon  n'entraîne  pas  pour  elle  de  suites  désagréables. 
Mais,  si  le  mari,  qui  ne  s'est  point  absenté,  rencontre  un 
homme  chez  sa  femme,  il  se  venge  ordinairement  en  l'ac- 
cablant de  coups,  ou  en  la  couvrant  de  meurtrissures.  L'un 
d'eux  coupa  une  fois,  à  une  de  ses  femmes,  tout  le  tour  de 
l'oreille  et  la  saillie  de  la  lèvre,  produite  par  la  botoque  ; 
les  dents  de  cette  malheureuse  restèrent  ainsi  à  découvert, 
et  elle  fut  horriblement  défigurée. 

Dans  leurs  momens  de  loisir,  les  Botocoudys  se  diver- 
tissent à  chanter  et  à  plaisanter.  C'est  surtout  ce  qui  arrive, 
après  une  chasse  et  un  combat  heureux.  La  musique, 
chez  eux,  est  encore  au  berceau.  Le  chant  des  hommes 
ressemble  à  un  bruit  inarticulé  qui  monte  et  descend 
constamment  sur  trois  ou  quatre  notes,  et  sort  du  creux 
de  la  poitrine.  Ils  se  mettent  le  bras  gauche  sur  la  tête, 
ou  bien  se  bouchent  les  deux  oreilles  avec  les  doigts, 
surtout  quand  il  se  trouve  des  spectateurs  autour  d'eux, 
et  ouvrent  démesurément  leur  bouche  défigurée  par  la 
botoque.  Les  femmes  chantent  moins  haut  et  moins  dé- 
sagréablement, mais  ne  font  entendre  de  même  qu'un 
petit  nombre  de  tons  continuellement  répétés.  On  dit  que 
ces  sauvages  mettent  quelquefois  sur  leurs  airs  des  paroles 
qui  se  rapportent  à  leurs  chasses  ou  à  leurs  guerres  ; 
mais  tout  ce  qu'a  entendu  le  prince  Maximilien  ,  ne  lui 
a  semblé  être  qu'un  bourdonnement  sans  articulations. 


SCIENCES  PHYSIQUES.  527 

Ces  peuples,  comme  ceux  de  presque  torute  la  terre,  ont 
conservé  la  tradition  d'un  grand  déluge.  Leur  Noé  est 
un  vieillard  blanc,  appelé  Tamandouari  de  Toupa,  dont 
la  pieuse  famille  seule,  avertie  par  l'Être  suprême,  grimpa 
sur  des  palmiers  durant  l'inondation  qui  fit  périr  le  genre 
humain.  Quand  les  eaux  se  furent  écoulées,  cette  famille 
descendit  et  peupla  la  terre.  Au  reste,  observe  le  judicieux 
voyageur,  les  idées  religieuses  des  Botocoudys  ne  sont  pas 
plus  absurdes  que  celles  des  colons  portugais  de  la  classe  infé' 
rieure;  les  uns  et  les  autres  ne  connaissent  de  la  religion 
que  les  cérémonies  extérieures ,  défigurées  par  des  mome- 
ries  ridicules  et  des  farces  indécentes.  A  Ilheos,  la  fête  de 
Saint-Sébastien  est  célébrée  au  milieu  de  travestissemens, 
de  combats  de  scènes  théâtrales ,  dans  lesquels  la  vie 
de  ce  grand  saint  est  représentée.  M.  de  Humboldt  n'a-t- 
il  pas  vu,  dans  les  Andes,  des  Indiens,  masqués  et  ornés 
de  grelots,  exécuter  des  danses  sauvages  autour  de  l'autel, 
tandis  qu'un  moine  de  Saint-François  élevait  l'hostie  ? 
Ainsi,  dans  toutes  les  révolutions  politiques  de  la  terre, 
les  pratiques  des  religions  se  sont  mêlées  et  ont  succédé 
les  unes  aux  autres ,  sans  que  jamais  le  véritable  esprit 
religieux  ait  pénétré  dans  la  masse  ignorante  des  peuples. 
Les  cérémonies  cèdent  aux  cérémonies ,  et  voilà  tout. 
Et  comment  les  superstitions  n'établiraient-elles  pas  leur 
théâtre  dans  les  colonies  portugaises,  lorsqu'en  Europe 
même,  au  sein  de  la  métropole,  un  jour  la  dispute 
s'étant  échauffée  dans  un  couvent  de  religieuses,  sur  la 
iprééminence  de  saint  Jean  l'Evangéliste  et  de  saint  Jean- 
Bapliste,les  religieuses  évangélistes  se  saisirent  de  ce  dernier, 
ie  dépouillèrent,  le  fouettèrent ,  lui  firent  mille  autres 
ndignités  impossibles  à  décrire,  et  l'enterrèrent  dans  le 
ardin ,  en  chantant  et  en  dansant  sur  la  fosse  ?  Désormais, 


528  SCIENCES  PHYSIQUES. 

ces  scandaleuses'extravagances  ne  se  reproduiront  pas.  De 
plus  sages  institutions  ,  des  lois  plus  libérales  et  plus  justes, 
en  même  tems  qu'elles  améliorent  la  condition  des  hommes, 
épureront  le  culte  de  la  divinité.  Les  lumières ,  en  se 
répandant  sur  toutes  les  diverses  parties  de  ce  riche  royaume, 
y  déposeront  des  germes  de  morale  et  de  prospérité  ;  et, 
parmi  les  ouvrages  qui  auront  contribué  à  déchirer  à 
nos  yeux  les  voiles  dont  il  était  couvert,  le  voyage  du 
prince  Maximilien  de  Neuwied  sera  cité  comme  un  des' 
plus  intéressans.  Aignan,  de  T Institut. 


I 

i 


SCIENCES  MOllALES  ET  POLITIQUES. 

Histoire  de  l'admini^tbation   des  secours  publics  , 
par  M.  le  baron  Dupin  ,  (i). 

Parmi  les  sciences  qui  ^  depuis  trente  années,  ont  fait  tant 
de  progrès  pour  le  bonheur  de  l'humanité,  il  en  est  une  qui 
comprend  en  quelque  sorte  toutes  les  autres,  puisqu'elle  les 
appelle  à  son  aide,  et  leur  fait  partager  ses  travaux;  c'est 
la  bienfaisance  ,  étude  pleine  de  charmes  ,  occupation 
remplie  de  combinaisons  variées,  de  résultats  curieux, 
mais  qui  ne  produirait  qu'une  satisfaction  passagère,  si 
elle  n'était  soumise  à  des  règles  fixes  qui  en  font  une  ins- 
titution durable  et  une  véritable  profession:  la  bienfai- 
sance, considérée  comme  étude,  a  ses  calculs;  comme 
branche  d'administration  ,  ses  lois;  comme  jouissance  du 
cœur,  ses  écueils,  qu'il  faut  étudier,  qu'il  faut  connaître  , 
et  que  l'excellent  ouvrage,  dont  nous  allons  rendre  compte, 
explique  parfaitement.  Guidé  par  lui ,  on  ne  peut  s'éga- 
rer dans  ses  dons  ,  se  tromper  dans  sa  confiance,  et  ,  ce 
qui  n'arrive  que  trop  souvent,  regretter  ou  interrompre 
ses  bienfaits,  par  un  sentiment  même  de  justice  et  de 
raison. 

L'ouvrage  de  M.  Dupin  se  divise  en  tjois  parties.  Dans 
la  première,  il  établit  l'état  ancien  des  hôpitaux,  leur 
fondation  ,  les  dons  qu'ils  réunissaient  progressive- 
ment. On  voit  que  l'esprit  religieux  fonda  la  plupart 
de  ces  étabiissemens ,  depuis  les  princes  de  la  première 
race  jusqu'au   règne  de  Louis-le-Gros.   La  bienfaisance  , 


(i)  Paris,  1821.  Un  vol.  in-8<».  Alexis  Ëjfmery,  libraire,  rue  Ma- 
Kariae ,  n°  3o.  Prix  ,  6  fr.  -  . 

ToniK  XII  3 A 


I 


530  SCIENCES  MORALES 

comme  la  générosité  et  toutes  les  vertus ,  se  trouvait  ab-| 
sorbée  par  l'idée  dominante  du  tems.  On  fondait  des  hô 
pitaux    ou   des    couvens  ,  non  par   humanité    ni    même 
par  un  sentiment  véritable  de  piété,   mais   par  peur  de 
l'enfer,  pro  remedio  animœ  suœ. 

Bientôt,  le  régime  municipal  qui  caractérisa  les  dou- 
zième et  treizième  siècles,  vint  perfectionner  les  institu- 
tions utiles;  et  enfin  ,  dans  les  derniers  tems,  l'esprit  phi- 
losophique porta  l'attention  des  peuples  et  le  zèle  des 
hommes  éclairés  sur  toutes  les  branches  de  l'administra- 
tion et  de  l'économie  publique.  Cependant,  chaque  amé- 
lioration demandait  un  long  tems  pour  s'établir;  il  fallait 
user  les  obstacles  qu'apportaient  l'ignorance  ou  les  préju- 
gés dans  un  pays  où  l'on  ne  pouvait  les  rompre.  C'est  une 
chose  curieuse  à  observer,  dit  l'auteur  ,  que  de  voir  d'a- 
bord les  cahiers  présentés  aux  états  d'Orléans  par  la  no- 
blesse dissidente,  être  adoptés  par  Louis  XIV  cent  ans  plus 
tard  dans  les  édits  sur  la  formation  des  hôpitaux  et  des  ate- 
liers de  charité  ;  puis,  les  projets  des  ministres  de  Louis  XV, 
pour  la  déportation  des  mendians ,  ceux  des  ministres  de 
Louis  XVI  sur  l'amélioration  des  hôpitaux  ,  trouver  place 
dans  les  décrets  de  la  convention.  C'est  cependant  Louis  XIV 
qui  donna  l'idée  de  ces  utiles  changemens  ,  et  on  doit  I 
lui  en  laisser  la  gloire.  A  son  exemple,  les  grands  sei- 
gneurs, dans  leurs  terres  ,  les  prélats,  dans  leurs  diocèses, 
s'ingénièrent  à  faire  du  bien;  et  madame  de  Monlcspan  , 
pleurant  sur  sa  disgrâce ,  cherchait  encore  à  plaire  au  mo- 
narque,  en  fondant,  près  de  son  château  dOiron  ,  un 
hospice  pour  les  enfans  et  les  vieillards,  et  en  préparant 
elle-même  le  bouillon  des  pauvres.  Bientôt,  Saint-Vincent 
de  Paule  encouragea  cette  généreuse  disposition  parmi  les 
gens  riches.  Les  Bâillon,  les  Faure,  _,  les  Ségiiier ,  h^s 
Pré\^'ui  j  les  La  UochefvucaitU ,  y  consacrèrent  une  partie 


( 

i 
I 


El  POLITIQUES.  531 

de   leur  fortune,    comme  ont  fait   depuis   MM.  Cochhi, 
Neckerj  B^aujon ,  et  d'autres  hommes  recommandablcs. 
On  comptait  dans  le  royaume,  avant  la  révolution  ,  740 
hôpitaux  civils,  et  730   petits    établissemens  ,  de  trois  à 
quatre  lits.  Leur  population  totale  était,  selon  31.  Necker, 
de  1 10,000  individus,  dont  26,000  malades  ,   4o, 000  en- 
fans  et  4o,ooo  vieillards,  ou  autres  personnes  présumées 
hors  d'état  de  gagner  leur  vie.  Ils  avaient  environ  3o  mil- 
lions de  revenus,  consistant  en  biens-fonds,  terres,  mai- 
sons ,  rentes,  en  attributions  sur  les  droits  d'entrée  et  oc- 
trois des  villes ,  en  secours  d'argent  formés  par  le  trésor 
royal  ou  assignés  sur  diverses  caisses  ou  établissemens  de 
mont- de-piété,  etc. ,  etc. 

L'administration  de  ces  fonds  et  la  conduite  de  ces  hô- 
pitaux variî^,  suivant  le  tems.    Elle  fut  d'abord  entre  les 
mains  des  ecclésiastiques,    sous    l'autorité  des   évêques. 
Cependant,   leur  gestion   ne   répondant  pas  à  ce  que  l'on 
en  espérait,  en   i3i2,  le  concile  de  Vienne  examina  les 
abus  qui  s'y  étaient  introduits;  il  fut  décidé  que  le  gouver- 
nement de  ces  maisons  serait  remis  à  des  hommes  prudens 
et  de  bonne  réputation.  Cette  mesure  n'ayant  pas  été  suf- 
fisante, Louis  XII  et  François  I*^^'  pensèrent  à  établir  un 
ordre  fixe.  Les  syndics  des  communautés  furent  introduits 
dans  les  conseils ,  avec  des  représentans  du  clergé  et  de  la 
noblesse;  et,  depuis  cette  époque,  l'administration  ne  cessa 
d'avoir  un  caractère  social  et  communal  qui  seul  lui  con- 
vient :  la  révolution  pensa  cependant  porter  un  coup  fu- 
neste à  ces  institutions  en  mettant  leurs  biens  en   vente 
pour  centraliser  tout  le  service  et  le  mettre  aux  frais  de 
l'état.  Heureusement ,  cette  mesure  n'eut  lieu  que  d'une 
manière  imparfaite  ,  et  fut  promptement  révoquée. 

L'organisation  administrative  des  hôpitaux  repose  encore 
sur  la  loi  du  7  octobre  1796,  qui  con^itue  des  cornmis- 

3À* 


532  SCIEiNCES  MORALES 

sions  de  cinq  membres  nommées  dans  le  principe  par  l'ad- 
ministration municipale  et  départementale,  et  depuis  par 
les  ministres,  sur  la  présentation  des  préfets.  L'ordon- 
nance du  6  février  1810  accorde  cette  nomination  au  préfet 
seulement.  M.  Dupin  développe  toutes  les  lois  et  les  droits 
de  cette  administration  qui  sont  fort  sages,  et  qui,  à  l'ex- 
ception de  quelques  changemens,  doivent  être  conservés. 

La  population  actuelle  des  hôpitaux  et  des  hospices  de 
France  est  d'environ  90,000  individus;  savoir:  3o,ooo- 
malades,35,ooo  vieillards  et  infirmes,  25,oooenfans;  dans 
ce  nombre,  ne  sont  point  compris  les  vieillards  en  pension 
dans  leur  famille,  et  les  enfans  nourris  à  la  campagne.  La 
dépense  est  évaluée  au  taux  moyen  de  50  centimes  la 
journée  de  malade,  et  60  centimes  celle  des  vieillards  in- 
firmes et  d«s  enfans;  ce  qui  représente  une  dépense  an- 
nuelle, pour  tous  les  hôpitaux,  de  24  â  25  millions.  Nous 
avons  vu  que  le  revenu  équivalait  et  surpassait  même 
celte  somme,  qui  s'augmente  tous  les  jours  par  les  legs 
nombreux  qui  sont  faits  à  ces  établissemens. 

M.  Dupin  donne  des  détails  intéressans  sur  les  enfans 
trouvés  et  la  mendicité ,  deux  parties  importantes  des  se- 
cours publics. 

Avant  la  révolution ,  le  nombre  des  enfans  trouvés  était 
de  A5,ooo  ;  il  est  maintenant  d'environ  Go, 000,  et  leur 
dépense  s'élève  à  sept  millions.  On  ne  voit  pas,  sans  éton- 
nement  et  sans  tristesse,  sur  les  registres  de  l'étal  civil 
de  Paris,  que  les  enfans  naturels  sont  plus  du  tiers  des 
naissances.  L'organisation  des  secours  pour  cette  classe 
d'êtres  malheureux,  a  sans  doute  contribué  beaucoup  à 
leur  accroissement;  mais  on  ne  peut  regretter  ces  secours, 
lorsqu'on  pense  au  traitement  qu'éprouvaient  ces  malheu- 
reux enfans.  Ils  étaient  vendus  publiquement,  sons  le 
porlail  (!c  Téglise  de  Saint-Landry,  à  des  femmes  malade.^ 


ET  POLITIQUES.  53o 

qui  en  avaient  besoin  pour  faire  passer   leur   lail,    à    des 
bateleurs,  à  des  rnendians  ,   et,  comme  le  disent  les  mé- 
moires du  tcms,  à  des  magiciens  :  le  prix  courant  était  de 
vingt  sols.  Aujourd'hui,  ces  enfans  sont  gardés  avec  beau- 
coup de  soin  :  les  uns  en  nourrice,  les  autres  à  l'hospice 
jusqu*d  l'âge  d(!  douze  ans.  A  cette  époque,  ils  sont  placés 
en  apprentissage    chezwle   bons  fabricans,  et  une  grande 
partie  parvient    à   une    existence     indépen  lante  et  heu- 
reuse. Leur  nombre  est  sans  doute  considérable;  mais  une 
institution  excellente  tend  à  le  diminuer ^  c'est  la  Société 
de  charité  maternelle  j^m^  prévenant  le  malheur  au  lieu 
de  se  borner  à  le  réparer,  porte  des  secours  aux  femmes 
en  couches j  prend  soin   de   leurs    enfans    nouveau-nés, 
et  empêche  que  le  désespoir,  la  honte  ou  le  besoin  ne  les 
leur  fassent  abandonner.  Les  mesures  prises    en  France  , 
et  surtout  à  Paris ,  contre  la  mendicité,  ne  sont  pas  moins 
actives,   mais  sont   moins    efficaces;  et  ce  fléau  ne  peut 
s'adoucir  que  par  l'accroissement  du  bien-être,  de  la  pro- 
duction et  du  commerce  intérieur  qui  en  est  la  suite.  Les 
établissemens  publics ,  les   secours   même   à   domicile   ne 
sont  que  des  palliatifs.  M.Dupin  rend  un  compte  fort  inlé- 
resssant  des  uns  et  des  autres ,  depuis  les  premiers  tems 
de  la  monarchie.  Il  relate  tous  les  édîts  de  nos  rois  à  ce 
sujet;  et ,  pour  consoler  de    l'extrême   rigueur  qu'on  re- 
marque dans  presque  tous  ,    il  nous    peint    les    heureux 
changemens  que    la  législation   moderne    et   l'esprit    de 
bienfaisance   ont  portés   dans  cet  abime  de  misères  hu- 
maines. Outre   les  bureaux  de  bienfaisance,   établis  dans 
toutes  les  communes,  des  distributions  à  domicile  se  font 
presque  partout  aux  frais  des  personnes  charitables  ;  des 
maisons  de  sœurs  de  charité  sont  fondées  dans  beaucoup 
de  lieux,  et,  dans  les  villes  un   peu  considérables,  les  ou 
vriers  forment  eux-mêmes  des  associations  de  secours  poui 


5S4  SCIENCES  MORALES 

les  individus  malheureux  de  leur  profession.  Paris  compte 
environ  quatre-vingts  de  ces  sociétés  particulières  d'ou- 
vriers. On  a  fort  bien  organisé  dans  cette  ville  tout  ce  qui 
concerne  les  secours  publics.  Outre  les  nombreux  établi  - 
semens  pour  l'éducation  des  enfans  et  le  soulagement  des 
malades,  on  compte  un  bureau  de  charité  et  plusieur? 
dispensaires  par  arrondissement.  La  S-. ci  été  phi  lan  tropique 
distribue  trois  millions  de  soupes  ;  et  il  faut  convenir 
que  ces  secours  sont  bien  urgens ,  quand  on  pense  que 
près  de  100,000  indigens  sont  inscrits  sur  les  registres  , 
et  qu'environ  le  septième  de  la  population  est  à  la  charge 
des  autres  habitans. 

C'est  en  mêlant  ainsi  le  tableau  des  maux  de  l'humanité 
à  reloge  des  personnes  charitables  qui  s^occupent  à  les 
adoucir,  que  M.  Dupin  encourage  à  l'étude,  comme  à  la 
pratique  de  la  bienfaisance,  et  l'on  peut  dire  que  son 
ouvrage  est  lui-même  une  bonne  action,  puisqu'il  peut 
être  utile  à  l'exercice  de  bonnes  œuvres. 

Alexandre  de  Laborde,  de  Vlnslitut. 


<vw»w\''.<%\  wv\/v  ivw» 


AnNTJAIRE    niSTORIQtE     UKIVl-RSEL   pOllV    182O  ,* 

par  C.   L.   Lesur   (i). 

«L'AKNÉEdon  nous  donnons  l'histoire  offre  un  spectacle 
mémorable  ,  variis  casibus  plemun  ,  seditioJiibu^  discors  , 
ipsd  etiam pace  sœvum.  »  C'est  jM.  Lesur  qui  s'exprime 
ainsi,  au  commencement  de  sa  préface;  et, en  effet,  il  est 
peu     d'époques    plus    dignes    d'occuper   les    méditations 


(1)  Paris,  1821.  1  vol  in-8°  de  Sj4  pages.  Chez  Fantin  ,  rue  de 
Seine,  n"  \i.  Treiittel  et  Wiirtz,  rue  de  Bourbon,  n"  17  Drlaunay» 
au  Palais-Koyal,  tjalrrie  (\v  bois.  Prix,  10  l'r. 


ET  POLITIQUES.  535 

•îe  l'historien.  Les  deux  inondes  appellent  à  la  fois  ses  ic-. 
gards  ;  et  une  seule  passion  semble  agiter  en  même  tems 
tous  les  peuples  :  l'amour  de  la  liberté.  Des  rivages  du 
Mexique  jusqu'au  pied  des  Andes, l'Amérique,  fatiguée  du 
joug  des  conquérans,  réclame  des  lois  nouvelles;  l'Espagiie 
et  le  Portugal  changent  un  gouvernement  absolu  contre 
un  gouvernement  représentatif;  deux  peuples  de  la  pénin- 
sule italique  veulent  suivre  cet  exemple;  des  rois  s'as- 
semblent en  congrès  et  se  constituent  les  juges  des  peuples 
sur  lesquels  ils  ne  régnent  pas;  de  sourdes  agitations  se 
font  sentir  dans  plusieurs  états  de  l'Allemagne  ;  l'un  des 
princes  de  cette  vaste  contrée  entend  la  voix  de  ses  sujets  , 
et  les  admet  à  discuter  avec  lui  la  constitution  à  laquelle 
ils  doivent  désormais  obéir;  un  peuple  du  Nord,  à  qui  l'on 
a  promis  la  liberté,  voit  ses  députés  unanimes  pour  rejeter 
des  institutions  qui  ne  consacrent  point  ces  promesses  ; 
en  Angleterre,  un  malaise  toujours  croissant,  et  des  besoins 
qu'on  s'obstine  à  méconnaître  avec  plus  d'opiniairelé,  à 
mesure  qu'ils  deviennent  plus  impérieux,  se  font  néan- 
moins entendre  avec  énergie,  et  le  scandale  d'une  grande 
et  imprudente  accusation  fournit  aux  passions  du  peuple 
et  aux  clameurs  de  la  politique  un  aliment  nouveau;  la 
France,  enfln ,  qui  semblait  n'avoir  plus  qu'à  s*avancer 
paisiblement  dans  la  route  constitutionnelle  qui  lui  était 
ouverte,  se  voit  tout-à-coup  arrêtée  dans  sa  marche  par 
un  horrible  forfait  qui,  en  frappant  un  prince  du  sang, 
la  rejette  dans  le  régime  exceptionnel  dont  elle  venait  à 
peine  de  s'affranchir,  et ,  en  changeant  son  système  élec- 
toral, va  peut-être  changer  ses  destinées. 

Sans  doute ,  ce  sera  un  vaste  et  imposant  tableau  que 
celui  où  l'on  va  retracer  des  vicissitudes  si  intéressantes  et 
si  variées.  Mais  que  de  difficultés  il  offre  aux  pinceaux 
du    peintre  î     L'historien    qui     ne  veut    décrire  que     le 


556  SCIEiNCES  MORALES 

passé,  peut  entrer  d'un  pas  égal  et  ferme  dans  les  lem^  qui 
ne  sont  plus;  impassible  comme   les   générations  éteintes 
qu'il  évoque   devant   lui,  il  peut  rester  calme  au   milieu 
des  passions,  impartial  au  milieu  des  partis;  son  bras  équi- 
table pèsera  les  hommes  et  les  événemcns  dans  une   ba- 
lance que  ne  fait  incliner  le  poids  d'aucun  sentiment  per- 
sonnel. Le  juste  et  l'injuste,  l'innocence  et  le  crime  auront 
seuls  le  droit  de  l'émouvoir,  et  il  les  discernera  d'un  œil 
sûr  ;  car  je   suppose  à  l'historien  un  esprit  droit   et  une 
ame  vertueuse.   Mais,  avec  ces  qualités   ntême.  combien 
cette  tâche  est  plus  épineuse  pour  l'écrivain  qui  entreprend 
le  récit  des  événemens   contemporains!   Placé  au  milieu 
de  l'agitation  générale  et  de  tantd'inlérêts  divers,pourra-t-il 
seul  rester  froid  au  sein  des  passions  flagrantes  dont  il  est 
environné?  Ce  ne  sont  plus  les  affaires  des  morts  dont  il 
s'agit,  ce  sont  s«s  propres  affaires;  ce  sont   celles  d'une 
patrie  qu'il  aime  ,  d'une    terre   que   doivent   habiter    ses 
enfans;  n'a-t-il  pas  des  amitiés  ou  des  aversions  \  satis- 
faire, un  amour  propre  à  ménager,  une  fortune  à  mainte- 
nir? On  dit  impunément  la  vérité  aux  morts;  il  est  Irop 
souvent  dangereux  de  la  dire  aux  vivans.  Croit-on,  d'ail- 
leurs, que  la  vérité  soit  si  facile  à  connaître  pour  les  con- 
temporains ?  De  combien  d'illusions  ne  faut-il  pas  se  garder; 
il  est  si  facile  de  voir  la  justice  où  l'on  voit  la  victoire;  il 
est  si  naturel ,  si  utile  de  croire  que  la  puissance  a  toujours 
raison  ;  la  vérité  même,  chez  ceux  qui  succombent,  prend 
je  n«  sais  quelle  apparence  d'erreur.  Souvent   ausbi  l'on 
est  injuste  avec  les  intentions  les  plus  droites;  on  blâme 
un    fait  blâmable  en  lui-même,  et  l'on  ne  songe  pas  qu  e 
ce  fait  a  son  excuse  dans  des  causes  qui  l'ont  rendu   né- 
cessaire, et  que,  pour  être  équitable  ,  il  fallait  signaler 
d'abord.  On  se  fait  un  mérite  d'être  sévère  envers  les  peu- 
pies  ,  et  l'on  a  raison  ;  maïs  on  oublie  qu'il  est  moins  aisé 


ET  POLITIOIES.  537 

et  non  moins  utile  d'être  sévère  envers  les  piiijcei  et  leurs 
ministres. 

Ces  réflexions  sont  générales,  et  nous  n'entendons  pas 
en   faire  une  application  directe  à  l'ouvrage  de  M.  Lesur; 
nous  avons  cru  toutefois  qu'il  convenait  de  donner  une 
idée  de  l'extrême  difficulté  de  son  entreprise,  au  moment 
où  nous  allons  essayer  de  rapprécier.L'-./«777^ruV^aétéloué, 
presque  sans  restriction  ,  dans  plusieurs  feuilles  estimées  ; 
el\i\H(^(vie  Encyctopédiqiis  elle-même  a  rendu  compte  des 
deux  premiers  volumes    (i),   avec   la   bienveillance  que 
méritait  une  entreprise  utile,  et  qu'il  convenait  d'encou- 
rager.   Aujourd'hui  que  son  succès  est  assuré,  nous  n'ac- 
corderons rien  à  l'indulgence.  Avertis  parles  éloges  donnés 
aux  Tolumes  précédens,  et  même  à  celui-ci,   nous  allons 
l'examiner  avec  soin;  et,  si  un  examen  attentif  asiienait 
quelques   réflexions   sévères,    nous  souhaitons   que  cette 
sévérité  ne  déplaise  pas  à  l'auteur,  et  qu'il  n'y  voie  qu'un 
témoignage  de  la  réputation  que  son  ouvrage  s'est  acquise, 
et  de  l'importance  qu'on  attache  à  ses  travaux. 

Le  talent  avec  lequel  on  a  fait  connaître,  dans  ce  Recueil, 
l'objet  et  le  plan  de  VA'inuaii'c,  nous  dispense  de  revenir 
sur  ce  point  (2);  nous  nous  bornerons  à  l'examen  rapide 


(1)  T.  IV,  p.  286;  T.  VIII,  p.  29. 

(2)  Nous  voudrions  cependant  conseillera  M.  Lesur  de  mettre  u» 
peu  plus  de  sévérité  dans  le  choix  des  matériaux  qui  composent  sa 
Chronique.  Parmi  les  faits  qu'il  recueille,  il  en  est  qui  nous  semblent 

~tout-à-fait  indignes  de  figurer  dans  nn  pareil  ouvrage,  et  qui,  destinés 
à  l'oubli  dès  le  lendemain  du  jour  où  ils  sont  connus  ,  peuvent  servir 
tout  au  plus  à  amuser  l'oisiveté  des  lecteurs  des  feuilles  quotidiennes. 
Nous  voudrions  aussi  un  peu  plus  de  justesse  dans  certaines  réflexions. 
Ainsi,  lorsqu'au  sujet  de  l'opposition  manifestée  par  Je  parterre  du 
Théâtre  -  Français  à  l'augmentation  du  prix  des  places ,  l'auteur 
ajoute  :  »  Cette  lutte  a  balancé,  pendant  une  semaine,  l'intérOt   de» 


I 


o"8  SCIENCES  MORALES 

dos  priijc'palrs  matières  contenues  dans  ce  volume,  et  nous  * 
coFiîmcnçons  avec  M.  Lesur  par  la  session  des  chambres. 
Nous  ne  nous  occuperons  pas  de  la  vérification  des  pouvoirs, 
qni.  cette  année,  offrit  une  question  que   nous  ne  voulons 
pas  traiter  ici ,  ni  de  la  demande  des  douzièmes  provisoire?, 
abus  périodique,  dont  nous  serons    sans  doute  bientôt  dé- 
barrassés ;  mais   nous    dirons  quelques  mots  des  pétitions 
présentées  par  environ  vingt  mille  citoyens  pour  demander 
le  maintien  de  la  loi  des  élections.  On  sait  que  ces  pétitions 
furent  écartées,  par  l'ordre  du  jour,  à  une  majorité  de  cinq 
VOIX  ;  cette  majorité,  qui  n  en  eut  pas  ete  une  dans  un  pays 
où  les  principes  parlementaires  eussent  été  mieux  connus, 
qui  eût  été  une  minorité  véritable,  en  Angleterre,  où  les  mi- 
nistres auraient  eu  la  pudeur  de  ne  pas  compter  leurs  voix, 
préjugea  ,  dans  cette  circonstance  ,  une  grande  question  , 
celle  du  système  électoral.  Car,  malgré  tout  ce  qui  fut  dit, 
à  celte  occasion,  sur  l'abus  des  pétitions  ,  les  partisans  de 
Tordre  du  jour  avaient  pour  but  de  se  ménager  un  premier 
triomphe,  gage  d'un  triomphe  plus  important,  dans  l'atta- 
que projetée  contre  la  loi  des  élections.  Personne,  en  effet, 
ne  considéra   comme    un   argument   sérieux  le  reproche 
fait  aux  pétitionnaires  par  un  ministre,  de  donner  au  droit 
de  pétition  une  extension  inconstitutionnelle,  lorsqu'on  se 
souvenait  que,  l'année  d'auparavant ,  des  pétitions  ,  dont 
l'objet  était  absolument  le  même,  avaient  été  trouvées  très- 
constitutionnelles  par  les  ministres  qui  redoutaient  alors 
l'effet  de  la  proposition  de  M.  Barthélémy.  Or,  M.  Lesur, 
qui,  dans  son  Annuaire  de  1819,  ne  dit  nullement  qu'il  ait 


querelles  politiques  ;  »  il  fait  une  remarque  qui  a  le  double  tort  d'être 
inexacte  et  de  jeter  sur  des  événcmens  graves  un  air  de  ridicule  ^  et 
sur  le  caracttTc  national   un  vernis  de  légèreté,  dont  le  reproche,, 
pour  être  >ine  vieille  habitude,  n'est  pas  moins  aujourd'hui  une  in- 
juslicc. 


ET  POLITîQllKS  55;) 

été  elTrayé  des  pétitions,  partage,  en  1820,  TiilTroi  des  mi- 
nistres, et,  sans  donner  son  opinion  sur  l'inconslitutionna- 
lité  de  la  démarche  des  pétitionnaires, ce  qui  était  cependant, 
nous  le  croyons,  la  première  question  à  décider,  il  parl<;  du 
«  danger  qu'il  y  aurait  eu  pour  la  tranquillité   publique  , 
pour  le  gouvernement,  et  même  pour  la  dynastie,  de  céder 
à  des  pétitions.  »  Cette   assertion  de  M.    Lesur  semblera 
bien  singulière,  si  l'on  fait  attention  aux  événemens  dont 
il  se  sert  pour  l'appuyer,  je  veux  dire,  la  vivacité  des  dé- 
bats qui  eurent  lieu  à  l'occasion  Se  la  nouvelle  loi  d'élection 
et  les  troubles  de  juin;  car,  si   l'on  peut   établir   quelque 
rapprochement  entre  ces  faits  elles   pétitions,  la   consé- 
quence qui  se  présente  à  tout  esprit  juste,  c'est  que   les 
faits  n'auraient  probablement  pas  existé,  si  les  pétitions 
eussent  été  accueillies.  D'ailleurs,  quel  est  donc  ce  singu- 
lier scrupule  de  céder  à  défi  pétitions?  Il    s'agit   bien  ,  en 
'matière  de  gouvernement,  d'écouter  la  susceptibilité  d'un 
vain  amour-propre  ;  examinez  si  c'est  le  vœu  de  la  raison 
qui  parle  dans  les  pétitions;  et   si  vous  répondez  affirma- 
tivement, il  faut  bien  les  admettre.    Car  c'est  un  devoir 
sacré  d'écouter  la  raison,  quelque  soit  l'organe  dont  elle 
se  sert  pour  se  faire  entendre. 

Avant  d'arriver  à  l'affaire  capitale  de  cette  session  ,  le 
changement  du  système  électoral ,  M.  Lesur  a  dû  rappeFer 
la  discussion  des  lois  d'exception, présentées  aux  chambres, 
deux  jours  après  l'horrible  attentat  qui  enleva  à  la  cou- 
ronne l'un  de  ses  plus  proches  héritiers.  Peut-être  eût- il 
été  digne  d'un  historien  et  d'un  publiciste  de  laisser  en- 
trevoir sa  pensée  sur  des  mesures  si  grave5,et  qui  rejetaient 
la  France  sous  un  régitne  dont  elle  avait  eu  tant  de  peine 
à  se  débarrasser.  On  lit  pour  s'éclairer,  et  les  gens  sensés 
n'apprécient  un  livre  qu'autant  qu'ils  y  ont  puisé  quelques 
iMmièrcs.  Nous  n'avons  rien  trouvé  qui  appartînt  à  M.  Le- 


5A0  SCIENCES  MORALES 

suF,  dans  l'analyse  de  la  discussion  concernant  le  pouvoir 
léclamé  par  les  minisires  d'emprisonner  sans  jugement, 
hormis  le  reproche  qu'il  adresse  au  côté  gauche  de  s'être 
laissé  emporter  p(ir  une  éloquence  passionnée ,  et  particu- 
lièrement à  !M.  Martin  de  Gray  d'«t'  /;'  attaqué  le  projet 
avec  plus  de  véhémence  et  de  p(i>sion.  Pour  nous,  nous  fé- 
liciterons l'honorable  député  que  la  chambre  vient  de 
perdre,  d'avoir  mérité  le  reproche  qu'on  lui  fait  ici.  Dans 
notre  conviction,  les  lois  d'exception  sont  funestes,  surtout 
au  gouvei-neinent  qui  les  emploie;  et,  selon  nous,M.Mailin 
de  Gray  a  fait  un  acte  de  patriotisme  en  les  repoussant. 
S'il  a  mis  quelque  passion  dans  ses  discours,  ce  fut  l'effet 
d'une  chaleur  vertueuse,  dont  il  peut  encore  s'honorer. 
Quant  à  la  loi  sur  la  censure  des  journaux,  notre  auteur 
nous  donne  son  opinion  :  «Plus  on  étudiera  cette  discussion 
qui  se  prolongea  pendant  neuf  jours,  dit-il,  plus  on  se  con- 
vaincra que  son  intérêt  tenait  moins  au  développement 
des  principes  qu'aux  querelles  des  partis,  et  aux  attaques 
dirigées  contre  le  ministère.  »  Nous  croyons  que  cette 
réflexion  est  encore  une  erreur;  si  ces  querelles  et  ces 
attaques  se  sont  mêlées  à  la  discussion,  c'était  un  effet  né- 
cessaire de  la  situation  des  choses;  mais  nous  sommes  per- 
suadés, quoi  qu'en  dise  Tauteur  àaV Annuaire,  que  le 
maintien  des  principes  fondamentaux  de  toute  liberté  était 
l'objet  principal  des  adversaires  du  projet,  et  la  cause  de 
ce  grand  intérêt  que  la  discussion  inspira  dans  la  nation. 

L'effet  des  dernières  élections  faites  d'après  la  loi  du 
5  février,  avait  été  de  renforcer  le  côté  gauche,  d'af- 
faiblir le  côté  droit ,  et  de  dépeupler  presque  entière- 
ment le  centre.  Ce  résultat  ne  pouvait  manquer  d'être , 
aux  yeux  des  ministres,  une  preuve  manifeste  des  incon- 
véniens  du  système  électoral  qu'on  avait  conservé,  l'année 
pi\;cédentc,  nu  prix  de  tant  d'efforts;  aussi,  l'on  saTait  que 


f 


ET  POLIUQUl^S.  5 Al 

l'intenlion  du  ministère  élait  d'y  proposer  d'importantes 
modilications.  Il  nous  serait  impossible ,  dans  les  bornes 
étroites  qui  nous  sont  prescrites,  d'aborder  une  question 
aussi  grave,  et  d'essayer  de  faire  apprécier  les  différens  pro- 
jets qui  furent  successivement  présentés  et  discutés.  Nous 
ne  pouvons  indiquer  les  incidens  variés  de  la  discussion, 
les  vicissitudes  singulières  de  l'amendement  proposé  par 
Camille  Jordan,  et  les  mouvemens  que  le  grand  intérêt  de 
la  question  souleva  dans  Paris.  Il  y  a,  dans  cette  époque 
de  notre  histoire,  certaines  obscurités  qu'il  ne  nous  appar- 
tient pas  d'éclaircir,  que  sans  doute  M.  Lesur  ne  pouvait 
pas  non  plus  expliquer,  mais  que  peut-être  il  aurait  dû 
signaler.  Toutefois ,  il  ne  nous  a  pas  semblé  s'en  être 
aperçu.  On  sait  que  la  nouvelle  loi  adoptée  à  la  chambre 
des  députés  le  fut  ensuite  à  la  chambre  des  pairs,  à  une 
plus  forte  majorité;  sur  quoi  M.  Lesur  dit  :  «  Il  est  à  re- 
marquer que  la  minorité  restée  favorable  à  la  loi  du  5  fé- 
vrier 1817,  est  inférieure  au  nombre  des  pairs  créés  en 
1819  pour  la  soutenir;  M.  le  garde  des  sceaux  l'avait  prédit.» 
Nous  croyons  que  cette  remarque  est  au  moins  oiseuse,  et 
que  la  prédiction  de  M.  le  garde  des  sceaux  n'était  pas  très- 
difficile  à  faire.  Il  est  bien  évident  que  ,  }>our  se  former 
une  majorité  dans  la  chambre  des  pairs,  en  1819,  le  mi- 
nistère y  avait  fait  entrer  ses  amis;  la  plupart  de  ces  pairs 
étaient  encore,  en  1820 ^  les  amis  du  ministère.  Est-ce  là 
ce  qui  étonne  M.  Lesur?  Quant  à  l'objet  de  la  loi,  nous 
ne  ferons  que  cette  réflexion  :  la  loi  de  1817  avait  placé, 
en  grande  partie ,  la  puissance  électorale  dans  la  portion 
moyenne  de  la  nation ,  c'est-à-dire  dans  la  portion  la  plus 
éclairée,  la  plus  indépendante,  la  plus  libre  des  préjugés 
de  l'édu'fcation  et  des  besoins  de  l'ambition;  si  les  ministres 
ne  crurent  pas  pouvoir  trouver  dans  cette  classe  de  citoyens 
une  majorité  ministérielle,  nous  n'hésiions  pas  aie  dire. 


^k%  SCiKNCliS  MOIULES 

c'est  un  tenible  préjugé  contre  le  ministère  d'alors.  Au 
reste ,  nous  sommes  persuadés  que ,  sans  le  déplorable 
malheur  du  i3  février,  la  loi  de  1817  eût  encore  trouvé 
dans  la  thanibre  des  députés  une  majorité  suffisante  pour 
la  soutenir,  au  moins  dans  ses  dispositions  fondamentales. 

Après  avoir  accordé  à  la  discussion  des  lois  de  finances 
toute  l'attention  que  leur  importance  mérite,  l'auteur  de 
VAinmciire  note  quelques  dispositions  législatives  d'un 
moindre  intérêt  ;  et  ensuite  il  passe  de  l'histoire  des 
chambres  à  celle  des  événemens  qui ,  sans  se  lier  aux  af- 
faires législatives  de  cette  année,  méritent  cependant  d'oc- 
cuper une  place  dans  nos  annales. 

L'un  des  plus  importans  est  la  découverte  de  la  conspi- 
ration militaire.  Nous  sommes  forcés  de  l'avouer,  nous 
n'avons  pas  vu ,  sans  quelque  peine  ,  les  expressions,  dont 
un  écrivain  aussi  grave  que  l'auteur  de  VJlnnuaire,  s'est 
servi  dans  cette  circonstance  :  «  A  neuf  heures,  dit-il, 
plusieurs  des  coupables  signalés,  qui  se  trouvaient  dans  les 
casernes,  furent  arrêtés,  au  premier  ordre  des  chefs  de 
leurs  corps  respectifs,  par  les  officiers  et  soldats,  empressés 
cl* éloigner  de  leurs  rangs  des  hommes  qui  avaient  faussé 
leurs  serni.ens.  »  Nous  ne  savons  si  le  sentiment  exprimé 
dans  ces  derniers  mots  s'est  effectivement  manifesté;  mais, 
dans  tous  les  cas,  il  semble  que  M.  Lesur  ne  devait  le  rap- 
porter que  pour  le  marquer  d'une  sévère  réprobation. 
Est-ce  donc  à  un  historien  qu'il  faut  rappeler  ce  principe 
d'éternelle  justice  :  que  l'accusé  est  toujours  présumé  in- 
nocent.^ ou  bien,  selon  W.  Lesur,  ce  principe  cesserait-il 
d'être  vrai,  quand  c'est  le  gouvernement  qui  accuse? 
Lorsque  l'auteur  écrivait ,  tous  les  accusés  étaient  sous  la 
sauve-garde  de  ce  principe,  l'innocence  de  tous  était  pré- 
sumée; depuis,  une  procédure  solennelle  a  proclamé  l'in- 
nocence du  très-grand  nombre  des  inculpés.  M.  Lesur  dit 


I 


ET  POLITIQUES.  dA3 

lui-iiitMno,  deux  pages  plus  bas^  qu'apièi  une  iiislriictiou 
préliuiinaire ,  qui  dura  cinq  à  six  mois  ,  sur  soixante-quinze 
prévenus,  quaranle-un  furent  renvoyés  de  la  poursuite; 
et  il  dira,  dans  son  prochain  Annuaire,  que  sur  les  trente- 
quatre  autres,  sept  seulement  ont  été  condamnés.  Com- 
ment faudrait-il  donc  qualifier,  si  l'on  s'en  rapportait  ici 
à  l'assertion  de  l'auteur,  cette  espèce  de  sentence  préa- 
lable, prononcée  contre  un  grand  nombre  d'innocens,  par 
la  force  armée ,  chargée  de  leur  arrestation  ?  Au  reste,  nous 
aimons  à  absoudre  l'intention  de  M.  Lesur;  mais  nous 
avons  dû  relever  ses  paroles. 

Parmi  les  grands  travaux  ministériels  de  celte  année, 
l'auteur  cite  le  rapport  du  ministre  de  la  guerre,  sur  la 
nouvelle  composition  de  infanterie  française.  «  Ce  rap- 
port, aussi  important  à  méditer  (selon  lui  )  que  l'ordon- 
nance, doit  être  mis  à  côté  de  la  loi  du  recrutement, 
comme  la  base  de  l'organisation  militaire  de  la  France.  » 
C«ux  même  qui  partageraient  l'estime  que  M.  Lesur  fait  de 
ce  travail,  pourraient  encore  désirer  ici  quelques  particu- 
larités historiques  qu'on  n'aurait  point  dû  oublier  dans  un 
ouvrage  destiné  à  fournir  des  matériaux  à  l'histoire.  Sous 
ce  point  de  vue,  nous  sommes  obligés  d'indiquer,  en  pas- 
sant, une  autre  petite  inexactitude,  relative  à  la  souscrip- 
tion pour  l'achat  du  château  de  Chambord.   «  Ce  vœu  fut 
accueilli,  dit  M.   Lesur;  les    communes  et  les  citoyens 
s'empressèrent  de  souscrire,  et  le  château  a  été  ensuite 
acheté,  au  prix  de  i,5A2,ooo  fr.  »    Cette  dernière  partie 
du  fait  est  exacte,  le  reste  est  sans  doute  un  vœu  que 
M.  Lesur  a  voulu  exprimer;  mais  il  faut  prendre  garde, 
quand  on  écrit  l'histoire,  de  donner  ses  vœux  pour  des 
réalités;  M.  Lesur  sait  à  présent,  par  une  autorité  bien 
instruite,  et  qu'il  ne  révoquera  pas  en  doute,  le  Moniteur^ 
^ue.,   malgré  des  provocations  multipliées  (  ce  sont  les 


5AA  SCIENCES  MORALES 

termes  (iu  journal  ofTiciel  ) ,  on  n'a  pu  réunir  qu'une  faible 
partie  du  prix  d'achat.  Et  nous  avouons  que  nous  ne  sau- 
rions l'aire  un  reproche  à  la  grande  masse  des  citoyens , 
d'avoir  pensé  que  ce  ne  soal  p;is  là  les  preuves  d'amour 
qu'il  faut  donner  aux  princes ,  et  d'avoir  cru  que,  dans  un 
pays  où  beaucoup  de  malheureux  manquent  d'abri,  le 
plus  pressé  n'est  pas  de  donner  un  château  de  plus  à  un 
jeune  prince,  qui  n'a  que  l'embarras  du  choix  entre  les 
demeures  royales. 

Un  des  événemens  les  plus  iniportans  de  celte  année,  . 
ce  fut  le  premier  essai  de  la  nouvelle  loi  d'élection.  Voici 
ce  qu'en  dit  M.  Lesur  :  «  le  résultat  des  élections,  ora- 
geuses dans  quelques  endroits  seulement,  fut  à  peu  près 
tel  qu'on  l'avait  prévu.  Dans  les  collèges  de  département, 
l'ascendant  de  la  grande  propriété  enleva  presque  tous  les 
suffrages.  Dans  la  plupart  des  arrondissemens,  circonscrit^ 
de  manière  d  briser  les  coalitions  des  libéraux ,  les  roya- 
listes eurent  encore  l'avantage  ;  et  presque  partout,  le 
ministère,  prononcé  pour  eux,  obtint,  à  peu  d'exceptions 
près,  les  choix  qu'il  avait  désignés.  On  a  calculé  que  ,  sur 
deux  cent  vingt  députés  élus  ,  il  se  trouva  quarante-quatre 
présidens  ou  vice-présidens  ,  soixante-quinze  membres  de 
la  chambre  de  181 5,  et  seulement  trente-quatre  à  trente- 
cinq  libéraux....  Ainsi  désappointés,  les  libéraux  se  plai-, 
gnirent  de  ce  qu'aux  combinaisons  d'une  loi  qui  leur  était 
si  défavorable,  le  ministère  avait  ajouté  tout  le  poids  de 

son  influence »  Ces  faits  parlent  d'eux-mêmes;  c'est  ce. 

qui  fait,  sans  doute,  que  M.  Lesur  n'y  joint  aucune  ré- 
flexion. Malgré  le  désappointement  de  ces  pauvres  libé- 
raux, on  ne  les  crut  pas  encore  assez  battus.  «  MM.  Laine? . 
de  Villele  et  Corbières  furent  nommés  ministres  secré- 
taires d'état  sans  portefeuille,  ayant  voix  au  conseil  ;  créa- 
tion vue.... ,  j)(ti-  les  esprits  modérés^  commc  une  aggréga-^ 


F/r  POLÏTIQUES.  5/V5 

tion  nécessaire  dans  l'accroissement  de  la    chambre  des 
députés,  pour  y  conserver  la  majorité  ministérielie.  »   On 
voit,  par  cette  remarque ,  que  l'auteur  de  V Annuaire  se  dé- 
clare un  grand  partisan  du  système  de  bascule.  Pour  nous, 
qui  voudrions  bien  aussi  être  modérés,  mais  qui  ne  pou- 
vons pas  l'être  comme  M.  Lesur,  cette  nécassité  ne  nous 
a  point  frappés;  nous  espérons  que  V Annuaire  de   1821 
nous  la  fera  mieux  sentir,  en  nous  démontrant  les  avan- 
tages que  la  nation  a  retirés  de  cette  aggrégation  de  talens. 
Nous   avons   dû    consacrer  à   l'histoire    de  notre  pays 
presque  tout  l'espace  qui  nous  est  accordé;  le  peu  qui  nous 
reste  suffit  à  peine  pour  indiquer  les  principaux  faits  de 
l'histoire   étrangère.  Nous  passerons  rapidement  en   Au- 
triche,  où  nous  n'avons  guère  remarqué  que  la  réponse, 
«n  latin,  de  l'empereur,  à  une  députation   du  comté  de 
Pest,  réponse  dans  laquelle  S.  M.   dit  que  tout  le  monde 
devi-nit  fou,  totiis  mitndus  dsllrat ;  en  Prusse,  où   nous 
voyons  qu'un   édit  accorde  aux  seigneurs,   entre  autres 
privilèges  :  «  l'exemption  du  service  et  du  logement  mili- 
taires, des  taxes  personnelles,  du   droit  de  timbre  et  de 
l'impôt  foncier  sur  leurs  domaines  seigneuriaux,  en  sorte 
qu'ils  ne  soient  astreints  qu'^wA;  Impaaitions  indirectes.^)  Et , 
laissant  derrière  nous  diverses  autres  contrées  de  l'Alle- 
magne, nous  nous  hâterons'd'arriver  au  pays  deHesse-Dar- 
tnstadt,  qui  offre,  cette  année,  un  spectacle  digne  de  toute 
l'attention  des  publicistes.   On  voit  le  prince  présenter  à 
èe5  sujets  une  constitution,  dont  les  dispositions  impar- 
faites ne  s'accordent  ni  avec  les  lumières  du  siècle,  ni  avec 
les  besoins  du  peuple;  une  chambre  de  députés  refuser 
hautement  d'accepter  un  pareil  acte,  et,  après  une  lutte  , 
où  la  fermeté  des  mandataires  du  peuple  ne  saurait  être 
trop  louée,  le  prince,  revenant  à  des  conseils  plus  sages, 
donner  une  déclaration ,  où  l'on  trouve  ces  paroles  remar- 
ToME  \ii.  35 


5A6  SCIENCES  MORALES 

quables  :  «  Les  états-généraux  sont  invités^  au  nom  de 
S.  A.  R. ,  à  s'occuper,  le  plus  tôt  possible,  et  avant  toute 
nouvelle  délibération,  d'un  projet  de  constitution,  qui 
sera  soumis  au  grand -duc,  afin  d'accélérer  le  moment 
heureux  qui,  en  assurant  à  ce  peuple  toutes  les  garanties 
constitutionnelles,  laisse  au  souverain,  désormais  le  chef, 
et  non  le  dominateur  de  l'Etat,  la  douce  conviction  d'avoir 
un  plus  grand  pouvoir  sur  le  cœur  de  ses  sujets.  »  En  con- 
séquence, après  des  travaux  communs,  la  nouvelle  cons- 
titution tut  arrêtée  d'un  consentement  unanime...  Le  jour 
de  sa  publication  fut  un  jour  de  fête  pour  tous  les  habitans 
du  grand-duché  ;  elle  fit  sensation  en  Allemagne  par  des 
motifs  divers.  Ce  petit  peuple  mérite  d'être  ofifert  en 
exemple  au  monde,  et  l'on  ne  saurait  donner  trop  d'éloges 
ù  la  noble  franchise  de  ces  députés  qui  ne  craignent  pas  de 
dire  la  vérité,  et  à  la  haute  raison  de  ce  prince  qui  ne  craint 
pas  de  l'entendre. 

La  Pologne  était  moins  heureuse;  elle  avait  bien  ui>e 
constitution;  mais  les  lois  secondaires,  destinées  à  mettre 
en  jeu  la  loi  principale,  ne  semblaient  pas  remplir  le  vœu 
des  citoyens.  Un  projet  de  code  de  procédure  criminelle 
fut  proposé  ;  il  subit  de  graves  reproches  :  l'institution  du 
jury  était  refusée  à  la  Pologne.  Cette  loi  nouvelle  était  une 
infraction  à  l'article  de  la  constitution,  en  vertu  duquel 
un  citoyen,  qui  n'est  encore  convaincu  d'aucun  délit,  ne 
peut  être  arrêté;  il  n'existait  pas  de  garantie  réelle  de  la 
liberté  individuelle  ;  la  législation  polonaise  ne  contenait 
aucune  disposition  relative  à  la  liberté  de  la  presse,  aban- 
donnée au  despotisme  de  la  censure.  Ces  reproches  étaient 
graves,  et  la  loi  fut  rejetée  à  une  majorité  de  120  voix 
contre  3,  «  majorité  qui  n'étonne  pas  moins,  dit  M.  Lesur, 
que  la  chaleur  des  discussions.  »  Et  d'où  vient  donc  cet 
étonnement  ?  ne  connaît-on  pas  le  patriotisme  des  Polo- 


Kt  POLITIQUES.  5A7 

nais  ?  Et  quipoiirrait  soutenir  que  des  lois  où  manquent  les 
garanties  qu'on  vient  d'énoncer,  soient  dignes  d'être  ac- 
ceptées par  des  peuples  libres  ?  L'auteur  de  V Annuaire 
a  tort  de  voir,  dans  cette  opposition  légale,  un  esprit 
d'hostilité  contre  le  gouvernement,  puisque  cette  même 
assemblée,  qui  rejette  une  mauvaise  loi,  vote  les  impôts 
«  presque  sans  opposition.  »  Ce  sont  les  propres  paroles 
de  M.  Lesur,  ce  qui  ne  l'empêche  pas  de  dire  que  «l'opi- 
nion publique  semblait  se  détériorer  de  jour  en  jour,  soit 
par  la  tendance  naturelle  des  esprits  lancés  dans  la  route 
des  innovations j  soit,  comme  on  osait  le  dire  hautement, 
parce  que  la  constitution  n'était  pas  exécutée  dans  l'esprit 
généreux  qui  l'avait  dictée.  »  Certes,  après  les  faits  que 
nous  venons  de  rappeler,  il  y  a  une  étrange  distraction  à 
poser  cette  alternative;  car,  des  deux  suppositions,  la  pre- 
mière n'est  probablement  venue  dans  l'esprit  de  personne. 
Noiis  remarquons  aussi  qu'il  est  assez  curieux  de  voir  un 
puWiciste  taxer  à' innovations,  chez  un  peuple  que  l'on  dit 
libre,  la  demande  du  jury,  de  la  liberté  individuelle  et  de 
la  liberté  de  la  presse.  Un  fait  digne  d'être  recueilli  par 
l'histoire ,  c'est  que ,  pendant  que  ces  choses  se  passaient 
en  Pologne,  plusieurs  provinces  de  l'empire  rus!?e  rece- 
vaient avec  enthousiasme  l'ukase  qui  proclamait  leur 
affranchissement.  ' 

Le  procès  de  Thistlewood  et  celui  de  la  reine  occupent 
cette  année  presque  toute  l'histoire  d'Angleterre  :  cette 
dernière  procédure,  qui  a  si  vivement  piqué  la  curiosité 
du  moment,  mais  qui  enfin  s'est  trouvée  sans  résultat  poli- 
iique  de  quelque  importance,  a  perdu  presque  tout  son 
intérêt  devant  ces  grands  événemens  qui  ont  rempli  le 
Miidi  de  l'Europe.  On  sent  bien  qu'ici  tous  les  détails  nous 
«ont  interdits,  et  que  nous  devons  nous  borner  à  indiquer 
:«jeulement  l'esprit  de   l'ouvrage  que  nous  examinons.  Il 

oh 


6A8  SCIENCES  MORALES 

n*cst  point  favorable  aux  changemens  qui  se  sont  opérés 
dans  les  deux  péninsules;  et  lorsque  l'auteur  en  cherche 
les  motifs,  il  ne  nous  semble  pas  fort  habile  ni  fort  heu- 
reux à  les  découvrir.  Ainsi,  par  exemple,  il  nous  dit  que 
«  la  véritable  cause  de  la  révolution  de  Naples  était  sur- 
tout le  désir  si  généralement  répandu  d'avoir  une  cons- 
titution nouvelle.  »  Et  c'est  une  vérité  incontestable,  mais 
qui  malheureusement  ne  nous  explique  rien;  car  il  nous 
reste  encore  à  demander  à  M.  Lesur  quelle  était  la  cause 
de  ce  désir  si  général  ;  et  bien  certainement  il  y  en  avait 
une.  Il  est  une  vérité  dont  il  faut  bien  convenir,  parce 
que  ce  n'est  point  une  opinion ,  mais  un  fait  :  quand  un 
peuple  est  agité  par  quelque  idée  dominante,  quand  cette 
idée,  filtrant,  pour  ainsi  dire,  dans  toutes  les  classes 
de  la  société,  se  répand  comme  une  sève  active  et  vi- 
goureuse, il  faut  bien  reconnaître  que  d'autres  tems  ont 
amené  d'autres  besoins,  et  qu'il  est  déjà  trop  tard  pour 
comprimer  cette  surabondance  de  forces,  dangereuse,  si 
vous  vous  obstinez  à  en  arrêter  le  développement,  salur 
taire  et  profitable,  si  vous  la  dirigez  avec  habileté  et  dans 
le  noble  but  de  l'utilité  publique.  C'est  le  premier,  devoir 
des  hommes  chargés  de  conduire  les  peuples,  que  de 
pressentir  ces  besoins ,  d'en  reconnaître  les  symptômes  et 
de  trouver  les  moyens  d'y  satisfaire ,  avant  qu'ils  se  soieat 
impérieusement  déclarés.  Ce  devoir  est  difficile,  sans 
doute,  mais  indispensable.  Quel  triste  sujet  de  réflexions, 
quand  on  pense  que  si,  depuis  quarante  ans,  le  hasard  de 
la  naissance  eût  placé  sur  le  trône  dix  ou  douze  hommes 
capables  de  remplir  ce  devoir  dans  toute  son  étendue, 
si  seulement  des  hommes  d'état,  dignes  de  ce  nom,  eus^  i 
sent  paru  dans  les  conseils  intimes  des  princes ,  d'innom- 
brables malheurs  eussent  été  épargnés  au  monde!  Vu 
siècle  fut  o\\  la  monarchie  absolue   était  la  destinée  dos 


ET  POLITIQUES.  bh9 

peuples;  les  peuples  furent  obligés  de  la  subir;  elle  élait 
dans  l'esprit  du  tems.  Un  autre  esprit  règne  aujourd'hui , 
c'est  le  siècle  des  gouvernemens  représentatifs;  il  y  a  né- 
cessité de  s'en  accommoder.  Sans  doute,  l'établissement 
d'une  loi  fondamentale  par  la  force  militaire  est  une  chose 
fâcheuse,  l'exemple  en  peut  être  funeste,  et  malheur  â 
qui  en  ferait  un  principe  de  politique  I  Mais  si,  en  condam- 
nant le  principe,  on  examine  froidement  les  résultats  et 

I    les  motifs;  si  l'on  fait  avec  équité  la  part  des  hommes  et 
des  choses,  dans  ces  mémorables  révolutions  ,  nous  croyons 

I    que  ce  ne  sera  ni  la  légèreté  des  peuples,  ni  l'esprit  sédi- 
tieux des  soldats  qu'il  faudra  d'abord  accuser. 

Nous  espérions  trouver  quelques  réflexions  de  ce  genre 
dans  r Annuaire;  nous  avons  été  trompés  dans  notre  attente. 
Les  peuples  y  sont  jugés  avec  une  grande  sévérité,  les 
gouvernemens  avec  beaucoup  d'indulgence;  et  nous  croyons 
pouvoir  donner  en  deux  mots  une  idée  juste  du  livre  de 
M.  Lesur  :  c'est  un  résumé  assez  bien  rédigé  de  gazettes 
censurées.  Trop  souvent  les  faits  sont  dissimulés  ou  mal 
éclaircis,  et  les  réflexions  sont  faites  sans  liberté,  sans 
exactitude ,  sans  profondeur.  Est  -  ce  donc  là  ce  que  de- 
vrait être  un  ouvrage  tel  que  celui-ci  ?  Il  nous  semblait 
que  l'auteur  était  appelé  à  des  fonctions  plus  relevées 
et  plus  utiles;  lui-même  ne  l'ignore  pas  :  «Si  nous  ne 
faisons  pas  encore  de  l'histoire,  dit-il  dans  sa  préface, 
nous  en  réunissons  tous  les  documens  ,  nous  en  sommes 
les  rapporteurs;  ce  rapport  doit  être  exact,  impartial  et 
complet.  ))Eh  quoi!  M.  Lesur  penserait-il  que  le  rapporteur 
des  grands  débats  de  l'histoire  ne  doit  point  avoir  son 
opinion ,  ou  plutôt  qu'il  est  condamné  ,  comme  certains 
fonctionnaires,  à  une  déférence  absolue  pour  le  langage 
tîu  pouvoir  ?  croirait-il  compromettre  sa  bonne  foi ,  en 
défendant  ouvertement  les  jubtcè  maximes  de  k  liberté  ? 


hbd      SCIEiNCES  MOIULKS  ET  POLITIQUES. 

SoD  ouvrage,  dit-il,  n'a  pas  été  eomposé  en  vue  de  sertir 
ou  de  flatter  des  intérêts  et  des  passions  de  parti ,  et  c'est 
fort  bien  sans  doute;  mais,  si  l'esprit  de  parti  est,  dans 
tous  les  tems,  indigne  d'un  honnête  homme  et  d'un  écrivain 
de  conscience ,  il  est  aussi  des  époques  où  il  faut  être 
iVun  parti,  si  l'on  ne  veut  abjurer  le  titre  de  citoyen. 
Lorsqu'un  état  est  partagé  entre  de  vieilles  doctrines  et 
des  maximes  nouvelles  ;  quand  on  voit  d'un  côté  l'aristo- 
cratie et  le  pouvoir  absolu  ,  de  l'autre  le  grand  nombre 
et  le  pouvoir  mitigé;  ici,  une  loi  fondamentale  dont  on 
croit  nécessaire  de  plier  l'esprit  auxexigeances  de  certaines 
opinions;  là,  cette  même  loi:  invoquée  dans .  tonte  sa 
pureté,  ne  faut-il  pas  convenir  que  la  roison  est  d'un  côté 
ou  de  l'autre  ?  La  raison  ,  comme  la  vérité,  est  une  et 
invariable.  Qui  croira  jamais  la  trouver  dans  un  milieu  qui 
varie,  chaque  année  ?  Or,  il  est  du  devoir  de  tout  hou)me 
de  sens  de  se  ranger  du  côté  de  la  raison,  comme  il  est 
du  devoir  de  tout  historien  de  reconnaître  les  besoins  de 
son  siècle,  d'en  distinguer  le  véritable  esprit  et  de  rappeler 
aux  puissans  que  la  justice  et  la  véritable  sagesse  consistent 
à  s'y  conformer.  Qu'est-ce  autre  chose,  d'ailleurs,  que 
décédera  une  insurmontable  nécessité?  Car,  si  l'onx'touffe 
un  jour  les  plaintes  ou  les  vœuxraisonnables  et  légitimes 
d'un  peuple  ,  ils  éclateront  le  lendemain  avec  plus  de  vio- 
lence ;  on  peut  relarder  quelques  instans  la  marche  de 
l'esprit  humain  ,  il  n'est  pas  d'efforts  capables  do,  l'arrêter. 

M.    AvENEL. 


LITTÉRATURE. 

Œuvres  coMPLÎiTES  de  madame  de  Stxèl,  publiées  par 

son  fils  ( I ) . 

De  la  Littérature,  considérée  dans  ses  ^'apports  avec 
les  institutions  sociales,  —  De  l'Allemagne. 

SECOND   article. 

(F'ojez,  ci-dessus,  Tom.  XI,  pag.  5io.  ) 

Le§  écrits  dans  lesquels  madame  de  Staël  met  les  pas- 
sions en  jeu  ,^u  recherche  quelle  est  leur  influence  sur  le 
bonheur,  ont  été  l'objet  de  mon  premier  article.  Celui-ci 
sera  consacré  à  l'examen  des  théories  et  des  jugemens 
littéraires  de  cette  femme  célèbre. 

Madame  de  Staël  comprend,  dans  sa  vaste  revue  des 
plus  belles  productions  de  l'esprit  humain,  depuis  Homère 
jusqu'à  nos  jours,  les  ouvrages  d'imagination  et  les  écrits 
philosophiques.  Les  bornes  qui  me  sont  prescrites  ne  sau- 
raient comporter  un  aperçu,  même  incomplet,  de  ces 
immenses  richesses  du  monde  intellectuel. 

Dans  ses  Considérations  sur  la  littérature ,  l^auteur  s'est 
proposé  la  démonstration  d'une  grande  vérité  philoso- 
phique :  la  perfectibilité  de  l'espèce  humaine.  Beaucoup 
d'écrivains  ont  nié  cette  perfectibilité,  moins  par  convic- 
tion que  par  système.  En  expliquant  sa  pensée  j  madame 
de  Staël  impose  silence  à  ceux  qui  feignaient  de  l'avoir 
mal  comprise  ;  elle  n'a  pas  prétendu  dire  que  les  modernes 
ont  une  puissance  d'esprit  plus  grande  que  les  anciens, 
mais  seulement  que  la  masse  des  idées,  en  tout  genre, 

(i)  Paris,  1820  et  1821.  17  vol.  in-S",  chez  Treuttel  et  Wiïrtz,  rue 
de  Bourbon,  n"   17,  Prix^  6  fr.  le  volume. 


&52  LlTTl^UVATLllt:. 

s'aiigiiienle  avec  les  siècles.  Sans  doute,  les  arts  ne  sont 
pas  susceptibles  d'une  perfectibilité  indéfinie^;  mais  qui 
peut  prévoir  le  terme  où  s'arrêteront  la  pensée  et  les  pro- 
grès successifs  de  la  civilisation  ? 

La  philosophie  des  Grecs  est  au-dessous  de  celle  des  Ro- 
mains, leurs  imitateurs,  et  la  philosophie  moderne  a,  sur 
eelle  des  Romains,  la  supériorité  que  deux  mille  ans  de 
méditations  de  plus  doivent  assurer  au  génie  de  l'homme. 
Les  sentimens  jeunes  et  forts  des  premiers  peuples  ci 
vilisés,  l'énergie,  l'enthousiasme  pour  tout  ce  qui  a  de 
l'éclat,  le  goût  simple  et  pur  des  beaux-arts  distingueront 
toujours  les  Grecs  des  peuples  qui  les  ont  suivis;  mais  leurs 
raisonnemens,  en  philosophie ,  peuvent  à  peine  être  con- 
sidérés comme  .l'échafaudage  de  l'édifice,  élevé  d'âge  en 
âge  à  la  raison  humaine.  La  méthode,  que  madame  do 
Staël  nomme  Vari  de  résumer ^  manquait  aux  philosophes 
de  la  Grèce.  Aristote  le  premier,  ou  plutôt  le  seul,  a  mis 
Vesprit  d^obserpalioji  à  la  place  de  Vesprit  de  sjstème  :  il 
recherche  avec  une  grande  sagacité  les  causes  des  révo- 
lutions et  les  principes  des  gouvernemens.  Les  événcmens 
contemporains  et  l'exemple  des  républiques  de  la  Grèce 
lui  avaient  fourni  la  plupart  de  ses  idées.  Si  le  régime 
républicain  n'avait  pas  cessé  quelques  siècles  après  lui, 
madame  de  S:aël  pense  que  les  modernes  seraient  aussi  su- 
périeurs à  Aristote,  dans  la.  politique,  qu'ils  le  sont  dansîcv^ 
autres  sciences  philosophiques. 

Dans  les  arts  et  dans  la  littérature,  qui  tient  plus  à 
l'ini:igination  qu'au  raisonnement,  les  progrès  de  l'esprit 
humain  sont  moins  sensibles.  La  poésie  épique  et  Ijrique,^ 
la  tragédie,  la  comédie,  l'éloquence,  l'histoire,  nées  sous 
le  beau  ciel  de  la  Grèce,  s'y  sont  rapidement  élevées  à  une 
liniuteur  que  n'ont  pu  surpasser  encore  les  auteurs  mo- 
dernes. Homère  est  resté  le  prince  de  l'épopée;  Pindare  a 


LITTÉi\A  TlRt:.  ,    553^ 

eu  (les  iiiiita'tcui's,  el  point  de  rivaux.  Si,  daiib  la  ooinôdic, 
Molière  et  les  bons  auteurs  français   ont  une  supériorité 
qui  noiis  semble  incontestable,  il  n'en  est  peut-être  j:as 
ainsi  dans  la  tragédie  ;  des  hommes  d'une  vaste   litléra- 
ture  et  d'un  jugement    sain  hésitent  à  prononcer    entre 
Euripide  et  Racine,  entre  Sophocle  et  Corneille  :  l'inven- 
tion de  la  fable  dramatique  appartient  aux  auteurs  grecs  ; 
Tes  situations  les  plus  touchantes  de  nos  plus  belles  pièces 
sont  tirées  de  ces  auteurs.    Les  caractères   tragiques  de 
l*amour  maternel,  de  la  tendresse  filiale,  du  dévouement 
de  l'amitié,  ont  tous  une  analogie  plus  ou  moins  grande 
avec  les  sentimens  de  Clytemnestre,  d'Antigone,  d'Oresle 
et  de  Pylade,  parce  que  les  poètes  grecs  ont  peint  les  pre- 
miers ces  affections  dominantes,  dont  les  principaux  traits^ 
sont  toujours  les  mêmes.  II  existe,  dans  la  nature  morale, 
comme  dans  la  lumière  du  soleil ,  dit  madame  de  Staël,  un 
certain  nombre  de  rayons  qui  produisent  des  couleurs  tran- 
chantes ou  distinctes  :  on  peut  varier  ces  couleurs  par  leur 
mélange,  mais  on  ne  peut  en  créer  une  entièrement  nouvelle. 
Les  seules  comédies  grecques  que  nous  connaission8,cclles 
d'Aristophane ,  sont  des  satires  politiques,  à  la  fois  violentes 
et  grossières,  d'une  invention  bizarre  ou  commune,  et  dont 
quelques  plaisanteries  populaires  forment  tout  le  comique. 
Nulle  vérité  dans  les  situations,  nul  développement  de  carac- 
tère ,  aucune  de  ces  peintures  de  mœurs  et  de  ridicules  qui- 
intéresscnt  l'homme  de  tous  les  pays  et  de  tous  les  tems. 
Ménandre  avait  sur  Aristophane  l'avantage  d'un  siècle, 
et  il  paraît  qu'il  avait  fait  faire   à  la   comédie   quelques 
progrès  dans  la  décence  théâtrale.   Mais   la   simplicité  si 
vantée  de  ses  plans  ne  pourrait-elle  pas  être  plus  justement 
attribuée  à  l'indigence  de  son  imagination  qu'à  la  délica- 
tesse de  son  goût?  Térence,  imitateur,  et  souvent  simple 
traducteur  de  Ménandre ,  a  quelquefois  réuni  deux  piècej^ 


55A  Ll  ITERAT  uni::. 

de  l'auteur  grec  dans  une  des  siennes,  et  cepeudanl  ma- 
dame Dacier  avoue  qu'il  est  encore  inférieur  à  Plaute  pour 
le  nœud  de  l'intrigue  et  la  vivacité  de  l'action  théâtrale. 
Cette  comédie,  toute  d'imitation,    n'avait  presque  aucun 
rapport  avec  les  mœurs  des  Romains,  et  ne  tenait  que  par 
la  poésie  à  la  littérature  latine  :  il  en  est  à  peu  près  ainsi 
de  la  tragédie.  L'expression  de  la  douleur  morale  ou  phy- 
sique étant,  aux  yeux  des  Romains,  une  marque  de  faiblesse, 
qxcitait  en  eux  le  mépris,  sans  faire  naître  la  pitié  :  il  n'y 
u  rien  dans  une  telle  disposition  qui  puisse  fournir  aux 
développemens  de  la  tragédie.  D'ailleurs,  les  Romains, 
accoutumés,  par  le  spectacle  des  gladiateurs,  aux  souf- 
frances réelles  et  à  la  mort  véritable,  devaient  être  diffi- 
cilement émus  par  des  fictions  qui  n'en  étaient  que  l'imita- 
tion imparfaite.  Aussi,  les  vit-on  souvent  interrompre  les 
représentations  théâtrales  pour  demander  à  grands  cris  des 
gladiateurs. 

La  littérature  latine  a  commencé  par  des  ouvrages  de 
philosophie.  L'art  d'écrire  ne  s'éttmt  développé  chez  les 
Romains  que  long-tems  après  Tart  de  conquérir  et  de  gou- 
verner, l'utilité  fut  le  principe  de  leur  littérature.  Les 
opinions  philosophiques  qu'ils  adoptèrent,  se  trouvent 
dans  les  livres  grecs;  mais,  depuis  long-tems,  ils  les  avaient 
mises  en  pratique  dans  la  conduite  des  affaires  publiques 
et  dans  leur  vie  privée.  C'est  ce  qui  rendit  leurs  écrivains 
si  supérieurs  aux  auteurs  grecs,  dans  l'analyse  de  tout  ce 
qui  tient  à  la  morale  et  à  la  législation.  Aucun  ouvrage 
grec  n'est  comparable, pour  l'ordre,  l'ensemble  et  la  clarté, 
au  code  de&  dei^oirs,  présenté  par  Cicéron.Tout  ce  qui  peut 
ajouter  à  la  dignité  de  l'homme  était  l'objet  de  l'étude 
philosophique  des  Romains.  L'histoire  de  Sallustc,  les 
lettres  de  Biutiis,  les  ouvrages  de  Cicéron  rappellent  , 
dit  madame  de  Staël,   de?  irouvenir?  tout  puitsan^  ^nv  U 


LITTiiKATLJlE.  555 

pensée  ;  vous  sentez  la  force  de  l'ame  à  travers  les  beautcâ 
du  style;  vous  voyez  l'homme  dans  l'écrivain,  la  nation 
dans  cet  homme,  et  l'univers  aux  pieds  de  cette  nation. 
Les  premiers  historiens  latins,  Tite-Live,  SallustCjFlorus, 
Cornélius  Nepos    ont   eu  ,  comme   les   historiens  grecs , 
l'avantage  d'avoir  à  représenter  les  grands  événemens  et 
les  grands  hommes  que  produit  la  liberté  au  sein  des  ré- 
publiques :  des  siècles   de  monarchie  despotique  ou   de 
guerres  féodales    n'inspirent  pas ,  dit    madame  de  Staël , 
autant  d'intérêt  que  l'histoire   d'une  seule   ville  libre.   Si 
Tacite  a  surpassé  Suétone,  Ammien   Marcellin,  Velleius 
Palerculus,  c'est  parce  que  l'indignation  républicaine  vivait 
^ans  son  ame,  et  que,  ne  regardant  pas  le  gouvernement 
des  empereurs  comme  légal,  n'ayant  besoin  de  l'autorisa- 
tion d'aucun  pouvoir  pour  publier  ses  livres,  son  esprit 
n'était  point  sujet  aux  préjugés  qui  ont  asservi  la  plupart 
des  historiens  modernes.  -^;  ^J 

Les  mœurs,  les  habitudes,  les  connaissances  philoso- 
phiques, les  succès  militaires  dus  Grecs  ne  paraissent  à 
madame  de  Staël  qu'une  semence  que  les  vents  devaient 
emporter  dans  tous  les  lieux  de  la  terre;  et  ces  peuples, 
lout  étonnans  qu'ils  sont,  lui  laissent  peu  de  regrets  :  elle 
jfi'éprouve  point,  en  les  voyant  disparaître  de  l'histoire, 
la  même  douleur  que  lui  inspire  la  perte  du  nom  et  du  ca- 
ractère des  Romains.  A  son  avis,  les  Grecs  devaient  donner 
l'impulsion  à  la  liitérature  et  aux  beaux-arts;  mais  les 
Romains  ont  fait  porter  au  monde  l'empreinte  de  leur 
génie. 

Jusqu'ici,  en  exposant  les  opinions  de  madame  de  Staël 
sur  la  littérature  grecque  et  sur  la  littérature  latine,  j'ai 
plutôt  rempli  les  fonctions  d'historien  que  celle  de  critique. 
(Cependant,  je  suis  loin  d'adopter  toujours  ses  opinions  sur 
les  auteurs  grecs  et  romains. Ces  écrivains  ne  me  semblent 


556  LITTÉRATURE. 

dépourvus  ni  de  réflexion,  ni  de  philosophie,  ni  de  celte 
sensibilité  profonde  que  madame  de  Staël  a  tant  célébrée 
sous  le  nom  de  mélancolie.  Virgile  est  un  poète  essentiel- 
lement sentimental.  Les  modernes  n'ont  rien  écrit  de  plus 
touchant  que  les  confidences  et  les  prières  de  Didon  à  sa 
sœur,  les  plaintes  de  la  mère  d'Euryale  ,  les  tristes  pres- 
STîhlimens  d'Evandre  au  moment  où  il  va  se  séparer  de 
son  fils.  Quel  tableau  que  celui  des  femmes  troyennes, 
versant  des  larmes,  en  contemplant,  du  rivage  sicilien,  la 
profondeur  des  mers  et  l'immense  étendue  de  l'horizon  ! 
Les  poèmes  de  Virgile  sont  pleins  de  ces  douloureuses 
peintures  des  destinées  humaines;  l'émotion  qu'elles  font 
éprouver  est  d'autant  plus  vive,  que,  presque  toujours , 
il  en  accroît  l'effet  par  la  sensibilité  de  l'expression  ,  ou 
par  des  réflexions  mélancoliques  sur  la  brièveté  de  la  vie  et 
sur  les  peines  dont  elle  est  semée. 

Le  chantre  des  héros  et  des  actions  guerriers ,  Homère 
lui-même  s'éloigne  quelquefois  des  champs  du  carnage; 
sa  muse  ne  fait  pas  toujours  retentir  les  cris  des  combattans 
.€tle  tumulte  des  armes;  elle  s'attendrit  aux  adieux  d'Hector 
et  d'Andromaque,  et  prête  de  touchantes  expressions 
au  vieux  Prîam  embrassant  les  genoux  de  l'impitoyable 
Achille,  pour  obtenir  le  corps  meurtri  de  son  cher  Hector. 
Si,  dans Prométhée  enchaîné ,  Eschyle  présente  seulement 
les  combats  de  l'ame  aux  prises  avec  la  douleur  physique, 
c'est  contre  les  remords  ou  la  douleur  morale  qu'Orestc 
se  débat  dans  les  Euménides.  La  blessure  de  Philoctète 
inspire  de  la  pitié;  mais,  ce  qui  intéresse,  ce  qui  cause  une 
vive  émotion ,  ce  sont  les  regrets  qu'il  donne  à  la  patrie 
^ibsente  ;  les  transports  qu'il  fait  éclater,  en  reconnaissant 
l'habillement  et  le  langage  des  Grecs. 

Le  jugement  que  madame  do  Staël  porte  sur  les  histo- 
riens   grecs  et   romains,   me    paraît  également    ha^ardé^ 


LITTWUTURi:.  557 

Quoi  qu'elle  en  dise,  Hérodote,  Thucydide,  Xénophon 
s'arrêtent  quelquefois  pour  considérer  les  cvénemens,  pour 
en  indiquer  l'origine  et  les  conséquences  ,  pour  porter  sur 
les  hommes  et  sur  les  choses  ce  qu'elle  appelle  (\^sjugenieri{i 
de  réflexion.  Dans  le  premier  livre  de  la  guerre  du  Pélo- 
ponèse,  Thucydide,  en  traçant  le  tableau  de  la  Grèce  ,  Jn- 
dique  quelles  furent  les  causes  des  fréquens  changemens 
auxquels  la  Thessalie  et  la  Béotie  étaient  exposées  ;  el  d'où 
vient  qu'Athènes,  moins  sujette  aux  révolutions,  fut  plus 
célèbre  par  ses  grands^  hommes  et  ses  colonies  que  par  ses 
richesses  ? 

Ces  observations  ,  et  un  grand  nombre  d'autres ,. qu'on 
trouve  dans  les  historiens  grecs  et  latins,  prouvent,  ce  me 
semble,  qu'ils  étaient  non  seulement  narrateurs,  mais  en- 
core penseurs  et  philosophes.  On  est  tout  étonné  de  voir 
madame  de  Staël  refuser  aux  Grecs  la  première  vertu  des 
hommes  libres,  le  patriotisme  ;  ils  défendent  leur  patrie  , 
dit-elle,  mais  pour  la  gouverner.  Eh!  quel  autre  sentiment 
que  le  patriotisme  animait  les  guerriers  de  Marathon  et  de 
Salamine  ?  Quel  gouvernement  se  promettaient  les  trois 
cents  Spartiates  qui  firent  le  généreux  sacrifice  de  leur 
vie  aux  Thermopyles  ?  Passant^  va  dire  à  Lfacédémone  que 
nous  sommes  morts  ici  pour  obéira  ses  saintes  lois.  Si  ce 
langage,  si  ce  dévouement  n'est  pas  celui  qu'inspire  le 
pur  amour  de  la  patrie,  qu'est-ce  donc  que  le  patriotisme? 
Madame  de  Staël  loue  les  Romains  d'avoir  fait  porter  au 
monde  l'empreinte  de  leur  génie.  Mais  ne  lui  ont-ils  pas 
aussi  fait  porter  l'empreinte  de  la  servitude?  Avant  les 
Romains,  les  peuples  de  l'Angleterre,  de  la  Gaule,  de  la 
Germanie,  de  l'Espagne,  de  la  Grèce,  de  l'Italie  étaient 
indépendans ,  et  jouissaient  de  la  liberté.  Tous  furent 
courbés  sous  le  joug  de  ces  Romains  qui,  semblables  aux 
Anglais  de  nos  jours ,   ne  voulaient  de  la  liberté  que  pour 


■ 


558  UrrEllATURE. 

eux  et  chci  eux.  Après  avoir  opprimé^  et  dépouille  le 
monde j  ils  y  portèrent  la  mollesse  et  la  corruption;  de 
maîtres  durs  et  avares,  ils  devinrent  des  esclaves  lâches 
et  prodigues;  et,  livrant  à  un  seul  homme  les  destinées 
du  genre  humain,  ils  fondèrent  la  plus  effroyable  tyrannie 
qui  ait  jamais  déshonoré  les  hommes  et  désolé  la  terre. 
Les  Grecs  furent  rarement  offensifs  ;  toujours  les  Romains 
furent  oppresseurs,  même  aux  siècles  de  la  république. 
Les  lumières  de  la  Grèce,  généralement  répandues,  brillent 
aujourd'hui  sur  toute  la  terre;  trente  nations  traînent  en- 
core les  fers  qu'elles  reçurent  de  ces  Romains  trop  ad- 
miré». 

C'est  aux  Italiens  que  madame  de  Staël  attribue  la  renais- 
sance des  lettres.  Ils  ont,  dit-elle  ,  frayé  les  premiers  pas 
dans  la  carrière  où  l'esprit  humain  a  fait  depuis  des  progrès 
si  importans;  mais  ils  ont  été  condamnés  à  ne  pas  avancer 
dans  la  route  qu'ils  avaient  ouverte.  L'un  des  caractères 
des  poètes  italiens  est  l'art  de  faire  naître  la  plaisanterie 
du  sérieux.  Ils  aiment  ù  réunir  la  gravité  des  formes  à  la 
légèreté  des  sentimens.  C'est  un  genre  national  dontl'Arioste 
est  le  plus  charmant  modèle.  Les  comédies  italiennes  ont 
beaucoup  de  celte  gaîté  bouffonne  qui  tient  à  l'exagération 
des  ridicules;  mais  on  n'y  trouve  pas  la  peinture  des  vices 
du  cœur  humain  :  c'est  plutôt  la  caricature  que  le  tableau 
réel  de  la  vie. 

Malgré  le  charme  de  Métastase  et  l'énergie  d'Alfieri, 
madame  de  Staël  ne  pense  pas  que  les  Italiens  aient  poussé 
très-loin  l'art  dramatique  dans  leurs  tragédies.  La  vengeance 
est  la  passion  qu'ils  peignent  le  mieux ,  parce  que ,  de  toutes 
les  impressions,  le  ressentiment  d'une  injure  est  celle  qui 
s'enfonce  le  plus  profondément  dans  leur  ame;  mais  leur 
sensibilité  n'est  pas  sérieuse  ,  leur  grandeur  n'est  pas  im- 
posante. 


¥ 


LlTTËllATURt:.  hhO 

Tout  parle  d'amour  dans  les  poésies  italiennes  ;  cl 
cependant,  ce  qu'on  y  trouve  le  plus  rarement,  c'est  de 
la  sensibilité.  L'affectation  et  la  recherche  d'esprit  y  ont 
été  introduites,  dès  l'origine.  Les  sonnets  de  Pétrarque > 
VAmiiite  du  Tasse ,  le  Pastorfido  de  Guarini  sont  pleins 
de  concetti;  la  JérusalemeX.  la  Diçina  comedia  elles-mêmes 
n'en  sont  pas  exemptes.  Au  jugement  de  madame  de  Staël, 
les  écrivains  en  prose  ne  sont,  pour  la  plupart,  ni  moralistes 
ni  philosophes  ;  le  Prince  de  Machiavel,  et  surtout  les 
Réflexions  sur  Tite-Lii^e ,  lui  semblent  n'avoir  aucun 
rapport  avec  le  caractère  général  de  la  littérature  italienne;  l 
ce  sont  des  ouvrages  qui  appartiennent  tout  entiers  au 
génie  de  l'auteur.  A  l'exception  des  écrits  de  Beccaria , 
deFilangieri,  d'un  petit  nombre  d'autres  auteurs,  madame 
de  Staël  ne  trouve,  dans  les  livres  des  Italiens,  aucun  but 
d'utilité.  Si  la  littérature  de  cette  nation  lui  eût  été  mieux 
connue,  elle  eût  peut-être  beaucoup  modifié  ce  juge- 
ment; Aucune  contrée,  sans  en  excepter  l'Angleterre,  n'a 
produit  un  plus  grand  nombre  d'ouvrages  sur  la  science 
du  gouvernement ,  sur  la  jurisprudence,  sur  les  finances, 
et  l'administration ,  que  l'Italie.  Les  écrits  de  presque  tous 
les  historiens,  et  surtout  de  Paruta  et  Giannone,  de  Bo- 
tero,  de  Gravina ,  de  Vico,  de  Stellini,  de  Genovesi,  de 
Palmieri ,  de  Verri,  de  Briganti ,  de  Filangieri ,  de  Galanti, 
de  Uomagnosi,  de  Delfico,  etc.,  embrassent  toutes  les  ques- 
tions morales,  philosophiques  et  politiques,  qui  ont  été 
traitées  par  les  plus  illustres  écrivains  des  autres  nations! 

L'honneur  chevaleresque  et  le  culte  des  femmes,  chez 
les  Espagnols ,  la  magnificence  et  la  grandeur  orientales , 
chez  les  Maures,  devaient ,  par  la  réunion  de  ces  deux 
peuples,  donner  à  la  littérature  espagnole  un  caractère  plus 
élevé  que  celui  de  la  littérature  italienne.  Mais,  dit  madame 
Ae  Staël ,  le  pouvoir  royal,  appuyant  la  superstition,  étouffa  ' 


560  LITTERATURE. 

en  Espagne  les  germes  heureux  de  tous  les  genres  de  gloire. 
Le  despotisme  et  l'inquisition  ne  laissèrent  à  la  pensée 
îiucun  moyen  d'échapper  au  joug.  A  peine  peut-on  juger, 
par  quelques  essais  imparfaits,  ce  qu'aurait  pu  être  la 
littérature  espagnole,  avec  des  circonstances  plus  favorables. 
Il  y  a  ,  dans  les  comédies  de  Calderon  et  de  Lope  de  Vega, 
une  peinture  de  l'amour  sans  fadeur  etdessentimens  élevés 
ilont  la  vérité  n'est  pas  toujours  défigurée  par  l'enflure 
du  style;  le  poème  du  Camoëns  ,  dont  l'esprit  est  le  même 
que  les  ouvrages  écrits  en  espagnol,  renferme  une  fiction 
d'une  grande  beauté,  l'apparition  du  fantôme  qui  défend 
l'entrée  de  la  mer  des  Indes;  mais  le  célèbre  roman  de 
Michel  Cervantes  n'est  qu'une  critique  ingénieuse  de  mœurs 
qui  n'existent  plus,  et  le  silence  que  garde  madame  de 
Staël  sur  Mariana  et  sur  Sepulveda  semble  prouver  qu'elle 
n'appréciait  pas  à  leur  juste  valeur  ces  deux  écrivains. 
Cependant,  si  les  historiens  espagnols  sont  dépourvus 
de  philosophie,  ils  ne  manquent  ni  d'érudition,  ni  de 
fidélité,  du  moins  dans  le  récit  des  événemens.  On  re- 
marque, dans  les  écrits  des  pères  Feijoo  et  Isla,  et  sur- 
tout dans  les  romans  philosophiques  et  politiques  du  père 
Montengon,  une  sorte  d'indépendance  assez  courageuse 
pour  des  hommes  revêtus  de  l'habit  ecclésiastique  et  pla- 
cés sous  la  main  de  l'inquisition. 

Les  chefs-d'œuvre  de  la  littérature  française  sont  ap- 
préciés et  classés;  pour  en  dire  quelque  chose  de  nouveau^ 
madame  de  Staël,  elle-même,  est  venue  trop  tard.  Elle 
Toit,  dans  la  littérature  du  siècle  de  Louis  XIV,  les  ins- 
pirations de  l'imagination,  mais  non  pas  une  puissance 
philosophique.  L'analyse  des  principes  du  gouvernement, 
l'examen  des  dogmes  religieux ,  tout  ce  qui  pouvait  con- 
duire à  un  résultat  applicable,  fut,  dit  clle^  totalement 
interdit  aux  auteurs  de  ce  siècle.  Le  contraire  me  semble 


LITTERATURE.  561 

prouvé  par  les  écrits  de   Fénélon,  de  Lamotte  Levàyer, 
de  Pascal,  de  Corneille,  de  Molière,  de  Lafontaine,  et  même 
par  ceux  de  Boileau.  Le  satirique  prête  à  la  raison  l'arme 
du  ridicule,  pour  attaquer  le  préjugé   de    la  naissance; 
Lafontaine  montre,  sous  des  voiles  transparens,  tout  ce 
que  le  despotisme  et  l'arbitraire  ont  d'odieux  :  il  jette  même 
son  masque  de  fabuliste  et  se  montre  à  visage  découvert , 
lorsqu'il  peint  la  cour  et  les  courtisans.  Molière,  dans  le 
Tartuffe  ;  Pascal,  dans  les  Provinciales ,  ont  livré  l'hypo- 
crisie à  la  risée  de  leur  siècle.  Il  me  semble  qu'il  ne  faut 
pas   un  grand  effort  d'attention  pour  découvrir.,  dans  les 
scènes  de  Corneille  et  dans  les  catastrophes  tragiques. de 
ses  pièces,  une  pensée  profondément  philosophique  et  un 
autre  but  que  l'effet  théâtral.  Jamais  la  tyrannie  n'a  été 
représentée    sous  des  formes  plus  hideuses;   jamais    les 
vertus  et  le  bonheur  des  peuples  libres   n'ont  été  peints 
sous  de  plus   riantes  couleurs    que  dans   le    Télèmaque. 
Bossuet  lui-même  ,  au  nom  de  la  mort ,  osa  parler  d'égalité 
aux  princes  et  aux  rois  de  la  terre.  Sans  doute,  il  y  a 
plus  d'indépendance  philosophique   dans  les  ouvrages  de 
Voltaire,  de  Montesquieu,  de   Rousseau,    de  Raynal  et 
des  autres  écrivains  du  xviii*  siècle ,  que  dans  ceux  de 
l'âge  précédent,   par  la  raison    qu'en  toutes  choses,  les 
hommes  qui  achèvent  vont  plus  loin  que  ceux  qui  com- 
mencent. Mais  ,  à  l'entrée  de  toutes  les  routes  que  l'esprit 
humain  a   parcourues  en  France  ,  on    retrouve  toujours 
quelques-uns  de   ces   grands  génies  du  xvii°  siècle,   qui 
ont  à  jamais  fondé  notre  gloire  littéraire. 

Une  omission  assez  remarquable  dans  un  ouvrage  con- 
sacré à  la  littérature,  c'est  celle  da  nom  de  Pierre  Corneille, 
dans  le  livre  de  madame  de  Staël.  Je  ne  recherchçrai  point 
la  cause  de  cette  omission,  qui  rappelle  ce  que  dit  Tacite 
Tome  xii.  o6 


V 


: 


5i52  LITTÉRATURE. 

des  images  de  Cassius  et  de  Brutus.  Prœfulgehant  eo 
ipso  ,  quocl  e^gies  eoruin  non  visehantur. 

La  mélancolie,  ce  sentiment  que  madame  de  Staël 
affectionne ,  qu'elle  juge  le  plus  fécond  en  ouyrages  de 
génie,  lui  semble  appartenir  presque  exclusivement  aux 
climats  septentrionaux.  Aussi,  n'hésite-t-elle  pas  à  déclarer 
que  toutes  ses  impressions,  toutes  ses  idées  la  portent  de 
préférence  vers  la  littérature  du  nord.  Entre  les  impressions 
produites  par  les  peintures  du  divin  Homère  et  les  images 
de  la  nature  représentées  par  Ossian,  madame  de  Staël 
reste  suspendue  et  n'ose  prononcer.  Les  ombres  penchées 
sur  les  nuages  lui  plaisent  beaucoup;  ce  sont,  dit-elle, 
des  souvenirs  animés  par  des  images  sensibles  :  mais  que 
éont  les  prières,  les  Euménides,  les  nymphes,  les  syrènes, 
Echo,  Narcisse,  Hyacinthe,  toutes  les  métamorphoses, 
toutes  les  brillantes  fictions  de  la  Grèce ,  sinon  la  pensée 
personnifiée  et  l'image  sensible  des  souvenirs  animés  ? 

Madame  de  Staël  voudrait  aussi  attribuer  presque  exclu- 
sivement aux  littérateurs  du  nord  le  développement  de  la  rai- 
son humaine,  et  la  renaissance  de  la  philosophie  en  Europe. 

Mais,  tandis  que  Bacon,  le  seul  écrivain  philosophe  que 
Ton  puisse  citer,  en  Angleterre,  avant  la  révolution  de 
1688,  traçait  à  l'esprit  humain  une  route  nouvelle.  Des- 
cartes ébranlait,  en  France,  l'empire  des  vieilles  erreurs, 
et  présentait  aux  hommes  la  méthode  comme  le  seul  fil 
qui  pût  les  conduire  dans  le  vaste  labyrinthe  des  sciences. 
Si,  à  une  époque  plus  rapprochée  de  nous,  Hobbes,  Sidne}"^, 
Locke,  Fergusson  traitèrent  de  la  politique,  comme  d'une 
science  purement  intellectuelle,  et  recherchèrent  quel  était 
l'état  primitif  des  sociétés ,  afin  d'arriver  à  connaître  les 
lois  les  plus  propres  à  garantir  le  bonheur  des  hommes , 
ou  vit,  en  France,  à  peu  près  dans  le  même  tems,  Fénélon, 


LITTERATURE.  563 

Monlesquieu,  Rousseau,  Mably  et  Voltaire,  se  livrer  aux 
mêmes  recherches  et  retrouver  aussi  les  titres  du  senre 
Jiumain,  perdus  pendant  une  longue  suite  de  siècles. 

On  applique,  en  Angleterre,  l'esprit  des  affaires  aux 
principes  de  la  littcrature,-€t  l'on  interdit, dans  les  ouvrages 
de  raisonnement,  tout  ce  qui  pourrait  influer  le  moins  du 
monde  sur  le  libre  exercice  du  jugement.  Mais  le  désir  de 
produire  une  plus  grande  conviction  rend  la  plupart  des 
écrivains  confus  et  prolixes.  Bolingbroke,  Schatesbury, 
Adisson  ont  de  la  réputation,  comme  écrivains  en  prose. 
Cependant  leur  style  manque  d'originalité;  leurs  images 
sont  sans  couleur,  et  leur  expression  sans  énergie. Il  semble 
que  les  Anglais  n'osent  s'abandonner  à  leurs  inspira- 
tions que  dans  les  compositions  poétiques.  Le  Paradis 
perdu  est  surtout  remarquable  par  la  pensée  et  l'imposante 
grandeur  des  images.  Il  paraît  impossible  d'élever  l'ame 
humaine  à  une  plus  grande  hauteur.  Les  poètes  anglais 
savent  unir  intimement  la  réflexion  aux  sensations;  ce  ta- 
lent se  fait  surtout  remarquer  dans  le  Cimetière  de  Gray 
et  dans  le  V^illage  abandonné  de  Goldsmith ,  mais ,  en 
général,  ils  abusent  des  facilités  que  leur  accorde  une 
langue  qui  n'a  pas  encore  acquis  le  degré  de  perfection 
dont  elle  semble  susceptible;  ils  prodiguent  les  images, 
ils  subtilisent  les  pensées.  Semblables  en  cela  aux  écrivains 
en  prose,  ils  épuisent  le  sujet  qu'ils  traitent,  et  le  goût  n% 
les  avertit  pas  de  s'arrêter. 

La  comédie  anglaise  n'occupe  pas  une  place  bien  dis- 
tinguée dans  l'opinion  littéraire  de  l'Europe;  et  madame 
de  Staël  pense  que  les  mœurs  et  les  caractères  y  sont  le  plus 
souvent  des  caricatures,  sans  rapport  avec  l'état  moral  des 
Anglais.  A  la  vérité ,  les  mœurs  représentées  dans  les 
comédies  sont  à  la  fois  d'une  grossièreté  brutale  et  d'une 
iJissolntion  révoltante.  Cependant,  des  hommes  qui  ont 

se  * 


1 


5CA  LITTERATURE. 

long-tems  habité  l'Angleterre,  non  seulement  à  Londres, 
mais  dans  les  provinces,  assurent  que  la  comédie  anglaise 
est  aussi  près  que  la  comédie  française  des  caractères  et 
des  mœurs  qu'elle  représente. 

Beaucoup  d'étrangers  sont  plus  choqués  des  défauts  de 
Shakespeare  que  frappés  de  ses  beautés;  le  contraire  a  lieu 
en  Angleterre,  et  cela  doit  être.  Le  génie  de  Shakespeare 
est  national  :  les  noires  fureurs  de  ses  héros ,  la  profonde 
scélératesse  des  grands  criminels  qu'il  met  en  scène  et  dont 
la  plupart  appartiennent  à  l'histoire  d'Angleterre,  la  bizar- 
rerie même  de  ses  conceptions,  tout  est  en  harmonie  entre  M 
le  spectateur  et  le  poète;  et,  comme  les  pièces  de  Shakes- 
pearc  renferment  des  beautés  de  tous  les  tems  et  de  tou^ 
les  pays,  la  réputation  de  cet  auteur  ne  peut  s'affaiblir  en 
se  répandant.  Mais  notre  sensibilité  repousserait  plusieurs 
des  moyens  qu'il  emploie  pour  émouvoir  les  spectateurs 
anglais.  Dans  ses  tragédies,  l'enfance  et  la  vieillesse,  l'in- 
riocence  et  la  vertu  reçoivent  également  la  mort,  et 
la  reçoivent  avec  effroi  ,  sans  déguiser  aucun  des 
sentimens  naturels  que  l'approche  de  sa  destruction  fait 
éprouver  à  un  être  sensible  et  prévoyant. Nous  ne  p'^v.  ions 
supporter  l'attendrissement  profond,  l'émotion  violente  qui 
nous  saisirait  aux  plaintes  d'Arthur,  jeune  enfant  qui  va 
périr  par  l'ordre  du  roi  Jean ,  ni  l'horreur  qu'exciterait 
en  nous  le  récit  de  l'assassin  TirreU  lorsqu'il  peint  à  Ri- 
chard III  le  paisible  sommeil  des  cnfans  d'Edouard.  Des 
spectateurs  français  n'attendraient  pas  la  catastrophe  :  ils 
sortiraient  ou  feraient  baisser  le  rideau.  Ils  ne  vont  point 
au  théâtre  pour  éprouver  cette  impression  redoutable^  ce 
frisson  glacé  qu  éprouve  l'homme j  alors  que,  plein  de  %>i€j 
il  apprend  quil  va  périr. 

Les  Allemands  n'ont  point  transporté  sur  leur  théâtre 
ce  genre  de  tragique,  excepté  dans  Marie  Sinart ,  où  l'é- 


LITTÉRATURE.  565 

chafaud  touche  de  si  près  à  la  scène,  que  le  spectateur  croit 
entendre  la  hache  du  bourreau;  mais  ils  ont  pris  à  Shakes- 
peare ses  sorcières  et  sa  magie. 

Lessing,  Goethe,  Schiller  ont  composé  des  tragédies  où 
Je  mélange  du  sentiment,  des  réflexions  philosophiques 
et  de  l'esprit  chevaleresque  forment  ce  qu'on  est  convenu 
de  nommer  le  genre  romantique.  La  vérité  du  langage , 
la  peinture  des  mœurs  du  siècle  et  du  pays  où  l'action  se 
passe,  la  fidélité  des  caractères  se  font  remarquer  dans 
Nathan  le  Sage  et  dans  Emilia  Galotti  de  Lessing;  dans 
le  Comte  d^ E gmond  t\.  le  Torquato  Tasso  de  Goethe;  dans 
le  Don  CarloS)  le  TValstein  ^  le  Guillaume  Tell  et  la 
Jeanne  d'Aix  de  Schiller  ;  mais^  en  général,  les  pièces  du 
théâtre  allemand  ressemblent  à  ces  tableaux  des  anciens 
peintres  où  les  figures,  toutes  sur  le  même  plan,  sont 
tantôt  confuses,  tantôt  placées  à  côté  l'une  de  l'autre, 
sans  liaison,  sans  concourir,  par  des  intérêts  divers,  à  une 
action  unique. 

Il  y  a  peu  ou  point  de  sociétés  en  Allemagne,  partant 
point  de  comédie.  Les  auteurs  ne  peuvent  observer  ces 
caractères  qui,  parmi  nous,  prêtent  au  ridicule  et  excitent 
la  gaîté.  Chez  eux,  d'ailleurs,  la  plaisanterie  est  peu  goûtée; 
elle  offense  ceux  qui  s'en  croient  l'objet,  bien  loin  de  les 
amuser;  c'est  une  arme  légère  que  des  mains  allemandes 
ne  savent  guère  manier,  et  qui  blesserait  le  plus  souvent 
ceux  qui  voudraient  la  lancer;  c'est  pour  cela  qu'ils  pré- 
fèrent le  drame  à  la  comédie ,  et  qu'en  général  ils  emprei- 
gnent leurs  ouvrages  poétiques  de  ce  vague  et.  de  cette 
mélancolie ,  caractères  distinctifs  du  genre  qui,  sous  le 
nom  de  romantique ^  excite,  d'un  côté,  tant  d'admiration, 
et  subit,  de  l'autre,  tant  de  censures.  Wieland,  Goethe, 
Schiller,  Biirger  peignent  les  senlimens  comme  les  idées 
à  travers  les  nuages;  chez  eux,  l'enthousiasme  produit  lui? 


566  UTÏÉRATL^RE. 

espèce  de  vertige  qui  déplace  et  multiplie  tes  objets.  Ils 
écartent  de  leur  poésie  les  réflexions  philosophiques,  et 
s'abandonnent  entièrement  aux  inspirations  lyriques  que 
madame  de  Staël  nomme  Y  apothéose  du  sentiment.  Les 
Allemands  ont  de  grands  ouvrages  en  vers  :  la  Messiade 
de  Klopstok,  VObéron  de  Wieland;  mais  ils  n'ont  point 
un  véritable  poème  épique.  UObéron  est  fondé  sur  une 
histoire  de  chevalerie  française,  Huon  de  Bordeaux.  Ce 
poème  original  a  cependant  une  couleur  d'imitation  ;  le 
mélange  de  l'héroïque  et  du  merveilleux,  du  grave  et  du 
bouffon,  du  sérieux  et  de  la  plaisanterie,  rappelle  souvent 
les  contrastes  piquans  et  les  poétiques  folies  de  l'Arioste. 
Le  sujet  de  la  Messiade  est  au-dessus  des  inventions  du 
génie  :  montrer  l'humanité  dans  l'être  divin  et  la  divinité 
dans  l'être  mortel,  c'est  tout  ce  qu'on  pouvait  attendre  du 
talent  du  poète,  et  Klopstock  a  su,  comme  le  dit  madame 
de  Staël,  réunir  avec  beaucoup  d'art  tout  ce  que  la  fatalité 
des  anciens  et  la  providence  des  chrétiens  peuvent  inspirer 
à  la  fois  de  terreur  et  d'espérance.  Mais  la  monotonie 
était  inévitable  dans  un  tel  sujet,  et  l'ame  se  fatigue  d'une 
contemplation  continuelle.  Klopstock,  comme  Young, 
ramène  trop  souvent  ses  lecteurs  au  milieu  des  tombeaux  : 
les  pensées  funèbres  dont  les  derniers  instans  des  chrétiens 
sont  environnés ,  effarouchent  les  muses  et  obscurcissent 
les  vives  couleurs  de  l'imagination. 

«  De  la  foi  des  chrétiens  les  mysrètes  terribles 
«  D'ornemens  égayés  ne  sont  point  susceptibles. 

(BoiLEAU.) 

La  littérature  allemande  est  venue  tard,  et  ne  remonte 
guère  au-delà  d'un  demi-siècle.  Les  ouvrages  philoso- 
phiques datent  de  plus  loin  ;  la  philosophie  spéculative  a 
oujours  trouvé  beaucoup  de  partisans  chez     les  nations 


LITTERATURE.  567 

germaniques,  dès  le  moment  où  elles  ont  été  civilisées  par 
le  christianisme  et  la  chevalerie.  Les  méthaphysiciens  alle- 
mands ont  suivi  une  route  opposée  à  celle  que  Locke  avait 
tracée. Celui-ci  attribuait  toutes  nos  idées  à  nos  sensations. 
Leibnitz,  Lessing,  Hemsterheim,  Jacobi  ont  tâché  de  prou- 
ver que  le  libre  arbitre  repose  sur  la  doctrine  qui  affranchit 
l'ame  des  objets  extérieurs  ,  et  que  la  vertu  ne  saurait 
exister  si  la  volonté  n'est  pas  indépendante.  Au  lieu  d'ob- 
server les  sensations  extérieures,  ils  observent  les  sentimens 
intimes.  Kant^  dont  le  nom  est  beaucoup  plus  connu  que 
la  doctrine,  semble  se  placer  entre  Leibnitz  et  Locke  , 
non  pour  les  combattre,  mais  pour  les  réunir,  pour  tracer  j 
les  limites  des  sens  et  de  l'ame,  de  la  nature  extérieure  ! 
et  de  la  nature  intellectuelle.  Dans  l'examen  des  facultés 
primitives  dont  l'ame  se  compose,  il  reconnut,  avec  Locke, 
qu'il  n'y  a  point  d'idées  innées;  mais  il  rechercha  quels 
sont  les  sentimens  et  les  lois  qui  constituent  l'essence  de 
l'ame  humaine,  indépendamment  de  toute  expérience ,  et 
quels  sont  les  objets  sur  lesquels  l'ame  peut  s'exercer. 
C'est  un  philosophe  beaucoup  plus  positif  qu'on  ne  le  croit 
communément;  il  nie  l'existence  de  la  métaphysique,  et 
prétend  que  le  raisonnement  ne  peut  avoir  lieu  qu'autant 
qu'il  s'exerce  dans  la  sphère  de  l'expérience.  Il  croit  que 
l'expérience,  sans  les  lois  de  l'entendement,  ne  serait  qu'un 
chaos;  mais  les  lois  de  l'entendement  n'ont  pour  objet, 
selon  lui,  que  les  élémens  donnés  par  l'expérience. 

Dans  l'analyse  des  divers  systèmes  de  philosophie  qui 
partagent  l'Allemagne,  mais  qui  tous  ont  V idéalisme  pour 
base,  madame  de  Staël  fait  preuve  d'une  grande  puissance 
d'attention.  On  reconnaît  qu'elle  £^  bien  saisi  les  principes 
et  les  conséquences  de  chacun  de  ces  systèmes.  Elle  les 
fait  comprendre,  comme  elle  les  comprend  elle-même,  eu 
les  dégageant  des  formes  cl  des  termes  d'une  métaphye^ique 


568  MYTHOLOGIE. 

qui,  s'enveloppant  d'un  néologisme  pédantesque,  semble- 
vouloir  ajouter  à  Tobscurité  du  sujet  par  robscurité-  du 
langage. 

•  Telles  sont  les  principales  opinions  de  madame  de  Staël 
sur  la  littérature  et  la  philosophie  des  différens  peuples  ; 
tel  est  aussi  le  seul  point  de  vue  sous  lequel  j'ai  considéré 
cet  ouvrage  vraiment  remarquable.  C'est  en  parlant  des 
œuvres  politiques  de  cette  femme  illustre,  que  je  pourrai 
indiquer  les  jugemens  qu'elle  porte  sur  les  gou\ernemens 
et  sur  les  mœurs  des  Germains  du  dix-neuvième  siècle. 

Année. 


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MYTHOLOGIE. 

Recherches  sur  la  nature  du  culte  de  Bacchus  en 
Grèce  ,  et  sur  Cortgine  de  la  diversité  de  ses  rites  , 
par  J.  F.  Gail  ,  professeur  d'histoire  au  collège 
S. -Louis  ;  —  mémoire  couronné  par  l'académie  des 
inscriptions  et  belles-lettres  (i). 

Lorsque  les  anciennes  traditions  sur  l'existence  d'un 
Dieu  unique  et  auteur  du  monde  vinrent  à  s'obscurcir  et 
à  s'oublier  chez  les  nations  devenues  idolâtres,  l'univers 
matériel  et  ses  parties  diverses,  et  leurs  effets,  et  leui-s 
symboles,  et  toutes  sortes  d'allégories  fabuleuses,  le  plus 
souvent  scandaleuses,  concernant  ces  objets  ,  tout  cela  de- 
vint presque  l'unique  religion  des  hommes.  Ainsi,commera 
ditBossuet,  tout  fut  Dieu,  hormis  Dieu  lui-même.  On  adora 
particulièrement,  comme  les  grands  dieux,  le  soleil  et  la 
lune,  les  astres  observés,  et  la  terre,  et  les  saisons.  Les 

(i)  Paris,  1821.  Un  vol.  in-S»  de  24  feuilles.  Chez  Gail  neveu,  au 
Collège  de  France,  et  chez  Trcutlel  et  Vùrtz,  rue  de  Bourbon. 
Prix,  5  fr. 


MYTHOLOGIE.  569 

fables  allégoriques  furent  changées  en  mystères  dont  quel- 
ques significations  étaient  secrètement  et  solennellement 
révélées  aux  initiés.  Il  a  paru  ù  de  très  -  savans  anti- 
quaires (i)  qu'il  s'y  mêla  des  commémorations  du  déluge 
et  des  hommes  échappés  à  ce  fléau  ;  mais  enfin  ,  le  soleil 
et  la  lune,  et  la  terre  amenant  à  maturité  les  moissons , 
les  fruits,  et  surtout  ceux  de  la  vigne,  constituaient  la 
Religion  et  les  mystères  d'Osiris  ou  de  Sérapis  en  Egypte, 
de  Sabasius  dans  la  Thrace,  et  de  Bacchus  dans  la 
Grèce  et  dans  l'Italie.  Tous  ces  noms  désignent  les  mêmes 
dieux  et  le  même  culte  idolâtre ,  principalement  celui  du 
soleil  et  de  ses  heureuses  influences,  et  les  travaux  de 
l'agriculture.  Sous  le  nom  de  culte  d'Orphée ,  ou  établi 
par  Orphée,  personnage  qui  paraît  fictif,  des  philosophes 
de  l'école  de  Pythagore  avaient,  plusieurs  siècles  avant 
notre  ère ,  enseigné,  avec  des  rites  du  culte  bacchique,  les 
doctrines  particulières  de  leur  maître.  Lorsque  la  religion 
chrétienne  parut,  les  dogmes  orphiques  et  d'autres  qu'on 
trouve  dans  Platon,  furent  systématisés,  réformés,  épurés, 
enseignés  avec  jalousie  par  des  philosophes  païens,  et  op- 
posés long-tems  avec  quelque  succès  aux  prédicateurs  de 
l'évangile,  surtout  dans  la  ville  d'Alexandrie. 

A  la  fin  du  xv!!!*"  siècle,  et  depuis,  les  modernes  incré- 
dules, en  France  et  en  Allemagne,  voulant  renverser  le 
christianisme,  se  sont  efforcés,  comme  les  derniers  phi- 
l'^sophes  d'Alexandrie,  sinon  Je  réveiller  le  panthéisme, 
dont  les  mystères  d'Osiris  et  de  Bacchus  faisaient  partie, 
du  moins  de  présenter  le  culte  de  Bacchus  comme  à  peu 
près  identique  avec  la  religion  de  Jésus-Christ  ;  en  un 
mot,  le  récit  de  l'évangile  comme  une  fable  solaire,  bien 

(i)  Voyez  les  ouvrages  anglais  du  célèbre  docteur  James  Bryant , 
l'histoire  des  Cabires  et  celle  de  l'idolâtrie,  publiée  à  Londres,  eu 
i8o3  et  1816,  par  le  savant  Georges  Stanley  Faber. 


570  MYTHOLOGIE. 

au-dessous   de  celle   des   païens,   puisqu'elle  n'est  pas 
gaie  et  divertissante,  comme  les  bacchanales.  En  vain ,  le 
P.  Lambert  dans  la  capitale  de  la  France,  Palmieri  et  Bec- 
chetti  en  Italie,  Van  Beck ,  professeur  de  mathématiques,    ff 
à  Leyde,  le   docteur  Priesley  en  Amérique,   et  l'évêque 
Watson  en  Angleterre,  ont  réfuté  directement  ces  hypo-    J 
thèses   affligeantes    et  gratuites;   on   réimprime    en  petit 
format  les  Ruines  et  les  Abrégés  des  trois  volumes  in-4% 
de  M.   Dupuis;  et,  sans  parler  des  réfutations,   on  con- 
tinue à  travestir  en  matérialisme  et  en  idolâtrie  l'évan- 
gile même  et  la  religion  des  apôtres,  celle  de  Newton  et 
de  Pascal,  d'Arnauld,  de  Bossuet ,   de  Fénélon,  celle  qui 
a  commencé  avec  le  monde,  et  qui,  développée  dans  les 
livres  de  Tancien  et  du  nouveau  Testament,  a  répandu  de 
si  précieuses  lumières,  a  consolé^    amélioré ,   policé  le 
genre  humain  ;,  qui  a  produit  enfin  ou  préparé  l'abolition 
delà  servitude  privée,  des  sérails  et  du  despotisme  public. 
Quoique  Bacchus  soit  en  lui-même  un  sujet  rebattu  , 
il  présente  encore  des  difficultés  du  ressort  de  la  critique 
et  de  l'érudition.  La  troisième  classe  de  l'Institut  de  France, 
autrement  l'académie  des  inscriptions  et  belles-lettres ,  a 
cru  devoir  proposer,  pour  sujet  du  prix  de  1821,  de  dé- 
terminer les  rites   du  culte   de    Bacchus   en    Grèce;   les 
lieux  et  les  époques  de  chaque  fête  bacchique  dans    cette 
partie  du  monde.  Le  prix  a  été  décerné  à  M.  Gail,  fils 
de  notre  célèbre  helléniste.  Son  mémoire  couronné  est  le 
sujet  de  cet  article. 

L'auteur  a  remonté  fidèlement  aux  sources,  et  les  cite 
avec  exactitude.  Il  explique  d'abord  comment  ont  dû 
se  former  les  notions  des  divinités  des  païens.  Il  écarte 
l'espèce  de  Bacchus  indien,  qui  est  le  sujet  des  Baniayaua; 
il  expose  les  trois  origines,  thrace,  égyptienne  et  grecque 
du  Bacchus  européen.    Il  fait  remarquer  les  contrastes 


\ 


MYTHOLOGIE.  571 

qui  figurent  dans  ses  fêtes,  qu'il  passe  en  revue,  qu'il  dis- 
tingue et  qu'il  décrit,  et  dont  il  foit  connaître  les  instru- 
mens  ;  puis,  parlant  des  anthesteries,  il  donne  son  opi- 
nion très-sensée  sur  la  nature  des  mystères  ;  il  développe 
les  expressions  connues,  les  cérémonies,  la  tradition ,  les 
allégories,  et  il  n'y  voit  rien  qui  établisse  ou  suppose 
la  connaissance  et  le  culte  d'un  Dieu  unique.  L'ouvrage 
est  terminé  par  un  catalogue  explicatif  des  noms  et  des 
èpithètes  donnés  à  Bacchus  dans  la  langue  grecque.  C'est 
un  travail  qui  lui  est  particulier,  en  ce  qu'il  est  plus 
complet  que  tout  ce  qui  a  été  jusqu'à  présent  publié 
dans  ce  genre.  Son  explication  des  Kobaloi,  esprits  trom- 
peurs ,  malins  et  bouffons ,  de  la  suite  de  Bacchus,  selon 
unscoliaste  d'Aristophane,  est  la  seule  qui  nous  ait  semblé 
peu  satisfaisante.  Il  en  fait,  sans  assez  de  fondement,  des 

ommes,  transformant  ces  esprits  follets,  ces  daimones 
en  sorciers ,  en  cabalistes  orphiques  ou  pythagoriques , 
parce  que,  dit-il,  cabale  vient  de  kohalos.  Il  est  permis 
de  croire  que  ces  deux  mots  ne  sont  pas  de  même  origine, 
2t  de  continuer  à  faire  dériver  le  premier  de  l'hébreu  et 
de  l'arabe  où  il  se  trouve  pur  (i).  Les  cabalistes  étaient 

t  sont,  le  peu  qu'il  y  en  a,  fort  sérieux,  point  méchans, 
et  généralement  plus  trompés  que  trompeurs;  les  Coholi 
ie  la  mythologie  slave  ,  devenus  Coboldi  et  Colfi  (2)  ;  les 
Gohelini  du  dictionnaire  de  Ducange  ,  les  Cobilined  de 

armorique,  nos  farfadets,  nos  lutins,  en  un  mot,  dont 
il  est  parlé  encore  dans  quelques  veillées  de  ville  et  de 

ampagne,  ressemblent,  bien  mieux  que  les  cabalistes, 
aux  Kobaloi  de  Suidas  et  du  scoliaste  d'Aristophane. 

Lanjuinais,  de  l'Institut. 


(1)  Voyez   Mém.  de    l^ académie   des  inscript,  et  helles-leUres , 
r.  XXVI I,  pag.  567  et  suivantes.  Cabbaîa^  c'est  tradition. 

(2)  Voyez  le  Dictionnaire  de  la  fable,  par  M.  Noël. 


%'\vvvvv\vvv\vvv\%vvvvvv\%vvvvvi'\rvvt/\v%n(\vvv«v«/i/\%vv\vvv«^'vv\vvv%'%/v«/»vvv\\,\\ 

III.  BULLETIN  BIBUOGRAPHIQUE. 

LIVRES    ÉTRANGERS  (i). 


AMÉRIQUE. 

ÉTATS-UNIS. 

i85. — An  Index  to  the  geology  of  the  Northern  siaics  ^  etc.  - 
Index  pour  la  géologie  des  états  du  Nord ,  avec  des  sections  trans 
versales  s'étendant  depuis  la  rivière  Susquehannah  jusqu'à  rocéai 
Atlantique,  et  traversant  les  montagnes  Catskill ,  auquel  on  a  join 
une  grammaire  géologique  ;  par  Amos  Eaton^  professeur  d'histoir 
naturelle  et  de  chimie  au  lycée  de  Troye ,  etc.  ;  seconde  édition 
entièrement  revue  et  corrigée  ;  ouvrage  publié  sous  la  direction  d 
lycée,  par  William  S.  Pabkeb.  Troye,  1820.  1  vol.  in-8°. 

Privés  de  ces  antiques  monumens  qui  conservent  les  souvenirs  de 
siècles  passés  chez  les  autres  peuples,  les  savans  Américains  s'occu 
pent  à  explorer  les  richesses  naturelles  de  leur  patrie.  La  géologi 
est  devenue  parmi  eux  une  science  d'une  haute  importance;  de 
hommes  éclairés  en  ont  fait  le  but  de  leurs  recherches,  et  plusieur 
journaux  se  sont  consacrés  à  donner  l'histoire  de  ses  progrès.  Le 
deux  principaux  sont  :  le  Journal  des  sciences  naturelles^  publié 
Philadelphie,  et  \&  Nouveau  journal  Américain  des  sciences,  rédig 
par  M.  le  professeur  Silliman.  (Voyez  Re(^,  Enc.,T.  VIII,  p.  39a. 
L'ouvrage  de  M.  Eaton,  que  nous  annonçons  ici,  renferme  une  foui 
de  faits  curieux  et  des  descriptions  intéressantes  des  différentes  pai 
lies  de  la  Nouvelle- Angleterre. 

186. — A  Memoir  on  the  commerce  and  navigation  ofthe  Blaci 
sea ,  etc.  —  Mémoire  sur  le  commerce  et  la  navigation  de  la  me 
Noire,  et  sur  le  commerce  et  la  géographie  maritime  de  la  Turqui- 


(1)  Nous  indiquerons,  par  un  astérisque  (*}  placé  à  côté  du  titn 
de  chaque  ouvrage,  ceux  des  livres  étrangers  ou  français  quj 
paraîtront  dignes  d'une  attention  particulière  ,  et  dont  nou: 
rendrons  quelquefois  compte  dans  la  section  des  analyses. 


»? 


o 


LIVRES  ÉTRANGERS.  57; 

et  deTÉgypte;  par  Henri  A.  S.  Dbarbohn.  Boston,  1819.  Wells  et 
Lilly.  2  vol.  in-S"  ornés  de  cartes. 

Cet  ouvrage ,  qui  a  pour  but  de  prouver  la  possibilité  d'établir 
des  relations  commerciales  entre  l'Amérique  et  la  Turquie,  contient 
un  tableau  du  commerce  qui  se  faisait  dans  la  mer  Noire,  en  i8ii 
et  1812.  Le  pavillon  anglais  y  dominait  alors  ^  comme  aujourd'hui, 
sur  tous  les  autres  pavillons  européens;  et  les  malheureux  Grecs 
étaient  presque ,  en  affaires ,  les  seuls  représentans  de  la  Turquie  ; 
avantage  passager  qu'ils  paient  maintenant  bien  cher,  et  qui  a 
causé  leur  ruine  ,  en  excitant  l'envie  de  leurs  bourreaux ,  avides  de 
s'emparer  des  richesses  qu'ils  ont  amassées.  M.  Dearborn  a  joint  à 
son  ouvrage  un  traité  de  la  géographie  maritime  de  la  Turquie  et 
de  l'Egypte,  qui  ne  peut  qu'être  fort  utile  aux  navigateurs  et  aux 
commerçans. 

187. — Speeches  of  the  gofemcrs  of  Massachusetts,  etc. — Discours 
des  gouverneurs  des  états  de  Massachusetts,  depuis  1766  jusqu'à 
1775,  avec  les  réponses  que  leur  fit  la  chambre  des  représentans  ; 
suivis  des  résolutions  qui  furent  prises;  à  cette  époque,  par  les  États, 
des  proclamations  et  d'autres  papiers  publics ,  relatifs  à  la  dispute 
qui  s'éleva  entre  ce  pays  et  la  Grande-Bretagne ,  et  ^ui  conduisit 
à  l'indépendance  des  États-Unis.  Boston,  1819.  Russell  et  Gardner, 
1  vol.  in-S**  de  424  pages. 

Cette  précieuse  collection  répand  le  plus  grand  jour  sur  les  débats 
qui  précédèrent  la  proclamation  d'indépendance  des  États-Unis. C'est 
une  histoire  complète  de  la  révolution  qui  s'opéra  en  Amérique,  et 
du  grand  changement  moral  et  politique  qu'elle  produisit  dans  la 
nation.  L.  S.  B. 

188.  — ^  Notth  American  Reuien^ ,  and  tniscellaneous  journal.  — 
Revue  de  l'Amérique  septentrionale  et  Mélanges  ;  nouvelle  série , 
n«»  1,  2,  3,  4,  5,  6.  New-Yorck,  i8ii. 

'  Ce  journal  littéraire,  rédigé  sur  le  plan  des  Revues  anglaises, 
paraît  tous  les  trois  mois  et  offre  des  espèces  d'essais,  écrits  la  plu- 
part avec  beaucoup  de  talent ,  sur  les  livres  indiqnés  en  tête  de 
chaque  article.  De  tels  essais  font  beaucoup  moins  connaître  le  livre 
dont  on  parle ,  que  les  analyses  de  nos  journaux  littéraires  de 
France  ;  mais  ils  font  mieux  connaître  la  matière  que  l'auteur 
du  livre  s'est  proposé  de  traiter.  Les  articles  les  plus  intéres- 
sans  et  les  mieux  rédigés  des  six  cahiers  que  nous  avons  reçus , 


57A  LIVRES  HïRANGERS. 

cette  année,  sont  ceux  dans  lesquels  on  expose  la  constitution  amé 
ricaine ,  et  les  divers  ressorts  de  ce  noble  édifice  constitutionnel.  Ei 
imprimant  son  génie  à  la  masse  entière  du  corps  social,  Franklii 
semble  avoir  légué  son  jugement  ferme  et  droit ,  et  ses  vues  phi 
lantropiques  aux  écrivains  ses  compatriotes.  Nous  citerons  comm< 
particulièrement  dignes  de  l'attention  des  lecteurs ,  dans  le  l^orti 
American  Rei^iew ,  le  dialogue  entre  Franklin  et  Montesquiei 
sur  l'état  politique  de  l'Amérique,  de  la  Jrance  et  de  l'Angleterre 
.C'est,  à  notre  avis,  un  des  morceaux  les  mieux  pensés  qu'on  ait  écrit 
sur  ce  sujet. 

Si  les  vues  des  rédacteurs  de  ce  recueil  sur  les  affaires  politique 
sont  presque  toujours  parfaitement  justes ,  il  n'en  est  peut-être  pa 
de  même  de  leurs  jugemens  littéraires.  Ils  nous  paraissent  partage 
un  peu  les  préjugés  des  Anglais  contre  la  littérature  des  autres  pays 
et  surtout  contre  la  littérature  française.  On  lira  toutefois  avec  intérê 
l'analyse  de  l'ouvrage  de  madame  Necker  de  Saussure,  sur  la  vi< 
et  les  écrits  de  madame  de  Staël  (n°  3)  ;  l'article  sur  les  observation; 
historiques  relatives  à  la  Hollande ,  par  Louis  Buonaparte  ;  l'extrai 
de  la  vie  privée  de  Voltaire,  par  madame  de  Graffigny;  ceux  de  l'his 
toire  de  l'astronomie ,  par  Bailly  ;  et  des  mémoires  de  Suard  ,  pa 
Garât;  et  enfin,  l'article  sur  l'indifférence  en  matière  de  religion  , 
par  l'abbé  de  la  Mennais.  B— n. 

GRANDE-BRETAGNE. 

189  (•). — TwelueEssays  on  the proximate  causes  ofthe  matcriai 
phenomena  ofthe  universe. — Douze  Essais  sur  les  causes  premières 
des  phénomènes  de  l'univers,  avec  des  notes,  par  Richard  Phil- 
LTPPS.  Londres,  1821.  Imprimerie  de  J.  et  C.  Adlard  ;  in-S». 

190.  —  Médical  Notes  on  cUtnate,  etc.  —  Remarques  médicinale* 
sur  le  climat,  les  maladies,  les  hôpitaux  et  les  écoles  de  médecine  jl 
de  la  France,  de  l'Italie  et  de  la  Suisse j  suivies  d'un  examen  des 
effets  que  peut  produire,  sur  des  personnes  attaquées  d'une  con- 
somption pulmonaire ,  un  séjour  de  quelques  mois  dans  le  sud  de 
l'Europe  ;  par  J.  Clark,  D.  M.  Londres,  1821.  Colburn.  1  vol.  in-8<'. 

L'auteur  de  cet  ouvrage  a  voulu  prouver ,  par  plusieurs  exemples, 
et  par  sa  propre  expérience,  l'inutilité  d'un  voyage  dans  le  sud 
pour  les  malades  parvenus  au  dernier  degré  de  la  pulmonie.  11  est 
certain  que  la  fatigue  d'une  longue  route ,  jointe  aux  ennuis  du  dé- 


LIVRES  ÉTRANGERS.  575 

part,  aux  souffrances  de  la  maladie,  doivent  plutôt  accélérer  que 
retarder  l'instant  de  la  mort.  M.  Clark  soutient  aussi  que  le  climat 
éc  presque  toutes  les  villes,  rendez-vous  ordinaires  des  poitrinaires  , 
est  contraire  à  leur  état.  A  Marseille ,  le  mistral  produit  des  varia- 
tions continuelles  dans  la  température  ;  à  Aix  et  à  Montpellier  le 
même  inconvénient  subsiste  ;  à  Hières,  il  se  fait  sentir  pendant  une 
partie  de  l'année;  Pise  est  exposée  à  un  vent  du  nord-est  très-froid; 
Nice  et  Villa-Franca  ,  village  à  trois  lieues  de  Nice,  lui  paraissent, 
après  tout,  convenir  davantage  aux  poitrines  faibles,  surtout  le 
dernier  endroit,  qui  est  abrité  des  vents,  et  dont  le  climat  est  sec 
et  peu  variable.  L'auteur  est  cependant  d'avis  qu'on  n'y  envoie  point 
les  malades  qui  sont  décidément  attaqués  de  consomption  pulmo- 
naire ,  mais  seulement  les  personnes  dont  la  santé  délicate  peut  faire 
craindre  de  voir  se  déclarer  plus  tard  cette  terrible  maladie. 

191.  — ObserualioTii,  on  the  climate  qf  Penzance  ^  etc.  —  Obser- 
vations sur  le  climat  de  Penzance  et  du  comté  de  Cornvvall;  par 
J.  FoRBES,  D.  M.  Londres,  1821.  Murray.  Un  vol.  in-S". 

Cet  ouvrage,  qui  pourrait  presque  faire  suite  à  celui  que  nous  ve- 
nons d'annoncer,  est  écrit  dans  le  but  de  prouver  que  Penzance, 
ville  ^'Angleterre ,  et  le  comté  de  Cornwall,  présentent  tous  Igs 
avantages  que  les  personnes  dont  la  poitrine  est  attaquée  vont 
chercher  en  Italie  et  dans  le  sud  de  la  France.  Le  climat  y  est  doux 
et  tempéré  ;  on  y  respire  un  air  pur,  et  beaucoup  moins  humide 
que  dans  les  autres  parties  de  l'Angleterre  :  enfin ,  le  docteur  Forbes 
est  d'avis  qu'on  peut  y  envoyer  tous  les  malades  dont  l'état  réclame 
un  changement  d'air. 

192.  — Enchiridion  ,  or  a  hand  for  the  one-handed.  — Enchiri- 
dion,  ou   Supplément  à  la  main  pour  ceux  qui  l'ont  perdue  ;  par 
George  Webb  de  Renzey  ,  capitaine  dans  le  82®  régiment.  Londres  , 
^821.  Limbird,  Brochure  in-S»  ;  60  pages. 

L'auteur  ayant  perdu  un  bras  à  la  bataille  de  Vittoria,  en  Espagne-, 
a  consacré,  depuis,  une  grande  partie  de  son  temsà  inventer  et  à  per- 
fectionner un  assortiment  d'instrumens  propres  à  suppléer  à  l'usage 
de  la  main;  il  a  rendu  un  véritable  service  à  ses  compagnons  d'in- 
forlune,  en  leur  facilitant  les  moyens  de  se  passer  d'un  secours 
étranger.  Aidé  de  ses  découvertes,  on  peut  s'habiller,  servira  table, 
tailler  ses  plumes,  brosser  son  chapeau,  jouer  aux  cartes,  etc.  , 
avec  autant  d'adresse  que  ceux  qui  ont  le  libre  usage  de  leurs  bras. 


576  LIVRES  ETRANGERS. 

igj.  — ^  geographical^  slatistical  and  histoncal  Description  of 
Hindostan^  etc. —  Description  géographique,  statistique  et  histo- 
torique  de  l'Indostan  et  des  pays  voisins  ;  par  TValter  Hamiltoît. 
Londres,  1821.  Murray.  2  vol.  in-4°.  Prix,  4  louis  i4  schellings 
6  pences. 

Les  dernières  opérations  militaires  des  troupes  anglaises  dans  les 
Indes  ont  si  complètement  établi ,  en  dernier  résultat ,  la  supré- 
matie de  l'Angleterre  ,  que  les  territoires  regardés  autrefois  comme 
indépendans  sont  maintenant  comptés  au  nombre  des  provinces 
tributaires.  Ce  moment  était  favorable  pour  réformer  la  géographie 
de  l'Indostan  :  c'est  ce  qu'a  fait  M.  Hamilton.  Il  a  mis  dans  ce  nou- 
veau travail  plus  d'ordre  et  de  méthode  qu'aucun  des. écrivains  qui 
l'ont  précédé.  La  carte,  dressée  d'après  ses  instructions,  présente  les 
grandes  divisions  géographiques,  subdivisées  en  provinces;  chacune 
d'elles  est  traitée  séparément  dans  le  texte.  On  y  donne  une  descrip- 
tion générale  de  son  climat,  de  son  étendue,  de  ses  productions  et  de 
ses  habitans.  L'auteur  passe  ensuite  en  revue  les  villes  remarquables 
par  leurs  monumens,  leur  commerce,  leur  population,  leur  force  mi- 
litaire ou  maritime,  etc.  Les  n/atériaux  qui  ont  servi  à  la  composition 
de  cet  ouvrage  sont  tirés,  en  partie,  dé  collections  précédentes  ou  de 
voyages  dans  l'Indostan,  .^ui  ont  déjà  été  imprimas,  et  en  partie 
des  rapports  manuscrits  déposés  au  conseil  des  Indes.  Chaque  prési- 
dent a  coutume  de  donner,  tous  les  six  mois,  un  rapport  sur  la  situa- 
tion politique  ,  financière  et  judiciaire  de  chaque  province ,  auquel 
.sont  jointes  les  lettres  des  fonctionnaires^  qui  1  <5ont  subordonnés. 
Ces  rapport*  officiels  sont  très-vc  ,amineux ,  et  fournissent  à  l'ins- 
pecte\ir,  envoyé  par  le  oonseil  des  renseiguemens  importans  et 
variés.  On  sent  corubien  il  a  été  avantageux  pour  M.  Hamilton  de 
po'.woir  puiser  à  de  telles  sources  ;  aussi ,  son  livre  renferme  tout  ce 
qu'on  peut  savoir  de  plus  intéressant  sur  ces  contrées  lointaines. 
On  ne  lira  pas  sans  intérêt  le  chapitre  qui  traite  de  la  culture  des 
lettres  dans  l'Inde,  et  particulièrement  dans  le  Bengale j  celui  qui 
a  rapport  à  l'éducation  et  à  la  méthode  d'enseignement  du  doc- 
teur Bell,  au  moyen  de  laquelle  un  seul  maître  peut  donner  ses  soins 
à  un  très-grand  nombre  d'enfans.  Les  détails  sur  les  antiquités  des 
Indous  sont  peut-être  un  peu  négligés  :  l'auteur  s'est  surtout  appli- 
qué à  dépeindre  l'état  actuel  du  pays  et  de  ses  habitans.  Un  index, 
placé  à  la  fîn  de  l'ouvrage,  forme  une  espèce  de  dictionnaire  géogra- 


I 


LîTRES  KTRANGKRS.  577 

phique  de  rindoslan,  et  un  glossaire  explique  plusieurs  termes  des 
naturels  qu'on  a  été  obligé  d'employer  quelquefois.  Une  table  chro- 
nologique, indiquant  les  époques  auxquelles  les  différens  gouver- 
neurs généraux  des  Indes  ont  été  appelés  au  pouvoir,  assimile 
presque  ces  derniers  aux  monarques  européens,  qu'ils  égalent,  à  la 
vérité,  par  l'étendue  des  possessions  qui  leur  sont  confiées,  mais 
non  par  la  durée  de  leur  règne.  M.  Hamilton,  en  véritable  Anglais, 
évite  avec  soin  de  rappeler  les  cruautés  qui  ont  assuré  l'empire  de 
l'Inde  à  ses  compatriotes;  il  a  enseveli  le  passé  dans  l'oubli,  pour 
ne  parler  que  du  présent  :  ces  faits  historiques  devaient  cependant 
trouver  leur  place  dans  le  tableau  des  possessions  acquises  par  la 
Grande  Bretagne  dans  l'Inde. 

194  Biographia  Hibernica.  A  Biographical  DicUonarj  of 
ihe  wortbies  of  Ireiand,  from  the  earliest  perlod  to  the  présent 
Unie,  —  Biographie  de  l'Hibernie,  ou  Dictionnaire  biographique 
des  grands  hommes  de  l'Irlande,  depuis  l'époque  la  plus  reculée 
jusqu'à  nos  jours  ;  écrit  et  publié  par  Richard  Ryau.  Londres,  1821. 
Limbird ,  2  vol.  in-8"  de  ii55  pages. 

Il  ne  faut  pas  corrfondre  cet  ouvrage  avec  les  biographies ,  de- 
venues depuis  quelque  tems  tropcommunesen  France,  qui  ontpour 
but  d'alimenter  de  vieilles  haines,  de  ranimer  d'anciennes  inimitiés, 
tle  noircir  des  hommes  respectables;  en  un  mot,  de  satisfaire  toutes 
les  fureurs  de  l'esprit  de  parti.  Ce  dictionnaire  biographique  est, 
au  contraire  ,,un  monument  élevé  à  la  gloire  nationale  de  l'Irlande. 
11  est  consacré  à  la  mémoire  de  tous  ceux  qui  ont  servi  leur  patrie 
par  leur  éloquence,  leur  génie ,  lôjir  dévouement ,  ou  par  l'exemple 
de  leurs  vertus.  Le  premier  volume ,  qui  se  termine  à  la  lettre  C, 
contient  des  mémoires  et  des  notices  sur  Burke,  Boyle ,  Barry  , 
Brook  ,  Brien,Berkley ,  Entiers,  etc.  Les  anciens  bardes  irlandais 
n'ont  pas  été  oubliés  ;  Carolan  ,  Centlivre  ,  et  plusieurs  autres  mé- 
nestrels figurent  dans  cette  galerie.  Le  seul  reproche  qu'on  puisse 
adresser  à  l'auteur,  c'est  d'avoir  reproduit  quelquefois  de  vieilles 
anecdotes  trop  connues ,  ou  des  particularités  trop  puériles  pour 
trouver  place  dans  un  ouvrage  aussi  important.  Cependant ,  c'est 
moins  une  compilation  que  l'ouvrage  d'un  patriote  éclairé  ;  en  déplo- 
rant les  malheurs  de  son  pays  natal,  il  reproduit,  comme  une  source 
de  consolations  et  d'espérances ,  le  souvenir  et  les  nobles  exemples 
des  hommes   qui  l'ont  illustré. 

Tome  xii.  37 


578  LIVRES  ETRANGERS. 

195.  ChrUtinà's  Ret^enge ;  or,  the  fate  of  Monaldeachi  .  — 
La  Vengeance  de  la  reine  Christine ,  0(1  le  Sort  de  Monaldeschi  . 
poème ,  suivi  de  poésies  fugitives.  Par  J,  M.  Moffatt.  Londres  , 
1821.  Limbird,  in- 12  de  208  pages. 

Tout  le  monde  connaît  la  fin  déplorable  du  marquis  de  Monal- 
deschi, qui  périt  dans  le  palais  de  Fontainebleau  ,  assassiné  par 
l'ordre  de  la  reine  Christine  de  Suède,  dont  il  avait  été  Tamant. 
On  ajoute  qu'alliant  le  fanatisme  à  Iq  cruauté,  cette  femme,  après 
que  le  meurtre  fut  commis,  envoya  cent  livres  à  un  couvent,  afin 
de  faire  prier  pour  le  repos  de  l'ame  de  sa  victinie,  Un  poète  anglais 
s'est  emparé  de  cette  scène  de  crime  et  d'horreur;  il  en  a  tiré 
les  détails  d'un  mémoire  du  père  Le  Bel,  confesseur  du  marquis, 
et  témoin  de  l'assassinat,  et  c'est  dans  la  bouche  de  cet  ecclésiastique 
qu'il  met  le  récit  de  celte  efiroyable  catastrophe.  Les  vers  ont  assei 
de  verve  et  de  chaleur  ;  mais  ces  tableaux  sanglans  conviennent  peu 
à  la  poésie ,  qui  réussit  mieux  à  nous  ofirir  des  images  gracieuses. 
Parmi  les  poésies  fugitives  ,  on  en  trouve  deux  assez  remarquables  : 
l'une  est  le  Monologue  du  matelot;  l'autre  ,  fondée  sur  une  supers- 
tition du  nouveau  monde,  a  pour  titre  :  La  barque  fantastique 
de  ?jewhauen.  Cette  tradition  prend  sa  source  dans  une  de  ces 
apparitions  merveilleuses  et  inexplicables ,  qu'on  suppose  ôtre  occa> 
sionnées  par  la  réfraction  de  l'atmosphère  ,  comme  le  palais  de  la 
fée  Morgane  ,  qui  apparaît  an  -  dessus  des  eaux ,  dans  la  baie  de 
Messine.  L.   S.   B. 

196.  -  New  Monlhly  Magasine ,  etc.— Nouveau  Magasin  du  mois, 
ou  Journal  littéraire ,  n°  10.  Londres,  octobre  1821.  Colbum, 

Dans  \e  grand  nombre  d'ouvragos  périodiques  mensuels  ,  qui  pa- 
raissent à  Londres,  le  Neu^  Monthly  Magasine  a  pris  un  rang  dis^ 
tingué,  en  adoptant  un  plan  différent  de  celui  des  autres  Maga- 
sins. Dans  l'origine,  tous  ces  Magasins  étaient  des  espèces  de 
dépôts,  où  le  public  consignait  ses  observations,  ses  doutes,  ses 
questions  sur  toutes  sortes  de  matières.  Les  éditeurs  se  bornaient 
à  placer  à  la  fin  les  résumés  des  événemens  les  plus  remarquables 
du  mois.  Les  Magasins  les  plus  anciens,  surtout  le  Gentleinan's 
DIagasine ,  ont  conservé  cette  forme  surannée  ;  et  si  d'autres  s'en 
sont  écartés,  il  est  néanmoins  aisé  de  voir  que  la  rédaction  et 
le  mérite  littéraire  sont  ce  qui  a  le  moins  occupé  les  éditeurs.  Le 
Mjnthly  Magasine    s'éleva  plus    haut  ,  en    prenant  une    couleur 


LIVRES  ÉTRANGERS.  579 

politique,  et  en  se  chargeant  de  la  défense  de  la  liberté  civile  et 
religieuse.  Si  l'éditeur  avait  pu  se  préserver  des  affections  par- 
ticulières, il  aurait  parfaitement  rempli  la  tâche  qu'il  s'était 
imposée  Le  New  Monihly  Magasine  ^  qui  d'abord  était  l'anta- 
goniste de  l'ancien  Monthly  Magasine^  a  pris  une  route  différente. 
Il  a  élagué  tous  ces  petits  articles  insignifians  qui  encombrent  les 
anciens  Magasins ,  et  s'est  attaché  à  produire  de  bons  articles  lit- 
téraires, dans  le  genre  des  Essais,  genre  par  lequel  se  distinguaient  - 
dans  le  dernier  siècle  beaucoup  d'auteurs  anglais,  et  qui  depuis  étaient 
tombés  dans  une  sorte  de  discrédit.  En  suivant  cette  carrière  ,  où 
il  marche  seul ,  le  New  Monthly  Magasine  pourra  former  un  recueil 
d'un  mérite  durable. 

Au  cahier  du  mois  d'octobre ,  est  jointe  une  lettre  remarquable  de 
lady  Morgan  contre  ceux  qui  ont  critiqué  amèrement,  dans  les  jour- 
naux, son  ouvrage  sur  V Italie.  Lady  Morgan  emploie  tour  à  touf 
J'ironie  et  le  raisonnement.  Elle  se  défend  aussi  quelquefois  avec 
les  armes  qui, ont  servi  à  l'attaquer,  c'est-à-dire  en  injuriant  ceuX 
qui  lui  ont  dit  des  injures.  Si  ^  des  personnalités,  nous  passons  aux 
raisons,  nous  trouvons  lady  Morgan  sur  un  terrain  plus  avantageux. 
Elle,  fait  observer    que  les  journaux    ministériels    sont    déchaîiiés 
contre    elle    depuis  long-tems ,   parce  qu'elle  défend   la   cause    de 
l'humanité  et  de  la  justice  contre  ceux  qui  ne  veulent  que  le  réta- 
blissement du  pouvoir  absolu  et  du  torysme  le  plus  insupportable. 
Dans  son  dernier  ouvrage,  elle  a  fait  voir  clairement  les  résultats 
de  l'insouciance   avec  laquelle  le  gouvernement  de  son  pays  a  sa- 
crifié, en  i8i4»  les  intérêts  de  l'humanité  et  les  droits  des  nations. 
Or,  ceux  qui  se  sont  rendus  coupables  de  cette  insouciance,  sont 
précisément  les  même»  qui  soldent  encore    aujourd'hui  les  rédac- 
teurs de  plusieurs  journaux.  Est -il   étonnant,  ainsi  que  l'observe 
lady  Morgan,  qute  ceux-ci  cherchent  à  gagner  leur  salaire     D — g. 
107.—  Malay  Anhals ,  étc   —  Annales  Malaises,  traduites  du 
malaiis  par  le  docteur  Lbyden,  et  publiées  avec  une  introduction, 
par  sir  Stamford  Raffles  ,  F.  R.  S.,  etc.  Londres,  1821.  1  vol.  in-S". 
Depuis   long-tems ,   cet    ouvrage    d'un   orientaliste    distingué  et 
d'un  poète   aimable,  était  attendu  avec  impatience.  Un   nouveau 
degré   d'intérêt  s'y  rattache  encore,  lorsque  l'on    vient  à  songer 
qu'il  a  coûté  la  vie  à  son  auteur  ,  puisque  c'est  en  cherchant  à  le 
rendre  plus   complet  que   le  malheureux  Leyden  a  trouvé  la  mott 

37* 


&80  LIVRES  ÉTRANGERS. 

dans  une  bibliothèque  de  Batavia.  Nous  saisissons  cette  occasion 
pour  -payer  un  juste  tribut   d'éloges  et  de  regrets  à   la  mémoire 
d'un  jeune  martyr  de  la  science ,  dont  le  nom  est  presque  ignoré 
en  France,  mais  que  de    nombreux  travaux    placent  au  premier 
tang  parmi  les  hommes  illustres  de  l'Angleterre.       E.  Gauttier. 

DANEMARCK. 

198.  — Saxo  Grammaticus ,  etc.  —  Histoire  de  Danemarck,  par 
Saxo  le  Grammairien.  Nouvelle  traduction  de  l'original  en  langue 
latine,  par  M.   Grdndtvig.  Copenhague,   1819.  2   vol.  in-4''. 

Nous  avons  annoncé  le  premier  volume  dans  la  Revue  ^  T,  VII; 
pag.  335.  L'ancienne  traduction,  dont  le  langage  naïf  n'était  pas 
dépourvu  de  charmes,  était  depuis  long-tems  épuisée;  et  ne  se 
trouvait  plus  chez  les  libraires.  Pour  se  procurer  ce  livre  impor- 
tant, il  fallait  faire  des  recherches  dans  les  magasins  des  bouqui- 
nistes, ou  bien  attendre  la  vente  d'une  bibliothèque  particulière, 
et  le  payer  alors  assez  cher.  Le  public  réclamait  avec  raison ,  soit 
une  nouvelle  édition  de  cet  ouvrage  précieux ,  soit  une  traduction 
mieux  adaptée  aux  modifications  qu'a  subies  la  langue  danoise  de- 
puis soixante  ou  quatre-vingts  ans.  M.  Grundtyig  a  pris  ce  dernier 
parti.  Nous  n'oserons  pas  dire  qu'il  a  toujours  fait  mieux  que  son 
prédécesseur;  mais,  quelque  divers  que  soient  les  jugemens  por- 
tés sur  son  travail,  il  faut  convenir  qu'il  a  rendu  service  an  pu- 
blic, en  mettant  à  la  portée  de  tout  le  monde  un  ouvrage  in- 
dispensable pour  tous  les  Danois  qui  s'intéressent  à  l'histoire  de 
leur  patrie. 

199. —  Normes  Kongers  Kronike. —  Chronique  des  rois  de  Nor- 
vège, par  Snorro  StoklesoNj  traduit  par  M.  Ghindtvig.  Copen- 
hague,  1819.   2  vol.   in-4°- 

Les  réflexions  que  nous  venons  de  faire  au  sujet  de  l'ouvrage  pré- 
cédent s'appliquent  à  celui  ci ,  qui  doit  son  langage  plus  moderne 
au  même  traducteur,  dont  le  travail  lui  obtiendra  sans  doute  la 
reconnaissance  publique  en  Norvège  et  en  Danemarck. 

Hbibbag. 
ALLEMAGNE. 

aoo.  Géographie  und  slatistick  des  Gros  Her^ogthum  Baden.  — 
Géographie  et  statistique  du  grand  -  duché  de  Baden ,  par  Gaoos . 
Heidelberg ,    i8ao.    In-S". 


à 


LIVRES  ÉrRANGERS.  58i 

Tout  le  leiTitoîrc  de  cet    état  est  divisé  en  six  cercles  ;  saroir  : 

1°  Celui  du   Danube,  qui  a i43,o45   habitaDs. 

2"  Celui  de  la  Treisam a4o,53o. 

3"  Celui   de  la   Kinzig 167,69t. 

4°  Celui  de  la  Murg i82,356. 

5'^  Celui  du  Necker ...  276,557, 

6°  Celui  du  Mein 94>536. 

Nombre  total  des  babitans i,oo4j675. 

Chacun  de  ces  cercles  est  administré  par  un  directoire,  dont 
les  subordonnés  sont  les  baillis  ;  car  ceux-ci ,  outre  le  soin  de  rendre 
la  justice  ,  ont  des  attributions  de  finances  et  d'administration. 
La  dette  publique  du  grand-duché  est  de  16,602,925  florins  ;  mais 
la  caisse  d'amortissement  est  établie  sur  des  bases  si  sages,  elle  est 
si  bien  gouvernée ,  qu'en  peu  d'années  cette  dette  se  trouvera 
totalement  éteinte.  Pour  prouver  combien ,  dans  cette  partie  de 
l'Allemagne^  l'instruction  publique  est  florissante,  il  suffît  de 
nommer  l'université  de  Heidelberg.  Quant  au  commerce  j  les  impor- 
tations et  les  exportations  se  balancent  à  peu  près  ;  miais  les  lois 
des  Pays-Bas  sur  les  douanes  ont  porté  un  préjudice  notable  au 
transit ,  en  ce  que  les  Suisses  s'approvisionnent  maintenant  dans 
les  ports  de  France.  Les  contrées  méridionales  de  la  Suisse  ont 
recours  à  Gênes  pour  tout  ce  que  les  lois  françaises  ne  permet- 
tent pas  de  faire  passer  sur  le  territoire  qui  leur  est  soumis.  Aussi, 
remarque-t-on  que  les  rôles  du  transit,  qui  du  i*'  mai  1817  au  i"  mai 
1S18  ,  avaient  produit  608,195  florins,  ne  sont,  de  cette  même  époque 
au   1*'   mai    1819  ,   que  de  4^6, -280  florins. 

201.  —  Z ur  geschichte  Hellenischer  staats-verfassungen  ^  etc.  — 
Fragment  d'une  introduction  à  l'étude  de  Thucydide  ,  surtout  en  ce 
qui  concerne  les  constitutions  grecques  à  l'époque  de  la  guerre  du 
Péloponèse;  par  M.  Kortum.  Heidelberg,  1820.  In-S". 

Un  traité  sur  les  constitutions  grecques,  à  l'époque  la  plus  bril- 
lante de  l'histoire,  aurait  un  assez  grand  intérêt  par  lui-même  pour 
captiver  l'attention  de  tous  ceux  qui  aiment  les  sciences  morales. 
Les  circonstances  actuelles  ajoutent  un  nouveau  prix  à  sa  publi- 
cation ;  et  la  nation  grecque,  en  armes  pour  reconquérir  sa  liberté, 
doit  retrouver,  dans  l'ouvrage  de  M.  Kortum,  les  germes  d'un  meil- 
leur avenir.  Ces  constitutions,  qu'il  reproduit  dans  leur  entier,  qu'il 


582  LIVRES  ÉTILVNGKRS, 

remet,  pour  ainsi  <lire,  en  action,  sont  de  véritables  titres  de  famille  } 
la  force  opposée  par  des  barbares  en  avait  comprimé  l'effet;  le  droit 
subsiste,  il  survit  à  la  force.  On  se  tromperait  néanmoins,  si  l'on 
cberchait.dans  le  livr«  de  M.  Kortum  un  ouvrage  de  circonstance; 
il  a  été  écrit  dans  des  vues  plus  profondes,  il  était  médité  depuis 
long-tems;  et  la  première  fois  que  l'auteur  laissa  échapper  de  son 
cœur  ces  lignes  où  respire  pour  les  anciens  Grecs  l'enthousiasme  le 
plus  vrai ,  leurs  descendans  ,  sans  doute  ,  n'avaient  pas  encore  en- 
trevu le  jour  de  la  délivrance.  M.  Kortum  a  déjà  obtenu  plus  d'un 
succès  dans  le  domaine  de  l'histoire  ;  il  était  digne  d'un  savant 
aussi  laborieux  de  porter  la  lumière  sur  l'étude  de  l'historien  dont 
rintelligence  présentait  le  plus  de  difficultés.  L'ouvrage  de  Thu- 
cydide est  la  plus  belle  portion  de  l'héritage  que  l'antiquité  nous  a 
laissé.  M.  Kortum  ne  pouvait  mieux  commencer  son  introduction 
ou  ses  éclaircissemens  que  parla  partie  politique.  11  est  intéressant 
de  voir  quels  principes  dirigeaient  chacun  des  États  de  la  Grèce, 
avant  la  guerre  du  Péloponèse.  Mais ,  comnïe  il  faut  faire  la  part 
de  la  critique,  nous  devons  dire  à  nos  lecteurs,  que  souvent  l'amour 
de  l'auteur  pour  les  démocraties  le  rend  injuste  ;  qu'il  n'accorde 
rien  aux  gouvernemens  oligarchiques  ;  ertfin  ,  qu'il  les  accuse  d'avoir 
toujours  étouffé  le  génie.  D'un  autre  côté,  il  ferme  entièrement  les 
yeux  sur  les  inconvéniens  de  la  démocratie.  Quoi  qu'il  en  soit,  li^ 
lecteur  préférera  ces  défauts  à  d'autres.  Les  doctrines,  en  effet-, 
se  communiquent  moins  que  les  erreurs  historiques.  Il  sera  tou- 
jours libre  à  chacun  de  garder  ses  opinions,  après  avoir  entendu 
M.  Kortum;  mais  bien  peu  de  personnes  eussent  été  capables  de 
se  garder  d'une  erreur  de  fait.  Il  faut  donc  savoir  gré  à  cet  auteur 
de  ses  vastes  et  scrupuleuses  recherches,  surtout  en  ee  qui  con- 
cerne les  alliances  fédératives  des  états  de  la  Grèce,  ou  les  sym- 
machies  :  c'est  là  qu'il  déploie  toute  son  érudition*  On  y  voit  com- 
ment chaque  peuple,  quoiqu'il  conservât  ses  lois^  était  soumis  à 
l'influence  de  l'état  dominant.  C'est  ainsi  que  Sparte  tendait  à 
comprimer  les  élémens  démocratiques;  c'est  ainsi  qu'elle  s'empara 
d'un  tel  pouvoir  sur  ses  alliés,  qu'en  mainte  circonstance  elle  se 
pas^sa  de  lem*  suffrage  ;  les  chose*  en  vinrent  au  point  que  ces  alliés 
essayèrent  de  se  liguer  entre  eux  pour  opposer  une  digue  à.  sa  domi- 
nation. De  la  fédération  de  Sparte,  M.  Kortum  nous  conduit  à  celle 
d'Athènes,    composée  en   partie   de    peuples  libres,  en  partie   de 


LIVIVES  ËTKANGEIVS.  583 

j)euples  dépendans  ou  tributaires.  L'énuméialion  des  peuples  de 
chaque  symmachie  est  faite  avec  exactitude.  La  part  de  chacun 
dans  le  contingent  est  marquée  avec  soin.  A  la  Gn  du  volume,  o« 
trouve  des  additions  très-importantes  ;  par  exemple,  des  recherchés 
sur  l'histoire  de  l'Arcadie,  sur  le  royaume  des  Odrises,  etc.  Ceux  qui 
n'aiment  les  Grecs  que  dans  l'histoire,  peuvent  liie  l'ouvrage  de 
JVI.  Kortum;  il  leur  donnera  les  moyens  de  l'étudier  dans  des  sources 
fidèles  et  sûres.  Mais  ceux  qui  voient  dans  leurs  descendans  une 
nation  généreuse,  prête  à  ressaisir  sa  gloire  et  sa  liberté,  y  clier- 
cheront  aussi  des  motifs  d'espérance  pour  elle.  Ses  ;.  ucrriers  sont 
dignes  des  beaux  jours  de  Marathon;  mais,  si  jamais  le  nombrs 
devait  accabler  ces  restes  précieux  du  sang  des  héros  ,  l'Europe 
verrait-elle  de  sang  froid  anéantir  le  peuple  auquel  elle  doit  la  civi- 
lisation ?  Il  existe  une  ligue  sainte  ;  verra-t-elle  massacrer  des  chré- 
tiens par  ces  barbares  infidèles  dont  l'orgueil  insulte  également  â 
tous  les  chrétiens  ? 

202.  —  l/ôer  die  menscherii  etc. —  Essai  SUT  les  hommes  et  la  société, 
par  J.  B.  Sav,  traduit  par  Ludwig.  Attenboutg,  1821.  Hahn,  in  8" 
de  i44  pages. 

C'est  la  traduction  de  l'excellent  ouvrage  de  M.  Say,  înlilulé  : 
Vêtit  volume  contenant  quelques  aperçus  sur  les  hommes  et  sur 
la  société. 

200.  — Aristophanes  von  J.  H.  f^oss.  —  Aristophane  de  J.  H.  Voss , 
avec  des  remarques,  par  Henri  Voss.  Brunswick,  1821.  3  vol.  in -8». 
Ce  n'était  point  assez  d'avoir  donné  à  l'Allemagne  Homère  , 
Hésiode,  Théocrite,  etc.,  M.  Voss  veut  que  ses  compatriotes  puis- 
sent lire  Aristophane  en  allemand,  et  même  qu'ils  puissent  le  lire 
tel  qu'il  est,  en  vers  de  la  même  mesure  et  sans  aucune  modifi- 
cation dans  lé  sens,  quelquefois  un  peu  étranger  à  nos  mœurs  et  à 
noire  délicatesse.  On  sent  bien  que  cela  devait  entraîner  le  savant 
traducteur  à  des  constructions  de  phrases  un  peu  embarrassées;  et 
c'est  ce  qui  lui  est  arrivé  en  plusieurs  endroits.  Cependant,  on  recon- 
naît généralement  que  l'auteur  a  surmonté  avec  succès  les  grandes 
difficultés  de  son  entreprise,  et  que,  cette  fois  encore ,  il  a  été  le 
secrétaire  fidèle  des  muses  attiques.  H  promet  un  commeniaife  ;  et 
alors,  sans  doute,  il  expliquera  pourquoi  il  a  renversé  Tordre  ancien- 
nemer^t  établi  entre  les  diverses  pièces  d'Aristophane.  En  général, 
M.  Voss  aime  beaucoup  à  transposer,  et  soUv^ertt  même  à  chahger 


&8A  LIVRlvS  ÉlUA.NGLrcS. 

les  textes,  Virgiîe  et  TibuIIe,  qui  lui  doivent  beaucoup  d'ihgénieti»«;» 
conjectures,  n'ont,  pour  se  défendre  de  totft  ce  que  son  esprit  leur 
a  donné,  que  l'autorité  des  manuscrits,  et  c'est  bien  quelque  chose. 
Lisons  les  traductions  de  M.  Voss  ;  rendons  jnstice  à  ses  hautes 
qualités  ;  mais  repoussons-le ,  chaque  fois  qu'il  viendra  opposer  6 
l'autorité  des  siècles  l'inspiration  du  moment. 

204. — JVitLands  briefe  an  Sophie  von  Laroche. — Lettres  de  Wie- 
I.AKD  à  Sophie  de  Laroche.  Berlin,  1S20.  in-8". 

Dès  l'âge  de  dix-sept  ans,  ^illustre  poète  dont  le  nom  donne  wn  si 
grand  intérêt  à  ce  recueil  de  lettres,  avait  connu  Sophie  ;  et,  en  très- 
peu  de  tems,  elle  devint  pour  lui  l'objet  de  la  passion  la  plus  violente. 
Mais,  comme  il  arrive  souvent,  des  obstacles  s'élevèrent  entre  les 
deux  amans,  et  Sophie   épousa  M.   de  Laroche.   L''amitié  la    plirs 
vive  et  la  plus  pure  vint  remplacer,  dans  ces  âmes  vertneuse*,  un 
sentiment  qui   désormais  leur  était  interdit  ;   et,  comme  leurs  rela- 
tions étaient  innocentes,  elles  n'eurent  de  terme  que  leur  vie.  Pen- 
dant l'espace  de  cinquante  années,  Sophie  exerça  sur  Wieland  cette 
influence  si  douce,   dont  nue  plume  habile  a  récemment  retracé 
les   effets.   Si  les  femmes  ont  une  grande  part  aux  événemens  his- 
toriques, elles  en  ont  une  plus  grande  encore  sur  les  ouvrages  du 
génie,  et  plus  d'un  chef-d'œuvre  doit  à  l'amour  ou  à  l'amitié  qu'elles 
onl    inspirée   tout  l'éclat  dont  il  brille.    «  Rien  n'est  plus  certain, 
s'écrie  Wieland,  dans  une  de. ses  lettres,  si  le  sort  ne  nous  avait 
pas    réunis,  je  n'aurais    jamais  été  poète.  »   Quelques-  unes  des 
lettres  de  cette  collection  sont  écrites  en  français.  Ph.  Golbéby. 

2o5. — Kônig  Erich. — Le  roi  Erich,  tragédie  en  cinq  actes,  par 
M.  Joseph  d'Auffembkhg. — Bamberg  et  Wurtzboug,  1820.  234  pag-. 
Gorbhandt. 

(]elte  tragédie  qui  n'appartient  point  à  l'éçoic  de  Shakespeare 
«  t  qui  n'est  pas  non  plus  conforme  aux  règles  tracées  par  Aristote  , 
est  sévèrement  critiquée  par  les  journaux  allemands. 

206.  —  Nouelas  e.spanolas. — Nouvelles  espagnoles.  Heidelberg, 
i8i(;,  Groos.  Brochure  in-8°  de  4^  pag.  Prix,  8  grojî. 

Cette  brochure  renferme  deux  nouvelles  espagnoles ,  sans  indi- 
cation du  nom  de  l'auteur,  ni  même  de  celui  de  l'éditeur;  elles  ne 
sont  précédées  d'aucun  avertissement,  qui  puisse  apprendre  a» 
lecteur  si  ce  n'est  qu'une  réimpression,  ou  si  elles  voient  le  jour 
pour  la   prejjiière  fois.   Du  reste,  elles  soûl  biou  écrites;  l'aiilcu» 


LIVIVES  KTlLAiNGKUS.  585 

tonte  avec  {^r Sec  et  «aturel.  Il  paraît  les  avoir  desiinccs  L\  rensci^ 
guenienl  de  la  langue  espagnole  ;  et  nous  croyons  pouvoir  assurer 
qu'elles  sei"ont  utiles  sous  ce  rapport. 

9.0J.  —  yïrcheologische  unterhalîeingen.  —  Entretiens  archéolo- 
giques. Première  partie;  sur  Vitruve,  par  Stikclitz.    1820, 

Cet  ouvrage  a  été  composé  avant  que  Schneider  eût  éclairci  plu- 
sieurs difficultés  qui  se  présentent  dans  Vitruve.  Aussi,  reproclic- 
t-on  à  l'auteur  d'être  tombé  dans   quelques  erreurs  assez  graves, 

A.  S. 

308.  —  Dcr  Teinpel  des  Olympischen  Juplters  zu  Agrigsnt. —  Le 
Temple  de  Jupiter-Olympien  d'Agrigente;  par  Klenze.  L.Munich  , 
1821;  in-4°,  avec  fig. 

Selon  Diodore ,  le  Temple  de  Jupiter  à  Agrlgente  fut  un  des  plus 
beaux  monumens  de  la  Sicile  ;  c'était  en  même  tems  l'un  des  plus 
gigantesques,  quoiqu'il  n'eût  pas  été  achevé  :  on  en  peut  juger  par 
les  proportion^  des  colonnes  ,  qui  avaient  auprès  de  leur  base  vingt 
pieds  de  circonférence,  et  dont  les  cannelures  étaient  assez  profondes 
pour  pouvoir  contenir  le  corps  d'un  homme.  Mais  la  description 
de  Diodore  présentait  quelques  difficultés  dans  lé  texte,  que  les  mo- 
dernes ont  cherché  à  lever  comme  ils  ont  pu.  Winkelman  s'est  beau- 
coup occupé  de  ce  monument  ;  l'abbé  de  Non  et  Houel  ont  donné 
les  dessins  des  ruines,  et  ont  ajouté  leurs  conjectures  pour  com- 
pléter ce  que  le  tems  a  détruit.  Cependant,  il  restait  à  faire  quelque 
chose  de  plus  important,  c'était  de  mettre  les  ruines  à  découvert;  ' 
c'est  ce  qui  a  eu  lieu  par  les  soins  de  l'aichitecte  Cockerell,  qui  pour- 
tant n'a  rien  publié  'a  ce  sujet.  C'est  un  Italien  ,  Politi,  qui  a  fait 
connaître  récemment  l'état  actuel  des  ruines ,  sans  être  très-heureux 
dans  ses  conjectures  sur  l'état  ancien  du  monument.  M.  Klenze  part 
dts  données  importantes  fournies  par  les  fouilles,  pour  faire  remar- 
quer d'abord  que  Diodore  a  commis  beaucoup  d'inexactitudes  dans 
sa  description  ,  surtout  dans  les  dimensions  de  l'édifice.  L'architecte 
réfute  ensuite  plusieurs  sa  vans  qui,  n'étant  pas  artistes,  ont  formé 
des  conjectures  que  contredisent  les  principes  de  l'art  des  anciens  , 
ainsi  que  les  règles  de  la  construction.  M.  Klenze  fait  l'analyse  des 
beautés  de  ce  Temple  et  des  idées  qui  ont  guidé  l'artiste  dans  te 
plan  du  monument.  L'auteur  fait  précéder  ce  travail  de  quelques 
idées  générales  sur  l'art  de  l'architecture  chez  les  Grecs  ;  il  fait  ob- 
server que  ce  peuple  n'a  pas  inventé  Iç^  principes  de  l'architecture  , 


:^S0  LIVilES   «ailANGliRS. 

mâîs  qu'U  les  a  trouvés  ,  attendu  qu'ils  sont  fondés  dans  la  nature  ; 
qu'ils  étaient  simples  chez  un  peuple  démocratique  ,  qui  n«  s'éloi- 
gnait guère  de  la  simplicité  primitive  ;  et  que ,  dans  la  suite  des 
tems ,  lorsque  leà  institutions  politiques  et  religieuses  se  furent  com- 
pliquées, on  fut  obligé  aussi  de  combiner  les  idées  premières  de 
l'architecture  pour  élever  des  uionumeus  analogues  aux  besoini^ 
-compliqués  des  hommes.  Des  gravures  exécutées  avec  soin  font  con- 
naître les  ruines  du  Temple  d'Agrigente  ,  le  plan  tel  que  les  fouilles 
l'ont  mis  à  découvert  ;  enfin,  l'aspect  de  l'édifice  tel  que  l'auteui  du 
«iémoire  le  restaure ,  d'après  des  donnéea  pour  la  plupart  positives. 

309.  —  Versuch  einer  ff^iedtnherstellun^  des  toscanischen  Teiu- 
jnls.  —  Essai  pour  rétablir  le  temple  toscan,  d'après  les  analogies 
historiques  et  techniques;  par  M.  L.  Kleszb  ,  intendant  des  bâti- 
mens  de  la  couronne,  en  Bavière ,  etc.  Munich,  182?,  86  pag.  in-4*, 
avec  fig.  't»  ^■■ 

Vitruve^  nous  a  laissé  la  description  des  genres  de  construction 
que  les  Etrusques  employaient  pour  leurs  édifices  religieux.  Mais 
Vitruve  ne  fait  pas  toujours  un  usage  bien  juste  des  termes  tech- 
niques ;  quelquefois,  ces  termes  eux-mêmes  n'ont  pas  une  acception 
précise,  et  les  figures,  qui  servaient  à  éclaircir  le  texte  de  cet  au- 
tour ,  out  été  perdues.  Il  no  faut  donc  pas  s'étonner  que ,  malgré  les 
détails  donnés  par  l'artiste  latin,  les  modernes  n'aient  pas  eu  jus- 
qu'à présent  uqe  idée  bien  nette  de  la  construction  des  édifices  reli- 
gieux en  Étrurie.  M.  Klenze  ,  architecte  à  Munich  ,  qui  a  fait  preuve 
de  son  habileté  et  de  sa  profonde  étude  de  l'antiquité  ,  dans  la  cens* 
truction  de  la  glypiolhèque  ,  ou  du  musée  des  antiques  érigé  récem- 
ment aux  frais  du  prince  royal  de  Bavière ,  a  pris  une  double  voie 
pour  arriver  à  la  solution  des  difficultés  que  présentait  le  texte  de 
Vitruve;  d'abord,  il  a  fait  usage  de  ses  vastes  connaissances  tech- 
niques; puis,  il  a  eu  recours  à  un  moyen  nouveau  :  c'est  en  remon- 
tant à  l'origine  de  l'architecture  toscane  ou  étrusque,  qu'il  a  cherché 
i  expliquer  le  génie  de  cet  art  chez  le  peuple  qui  a  précédé  les  Ro' 
fnaias  dans  la  civilisation.  Quelques  savans  ,  les  Italiens  surtout ,  ont 
soutenu  que  cette  civilisation  des  Étrusques  était  un  fruit  du  sol,  un 
effet  naturel  du  génie  de  ce  peuple  ;  d'autres  ont  cher<^hé  à  prouver 
que  les  arts  qui  ont  fleuri  avant  les  Romains,  en  Italie,  surtout  en 
Toscane,  y  ont  été  apjwrtés  parles  Grecs  ou  les  Pélasges.  M.  Klenze. 
sans  combattre  précisément  ces  tlcux  avis,  parait  pencher  pour  une 


LIVRES  li]i\AL>GKaS.  587 

tiolsièino  opinion  qui  explique,  par  l'invasion  et  rétahUsscuiGnt  des 
peuples  septentrionaux,  l'état  des  arts  dans  la  haute  Italie,  avant 
la  domination  des  Romains.  Quelque  singulière  que  paraisse  cette 
opinion,  elle  est  pourtant  assez  plansiblô.  De  tout  tems,  observe 
M.  Klenze ,  les  peuples  du  nord  ont  eu  une  prédilection  pour  les 
possessions  des  pays  du  midi.  Les  auteurs  anciens  parlent  de  diverses 
peuplades  gauloises  ou  celtiques,  rhétiennes  et  autres,  qui  se  sont 
établies  en  Italie.  11  y  a  une  grande  affinité  entre  les  caractères 
ilrusques  et  les  runes.  Selon  Micali,  on  voit,  sur  d'*aiM;icns  nionu- 
mens  étrusques,  des  figures  dont  la  physionomie  est  celle  des  hommes 
du  nord.  M.  Klenze  cite  des  témoignages  qui  assurent  que  le  peuple 
toscan  ressemble  encore  au  peuple  allemand  ,  et  l'auteur  ajoute  que 
les  go  ivernemens  allemands  de  la  haute  Italie  sont,  pour  ainsi  dire, 
des  gouverneniens  nationaux.  Je  crains  que  cette  dernière  asserliou 
n'ait  de  la  peine  à  s'accréditer  dans  le  midi  de  l'Europe. 

Pour  revenir  à  l'architecture ,  M.  Klenze  fait  observer  qu'il  existe 
un  genre  de  construction  dont  on  peut  suivre  les  traces,  depuis  le 
bas  Danube  jusqu'au  haut  de  ce  fleuve;  puis  à  travers  les  Alpes  du 
Tyrol  et  de  la  Suisse  jusqu'en  Toscane;  c'est  la  construction  de  ces 
maisons  de  bois  qui,  chargées  d'ornemens,  composées  de  plusieurs 
étages,  entourées  de  galeries,  et  érigées  avec  un  art  particulier, 
offrent  une  foule  d'agrémens,  et  annoncent,  par  conséquent,  un 
raffinement  qui  s'éloigne  beaucoup  des  essais  informes  des  peuples 
barbares.  Ces  maisons, dont  les  parties,  au  lieu  d'être  attachées  par  des 
clous,  le  sont  par  la  jonction  habilement  combinée  des  pièces  de 
bois,  peuvent  être  démontées  et  reconstruites  aisément,  comme  ces 
habitations  de  l'ancienne  Grèce,  que  l'on  transportait  de  la  cam- 
pagne dans  les  forts,  à  l'approche  de  l'ennemi.  M.  Klenze  trouve 
une  analogie  frappante  entre  cette  architecture  et  celle  des  anciens 
Étrusques,  qui  employaient  également  le  bois,  et  c'est  de  cette 
analogie  que  l'auteur  s'aide  ingénieusement  pour  éclaircir  le  texte 
de  Vitruve  au  sujet  des  temples  toscans*  Il  ne  nous  appartient  pas 
de  prononcer  sur  la  validité  de  ses  argumens;  il  nous  suffit  de  les 
avoir  indiqués  :  les  architectes  aussi  versés  dans  leur  art  que  dans 
l'étude  de  l'antiquité,  pourront  seuls  avoir  une  voix  décisive  dans 
cette  discussion.  Depping. 


586  i:ryKE5  étra.ngers. 

SUISSE. 

210.  —  Tentamen  Florœ  Basileensis  ^exhibens plantas phœnew 
gamas  sponte  nascentes ,  secundùm  sexuale  digestas ,  adjectis 
Caspari  Bauhini  synonymis ,  ope  horti  ejus  sicci  comprobalis,  etc. 
Auctore  doct.  C.  F.  Hagembach.  —  Essai  d'une  Flore  de  Bâie ,  etc. 
Bâle,  1821.  Neukirch.  1  vol.  in-S"  de  45o  pages.  Prix,  4  florins. 

La  première  partie  de  cet  intéressant  ouvrage,  attendu  depuis 
long-tems  avec  impatience  par  les  botanistes,  vient  enfin  de  paraître. 
L'auteur  a  su  tirer  parti  des  manuscrits  et  des  herbiers  provenant 
de  nos  célèbres  naturalistes  Bauhin  et  Lachenal,  de  ces  précieuses 
collections  qui,  jusqu'à  ce  jour,  avaient  été  comme  perdues  pour  ia 
science.  Il  se  propose  de  décrire  successivement  les  plantes  de  toute 
la  partie  septentrionale  de  la  Suisse,  ainsi  que  celles  qu'on  recueille 
dans  la  chaîne  du  Jura,  sur  les  montagnes  dont  la  hauteur  absolue 
n'excède  guère  4,000  pieds  :  il  a  déjà  réussi  à  faire  de  cet  ouvrage  t:n 
guide  utile,  pour  les  amis  de  la  botanique ,  dans  leurs  excursions  aux 
environs  de  Bâle.  Les  plantes  sont  décrites  avec  beaucoup  de  soin, 
et  les  lieux  où  elles  cioissent  sont  indiqués  avec  la  plus  grande  pré- 
cision. Ce  premier  volume  est  orné  d'un  beau  portrait  de  Gaspard 
Bauhin,  dû  à  deux  habiles  artistes  suisses,  VVocher,  peintre  de  Bâle, 
et  Fsslinger,  graveur  de  Zurich;  on  y  a  joint  deux  figures  enlumi- 
nées ,  représentant  la  Veronica  prcecox  et  la  Veronicj.  buxbaumii. 
Cette  production  fait  regretter  que  le  docteur  Hagembach  ne  soit 
plus  chargé  d'aucune  partie  de  l'enseignement  public,  et  qu'il  ait 
renoncé  à  la  chaire  de  professeur,  qu'il  remplissait  d'une  manière 
distinguée.  A.  S. 

211. — Des  moyens  de  perfectionner  les  études  littéraires  à  Genài-c, 
^ar  Jeun  Humbebt,  professeur  d'arabe;  deuxième  partie.  Genève  , 
1821.  J.  J.  Paschoud,  et  à  Paris,  chez  le  même  libraire,  rue  de 
Seine,  n»  ^H;\n-8'>  de  127  pages,  {ployez  le  Compte  rendu  de  la 
première  partie ,  T.  XI,  p.  570.) 

Dans  cette  seconde  partie,  l'auteur  s'applique  à  prouver  que  le 
grec,  et  surtout  le  latin,  ne  s'enseignent  pas,  au  collège,  d'unç  ma- 
nière convenable ,  et  que  la  langue  française ,  qui  devrait  y  être 
l'objet  d'une  étude  particulière,  est  absolument  négligée.  Nous  ne 
suivrons  pas  l'auteur  dans  le  développement  de  chacune  de  ses  pro- 
positions. 11  conseille ,  pour  le  grec,  de  faire,  dès  le  principe  ,  ap  - 


LIVRES  KTRANGERS.  589 

prendre  beaucoup  de  mots  aux  écoliers,  et  de  les  excercer  à  la  corn* 
position;  «  Mais  ,  dit  l'auteur,  pour  asseoir  cette  méthode  sur  une 
base  fixe,  il  faudrait  que  l'enfant  eût  entre  les  mains  un  Cours  de 
thèmes  ^recs  i  à  l'instar  des  thèmes  latins  de  Mercier.  Le  Cours  de 
MM.  Planche  et  Vendel-Heyl  (  qui  n'est  qu'une  copie  littérale  de 
celui  de  Werner)  ne  remplit  point  le  but  désiré  :  il  est  plus  fait  pour 
faciliter  l'enseignement  aux  jeunes  maîtres,  que  pour  développerl'in- 
telligence  des  enfans.  Il  faudrait  aussi  qu'on  imprimât  un  dictionnaire 

fançais-grec ^  en  prenant  pour  guides  dans  ce  travail  les  diction- 
naires allemands-grecs,  publiés  récemment  par  Stein,  Reichenbach 
et  Rost.  »  L'auteur  demande  ensuite  que  l'on  fasse  lire  plus  de  pro- 
sateurs que  de  poètes  ;  que  l'on  se  presse  moins  de  mettre  Hom,ère 
entre  les  mains  des  élèves  ;  que  l'on  traduise  les  auteurs  grecs  en 

français  et  non  en  latin  ;  que  l'on  donne  une  idée  un  peu  nette  des 
esprits.,  des  acoens  et  de  la  quantité  (et  à  cette  occasion,  il  recom- 
mande un  ouvrage  récent,  que  nous  ne  connaissons  point  encore  : 
(  le  Traité  des  ac'cens  de  la  langue  grecque.,  par  M.  Couronne  ). 
Quant  à  la  langue  française.,  à  en  juger  par  les  plaintes  de  l'auteur, 
cette  étude  est,  à  Genève,  sur  un  pied  peu  satisfaisant.  Cette  cir- 
constance explique  pourquoi  Genève ,  qui  a  produit  tant  de  savans 
natui'alistes,  tant  de  philosophes  et  de  mathématiciens  profonds, 
compte  dans  son  sein  si  peu  d'écrivains  élégans,  si  peu  de  littérateurs 
et  de  poètes. 

Dans  la  z^^eclion  de  cette  seconde  partie,  M.  Humbert  recherche 
quelles  nouvelles  études  on  pourrait  introduire  au  collège?  et  il  se 
déclare  pour  V histoire  et  les  antiquités ,  comme  dans  les  lycées  de 
France  ;  pour  la  géométrie  et  V arithmétique.  Quant  à  l'histoire  na~ 
turelle  et  à  la  géométrie ,  il  croit  qu'il  suffit  de  les  commencer  après 
la  rhétorique.  Les  nf*tes  qui  accompagnent  l'ouvrage  contiennent, 
entre  autres  choses ,  une  dissertation  où  l'auteur  s'efibrce  de  prouver 
que,  dans  l'étude  des  langues  mortes,  la  méthode  des  thèmes  ne  doit 
point  être  abandonnée  ,  parce  que,  loin  d'être  inutile  ou  nuisible, 
comme  l'ont  prétendu  beaucoup  de  grammairiens,  elle  ne  peut  avoir 
que  de  bons  résultats. 

Au  moment  où  nous  terminons  cette  analyse,  nous  apprenons  que 
cet  écrit  de  M.  Humbert ,  où  nous  n'avons  découvert  qufe  des  vues 
pacifiques,  utiles  et  patriotiques  ,  a  piqué  au  vif  MM.  les  professeurs 
du  collège,  et  qu'un  d'eux  a  même  publié  un  petit  pamphlet  contre 


590  LIVKKS  KlllANGERS. 

l'auteur.  Ce  fait,  doul  on  n'a  malheureusement  que  trop  d'exemples 
dans  la  république  des  lettres,  nous  rappelle  le  passage  suivant  de 
Dumarsais  :  «  Une  ironie  perpétuelle  n'instruit  point. Une  personne, 
dont  la  principale  destination  est  de  travailler  à  l'éducation  de« 
enfaïis,  devrait  parler  sérieusement  des  ouvrages  qui  ont  du  rapport 
à  «ette  éducation.  On  doit,  en  pareil  ca«,  ou  les  laisser  tomber,  ou 
en  relever  les  défauts  d'une  manière  qui  instruise  le  public  et  l'au- 
teur même  (i).  »  E.  S. 

ITALIE. 

21 2.  Délia  maniera  piu  aita  a  curare  radicalmente  le  i^arici,  eto. 
—  De  la.  méthode  la  plus  propre  à  guérir  radicalement  les  varices  et 
j€s  plaies  varicieuses  de  l'extrémité  inférieure.  Mémoire  de  lianieri 
. G ABTONi,  médecin-chirurgien.  Pise  ,  ^821.  Sébastiano  Nistri. 

L'auteur  de  se  Mémoire,  après  avoir  indiqué  les  causes  des  va- 
rices ,  expose  les  méthodes  que  l'on  a  employées  jusqu'ici  pour  les 
guérir.  Il  rapporte  un  grand  nombre  d'observations  faites  par  lui- 
même  et  par  d'autres.  Il  préfère  la  méthode  par  la<|uelle  on  coupe 
et  l'on  enlève  une  partie  de  la  veine ,  iit  celle  qui  prescrit  de  la 
couper  simplement  et  de  la  réunir  ensuite. 

2i3. — uétti  délia  reale,  accademia  Lucche&e,  etc. — Actes  de  l'aca- 
démie royale  des  sciences,  lettres  et  arts  de  Lucques.  T.  I.  Lucques, 
1821.  Francesco  Bertini;  in-S"  de  xuii  et  de  344  pages  avec  des 
planches. 

Cette  collection  comprend  un  Discours  de  l'infant  don  Carlo 
Lodovico ,  président  de  l'académie  ;  une  Notice  sur  l'origine  de  cette 
académie.  On  y  rend  compte  d'un  i)!femoz>e  d'Antonio  Mazzarosa 
sur  les  contagions;  d'une  Introduction  de  Francesco  Ceviipour  un 
Cours  d'histoire  universelle^  tracé  d'après  les  modèles  de  Bossnet  et 
de  Mehegan  ;  et  d'un  Essai d' économie  et  de  statistique,  parGabriello 
Grîmaldi;  on  y  trouve  aussi  une  Leçon  de  M.  Giulio  Cordero  sur 
les  mesures  deLucques  et  sur  la  meilleure  méthode  de  les  ordonner; 
une  Théorie  analytique  des  projections  ,^at  le  professeur  Gaetano 
Georgini  ;  V Essai  d'une  théorie  élémentaire  des  polygones  revtilignesy 
par  le  professeur  Pietro  Franchini  ;  une  Dissertation  de  Çesare 
Lucchcsini,  sur  le  droit  d'asile  sctcré  chez  les  Hébreux;  un  Mémoire 


(0  (Rui'res,  T.  ï,  p.  85. 


LIVRES   ETU ANGERS.  591 

du  chevalier  de  San  Quintino  sur  les  monnaies  des  a.iciens  Marquis, 
de. la  Toscane;  une  Notice  du  comte  Gio  Francesco  Napione ,  sur  un 
opuscule  inédit  de  Tomniaso  Valperga  di  Caluso  ,  intitulé  :  Délia 
lingua  itaiiana ;  un  Mémoire  météorologique  de  P.  A.  Butori;  et  en- 
fin la  Constitution  de  l'académie. 

2i4* — f'^lo,ggi  di  Francesco  Peirarca,  etc.— Voyages  de  Pétrarque 
en  France,  en  Allemagne  et  en  Italie,  écrits  par  le  professeur  Am- 
brogio  Levati.  Milan,  1820.  Imprimerie  de  la  Société  typographique 
des  classiques  italiens.  5  vol.  in-8". 

Cet  ouvrage  est  une  espèce  de  roman  historique.  L'auteur  s'es^t 
proposé  d'exposer  la  vie  de  Pétrarque,  de  traduire  les  morceaux 
les  plus  intéressans  de  ses  ouvrages  latins,  et  de  retracer  les  événe- 
mens  et  les  usages  les  plus  remarquables  du  xiv*  siècle.  Mais  on  ne 
trouve  pas  ,  dans  son  roman ,  toute  l'exactitude  qu'auraient  désirée 
dans  ce  genre  d'ouvrage  ceux  qui  connaissent  le  caractère  du  poète 
italien,  ses  nombreut  écrits,  ainsi  que  l'histoire  et  les  mœurs 
de  son  tems  ;  enfin ,  le  Pétrarque  de  M.  Levati  n'est  pas  le  Pé- 
trarque du  xiii«  siècle. 

ziS.  —  DfW  oracolo  e  degli  Anfizioni  di  Deljo,  etc.— "De  l'oracle 
et  des  Amphyctions  de  Delphes,  par  Francesco  AMBaosoLi.  Milan,, 
1821»  Angelo-Stanislao  Brambilla  ;  in-8°  de  iï4  pages. 

Nous  avons  annoncé  deux  Mémoires  sur  le  môme  sujet,  l'un  du 
comte  Mengotti,  et  l'autre  de  M.  Torriceni.  {VqyezT.  V,  p.  343, 
et  T.  XI  ,  p.  365.  )  M.  Ambrosoli  croit  que  les  recherches  de  ses 
devanciers  peuvent  encore  être  soumises  à  un  nouvel  examen. 
Disciple  et  admirateur  de  G.  B.  Vico,  et  appuyé  de  l'exemple  d'AI- 
garotti,  de  Beaufort,  de  Niebhur,  de  Wachsmuth  ,  de  Savigny,  il 
suit  leur  méthode  et  leurs  principes.il  cherche  d'abord  à  déterminer 
la  nature  et  l'origine  de  la  divination  ou  de  la  religion,et  de  la  politique 
dans  l'état  primitif  des  familles,  lorsque  les  pères  exerçaient  sur  leurs 
fil»  et  leurs  esclaves  un  empire  absolu  et  monarchique.  La  première 
association  de  ces  chefs  de  famille  forme  des  républiques  aristo- 
cratiques ,  où  les  patriciens  interprétaient  les  oracles  et  fixaient  les 
lois,  c'est  -  à  -dire,  qu'ils  étaient  à  la  fois  prêtres  et  législateurs. 
M.  Ambrosoli  s'étudie  ensuite  à  déterminer  l'objet  et  le  caractère 
des  amphyctions,  et  profite  des  recherches  de  Sainte-Croix  mieux 
que  ne  l'ont  fait  MM.  Mengotti  et  Torriceni.  Selon  notre  auteur,  le» 
amphyctions  eurent  toujours  part  dans  le  gouvernement,  soit  qu'iU 


592  LIVRICS  KÏKANGERS. 

fussent  de  bonne  foi,soit  qu'ils  abusassent  de  la  crédulité  dos  peuples. 
Il  suppose  que  la  crédulité  a  dû  précéder  l'imposture  .  et  conclut 
que  la  religion  (et  par  conséquent  l'oracle  de  Delphes,  qu'il  regarde 
comme  un  des  plus  anciens)  est  une  institution  qui  trouva  néces- 
sairement son  origine  dans  les  dispositions  de  la  nature  humaine  , 
et  qui  devint  facilement  la  première  règle  de  conduite  des  hommes  | 
et  des  états.  Long-tems  après,  les  directeurs  des  peuples  ayant  re- 
connu qu'ils  étaient  dans  l'erreur,  mais  ayant  en  même  tems  senti 
la  nécesstié  de  tenir  le  peuple  dans  la  même  croyance,  ils  la  firent 
gervir  à  leurs  intérêts,  qu'ils  avaient  toujours  soin  de  confondre  avec 
ceux  de  l'état.  C'est  d'après  cette  théorie  que  M.  Ambrosoli  ex- 
plique l'origine,  les  progrès  et  les  vicissitudes  de  l'oracle  de  Delphes. 
On  espère  qu'après  ce  premier  essai,  il  développera  quelques  autres 
parties  du  système  de  Vico,  qui  mérite  d'être  plus  connu. 

216  (*). — Saggio  iniorno  aisinonimi  délia  lingua  italiana^  etc.— 
Essai  sur  les  synonymes  de  la  langue  italienne,  par  Giuseppe  Gbassi. 
Turin,  1821  ;  imprimerie  royale.  1  vol.  in-8°  de  i48  pages. 

Cet  ouvrage  a  été  regardé  comme  la  première  tentative  de  ce  genre 
faite  en  Italie^  et  l'on  a  espéré  que  l'exemple  donné  par  l'auteur  serait 
suivipar  d'autres.  Dans  son  travail,  il  a  suivi  la  méthode  d'Adelung,  de 
Jonhson  et  de  Roubaud,  et  l'analyse  des  étymologies  ;  ce  qui  l'a  obligé 
de  consulter  l'histoire  de  la  langue,  histoire  qui  manque  encore  à  l'Ita- 
lie, malgré  le  nombre  immense  d'ouvrages  qu'elle  possèdesur  la  gram- 
maire et  sur  la  langue  en  général.  Nous  apprenons  que  l'abbé  Romani 
vient  d'achever  xxn  Dictionnaire  raisonné  et  complet  des  synonymes  de 
la  langue  italienne,  sur  lesquels  M.  Grassi  n'a  publié  qu'un  Essai.  Il 
en  avait  communiqué,  dès  1819,  l'introduction  et  le  plan  à  l'institut 
de  Milan ,  qui ,  après  les  avoir  examinés ,  décida  que  son  exécution 
pourrait  être  fort  utile  à  la  réforme  du  vocabulaire  italien.  L'auteur 
nous  assure  que  son  travail  comprend  l'explication  étymologique  de 
plus  de  4îOOO  mots. 

217. — Lettera  del  signor^  etc.  —  Lettre  de  M.  Giuliano  Ricci, 
étudiant  à  l'université  de  Pise,  adressée  au  Ritoglitor  Mila- 
7îei-e,etc.  Pise,  1821.  Sébastian©  Nistri  ;  brochure  in-8"*  de  48  pages. 

Le  jeuiie  auteur  fait  l'apologie  du  fameux  Mémoire  de  M.  Car- 
mignani  sur  les  tragédies d' A IJierii  et  attaque  M.  Marré  qui  a  si  bien 
défendu  le  Sophocle  italien.  M.  Ricci  s'annonce  comme  élève  du 
professeur  Carmignani  et  semble  même  avoir  écrit  sous  sa  dictée. 


LIVRES  ETRANGERS.  59n 

Les  injures  et  quelques  idées  vagues  sont  le»  seules  armes  et  les 
seuls  raisonnemens  qu'il  emploie.  Le  nom  d'Alfîeri  devrait  être  à 
l'abri  de  pareilles  attaques,  qui  ne  prouvent  d'ailleurs  que  l'ignorance 
ou  la  mauvaise  foi  de  ses  détracteurs.  L'ouvjage  de  M.  Marré 
continue  d'être  reconnu  comme  la  meilleure  apologie  qui  ait  été 
faite  de  ce  poète ,  et  a  été  préféré  au  Mémoire  sur  le  mérite  tragique 
de  Vittorio  Alfieri.  présenté  par  le  même  au  concours  de  1817,  pour 
le  prix  proposé  par  M.  le  marquis  de  Brème.  En  effet,  la  commission, 
chargée  de  juger  les  ouvrages  envoyés  au  concours ,  n'ayant  pas  trouvé 
dignes  du  prix  ni  ce  Mémoire  ni  les  autres ,  M.  le  marquis  de  Brème 
décerna  ce  prix  au  premier  ouvrage  de  M.  Marré,  et  non  au  second, 
comme  on  l'avait  dit  ci-dessus,  T.  XI,  p.  366. 

218.  —  Nopelle  scelte  de'  piu,celebri  aulori  italiani,  etc^ — :  Nou- 
velles ou  Contes  choisis  des  plus  célèbres  auteurs  italiens,  publiés 
avec  des  notices.  T.  L  Turin,  1821.  Veuve  Pomba;  in-.iade  268  p» 

C'est  le  premier  volume  d'une  collection  intitulée  :  Biblioteca 
classica  italiana  ,  scella  ad  uso  délia  gioventii.  Elle  est. faite  avec 
assez  de  discernement.  Les  Nouvelles  et  les  notes ,  publiées  jusqu'à 
présent,  donnent  une  idée  avantageuse  de  cette  édition.  . 

219. — Pinacoteca  del  palazzo  reale  délie  scienze  el  délie  arti,  etc. 
—Pinacothèque  du  palais-royal  des  sciences  et  des  arts,  décrite  par 
Robustiano  Giaowi,  et  publiée  par  i)f l'cAe/e  Bisi ,  graveur.  Milan; 
imprimerie  royale.  1  vol.  in-folio. 

Cet  ouvrage,  entrepris  en  1812 ,  et  publié  par  livraisons,  forme 
aujourd'hui  un  volume,  qui  comprend  l'école  vénitienne,  en  73 
planches^  dessinées  et  gravées  par  les  meilleurs  artistes  d'Italie. 

F.  Salfi. 

ESPAGNE. 

220. — Memoria  sobre  el  contagio  de  la  fiei^re  amarilla. — Mé- 
m^oire  sur  la  contagion  de  la  fièvre  jaune,  présenté  au  comité  sa- 
nitaire de  Barcelonne ,  par  le  docteur  don  Raimond  Romero-Vk- 
LASQtJEZ.  Madi'id,    1821.  Martinez. 

Ce  mémoire  a  obtenu  une  médaille  d'or  de  la  société  .royale  de 
médecine  de  Madrid,  qui  en  a  ordonné  l'impression. —  Il  est  cu- 
rieux et  important  pour  l'humanité  de  comparer  les  deux  opinions 
qui  divisent  aujourd'hui  les  médecins,  au  sujet  de  la  fièvre  jaune. 
Les  uns  prétendent  qu'elle   est    décidément  contagieuse  ,  et  que 

ToMÊ  XII.  38 


59A  LIVRES  ÉTRANGERS. 

«nier  la  contagion,  c'est  nier  l'évidence,  c'est  nier  Dieu.»  (Voyez 
une  lettre  insérée  dans  le  Journal  des  débats  du  16  décembre  1821.  ) 
L^s  autres,  plus  tolérans,  soutiennent  que  «  la  fièvre  jaune  n'est  point 
contagieuse,  mais  endémique,  et  qu'elle  ne  se  développe  et  ne  «e 
propage  jamais  que  sous  l'action  des  causes  locales.»  (Voyez  la 
Biblioihègue  P/iysico-£conomique ,  Tédi^ée  -par  M.  Arsenne  Thié- 
bault,  Tom.X,  cahier  de  décembre  1821 ,  pag.  42i-474-)^*'y^^^"Ssi 
le  mémoire  très-remarquable  sur  la  fièvre  jaune,  lu  à  l'académie 
des  sciences,  par  M-  Moreau  de  Jones,  et  dont  les  conclusions 
sont  reproduites  ci  après  ,  pag.  673, 

Nous    rapprocherons  encore  de  ces  opinions    contradictoires  le 
témoignage  ,  très-digne  de  foi ,  de  M.  Caseaux  ,  ex-consul  de  France 
à  New-Yorck  ;   ce  témoignage  est  le  résultat  des  observations  que 
douze   années  de  résidence  aux  Etats-Unis  d'Amérique  l'ont  mis  à 
portée  de  recueillir  sur  la  fièure  jaune.  «  Cette  fièvre  ,  selon  lui , 
ji'e&t  point  contagieuse  ;  elle  est  simplement  épidémique. —  L'épi- 
démie  ne  frappe  que  ceux   dont  les  organes  auront  été  affectés 
d'avance ,  et ,  pour  ainsi  dire ,  préparés  à  recevoir  la  maladie  dans 
le   cercle  atmosphérique,  générateur   de    cette  fièvre. —  Sous    la 
zone  tempérée,  la  fièvre  jaune  se  montre  toujours  vers  la  fin  de 
juillet,  ou  à  la  mi-août.  Elle  apparaît  invariablement  dans  les  ports  j 
de  mer   ou  dans  les  habitatious  à  hauteur   des  marées  et  voisines 
des  rivières  accessibles  aux  marées.  —  Il  n'y  a  pas  d'exemple  que 
la  fièvre  jaune  ait  jamais  apparu  dans  les  terres  ;  qu'elle  ait  frappé 
des  personnes  habitant  l'intérieur  des  États-Unis,  qui  n'auraieni 
pas  habité  des  lieux  infectés  par  cette  maladie  ,  durant  son  règne 
immédiat.  —  Lorsque  des  citadins  ,  ayant  déjà  en  eux  le  germe  de  h 
fièvre  jaune,  ou  même  en  état  de  maladie  ,  sont  allés  se  faire  trai- 
ter, ou  sont  morts  hors  du  rayon  atmosphérique   de  la  maladie  ; 
jamais  ils  ne  l'ont  communiquée  aux  familles  qui   les  avaient  ac- 
cueillis, aux  médecins  qui  les  avaient  traités  ,  ni  aux  gardes  qu 
les  avaient  soignés.  —  Conclusion:  Les  personnes  infectées  du  mor 
bus  fébrile  ne  le  communiquent  point  aux   habitans  de  l'intéricaj 
des  terres  non  voisines  de  la  portée  des  marées.  —  Les  personne: 
qui  auront  passé  le  printems  et  l'été  loin  des  ports   de  mer,   ot 
hors  de  l'influence  méphitique  des  exhalaisons  produites  par  le 
marées  (laissant  périodiquement  à  nu  une  partie  du  lit  des  rivières}, 
peuvent  impunément  communiquer  avec  des  fiévreux,  et  mOoM 


LIVRES  KÏRANGERS.  595 

traverser  sans  crainte  les  lieux  infectés  par  la  fièvre.»  (Voyez  la 
lettre  de  M.  Caseaux,  dans  le  Précurseur  ou  Journal  de  Lyon  et 
du  Midi)  du  i3  décembre  1821.) 

231.  —  Ciencia  de  la  Legislacion.  —  Science  de  la  Législation, 
ouvrage  écrit  en  italien,  par  Gaétan  Filangieri,  et  traduit  par  don 
Jean  de  Ribera.  Madrid,   1821.  Sojo,  6  vol.  in-8*'. 

L'Espagne  possédait  déjà  une  traduction  de  cet  ouvrage ,  faite , 
en  1787 ,  par  don  Antoine  Rubio.  Cette  traduction^  très-imparfaite, 
à  cause  des  suppressions  et  des  changemens  que  le  traducteur  avait 
jugé  à  propos  d'y  faire  pour  éluder  la  censure,  fut  cependant  con- 
damnée par  le  tribunal  de  l'inquisition ,  qui  condamna  en  même 
tems  l'ouvrage  italien. 

222. — Doctrina  social ^  ô  principios  uniuersales ,  etc.  —  Doc- 
trine sociale  ou  Principes  universels  de«  lois  et  des  rapports  de 
peuple  à  peuple ,  déduits  de  la  nature  de  l'homme  et  des  droits  du 
genre  humain  ;  ouvrage  traduit  du  français  ,  de  M.  Bonnin ,  par 
un  élève  de  l'école  philantropique.  Madrid,  1821.  Eamos,  in-8<». 

C'est  la  traduction  de  l'ouvrage  dont  nous  avons  annoncé  la 
seconde  édition.  (Voy.  ci-dessus,  pag.  i63.) 

223. —  El Dinero. — L'argent.  Madrid,  1821.  Coronel  et  Higuera. 
Brochure  in-80. 

L'auteur  anonyme  de  cet  ouvrage  prétend  avoir  prouvé  qu'avant 
peu  toutes  les  puissances  de  l'Europe  manqueront  d'argent  mon- 
noyé.  Il  appelle  sur  ce  point  l'attention  de  tous  ceux  qui  s'oc- 
cupent de  finances. 

224. — Diccionario  historico  de  los  mas  illustres  profsssores  de 
bellas  artes  en  Espana.  — Dictionnaire  historique  des  plus  illustres 
professeurs  des  beaux-arts  en  Espagne ,  par  don  Jean- Augustin  dk 
Cean-Bermudez.  Madrid,  1821.  A  l'académie  des  beaux-arts.  Six 
volumes  in-12. 

225.— Siglo  de  oro  en  las  seluas  de  Erifile. —  Le  siècle  d'or  dans 
les  forêts  d'Eryphile ,  et  la  grandeur  du  Mexique ,  par  don  Bernard 
DE  Valbuena.  Madrid ,  1821.  A  l'hôtel  de  l'académie  delà  langue 
espagnole;  un  vol.  in-S"». 

L'évêque  Valbuena,  mort  en  1627,  ^**  auteur  d'un  poème  épi- 
que, intitulé:  Bernard,  ou.  la  Victoire  de  Roncei^aux.  Le  célèbre 
>  poète   espagnol  Lope  de  Vega  fit  une  mention  honorable  de  cet 
ouvrage,  dans  son  poème  El  Laurel  de  Apolo,  le  Laurier  d'Apol- 

38  * 


596  LIVRES  ÉTRANGERS. 

Ion.  L'académie  de  la  langue  a  entrepris  de  donner  une  édition  deji 
ceuvres  de  l'évêque  Valbuena,  non  à  cause  des  vues  et  des  idées  qu'elle» 
renferment,  mais  en  considération  du  style.  En  effet,  Valbuena, 
contemporain  de  Cervantes,  est  l'un  des  écrivains  espagnols  les  plus 
purs  et  les  plus  élégans  ;  toujours  harmonieux  dans  sa  prose  comme 
dans  ses  vers ,  il  est  un  de  ceux  qui  a  le  mieux  conservé  à  la  langue 
espagnole  son  caractère  de  grandeur  et  de  majesté. 

226. —  Antiguedades  arabes  de  Granaday  Cordova, —  Antiquités 
arabes  de  Grenade  et  de  Cordoue,  par  don  Pau/ Lozano  ,  ouvrage 
composé  de  soixante-deux  estampes,  avec  des  inscriptions  arabes 
traduites  en  espagnol.  Madrid,   1S21 ,  à  l'académie  des  beaux-arts. 

J.  A.  Lloaekts. 

ROYAUME    DES    PAYS-BAS. 

227.  —  Tentamen  mineralogicum  seu  mineralium  noua  distri- 
butio  in  classes ,  ordines ,  gênera ,  cam  varietalibus  et  synonymis 
aiictorum,..  i  etc.;  auciore  J.  Kicrx.  Bruxelles,  1820.  Delemer. 
In-8*> ,  de  208  pag. 

Cet  Essai  minéralogique  nous  paraît  propre  à  faciliter  l'étude  de 
la  science ,  sans  être  destiné  à  l'honneur  d'y  faire  une  révolution. 
Il  est  précédé  d'un  vocabulaire  de  minéralogie.  M.  Kickx  est  un 
savant  modeste  ;  on  peut  compter  sur  le  résultat  de  ses  observa- 
tions, parce  qu'il  observe  avec  soin,  et  qu'il  a  le  coup  d'oeil  juste. 
II  a  publié  5  en  1812  ,  une  Flore  de  Bruxelles  (  Flora  Bruxellensis). 
In-8"  de  348  pag. 

228. —  Le  Guide  aux  manufactures ,  ou  Exposition  complète  des 
produits  de  l'industrie  nationale  du  royaume  des  Pays-Bas  ;  par 
L.  F.  D.  Bruxelles,  1821.  Delemer.  In-8''. 

Cet  ouvrage  utile  contient  les  noms,  la  résidence  des  principaux 
artistes  et  de  tous  les  fabricans  du  royaume  ,  le  genre  de  leurs  fabri- 
cations et  des  détails  précis  sur  leurs  produits. 

229.  — Histoire  du  soulèvement  des  Pays-Bas ,  contre  la  domina- 
tion espagnole;  par  P.  Von  Schiller;  traduit  de  l'allemand,  par 
M.  Clokt.  Bruxelles,  1821.  Remy.  In  8°. 

Celte  traduction  se  lit  avec  plaisir,  malgré  quelques  incorrec- 
tions; et,  quoiqu'elle  n'ait  ni  la  chaleur,  ni  le  coloris  de  l'original», 
elle  peut  servir  de  supplément  au  Théâtre  de  Schiller,  publié >  à 
Paris,  chez  le  libraire  Ladvocat. 


LIVRES  ETKANGEiVS.  597 

^3o.  —  Voyage  en  Circassie,ïsà\  en  i8i8;  par  M.  Taitboot  dk 
Marigny,  nommé  depuis,  par  le  roi  des  Pays-Bas,  vice-consul  dans 
la  mer  Noire.  Bruxelles,  1821.  Dekeyn.  In-S»  de  i36  pag. ,  avec 
tin  atlas  lithographie. 

Ce  journal  offre  quelques  détails  intéressans.  L'auteur  rectifie 
■quelquefois  la  carte  de  la  mer  Noire,  dressée  par  le  lieutenant  russe 
Boudisschef. 

23i.  —  Épître  à  Odevaere\  par  A.  Quetelet.  Bruxelles,  i8ai. 
Deîemer.  In-8».  .     . 

M.  Quetelet  prouve  qu'on  peut  écrire  purement  en  vers  français 
hors  de  France.  Les  siens  unissent  à  l'élégance  une  correction  mal- 
heureusement trop  rare;  et,  ce  qui  n'est  pas  moins  louable,  ils 
bjillent  par  de  nobles  sentimens;;  Le  poète  apostrophe  ainsi  l'Italie  : 
Noble  et  belle  Italie  I  ô  mère  des  beaux-arts! 
Du  milieu  des  débris  de  tes  trônes  épars  , 
Renversés ,  confondus  sous  le  torrent  des  âges , 
Lève  ,  lève  ton  front  courbé  par  les  orages  ! 
Le  tems,  qui  déchira  ton  manteau  triomphal. 
Et  brisa  dans  tes  mains  le  sceptre  impérial , 
Le  tems  admire  encor  ta  ville  aux  sept  collines  ; 
De  grands  hommes  encor  sortent  de  tes  ruines  ; 
L'amour  sacré  des  arts  les  guide. . . .  Mais  Brutus  , 
Dans  tes  fils,  dégradés  cherche  en  vain  ses  vertus. 
Tu  gémis  en  silence ,  ô  malheureuse  terre  i 
Le  ciel ,  en  te  laissant  le  don  fatal  de  plaire , 
Aurait  dû  te  laisser  ,  pour  prix  de  tes  exploits. 
Assez  de  force  au  moins  pour  défendre  tes  droits , 
Pour  chasser  loin  de  toi  ces  hordes  sanguinaires, 
Qui,  s'élançant  du  haut  des  Alpes  tributaires. 
Viennent  indignement  se  baigner  dans  les  pleurs 
Qu'arrachent  à  tes  yeux  ta  honte  et  tes  douleurs. 

Ces  huit  derniers  vers  sont  évidemment  imités  du  célèbre  sonnet 
de  l'italien  Filicaja ,  dont  nous  donnerons  ici  la  première  strophe  , 
d'après  la  traduction  en  vers  de  M.  Jullien  ,  qui  a  été  insérée  dans 
V Abeille^  ci-devant  Mineri^e  littéraire,  dans  l'un  des  n"»*  du  mois 
d'octobre  1821. 

«  Belle  et  triste  Italie  1  ô  terre  généreuse  , 
Biche  des  dons  du  ciel ,  et  toujours  malheureuse  ! 


598  LIVRES  JETRANGERS. 

Hélas  1  pourquoi  faut-il,  source  de  pleurs  amers. 

Que  ta  beauté  fatale  ait  produit  tes  revers  ? 

Italie  ,  ah  !  pourquoi  la  fortune  cruelle 

Ne  te  fit-elle  pas  plus  puissante  ou  moins  belle  ? 

Plus  puissante j  ton  bras  eût  défendu  tes  droits; 

Moins  belle  ,  la  fureur,  Tambition  des  rois , 

Avec  leurs  légions  franchissant  les  montagnes  , 

N'eût  point  de  flots  de  sang  inondé  tes  campagnes.  » 

. DeR— g. 

232. — iRèsz ,  Blagasin  général  i  contenant  quelques  morceaux 
originaux  en  langue  hollandaise ,  et  un  choix  d'articles  extraits  des 
ouvrages  périodiques  étrangers,  par  M.  Olifier  Schilpeboobt, 
Nos  II  et  III.  Août  et  octobre,  1821.  In-S»  de  sept  feuilles  d'im- 
pression chacun;  ouvrage  périodique  proposé  par  souscription ,  pour 
1  florin  (  2  fr.  12  c.  )  par  cahier.  Amsterdam.  V«  Diederichs  et  fils. 

Nous  avons  annoncé  (  voyez  Tom.  XI  ,  pag  5^2  )  la  première 
livraison  de  V Irène,  recueil  publié  à  Amsterdam,  en  langue  hollan- 
daise, par  M.  Olivier  Schilperoort.  La  deuxième  a  paru  au  mois 
d'août  ;  l'éditeur  n'en  a  point  publié  en  septembre ,  et  la  troisième 
est  du  mois  d'octobre.  La  quatrième  ne  paraîtra  qu'en  janvier  1822, 
époque  à  laquelle  cet  ouvrage  deviendra  périodique  ,  s'il  obtient  un 
nombre  sufifisant  d'abonnés.  Les  deux  cahiers  que  nous  avons  sous 
les  yeux  contiennent  la  traduction  de  quelques  morceaux  de  litté- 
rature ,  de  politique  et  de  morale  ,  extraits  et  traduits  de  journaux 
français,  allemands  ou  anglais.  On  y  trouve,  entre  autres ^  l'article 
inséré  dans  la  Revue  Encyclopédique  du  mois  de  mai  dernier,  sur 
l'ouvrage  que  M.  Heiberg  a  écrit  en  langue  norvégienne ,  et  où  ce 
savant  examine  cette  question  importante  :  Si  la  sociélé  a  le  droit 
dHinfliger  la  peine  de  mort  à  un  de  ses  membres.  —  Les  articles 
originaux,  qui  appartiennent  à  l'éditeur  hollandais,  sont  :  i»  un 
Essai  sur  les  progrès  de  la  régénération  de  la  Grèce ,  dans  leurs 
rapports  avec  les  tentatives  que  fait  ce  pays  pour  reconquérir  l'in- 
dépendance nationale.  L'auteur  nous  apprend  beaucoup  de  parti- 
cularités curieuses^  relatives,  soit  à  l'influence  de  quelques  cours 
étrangères  sur  le  développement  et  la  marche  de  cette  révolution , 
soit  aux  institutions  qui  l'ont  préparée ,  telles  que  la  société  des 
kétéristesy  les  nouvelles  écoles  de  Joannina,  deSmyrneet  d'Athènes; 
l'université  de  Ctphalonie  ;   enfin,  le  grand  collège  de  Chios,  qui 


LIVRES  FlUNÇAIS.  699 

Comptaient,  eu  iSao,  plus  de  ciaq  cents  élèves  et  plusieurs  bons 
professeurs ,  parmi  lesquels  on  distingue  un  Français ,  M.  Manoussc, 
formé  à  l'école  normale  de  Paris;  2°  une  Reuue  des  oui^rages  inipri- 
jiiés  dans  le  royaume  des  Pays-Bas ,  depuis  le  i"'  Janvier  Jusqu'ai$ 
!•'  août  182 1.  Cette  Revue  est  très-incomplète  :  l'auteur  y  indiqua 
avec  un  talent  et  une  érudition  remarquables  ,  mais  sans  analyse  ,  et 
d'une  manière  sommaire,  le  mérite  ou  les  défauts  de  quelques  livres 
hollandais;  mais  il  en  néglige  un  grand  nombre  qui  auraient  pu 
entrer  dans  son  cadre  :  c'est  une  série  de  feuilletons  ingénieux  et 
bien  écrits,  rassemblés  sans  ordre  et  liés  par  des  transitions  un  peu 
forcées,  plutôt  qu'une  bonne  notice  bibliographique  ',  5"  une  Disser- 
tation sur  le  droit  de  propriété  littéraire,  et  l'exposé  des  principes 
d'après  lesquels  on  devrait,  selon  l'auteur,  rédiger  une  npuvelle 
loi  sur  cette  matière,  pour  le  royaume  des  Pays-Bas.  Cette  pièce 
est  suivie  de  quelques  réflexions  (  tout-à-fait  dans  le  sens  ministé- 
riel hollandais)  sur  la  responsabilité  des  auteurs,  éditeurs  et  impri- 
meurs, pour  les  délits  de  la  presse;  4°  une  Note  en  faveur  de  l.i 
maçonnerie.  L'auteur  attaque  vivement  la  bulle  que  le  pape  Pie  VII 
a  lancée,  en  septembre  1821,  contre  les  carbonari^  secte  dont 
M.  Olivier  Schilperoort  ne  prend  pas  la  défense  ,  mais  avec  laquelle, 
selon  lui,  le  souverain  pontife  confond  mal  à  propos  l'ordre  des 
francs-maçons.  Chaque  cahier  est  terpiiné  par  des  mélanges  ca 
prose  et  en  vers,  des  anecdotes,  des  indications  de  découvertes 
nouvelles,  etc. 

LIVRES   FRANÇAIS. 

233. — Résumé  d^un  Cours  élémentaire  de  géographie  physique  y 
autorisé  par  l'université,  pour  l'enseignement  de  cette  partie  de 
l'histoire  naturelle  ;  par  J.  V.  Lamourovx  ,  D.  E.  S.  ,  professeur 
d'histoire  naturelle  à  i'académie  de  Caen,  correspondant  de  l'Ins- 
titut, etc.  Caen,  Poisson;  Paris ,  Verdière ,  quai  des  Augustins  , 
n°.  26.  In-8»  ,  xvj  et  368  pag.  Prix,  5  francs. 

La  géographie  physique  est  la  science  qui  apprend  à  connaître  les 
phénomènes  astronomiques,  physiques  et  d'histoire  naturelle,  qui 
ont  un  rapport  immédiat  avec  le  globe  terrestre.  L'ouvrage  que 
nous  annonçons  est  le  résumé  des  cours  faits  par  un  de  nos  savan» 
distingués,  sur  cette  matière.  Il  est  divisé  en  quatre  parties  :  Im 
première  renferme  quelques   principes  généraux  d'astronomie  ;  U 


600  LIVRES  FRANÇAIS. 

deuxième,  inlilulée  aérographie ,  se  comi^ose  de  la  description  de 
tous  les  phénomènes  que  l'air  et  l'atmosphère  présentent  ;  la  troi- 
sième, V hydrographie ,  traite  de  l'eau  considérée  dans  tous  ses  étals 
sur  notre  sphéroïde;  enfin,  la  quatrième,  la  géognosie,  offre  un 
abrégé  de  cette  science  presque  nouvelle ,  dans  laquelle  on  a  cher- 
ché à  faire  connaître  les  différens  terrains,  les  formes  si  variées  de 
ïa  surface  solide  de  la  terre ,  ses  élémens  ,  ainsi  que  les  grandes  lois 
qui  semblent  avoir  présidé  à  la  dissémination  des  êtres  organisés  sur 
notre  planète.  L'ouvrage  est  terminé  par  un  aperçu  de  l'histoire  des 
volcans  et  de  celle  des  fossiles.  En  substance  ,  ce  livre  est  un  résumé 
de  ceux  de  MM.  Laplace  et  t'rancœur ,  pour  l'astronomie  ;  de  Hum- 
boldl  et  Biot,  pour  la  physique  ;  de  Humboldt  et  Bonnard,  pour  la 
géognosie;  de  Cuvier,  pour  les  fossiles,  etc.  M.  Lamouroux  a  le 
mérite  d'avoir  choisi,  dans  ces  ouvrages,  tout  ce  qu'il  y  a  d'essen- 
tiel, de  l'avoir  coordonné  et  rédigé  avec  méthode  et  lucidité.  Son 
Résumé  nous  paraît  être  le  livre  dont  doivent  se  munir  tous  les 
jeunes  gens  qui  suivent ,  dans  les  diverses  universités  de  la  France  , 
quelques-uns  des  cours  qui  se  rattachent  aux  sciences  naturelles. 
Les  gens  du  monde,  particulièrement  les  propriétaires  qui  vivent 
ordinairement  sur  leurs  terres,  y  puiseront,  sans  fatigue  et  même 
avec  agrément ,  des  notions  générales  sur  les  divers  phénomènes 
naturels  qui  les  entourent ,  et  dont  l'ignorance  ne  serait  plus  par- 
donnable aujourd'hui ,  outre  qu'elle  peut  souvent  leur  devenir  pré- 
judiciable. X. 

234.  —  Considérations  sur  rhistoire  naturelle  des  poissons ,  sur 
la  pêche  et  les  lois  qui  la  régissent  ;  par  M.  Dralet,  conservateur 
des  eaux  et  forêts  du  douzième  arrondissement.  Toulouse ,  1821. 
J.  M.  Douladoure,  rue  Saint-Rome,  n"  ^\\  Paris,  madame  Uuzard, 
rue  de  l'Éperon,  n"  7.  Un  vol.  in-8°.  Prix,  2  fr.  et  2  fr.  3o  c.  par 
la  poste. 

La  richesse  de  nos  rivières  dépend  d'une  bonne  législation  sur 
la  pêche.  Celle  qui  est  en  vigueur  se  compose  principalement  des 
ordonnances  de  Charles  IV,  de  Charles  VI,  de  François  I*',  de 
Henri  II,  de  Louis  XIV,  et  de  quelques  lois  rendues  depuis  la  ré- 
volution. Toutes  ces  lois  renferment,  à  très-peu  de  chose  près,  les 
mêmes  dispositions;  en  sorte  que  la  loi  du  28  messidor  an  VI  n'est 
que  la  répétition  de  l'ordonnance  de  i52G.  S'il  est  des  lois  dont  la 
sanction  des  tcnis  garantit  la  sagesse,  il  ^  est  aussi  qui  sont  dcfec- 


LIVRES  FRANÇAIS.  001 

tueuses, parce  qu'elles  sont  restées  intactes,  lorsque  les  circonstances 
ont  changé.  Celles  de  la  pêche  doivent  suivre  dans  leurs  progrès  les 
connaissances  de  l'histoire  naturelle  des  poissons ,  et  l'industrie  des 
pêcheurs.  Elles  sont  vicieuses ,  lorsqu'elles  ne  sont  point  en  harmonie 
avec  la  nature  ;  elles  le  sont  aussi ,  lorsqu'elles  s'appliquent  à  des 
moyens  que  l'on  ne  connaît  plus  et  lorsqu'elles  sont  muettes  sur 
ceux  qui  sont  maintenant  employés  par  les  pêcheurs  :  telles  sont  les 
lois  qui  nous  régissent.  C'est  ce  que  M.  Dralet  établit  dans  son  utile 
ouvrage;  c'est  ce  qu'il  démontre  jusqu'à  l'évidence.  Cet  ouvrage 
est  divisé  en  quatre  parties.  La  première  renferme  un  tableau  ra- 
pide de  l'histoire  naturelle  des  poissons,  considérés  par  rapport  à 
la  pêche.  La  deuxième  partie  fait  connaître  les  moyens  que  les  pê- 
cheurs emploient  actuellement  ;  ils  diffèrent,  ou  par  leur  nature  ou 
]par  leurs  noms,  de  ceux  qui  ont  occupé  nos  anciens  législateurs; 
Ainsi^  outre  que  nos  réglemens  sont  défectueux,  ils  sont  encore  inin- 
telligibles. La  troisième  partie  de  l'ouvrage  offre  une  analyse  mé- 
thodique et  raisonnée  des  lois  et  des  réglemens  maintenant  en 
vigueur.  Dans  la  quatrième  et  dernière  partie ,  M.  Dralet  compare 
les  lois  des  hommes  avec  celles  de  la  nature  ;  il  fait  connaître  les 
points  d'accord  ou  d'opposition  qui  se  trouvent  entre  les  unes  et 
les  autres ,  et  il  finit  par  offrir  au  gouvernement  un  projet  de  règle- 
ment, qui  est  le  corollaire  de  toutes  ses  observations ,  et  dont  le 
moindre  mérite  est  d'être  d'une  exécution  facile.  On  retrouve,  dans 
cet  ouvrage  ,  la  clarté ,  l'ordre  et  la  pureté  de  style  qui  distinguent 
les  nombreuses  productions  du  même  auteur.  X. 

235  (*).  —  Traité  d'anatomie  descriptive ,  rédigé  d'après  l'ordre 
adopté  à  la  Faculté  de  médecine  de  Paris,  par  Hippolyte  Gloquet  , 
docteur-médecin.  Seconde  édition,  Paris  ,  1821.  Crochard  ,  rue  de 
la  Sorbonne,  n"  3.  2  vol.  in-S"  de  plus  de  600  p.  chacun.  —  Prix, 
i5  fr.,  et  19  fr. ,  franc  de  port  par  la  poste. 

Cet  ouvrage  est  déjà  avantageusement  connu  du  public  ;  en  moins 
de  quatre  années,  la  première  édition  en  a  été  épuisée.  Son  labo- 
rieux et  savant  auteur,  bien  pénétré  de  l'idée  qu'on  ne  peut  séparer 
de  l'étude  d'un  organe  celle  de  ses  fonctions  ,  et  marchant  dans  la 
carrière  ouverte  par  Bichat,  a  cru  devoir  ordonner,  dans  ce  livre  , 
la  description  des  parties  constituantes  du  corps  humain ,  d'après  le 
même  plan  selon  lequel  on  a  distribué  les  fonctions  ;  le  succès  qu'il 
a  obtenu  prouve  que  l'on  a  applaudi  à  ses  efforts.  Ce  n'est  cepen- 


602  LIVRES  FllANÇAIS. 

dant  pas  là  le  se u)  mérite  qui  distingue  ce  livre  :  M.  Gloquet,  doué 
de  connaissances  étendues  en  anatomie  comparée,  a  pu,  dans  plus 
d'un  cas,  établir  d'heureux  rapprochemens  entre  les  organes  de 
l'homme  et  ceux  des  autres  animaux.  L'auteur  a  mis  de  la  concision , 
de  la  clarté  dans  les  descriptions  ;  il  a  eu  soin  surtout  de  ne  rien 
dire  de  superflu.  S'il  se  permet  quelques  rares  digressions,  elles  sont 
toujours  utiles  et  décèlent  un  esprit  piquant  ;  il  n'oublie  jamais  d'in- 
diquer les  étymologies  des  mots,  et  nul  moyen  n'est  plus  apte  à  sou- 
lager la  mémoire  dans  une  science  qui  a  un  vocabulaire  si  étendu. 
Aussi ,  le  traité  d'anatomie  de  M.  Gloquet  a  passé  des  mains  des  élèves 
dans  celles  des  maîtres.  Après  de  courtes  notions  préliminaires  sur 
ce  qu'est  l'anatomie ,  sur  la  nature  des  élémens  primitifs  de  nos  or- 
ganes, l'auteur  passe  à  la  description  de  chacun  d'eux  en  particulier, 
et  il  les  dispose  en  trois  classes:  i°  ceux  qui  servent  à  la  vie  de  re- 
lation ;  a»  ceux  qui  effectuent  la  nutrition,  et  5*»  enGn  ,  ceux  qui 
accomplissent  la  reproduction.  C'est  ainsi  que  les  parties  qui  con- 
courent à  une  même  action  sont  décrites  en  un  même  lieu.  —  L'ou- 
vrage est  dédié  à  M.  le  professeur  Duméril  ;  c'est  une  bonne  fortune 
pour  un  livre  ,  que  de  voir  le  nom  de  son  auteur  associé  à  celui  d'un 
homme  qui,  depuis  long-tems  déjà,  est  placé  au  rang  des  soutiens  de 
la  science.  Orfila. 

236. — Exposé  des  expériences  sur  le  magnétisme  animal ,  faites 
à  l'Hôtel -Dieu  de  Paris,  pendant  les  mois  d'octobre,  novembre 
et  décembre  1820  ;  par  J.  Ddpotet  ,  étudiant  en  médecine  de  la 
faculté  de  Paris ,  etc.  Paris,  1821 ,  chez  l'auteur ,  rue  de  la  Bùclieric, 
n»  43  î  Béchet  jeune,  Delaunay  et  Dentu ,  libraires.  Broch.  in-S"  d 
80  pages.  Prix ,  1  fr.  76  c. 

Si  les  expériences  de  M.  Dupotet  sont  exactes  ;  si  M.  Husson 
médecin  de  l'Hôtel-Dieu,  a  bien  véritablement  été  témoin  des  faits 
qu'il  cite  dans  ses  procès-verbaux  ;  si  les  trente  médecins  qui  ont 
signé  ces  procès-verbaux  n'ont  pas  été  continuellement  dupes  de 
l'illusion  ;  s'il  faut  enfin  ajouter  foi  à  des  certificats  authentiques , 
la  grande  question  de  l'existence  et  de  l'efficacité  du  magnétisme 
est  jugée.  MM.  les  commissaires  du  roi  se  sont  trompés,  et  Mesmer 
doit  être  placé  parmi  les  hommes  de  génie  que  leurs  contemporains 
ont  méconnus  et  persécutés. 

Le  20  octobre  1820,  M.  Rosen,"D.  M.  ,  eut  occasion  de  parler, à 
l'Hôtel-Dieu ,  pendant  la  visite  de  M.  Husson ,  d'une  cure  maguc- 


LIVRES  FRANÇAIS.  603 

tique  dont  M.  Desprez ,  médecin  distingué ,  venait  de  rendre  un 
compte  particulier  à  la  Société  de  médecine  pratique  de  Paris.  Ce 
dernier  avait  annoncé  à  ses  confrères  que  le  magnétisme  employé 
contre  une  néi^ralgie  sciatique  ,  rebelle  jusque-là  à  tous  les  moyens 
thérapeutiques  ordinaires ,  en  avait  opéré  la  guérison,  dans  un  court 
espace  de  tems  (i).  Quelques  médecins  et  étudians  en  médecine 
présens  prièrent  aussitôt  M.  Husson  de  permettre  que  l'on  essayât 
cet  agent,  nouveau  pour  eux  ,  sur  quelques  malades  incurables. 
Celui-ci  y  consentit,  à  condition  toutefois  que  les  malades  et  les 
témoins  seraient  choisis  par  lui,  et  que  le  magnétiseur  ne  ferait  que 
les  questions  qui  lui  seraient  indiquées.  Ces  conditions  ayant  été 
acceptées,  on  présenta  à  M.  Dupotet,  magnétiseur,  une  jeune  fille 
atteinte  d'hystérie  et  d'un  vomissement  spasmodique  que  rien 
n'avait  pu  arrêter.  Elle  était  abandonnée  ,  et  sa  mort  regardée 
comme  prochaine.  Dès  le  premier  jour  qu'elle  a  été  magnétisée,  les 
vomissemens  ont  cessé;  au  bout  de  quelques  séances,  la  malade 
est  tombée  en  somnambulisme  ;  et  les  expériences  les  plus  variées, 
les  plus  ingénieuses  et  les  plus  exactes  ont  convaincu  MM.  les  mé- 
decins que  l'influence  magnétique  était  réelle,  curative  et  entière- 
ment indépendante  de  Vimagination. 

Parmi  les  faits  qui  ont  été  le  sujet  d'un  étonnement  général , 
les  savans  remarqueront  sans  doute  l'état  d'isolement  et  d'insen- 
sibilité où  étaient  plongés  la  fille  Samson  et  deux  autres  individus, 
pendant  le  sommeil,  dit  magnétique.  M.  Récamier  a  eu  beau  crier 
dans  les  oreilles  de  la  première  ;  il  l'a  vainement  secouée ,  pressée 
et  pincée  cinq  fois  de  toute  sa  force,  il  n'en  a  obtenu  aucune 
marque  de  sensibilité.  Etonné  d'un  semblable  phénomène,  il  s'est 
décidé  à  porter  les  épreuves  au  dernier  période;  et,  dans  les  séances 
des  6  et  8  janvier  1821,  il  a  fait  poser  un  moxa  sur  le  haut  de  la 
cuisse  droite  du  sieur  Starin  et  sur  l'épigastre  de  la  nommée  Lise 
Le  Roy.  Le  premier  malade  a  eu  une  escarre  de  dix-sept  lignes  de 
longueur  sur  onze  lignes  de  largeur  ;  celle  de  la  seconde  n'a  été  que 
de  quinze  lignes  de  longueur  sur  neuf  de  largeur.  Aucun  de  ces  deux 
malades  n'a  donné  le  moindre  signe  de  sensibilité,  soit  par  cris. 


(i)  M.  Desprez  a  encore  adressé  à  la  même  Société  l'observation 
d'un  choiera  chronique ^  guéri  par  les  mêmes  procédés,  lorsque 
trois  médecins  désespéraient  du  malade  (MM,  Moreau,  Fouquier 
et  Desprez}. 


60A  LIVRES  FRANÇAIS. 

mouvemejis  oa  variations  de  pouls.  (Je  préviens  le  lecteur  que  j« 
copie  textuellement  le  procès-verbal  de  ces  deux  séances.  )  Au 
nombre  des  témoins ,  sont  mesdames  Sainte-Monique,  Saint-Sau- 
veur et  Saint-Eloy.  MM.  Robouam  ,  Gibert ,  Lapeyre ,  Bergeret , 
Carquet,  Crequi,  Truche,  tous  médecins. 

J'avouerai,  en  finissant,  qu'il  m'est  impossible  de  comprendre 
comment  M.  Husson ,  qui  n'a  pas  craint  de  raconter  ces  phénomènes 
à  sa  clinique  pendant  huit  jours,  en  présence  de  cent  cinquante 
médecins,  s'est  refusé  jusqu'à  présent  à  adresser  un  Mémoire  à 
l'académie  des  sciences.  Il  ne  doit  pas  ignorer,  ce  me  semble,  que 
si  l'on  ne  faisait  de  pareilles  expériences  que  pour  soi ,  il  pourrait 
bien  s'écouler  encore  quelques  siècles  avant  que  l'opinion  publique 
fût  enfin  fixée  sur  cet  objet  important.  B. 

aSj.  — Histoire  de  quelques  doctrines  médicales  comparées  à  celle 
du  docteur  Broussais  .^Tp^v  Michel  Fodera,  docteur  en  médecine,  etc. 
Paris,  1821  ;  Baillière,  r.de  l'École-de-Médecine,  n°    16.  Prix,  2 f.  5o. 

Cette  production  mérite  d'exciter  l'attention  et  la  curiosité  des 
médecins.  L'auteur  a  pour  but  de  démontrer  que  les  ouvrages  sur 
la  théorie  du  contrà-stimulus  ,  de  l'irritation,  sur  l'ontologie  médi- 
cale ,  de  Baglivi,  de  Régaret,  de  M.  Prost,  contiennent  les  idées  que 
M.  Broussais  professe  aujourd'hui  comme  nouvelles,  et  comme  lui 
appartenant  en  propre.  On  y  trouve  une  analyse  des  opinions  ou  des 
aperçus  de  ces  trois  écrivains  et  d'autres  ,  comparés  avec  la  doctrine 
de  M.  Broussais.  L'ouvrage  est  aussi  enrichi  de  notes. 

238.  —  Essai  sur  V éducation  pJiysique  des  evfans.  Mémoire  cou- 
ronné par  la  société  royale  de  médecine  de  Bordeaux.  Par  F.  S. 
Ratier,  D.  m.  p.  Paris,  1821  ;  Baillière,  libraire,  rue  de  l'École-de- 
Medecine.  In-8°  de  90  pages.  Prix,  1  f.  5o  c. 

«  J'ai  voulu  ofirir  à  mes  concitoyens,  dit  M.  Ratier,  moins  une 
longue  et  savante  dissertation  sur  l'éducation  physique,  qu'un  tableau 
succint ,  mais  complet  ,  des  moyens  propres  à  donner  à  l'enfance 
lîne  constitution  saine  et  robuste  ;  à  former,  pour  l'Age  adulte,  des 
hommes  capables  de  payer  leur  dette  au  corps  social ,  dans  quelque 
condition  qu'ils  se  trouvent  placés;  en  un  mot,  qu'un  Manuel 
écrit  avec  exactitude  ,  simplicité  et  concision  ,  qu'on  puisse  mettre 
entre  les  mains  des  mères  de  famille  pour  les  guider  dans  leurs  fonc- 
tions importantes.  Tel  est  le  but  éminemment  utile  que  s'est  proposé 
l'auteur    de  ce  mémoire.   Le  titre  de  l'ouvrage  n'exprime  qu'im- 


I 


LIVRES  FRANÇAIS.  (505 

parfaitement  les  choses  qu'il  contient,  puisque  le  mot  Éducation 
physique  ne  s'applique  qu'au  développement  du  système  muscu- 
laire, et  que  M.  Ratier  a  fait  un  véritable  Traité  complet  sur 
Vhygiène  des  enfans.  Après  quelques  considérations  sur  l'objet  de 
l'éducation  physique  ,  ou  plutôt  de  l'hygiène  des  enfans  ,  l'auteur 
traite,  dans  huit  chapitres,  de  tout  ce  qui  concerne  l'emploi  de  Vair 
des  i/êlemens  ,  des  bains  ^  des  onctions  et  des  frictions ,  des  aliment 
et  des  boissons ,  des  médicamens  ,  des  exercices  musculaires ,  du 
sommeil  et  de  la  peille  ;  il  passe  en  revue  les  différentes  excrétions  , 
les  effets  des  passions  ^  indique  les  maladies  les  plus  fréquentes  chez, 
les  enfans  ,  les  signes  pour  les  reconnaître,  et  les  secours  les  plus 
pressans  à  la  portée  de  tout  le  monde. 

Le  mémoire  de  M.  Ratier ,  quoique  renfermé  peut-être  dans  des 
bornes  un  peu  étroites  ,  sera  lu  avec  profit  par  les  parens  qui  i^eulent 
remplir  la  noble  tâche  que  leur  impose  la  nature  ,  d'élever  et  de  soi- 
gner eux-mêmes  leurs  enfans.  Ils  le  liront  avec  d'autant  plus  de 
plaisir,  que  l'auteur  a  su  éviter  d'employer  des  termes  trop  techniques 
et  des  raisonnemens  trop  scientifiques.  Les  noms  de  plusieurs  mé- 
decins et  de  plusieurs  amis  de  l'enfance ,  qui  se  sont  occupés  de 
l'éducation,  tels  que  Montaigne,  Fénélon ,  Locke,  Rousseau,  Dé- 
sessarts  ,  Andry,  Duchan  ,  Ballesferd,  Montègre,  Jullien  ,  Londe  , 
cités  en  témoignage ,  prouvent  que  M.  Ratier  a  étudié  son  sujet 

Georget,  D.  m. 

239.  —  Du  bégaiement  ;  ses  causes,  ses  différens  degrés;  influence 
des  passions,  des  sexes,  des  âges,  etc.,  sur  ce  vice  de  prononciation  ; 
moyens  thérapeutiques  pour  prévenir  ,  modifier  ou  guérir  cette  in- 
firmité. Par  M.  Félix  Voisin,  D.-M,  Paris,  1821  ,  Croullebois  ,  li- 
braire ,  rue  (Jes  Mathurins.  Brochure  in-S"»  de  48  p.  Prix,  1  fr. 

Le  bégaiement  a  toujours  été  attribué  ,  par  les  médecins  et  les 
philosophes  qui  se  sont  occupés  de  la  recherche  de  ses  causes ,  à  un 
vice  dans  les  organes  de  la  parole  ;  tantôt  au  volume  et  à  l'épaisseur 
de  la  langue  ,  tantôt  au  relâchement  des  ligamens  de  cet  organe  ,  ou 
bien  encore  à  la  position  des  arcades  alvéolaires.  M.  Voisin  pense 
qu'il  faut  remonter  plus  haut  pour  trouver  la  cause  de  cette  infirmité. 
Selon  lui ,  elle  provient  d'un  vice  de  l'organe  de  la  pensée; elle  dé- 
pend d'une  réaction  irrégulière  et  imparfaite  du  cerveau  sur  les 
agens  musculaires  servant  à  la  parole. 

Après  avoir  développé  cette  idée  principale  de  son   mémoire  » 


60G  LIVRES  FRANÇAIS. 

M.  Voisin  donne  la  description  du  bégaiement  ;  il  parle  de  ses  dif- 
férences ,  suivant  les  âges ,  les  sexes ,  les  divers  états  de  l'organe  de 
la  pensée.  Il  rapporte  une  foule  de  remarques  qu'il  a  été  à  portée  de 
faire ,  et  il  arrive  à  l'indication  des  moyens  qu'il  croit  propres  à  pré 
venir ,  modifier  ou  guérir  cette  infirmité.  Cette  indication  est  pré- 
cédée de  quelques  considérations  sur  le  mécanisme,  du  langage  et 
l'artifice  de  la  prononciation  en  général.         Geobgbt,  D.  M. 

240. —  Traité  pratique  de  jaugeage^  où  l'on  démontre  la  manière 
de  jauger  toutes  sortes  de  tonneaux,  cuves,  tinettes,  baignoires,  etc., 
d'après  toutes  les  méthodes  connues,  avec  une  Table  pour  trouver, 
sans  calcul ,  la  capacité  de  toutes  sortes  de  vaisseaux  propres  ù  con- 
tenir des  liquides;  par  A.  J.  E.  Pascal c?e  Vaucluse ^  professeur  de 
mathématiques  ,  fondateur  de  l'école  d'enseignement  mutuel  de  la 
ville  d'Avignon.  Deuxième  édition,  augmentée  de  la  Description 
d'un  instrument  universel  pour  le  jaugeage,  qui  sert  k  connaître 
la  capacité  des  tonneaux  et  autres  vaisseaux,  sans  prendre  aucune 
mesure  intérieurement.  Paris,  1821.  Carilian-Gœury,  quai  des  Au- 
gustins,  n*4i'  Un  vol.  in-8°  avec  planches.  Prix,  2  fr.  pour  Paris, 
et  2  fr.  4o  c.  par  la  poste. 

Réunir  dans  un  court  espace  les  moyens  les  plus  exacts  qu'on 
emploie  pour  jauger;  faciliter  ces  moyens  et  les  mettre  à  la  portée 
de  tout  le  monde,  tel  est  le  but  que  s'est  proposé  l'auteur  de  cet 
ouvrage.  Son  Traité,  le  plus  complet  que  nous  ayons,  et  le  seul  où 
l'on  se  serve  de  mesures  métriques,  contient  plus  de  trois  mille  opé- 
rations,  qui  peuvent  servir^  dans  toutes  les  villes  du  royaume,  à 
trouver,  au  moyen  d'une  simple  addition,  la  capacité  de  toutes 
sortes  de  vaisseaux  propres  à  contenir  des  liquides,  et  cela  avec  la 
plus  grande  justesse  possible.  Cet  ouvrage  sera  très-utile  aux  jau- 
geurs  ainsi  qu'aux  pai'ticuliers,  auxquels  il  offre  une  vérification 
prompte  et  sûre  de  toutes  les  opérations  commerciales  qu'ils  peu- 
vent faire  en  ce  genre.  La  description  d'un  nouvel  Instrument 
unipersel  pour  le  jaugeage  (1),  dont  M.  Pascal  lui-même  est  l'jn- 
venteur,  et  qui  est  surtout  nécessaire  pour  les  tonneaux  contenant 
des  liquides,  ne  peut  qu'ajouter  encore  au  succès  de  cette  nouvelle 
édition. 

*--    ■'■-■-  I  lll.M  »^  »  ■  ■■■■1 

(1)  Cet  instrument  se  trouve  à  Paris^  chez  Carilian-Gœury,  et  \t 
Avignon,  chez  Cavniwgnole  ,  tourneur  mécanicien,  rue  Lamerie. 


LIVRES  FRANÇAIS.  607 

ii\\.-~  Calcul  fait  des  pieds  de  fer,  suivant  leur  épaisseur  et  lar- 
geur réduits  au  poids;  suivi  des  tarifs  à  tant  la  livre  et  à  tant  le 
cent  ;  par  M.  Badlot.  Nouvelle  édition,  revue,  corrigée  avec  soin,  et 
augmentée  du  tarif  du  poids  du  fer  rond,  suivant  son  diamètre,  ainsi 
que  du  poids  des  pièces  en  fonte  le  plus  en  usage  dans  le  bâtiment 
et  les  jardins,  par  M.***,  architecte.  Paris,  1821.  Bachelier,  quai  des 
Augustins,  n»  55.  Un  vol.  in- 12.  Prix,  2  fr,  5o  c,  et  3  fr.  25  c.  par 
la  poste. 

Cet  ouvrage  sera  très-utile,  non  seulement  aux  serruriers,  maîtres 
de  forges ,  marchands  de  fer  et  quincailliers,  mais  encore  aux  archi- 
tectes et  aux  toiseurs,  qui  sont  souvent  chargés  de  devis  et  de 
marchés  concernant  la  serrurerie,  et  généralement  à  tous  ceux  qui 
font  bâtir. 

242.  Opuscule  sur  la  vinification  y  traitant  des  vins,  des  mé- 
thodes usitées  pour  la  fabrication  des  vins  ,  et  des  avantages  du 
procédé  de  M"«  Elisabeth  Gervais  ,  brevetée  du  Roi,  pour  la  même 
fabrication.  Paris  ,  1821.  Chez  l'auteur,  rue  de  Choiseul,  n»  4«  In-8* 
die   120  pages.  Prix,  2  fr.  25  cent. 

Le  procédé  de  M'^«  Gervais  consiste  à  recouvrir  la  cuve  où  le 
moût  de  raisin  doit  fermenter,  par  un  grand  chapiteau  de  fer-blanc, 
qui  la  clôt  hermétiquement.  Ce  chapiteau,  nommé  réfrigérant^  est 
construit  de  manière  à  recevoir  un  bain  d'eau  froide  ,  afin ,  dit-on  y 
de  condenser  les  vapeurs  qui  s'exhalent  de  la  cuve.  Enfin ,  pour 
éviter  l'explosion  qui  serait  infailliblement  produite  par  le  dégagement 
du  gaz  acide  carbonique,  produit  delà  fermentation  vineuse,  un 
tube  recourbé  part  du  chapiteau  et  va  se  plonger  dans  un  vase 
plein  d'eau  ,   d'où  ce  gaz  s'échappe  dans  l'air. 

M'^«  Gervais  cite,  en  faveur  de  sa  méthode,  de  nombreux  et 
honorables  témoignages  :  j'essaierai  cependant  d'opposer  mon  opi- 
nion à  celle  de  plusieurs  académiciens très-recommandables.  Je  suis 
prêt  à  reconnaître  que  le  vin  fait  par  ce  procédé  est  en  général 
meilleur  ,  tontes  choses  égales  d'ailleurs  ,  et  même  plus  abondant 
que  celui  qu'on  fait  par  les  moyens  vicieux  ou  imparfaits  qui  sont 
communément  en  usage.  Mais  !e  réfrigérant  de  l'appareil  est-il  utile? 
Y  a-tildes  vapeurs  alcooliques  condensées,  qui ,  retombant  dans 
la  cuve  ,  rendent  le  vin  plus  généreux  ?  C'est  ce  que  je  crois  devoir 
contester.  Quelques  principes  de  chimie  suffiront  pour  décider  cette 
question» 


608  LIVRES  FRANÇAIS. 

L'alcool  ou  esprit  de  vin  est  le  premier  produit  de  la  ferraen- 
tation  vineuse;  elle  n'exige  que  la  présence  du  sucre,  de  l'air,,  de. 
l'eau ,  de  la  chaleur ,  et  d'un  principe  animalisé  qu'on  nommeyèr- 
Vfient.  Aussi,  fait-on  de  l'alcool  avec  un  grand  nombre  de  substances, 
telles  que  le  grain  ,  le  sucre ,  le  genièvre ,  les  pommes  ,  les  cerises , 
les  groseilles,  la  pomme  de  terre,  etc.  Le  second  produit  de  cette 
fermentation  est  le  vinaigre.  Autant  il  faut  favoriser  le  développe- 
ment du  premier  degré ,  autant  on  doit  prendre  de  soins  pour 
arrêter  à  tems  l'opération ,  afin  d'éviter  le  second.  L'action  de  l'air 
extérieur  est  une  des  causes  qui  favorisent  le  plus  Vacessence;  aussi , 
doit-on  s'opposer  à  son  libre  accès.  . 

De  tout  tems,  on  a  fortement  et  vainement  représenté  aux  vigne-, 
rons  qu'en  laissant  leurs  cuves  découvertes ,  l'air  extérieur  agissait 
d'une  manière  funeste   sur  la  liqueur.  Gomme  la  fermentation  est 
toujours  à  des  degrés  difiPérens  dans  la  masse,  tandis  qu'une  partie v 
du  moût  de  la  cuve  change  le  sucre  dont  la  nature  l'a  chargé,  en  esprit 
de  vin  ,  une  autre  partie  ,  où  la  fermentation  a  été  plus  active,  con- 
vertit en  vinaigre  l'alcool  qui  s'y  était  développé.  Le  marc  ou  chapeau 
qui  flotte  sur  la  liqueur  s'aigrissant  à  l'air,  communique  en  paitie 
cette  funeste  qualité  au  vin  qu'il  touche.  Ainsi,  l'on  doit  éviter  sur- 
tout que  le  renouvellement  de  l'air  puisse  troubler  l'ordre  des  phéno- 
mènes de  la  fermentation  et  en  changer  les  produits.  Le  couvercle 
dont  on  protège  la  cuve  est  donc  d'une  grande  utilité ,  et  il  n'est . 
pas  un  traité  d'œnologie   où  cette  pratique  ne  soit  recommandée. 
Ilsùffît  d'y  ménager  un  orifice  pour  satisfaire  à  la  force  expansive 
du  gaz. 

Cette  partie  du  procédé  de  M"«  Gervais  est  incontestablement 
excellente  ,  mais  aussi  elle  n'a  rien  de  nouveau  ;  et  c'est  cependant 
la  seule  cause  des  éloges  dont  sa  méthode  est  l'objet  :  c'est  à  ce 
couvercle  que  sont  dus  les  témoignages  honorables  qu'elle  a  recueillis 
et  qu'elle  attribue  à  son  inutile  réfrigérant ,  qu'elle  dit  propre  à 
condenser  les  vapeurs.  La  supposition  que  l'alcool  se  dissout  ordi- 
nairement dans  le  gaz  carbonique  est  fausse.  La  chaleur  de  la  fermen- 
tation enlève  ,  il  est  vrai  ,  de  la  cuve  quelques  parties  aqueuses  et 
aromatiques,  mais  le  simple  couvercle  suffît  pour  les  retenir  :  d'ail-, 
leurs,  les  frais  de  construction  de  l'appareil,  la  nécessité  de  s'in-  - 
troduire  dans  le  cellier  pour  ^l'cnouveler  l'eau  froide  de  condcn- 
«ation,   ce  froid  mCme  qui  peut  ralentir  la  fermentation,   etc.,   . 


LIVRES  FRANÇAIS.  Cû« 

ItQai  des  inconvéniens  plus  grave»  que  U  très-petite  perte  qu'on  veut 
liviter. 

Je  pense  donc  ,  el  c'est  l'avis  de  tous  les  œnologlstes ,  qu'il  importe 
d'éviterlerenouveUeinent  de  l'air ,  d'empêclierle  chapeau  de  s'aigrir 
en  le   forçant  de  s'imme  ger  dans  la  liqueur,  d'entretenir  la  cha- 
leur dans  la  cuve  et  dans  le  cellier;  enfin,  de  ne  point  attendre, 
pour  décuver  ,  que  le  chapeau  s'enfonce  ,  ni  même  que  la  liqueur 
soit  refroidie.  Voilà  les  conditions  indispensables  pour  faire  d'aussi 
bon  vin  que  le  permettent  le  climat,  l'exposition  de  la  vigne,  la 
maturité  du  raisin,  etc.;   encore,  peut-on   en  partie  remédier  auj. 
défauts  de  cette  nature.  C'est  ce   qui  a  parfaitenneut  été   expliqué 
dans  le  traité  publié  par  M.  Ghaptal;  et  même,  lorsque  ce  savant  était 
chargé    du    ministère    de    l'intérieur,  il    fit    rédiger   et   répandre 
lin  excellent  traité  de  M.  Cadet  de  Vaux  ,  à  l'usage  des  vignerons  , 
pu  çont  exposées  avec  clarté  les  diverses  opérations  nécessaires,  soit 
pour  tirer  le  meilleur  parti  des  qualités  naturelles  de  la  vendange  , 
soit  pour  en   corriger  les  défauts. 

Le  couvercle  dont  on  ferme  la  cuve  est  uqe  chose  très-utile . 
maiis  qui  n'est  point  une  invention  nouvelle  ;  et  les  avantages  qu'on 
attribue  à  l'appareil  de  mademoiselle  Gervais,  sont  dus  à  cette  cause 
unique.  Le  réfrigérant  n'y  fait  rien ,  et  même  il  nuit  très-probar 
blement  au  succès  de  l'opération  ,  par  les  soins  qu'il  exige.  Pour  que 
les  attestations  en  faveur  du  réfrigérant  fussent  convaincantes,  il 
faudrait  que  les  expériences  eussent  étjé  dirigées  convenablement. 
Prenez  deux  cuves  égales  de  la  Q>ême  vendange,  fermeu  l'une  et 
laissez  l'autre  découverte  :  nul  doute  que  le  vin  de  la  première  n© 
soit  plus  généreux  et  même  plus  abondapt  que  celui  de  la  deuxième. 
Mais ,  si  l'une  des  cuves  est  fermée  et  que  l'autre  soit  garnie  de 
réfrigérant,  celle  ci  ne  donnera  ni  plus  de  vin  que  l'autre,  ni  un 
vin  meilleur;  mai§  il  faudrait  avoir  soin  de  n'entper  dans  le  cellier 
de  la  première  que  pour  décuver,  afin  de  ne  pas  y  établir  un  cou- 
yant  d'air  froid. 

Les  faits  qui  viennent  d'être  exposés  sont  avqués  «Je  tous  leç 
chimistes.  11  est  donc  inutile  de  recou|rir  à  l'appareil  de  made- 
moiselle Gervais,  et  par  conséquent  de  participer  è  sott  brevet 
d'invention ,  pour  faire  d'aussi  bon  vin  qu'elle  le  dit  ;  mais  il  est 
un  rapport  sous  lequel  on  doit  louer  sa  méthode.  Quoique  les 
principes  d'analogie  soient  bien  connus  et  recommandés  depuis 
long-tems,  cependant,  soit  paresse,  soit  empire  des  vieilles   ha- 

TOME    TilU  SI) 


SIO  LIVRES  FRANÇAIS. 

bitudes,  il  est  certain  qu'ils  n'étaient  pas  pratiqués,  et  que  là 
France  ne  doit  qu'à  son  climat  ses  vins  délicieux,  qui  sont  tels^ 
malgré  les  mauvais  procédés  consacrés  par  une  routine  aveugle. 
Si  mademoiselle  G ervais  réussit  à  faire  adopter  sa  méthode,  elle 
aura  réellement  rendu  un  grand  service  à  son  pays  ,  malgré  l'inutile 
réfrigérant  dont  son  appareil  est  chargé ,  parce  qu'elle  aura  obtenu, 
par  la  confiance  publique  en  son  brevet  d'invention ,  ce  que  les 
savans  n'ont  jamais  pu  obtenir  par  leurs  conseils.  Frarcgbub. 

243(*). —  Voyage  en  Ecosse  et  aux  îles  Hébrides,  par  L.  A.  NECK.Ba 
DB  Saussure.  Paris,  1821.  Paschoud,  rue  de  Seine,  n°  4^,  et  Ge- 
nève,  même  maison  de  commerce.    3  vol.  in-S".  Prix,  ai  fr. 

244« — -^^  ^ût  Philosophie  religieuse  el  murale  dans  ses  rapports 
avec  les  lumières  \  par  M,  Ed.  Richeb.  Paris  ,  1821.  Raynal ,  rue 
Saint-André-des-Arcs.   1   vol.  in-S»  de  5o  pages.  Prix ,  i  fr.  a5  c. 

L'auteur  de  cette  brochure  analyse  et  combat  en  peu  de  pages 
les  systèmes  divers  de  philosophie  de  Locke ,  de  Condiiiac ,  et  de 
MM.  Gall ,  Destutt  de  Tracy,  Laromiguière  et  Cabanis.  Il  pense  que 
tous  les  auteurs  qui  ont  appuyé  leur  doctrine  sur  cet  axiome  célèbre 
d'Aristote,  nihil  est  in  intellectu,  nisi  quod  priiis  fueril  in  sensu^ 
«ont  tombés  dans  l'erreur,  et  qu'il  y  a  en  nous  quelque  chose  de 
plus  élevé ,  une  espèce  d'inspiration  divine ,  à  laquelle  il  donne  le 
nom  de  sentiment  religieux ^  qui  doit  servir  de  guide  à  l'homme  dans 
la  carrière  de  la  vie.  Nous  avouons  que  ,  malgré  l'ouvrage  de  M.  Ri- 
cher,  nous  persistons  à  regarder  le  système  de  Condiiiac  comme  le 
plus  capable  de  contenter  celui  qui  ne  se  laisse  pas  égarer  par  l'ima- 
gination et  qui  cherche  à  se  rendre  compte ,  de  bonne  foi ,  du  mé- 
canisme de  l'intelligence  humaine.  Du  reste,  la  brochure  que  nous 
annonçons  est  intéressante  ,  et  nous  regrettons  que  l'auteur  ne  lui 
ait  pas  donné  plus  d'étendue.  Nous  aurions  désiré  aussi  qu'il  eût 
retranché  quelques  expressions  de  mauvais  goût  qui  déparent  son 
style  généralement  pur,  A.  T. 

245.  — Nouveau  Guide  de  la  politesse ,  ouvrage  critique  et  moral , 
avec  des  notes  et  un  petit  aperçu  littéraire;  par  M.  Emeric.  Seconde 
édition.  Paris,  1821.  Roret  et  Roussel,  rue  Pavée-Saint-André-des- 
Arps,  n°  9.  Un  vol.  in-8»  de  34o  pag.  Prix ,  5  fr.,  et  6  fr.  5o  c.  par  la 
poste. 

Avec  la  meilleure  volonté  possible  ,  il  serait  diflScile  d'enchérir  sur 
les  iouangcs  que  l'auteur  se  donne  ù  lui-mcme  dans  sa  préface.  La 


LIVRES  FRANÇAIS.  611 

lecture  de  celte  préface  avait  laissé  dans  notre  esprit  une  préven- 
tion défavorable;  cependant ,  parmi  beaucoup  de  lieux  communs,' 
qui  semblent  plutôt  du  ressort  de  la  civilité  puérile  que  de  la  vraie 
politesse  ;  au  milieu  du  désordre  des  chapitres  et  des  idées ,  nous 
avons  rencontré  quelques  bonnes  choses,  que  nous  louerions  davan- 
tage ,  si  l'auteur  s'était  moins  loué.  Mais  comment  se  fait-il  que 
M.  Emeric,  qui,  ce  nous  semble,  devait  prêcher  d'exemple,  ait  pu 
perdre  de  vue  son  sujet,  au  point  d'écrire  ce  qui  suit?  «  Laisser 
siffler  les  serpens ,  les  Anglais  et  les  merles ,  et  ne  vous  avisez  pas 
d'imiter  ces  animaux  en  société.  »  Parmi  toutes  les  impolitesses 
que  l'auteur  relève,  nous  n'en  connaissons  pas  de  plus  grave  que 
celle-ci,  pas  même  celle  dont  il  accuse  les  journalistes  envers  les 
méchans  auteur^.  E.  H. 

246. — Jurisprudence  du  xix*  siècle',  par  J.B.  Siret,  avocat  aux 
conseils  du  roi  et  à  la  cour  de  cassation  ;  J.  B.  Duvergier  et  L.  M.  os 
ViLLENEDVB  ,  avocats  à  la  cour  royale  de  Paris.  Paris  ,  1821.  A  l'admi- 
nistration, cour  du  Harlay ,  n"  2 1 .  Un  vol.  in-4"*  de  8 1 2  pag.  Prix ,  24  fr. 

C'est  une  grande  époque  pour  la  jurisprudence  ,  comme  pour  la 
législation  française  ,  que  le  xix'  siècle  ;  c'est  de  là  que  datera  , 
par  ses  effets  ,  comme  le  font  remarquer  les  auteurs ,  notre  corps  dé 
droit,  grand  œuvre  de  législation ,  qui  soumet  tous  les  individus  à 
une  règle  commune ,  qui  fait  disparaître  toute  différence  entre  les 
rangs,  qui  embrasse,  dans  sa  protection  comme  dans  le  châtiment 
qu'elle  inflige,  l'habitant  du  canton  le  plus  reculé,  comme  celui 
qui  vit  au  sein  de  la  capitale  ;  c'est  du  x\x^  siècle  que  datera  l'usage 
de  motiver  les  arrêts  et  les  ju^^emens,  et  enfin  cette  institution 
admirable  de  la  Cour  de  cassation,  que  l'on  peut  regarder  comme 
le  creuset  où  toutes  les  théories,  toutes  les  doctrines  viennent  rece- 
voir une  empreinte  uniforme,  où  elles  viennent,  pour  ainsi  dire, 
s'incorporer  au  système  général  de  nos  lois,  et  ne  former  qu'un  seul 
tout  avec  elles. 

Si  l'unité  de  législation  est  un  bienfait,  l'ouvrage  qui  tend  à  ce 
but  mérite  nos  éloges  ;  c'est  lorsque  les  bases  sont  encore ,  poinr 
ainsi  dire,  incertaines  et  peu  fixées,  qu'il  importe  de  les  entourer 
de  tout  ce  qui  peut  les  consolider.  Les  auteurs  ne  pouvaient  choisir 
«me  époque  plus  convenable,  et  mieux  sentir  qu'ils  ne  l'ont  fait 
[  toute  l'importance  du  travail  auquel  ils  se  sont  voués. 

Le   livre  de  la  Jurisprudence  du   xix"  siècle  peut  être  regardé 


6J2  UViljLS  ITiANÇAiS. 

coTnm«  nn  tableau  général  et ,  pour  ainsi  dire ,  aulbentique  de  tu 
jurisprudence  de  notre  âge;  c'est  une  explication  on  commentaire 
de  toutes  les  lois  d'une  entente  controversée ,  commentaire  fondé , 
non  sur  des  opinions  individuelles,  mais  sur  des  doctrines  ou  de» 
traditions ,  sur  l'autorité  la  plus  vénérable,  celle  de  la  chose  jugée. 
Dans  ce  recueil  (  de  i5,ooo  notices  ) ,  on  peut  voir  quels  ont  été  , 
pendant  vingt  ans,  les  points  de  jurisprudence  plus  ou  moins  con- 
troversés, soit  qu'ils  aient  été  définitivement  fixés  par  la  Cour  de 
cassation ,  ou  unanimement  décidés  par  les  cours  d'appel ,  soit  qu'il» 
restent  actuellement  contioversés  entre  les  diverses  cours  Je  sais 
que  a  science  des  arrêts  trouve  encore,  parmi  ce»  gens  pour  qui 
l'habitude  est  la  seule  règle  de  raisonnement ,  des  détracteurs  im- 
placables :  les  recueils  d  arrds  sont,  à  les  entendre  ,  «  des  magasins 
d'erreurs  comme  de  vérités  ;  »  laais  que  ces  gens  s'habituent  donc  à 
tirer,  de  principes  diiiérenSj  des  conséquences  dissemblables.  Sans 
doute,  avant  que  le  juge  les  exposât  au  grand  joui  et  rendît,  pour 
ainsi  dire, compte  des  motii's  de  ses  décisions;  avant  qu'un  tribunal  sU' 
prème  en  les  modifiant, les  réduittit  à  une  règle  unique,  alors  les  recueils 
d'arrêts  pouvaient  être  des  magasins  d'erreurs  comme  da  vérités; 
mais  reconnaissons  aujourd'hui  que,  de  sa  nature,  la  science  des 
arrêts  tend  à  populariser  le  droit,  à  vivifier  l'instinct  de  justice  ,  si 
l'on  peut  parler  ainsi  ;  qu'elle  peut  ajouter  à  la  force  de  la  loi  tout 
l*empire  de  l'opinion;  qu'elle  peut,  enfin  ,  rendre  la  masse  des  ci- 
toyens plus  éclairée ,  plus  morale  et  par  conséquent  plus  heui^euse» 
et  nous  pourrons,  à  notre  tour,  \a. saluer ,  avec  M.  Sirey ,  du  beau 
nom  de  philosophie  de  lu  jurisprudence,       "     J.  Goaost,  ai^oca^. 

24/.  —  Pétition  à  la  chambre  des  dépuLés ;  séance  de  i8ai. — 
Projet  de  loi  sur  la  Lbaite  de  la  presse^  par  M.  dk  Fraachbp. 
Seniis,  5  novembre  1821.  Imprimerie  de  Tremblay.  In  -  S*  de 
3j  pages. 

M,  de  Franciieu  divise  en  deux  classes  les  délits  de  la  presse  ;  il 
nomme,  les  uus  deUts  mater leLs  ,  et  les  autres  ùèlits  d  oj  inion.  11 
Veut  que  les  premiers  soient  soumis  aux  tribunaux  et  jugés  par  les 
jurés ,  et  que  la  peine  prononcée  contre  un  écrit  coupable  soit  la 
même  que  celle  d'un  pareil  délit,  commis  par  la  i^uix.  Il  définit  le 
délit  d'opinion  :  -«Toute  proposition,  toute  opinion  non  comprise 
soiis  lo  titre  de  délit  matériel ^  reconnue  fausse  et  dangereuse.  • 
fuis,  il  pose    en    principe  que  le  délit  d'opiuion    n'est  justiciable 


LIVRES  FRANÇAIS  «M 

'<ï«e  (le  la  seule  opinion  ;  qu'il  ne  peut  être  attaqué ,  détruit  que 
par  l'arme  du  raisonnement.  En  conséquence,  il  voudrait  qu'on 
établit  des  commissions  de  censure  libre  ,  dont  les  membres ,  cboisis 
parmi  les  citoyens  les  plus  savans  et  les  plt^s  sages,  seraient  charges 
d'examiner  tous  les  écrits  nouveaux ,  de  déclarer  ceux  qui  renfer- 
meraient des  délits  d'opinion,  exigeant  une  réfutation  positive,  et 
d'en  faire  un  rapport  détaillé.  L'éditeur  serait  tenu  de  faire  imposer, 
sur  tout  exemplaire  n(ni  vendu ,  d'abord  la  marque  de  prévention , 
et  ensuite  le  précis  du  rapport.  L'auteur,  l'éditeur  ouïe  libraire 
ourait  toujours  la  faculté  de  répondre.  «  Ces  débats,  dit  l'auteur, 
éclairent  et  forment  l'opinion  publique.  Nul  écrit  n'est  supprimé. 
Les  aberrations  de  l'esprit  humain ^  les  recueils  constatant  ses 
erreurs,  servent  à  son  instruction.  • 

Le  projet  de  M.  Fianclieu   contient  plusieurs  dispositions  secon- 
daires, dans  le  détail  desquelles  l'espace  ne  nous  permet  pas  d'entrer; 
nous  avons  dû  nous    borner  à  indiquer   la   principale.  Nous  ne  la 
discuterons  pas  ici;  cette  matière,  si  importante  dans  le  gouverne- 
ment représentatif,  et   sur  laquelle  on  a   beaucoup  écrit,  depuîa' 
trente  ans^  sans  qu'on  ait  pu  encore  s'accorder,  exigerait  trop  de  dé- 
teloppemens.   Mais  nous  dirons  que  le  projet  de  M.    de   Franclieu 
annonce  un  homme  animé  des  meilleures  intentions  et  do  plus  pur 
amour  de  la  liberté.  Sa  pétition,  au  reste,  ne   se  borne  pas  à  la 
liberté  de  la  presse  ;  il  louche  en  passant  plusieurs  points  de  la  plus 
iiaute  importance,  tels  que  l'abolition   de   la    peine   de  mort,    et 
l'établissement  d'un  Congrès    permanent,    chargé   de  reconnaître 
l'indépendance  de  toute  nation  dans  les   bornes  de  son  territoire, 
«t  de  statuer  sur  toute  querelle  survenue  entre  les  peuples.  L'auteui* 
a  soin  de  prévenu  que  la  Sainte  Alliance  ne  saurait  atteindre  le  but 
qu'il  se  propose.  Il  s'exprime  avec  cette  noble  franchise,  qu'autorisent 
la  bonne  foi  et  la  pureté  des  intentions.  Quel  que  soit  l'accueil  que  re- 
cevra cette  pétition,  on  ne  pourra  s'empêcher  d'y  reconnaître  les  vœux 
d'un  honnête  homme  et  d'un  ami  de  sa  patrie.  —  Nota.  Nous  avons 
appris  ,  depuis  l'impression  de  cet  article  ,  que  la  Chambre  a  passé  à 
l'ordre  du  jour  sur  cette  pétition.  M.  A. 

nJ^S.-^Çuelques  réflexions  sur  V industrie  en  général,  à  Vocca" 
sion  de  l'exposition  des  produits  de  l industrie  française^  en  1819; 
par  M.  le  comte  de  CV.  Seconde  édition,  rei/ue  et  augmentée» 
Paris,  1821.  Corréard  ,  Palais  -  Royal ,  galerie  de  bois,  n*  258. 
ia-8»  de  90  pages  Prix ,  2  fr. 


61A  LIVRES  FRANÇAIS, 

Exposer  le  tableau    des  améliorations  dont  est  susceptible  l'in- 
dustrie, considérée  d'abord  en  elle-même,  ensuite  dans  ses  rapports 
et   comme  mobile  de   la  politique,  tel  est  le   but  de   l'autear.   Il 
indique    les  besoins   de  l'industrie  française,  il  signale  les  charges 
qui   pèsent  sur  elle ,  le  dénuement    d'avances  pour  l'agriculture  , 
l'absorption  de  tous  les  capitaux  par   les   fonds  publics  et  par  un 
agiotage  funeste.  Il  développe  les  perfectionnemens  ou  l'extension 
à  donner  aux   différentes    branches   de  l'agriculture ,  la   liberté  à 
rendre  à  la  culture  des  tabacs ,  une  législation  plus  fixe  sur  le  com- 
merce des  grains,  l'adoption  d'un  code  rural  et  des  mines  ;  il  insiste 
sur  la  nécessité  de  multiplier  les  machines  ;  il  provoque    l'amen- 
dement des  lois  sur  la  propriété  des  inventions,  trop  faiblement 
garantie  ;  il  démontre  les  avantages  des   expositions   des   produits 
industriels,  et  les  erreurs    qui  ont  paralysé  les  bons  effets   de   la 
dernière;  il  réclame  enfin  la  diminution  des  tributs  onéreux  que  le 
fisc  a  imposés  sur  tous  les  genres  d'industrie  et  sur  tous  ses  produits. 
—  D'une  autre  part ,  l'auteur  regarde  la  stagnation  du  commerce 
comme  le  résultat  du  défaut  de  débouchés  et  comme  l'effet  d'une 
politique  incertaine  :  il  propose  de  lui   ouvrir  de   nouvelles  voies 
capables  de   donner  un  écoulement  aux  produits  de  l'industrie    et 
une  nouvelle  activité  aux  fabriques,  et,  à  cet  effet,  de   remplacer 
nos  ambassadeurs  à  habits  brodés  pai-  une  diplomatie  toute  com- 
merciale,  d'adopter  un  nouveau  système    colonial    et    maritime  ; 
enfin,  de  permettre  et  de  protéger  efficacement  le  commerce,   à 
l'imitation  des   Anglais,   non  seulement  dans   les   vastes  et  riches 
contrées  de  l'Amérique  libre,  mais  encore  dans  nos  colonies  qui  se 
«ont  rendues  indépendantes. 

Les  Réflexions  de  M.  le  comte  de  C"*  sont  en  général  justes  ; 
quelques  idées  accessoires  seulement  paraîtront  hasardées  ;  mais  , 
à  l'exception  de  ces  taches  légères,  son  ouvrage  mérite  de  fixer 
l'attention  des  hommes  qui,  par  profession,  par  goût  ou  par  devoir, 
s'occupent  de  l'industrie. 

L.  Seb.  Le  fi orh akd  ^  professeur  de  technologie. 

249- — Corps  de  marchands  el  comrnanaulés  d'arls  et  jnétiers, 
Paris,  1821.  M'"<^  Huzard  ,  rue  de  l'Éperon-Saint-André-des-Arcs, 
no  7.  In-S"  de  25  pag.  Prix,  5o  c. 

La  question  traitée  par  l'auteur  de  cette  brochure  est  d'une  haute 
importance.  Lorsqu'il  composa,  il  y  a  environ  quatre  ans,  son  ou- 


LIVRES  FRANÇAIS.  615 

viage  sur  l'administration  de  l'agriculture ,  du  commerce  ,  des  arts  , 
des  manufactures  et  des  subsistances,  il  regardait  les  corps  de  mar- 
chands et  les  communautés  d'arts  et  métiers  comme  étant  du  nombre 
des  institutions  qui,  une  fois  tombées,  ne  se  relèvent  plus  ;  et  il  passa 
légèrement  sur  ce  point.  Il  y  revient  aujourd'hui,  persuadé  qu'on 
ne  saurait  faire  trop  d'efforts  pour  empêcher  certaines  préventions 
de  ressusciter  de  vieilles  institutions  qui  seraient  funestes  à  notre 
industrie.  M.  Gostaz,  après  être  entré  dans  quelques  détails  sur  les 
avantages  procurés  par  les  corps  de  marchands ,  à  une  époque  où 
ces  sortes  de  communautés  étaient  en  harmonie  avec  l'état  de  la 
société,  montre  fort  bien  les  obstacles  qu'ils  ont  ensuite  apportés 
au  développement  de  l'industrie.  Les  faits  qu'il  cite  à  ce  sujet 
doivent  convaincre  tout  homme  de  bonne  foi  :  ainsi ,  ce  sont  les 
prétentions  des  corps  de  métiers  qui  ont  forcé  l'inventeur  de  l'art 
de  vernir  et  d'emboutir  la  tôle  à  porter  à  l'étranger  son  utile  décou- 
verte, qui  n'a  pu  être  ren  lue  à  la  France  qu'en  ijgS.  La  perfection 
que  M.  Lenoir  a  su  donner  à  la  fabrication  des  instrumens  de  phy- 
sique et  de  mathématiques  lui  a  suscité  de  longues  persécutions  , 
et  peu  s'en  est  fallu  qu'il  n'ait  été  forcé  de  s'expatrier  aussi,  avec  la 
savante  industrie  dont  nous  jouissons  aujourd'hui.  Si  le  royaume  a 
été  si  tard  en  possession  des  manufactures  de  toiles  peintes  ,  il  faut 
l'attribuer  aux  chefs  des  corps  des  toiliers  et  des  merciers  de  Rouen, 
et  à  ceux  des  communautés  des  fabricans  de  soie  de  Lyon  et  de 
Tours.  Argand  fut  obligé  de  soutenir  un  procès  et  d'essuyer  mille 
dégoûts  pour  nous  donner  les  lampes  à  double  courant  d'air.  «Cette 
tracasserie ,  dit  M.  Gostaz ,  ne  tendait  à  rien  moins  qu'à  priver  la 
France  de  l'une  des  plus  belles  découvertes  du  dernier  siècle.  Argand 
pouvait  aller  s'établira  l'étranger,  où  l'on  n'aurait  pas  manqué  de 
lui  faire  l'accueil  dû  à  son  génie.  11  nous  en  a  parlé  plusieurs  fois 
comme  de  l'un  des  événemens  les  plus  désagréables  de  sa  vie.  •  La 
fabrication  des  papiers  pein'ls  ,  qui  donne  lieu  aujourd  hui  à  un 
commerce  considérable  d'exportation ,  fut  introduite  en  France  par 
Réveillon  ,  peu  de  tems  avant  la  révolution  :  «  S'il  parvint  à  l'exploi- 
ter librement ,  dit  encore  notre  auteur ,  ce  ne  fut  qu'après  avoir 
éprouvé  une  foule  de  vexations  que,  sous  des  prétextes  plus  ou 
moins  odieux ,  lui  suscitèrent  différentes  communautés.»  On  con- 
naît ces  exemples  et  beaucoup,  d'autres  qu'on  pourrait  citer  ;  mais 
combien  il  en  e&t  qu'on  ignore  ,  et  qui  sait  jusqu'à   quel  point  le 


61Ô  LIVRES  Français. 

découragement  ^  produit  par  une  semblable  tyrannie»  â  pu  £aji-e  de 
tort  à  rindusttie  française  ,  si  prodigieusement  accrue  depuis  qu*ellc 
est  débanassce  de  ces  entraves.  M.  Costaz  prouve  ensuite  que  ,  loin 
d'être  un  moyen  d'ordre  public  et  de  bonnes  mœurs  dann  les  fabriques, 
les  communautés  ont  donné  l'exemple  des  divisions  les  plus  scan- 
daleuses, et  il  montre  qu'il  est  impossible  de  rétablir  les  commu- 
nautés, de  manière  qu'en  les  faisant  servir  de  moyen  de  police  dansiez 
inanufactures ,  elles  ne  soient  pas  vexatoires ,  et  n'arrêtent  point  le 
développement  de  l'industrie.  Celte  brochure  est  très-substantielle  ; 
exempte  de  déclamations  et  de  vagues  raiâonneinens,  elle  est  rem- 
plie de  faits  et  d'arguraens  précis  ;  on  ne  saurait  trop  en  recom- 
mander la  lecture  aux  personnes  que  ces  matières  intéressent.  M.  A. 
a5o. —  Conjuration  contre  Attila^  dans  V ambassade  des  Hornains; 
jparM.  yJntoine  Métral.  Paris,  i8ai.  Bossange frères ,  rue  de  Seincy 
n»  12.  Un  vol.  ih-i8.  Prix,  2  fr. 

De  toutes  les  parties  de  l'histoire,  il  n'en  est  peut-être  aucune 
Ijui  soit  plus  difficile  à  traiter  que  les  conjurations  :  à  une  cennais- 
sance  approfondie  des  passions ,  à  ce  coup  d'œii  rapide  et  sûr  qui 
les  signale  à  leur  naissance  et  les  suit  dans  leur  développement , 
l'historien  doit  joindre  l'art  de  classer  des  faits,  souvent  hétéro- 
gène?,  et  de  faire  marcher  de  pair  ,  et  sans  aucune  digression  appa- 
rente .  des  événemcns  arrivés  à  des  époques  et  par  des  cause* 
diverses  :  ce  sont  autant  de  fils  imperceptibles  qui  aboutissent  à 
lin  même  nœud.  Quelques  pages  bien  écrites  dans  ce  genre  ont 
valu  à  Saint-Réal  une  réputation  durable  et  méritée.  M.  Métrai, 
eo  choisissant  pour  sujet  de  son  livre  la  conjuration  que  les  ambas- 
sadeur» de  Théodose  II  tramèrent,  etx  449»  contré  le  roi  des  Huns, 
a  voulu  fournir  auit  recherches  des  érudils  qnelques  matériaux  de 
plus  sur  un  point  d'histoire  peu  connu.  L'auteur  ne  s'est  point 
borné  à  une  nomenclature  sèche  et  aride  des  événemens  qu'il  ra- 
conte :  il  a  su  faire  ressortir^  du  fond  même  de  sa  narration,  ud 
tableau  des  mœurs  et  des  usages  des  Huns.  Les  caractères  des 
f)rincipaux  personnages  de  la  conjuration  sont  tracés  d'une  main 
ferme  et  d'une  touche  originale;  son  style  a,  selon  ses  propre»  ex* 
{>rM8ion8,  quelque  chose  d'inculte  et  de  sauvage  comme  les  peuples 
dont  il  nous  offre  la  peinture.  Nous  lui  reprocherons  d'avoir  trop 
multiplié  les  portraits,  ou  du  moins  de  les  avoir,  pour  ainsi  dire  , 
accumulés  dans  les  premières  pages  de  son  livre  ;  disposé»  avec 


LIVRES  FRANÇAIS.  Oit 

plus  d'art  et  répartis  à  des  distances  moins  rapprochées ,  ils  eussent 
produit  plus  d'effet.  J.  A. 

aSi.  —  De  L'Origine  de   la  crémation ,  ou  de  l^ Usage  de  brûler 
les  corps.  Paris,  1821 .  Maradari  ;  in-S"  de  70  pages. 

Cette  dissertation  a  pour  auteur  un  savant  étranger,  M.  Jamieson; 
elle  est  insérée  dans  les  Transactions  de  la  société  roj  aie  d'Edim- 
bourg ^  et  c'est  à  M.  Boulard  qu'on  est  redevable  de  la  traduction 
française  de  ce  morceau  de  critique,  dans  lequel  on  a  considéré 
l'usage  de  la  crémation  chez  les  divers  peuples  de  l'antiquité,   et 
tâché  d'en   découvrir  l'origine  et  l'esprit.  Peut  -  êtie ,  à  ce  dernier 
égard,  l'auteur  a-t-il  poussé  ses  recherches  trop  loin  ,  s'il  est  vrai  que 
l'on  ne  puisse  pas  toujours  croire,  areic fondement,  à  la  commune  et 
iiniqtie  origine  d'une  pratiqué  qui  a  été  à  la  fois  accréditée  dans 
l'Orient  et  dans  l'Occident.  Des  motifs  tout-à-fait  opposés  ont  pu  l'in- 
troduire simultanément  dans  chacune  de  ces  deux  régions  ;  aussi , 
les  opinions  des  anciens ,  quant  au   motif  de  cette  coutume    dans 
des  contrées  diverses,  sont- elles  très -nombreuses  et    quelquefois 
contradictoires.  Pour  la  ramener  à  nos  études  habituelles,  l'auteur 
examine  cette  pratique  chez  les  Grecs  et  chez  les  Romains  ,  et 
par  suite  chez  les  premiers  chrétiens,  qui  paraissent  avoir  été  auto- 
risés, par  une  doctrine  de  l'égliSe,  à  croire  à  la  purification  des  amés 
par  le  feu.  Ils  purifièrent  aussi  le  corps  par  la  crémation,  mais  cet 
uiaage  fut  bientôt  prohibé  parmi  eux,   comme  on  le  voit  en  divers 
passages  de  TertuUien.  11  continua  cependant  encore  d'être  prati-  ^ 
que.   Au  v*  siècle,  Sidoine  Apollinaire  dit  que  le  champ  où  était  le 
tombeau  de  son  aïeul  était  si  plein  de  débris  de  bùcliers  qu'il  n'y 
restait  pas  une  seule  place  vide;  au  vu*  siècle,  Saint-ÉIoi  s'élevait 
fortement  contre  cet  usage  ;  enfin ,  dans  le  siècle  suivant ,  Charle- 
magne  le  prohrba  par  un  édit,  et  sous  peine  de  mort,  comme  imite 
des  païens.  Ces  faits ,  que  le  savant  auteur  ne  cite  pas ,  doivent  ap* 
porter  des  modifî<:ations  à  quelques-unes  de  ses  assertions.  Son  Mé- 
moire n'en  est  pas  moins  intéressant  par  l'ensemble  des  recherches 
qu'il  contient;  c'est  le  précis  de  plusieurs  traités   étendus  sur  celte 
matière ,  auxquels  l'auteur  a  ajouté  de  nouvelles  recherches.  On  doit 
donc  savoir  gré  à  l'honorable  traducteur,   du  nouveau  présent  que 
Son  zèle  infatigable  vient  de  faire  aux  lettres,  et  à  l'histoire  des  usages 
et  de  certaines  opinions  de  l'antiquité.  C.  F. 

2-52.  —/Je  lu  J'este  de  iSlarseilk  et  de  la   Pysjccncc,  pendant   les 


6i8  LIVRES  FRANÇAIS. 

années  1720  cl  17a i  ;  chapitre  extrait  d'un  ouvrage  iaédit,  intitulé  : 
Histoire  critique  de  la  France ,  depuis  la  mort  de  Louis  X[V;  par 
M.  Lésiontey,  membre  de  racadémie  française.  Paris,  1821  ;  impri- 
merie de  F.  Didot  ;  in-S».  Prix,  2  fr. 

Dans  un  moment  où  l'intérêt  public  se  porte  sur  un  état  voisin 
de  la  France,  désolé  par  les  ravages  de  la  peste,  on  ne  lira  pas  sans 
utilité  un  ouvrage  consacré  à  retracer  le  tableau  effrayant  des 
malheurs  qui  accablèrent  la  plus  belle  partie  de  la  France,  dans 
l«s  années  1720  et  1721.  Les  désastres  de  cette  époque  ont  fait 
sentir  au  gouvernement  la  nécessité  de  préserver,  par  une  loi  sa- 
nitaire, notre  patrie  d'un  si  pénible  fléau.  Une  barrière  insurmon- 
table doit  retenir  au-delà  des  Pyrénées  cette  fièvre  jaune  qui  a 
anéanti  une  partie  de  la  population  de  Barcelonne.  Lors  de  la  peste 
de  la  Provence ,  d'intrépides  magistrats,  un  saint  évêque,  protégèrent 
par  un  grand  courage  leurs  concitoyens.  M.  Lémontey  a  peint  le 
zèle  ardent  déployé  par  Belzunce,  Estelle,  Moustier  et  le  chevalier 
Roze.  La  reconnaissance  publique  placera,  à  côté  de  ces  noms  à 
jamais  honorés,  ceux  des  docteurs  Pariset,  Bally,  François,  Au- 
dpuard,  Jouary  et  celui  du  jeune  Mazet.  A.  T. 

255.  -  (Euvres  de  Napoléon  Bonapabte  ;  T.  IV.  Paris  ,  1821.  Pan- 
koucke,rue  des  Poitevins,  n°  i4;in-8°  de  524  pages.  {Voy.  ci-dessus, 
T.  XI,  p.  592.) 

.Toutes  les  lettres  relatives  à  la  fin  de  l'expédition  d'Egypte  et 
adressées  aux  beys ,  aux  émirs,  aux  schérifs,  aux  généraux  français 
Marmont,  Murât,  Desaix,  etc.,  forment  Xa  première  partie  de  ce  vo- 
lume ;  elle  se  termine  par  une  lettre  de  départ ,  de  Bonaparte  à 
Kléber.La  seconde  partie  comprend  le  consulat  et  l'empire,  et  com- 
mence par  le  discours  du  18  brumaire. 

2b\.—La  France  au  dix -ne  unième  siècle ,  ou  Coup  d'oeil  sur  l'état 
présent  des  lumières,  des  richesses,  de  la  morale  et  de  la  liberté; 
par  A.  Cahbion-Nisas^/5.  Paris,  1821.  L'Huillier,  rue  du  Cimetière- 
Saint- André-des- Arcs,  n"  7;  in-8°  de  160  pag.  Prix,  2  fr. 

Cet  ouvrage  renferme  beaucoup  de  choses  intéressantes  dont  nous 
plaçons  le  sommaire  sous  les  yeux  du  lecteur.  Première  partie. 
Sciences  et  arts,  richesses.  Pi"Ogrès  de?  connaissances  humaines,  de- 
puis les  premiers  tcms  de  notre  histoire  jusqu'à  nos  jours  inclusive- 
ment. —  Ce  que  doit  être  Tinstruction  publique  au  dix  -  neuvième 
siècle.  —  Instruction  primaire. — Progrès  de  l'industrie;  causes  de 


UVllKS  FKAîSÇAtS/  61> 

$66  progrès;  bienfaits  dç  la  révolution. — ElJets  des  progrès  et  des  ri- 
chesses sur  la  liberté,  Tégalité,  les  lumières,  la  morale,  l'ordre  publifc 
ytla  population. — Deuxième  partie. Mora/e.Etat  ancien  et  présent  de 
Immorale  publique. —  Principes  de  morale  publique ,  selon  l'esprit 
du  siècle  et  selon  la  raison. —  Ce  que  doivent  être,  au  xix«  siècle, 
la  morale  religieuse  et  la  religion.— Ce  qu'il  faut  faire  pour  conso- 
lider la  morale  publique. — La  morale  considérée  datis  ses  rapports 
avec  la  politique  et  les  révolutions. — Troisième  partie,  i^olitique. 
Histoire  de  la  liberté  publique,  depuis  les  Gaulois  jusqu'à  nos  jours 
inclusivement.— Tems  antérieurs  au  régime  féodal. — Régime  féodal. 
—  Monarchie  absolue.  —  Les  idées  libérales  considérées  dans  leur 
essence,  leur  origine  et  leur  développement.  —  La  révolution,  Bona- 
parte et  la  restauration.  — Coup  d'œil  sur  la  grande  révolution  d'An- 
gleterre ,  de  1649  à  i688.  —  Les  principes  libéraux  ou  les  droits.— 
Exposé  des  droits  sociaux. — Ce  qu'on  entend  par  égalité. — Le  gou- 
vernement représentatif  ou  les  garanties.  —  Différentes  formes  de 
gouvernemens  représentatifs. — Petite  digression  sur  les  républiques, 
-—  Organisation  du  gouvernement  représentatif.  —  La  pairie  et  la 
royauté ,  considérées  comme  garanties.— Plaidoyer  contre  la  royauté. 
Réfutation. —  Quels  dangers  menacent  notre  avenir  politique.  —  Le 
despotisme  militaire  est-il  possible?  — Conclusion. 

Ce  résumé  des  chapitres  éveille  la  réflexion  et  intéresse  vivement 
l'esprit.  Le  style  piquant  de  l'auteur,  ses  remarques  où  brillé  beau- 
coup de  sagacité,  ses  vues  neuves  et  judicieuses,  satisfont  pleinement 
le  lecteur.  On  pourrait  reprochera  M.  Carrion-Nisas  d'avoir  traité 
avec  trop  de  rapidité  des  sujets  si  importans;  mais  il  n'est  pas  de 
ceux  qui  perdent  le  tems  en  développemens  :  sa  manière  est  d'ex- 
poser les  questions  en  traits  généraux ,  et  de  se  contenter  ordinai- 
rement d'en  résoudre  les  sommités.  Cette  méthode  est  tout-à-fait 
convenable  à  une  époque  et  à  un  pays  où  la  politique  est  devenue 
une  science  presque  populaire.  Un  éloge  qu'on  ne  saurait  refuser  à 
l'auteur,  c'est  une  connaissance  particulière  de  notre  vieille  histoire 
de  France.  M.  Carrion-lNisas  fils  comptait  déjà  honorablement  parmi 
nos  puMicisles;  son  nouvel  ouvrage  doit  ajoutera  sa  réputation^  " 

X.    ■ 

255. — Delà  réi^olulion piémontaise.VariSyiSui  .Chez  les  marchands 
de  nouveautés;  in-8«  de  85  pages. 

Celte    brochure   mérite  d'être  distinguée  parmi  plusieurs   autre? 


<J2Ô  LIVRES  FRANÇAIS. 

publiées  sur  le  même  sujet.  Nous  la  regardons  comme  une  produc- 
tion littéraire ,  dans  son  genre  ;  mais ,  ce  qui  la  rend  encore  plus 
fecommandable,  c'est  l'esprit  de  vérité  et  de  modération  qui  l'a 
dictée.  L'auteur  donne  une  idée  de  l'état  politique  et  économique 
du  Piémont;  et  il  tire,  de  cet  état,  des  raisons  pour  prouver  la  né- 
'cessité  d'une  réforme.  Après  avoir  justifié  les  mouvemens  survenus 
en  Piémont,  il  en  trace  une  histoire  qui  a  tous  les  caractères  de  la 
vérité  et  de  l'impartialité.  Sous  ce  rapport ,  nous  devons  signaler 
cet  ouvrage  comme  offrant  des  documens  très-utiles  à  ceux  qui 
veulent  connaître  l'histoire  die  nos  jours.  On  y  trouvera  tout  ce  qui  est 
nécessaire  pour  apprécier  avec  justesse  une  partie  de  l'Italie,  et  sur- 
tout le  Piémont.  Nous  avons  riemarqué  le  même  esprit  dans  l'ouvragé 
intitulé  ;  V Italie  au  XIX^  siècle,  dont  nous  avons  parlé  ci-dessus. 
(T.  IX,  p.  58o.) 

Les  auteurs  de  ces  deux  productions  désirent  le  bien  de  leur  pays; 
et,  loin  de  chercher  à  surprendre  le  public  par  des  faits  supposés  ou 
de  vagues  théories,  ils  se  consacrent  à  la  cause  de  la  vérité  et  à 
la  conciliation  de  tous  leis  partis,  par  de  grandes  vues  d'bn  intérêt 
tommiiti  et  national. 

256. — F'oyage  pittoresque  de  la  Grèce,  par  M.  de  Choisbll-Gocf- 
FiKB.  Paris,  1821.  Biaise,  rue  Férou,  n°  24.  2  volumes.  Prix  du  pre- 
mier, composé  de  147  planches,  180  fr. ,  pour  les  souscripteurs.  (Le 
second  aura  plus  de  160  planches.  Les  deux  premières  livraisons  ont 
paru  et  se  vendent  60  fr  Le  prix  des  deux  dernières ,  cottiposées 
des  xV^  et  xvi^  chapitres,  n'est  pas  encore  fixé.) 

Au  moment  où  la  Grèce ,  cette  belle  et  riche  contrée,  se  trouve 
en  proie  aux  horreurs  les  plus  cruelles  d'une  guerre  d'extermination, 
quel  sujet  plus  intéressant,  quel  ouvrage  plus  digne  de  fixer  l'atten- 
tion que  celui  qui  rappelle  ses  anciens  titres  de  gloire,  et  ses  mal- 
heurs actUrls,  que  Celui  qui  la  montre  telle  qu'elle  existait  et  telle 
qu'elle  est  aujourd'hui,  avec  ses  villes  détruites,  ses  monumens  ren- 
versés, soit  par  le  vandalisme  des  Turcs,  lors  de  leurs  conquêtes,  soit 
parle  temsl  Pendant  toute  sa  vie,  feu  M.  de  Choiseul  -  GoufEer , 
tnalgré  les  vicissitudes  qui  le  poursuivirent ,  ne  cessa  de  s'intéresser  h 
la  Grèce.  En  18 14,  il  envoya  sur  les  lieux  un  artiste  habile,  pour  lever 
des  plans,  prendre  des  vues  de  ce  qui  avait  pu  lui  échapper  dans  ses 
Voyages.  Ou  sait  que  le  premier  volume  de  son  bel  ouvrage  intitulé  :' 
Voyage  pittoresque  de  la  Grèce.,  qui  parut  en  1782 ,  fît  beaucoup  àt 


LIVRES  FRANÇAIS.  621 

scnsatloa  parmi  tout  ce  qu'il  y  avait  alors  de  gens  éclairés.  La  pu- 
blication du  deuxième  volume  se  ût  attendre  ;  M.  de  Choiseul  désirait 
des  renseignemens  plus  précis,  et  c'est  afin  de  se  les  procurer  que 
M.  Dubois  partit  pour  le  Levant.  Mais  tout  cela  ne  suffisait  pas^  il 
fallait,  dans  le  silence  du  cabinet,  classer,  coordonner  chacun  deiii 
précieux  matériaux  qu'avait  rapportés  M.  Dubois.  L'auteur  s'ad- 
joignit, comme  il  avait  fait  jusqu'alors,  les  hommes  les  plus  éclairés 
sur  le  sujet  qui  était  devenu  l'objet  de  ses  affections.  L'auteur  dç 
V Atlas  pour  le  voyage  du  jeune  Anacharsis^  M.  Barbié-Dubocage 
surtout ,  était  de  ceux  qu'il  avait  toujours  aimé  à  consulter.  Longf 
tems  même  avant  que  M.  Barbié-Dubocage  siégeât  dans  le  seiR 
de  l'académie,  M.  de  Choiseul  avait  eu  recours  ^u  goût  et  à  U 
sagacité  de  cet  excellent  ami  et  de  ce  collaborateur  assidu.  M.  dç 
Choiseul  mourut,  en  1817,  avant  d'avoir  pu  mettre  au  jour  la 
première  partie  de  son  deuxième  volume  ;  M.  Barbier  -  Duha- 
page  se  chargea  de  la  publier,  et  elle  parut  en  1820.  Mais  la  tâche 
du  célèbre  géographe  et  académicien  ne  devait  point  se  borner  à 
cette  partie  seulement  du  deuxième  volume.  Les  xv»  et  xvi*  cha- 
pitres,  formant  la  deuxième  partie  de  ce  deuxième  volume,  res- 
taient encore  à  publier.  Comme  le  premier  volume,  celui  ci  est 
enrichi  de  belles  gravures  ;  rien  n'a  été  épargné  pour  leur  donner 
toute  la  vérité,  toute  l'exactitude  désirables.  Il  offre  d'autanfc 
plus  d'intérêt  que  l'on  y  trouve  une  élégante  notice  sur  la  vie  et 
les  travaux  de  feu  M.  de  Choiseul  -  Gouffier,  composée  par  un  de 
ses  confrères  de  l'académie  ,  M.  Dacier<  Le  portrait  de  M.  de 
Choiseul  ,  d'une  grande  dimension-,  et  d'une  ressemblance  par- 
faite ,  sera  délivré  aux  soiiscripteurs  ,  en  môme  tems  que  la  fin  d« 
l'ouvrage. 

%Sy.  -  Dictionnaire  historique  ou  Histoire  abrégéedes  bommçs  qui 
se  sont  fait  un  nom  par  leur  génie ,  leui^s  talens ,  leurs  vertus ,  leurs 
erreurs  ou  leurs  crimes ,  depuis  le  commencement  du  monde  jusqu'à 
oos  jours;  par  l'abbé  F.-X.  de  Ferler.  Cinquième  édition,  enrichie 
d'un  grand  nombre  d'articles  nouveaux,  intercalés  par  ordre  aipha^ 
bétique,  et  corrigée  sur  les  observations  de  nos  meilleurs  biographes. 
T.  III  et  IV.  Paris,  1821.  Méquignon,  fils  aîné;  in-8».  Prix,  lofr. 

358. — Le  même  ouvrat^e  ;  autre  édition,  où  tous  les  articles  sont 
revus  et  corrigés  avec  le  plus  grand  soin,  augmentée  d'un  grand 
nombre  d'articles  importans  ,  omi^  dîMis  les  précédentes  éditions  , 


622  LIVRES  FRANÇAIS. 

et  de  la' bfogt-aphie  de  tous  les  hommes  célèbres,  morts  jusqu'à 
ce  jour.  Lyon  ;  imprimerie  et  librairie  de  Roland, 1821.  T.  I,  IX  et 
III  ;  in-S». 

25g. —Dictionnaire  historique  ^  criiiqne  et  bibliographique^  contenant 
les  vies  des  hommes  illustres,  célèbres  ou  fameux  de  tous  les  pays  et 
de  tous  les  siècles ,  suivi  d'un  Dictionnaire  abrégé  des  mythologies , 
et  d'un  Tableau  chronologique  des  événemens  les  plus  remarquables 
qui  ont  eu  lieu  depuis  le  commencement  du  monde  jusqu'à  nos  jours; 
par  une  société  de  gens  de  lettres.  Paris.  Ménard  et  Desenne,  1821. 
T.  I-IV. 

260. — Dictionnaire  historique  y  philosophique  et  critique  ^  abrégé  du 
"rand  Dictionnaire  de  Bayle,  par  l'abbé  Ladvoçat;  nouvelle  édition, 
revue,  corrigée  et  continuée  jusqu'en  1789,  par  une  société,  de  savans^ 
de  littérateurs  et  de  bibliographes.  Paris,  à  la  Librairie  historique, 
rue  Saint-Honoré  ,  n"  123  ,  hôtel  d'Aligre,   1821.  T.  I  et  II  ;  in-8'>. 

26i(*).—  Dictionnaire  historique  et  critique  de  Pierre  Baylb.;  nouvelle 
édition ,  augmentée  de  notes  extraites  de  Chaufepié ,  Joly,  la  Mon- 
noie,  le  Duchat,  L.  J.  Leclerc,  Prosper,  Marchand,  etc.  etc.  Paris, 
Desoer,  1821.  T.  V  et  VI  ;  in-8°. 

L'ancienne  maxime  que  toul  est  de  rnode  en  France ,  se  vérifie 
aussi  à  l'égard  des  Dictionnaires  historiques.  J'ai  développé  déjà 
dans  deux  articles  {Voyez  T.  X,  p.  602  ;  et  T.  XI,  p.  585.)  mon  opi- 
nion sur  la  réimpression  du  Dictionnaire  de  Feller,  qui  s'exécute  à 
Paris  ;  la  lecture  des  T.-!!!  et  IV  n'a  fait  que  me  confirmer  dans 
cette  opinion.  Les  fautes  y  sont  tellement  multipliées,  qu'on  ne 
peut  compter  sur  l'exactitude  d'un  nom  d'homme  ou  d'une  date. 
Dans  mon  Examen  critique  des  Dictionnaires  historiques  (Voyez 
T.  I,  page  i42.),  j'ai  prévenu  les  lecteurs  de  Feller,  que  l'article 
Briri^ood  était  le  nom  estropié  de  Brézét/ood,  cité  précédemment. 
Les  éditeurs  n'ont  tenu  aucun  compte  de  ma  remarque,  et  ils  ont 
reproduit  l'imaginaire  Brirvood.  J'avais  encore  fait  observer  que  les 
auteurs  de  la  Biographie  universelle ,  dans  leur  article  Calignon  , 
ancien  professeur  de  rhétorique  à  Lyon ,  avaient  attribué  à  ce  lit- 
térateur plusieurs  ouvrages  auxquels  il  n'avait  jamais  pensé,  puis- 
qu'il est  constant  que  le  premier  est  de  Linguet  ;  le  second  ,  de 
l'abbé  de  Lacan;  le  troisième,  d'un  maître  de  pension,  nommé 
Demandre,  etc.   etc.  Cela  n'a  pas  empêché  les  continuateurs  de 


LIVRES  FRANÇAIS.  623 

Fcller  de  copier  ces  trois  articles,  tels  qu'ils  se  trouvent    dans  la 
Biographie  universelle  ^  sous  le  nom  de  l'abbé  de  Calignon. 

L'édition  de  Feller,  qui  se  fait  à  Lyon  et  qui  paraît  être  rédigée 
par  le  libraire  lui-même ,  est  moins  fautive  que  l'édition  de  Paris  ; 
voilà  tout  le  bien  que  je  peux  en  dire.  Cette  édition  n'aura  que 
dix  volumes,  tandis  que  celle  de  Paris  en  aura  douze.  M.  Rolland 
s'est  fait  connaître,  en  i8iS,  par  un  petit  Dictionnaire  des  hommes 
célèbres i  en  im  volume  in-8°  ou  deux  volume  in-i 2.  Il  s'y  montre 
si  peu  versé  dans  les  matières  ecclésiastiques  qu'il  fait  mourir,  dès 
l'année  1808,  M.  le  cardinal  de  la  Luzerne  dont  l'honorable  exis- 
tence s'est  prolongée  jusqu'à  ces  derniers  tems. 

Le  Dictionnaire  historique,  dont  MM.  Ménard  et  Desenne  pu- 
blient les  quatre  premiers  volumes ,  est  une  réimpression  du  dic- 
tionnaire de  MM.  Chaudon  et  Delandine,  augmenté  en  1810  par 
M.  Prudhomme.  Ce  Dictionnaire  ,  malgré  ses  imperfections ,  aura 
toujours  l'avantage  de  présenter  une  proportion  convenable  dans 
l'étendue  de  ses  articles  et  une  louable  unité  de  vues  et  de  prin- 
cipes dans  leur  rédaction.  Il  y  a  des  additions  importantes  et  nom- 
breuses dans  la  nouvelle  édition.  Les  éditeurs  ont  mis  à  profit  mon 
Examen  critique  et  la  Biographie  universelle.  Je  les  invite  à  lire 
encore  avec  plus  d'attention  le  premier  de  ces  ouvrages  et  à  se 
méfier  davantage  du  second.  Cette  double  précaution  leur  épargnera 
de  graves  méprises.  Je  les  invite  aussi  à  se  persuader  que  je  n'ai 
pas  cru  devoir  relever  les  méprises  de  MM.  Chaudon  et  Delandine, 
lorsqu'elles  l'avaient  été  par  les  auteurs  de  la  Biographie  universelle. 
Ils  ne  devaient  donc  pas  attribuer  encore  à  Clenard  des  Fables  hé- 
ùraïques,  puisqu'on  voit,  dans  la  Biographie  universelle ,  que  le  vé- 
ritable titre  de  l'ouvrage  de  Clenard  est  Tabula  in  grammaiicam, 
hebrœam.  (Table  sur  la  grammaire  hébraïque.)  Louvain,  1629; 
in-8°.  Celte  nouvelle  édition  du  Dictionnaire]  de  MM.  Chaudon,  De- 
landine et  Prudhomoâe  aura  vingt-cinq  volumes. 

La  réimpression  du  Dictionnaire  de  l'abbé  Ladvocat,   continuée 
jusqu'en  1789,  doit  être  composée  de  huit  volumes;  elle  offre  peu 
d'avantages  et  peu  d'intérêt.  On  ne  remarque  presque  aucune  amé- 
lioration dans  les  articles  :  quant  aux  auteurs  morts  depuis  1789 , 
j    les  éditeurs  renvoient  à  la  Biographie  nouvelle  des  contemporains^ 
l^j^que  publient  MM.  Arnault,  Jay,  Jouy,  de  Norvins,  etc.  Le  public 


4U  LIVRES  FRANÇAIS. 

ne  voit  pas  sans  inquiétude  l'étendue  donnée  à  cette  Biographie  \ 
car  Ifr^ troisième  volume  ne  comprend  que  la  suite  de  la  lettre  B. 
C'est  à  tort  que  le  Dictionnaire  de  Ladvocat  est  présenté ,  sur  le 
frontispice  de  la  nouvelle  édition,  comme  un  abrégé  de  celui  de 
Eayle;  l'auteur  lui-même  ne  se  donnait  que  pour  l'abréviateur  et,  en 
même  tems,  le  correcteur  de  Moveri. 

On  est  beaucoup  plus  satisfait  de  la  réimpression  du  Dictionnaire 
de  Bayle.  Le  format  in-S»  rend  la  lecture  de  cet  important  ouvrage 
beaucoup  plus  commode  ;  il  est  imprimé  avec  soin  et  sur  de  beau 
papier.  Les  additions  de  M.  Beuchot  donnent  pins  d'intérêt  aux  ar- 
ticles qui  les  renferment.  Il  serait  à  souhaiter  qu'elles  fussent  plu* 
nombreuses.  Cette  édition  doit  avoir  seize  volumes ,  et  ne  peut  man- 
quer de  réussir.  Baebikr. 

362. — Système  perfectionné  de  conjugaison  des  verbes  grecs  ^pré- 
senté dans  une  suite  de  tableaux paradigmatiques  ;  par  D.  Frédéric 
Thiessch;  traduit  de  l'allemand,  sur  la  3*  édition,  par  F.  M.  C. 
louaDA,  D.  M.  C.  Paris.  1821.  Thomine  et  Fortîc,  rue  Saint-André- 
deSrArcs,  n»  69.  In-folio.  Prix,  4  fr« 

On  ferait  un  long  catalogue  des  livres  élémentaires  sur  l'ancienne 
langue  des  Grecs.   Celui-ci  n'est   consacré  qu'à  la  conjugaison  des 
verbes  ;  mais  la  résolution  des  formes  les  plus  composées  en  leur^ 
élémens  les  plus  simples,  l'indication  du  rôle  respectif  de  chacune 
de  ces  parties  élémentaires;  un  mécanisme  de  formation  et  de  dé- 
composition   des  tems  assujéti  à    des  lois  constantes,    ou    qui  ne 
peuvent  être  transgressées   que  par  les   exigeances  de   l'euphonie 
hellénique,  principale  législatrice  de  ce  beau  langage  :  tels  sont  les 
moyens  par  lesquels  on  est  parvenu  à  faire,  de  la  théorie  du  verbp 
grec,  une  doctrine  infiniment  plus  régulière  que  celle  qu'on  ensei- 
gnait précédemment.  L'excuse   plausible  de   la   forme   io-folio  de 
l'ouvrage  est  qu'elle  a  été  non  de  choix  ,  mais  d'inévitable  néces- 
sité. Les  excellentes  réflexions  de  l'auteur  à  cette  occasion  laissent 
entendre  aux  maîtres  intelligens,  que  des  exercices  dans  le  genre 
de    ce   travail  seraient  féconds   en   résultats  utiles.  On   désirerait 
surtout  une    esquisse    qui  réunît   en    un    faisceau    coordonné    les 
dialectes  du  grec  ancien  avec  le  grec  moderne  et  les  principales 
yariétés  du  langage   parlé  actuel   de  la  terre   classique.   Occupé , 
4epuis  assez  long-tems,   à  rapprocher  dans  »n  même  ouvrage  tous 
|es  dialectes  slaves  )  je  forme  le  vœu  qu'on  remplisse  cette  lacune 


LIVRES  FRANÇAIS.  625 

dans  noire  littérature.  Probablement,  elle  n'aura  plus  lieu  bientôt 
pour  la  Russie  :  les  événemens  rapprochent  cet  empire  de  la  Grèce 
presque  autant  que  les  mots  slaves  et  grecs  se  confondent  dans 
les  patois  limitrophes.  La  liaison  du  grec  ancien  avec  les  langues 
dont  on  croit  qu'il  dérive  le  plus  directement,  serait  aussi  le  sujet 
d'intéressans  tableaux,  mais  d'une  exécution  moins  factle  que  ceux 
que  j'annonce.  Ces  derniers  sont  imprimés  avec  soin;  cependant 
dès  le  premier,  le  <p  remplace  une  fois  le  Xt  et  une  autre  fois  le  4. 

Fursi  LaisnS. 

263. —  Dictionnaire  des  belles-lettres,  contenant  les  élémens  de 
la  littérature  théorique  et  pratique,  d'après  un  seul  principe,  l'asso- 
ciation des  idées  opérée  dans  le  langage  ou  le  style,  par  le  bon 
emploi  des  quatre  élémens  littéraires;  les  faits,  les  images  y  les 
pensées  et  les  sentijnens,  fournis  par  l'esprit,  l'imagination  ou  la 
mémoire  et  le  génie^  nourris  par  l'étude  ;  élémens  choisis  par  le  bon- 
goût ,  appréciés  par  le  bon  sens ,  et  disposés  par  ordre  pour  at- 
teindre au  noble  but  des  belles-lettres  ;  l'association  des  idées  de 
bonheur  et  de  vertu  ,  principe  appuyé  d'extraits  raisonnes  des  écrits 
didactiques  d'Aristote,  Cicéron,  Horace  ,  Quintilien,  Longin,  Vida, 
Corneille,  les  deux  Racine,  Boileau,  Rollin,  Fénélon,  Bouhours  , 
Le  Bossu,  Batteux,  Condillac,  Dubos,  Trublet,  Fontenelle,  de  Jau- 
court,  d'Alembert ,  Marmontel,  Mallet,  Sulzer ,  Voltaire,  Hugh 
Blair,  Maury,  Buffon,  Laharpe,  Palissot,  Geoffroy,  Cailhava,  Ché- 
nier,  Amar,  Lemercier,  etc.,  avec  des  citations  et  des  exemples  ; 
par  P.  C.  V.  Boistb;  3«  partie»  Varl  d'écrire  et  de  parler  français, 
La  première  partie  se  compose  du  Dictionnaire  universel  %  la  se- 
conde,  àe  nouveaux  principes  i/e  gramma/re,  Paris.  18a  1.  Verdière, 
quai  des  Augustins,  n*  25.  Un  vol.  in-8°  de  4^4  pages.  Prix,  5  fr. 
(L'ouvrage  entier  aura  la  volumes.) 

264. — Nouveaux  mélanges  de  littérature  française  ^  à  l'usage  du 
gymnase  de  Strasbourg,  recueillis  par  Jean  Daniel  Brunneb,  Stras* 
bourg,  1821.  Henri  Heitr,  imprimeur  du  gymnase.  Un  vol.  in-ia  de 
448  pages. 

Ces  mélanges  sont  divisés  en  cinq  parties  :  i»  le  style  èpistolaire, 
a"  le  stjle  dramatique  ,7)°  le  style  historique,  4°  le  style  àidac' 
tique  y  5»  le  style  oratoire.  Cette  division  serait  bonne ,  si  le 
choix  des  exemples  était  Dieilleur.  On  s'étonne  de  voir,  dans  la 
première  partie,  des  lettres  de  remercîmens,  de  félicitations,  de 

ToMU  XII.  40 


620  LIVRES  FRANÇAIS. 

bonne  année;  de  condoléance,  etc.,  qui  rappellent  un  peu  trop 
ces  fades  et  insipides  recueils  où  l'on  trouve  des  demandes  en 
mariage,  des  lettres  aux  cousins,  oncles  et  tantes,  etc.,  et  qui  en- 
seignent l'art  de  correspondre  avec  toute  la  terre,  sans  jamais  y 
mettre  rien  du  sien.  Ces  puérilités  nous  ont  paru  fort  au-dessous 
d'un  livre  destiné  à  l'éducation.  Les  exemples  de  style  dramatique 
sont  pour  la  plupart  empruntés  de  Berquin.  La  partie  des  voyages, 
comprise  dans  la  division  intitulée  Style  historique  ,  manque 
d'ordre  et  de  méthode.  En  général ,  les  citations  ne  sont  pas  très- 
bien  choisies,  surtout  pour  un  OKvrage  destiné  à  faire  connaître  et 
♦pprécier  à  de  jeunes  élèves  les  beautés  de  la  littérature  française. 

L.  S.  B. 

a65, — Obseri^ations  sur  îes  quatre  dernières  Fables  de  La  Fon- 
taine, restées  jusqu'ici  sans  commentaire;  par  MM.  Sélis,  Dblili.e 
et  lA  Harpe  ,  recueillies  par  J.  B.  Gail;  avec  spécimen  des  écritures 
de  La  Fontaine  et  de  ses  commentateurs ,  Delille  Sélis  ,  Champfort 
et  La  Harpe  ;  pour  servir  de  suite  à  l'ouvrage  de  J.  B.  Gail ,  intitulé  : 
les  Trois  Fabulistes  ,  et  à  toutes  les  éditions  in-8*  de  La  Fontaine. 
Paris,  1821.  Gail  neveu,  collège  royal, place  Cambray,  Dufart,  1821; 
in-8<*  VIII  et  199  p.  Prix,  5  francs,  et  6  francs  par  la  poste. 

Le  titre  détaillé  de  ce  volume  suffit  pour  le  recommander  vive- 
ment à  la  curiosité  publique.  Le  spccimen  de  l'écriture  de  La  Fon- 
taine est  extrait  d'un  manuscrit  de  la  bibliothèque  du  roi,  où  se 
trouve  la  tragédie  à' Achille^  par  La  Fontaine  ;  on  lit  ^  sur  la  même 
feuille,  le  spécimen  d'une  note  de  l'abbé  Sallier,  l'un  des  prédé- 
cesseurs de  M.  Gail  à  la  bibliothèque  et  à  l'académie  des  inscrip- 
tions. Ce  volume  ne  peut  manquer  d'être  favorablement  accueilli 
par  les  amateurs  de  la  saine  littérature  ;  il  sera  surtout  utile  aux 
professeurs  de  rhétorique  et  d'humanités ,  à  qui  un  commentaire 
sur  les  quatre  dernières  fables  de  La  Fontaine  avait  manqué  jus- 
qu'ici. Les  Trois  Fabulistes,  auxquels  l'ouvrage  que  nous  annonçons 
fait  suite,  forment  4  vol.  in-S".  T.  I*',  Esope,  grec-iïançais-latin  ; 
T.  II,  Phèdre,  latin-français,  avec  notes;  T.  III  tlW ,  La  Fontaine^ 
avec  notes  de  Chamfort.  Prix ,  20  fr. ,  aux  adresses  ci-dessus. 

X. 
a66.  —  Discours  prononcé  par  MM.  Villkmain  et  Roceb  ,  à  l'aca- 
démie française  ,  le    28  juin    1^21.  Paris,  i8ai.  Madame  Scignot  ^ 
quai  Saint  Michel;  in  8°  de  68  pag«$.  Prix  a  fr. ,  et  a  fr.  5o  c.  |»ir  la 
poste. 


LIVRES  FRANÇAIS.  627 

Les  journaux  ont  parlé,  dans  le  tcms,  de  la  séance  où  M.  VilJ«- 
main  vint  occuper  le  fauteuil  de  M.  de  Fontanes.  L'orateur  sut  prou- 
ver, devant  une  brillante  assemblée,  la  légitimité  de  sa  nomination, 
en  déployant  toutes  les  grâces  d'un  style  harmonieux  et  brillant , 
d'une  élocution  élégante  et  flexible,  d'un  coloris  pur  et  animé.  Il  pa- 
raît que  l'édition  officielle  de  son  discours  (chez  F.  Didot,  imprimeur 
de  t Institut  ,  in-4°  )  n'a  point  suffi  à  l'empressement  du  public  , 
puisqu'un  libraire  en  oflre  aujourd'hui  une  réimpression^  dans  le  for- 
mat in-8°,  qui  conviendra  mieux  à  plusieurs  bibliothèques.       X. 

267. — Lettres  diverses  recueillies  en  Suisse,  parM.  Fe do r  Go toytKiif , 
accompagnées  de  notes  et  d'éclaircissemens,  Paris  ,  1821.  Paschoud, 
rue  de  Seine,  n».  48  ;  Genève, même  maison  de  commerce.  Un  vol. 
in-S*".  de  424  pages.  Prix,  5  fr.,  et  par  la  poste  6  fr.  25  c. 

Les  lettres  que  je  publie ,  dit  M.  Golowkin  dans  sa  préface ,  ne 
présentent  que  peu  d'intérêt,  elles  n'apprennent  rien  de  nouveau; 
les  personnage."  qui  vont  reparaître  sur  la  scène  sont  connus.  Dans 
cet  aveu  de  l'auteur ,  est  renfermé  le  jugement  qu'on  doit  porter  sur 
son  ouvrage.  Non  seulement  ces  lettres  n'apprennent  rien  de  nou- 
veau ,  mais  elles  sont  remplies,  pour  la  plupart  ,  de  détails  insigni- 
lians  et  puérils,  qu'on  supprime  ordinairement  dans  une  correspon- 
dance offerte  au  public.   En  général ,  on  ne  saurait  assez  déplorer 
la  manie  que  l'on  a,  depuis  quelque  tems,  de  tirer  de  l'oubli  tout  ce 
qui  devrait  y  rester.  Fontenelle  disait,  avec  raison,  qu'il  n'y  avait  pas 
de  héros  pour  son  valet  de  chambre.  Voltaire  semblait  aussi  avoir 
pressenti  le  tort  que  lui  feraient ,  après  sa  mort,  les  infatigables  édi- 
teurs de  sa    correspondance.  Il  sentait  qu'au  milieu  des  petites  tra- 
casseries de  la  vie  ,  le  grand  homme  s'éclipse  souvent  pour  faire  place 
à  l'homme  ordinaire.  Quelques  billets  de  lui,  adressés  à  des  habî- 
tans  de  Genève  et  de  Lausanne,  et  relatifs  à  une  acquisition  de  terre 
qu'il  voulait  faire  en  Suisse ,  servent  à  grossir  le  volume  que  nous 
annonçons  ,  sans  rien  ajouter  à  son  mérite.  Les  lettres  d'une  demoi- 
selle de   Chabot  le   commencent.   Des    prétentions  à    l'esprit ,  un 
style  amphigourique   et  toujours  guindé^  ne  justifient  pas  le  choix 
qu'on  en  a  fait.  Les  notes  de  l'éditeur  contiennent  la  généalogie  de 
toutes  les  familles  suisses  qui  sont  nommées  dans  cette  correspon- 
dance ;  nous  laissons  à  juger  l'intérêt  qu'elles  peuvent  avoir.  L.  S.  B- 
268.  —  (Buures  de  Tibulle  ,  de  Catulle  et  de  Properce ^  traduit» 
en  vers  français  ,  avec  le  texte  en  regard;  par  M.  C,  L.  Mollkvawt, 


628  LIVRES  FRANÇAIS. 

membre  de  l'Institut  de  France.  Paris,  1821.  Arthus  Bertrand,  me 
Hautefeuille ,  n"  a3.  3  vol.  in-j8.  Prix,  3  fr.  le  vol. 

269.  —  Élégies;  par  MottBvAPT.  Paris,  1821.  Chez  le  même. 
In-18.  Prix,  3  fr. 

jyo.  —  Poésies  diverses  ;  par  Mollevaut.  Paris,  1821.  Lelong,  «u 
Palais-Royal ,  galerie  de  bois  ,  n»  233.  In-i8.  Prix,  3  fr. ,  et  3  fr.  5o  c. 
par  la  poste. 

M.  Mollevaut  a  entrepris  une  tâche  difiGcile,  en  essayant  de  nous 
faire  connaître  les  élégiaques  latins  par  des  traductions  en  vers.  Les 
siens  manquent  souvent  de  verve,  et  Ton  n'y  trouve  ,  au  lieu  du  na- 
turel facile  de  Tibulle,  et  de  la  véhémence  impétueuse  de  Properce , 
que  les  traces  du  travail  et  des  efforts  presque  toujours  infructueux  du 
traducteur.  Il  est  encore  moins  heureux  dans  Catulle ,  dont  il  efface 
souvent  les  grâces.  Nous  ne  voulons  pas  soutenir  une  pareille  accu- 
sation sans  preuve  ,  et  nous  mettrons  sous  les  yeux  du  lecteur  des 
passages  pris  au  hasard  dans  ces  différentes  traductions. 

Tous  les  amateurs  de  la  poésie  latine  connaissent  VÉpithalame  de 
Julie  et  de  Mallius ,  de  Catulle  j  ils  savent  par  cœur  cette  strophe 
pleine  de  délicatesse  et  de  charmes  : 

Torguatus  voîo paruulus 
Matris  è  gremio  suœ 
Porrigens  teneras  manus , 
Dulce  rideat  adpalrem 
Semihianle  labello. 

Voici  comment  M.  Mollevaut  l'a  rendue  en  vers  français  : 

Ce  fils,  sur  le  sein  de  sa  mère, 
Autel  de  ses  jeunes  ébats , 
Sourit  doucement  à  son  père. 
Et  tend  vers  lui  ses  faibles  bras. 

Ce  passage  n'est  pas  le  seul  où  l'auteur  emploie  des  métaphores 
bizarres  et  forcées  ;  il  lei  emprunte  quelquefois  à  l'original ,  et  les 
transporte  mal  à  propos  dans  notre  langue.  Nous  citerons  ce  vers 
pour  exemple ,  il  est  tiré  des  Noces  de  Thélis  et  de  Pelée  : 

Qu'attachée  à  tes  mâts  ,  la  pourpre  d'Ibérie 
De  mon  ame  brûlante  atteste  V incendie. 

Ce  poème  célèbre  est  un  de  ceux  où  le  traducteur  est  resté  le  plus 
loin  de  son  modèle.  Ce  n'est  qu'une  pâle  copie  du  style  brillant  et 


LIVUES  FRANÇAIS.  629 

passionné  de  Catulle.  On  y  trouve  des  cacoplionies  tjuc  l'auteur 
semble  prendre  pour  de  l'harmonie  imitative  : 

Le  rauque  corntt  s^enjle  et  sourdement  bourdonne  , 
Et  le  fifre  aigu  siffle^  et  le  tambour  résonne. 

Après  avoir  fait  la  part  de  la  critique,  la  justice  veut  que  nous 
disions  qu'il  y  a  quelques  morceaux  qui  ne  sont  pas  sans  mérite: 
comme  les  vers  à  Lesbie,  ceux  à  Hortulatus  et  la  pièce  de  vers  sur 
Aimé  et  Septime,  dans  Catulle.  Une  partie  de  la  i"  élégie  du  Liv.  I, 
delà  4"  du  Liv.  II,  et  de  la  5«  du  même  Liv.,  dans  Tibulle;  enfin, 
dans  Properce ,  quelques  passages  du  Peruigilium  Veneris.  Dans  ces 
morceaux,  le  style,  sans  être  exempt  de  taches,  a  cependant  plus 
de  naturel  et  de  grâce. 

Nous  n'avons  que  peu  de  chose  à  dire  des  Elégies  et  des  Poésies 
diverses  de  M.  Mollevaut.  On  y  retrouve  le  même  style  que  dans  ses 
traductions.  L'auteur  annonce  qu'il  va  publier  incessamment  une 
traduction  en  vers  de  l'Enéide  ;  nous  ne  pouvons  parler  d'un  travail 
que  nous  ne  connaissons  pas.  Nous  savons  seulement  que  Delille  a 
échoué  dans  une  partie  de  ce  poème ,  et  qu'il  a  rendu  l'autre  avec 
un  talent  digne  du  premier  des  poètes  latins ,  contre  lequel  il  luttait. 

A.  T. 

271.  — Hommages  poétiques  à  La  Fontaine.  Choix  de  pièces  en 
vers ,  composées  en  l'honneur  de  ce  fabuliste ,  par  J.-B.  Rousseau  , 
L.  Racine,  Voltaire,  Marmontel ,  Delille  ,  Bouflers,  Imbert,  Le 
Monnier,  Ducis,  Collin  d'Harleville  ,  Legouvé  ,  etc.  ;  accompagné 
de  notes  biographiques  et  d'anecdotes  littéraires,  par  M.  Le  Bailly, 
avec  cette  épigraphe  : 

Loin  d'épuiser  une  matière  , 

Il  n'en  faut  prendre  que  la  fleur.     La  Fortaike. 

Paris,   1821.    Nepveu  ,  passage  des  Panoramas,  n»   26;  in- 18   de 
1 72  pages.  Prix  ,  5  francs. 

Nous  croyons  que  M.  Le  Bailly  n'a  pas  été  fidèle  au  plan  qu'an- 
nonçait l'épigraphe  qu'il  a  choisie.  En  effet ,  il  n'a  rien  voulu  laisser 
échapper  de  ce  qui  pouvait  paraître  se  rattacher  en  quelque  chose  à 
son  sujet.  Aux  noms  déjà  mentionnés  dans  le  titre  de  ce  recueil ,  il 
en  a  joint  d'autres  qui  appartiennent  à  des  auteurs  fort  estimables 
sans  doute, mais  dont  les  productions  rappelées  n'ont  souvent  qu'un 
rapport  bien  faible  ou  bien  indirect  avec  l'éloge  du  fabuliste,   J*ar 


(530  LIVRES  FRANÇAIS. 

exemple  ,  M.  Armand  Gouffé,  chansonnier  très-aimable  et  très-spi- 
rituel du  reste  ,  ne  s'attendait  guère  ,  probablement,  à  voir  figurer, 
dans  les  Hommages  poétiques  à  La  Fontaine,  un  couplet  où  le  nom 
du  bonhomme  n'est  amené  que  pour  faire  un  jeu  de  mot.  Ce  qui  paraît 
mériter  le  plus  d'éloges,  c'est  la  modestie  de  l'auteur  ,  qui   ne  lui  a 
pas  permis  de  placer  dans  ce  recueil  une  seule  de  ses  productions. 
Cependant  ,  plusieurs  fables  de  M.  Le  Bailly  seraient,  selon  nous  ; 
un  hommage  bien  plus  agréable  à  La  Fontaine,  et  plus  digne  de  lui, 
que  la  plupart  des  pièces  qu'on  trouve  dans  ce  recueil.  Tel  qu'il  est 
toutefois,  nous  le  recommandons  aux  personnes  qui  désirent  donner 
des  livres  en  étrennes.  Bien  des  recueils  de  poésies  ne  le  valent  pas. 

E.  Héreau. 
372. — La  Reliure,  poème  didactique ,  en  six  chants,  par  M.  LBSui. 
Paris,  1820.  Se  vend  chez  l'auteur,  relieur,  rue  de  Tournon,  n»  x5. 
1  vol.  in-8*.  Prix,  4  fr.,  et  franc  de  port  5  fr. 

En  dépit  de  ses  détracteurs,  la  poésie  française  étend  encore  son 
domaine.  Après  avoir  chanté  les  arts  libéraux,  elle  s'empare  des 
arts  mécaniques.  Le  poème  que  nous  annonçons  est  uniquement 
consacré  à  donner  des  préceptes  sur  la  reliure.  L'auteur,  après  avoir 
établi  l'origine  présumée  de  l'art,  après  avoir  parlé  de  ses  progrès, 
de  sa  décadence,  et  des  nouveaux  progrès  qu'il  a  faits,  de  nos 
jours ,  décrit  les  différens  procédés  de  la  reliure.  M.  Lesné  ne  s'est 
pas  borné  à  chanter  son  art  ;  il  a  voulu  le  perfectionner.  Il  a  ajouté 
à  son  poème  des  notes  qui,  dit-il,  ne  se  liront  peut-être  pas,  et 
nous  croyons  qu'en  cela  il  s'est  trompé  ;  car  nous  pensons  que  ses 
notes  sont  très-instructives  pour  les  ouvriers  qui  cherchent  à  se 
perfectionner  dans  un  art  que  tant  de  gens  pratiquent  si  mal.  A 
la  suite  de  ce  poème  .  on  trouve  un  mémoire  du  même  auteur,  re- 
latif à  des  moyens  de  perfectionnement,  propres  à  conserver  les 
reliures  pendant  plusieurs  siècles.  L'auteur  a  soumis ,  en  i8iS,ce 
mémoire  à  la  Société  d'encouragement ,  qui  chargea  une  commission 
de  l'examiner.  Les  commissaires  ,  après  avoir  examiné  les  procédés 
de  M.  Lesné,  s'expliquent  ainsi:  Nous  pensons  que  M.  Lesné ^ 
par  ces  divers  perfeclionnemens ,  est  parvenu  à  rendre  les  reliures 
moins  sujettes  à  se  déformer,  et  particulièrement  à  leur  doAner  une 
solidité  capable  d^ égaler  la  durée  des  ouvrages  précieux  qu'elles 
sont  destinées  à  conserver  :  ils  en  recommandent  môme  l'usage 
pour  les  bibliothèques  publiques,  dépendant,  uuus  uc  sommes  pas 


UVllES  FRAi^ÇAlS.  631 

lou}ours  de  l'avis  de  M.  Lesné,  qui  pense  que,  parce  ^ju'il  e«t  pas- 
sionné pour  son  état,  d'autres  peuvent  l'être  au  même  point  pour 
le  leur,  et  le  décrire  en  vers,  afin  d'en  donner  des  principes  qui 
puissent  être  retenus  sans  peine.  Nous  croyons  que  c'est  une  tâche 
très-difBcile  à  remplir,  et  que  ,  si  ce  ^e  fantaisie  prenait  à  beaucoup 
d'ouvriers,  nous  serions  inondés  d'u^,R  foule  de  méchans  poèmes. 
Tous  les  ouvriers  ne  sont  pas  susceptib  es  de  remplacer  les  études 
et  l'érudition  ,  par  un  bon  sens  naturel  qui  leur  sert  de  poétique  , 
comme  l'ont  fait  fait  Maître  Adam,  Maître  André  et  M.  Lesné. 

273.  —  Le  Rappel.  A  ceux  de  mes  anciens  compagnons  d'armes 
qui  languissent  dans  l'oisiveté,  ou  qui  ont  volontairement  quitté  la 
France;  par  ^/z/o/zze  Béraud.  Paris,  1821.  A  la  librairie  nationale  et 
étrangère  ,  quai  des  Augustins  ,  11°  17.  In-8°  d'une  feuille  d'im- 
pression. Prix  ,  1  fr. 

Cette  épître,  d'un  homme  déjà  connu  par  quelques  productions  cil 
respire  l'amour  le  plus  pur  de  la  patiùe  ,  ne  peut  qu'ajouter  à  la  ré- 
putation de  son  auteur.  Elle  est  pleine  de  sentimens  nobles  et  géné- 
reux ,  exprimés  avec  une  mâle  énergie.  C'est  surtout  lorsqu'il  veut 
disculper  ses  compagnons  d'armes  du  reproche  d'avoir  contribué  à 
asservir  la  France  ,  que  M.  Béraud  emploie  cette  éloquence  du  cœur 
qui  po  rte  avec  elle  la  conviction.  On  m'a  vu  ,  dit-il  à  la  France, 

On  m'a  vu  ton  soldat ,  et  non  celui  d'un  maître  ; 
Plébéien,  vers  les  camps  par  la  gloire  emporté  , 
Je  demandai  la  gloire  avec  la  liberté. 
La  liberté  ,  long-tems,  loin  de  ton  sol  immense  , 
S'exila  ?...  Dans  les  camps  j'ignorai  son  absence  ; 
Et  lorsqu'on  t'enchaînait  aux  lauriers  de  tes  fils  , 
J'admirais  à  tes  pieds  Vienne  et  Rome  et  Memphis  ; 
Et  je  te  croyais  libre  ,  en  te  voyant  si  belle  l 

Je  crois  impossible  d'oublier  ce  dernier  vers,  une  fois  qu'on  1'*  ï" 
DU  entendu  ;  mais  si  l'amour  de  la  gloire  permet  de  se  faire  illusion  à 
ce  point ,  combien  est  coupable  celui  qui  abuse  de  cette  noble  con- 
fiance pour  asservir  son  paysl  E.  HiiaKAU. 

374. —  Éloge  de  Malesherhes ,  par  M.  Honoré  Dumont,  de 
Coutances;  ouvrage  qui  a  concouru  pour  le  prix  de  poésie  décerné 
par  l'académie  française ,  dans  sa    séance    publique    du  aJ   août. 


632  LIVRES  FRANÇAIS. 

Paris,  1821.  Delaunay,  au  Palais-Royal.  Brochure  in-S»  de  plu» 
de  600  vers.  Prix  ,  1  fr. 

îVous  avons  entendu  beaucoup  de  personnes  improuver  le  juge- 
ment de  l'académie,  qui  a  couronné,  dans  sa  séance  annuelle  du 
jour  de  la  Saint-Louis,  l'Ode  de  M.  Gaulmier.  Mais,  si  nous  avons 
partagé  l'opinion  publique  relativement  à  cette  ode,  qui  a  été  trou- 
vée généralement  au-dessous  de  son  sujet,  du  moins  devons  nous 
dire  que  toutes  celles  que  les  concurrens  de  M.  Gaulmier  ont  cru 
devoir  publier,  et  qui  sont  parvenues  à  notre  connaissance,  sont 
très-inférieures  encore  à  la  pièce  couronnée.  Celle  de  M.  Dumont 
ne   mérite  pas  de  faire  exception.  E.   H, 

275.  —  Ode  sur  la  déliprance  delà  Grèce,  par  M.  Bebt.  Paris,  1821. 
Ambroise  Tardieu,  rue  du  Battoir,  n"  12  ;  ïn-S"  de  6  p.  Prix,  4o  c. 

Les  muses  françaises  ne  sont  point  restées  insensibles  aux  malheurs 
de  la  Grèce;  elles  ont  déploré  les  ravages  de  cet  antique  berceau 
des  poétiques  inspirations  et  de  tous  les  arts,  enfans  de  l'imagination, 
et  elles  ont  animé  les  vaillans  Hellènes  pour  la  conquête  de  leur 
liberté.  Parmi  les  chants  qu'elles  ont  fait  entendre,  nous  avons 
remarqué  l'Ode  de  M.  Bert.  Sans  doute ,  de  tous  les  ouvrages  de 
poésies,  l'ode  est  le  moins  susceptible  d'analyse,  et  l'espace  qui 
nous  est  accordé  ne  comporte  pas  les  citations.  Nous  nous  bornerons 
à  recommander  à  nos  lecteurs  ces  vers  purs ,  élégans^  harmonieux  , 
où  la  richesse  des  rimes  s'allie  toujours  à  la  justesse  de  la  pensée.  La 
déliprance  de  la  Grèce  est  un  sujet  si  vaste  qu'on  ne  trouvera  peut- 
être  pas  dans  cette  pièce  tout  ce  que  l'imagination  se  promet;  mais 
c'est  à  l'ode,  surtout,  qu'il  convient  d'appliquer  le  précepte  du 
goût,  qui  nous  défend  d'épuiser  une  matière,  et  nous  prescrit  de 
n'en  prendre  que  la  fleur.  M.  A. 

276. — Lettres  portu<yaises  ;  nouvelle  édition  ,  revue  et  corrigée  sur 
la  première.  Paris,  1821.  Kleffer,  rue  d'Enfer-Saint-Michel  ,  n»  2. 
In-18  de  xxj  et  iSa  pages.  Prix  ,  i  fr.  25  c. 

Un  des  plus  grands  paradoxes  de  J.-J.  Rousseau  est  celui  que 
l'on  trouve  daus  une  de  ses  lettres  à  d'Alembert ,  où  il  dit ,  en  par- 
lant des  femmes  :  a  Ce  feu  céleste  qui  échauffe  et  embrase  l'ame , 
ce  génie  qui  consume  et  dévore,  cette  brûlante  éloquence,  ces 
transports  sublimes  qui  portent  leurs  ravissemens  jusqu'au  fond 
des  coeurs,  manquejont  toujours  à  leurs  écrits  ;  ils  sont  froids  et  jolis 
comme  elles;  ils  auront  autant  d'esprit  que  vous  voud  cr.  janiaii»  d'ame. 


S 


LIVllliS  FRANÇAIS.  G^3 

ils  seraient  cent  fois  plutôt  sensés  que  passionnés.  Elias  ne  sap'ent 
ni  décrire  ni  sentir  l'amour  même...»  La  seule  Sapho,  que  je  sache, 
ajoute-t-il,  et  une  autre  méritent  d'être  exceptées.  Je  parierais  tout 
au  monde  que  les  Lettres  portugaises  ont  été  écrites  par  un  homme.* 
Aujourd'hui  qu'il  est  bien  reconnu,  au  contraire,  que  ces  lettres 
ont  été  écrites,  en  langue  portugaise,  par  une  religieuse  ou  cha- 
noinesse  de  Lisbonne,  voilà,  de  l'aveu  même  de  Rousseau,  une 
troisième  exception ,  à  laquelle  nous  ne  serions  pas  embarrassés  d'en 
ajouter  tant  d'autres,  que  nous  pourrions  déduire  de  leur  nombre 
une  règle  toute  contraire  à  celle  que  le  philosophe  de  Genève 
croyait  établie  par  la  nature.  Mais  ne  nous  étonnons  point  de  son 
erreur;  madame  de  Warens,  auprès  de  laquelle  Rousseau  a  passé 
une  partie  de  sa  jeunesse^  a  pu  la  faire  naître;  et  Thérèse,  cette 
compagne  indigne  de  lui  sous  tant  de  rapports,  a  dû  nécessairement 
la  nourrir.  Plaignons  l'auteur  d'Héloïse  de  n'avoir  point  rencontré 
celle  dont  son  imagination  ardente  s'était  créé  un  modèle  si  sédui- 
sant, et  félicitons-nous-en  pour  la  gloire  des  Letti-es;  il  l'eût  aimée, 
il  eût  joui  de  son  bonheur,  et  son  génie  ne  se  fût  peut-être  jamais 
révélé.  En  effet,  les  passions  ont  toujours  jilus  de  force  en  raison 
des  obstacles  qu'elles  rencontrent  ;  et  qu'est-ce  que  le  génie ,  si  ce 
n'est  l'essence  la  plus  pure  des  passions  ?  S'il  nous  fallait  des  preuves 
de  ce  que  nous  avançons ,  nous  n'irions  pas  les  chercher  bien  loin, 
et  nous  les  puiserions  dans  l'ouvrage  même  que  nous  recomman- 
dons à  l'attention  de  nos  lecteurs.  Quelle  grâce,  quelle  délicatesse, 
quel  charme  inconcevable,  dans  la  première  partie  de  ces  Lettres, 
où  l'héroïne,  tout  entière  à  l'espérance ,  ne  semble  occupée  que 
d'un  seul  sentiment ,  d'un  seul  désir ,  celui  «  d'immoler  tout  le 
plaisir  de  sa  vie  à  un  instant  de  plaisir  pour  l'objet  aimé  !  »  Plus 
tard ,  quelle  éloquence ,  quel  feu ,  lorsqu'elle  cherche  à  exciter  sa 
jalousie  et  qu'elle  se  plaint  de  sa  tranquillité,  à  l'aspect  d'apparences 
dont  les  plus  légères,  de  la  part  de  son  amant,  suffiraient  pour  al- 
lumer en  elle  le  soupçon  et  la  rage  !  Enfin,  quelle  véhémence,  quels 
accens  tumultueux  d'une  passion  délirante ,  augmentée  encore  en 
elle  par  la  solitude  et  la  dévotion  ,  quand  elle  acquiert  la  trop  funeste 
certitude  qu'elle  n'a  plus  qu'à  mourir,  sans  que  ce  dernier  sacrifice 
puisse  même  être  apprécié  par  l'ingrat  qui  la  trahit  et  qui  l'aban- 
donne !  Pourquoi  faut-il  que  l'auteur  d'une  passion  aussi  forte  en 
ait  été  si  peu  digne  ?...  «  C'était,  dit  Saint-Simon  dans  ses  Mémoires^ 


63A  LIVKES  FRANÇAIS 

«n  gros  et  grand  homme ,  le  meilleur,  le  plus  brave ,  et  le  piusïtl  m  pli 
d'honneur,  mais  si  bête  et  si  lourd,  qu'on  ne  comprenait  pas  qu'il 
eût  quelque  talent  pour  la  guerre.  A  le  voir,  à  l'entendre  ,  on  n'au- 
rait jamais  pu  se  persuader  qu'il  eût  inspiré  un  amour  aussi  dé- 
mesuré que  celui  qui  est  l'ame  de  ces  fameuses  Lettres  portugaises, 
ni  même  qu'il  eût  écrit  les  réponses  à  cette  religieuse  »,  réponses 
tellement  triviales  cependant  que  l'éditeur  de  cette  nouvelle  édi- 
tion a  cru  devoir  les  rejeter,  comme  déparant  l'ouvrage. 

£.  Hebeac. 

277.  —  Tja  Polonaise ,  ou  l'Instinct  du  cœur,  roman  traduit  du 
polonais,  de  la  princesse  W*",  par  madame  NAKWASKA.Paris,,  1821. 
Guillaume  et  compagnie  ,  rue  Hautefeuille ,  n»  14.  2  vol.  in-12  , 
Prix,  5  fr. 

Malvina,  comme  la  plupart  des  héroïnes  de  roman,  mariée,  à 
l'âge  de  quatorze  ans  ,  à  un  homme  qu'elle  n'aimait  point  et  qu'elle 
n'avait  accepté  que  pour  céder  aux  vœux  de  sa  famille,  est  bientôt 
devenue  veuve.  Retirée  à  la  campagne,  el'e  y  vit ,  sans  trouble  et 
sans  désirs,  dans  la  société  d'une  sœur  plus  jeune  qu'elle,  et  d'une 
tante.  Un  incendie  terrible  ,  qui  se  déclare  dans  le  village  qu'elle 
habite,  met  à  découvert  sa  belle  ame.  Accourue  sur  les  lieux  témoins 
de  cette  scène  désastreuse,  elle  est  entrée  dans  une  maison  pour  sau- 
ver un  pauvre  enfant  dont  les  cris  se  font  entendre  ;  elle  va  être 
elle-même  victime  de  son  dévouement,  lorsqu'un  jeune  étranger, 
s'élançant  au  milieu  des  flammes,  parvient  à  l'en  retirer^  et  retourne 
vers  l'enfant,  qu'il  a  le  bonheur  de  sauver.  Ce  généreux  libérateur 
l'efuse  de  se  faire  connaître,  et  va  se  retirer  ;  mais  une  blessure  que 
lui  a  faite  au  bras  une  poutre  embrasée,  blessure  que  Malvina  re- 
marque la  première,  le  décidé  à  céder  aux  instances  réitérées  qu'elle 
lui  fait  d'accepter  un  asile  chez  elle.  Grâce  aux  soins  du  médecin  de 
la  maison  ,  la  blessure  de  Ludomir  est  bientôt  sans  danger  ;  mais  les 
yeux  de  Malvina  en  ont  fait  une  «utre  qu'elle  seule  peut  guérir.  De  son 
côté,  elle  n'est  point  restée  insensible  au  mérite  du  jeune  inconnu; 
bientôt  leurs  cœurs  sont  d'accord,  bientôt  leur  bouche  a  parlé,  et 
ils  ont  échangé  les  aveux  les  plus  doux.  Ludomir  n'a  qu'un  mot  à 
dire  pour  être  l'heureux  époux  de  Malvina  :  soudain ,  il  prend  la 
résolution  de  la  fuir;  ce  qu'il  exécute,  en  lui  laissant  une  lettre, 
dans  laquelle  il  lui  dit;  o  Ludomir  infortuné  est  indigne  de  vous — 
Veuillez  croire  que  le  mystère  dont  je  m'enveloppe  ne  recèle  aucun 


LIVRES  IKAINÇAIS.  633 

crime,  el  dans  aucune  circonstance,  ne  cherchez  jamais  à  sou- 
lever le  voile  qui  couvre  mon  existence.*  Jusqu'ici,  il  n*ya  rien  , 
dans  Touvi'age  ,  que  de  très-ordinaire  et  que  l'on  n'ait  lu  dans 
mille  autres  romans  ;  mais  ce  qui  est  entièrement  neuf,  ce  qui  appar- 
tient exclusivement  à  l'auteur,  c'est  le  ressort  employé  pour  prolon- 
ger cette  intrigue  amoureuse.  Malvî^na,  dans  l'intention  de  se  dis- 
traire ,  part  pour  Varsovie.  Elle  y  arrive,  dans  la  saison  des  bals 
et  des  fêtes.  A  peine  est-elle  dans  cette  ville,  qu'elle  entend  parler 
partout  d'un  certain  prince  de  Melstyn,  qui  est  attendu  avec  im- 
patience. Ce  prince  est  l'ame  de  toutes  les  sociétés,  l'idole  de 
toutes  les  femmes ,  qui  se  disputent  sa  conquête.  Il  paraît  enfin 
aux  yeux  de  Malvina ,  qui  reconnaît  aussitôt  en  lui  son  cher  Lu- 
domir,  mais  qui  demeure  surprise  de  l'accueil  simplement  galant 
qu'elle  en  reçoit.  Peu  à  peu,  les  soupçons  d'inconstance  qui  ont 

'  trouvé  place  dans  son  cœur,  s'évanouissent,  lorsqu'elle  voit  le  prince 
rechercher  son  entretien,  et  lui  témoigner  une  préférence  mar- 
quée sur  toutes  les  autres  femmes   de  la  société.  Cependant,  son 

.air  léger,  ses  manières  enjouées  contrastent  singulièrement  avec 
l'air  mélancolique  qu'elle  lui  a  connu  auparavant.  Bientôt,  le 
cœur  de  Malvina  a  distingué  deux  Ludomir,  celui  qui  l'a  secou- 
rue et  qui  s'est  séparé  d'elle  d'une  manière  aussi  mystérieuse , 
«t  celui  dont  la  tendresse  ne  lui  paraît  qu'une  galanterie  étudiée, 
et  pour  lequel  elle  sent  chaque  jour  diminuer  son  premier  amour. 
Sur  ces  entrefaites,  la  guerre  s'est  déclarée,  et  le  prince  de  Melstyn, 
avant  de  partir  pour  l'armée,  presse  Malvina  de  lui  donner  sa 
main.  Attendrie  par  l'image  des  dangers  qu'il  va  ceurir,  elle  cherche 
à  surmonter  la  répugnance  secrète  qu'elle  éprouve  à  le  satisfaire. 
«Prince.,  lui  dit-elle,  à  votre  retour....»  Mais  un  cri  perçant  in- 
terrompt ces  paroles ,  et  une  apparition  extraordinaire  prive  Mal- 
vina de  l'usage  de  ses  sens<  Elle  vient  tout -à -coup  d'apercevoir 
une  seconde  image  de  Ludomir,  portant  l'empreinte  de  l'horreur 
et  du  désespoir,  et  qui  traverse  rapidement  le  lieu  où  elle  se  trouve 
avec  le  prince  de  Melstyn.  Est-ce  une  illusion ,  est-ce  le  rêve  d'une 
imagination  exaltée,  ou  existe-t-il  réellement  deux  Ludomir?.... 
C'est  une  énigme  que  nous  laissons  à  deviner  aux  lecteurs ,  et 
dont  probablement  ils  n'auront  la  clef  que  lorsqu'ils  seront  par- 
venus aux  derniers  chapitres  de  l'ouvrage.  Mais  nous  craignons 
qu'alors  ils  ne  pensent  comme  nous,  et  ne  trouvent  les  moyens 


Q26  LIVRES  FKANÇAIS. 

qui  ont  servi  de  base  à  l'auteur,  trop  forcés   et  trop  invraisem- 
blables. £.  HéaEAu. 

278. — (Euures  de  L.  B.  Picard.  T.  V  du  Théâtre.  "Paris  ^  1821. 
Barba  ,  au  Palais-Royal;  in-S*  de  494  pages.  Prix,  7  fr.  (Voy.  ci- 
dessus,  pag.  4iSJ' 

Ce  volume  renferme  cinq  comédies  en  prose  :  la  Noce  sans 
mariage  et  les  3Iarionnettes ^  en  cinq  actes;  les  Filles  à  marier 
et  la  Manie  de  briller,  en  trois,  et  les  Ricochets  en  un  acte. 
Il  est  orné  du  portrait  de  l'auteur;  mais  l'éditeur  avertit  qu'ayant 
été  trompé  dans  J'exécution ,  il  le  fait  recommencer ,  et  le  livrera 
gratis,  avec  la  dernière  livraison.  Celle-ci  est  la  septième. 

279. — Elrennes  d'économie  rurale  et  domestique  pour  l'an- 
née 1822 ,  contenant  des  anecdotes ,  des  morceaux  d'agriculture  , 
de  morale,  de  médecine,  de  pharmacie,  etc.  Paris.  Raynal,  rue 
Pavée-Saint-André-des-Arcs,  n°  i3.  Un  vol  in-i8  de  près  de  200  p. 
Prix,  1  fr.  25   cent.,   et  1  fr.  5o  c.  par  la  poste. 

280. — Étrennes  libérales,  pour  l'année  1822.  Paris.  Raynal,  rue 
Pavée- Saint- André-des- Arcs,  n°  i3.  Un  vol.  in-16  de  plus  de  200  p. , 
imprimé  sur  très-beau  papier  et  orné  d'un  joli  portrait  de  M.  Du- 
pont de  VEure.  Prix  ;  2  francs  5o  cent. ,  et  5  fr.  par  la  poste. 

28i(*). — Description  de  l'Egypte. — Vingtième  livbaisow. — Anti- 
quités. Vol.  lypL  66.  Vue  d'El-Kâb ,  l'ancienne  Eléthya. —  Vol.  1, 
pi.  33.  Cette  planche  est  destinée  à  faire  connaître  l'escalier  nilo- 
métrique  pratiqué  à  Éléphantine  ,  derrière  le  quai  du  levant.  — 
Vol.  i,pL  76.  Six  chapiteaux  du  portique  d'Esné.  —  Etat  moderne. 
Vol.,  1,  pi.  18.  Vue  de  l'emplacement  du  Vieux-Kaire,  situé  non 
loin  de  l'ancienne  Babylone,  et  de  l'aquéduc  qui  porte  les  eaux 
à  la  citadelle.  —  Histoire  naturelle.  —  Mammifères ,  pi.  5.  Deux 
espèces  de  rats  d'Egypte  avec  le  hérisson. 

— Vingt-unième  LivaAisoii. — Antiquités.  Vol.  i,pl'  25.  Vue  d'une 
partie  des  monumens  de  l'île  de  Philae,  autrefois  célèbre  par  le 
tombeau  d'Osiris. —  Vol.  ^,  pi-  20.  Cette  planche  est  entièrement 
consacrée  au  temple  d'Isis  à  Philae. — Etat  moderne.  Vol.  i,pl.  52. 
Vue  de  la  mosquée  de  Soultân  Hasan*,  située  sur  la  grande  place 
au  pied  de  la  citadelle,  et  de  tous  les  édifices  du  Kaire,  le  plus 
beau  et  celui  qui  produit  la  plus  grand  effet. —  Vol.  1,  pi.  3i.  Vue 
de  l'intérieur  de  la  mosquée  de  Touloun,  la  plus  ancienne  du  Kaire. 
— Histoire  naturelle.—  Botanique ,  pi.  7.  Deux  espèces  de  scirpu? 
et  une  espèce   d'audropogon. 


LIVRES  FRANÇAIS.  537 

—  Vingt  -  DEtxikME  livraison.  —  Antiquités.  Vol.  \^pl.  19.  Bai- 
reliefs.— Fo/.  1,77/.  12.  Divers  bas-reliefs  de  Vh\\x.~-État  moderne^ 
Vol.  1 ,  pi.  36.  Détails  d'architecture  de  la  mosquée  de  Soultân 
Hasan. — Vol.  i,pl.  46.  Vue  de  la  porte  de  secours,  Bâ5  el  nasT^ 
qui  faisait  partie  de  l'ancienne  enceinte  du  Kaire.  -  Histoire  nalw 
relie. — Reptiles ,  pi.  7.  Deux  espèces  de  vipères  et  une  couleuvre. 
—  ViNGT-TBOisiÈMB  LiVEAisOR. — Antiquités.  Vol.  1,  pi.  44*  Vue 
d'Ombos.  —  Vol.  1,  pi.  46.  Restes  des  deux  temples  d'Ombos. — 
Vol.  1,  pi-  47*  Carrières  de  Selseleh. — Etat  moderne.  Vol.  i,pl. 
1 5.  Ensemble  général  des  environs  du  Kaire. —  Histoire  naturelle. 
Botanique ,  pi.  8,  Plusieurs  espèces  de  graminées. 

282. — Bibliographie  musicale  de  la  France  et  de  l'étranger,  ou 
Répertoire  général  systématique  de  tous  les  traités  et  œuvres  de 
musique  vocale  et  instrumentale ,  imprimés  ou  gravés  en  Europe 
jusqu'à  ce  jour;  par  M.  Adrien  L***.  Paris,  1822.  Niogret,  rue  de 
Richelieu,  n*»  65.  i  vol.  in-S»  de  800  pag.  Prix,  7  fr.  5o  c.  pour  les 
souscripteurs,  et  10  fr.  pour  les  non-souscripteurs. 

Cet  ouvrage  renferme,  en  outre,  des  articles  biographiques  sur 
des  artistes  célèbres;  deô  disse 7-tations,  des  extraits  des  meilleurs 
morceaux  sur  la  musique ,  insérés  dans  d'autres  ouvrages  et  jour- 
naux étrangers  ;  des  notices  sur  les  compositeurs  et  les  virtuoses  les 
plus  célèbres  des  tems  anciens  et  modernes  ;  des  anecdotes  relatives 
à  la  musique  et  aux  musiciens  ;  l'annonce,  avec  des  renseignemens, 
de  tous  les  journaux  de  musique  ou  sur  la  musique,  qui  paraissent 
à  Paris,  dans  les  départemens  de  la  France  et  dans  les  pays  étran- 
gers ;  des  détails  sur  les  nouvelles  inventions ,  les  instituts  de  mu- . 
sique,  les  promotions_,  etc.  ;  une  hymne  à  l'harmonie  et  une  ode 
pour  la  fête  de  sainte  Cécile,  traduites  de  l'anglais,  de  Guillaume 
Congrève  et  d'Alexandre  Pope  ,  avec  un  dictionnaire  des  adresses 
de  tous  les  compositeurs,  professeurs,  amateurs,  facteurs  et  loueurs 
d'instrumens,  éditeurs  et  marchands  de  musique  à  Paris  ;  et  un  autre 
dictionnaire  des  musici  ns  et  amateurs  dans  les  départemens. 

Mémoires  et  Rapports  de  Sociétés  savantes  et  (T utilité 

publique. 

283.  —  Séance  publique  de  l'académie  des  sciences ^  belles-lettres 
et  arts  de  Besançon,  du  24  août  1821.  Besançon.  De  l'imprimerie 
de  V«  Daclin.  In-8«  de  56  pagei?. 


638  LIVRES  FllANÇAIS. 

Cette  brochure  contient  d'abord  le  discours  du  président,  puis 
un  rapport  sur  les  prix  proposés  par  l'Académie.  Le  sujet  du  con- 
cours de  1821  était  la  question  suivante  ;  Quelle  a  été,  sous  le 
rapport  des  sciences,  des  lettres  et  des  arts,  Vinjluence  de  la  réunion  1 
delà  Franche- Comté  à  la  France^  Le  seul  mémoire  envoyé,  n'ayant 
pas  rempli  les  intentions  de  l'académie ,  ce  sujet  a  été  retiré. 
L'effet  des  concours  pour  1822  est  de  prouver  :  Combien  le 
principe  de  l'honneur  a  contribué  à  l'éclat,  et  à  la  véritable 
sloire  de  la  monarchie  française.  Le  prix  est  une  médaille  d'or 
de  la  valeur  de  200  fr  Les  ouvrages  devront  être  envoyés  avant  le 
i«»  juin  1822.  L'Académie,  considérant  que  le  sujet  du  concours  de 
1823  exige  des  recherches  multipliées,  l'a  fait  connaître  à  l'avance  ; 
elle  propose  de  montrer  ce  que  la  morale  éuangèlique  a  ajouté 
d'étendue  et  de  stabilité  à  la  morale  la  plus  épurée  de  l'ancienne 
philosophie. 

Livres  en  langues  étrangères  imprimés  en  France. 

284  (»).— API2TOTEAOY2  nOAITIKIlN  TA  ZnZOMENA,ete. 
—  Fragmens  conservés  de  la  politique  d'Aristote  ;  publiés  par  M. 
A.  K.  Paris,  1821.  De  l'imprimerie  d'Eberhardt.  Firmin  Didot , 
père  et  fils,  rue  Jacob,   n°  24.  In-S"  de  555  pages.  Prix,    i5  fr. 

285.  Grecian  liberty,  etc. — La  Grèce  libre,  ode  dédiée  à  S.  M. 
Alexandre  I*',  empereur  de  toutes  les  Russies  ,  par  M.  TVilliam 
Ddckext.  Paris ,  1821.  Imprimerie  d'Hocquet,  rue  du  Faubourg' 
Montmartre,  n"  4* 

286  (*).  Apis  romana. —  Journal  de  littérature  latine.  Tome  I. 
Paris,   1821.  Renard,  rue  Sainte-Anne,  n°  71.  In  12. 

Ce  journal ,  qui  ne  peut  manquer  de  plaire  à  tous  les  amis  de 
la  littérature  ancienne  et  classique,  se  publie  par  cahiers  de  48  pag.» 
format  in-12,  qui  paraissent  régulièrement  le  i*"^  de  chaque  mois. 
On  s'abonne  à  l'adresse  ci-dessus  ;  le  prix  de  l'abonnement  est  de 
8  fr.  pour  six  mois,  et  de  i5  fr.  pour  l'année.  Les  cahiers  de  no- 
vembre et  de  décembre  que  nous  avons  sous  les  yeux  renferment 
plusieurs  morceaux  en  prose  et  en  vers,  parmi  lesquels  on  remarque 
une  épitaphe  pour  le  jeune  médecin  Mazet,  une  notice  sur  M.  Gue 
fOult,  des  extraits  d'une  histoire  de  l'éloquence  romaine. 


IV.  NOUVELLES  SCIENTIFIQUES 

Eï  LITTÉRAIRES. 


AMÉRIQUE. 

Nbw-Yobk. — Découvertes  géographiques . — Les  derniers  journaux 
américains  contiennent  quelques  détails  relatifs  aux  terres  nouvel- 
lement découvertes  dans  les  mers  antarctiques.  Ils  placent  la 
Nouvelle-Shetland  méridionale  au  62*  degré  de  latitude  sud  et  au 
63*  de  longitude  ouest.  Le  capitaine  Daniel  Clark  ,  commandant 
VHersilie^Zi  pénétré  jusqu'au  &(î''  degré  de  latitude,  où  ila  découvert 
des  terres  qui  s'étendaient  plus  loin  vers  le  sud,  sans  qu'il  pût  en 
découvrir  les  bornes.  Ces  terres,  même  en  été,  étaient  couvertes  de 
glace  et  de  neige,  excepté  dans  certains  endroits  du  rivage  fréquentés 
par  les  veaux  marins. 

Brésil.  —  Nouvelle-Helvétib.  —  FaiBouRc.  — Extrait  d'une  lettre 
écrite  par  un  émigré  suisse,  datée  du  2%  janvier  1821.—  Il  y  a  près 
de  deux  ans  que  j'ai  quitté  ma  patrie.  (Le  district  de  Porentruy  qui 
fut  enlevé  à  la  France  en  18 iS^  et  réuni  au  canton  de  Berne;  depuis 
cette  époque ,  l'émigration  des  habitans  pour  le  Brésil  a  été  consi- 
dérable.) Nous  sommes  tous  très-satisfaits  du  parti  que  nous  avons 
pris;  nous  sommes  parfaitement  traités.  Le  pays  est  riche  et  fertile; 
la  partie  que  nous  habitons  est  entremêlée  de  hautes  montagnes  et 
de  belles  vallées.  Les  forêts  abondent  en  toutes  sortes  d'animaux , 
parmi  lesquels  il  n'y  en  a  point  de  dangereux.  En  arrivant  à  notre 
destination  ,  à  Moroqueimado  ,  nous  trouvâmes  des  habitations  très- 
propres  et  très-commodes,  préparées  exprès  pour  nous.  La  Nouvelle- 
Fribourg  s'étend  chaque  jour  davantage,  et  paraît  destinée  à  devenir 
un  établissement  considérable.  Nos  terres  nous  fournissent  abon- 
damment des  légumes  ;  ceux  qui  réussissent  le  mieux  sont  les 
haricots  et  les  pommes  de  terre.  La  colonie  se  compose  de  cent 
familles,  qui  comptent  chacune  quinze  à  dix-huit  individus.  Chaque 
ferme  ou  portion  de  terre  a  environ  jSo  brasses  (mesure  de  six  pieds) 
de  longueur,  sur  5oo  brasse»  de  largeuf.  Outre  les  fermes,  on  donne 
des  terres  à  quiconque  en  demande.  L'air  du  pays  est  très-salubre  ; 
nous  jouissons    d'une  parfaite   santé,  v.X    supportons  fort   bien  I«$ 


6À0  AMERIQUE. 

grandes  chaleurs,  qui  passent  rarement  trente  dCj^rés.   Une   brise 
fraîche  rafraîchit  l'atmosphère  pendant  une  grande  partie  du  jour. 
La  température  n'est  jamais  froide.   Il  n'y   a   que  deux  saisons,  le 
printems  et  l'été.  La  qualité  du  sol  est  excellente  ;  il  produit  trois 
fois  plus  qu'en  Suisse ,  et  exige  infiniment  moins  de  culture.  Notre 
principale  nourriture  consiste  en  pommes  de  terre ,  haricots  ,   riz 
vert    ou  sec,    café,    viande,    etc.  Les  vins   de   Madère,  des  îles 
Canaries,  du  Portugal,  ne  sont  pas  plus  chers  ici  qu'en  Suisse.  Les 
bruits  que  l'on  a  répandus  dans  les  journaux  européens  sur  la  mortalité 
des  colons  qui  venaient   s'établir  ici ,  sont  tout-à-fait  dénués  de  fon- 
dement. A  la  vérité,  il  y  a  eu,  parmi  les  nouveaux  arrivés,  une  sorte 
de  maladie   épidémique,  mais  qui  n'était  que  la  suite  inévitable 
d'une   fièvre-  contagieuse   dont  plusieurs  d'entre   eux  avaient  été 
atteints  en  Hollande  ;  des  familles  entières  en  ont  été  victimes.  Au 
bout  de  quelques  mois  de  séjour  en  Amérique ,  les  Colons  ont  vu 
disparaître  jusqu'à  la  trace  de  ce  fléau.  Nous  ne  saurions  trop  louer 
la  conduite  vraiment  paternelle  du  roi  à  notre  égard.  A  notre  arrivée 
à  Rio  Janeiro,  le  28  novembre  1819,  ses  commissaires  vinrent  nous 
recevoir.    Toutes  les    promesses  qui  nous   avaient  été  faites  avant 
notre  départ  ont  été  scrupuleusement  remplies.  J'ai  touché  six  francs 
par  jour,  la  première  année,  pour  toute  ma  famille,  ce  qui  faisait 
vingt  sous  par  tête.  Maintenant,  nous  ne  touchons  que    moitié  de 
cette  somme  ;  mais  cette  diminution  est   compensée   par   d'autres 
avantages.  Un  directeur    et  un  inspecteur  ont   été   nommés  pour 
maintenir  l'ordre  dans  la  colonie.  On  n'a    eu  jusqu'à  présent  qu'à 
se  louer  de  la  manière  dont  ils  remplissent  leurs  fonctions.  L.   S.  B. 

ASIE. 

Ikdes  ORIENTALES. — Sérampore. — Missïons  chrétiennes.  —  Le  sep- 
tième rapport,  publié  dans  cette  ville, en  décembre  1820,  sur  les 
travaux  des  missionnaires,  fait  connaître  le  succès  prodigieux  qu'ont 
obtenu  les  traductions  des  saintes  écritures,  1»  La  cinquième  édi- 
tion du  Nouveau  Testament  en  langue  bengalie,  composée  de  cinq 
mille  exemplaires,  qui  a  été  imprimée  il  y  a  trois  ans,  est  presque 
épuisée,  et  à  peine  reste-t-il  quelques  exemplaires  des  différentes 
parties  de  l'Ancien  Testament.  Les  demandes  continuelles  des  ha- 
bitans  ont  rendu  nécessaire  de  publier  une  nouvelle  édition  des 
Écritures.  Celte  édition,  qui  sera  la  sixième  du  Nouveau  Testament, 
et  la  troisième  des  Psaunus ,  ot  do  quelques  autres  parties  de  l'An- 


il 


ASIE.  6A1 

cien  Testament,  consistera  en  quatre  mille  exemplaires  :  on  en  tirera 
en  sus  deux  mille  des  évangiles.  En  faisant  usage  de  nouveaux  ca- 
ractères d'une  petite  dimension,  et  en  imprimant  sur  deux  colonnes, 
les  missionnaires  espèrent  pouvoir  réduire  les  cinq  volumes  qui  for- 
ment la  Bible  complète,  en  un  seul  d'environ  i3oo  pages,  grand 
in-8°,  et  en  deux  volumes  ordinaires.  Le  Nouveau  Testament  formera 
un  volume  in-12  d'à  peu  près  4oo  pages.  2°  Le  dernier  volume  de 
l'Ancien  Testament,  en   langue  sanscrite,  fut  imprimé,  il  y  a  envi- 
ron deux  ans.  La  première  édition  du   Nouveau  Testament  a  été 
enlevée  avec  la  plus  grande  rapidité,et  l'empressement  que  montrent 
les  savans  de  l'Inde  à  se  procurer  cet   ouvrage,  a  engagé  les  mis- 
sionnaires à  faire  mettre  sous  presse  une  seconde  édition  de  toutes 
les  saintes  écritures.Elle  sera  également  imprimée  sur  deux  colonnes, 
grand  in-S»,  en  un  seul  volume.  On  en  tirera  2,000  exemplaires  ;  un 
nombre  égal  d'exemplaires  du  Nouveau  Testament  sera  tiré  à  part. 
5*  Le  dernier  volume  de  l'Ancien  Testament,  traduit  en  hindous^ 
tâny^  parut  aussi  il  y  a  près  de  deux  ans.  L'édition  du  Nouveau  Tes- 
tament tirant  à  sa  fin,  et  M  .Chamberlain  en  ayant  préparé  une  autre 
traduction  dans  cette  langue,  qu'il  connaît  à  fond,  les  missionnaires 
ont  résolu  de  publier  dans  leur  nouvelle  édition  la  traduction   de 
ce  savant,  au  lieu  de  la  leur.  L'édition  du  Nouveau  Testament,  qui 
est  maintenant  sous  presse ,  se  tirera  à  2,000  exemplaires.  4°  Toutes 
les  saintes  écritures  ont  été,  depuis  long-tems,  traduites  dans  la 
langue    d'Orlssa  (i)   :  le  succès   a  été   partout   le   même;  et  les 
missionnaires  ne  pouvant  plus  suffire  aux  demandes  qu'on  leur  adres- 
sait, en  ont  préparé  une  seconde  édition  de  4^000  exemplaires,  dont 
on  a  déjà  imprimé  plus  de  la  moitié.  5»  Le  dernier  volume  de  l'An- 
cien Testament,  en  langue  mahralte,  qui  complète  les  saintes  écri- 
tures, a  été  publié  il  y  a  plusieurs  mois.  On  réimprime  une  seconde 
édition  in-12  du  Nouveau  Testament. 

6»  La  traduction  de  la  Bible  en  chinois  est  terminée  depuis  plu- 
sieurs années.  On  imprime,  avec  addition  du  Nouveau  Testament, 
le  Pentateuque,  l'Hagiographe  et  les  Prophètes.  Les  livres  histo- 
riques qui  doivent  compléter  les  saintes  écritures  sont  sous  presse, 
et  seront  publiés  dans  le  cours  de  l'année  prochaine.  7"  Outre  le 

(i)  Côte  orientale  de  la  presqu'île,  célèbre  par  la  Pagode  de 
{itA  Djagrenath,  dont  M.  Langlès  a  donné  la  description  dans  son  ou- 
,,.|  vrage  sur  les  monumcns  de  l'ilindoustân. 

Tome  xii.  41 


642  ASIE. 

Nonveau  Testament,  le  Pentateiique  et  les  litres  historiques  ont  ét« 
imprimés  en  langue  seykhe  (i);  et  l'Hagiographe  en  est  à  la  moitié 
du  livre  de  Job.  On  se  propose  de  publier   incessamment  une  se- 
conde édition  des  évangiles.  Aucun  peuple,  excepté  les  Mogs,  qui 
habitent  sur  les  frontières  de  VArakhan^  n'ont  témoigné  un  plus 
vif  désir  de  se  procurer  les  saintes  écritures ,  que  les  seykhs  ;  et  les 
missionnaires  n'en  ont  pas  distribué    un   seul  exemplaire  qui  n'ait 
été  reçu  avec  joie,  et  lu  attentivement.   S»    Chez  les  Pachtou  on 
Afghans  j  nation  qu'on  croit  être  descendue  de  l'une  des  dix  tribus 
juives  (2),  le  Nouveau  Testament  a  été  imprimé,  ainsi  que  le  Pen- 
tateuque  jusqu'au  Lévitique.  9°  Le  Nouveau  Testament  a  été  traduit, 
il  y  a  deux  ans,  en  langue  telinga  ou  télougou ,  et  le  Pentateuque 
est  imprimé  jusqu'au  Lévitique.  Quand  cette  traduction  sera  finie  , 
es  missionnaires  comptent  en  abandonner  la  distribution  à  la  société 
biblique  de  Madras.  10°  Le  Nouveau  Testament  a  passé  dans  la  lan- 
gue honJcéna,  il  y  a  plus  dix-huit  mois;  et  le  Pentateuque  s'imprime 
jusqu'au  livre  des  Nombres.  Comme  cette  province  se  trouve  placée 
immédiatement  sous  la  surveillance  de  la  société  biblique  de  Bom- 
bay, dès  que  l'impression  du  Pentateuque  sera  terminée,  on  aban- 
donnera le  soin  de  la  traduction  des  autres  écritures  à  la  société  de 
Bombay,  ii"  Une  édition  du  Nouveau  Testament,  en  langue  woich 
ou  moultâny,  existe  depuis  dix-huit  mois  ;  mais,  comme  les  occa- 
sions de  distribuer  cette  traduction  ont  été  fort  rares ,  et  qu'on  a 
peu  d'espérance  de  pouvoir  établir  une  mission  dans  cette  province, 
les  missionnaires  ont  suspendu  les  travaux ,  jusqu'à  ce  que  les  cir- 
constances leur  soient  plus  favorables,  et  que  leurs  moyens  pécu- 
niaires soient  aussi  plus  étendus.  12°  le  Nouveau  Testament  a  été 
imprimé,  il  y  a   deux  ans,  en  langue  à'acham  ;  le  voisinage  de  ce 
pays  avec  le  Bengale  rend  une  traduction  complète  très-nécessaire  : 
en  conséquence ,  on   vient  de  mettre  sous   presse  une   édition    de 
l'Ancien  Testament,  grand  in-S»,  à  double  colonne. 1 3»  Le  Nouveau 


(1)  Les  Seykhs  sont  une  nation  et  une  secte  belliqueuse,  établie 
dans  le  Pendjab  ;  leur  capitale  est  la  ville  de  Lâhor.  Voyez  une 
notice  sur  les  Seykhs ,  par  M.  Langlès ,  à  la  suite  de  sa  traduction 
du  Kojage  du  Bengale  à  JPétersbourg,  par  G.  Forster. 

(2)  Cette  conjecture  de  quelques  savans ,  ou  plutôt  cette  préten- 
tion  des  Afghans  a  été  réfutée  par  M.  Elphinstonc,  qui  a  prouvé 
qu«  les  Afghans  sont  des  montagnards  autocthones. 


.:|t3 


AFRIQUE.  6AS 

Testament  vient  d'tHre  publié  en  langue  gudjaraty  du  Giizarate  ; 
il  forme  un  volume  de  8  à  900  pages.  Les  missionnaires  comptent 
céder  cette  traduction  à  leurs  confrères  de  la  société  des  missions 
de  Londres,  qui  étudient  maintenant  ce  langage^  afin  qu'ils  puissent 
tourner  tous  leurs  efforts  vers  l'étude  des  langues  qui  sont  encore 
Ignorées  j  ou  imparfaitement  connues  par  les  missionnaires.  14°  Le 
NouveauTestament,  en  langue  de  Beykdnyr^  est  également  achevé  ; 
il  contient  800  pages  :  il  y  a  près  de  sept  ans  que  cette  traduction 
a  été  commencée.  i5°  On  peut  encore  ajouter  à  cette  liste  la  tra- 
duction du  Nouveau  Testament  en  langue  du  kacJunjr  (Cachemire), 
commencée  il  y  a  huit  ans  ,  et  presque  entièrement  terminée.  Outre 
ces  quinze  langues  dans  lesquelles  le  Nouveau  Testament  a  été  tra- 
duit ,  il  y  a  six  autres  traductions  qui  sont  déjà  à  moitié  imprimées 
dans  les  langues  du  Karnata,  AnNeypâl,  du  Haratê -,  du  Mari-'âr^ 
du  Bhaghlekend  et  d'OudJeïn^  dans  dix  ir.ois  environ,  elles  auront 
toutes  paru  ;  et  le"  Nouveau  Testament  aura  été  publié  en  vingt  et 
une  langues  de  l'Inde,  qui  sont  les  plus  étendues  et  les  plus  impor- 
tantes. L.  S.  B. 

AFRIQUE. 

Nubie. — MEnon.  —  T^qyage  scientifique.  —  Extrait  d'une  lettre  de 
M,  Fréd,  CailliaudàM.  Jomard^  datée  de  Sennaar,  du  n  juillet 
1821.  —  Je  viens  de  recevoir  votre  lettre  du  ip  décembre;  par  mes 
précédentes  ,  datées  du  village  d'Assour ,  je  vous  faisais  part  de  la 
découverte  de  quarante  pyramides;  ily  en  a  quarante-cinq  dont  j'ai 
pu  prendre  les  mesures.  On  y  voit  les  traces  d'une  ville ,  les  restes 
d*un  grand  temple ,  et  de  deux  autres  plus  petits ,  avec  six  sphynx- 
lions ,  travaillés  en  grès.  Les  découvertes  qui  ont  suivi  celle-ci  me 
confirment  dans  mon  opinion,  que  cette  position  est  celle  de Méroë, 
que  la  presque  île  contenue  entre  le  Nil  de  Bruce  et  la  rivière  At 
ibara  est  vraiment  l'Ile  de  Méroë  des  anciens.  J'ai  pu  rester  quatorze 
Jours  près  de  ces  nombreuses  pyramides,  et  y  prendre  beaucoup  de 

lans  et  de  dessins  des  sujets  hyéroglyphiques.   Ces  pyramides  sont 
[bien    orientées  ;    toutes ,  à  l'exception   d'une  seule  ,  ont  un  petit 

anctuaire  situé  à  l'est.  Partant  de  là,  nous  arrivâmes  en  un  jour  de 
arche  à  Chendi;  je  trouvai  l'armée  sur  la    rive  gauche  du  fleuve, 

i  trois  quarts  de  jour  de  Chendi.  Au  nord  de  Wetbete  Naga,  sont 

ncore  quinze  autres  pyramides  ;  elles  n'ont  point  de  sanctuaire  , 

Al  * 


6U  AFRIQUE. 

de  pylOne ,  ni  de  bordures  sur  leurs  angles,  comme  les  précédentes; 
elles  égalent  en  grosseur  les  moyennes  de  ces  dernîèreSé  Après  neuf 
jours  de  marche  depuis  Chendi,  nous  arrivâmes  à  l'embouchure  du 
fleuve  Blanc;  nous  étions  les  premiers  Européens  qui  voyions  ce 
fleuve ,  dont  Bruce  était  venu  si  près.  Son  embouchure  est  étroite, 
et  peut  avoir  quatre  à  cinq  cents  pas;  mais,  une  demi-lieue  plus  au 
sud,  il  s'élargit  beaucoup  ;  ce  fleuve,  et  non  celui  vu  par  Bruce,  est 
bien,  je  crois,  la  branche  principale  ,  et  par  conséquent  le  vrai  Nil. 
Je  suis  décidé  plus  que  jamais  à  tenter  de  suivre  ce  fleuve ,  dé- 
couverte la  plus  intéressante  qui  reste  à  faire  ;  serai-je  assez  heureux 
pour  aller  jusqu'à  sa  source  ?  je  suis  encore  loin  de  compter  sur 
la  réussite  d'un  tel  projet.  La  province  d'el  Aïze,  sur  le  fleuve  Blanc, 
finit  à  la  hauteur  de  Sennaar;  elle  est  habitée  par  de  pauvres  pê- 
cheurs musulmans  ;  mais  au-delà,  au  sud,  est  un  peuple  païen  que 
l'on  nous  dit  même  antropophage,  faisant  usage  de  flèches  empoison- 
nées, etc.  Nous  avons  déterminé  la  latitude  et  la  longitude  de  Tem- 
bouchuredu  fleuve  Blanc;  j'ose  croire  que  l'on  sera  content  de  nos  ob- 
servations, pour  lesquelles  nous  ne  négligeons  rien. 

Dans  l'espace  de  trois  jours  ,  le  pacha  fit  passer  son  armée  sur  le 
fleuve  Blanc,  pour  suivre  sa  route  sur  la  presque  île  de  Sennaar. Afin 
de  ne  rien  perdre  des  deux  rives  du  Nil  de  Bruce,  M.  Letorzec  con- 
tinua sa  route  avec  l'armée,  et  moi,  je  descendis  sur  une  barque  afin 
de  pouvoir  m'arrêter  sur  la  partie  droite  du  fleuve.  A  une  journée 
au  sud  de  l'embouchure  du  fleuve  Blanc,  je  trouvai,  sous  le  nom 
de  Sôba ,  une  étendue  immense  de  décombres  en  monticules  de 
débris  de  briques  cuites,  position  incontestable  d'une  grande  ville; 
ce  nom  Sôba,  donné  aujourd'hui  à  ces  ruines,  a  de  l'analogie  avec 
celui  de  l'antique  Saba,  etc.  Parmi  les  décombres,  je  ne  trouvai 
qc'un  sphynx-lion  en  grès  dur,  pénétré  d'oxide  de  fer,  de  style 
égyptien.  J'ai  visité  l'embouchure  du  Batte  (Rahhad)  et  du  Dender, 
rivières  qui  viennent  grossir  le  Nil.  C'est  par  erreur  que  Bruce  place 
l'embouchure  du  Dender  dans  le  Batte  ;  toutes  les  deux  ont  leur 
embouchure  dans  le  Nil.  Toute  la  presqu'île,  formée  par  le  Dender 
à  l'est,  et  à  l'ouest  par  le  Nil  de  Bruce,  porte  aujourd'hui  le  nom  de- 
Gaba.  — Je  crois  bien  avoir  trouve  le  véritable  Ibis  des  anciens;' 
il  est  très-commun  dans  l'île  de  Mcroë  :  j'en  conserverai  plusieurs 
pour  les   plumes  et  pour  les  squelettes. 

Ne  soyons  pas  étonnes,  si  on  a  donné  le  nom  de  Méroë  aux  anti- 


AFRIQUE.  6A5 

quités  du  mont  Barkal  :  une  colonie  a  pu  descendre  là ,  après  la 
chute  de  Méroë.Deux  Anglais  et  M.  Frediani,qui  ont  vu  ces  antiqui- 
tés un  peu  avant  moi ,  se  sont  sans  doute  flattés  d'avoir  trouvé  l'île 
de  Méroë ,  mais  ils  s'étaient  trompés  ;  la  vraie  découverte  de  ce 
lieu  m'appartient ,  y  étant  arrivé  seul  quatorze  jours  avant  l'ar- 
mée, etc. 

Je  ne  vous  ai  pas  parlé,  dans  mes  précédentes,  des  ruines  d'églises 
chrétiennes,  abandonnées  des  Coptes;  la  mieux  conservée  est  à 
Dongola  el  Agouz ,  vieux  Dongola.  Sur  la  belle  et  riche  île  d'Argo, 
sont  les  restes  de  trois  autres  églises,  avec  colonnes  de  granit,ioniques, 
portant  la  croix  grecque  en  ornement  dans  les  chapiteaux;  sur  plus 
de  trente  rochers  qui  forment  les  îles  de  la  cataracte  de  Wolad 
el  Atfe  (Wadi  Halfa) ,  sont  aussi  des  ruines  chrétiennes.  Dans  la 
province  deChaguy,  il  y  en  a  encore  avec  des  colonnes  de  granit , 
même  dans  la  province  de  Barbar  et  de  Chendi. 

Jusqu'ici,  on  peut  compter  quatre  cataractes,  celle  à'Assouaut 
celle  de  IVolad  el  Atfe  qui  ne  finit  qu'à  la  province  de  Socot,  à  Sj 
lieues  de  Wolad  el  Atfe  ;  mais,  dans  plus  de  la  moitié  de  cet  inter- 
valle, le  Nil  est  beau  et  très-navigable.  La  troisième  est  à  Hannèke, 
à  l'entrée  du  royaume  de  Dongola  ;  elle  est  très-petite. La  quatrième 
est  dans  la  province  de   Chaguy;  c'est  la  plus  grande,  elle  a  qua- 
rante-cinq lieues  d'une  extrémité  à  l'autre  ;  dans  les  trois  quarts  de 
l'espace,  tout  est  rocher.  Ces  cataractes  n'ont  point  de  chutes  re- 
marquables ;  ce  sont  de  forts  rapides ,  obstrués  de  toutes  parts  par 
de  gros  rochers  en  granit  noir,  et  en  roche  araphibolique  et  feld- 
spathique,  noire  et  verdâtre.  Ismaïl  pacha  est  parvenu  à  faire  mon- 
ter ses  barques,  au  nombre  de  cent  vingt,  jusqu'à  cette  cataracte 
où  elles  ont  resté,  vu  les  basses  eaux;  trois  canges  et  huit  petites 
barques  ont  même  pu  franchir  la  cataracte,  et  monter  le  Nil  jusqu'à 
Sennaar.  On  peut  regarder  cela  comme  un  grand  effort.  Aujourd'hui 
que  le  Nil  a  beaucoup   augmenté ,    nous    attendons    les  grandes 
barques. 

A  l'extrémité  de  cette  cataracte,  dans  la  province  de  Rabatate, 
pendant  les  basses  eaux,  il  y  a  une  nappe  d'eau  qui  a  trois  mètres 
de  chute,  occupant  les  trois  quarts  de  la  largeur  du  Nil;  les  deux 
plus  forts  rapides  sont  à  Gebel  Môli,  et  Râs  el  Kelb;  elle  est  située 
dans  le  coude  que  fait  le  Nil  dans  le  nord  et  nord-est.  Nous  devon» 


6A6  AFRIQLE. 

rendre  un  juste  hommage  à  d'AnvUle  ,  dont  la  carte  était  la  plus 
exacte. 

C'est  ici  que, .depuis  mon  départ  d'Europe,  j'ai  vu  la  première 
montagne  couverte  de  bois  et  de  verdure;  elle  a  quatre  cents  pieds 
environ  de  hauteur;  l'œil, fatigué  par  l'aspect  sauvage  des  montagnes 
d'Egypte,  se  repose  avec  plaisir  «ur  cette  verdure  ;  la  présence  des 
pluies ,  le  ciel  couvert,  le  tonnerre  qui  gronde,  tout  vous  rapproche 
de  l'Europe.  Quel  contraste  avec  les  montagnes  arides  et  brûlantes 
de  l'Egypte,  de  la  Pfubie  et  des  déserts  environnans,  où  l'oeil  n'aper- 
çoit pas  la  plus  petite  végétation  1 

Nous  entrons  dans  la  saison  des  pluies,  qui  dure ,  dit-on ,  trois 
mois.  Déjà  ,  nous  avons  eu  beaucoup  de  forts  orages  ;  la  foudre  est 
fréquente.  Nous  allons  passer  cette  saison  ici,  où  il  n'y  a  rien  en 
antiquités,  et  je  désespère  d'en  trouver  plus  haut.  Les  limites  des 
pluies  ont  été  placées  beaucoup  trop  dans  le  sud.  Les  véritables  li- 
mites peuvent  être  fixées  sous  le  dix-huitième  degré  4o'  5  province 
de  Rabatate,  et  non  sous  le  seizième,  comme  Ta  fait  Bruce. 

Ismaïl  pacha,  avec  trois  mille  hommes,  a  fait  trembler  tout  le      ; 
pays  qui  s'est  rendu  sans  résistance ,  même  le  royaume  de  Sennaar;    • 
il  n'y  a  eu  que  quelques  petites  escarmourches  dans  plusieurs  village» 
qui  n'avaient  pas  encore  vu  l'armée. 

Relativement  à  ce  que  disent  les  journaux,  que  la  statue  de  Mem- 
non  a  fait  retentir  des  sons ,  ce  n'est  qu'une  pure  histoire  de  quel- 
ques voyageui's,  à  moins  que  le  fait  n'ait  eu  lieu  f  ce  que  je  ne  crois    j 
pas)  depuis  mon  départ  d'Egypte. 

Remarques  sur  la  lettre  précédente. 

La  position  de  Méroë  est  restée  jusqu'aujourd'hui  tout-à-fait  in- 
connue. On  avait  seulement  une  idée  vague  de  la  situation,  de  l'île 
du  même  nom,  à  cause  de  l'analogie  du  nom  de  la  rivière  Athara^ 
avec  celui  de  VAstahoras,  qui,  selon  les  Grecs,  entourait  l'île,  ou 
plutôt  la  presqu'île  de  Méroë.  Quant  à  la  capitale ,  on  la  plaçait  en 
dix  lieux  diUérens ,  situés  à  une  grande  distance  l'un  de  l'autre. 
Tout  récemment  encore,  des  voyageurs  anglais  et  italiens ,  séduits 
par  la  ressemblance  des  noms ,  avaient  placé  Méroë  à  cent  lieues 
au-dessous  de  son  véritable  emplacement.  Cependant,  il  importait 
de  découvrir  le  lieu  précis  qu'occupait  cette  grande  ville  ,  jadis  le 
siège  d'un  empire  florissant,  en  un  mot,  une  autre  Thèbes,  ignorée 


AFRIQUE.  6A7 

des  modernes.  Celte  décQuveite  n'est  plus  à  lairc,  et  c'est  ua  Fran- 
*;ais  à  qui  nous  en  avons  l'obligation.  M.Cailliaud  est  parvenu,  le 
a5  d'avril,  aux  ruines  d'Assour,vestiges  considérables  d'une  ancienne 
ville,  située  sur  la  rive  droite  du  Nil ,  vers  le  i6<»  53'  de  latitude. 
Malgré  l'absence  du  nom,  je  regarde  ces  ruines  comme  étant,  sans 
nui  doute ,  les  restes  de  l'antique  Méroë.  La  lettre  du  1 1  juillet 
qu'on  vient  de  lire  prouve  que  M.  Cailliaud  en  est  maintenant  con- 
vaincu ;  jusqu'à  cette  époque,  il  avait ,  ainsi  que  les  voyageurs  dont 
j'ai  fait  mention ,  supposé  cette  ville  à  Merawe ,  au  pied  du  mont 
Barkal,  au-dessus  de  Dongolah. 

Une  découverte,  peut-être  encore  plus  intéressante ,  est  celle  du 
cours  du  Bahr  el  Abyad  (ou  le  fleuve  Blanc),  branche  principale  du 
Nil  qui ,  d'après  les  renseignemens  des  anciens  et  les  relations  de 
Lenoir  du  Roule  et  de  Browne ,  vient  de  l'ouest  de  l'Afrique ,  et 
non  pas  de  Test,  comme  Bruce  l'avait  imaginé.  Jusqu'à  présent , 
rien,  dans  la  marche  de  M.Cailliaud,  n'est  contraire  à  cette  position 
des  sources  du  Nil;  mais,  pour  résoudre  ce  grand  problême ,  il  lui 
faudra  quitter  l'armée  égyptienne,  et  marcher  seul  au  milieu  de 
peuplades  inconnues  et  sauvages.  Le  pays  qu'il  doit  parcourir  est 
totalement  inconnu;  aussi,  non  seulement  son  voyage  procurera  des 
notions  nouvelles  sur  la  direction  de  ce  grand  fleuve  et  de  ses 
afiluens ,  sur  la  constitution  physique  et  les  productions  du  pays 
qu'il  arrose,  mais  encore  on  connaîtra  les  peuples  qui  habitent  ses 
bords ,  leurs  mœurs  et  leurs  usages,  leurs  relations  avec  l'Afrique 
intérieure;  et,  à  l'aide  de  ces  premiers  renseignemens,  on  aura,  par 
suite,  des  données  sur  le  Niger  et  les  autres  rivières  qui  traversent 
ce  grand  continent,  à  la  hauteur  présumée  des  sources  du  NU.  Au 
reste ,  cette  voie  m'avait  toujours  paru,  ainsi  qu'à  d'autres  voyageurs, 
la  plus  directe  pour  parvenir  à  la  connaissance  du  centre  de  l'Afrique  ; 
elle  serait  même  la  plus  sûre  ,  si  l'on  s'associait  à  la  marche  des  ca- 
t-avancs  qui,  de  tems  immémorial,  partent  de  ces  régions  pour  se 
rendre  en  Egypte. 

Les  ruines  considérables  de  Soba ,  trouvées  par  le  zélé  voyageur, 
à  un  jour  au  sud  de  l'embouchure  du  Bahr  el  Azraq  (bu  le  Nil  Bleu), 
dans  le  Nil  Blanc  ,  sont  très-probablement  celles  de  Saba  que  les 
anciens  placent  de  ce  côté.  Mais  je  pense,  avec  plusieurs  géographes» 
qu'elles  n'ont  rien  de  commun  avec  le  pays  de  Saba,  dont  une  reine 
«utretiût  des  relations  de  commerce  avec  la  Judée ,  au  tem»  de 


CAS  AFRIQUE. 

Salomon.  Celte  ville  était  près  de  la  mer,  et  on  l'y  trouve  encore 
gous  le  même  nom.  Il  en  est  de  même ,  sans  doute,  de  la  presqu'île 
de  Gaba,  située  entre  le  Nil  Bleu  et  le  Dender,  et  dont  le  nom  a 
du  rapport  avec  celui  de  Gaba,  contrée  de  la  Syrie  :  cette  ressem- 
blance est  fortuite.  Il  n'en  est  pas  moins  extrêmement  remarquable 
que  le  caractère  et  le  style  des  sculptures  des  ruines  de  Saba 
soient  encore,  à  cette  distance  reculée  (35o  lieues),  les  mêmes  qu*en 
Egypte  ;  on  y  trouve  aussi  des  colosses  et  des  figures  d'animaux 
chimériques. 

A  l'égard  de  la  découverte  de  l'Ibis,  dont  il  est  question  dans  la 
lettre  précédente,  elle  appartient  à  M.  Savigny,  qui  a  trouvé  l'oiseau 
vivant  en  Egypte,  et  qui  l'a  comparé  le  premier  à  l'Ibis  embaumé 
dans  les  catacombes,  et  à  l'oiseau  sculpté  sur  les  monumens  ;  son 
ouvrage  est  un  modèle  en  ce  genre. 

Il  paraît,  par  la  lettre  de  M.  Cailliaud,  que  les  temples  des  chré- 
tiens ont  été  ,  à  une  certaine  époque,  très-nombreux,  et  fréquentés 
par  toute  la  Nubie,  depuis  Syène  jusqu'à  Chendy,  c'est-à-dire  dans 
un  espace  de  3og  lieues,  le  long  du  Nil;  aujourd'hui,  presque  toutes 
ces  églises  chrétiennes  sont  abandonnées  totalement. 

La  géographie  des  cataractes  du  Nil  va  changer  entièrement  par 
les  observations  de  M.  Cailliaud.  On  plaçait,  au-dessus  de  Syène,  à 
5o  et  à  loo  lieues,  des  chutes  d'eau  considérables;  mais,  jusqu'à 
Dongolah,  et  même  jusqu'à  Sennaar,  on  ne  trouve  rien  de  semblable. 
A  quel  point  faut-il  donc  chercher  ces  cataractes  bruyantes,  impé- 
tueuses, dont  les  relations  des  auteurs  sont  remplies?  Faut-il  croire 
que  le  tems  a  détruit  les  rochers  qui  étaient  la  cause  de  ces  im- 
menses chutes  d'eau,  ou  bien  que  les  anciens  récits  sont  de  pures 
fictions? 

M.  Cailliaud  n'espère  pas  trouver  des  ruines  au-delà  de  Sennaar  ; 
cependant,  il  ne  faut  pas  imiter  l'exemple  du  voyageur  Burckhardt , 
qui ,  ayant  vu  un  temple  à  Soleb  ,  limite  de  son  premier  voyage, 
avança  qu'au-delà  il  n'existait  plus  de  temple  dans  le  style  égyptien. 
Une  assertion  plus  certaine  (et  qui  est  importante  pour  la  connais- 
sance physique  du  globe)  est  celle  qui  regarde  la  limite  des  pluies. 
Bruce  avait  fixé  cette  limite  à  16"  de  latitude,  ou  plus  de  60  lieues 
trop  au  sud.  M.  Cailliaud  a  reconnu  qu'elle  s'étendait  jusqu'au-delà 
du  pays  de  Berber,  vers  le  18°  4o\ 

JoHAao,  membre  de  Vlni>iitui. 


6A9 
EUROPE. 

ILES    BRITANNIQUES. 

—  Ile  de  Man.  — Squelette  fossile.  —  Il  y  a  quelques  mois  que 
des  ouvriers,  creusant  une  marnière  dans  cette  île  ,  découvrirent 
un  squelette  de  l'élan,  qu'on  croit  originaire  de  l'Irlande.  Ces  ossc- 
mens  fossiles,  qui  sont  les  plus  beaux  de  cette  espèce  qu'on  ait 
trouvés  dans  ce  pays ,  ont  été  déposés  au  muséum  de  l'université 
d'Edimbourg.  C'est  au  zèle  du  duc  d'AthoIl,  pour  les  progrès  des 
sciences  dans  sa  patrie ,  que  la  capitale  de  l'Ecosse  doit  ces  restes 
curieux. 

LoMDaEs. — Médecine. — Préseruatif  contre  la  peste. — La  Chronique 
littéraire  cotiiienX  la  note  suivante  :  a  A  une  époque  où  l'épidémie 
la  plus  terrible  fait  de  si  funestes  ravages  en  Espagne,  on  n'apprendra 
pas  sans  intérêt  que  les  docteurs  Aubunet  Lafont,  médecins  à  Cons- 
tantinople  et  à  Salonique  ,  ont  découvert  depuis  peu  que  la  vaccine 
est   un  préservatif  certain   contre  la  peste.  Sur  six  mille  adultes 
vaccinés  par  eux,  aucun  ne  fut  atteint  par  la  contagion  :  des  en- 
fans    à    la    mamelle ,    qui  avaient    été   vaccinés  ,    continuèrent   à 
prendre  impunément  le  sein  de  leurs  mères,  déjà  attaquées  de  la 
peste.  Un  médecin  italien,  qui  étudie  en  Turquie  les  symptômes 
de  cette  horrible  maladie,  s'inocula  le  virus  de  la  peste ,  pris  sur 
le  cadavre   d'une    personne  qui  en  était  morte  ;  il  se  fit   ensuite 
vacciner  et  ne  fut  nullement  malade,  quoiqu'il  se  fût  mis  plusieurs 
fois  en  contact  avec  des  pestiférés  dans  les  hôpitaux.  » 
.   N.   J5.  Il  a  déjà  été  fait  mention   de  ces  expériences  dans  la 
Revue  (T.  VIII,  p.  190.) 

Déjà,  le  docteur  Vally,  avant  d'être  attaché  en  qualité  de  mé- 
decin à  l'armée  française  en  Italie  ,  s'était  rendu  à  Constantinoplë 
pour  faire  des  expériences  sur  les  moyens  propres  à  préserver  de 
la  peste  ;  il  mélangea  du  virus  vaccin  avec  le  pus  d'un  bubon  do 
pestiféré  et  s'inocula  ce  mélange  ;  il  survint  un  bouton  d'une  nature 
particulière  qui,  selon  lui,  devait  garantir  de  la  peste ^  et  il  se 
disposait  à  continuer  ses  expériences,  lorsque  des  circonstances 
imprévues  le  forcèrent  de  quitter  précipitamment  Constantinoplë , 
où  jamais  il  n'eut  l'occasion  de  retourner.  Ce  médecin  philantrope 
étant  allé  depuis  en  Amérique  pour  constater  la  contagion  de  1» 
fièvre  jaune,  est  morty  victime  de  ce  terrible  fléau,  avant  d'avoir 


650  EUROPE. 

pu  l'observer.  11  s'était  dévoué  volontairement  pour  aller  étudier 
les  moyens    de  le  combattre,  sur  le  tbéâtre  même  de  ses  ravages. 

—  Nouvelles  lampes.  —  Ces  lampes  sont  alimentées  par  l'huile 
empyreumatique  que  dépose  le  charbon  qui  sert  à  faire  le  gaz.  Elles 
répandent: une  lumière  très-vive,  quoique  bleuâtre.  L.  S.  B. 

— Société  pour  rétablisse  ment  d'une  paix  universelle  et  perma- 
nente.— Dans  le  cours  de  l'année  1816,  quelques  hommes  distin- 
gués par  leur  sièle  pour  le  bien,  pensèrent  que  le  moment  était  venu 
id^établir  en  Angleterre  une' société,  dont  le  but  serait  de  tra- 
vailler à  faire  régner  la  paix  entre  toutes  les  nations.  Ne  s'arrêtant 
jamais  aux  difficultés  qu'ils  rencontrent  dans  leurs  bienfaisans 
efforts,  ils  choisirent  l'année  i8i6  pour  commencer  leurs  travaux, 
parce  qu'alors  les  débats,  qui  depuis  si  lo'ng-tems  ensanglantaient 
l'Europe,  venaient  d'être  suspendus  ,  parce  que  les  peuples  avaient 
encore  présens  à  l'esprit  les  horreurs  d'une  guerre  à  laquelle  presque 
tous  avaient  pris  part,  et  que  partout  on  commençait  à  recon- 
naître combien  la  gloire  des  armes-  est  trompeuse ,  et  combien  ses 
illusions  sont  promptes  à  se  dissiper.  Les  travaux  de  cette  société, 
qui  n'ont  pas  tardé  à  acquérir  plus  d'importance  qu'on  eût  osé 
l'espérer,  consistent  principalement  à  répandie  des  brochures ,  afin 
de  prouver,  par  des  faits  et  dés  discussions,  que  la  guerre  est  en  op- 
position avecles  principes  du  christianisme,  les  intérêts  des  hommes, 
et  à  indiquer  les  meilleurs  moyens  pour  mettre  un  terme  à  s^s 
ravages.  Un  article  des  statuts  porte  que  la  société  ne  bornera  pas 
ses  travaux  aux- intérêts  nationaux,  mais  qu'ils  devront  franchir 
les  divisions  géographiques  et  s'étendre  au  monde  entier.  Toute 
personne  convaincue  que  la  guerre  est  condamnée  par  les  principes 
du-christianisme ,  et  qui  veut  travaillera  convaincre  les  hommes  de 
cette  vérité,  peut  devenir  membre  de  la  société.  J'ai  sous  les  yeux 
cinq  brochures  anglaises  qui  ontété  publiées  par  les  soins  de  cette 
nouvelle  association  j  toutes  présentent  de  l'intérêt ,  et  se  f«xx)nt  lire 
avec  plaisir,  même  par  les  personnes  qui  i-estent  étrangères  aux  tra- 
vaux de  la  société  de  la  Paix.  La  plupart  de  ces  brochures  sont  à  leur 
troisième  ou  quatrième  édition.  La  première  ^st  en  grande  partie 
réimprimée,  d'après  un  ouvrage  américain.  Voici  son  titre  :  Revue 
sérieuse  de  l'art  de  la  guerre ^  faisant  voir  qu^ii  tend  à  asservir  les 
peuples,  et  sur  les  moyens  propres  à  mettre  fin  à  ses  ravages  :  ce 
sont  principalement  des  réflexions  de  morale  ,  présentée^  avec  as»tjt 


EUROPE.  651 

d*él(igance  ;  l'auteur  s'appuie  surtout  de  l'exemple  de»  quakers,  qui 
gouirernent  la  Pensylvanie,  pour  faire  voir  qu'on  peut  régner  par  la 
douceur,  mieux  encore  que  par  la  force.  Le  n"  II  est  une  lettre, 
écrite  pour  démontrer  que  l'usage  de  la  guerre  ne  s'accorde  pas  avec 
les  enseignemens  de  Jésus-Giirist.  On  rencontre  quelques  idées  ori- 
ginales dans  cette  discussion  d'une  vérité  si  facile  à  établir.  Sou  au- 
teur est  M.  J.  Scott.  Serait-ce  le  même  écrivain  qui  publia  ce  fa- 
meux ouvrage  sur  la  France ,  rempli  de  tant  d'erreurs,  empreint  de 
tant  de  préjugés  nationaux ,  et  qui  n'a  pas  même  trompé  le  public 
anglais.  Le  n°  III  nous  offre  un  tableau  fort  remarquable  de  témoi- 
gnages des  principaux  pères  de  l'église ,  contre  la  légalité  de  l'art  mi- 
litaire. Le  célèbre  philantrope,  M.  Clarkson  ,  y  a  rassemblé  une  foule 
de  citations  de  Tatien,  deTertullien,de  St.  Cyprieu,de  Lactance,de 
St.  Irénée,  de  St.  Justin  et  de  beaucoup  d'autres  écrivains  des  premiers 
siècles,  qui  s'accordent  à  faire  voir  que,  tant  que  le  christianisme  a 
conservé  son  état  de  pureté  première ,  ses  principes  interdisaient  for- 
mellement l'état  militaire.  Le  n»  IV  nous  donne  des  extraits  asseï 
étendus  des  écrits  d'Erasme  sur  la  gueire  ;  on  y  remarque  surtout  un 
fragment  d'une  de  ses  lettres  à  François  I»"^,  où  il  parle  à  ce  prince 
belliqueux  avec  l'indépendance  d'un  vrai  philosophe.  3e  ne  dirai  rien 
de  la  cinquième  brochure  ;  on  y  a  réuni  des  passages  détachés  de 
l'ouvrage  du  capilaïae  Labaume  ,  sur  la  désastreuse  retraite  de  Mos- 
cou. Ces  tristes  détails  ne  sont  que  trop  coanus  en  France  ;  mais  les 
affreux  récits  que  la  société  de  la  Paix  a  accumulés  dans  un  petit  es- 
pace, font  voir  sous  un  jour  bien  terrible  l'intrépidité  de  nos  soldats, 
et  les  efforts  héroïques  du  courage  trahi  par  les  élémens  et  par  la 
fortune.  —  Ces  petits  écrits  ont  de  i6  à  24  pages ,  et  se  distiibuent 
pour  le  prix  modique  de  aocent.  Il  existe  des  sociétés  analogues  dans 
les  principales  villes  de  l'Angleterre;  en  Amérique,  la  société  de  la 
Paix  de  Massachussets  se  fait  remarquer  par  l'étendue  de  ses  travaux 
et  le  zèle  de  ses  membres.  La  société  de  la  Paix  de  Londres  publie 
encore  un  journal,  dont  nous  voudrions  pouvoir  faire  une  mention 
plus  détaillée.  Des  mémoires  originaux ,  des  analyses  choisies,  des 
extraits  d'ouvrages ,  des  morceaux  de  poésie ,  les  procès-verbaux  de 
ses  séances  et  des  sociétés  analogues,  forment  la  matière  de  cet  in- 
téressant recueil ,  intitulé  :  le  Hérault  de  la  Paix;  il  présente  beau- 
coup de  variété,  et  souvent  même  des  pièces  fort  curieuses.  A  côté 
d'un  extrait  des  Mémoires  de  SulJy ,  on  y  trouve  un  éloquent  discours 


652  EUROPE. 

d'Edmond  Burke,  sur  les  ravages  de  la  guerre.  Dans  les  morceaux  de 
poésie,  j'ai  remarqué  une  charmante  romance,  appelée  la  Bataille 
de  Blenheim,  par  M.  Southey  ;  elle  est  pleine  de  grâce  et  de  philo- 
sophie. En  résumé,  les  travaux  de  la  société  de  la  Paix  méritent  l'ap- 
probation de  tous  les  amis  de  l'humanité.  Il  y  aurait  mauvaise  grâce 
à  dire  aux  personnes  qui  l'ont  établie ,  que  leur  plan  est  presque 
impossible  à  réaliser ,  parce  qu'ils  répondent  aussitôt  que  leur  de- 
voir est  de  l'entreprendre,  et  certainement  il  y  a  quelque  chose  de 
sublime  dans  cette  obstination  à  faire  le  bien ,  malgré  la  grandeur 
de  l'entreprise  et  les  difficultés  du  succès.         Chakles  Coquerel, 

Depiford.  —  Obélisque  égyptien.  —  On  a  débarqué  dans  cette 
ville  l'obélisque  de  granit  rouge  qui  a  été  apporté  pour  M.  Bankes  le 
jeune.  Il  avait  été  transporté  de  l'île  de  Philœ  sur  les  confins  de  la 
Nubie,  à  Alexandrie.  Ce  monument  est  d'autant  plus  intéressant, 
que  c'est  le  premier  de  ce  genre  qui  ait  été  apporté  en  Angleterre. 
Déjà  les  artistes  sont  allés  le  dessiner  pour  en  faire  des  gravures.  On 
a  présumé  qu'il  fournirait  les  moyens  de  découvrir  le  sens  des  carac- 
tèrps  hiéroglyphiques,  attendu  que  l'inscription  grecque  qui  est  sur 
le  piédestal,  et  qui  porte  que  son  érection  a  été  commencée  sous  Pto- 
loméeet  Gléopâtre,il  y  a  près  de  deux  mille  ans,  a  peut-être  du  rap- 
port avec  les  hiéroglyphes,  dont  l'obélisque  est  couvert  sur  ses 
quatre  faces.  Cet  obélisque  a  vingt-deux  pieds  de  hauteur ,  et  ses 
faces  deux  pieds  de  largeur  à  la  base.  L.  S.  B. 

RUSSIE. 

SAiNi-PÉTEasBouBG. — Académie  impériale  dessciences.  —Mémoires 
lus  dans  les  séances  de  septembre  et  d'octobre  i8ao.  —  i"  Traité  inti- 
tulé :  Eupraxia,  fille  du  grand  duc  Vsevolod,  épouse  de  l'empereur 
Henri  ly ;  par  Katc. —  2°  Observations  météorologiques  ;  par  Pk- 
iBOF.  —  S®  Sur  le  Lynkurium  des  anciens;  par  Kolleb. — Tableau 
moral  de  la  Russie  au  dixième  siècle  ;  par  l'ambassadeur  Ibn- 
Foselan  Muhadessi ,  géographe  arabe,  qui  vivait  au  commen- 
cement du  quatrième  siècle. 

MoscoD. — Société  biblique. —Dans  la  dernière  séance  de  cette  so- 
ciété ,  le  président  a  présenté  à  l'assemblée  l'édition  qui  vient 
d'être  faite  de  la  Bible  en  grec  ancien,  ainsi  qu'une  traduction  po- 
lonaise du  Nouveau  Testament;  l'une  et  l'autre  édition  ont  élé  tirées 
à   10,000  exemplaires. 


i 


u 


I^UROPE.  655 

SA.im-VÉTEU^oviG.—'U'ne  société  française  de  bienfaisance  s'est 
formée ,  il  y  a  deux  ans,  dans  cette  ville ,  sous  les  auspices  de  l'ambas- 
sadeur de  France  ,  et  à  Pexemple  des  autres  nations  qui  font  partie 
de  la  population  de  Saint-Pétersbourg.  Cette  société ,  qui  a  pour 
but  de  venir  au  secours  des  Français  malheureux ,  a  été  noblement 
encouragée  par  la  nation  russe. 

Littérature. — Si  l'on  en  juge  par  le  nombre  d'ouvrages  publiés  en 
Russie,  depuis  le  commencement  du  siècle,  la  littérature  russe  a 
fait  de  rapides  progrès.  En  vingt  ans ,  il  a  paru  huit  mille  volumes, 
tandis  que,  pendant  tout  un  siècle,  depuis  1700  jusqu'à  1800,  on 
n'en  a  imprimé  que  trois  mille.  On  compte  aujourd'hui  trois  cent 
cinquante  auteurs  russes  vivans,  dont  la  plupart  sont,ainsi  que  leurs  ou- 
vrages ,  inconnus  à  une  grande  partie  de  l'Europe.         L,  S.  B. 

DANEMARCK. 

CoPBNHAGUE. — Littérature, — Une  jeune  fille,  âgée  de  onze  à  douze 
ans  et  nommée  Virginia  Chrisliana  Lundy  donne  des  preuves, 
vraiment  étonnantes,  d'un  génie  précoce.  L'année  dernière,  elle 
a  publié  un  tableau  de  famille  intitulé  :  Clotilde  ,  ou  Deux  pour  un-^ 
depuis  peu,  elle  a  mis  au  jour  un  second  ouvrage  dont  le  titre  est; 
L'infidélité  découverte.  Ces  deux  livres  ont  beaucoup  de  lecteurs  , 
surtout  parmi  les  dames.  Ph,  G— Y. 

ALLEMAGNE. 

BAVièaE.^LANDSHUT. — Minéralogie. — Le  baron  de  Schiitz  ,  connu 
par  la  manière  distinguée  dont  il  a,  depuis  cinquante  ans,  dirigé  l'ad- 
ministration des  mines,  vient  de  faire  don,  à  l'école  de  cette  ville, 
de  sa  belle  collection  de  minéraux  ,  composée  de  2,0 18  morceaux 
rares  et  précieux ,  parmi  lesquels  les  fossiles  sont  en  grand  nombre. 
Cet  estimable  savant  ,  animé  par  l'amour  du  bien  public  ,  a  joint 
à  ce  riche  présent  celui  d'une  partie  de  sa  bibliothèque.  Ph.  G — Y. 

—  Munich. — Agriculture.  La  fête  centrale  de  l'agriculture  a  été 
célébrée  ,  le  7  octobre  dernier ,  aux  environs  de  cette  ville.  Les  pro- 
priétaires et  les  cultivateurs  qui,  pendant  le  cours  de  l'année, 
avaient  contrihué  le  plus  efficacement  à  l'amélioration  de  la  race 
des  bestiaux,  ont  reçu  des  prix,  qui  ont  été  distribués  par  le  ministre 
de  l'intérieur.  Les  plus  beaux  bestiaux ,  les  objets  d'agriculture  les 
plus  utiles  ont  été  exposés.  Le  roi  de  Bavière  et  sa  famille ,  le  roi 


6SA  EUROPE. 

de  Wurtemberg  et  une  population  immense  ont  assisté  à  cette  fête 
vraiment  nationale. 

BoxN. —  Le  Journal  de  Vuniversité  paraît  toujours  avec  un  égal 
succès.  On  vient  de  donner  au  public  le  IV*  cabier  du  premier 
volume  ;  voici  les  titres  des  articles  les  plus  intéressans  qu'il  ren- 
ferme :  1°  De  rhonneur,  par  Windiscbmann;  2°  iTilroduclion  à 
r étude  de  la  république  de  Platon^  par  Delbruck,*  3o  Examen 
d'un  squelette  fossile  ^  trouvé  dans  le  cercle  de  Clèves  ^  par  Dal- 
ton  ;  4»  de  la  Musique  des  Grecs  ,  par  Munscbow  ;  S''  Dissertation 
critique  sur  un  passage  deTzeiès^  relatif  à  Hésiode  ,  et  sur  plu- 
sieurs endroits  de  Callimaque ;  6»  enfin,  Chronique  de  Vuniver- 
5îVé,<?e  1819  à  1821.  Ph.   g.— y. 

,Bebun.  —  Extrait  delà  gazette  des  théâtres  et  de  la  musique, 
rédigée  par  M,  le  docteur  Aug.  Kchn;  N°  du  \*^  décembre  dernier, 

c ia  Théorie  de  la  musique^  publiée  dernièrement,  à  Paris,  par 

M.  deMomigny,  a  déjà  obtenu  en  Allemagne  une  attention  par- 
ticulière; l'examen  a  fait  reconnaître  que  les  bases  en  sont  posées 
avec  beaucoup  de  profondeur  et  de  sagacité.  Nous  pensons  que  la 
traduction  de  ce  grand  ouvrage  serait  d'autant  plus  désirable ,  que 
son  auteur  est  à  la  fois  praticien  et  tbéoricien,  comme  il  l'a  prouvé 
par  les  exemples  renfermés  dans  son  livre ,  et  par  ses  quatuofs  qui 
ont  un  grand  succès  à  Berlin.  » 

SUISSE. 

Canton  i>e  Genève. —  "Nouveaux  insirumens  de phjysique.~'Dan& 
la  session  de  la  société  helvétique  des  sciences  naturelles  ^  qui  a  eu 
lieu,  cette  année  ,  à  Bâie  ,  M.  le  professeur  Pictet  a  présenté  à  l'as- 
semblée ,  au  nom  de  M.  Alexandre-François  Selligue,  mécanicien 
et  ingénieur-opticien ,  de  Genève,  les  dessins  de  deux  instrumens, 
imaginés  et  exécutés  par  cet  habile  artiste  ;  l'un  ,  sous  le  nom  de  té- 
lémètre, et  destiné  à  la  mesure  des  distances  par  une  seule  station  , 
au  moyen  de  deux  lunettes,   assemblées  parallèlement    aux  deux 
extrémités  d'une  traverse  commune  ;  au  foyer  de  l'une  estunmécro- 
mètre  à   vis,  qui  mesure  l'angle  parallactique.  Cet  appareil,  à  ce 
qu'il  paraît,  ne  diffère  de  ceux  du  même  genre  ,  déjà  connus,  que 
parce    que,  dans  ceux-ci,  l'angle   est  mesuré  par  le  mouvement 
donné  à  l'une  des  deux  lunettes,  tandis  que  dans  celui  de  M .  Selligue, 
elles  demeurent  parallèles,  ce  qui  en  rend  l'usage  plus  sûr. 


EUROPE.  655 

Le  second  appareil  est  destiné  à  faire  les  fonctions  de  baromètre  ; 
c'est  une  sorte  de  balance  qui  indique  avec  précision  les  change- 
mens  de  poids  d'un  mfime  solide,  selon  que  le  volume  constant 
d'air  qu'il  déplace  est  plus  ou  moins  dense,  densité  qui  (si  elle  est 
rigoureusement  proportionnelle  à  la  pression  )  peut  indiquer  celle- 
ci  ,  et  par  conséquent  l'effet  barométrique  cherché.  Une  disposi- 
tion mécanique  particulière  rend  sensibles  à  l'instrument  les  plus 
légères  différences  de  poids ,  et  leur  résultat  barométrique  est 
indiqué  par  une  division  qui  y  est  adaptée.  M.  Selligue  a  obtenu 
du  roi  de  France  un  brevet  d'invention  de  cinq  ans  pour  le  premier 
de  ces  instrumens.  Ce  même  artiste  vient  également  d'obtenir  un 
brevet  d'importation  et  de  perfectionnement  de  dix  ans,  pourune 
presse  à  mouvement  continu,  ptopre  à  imprimer  des  deux  côtés, 
et  mue  par  une  machine  à  vapeur. 

— Observatoire.  — Voici  quelques  nouveaux  détails  (  voy.  ci-dessus, 
Tom.  XI,  p.  419)  sur  notre  observatoire,  réparé,  ou  plutôt  recons- 
truit presque  à  neuf,  en  1820,  aux  frais  de  la  ville.  On  y  a  pratiqué 
une  terrasse,  au  milieu  de  laquelle  s'élève  une  tourelle  à  toit  tour- 
nant, destinée  à  recevoir  un  cercle  répétiteur,  de  la  construction 
la  plus  perfectionnée.  L'observatoire  de  Genève  est  un  de  ceux 
de  l'Europe  dont  la  position  en  latitude  et  en  longitude  est  la  plus 
exactement  déterminée.  Elle  l'a  été,  astronomiquement,  par  un. 
grand  nombre  d'observations  d'éclipsés  de  satellites  et  d'occulta- 
tions d'étoiles;  et ,  géodésiquement ,  par  les  travaux  de  MM.  Henri 
et  Delcros,  géomètres  français,  qui  l'ont  lié  avec  Strasbourg  et 
Paris  en  le  comprenant  dans  leur  grande  triangulation  orientale. 

Saint-Gall. — La  société  d^agriculfure  cantonna  le  s'est  assemblée 
le  4  avril.  La  séance  a  été  ouverte  par  un  discours,  dans  lequel  le 
président  a  donné  un  aperçu  de  l'état  agricole  du  canton  ;  il  a  en- 
suite félicité  sa  patrie  de  ce  que  la  réunion  de  tant  d'agronomes 
zélés  lui  assurait,  pour  l'avenir,  une  partie  des  avantages  que  le 
canton  de  Berge  retire  des  établissemens  d'Hofwyl  ,  de  celui  de 
Zurich  et  de  la  ferme-modèle  de  Blâsihof.  Il  a  été  arrêté  ,  entre 
autres  ,  de  continuer  les  essais  faits  jusqu'ici  sur  l'emploi  de  la  ver- 
Idure  du  chanvre  de  Russie  ,  de  la  betterave  et  de  différentes  espèces 
|de  trèfle,  dont  l'utilité ,  pour  la  nourriture  des  bestiaux  ,  est  encore 
[peu  connue.  Le  pétit-conseil  a  alloué  à  la  société  vingt-cinq  louis, 


656  EUROPE. 

applicables  à  des  achats  de  graines ,  ainsi  qu'à  rencouragement  de 
Tagiiculture. 

—  Exposition  el  concours  d'instrumens  aratoires  et  économiques. 
—  Le  perfectionnement  de  l'agriculture  et  de  réconomie  rurale 
tient ,  en  partie ,  au  choix  et  à  la  construction  des  outils  et  instru- 
mens  employés  par  les  cultivateurs.  Aussi,  la  classe  d'agriculture 
du  canton,  dont  le  zèle  se  signale  tous  les  jours  davantage,  s'est- 
elle  empressée  ,  pour  obtenir  l'amélioration  de  nos  iustrumens  d'un 
usage  plus  journalier,  de  se  procurer  les  dessins  de  la  collection 
d'outils  et  d'instrumens,  sortis  des  presses  de  M.  de  Lasteyrie  :  ce 
recueil  a  été  mis  immédiatement  à  la  disposition  des  ouvriers 
disposés  à  en  exécuter  d'après  ces  modèles.  La  classe  ne  s'en  est 
pas  tenue  là;  et,  jugeant  que  le  moyen  le  plus  propre  à  hâter  ce 
genre  d'amélioration  serait  de  fournir  aux  agriculteurs  la  facilité 
de  voir  réunis,  dans  le  même  local,  les  divers  outils  et  instrumens 
qui  se  fabriquent  ou  se  vendent  dans  le  canton;  comme  aussi  de 
leur  faire  connaître  les  instrumens  nouveaux  ,  ou  non  encore  intro- 
duits dans  le  pays ,  et  dont  l'adoption  pourrait  abréger  ou  perfec- 
tionner leur  travail  ;  la  classe,  disons-nous ,  s'est  décidée  à  ouvrir  ce 
concours  dès  cette  année.  L'exposition  a  eu  lieu  du  16  mai  au  16  juin, 
dans  l'orangerie  du  jardin  de  botanique,  elle  ne  devait  d'abord 
durer  que  dix  jours  ;  mais  la  classe ,  ayant  reçu  d'Hofwil  quelques 
modèles  des  instrumens  aratoires  de  M.  de  Fellenberg,  a  jugé  conve- 
nable de  prolonger  cette  exposition  pour  les  y  ajouter.  Ce  premier 
fessai  n'a  pas  entièrement  répondu  aux  vues  qu'on  s'était  proposées; 
mais,  tout  incomplète  qu'était  l'exposition,  elle  a  cependant  pré- 
senté quelques  résultats  utiles.  Divers  instrumens  ,  peu  connus  dans 
notre  canton  ,  et  d'autres  qui  ont  atteint  un  degré  de  perfection 
inconnu  jusqu'ici ,  ont  été  soumis  à  l'attention  publique  :  tels  sont, 
par  exemple,  les  appareils  de  M^'*^  GeruaiSj  pour  la  vinification 
{Voy,  ci-dessus,  p.  607);  le  Z^a^Mewr,  ou  instrument  destiné  à  enlever 
aux  vignes  une  bague  d'écorce ,  pour  assurer  la  production  du  fruit, 
et  le  semoir  perfectionné,  c'est-à-dire  simplifié  par  notre  habile 
constructeur  d'instrumens  aratoires,  M.  Charles. Machet ^  de  Lancy. 
Le  comité  de  la  classe,  voulant  récompenser  le  zèle  et  l'intelligence 
avec  lesquels  cet  artiste  distingué  s'est  consacre  au  perfectionne- 
ment des  instrumens  applicables  à  nos  localités  et  a  cherché  à  les! 


EUROPE.  659 

populariser  dans  notre  canton ,  lui  a  décerne  la  grande  médaille 
d'argent  de  la  société  pour  f  avancement  des  arts^  dont  la  classe 
d'agriculture  est  une  section. 

Genève.  —  Enseignement  mutuel,  —  Cette  méthode  continue  à 
se  répandre  de  plus  en  plus  dans  ce  canton.  M.  le  ministre  VuUie- 
mos,qui  dirige  depuis  deux  ans,  avec  distinction^  l'école  établie  dans 
le  quartier  de  Saint-Gervais,  vient  d'appliquer  avec  succès  la  mé- 
thode lancastérienne  à  l'enseignement  de  la  géographie  et  de  la  sphère . 
On  espère  qu'il  publiera  incessamment  son  travail. 

Canton  de  Balb. — Nécrologie. — M.Pierre  Ochs,  conseiller  d'état, 
l'ami  d'Isaac  Iselin,  son  élève  et  son  successeur  dans  les  affaires  pu» 
bliques  comme  dans  les  sciences,  est  mort  à  Bâie  le  19  juin  dernier, 
à  l'âge  de  soixante-dix-neuf  ans.  Doué  de  dispositions  naturelles  très- 
étendues,  et  riche  de  vastes  connaissances  acquises  par  un  travail  sou- 
tenu ,  il  mérita  de  bonne  heure  l'estime  de  ses  compatriotes  et  la 
réputation  de  l'un  des  premiers  hommes -d'état  de  la  Suisse.  Son 
coup  d'oeil  prOmpt  et  son  excellent  jugement  lui  firent  aisément  dé- 
couvrir la  source  et  l'étendue  des  vices  qui  entachaient  diverses  ins- 
titutions nationales.  Pénétré  de  douleur  à  cette  découverte,  il  s'oc- 
cupa avec  zèle  de  tirer ,  de  l'histoire  de  son  pays  ,  des  règles  de  con- 
duite et  de  prévoyance,  propres  à  remédier  au  mal.  Si  la  facilité 
avec  laquelle  il  se  livra  alors  à  des  espérances  chimériques  mérite 
quelque  blâme,  il  n'en  est  pas  moins  vrai  de  dire  que  tous  les  repro- 
ches qui  lui  ont  été  adressés  sur  la  part  qu'il  prit  à  la  révolution  de 
la  Suisse  sont  loin  d'être  fondés.  Tout  homme  impartial,  qui  lira  at- 
tentivement la  dernière  section  de  son  Histoire  du  pays  de  Baie 
(Geschichte  der  landschaft  Basel),  sera  frappé  du  ton  de  franchise, 
de  modération  et  de  sincérité ,  avec  lequel  il  parle  de  sa  conduite ,  à 
cette  époque  mémorable.  Il  a  laissé  divers  ouvrages ,  mais  celui  que 
nous  venons  de  mentionner  suffirait  pour  assurer  sa  réputation  comme 
historien ,  si  celle-ci  ne  reposait  pas  déjà  sur  d'autres  travaux  non 
moins  recommandables.  Nous  avons  rendu  compte  de  deux  volumes 
de  cette  histoire  (Tom.  VI,  pag.  164  et  Tom.  X,  pag.  677),  dont 
l'achèvement  a  occupé  tous  les  momens  de  loisir  de  ses  dernières 
années  :  l'impression  se  poursuit  maintenant  sans  relâche ,  et  nous 
nous  empresserons  de  rendre  compte  à  nos  lecteurs  des  nouvelles 
livraisons ,  dès  qu'elles  seront  publiées.  A.  S. 

TOMB  XII.  A2 


66Ô  EUROPE. 

ITALIE. 

BoYAVMB  DE  Naples. — Météore. — On  trouve,  dans  le  Journal  JEnçy-^ 
clopédique  de Naples (1821  ,  n°»  I  et  II),  la  description  d'un  météore 
extraordinaire  qui  s'est  fait  voir,  le  29  novembre  1820,  dans  plusieurs 
endroits  du  royaume  de  Naples,  et  surtout  à  Lecce. Une  explosion  sem- 
blable à  un  coup  de  pistolet,  et  suivie,  quelques  înstans  après,  d'une 
autre  plus  forte  encore ,  l'annonça  vers  les  sept  heures  du  soir.  Il  dé- 
crivit, avec  un  sourd  mugissement,  une  parabole  du  nord  au  sud, 
laissant  derrière  lui  un  sillon  de  lumière  flamboyante,  et  disparut 
après  une  dernière  explosion.  On  a  cru  le  voir  tomber  dans  la  Médi- 
terranée, près  de  la  Calabre.  Il  semble  que  Lecce  ait  été  son  foyer, 
parce  que  c'est  là  qu'il  a  fait  le  plus  de  bruit.  Dans  ce  cas,  ce  qui  se- 
rait plus  remarquable,  c'est  qu'à  Naples ,  c'est-à-dire  à  la  distance  de 
3oo  milles  (  100  lieues) ,  la  lumière  fut  si  vive  ,  qu'elle  éclaira  toutes 
les  rues  de  cette  ville  de  la  même  manière  que  le  soleil  à  midi.  Ce 
phénomène  a  duré  près  de  trois  minutes. 

— VisDVK. — Après  la  dernière  éruption  du  Vésuve,  dans  la  plaine  qui 
circonscrit  son  cône  volcanique,  se  sont  formés  six  autres  cônes,  plus 
ou  moins  profonds.  Un  d'eux  s'élève  de  près  de  60  pieds,  et  a  un  péri- 
mètre d'environ  200  pieds  ;  un  torrent  de  lave  très-fluide  et  très-ar- 
dente le  traverse  en  dessous.  C'est  dans  le  cratère  de  ce  cône  qu'un 
)eune  officier  français ,  M.  Louis  Coutrel ,  s'est  précipité ,  le  1 1  janvier 
1821 ,  pour  mettre  fin  à  des  jours  empoisonnés  par  l'ennui.  On  trouve 
des  détails  sur  ce  sujet  dans  un  mémoire  lu  à  l'académie  des  sciences 
de  Naples ,  par  M.  Monticelli ,  son  secrétaire. 

SiciLB. — Géologie. — Parmi  les  observations  que  M.  Brocchia  faites 
dernièrement  sur  les  diverses  formations  des  roches  de  la  Sicile  ,  il  en 
est  une  qui  mérite  une  attention  particulière.  Sur  le  mont  Fellegrino, 
près  de  Palerme ,  il  a  remarqué,  à  différentes  hauteurs,  des  trous 
dont  la  forme  prouve  qu'ils  ont  été  l'ouvrage  du  mytilus  lithophagus; 
ils  sont  souvent  réunis  en  si  grande  quantité^  qu'ils  ressemblent  aur 
alvéole?!  d'une  ruche  ;  on  en  trouve  jusqu'au  sommet  de  la  montagne, 
qui,  d'après  les  mesures  des  astronomes  de  Palerme ,  s'élève  au-dessus 
du  niveau  de  la  Méditerranée,  de  i,85o  pieds  de  Paris  :  ce  qui  montre 
combien  cette  mer  s*est  successivement  abaissée.  On  peut  donc  ,  dit 
M.  Brocchi,  regarder  cette  roche  comme  une  espèce  de  nilomètre. 
Le  même  voyageur  assure  avoir  rencontré  de  pareils  trous  à  la  hau- 


4 


EUROPJE.  66| 

|teur,(|e3o  ou  io  pieds  de  la  surface  de  la  mer,  dan»  la  Calabro  ci- 
térieure,  entre  Fuscaldo  et  Scalea,  vers  le  promontoire  de  Palinuro,  et 
même  dans  la  Calabre  ultérieure ,  sur  les  bords  de  la  mer  Ionienne. 
Rome.  —  Hommage  au  Dante*  —  Une  société  d'bommes  de  let- 
tres et  d'artistes  très  distingués  a  célébré,  le  i4  septembre  ,  l'anni- 
versaire de  la  mort, de  Dante  Alighieri,  dans  une  maison  de  cam- 
pagne au-deli  du  pont  Milvio,  Tout  y  était  préparé  pour  imiter  ces 
rites  funèbres ,  q[ue  les  anciens  appelaient  Parentalia,  Au  milieu  , 
était  placée  la  tablt  du  banquet;  en  tête,  s'élevait  un  piédestal  qui 
soutenait  le  buste  du  Dante,  avec  l'inscription  suivante  : 

Danti  Aligherio 
Italicœ.poeseos.  parenti 
Qua  die.fato.  ohiit 

Quingentos.  post.  annos  ' 

Carmina.  et.  epulum.  funèbre. 

La  cérémonie  a  été  entremêlée  de  libations  et  d'entretiens  litté- 
raires relatifs  à  la  circonstance,  à  la  manière  des  Saturnales  de  Ma- 
(Crobe.  F.  Salfi. 

—  Journaux,  —  Les  recueils  périodiques ,  consacrés  à  la  littéra- 
ture et  aux  arts ,  continuent  de  paraître  avec  une  régularité  que  n'ont 
point  contrariée  les  graves  événemens  dont  l'Italie  a  éJté  le  théâtre. 
Nous  connaissons ,  parmi  ces  recueils ,  les  Notizie  del  Giorno ,  les  Ef- 
femeridi  Letierarie  ,  et  le  Giornale  Arcadico.  C*est  à  ces  trois  jour- 
naux que  le  vénérable  abbé  Francesco  Cancellieri ,  surintendant  de 
l'imprimerie  de  la  Propagande ,  etc.,  consacre  les  nombreux  résultats 
de  ses  recherches  sur  les  antiquités  chrétiennes  et  sur  l'histoire  litté- 
raire.Kous  avons  sous  les  yeux  quelques-unes  de  ses  dernières  produc- 
tions extraites  de  ces  recueils;*nous  citerons  ici  particulièrement  :  i»  Sa 
Notice  SUT  Filippo  Luigi  Gilii,  directeur  de  l'observatoire  du  Vati- 
can. (  Voy,  Tom.  XI ,  pag.  44*)  î  2*  sa  Lettera  intomo  la  maravigliosa 
7'azza  diporfido,  regalata  a  Giulio  III  per  la  sua  pilla  da  Asca- 
nio  Colonna ,  vase  de  porphyre  qui  a  onze  palmes  romaines,  dans  un 
sens,  et  trente-trois  dans  l'autre,  placé  au  musée  de  Pio  Glementino 
parles  soins  de  Pie  VI ,  en  1792  ;  3»  une  autre  lettre  al  signor  di 
Sebastiano  Ciampi ,  sur  les  Feriœ  varsavienses  ^  et  sur  les  épées  dei 
plus  célèbres  souverains  et  généraux;  4°  une  troisième  lettre  rt-' 
Jative  à  la  découverte  et  à  la  translation  de  la  colonne  Antonine  ; 

A2  ^ 


662  EUROPE. 

5o  une  quatrième ,  sopru  la  visita  de  sacri  liusini  délie  lasiliche  Va- 
ticane  ed  ostiense,  e  soldanaro  diS.  Pietro^  6"  une  cinquième  lettre 
relative  au  séjour  que  Frédéric ,  roi  de  Danemarck ,  fit  à  Florence 
et  à  Bologne  ,  en  1709,  et  aux  moyens  qu'il  employa  pour  obtenir  la 
grâce  du  marquis  Philippe  Bentivoglio  ,  condamné  à  la  peine  capi- 
tale. Tous  ces  opuscules  de  M.  Cancellieri,  publiés  en  1821,  ont  pour 
l)ut  d'éclaircir  quelque  question  historique,  et  méritent  l'approbation 
des  savans.  Leur  laborieux  auteur  ,  accoutumé  depuis  long-tems  à 
jouir  de  leur  estime  et  de  leurs  respects  ,  leur  prépare  encore  de  nou- 
veaux présens,  fruits  de  sa  vaste  érudition.  En  France ,  les  antiquités 
chrétiennes  occupent  rarement  les  académies  et  le  public  :  peu  de 
monumens  de  ce  genre  méritent  en  effet  leur  attention  ;  à  tous  égards, 
ce  sujet  semble  appartenir  à  l'Italie,  et  plus  particulièrement  à  la 
capitale  de  la  chrétienté.  C.  F. 

ESPAGNE. 
Barcelokne. — Médecins  français,  {^qy.  ci-dessus,  p.  45o.)  Au  mo- 
ment du  départ  des  médecins  français ,  la  municipalité  de  cette 
ville  a  fait  publier,  le  20  novembre  dernier,  la  proclamation  suivante 
«La  junte  municipale  de  santé  ,  dont  les  soins  continuels  pour  le  bien 
et  le  soulagement  de  cette  malheureuse  population  sont  si  notoires, 
a  eu  l'honneur  d'informer  le  public  ,  le  12  d  mois  passé,  de  l'arrivée, 
dans  cette  capitale,  des  cinq  médecins  français  qui  ont  été  envoyés 
par  leur  gouvernement  pour  observer  ,  d'accord  avec  nos  estimables 
professeurs  ,  la  terrible  maladie  qui ,  depuis  tant  de  tems  ,  nous 
afflige.  On  les  a  vus ,  dès  le  moment  même  de  leur  arrivée ,  se  mon- 
trer empressés  à  donner  leurs  utiles  secours  à  tous  les  malades  de 
celte  ville  qui  les  réclamaient.  Ces  offres  généreuses,  ils  les  ont 
remplies  avec  le  plus  grand  désintéressement ,  et  avec  cette  no- 
blesse de  sentiment  qui  distingue  les  philosophes  de  la  grande 
nation  à  laquelle  ils  appartiennent.  L'objet  de  leur  voyage  étant 
rempli,  ils  viennent  de  prendre  congé  de  la  junte,  et  lui  ont  té- 
moigné leur  profonde  reconnaissance  pour  le  bon  accueil  qu'ils  ont 
reçu  dans  cette  malheureuse  cité,  en  considération  des  lumières  qu'ont 
données  ces  illustres  médecins  sur  le  caractère  et  le  traitement  curatif 
de  la  maladie  régnante.  Une  entière  conformité  d'opinions  les  unit  à 
celles  que  le  gouvernement  supérieur  de  cette  province  a  déjà 
adoptées. 


EUROPE.  665 

«  Un  seul  sentiment  leur  cause  des  regrets ,  c'est  de  penser  qu'ils 
n'ont  pu  laisser  àcette  belle  population  une  méthode  certaine  et  assurée 
pour  guérir  une  maladie  qui  a  causé  tant  de  maux  ;  mais  ih  par- 
tent avec  la  résolution  d'appliquer  tous  leurs  talens  à  éclairer  une 
matière  d'une  aussi  grande  importance,  non  seulement  pour  le 
gouvernement  qui  les  a  envoyés,  mais  encore  pour  le  bien  de  l'in- 
téressante cité  qui  les  a  si  bien  reçus. 

o  C'est  en  raison  d'une  conduite  si  honorable  que  la  junte  a  cru 
devoir,  tant  en  son  nom  qu'en  considération  du  bon  voisinage  , 
leur  rendre  les  plus  vives  actions  de  grâce,  en  les  suppliant  de 
vouloir  bien  lui  communiquer  les  dernières  observations  qu'ils 
ont  pu  recueillir  sur  cette  terrible  maladie  ,  d'après  les  faits  qui 
se  seront  passés  sous  leurs  yeux.  C'est  ce  que  la  junte  s'empresse  de 
faire  connaître  aux  habitans  de  Barcelonne ,  pour  répondre  aux  sen- 
timens  que  doivent  leur  faire  éprouver  les  soins  généreux  qu'ils  ont 
reçus  de  MM.   les  médecins  français.  » 

Jj'académie  de  cette  ville  a  remis  à  chacun  des  médecins  français 
le  diplôme  de  membre   de  cette  société. 

Madrid.  — Instruction  publique. —  On  vient  d'établir  dans  cette 
ville  une  école  publique  ,  sous  le  nom  de  philantropique ,  dans 
laquelle  on  enseigne  la  logique,  la  critique,  la  métaphysique,  la 
philosophie  morale ,  le  droit  naturel ,  le  droit  des  gens,  le  droit  poli- 
tique, sans  exiger  des  élèves  la  connaissance  de  la  giammaire  latine. 
On  y  admettra  gratuitement  les  jeunes  gens  pauvres  qui  voudront 
en  profiter.  En  six  mois,  on  y  enseignera  ce  qui,  d'après  l'ancienne 
méthode,  occupait  les  élèves  plusieurs  années,  dans  les  universités. 

J.  A.  L. 

— Publications  nouvelles.— Chirurgie.— he  chirurgien  en  chef  de 
l'hôpital  de  Mahon,  Don  Manuel  Rodriguez ,  vient  de  publier  un  livre 
intitulé  ;  èfense  de  la  littérature  espagnole  en  général^  et  en  par- 
ticulier' de  la  chirurgie  médicale  militaire ,  au  sujet  d'un  article  du 
Dictionnaire  des  sciences  médicales  de  Paris.  L'auteur  fait  beaucoup 
valoir  les  travaux  antérieurs  de  sa  nation  dans  des  tçms  reculés  ,  afîn 
de  cacher  sa  pauvreté  actuelle.  Toutefois,  l'Espagne  a  encore  aujour- 
d'hui plusieurs  médecins  rccommandables  et  instruits  ,  ainsi  que 
beaucoup  d'établissemens  remarquables. 

— Économie  politique. —  L'ex-^scal  auprès  de  la  cour  royale  d'ap- 
pel de  Grenade,  Don  Juan  Scmperc  y  Guarinos,  déjà  connu  dans  le 


6U  ECllOPE. 

mode  savant  par  json  Histoire  du  luxe  et  des  lois  somptuairea de  VEs' 
pagne  (Historia  del  lujo  y  leyes  suntuarias  de  Espana),  et  par  sa  Col- 
lection des  écrits  concernant  le  règne  de  Charles  III  (Bibliotheca  de 
los  escritores  en  el  reino  de  Carlos  III),  a  publié  dernièrement  le 
quatrième  volume  de  sa  Bibliothèque  espagnole  d' économie  politique  ^ 
commencée  en  1801.  Ce  volume  contient  un  mémoire  très-remar- 
quable présenté  à  Charles  H  par  Don  Manuel  de  Lira ,  dans  lequel 
celui-ci  expose  au  roi  les  maux  qui  pesaient  sur  TEspagne  et  les 
nioyens  d'y  remédier.  On  y  remarque ,  de  plus ,  quelques  observa- 
tions de  Don  Manuel  Alvarez  Osario  y  Redin,  sur  la  politique  et 
l'administration ,  et  trois  mémoires  du  rédacteur  ;  sur  la  décadence 
de  la  culture  du  ver  à  soie,  dans  le  royaume  de  Grenade;  sur  le 
produit  des  impôts  dans  la  même  province ,  et  sur  les  établissemens 
de  bienfaisance.  Afin  qu'on  ait  une  juste  idée  de  l'intérêt  que  pré- 
sente cet  ouvrage ,  nous  donnerons  ici  une  table  des  trois  volumes 
qui  parurent  en  i8oi.  Le  premier  se  compose  d'un  Mémoire  sur  la 
nécessité  d'une  statistique  complète  d'Espagne ,  sous  les  rapports 
physiques  et  économiques^  par  le  rédacteur  ;  d'une  Notice^  du  même, 
sur  la  police  exercée  en  Espagne  à  l' égard  des  pauvres  et  des  vaga- 
bonds ;  d'un  Coup  d'œilt  de  Fernan  Ferez  de  Oliva ,  sur  la  naviga- 
lion  du  Guadalquivir ;  d'un  Mémoire ^  de  P.  Juan  de  Médina,  sur 
les  secours  à  donner  aux  pauvres  qui  se  trouvent  réellement  dans  le 
besoin  ;  d'un  Traité  comparatif  des  monnaies ,  par  Cobarruvias  : 
d'un  Projet  concernant  Us  maisons  de  prêt ,  par  Luis  Valle  de  la 
Cerda  ;  d'un   Projet  du  conseiller  des  finances  de  Pons  ;  et  d'un 
Mémoire  i  de  J.  B.  Antoneli,  sur  la  navigation  des  rivières  en  Es- 
pagne, Le  second  volume  renferme  une  introduction  et  quelques 
Notices  pour  l'histoire  de  la  jurisprudence  espagnole,  par  le  rédac- 
teur; enfin,  le  troisième  contient  diverses  notices  de  C.  J.  de  Ce- 
vallos,  D.  Guillon-Barbou  y  Castannede,  D.  Diego  Saavedra,  etc. 

— Histoire. — Don  Antonio  Maria  Alca  Galiano,  secrétaire  du  roi, 
•  publié  un  ouvrage  qui  a  pour  titre  ;  Apuntes  para  servir  à  la  his- 
ioria  del  origen  y  alzamiento  del  ejercito  destinado  à  ultramar  en 
primera  de  enero  de  1820  ;  chez  Cruz.  Cet  écrit  est  court,  mais  très- 
intéressant.  L'auteur,  quia  pris  une  part  importante  à  la  levée  de 
l'armée  d'expédition ,  raconte ,  avec  une  exactitud»  dont  on  doit  lui 
«avoir  gré ,  quels  moyens  furent  employés  pour  opérer  cette  levée. 
—  Plagiai  littéraire  de  la   Miscelanca  ,  journal  espagnol.  —  l'n 


I 


EUROPE.  (JGi 

j  ournal  quotidien  espagaol,  la  Miscelanea,  a  donné  successiremeot, 
dans  ses  n"s  des  9,  lo,  12  et  i3  septembre  1821  .  sous  ce  titre  :  De 
la  lecture  de  V histoire  ^  relativement  aux  femmes ,  la  traduction 
littérale  de  la  nonce  de  M.  Jullien  ,  sur  le  même  sujet ,  insérée  dans 
la  Reloue  Encyclopédique^  du  mois  d'avril  1821  (  Tom.  X,  p.  8-42}. 
Il  nous  semble  que,  traduisant  l'article  entier,  le  journaliste  aurait 
dû  au  moins  indiquer  le  nom  de  l'auteur  et  la  source  d'où  il  l'avait 
tiré  ;  mais  il  n'en  est  nullement  question ,  et  l'article  a  été  donné 
comme  article  original.  Ce  n'est  pas  la  première  fois  que  l'on  a 
signalé  de  semblables  plagiats.  La  Miscelanea  elle-même  s'en  est 
déjà  rendue  coupable  plus  d'une  fois ,  en  prenant  des  articles  litté- 
raires tout  entiers  dans  les  journaux  de  France. —  La  Gazette  de 
Milan  se  fait  aussi  distinguer  par  ce  genre  de  plagiat  ;  ses  feuille- 
tons sont  une  espèce  de  marqueterie,  dans  laquelle  plus  d'un  écri- 
vain reconnaît  les  morceaux  qu'on  lui  a  pris.  Si  l'on  peut  profiter 
des  nouvelles  politiques  données  par  les  journaux  étrangers,  sans 
qu'il  soit  nécessaire  de  grossir  ses  feuilles  de  citations,  c'est  que  les 
rédacteurs  des  articles  politiques  attachent  presque  toujours  plu» 
d'importance  à  la  nouvelle  même  qu'à  la  manière  dont  elle  est  pré- 
sentée ;  mais  il  ne  saurait  jamais  en  être  ainsi  d'un  article  littéraire. 
Toute  propriété  est  d'autant  plus  sacrée  que  le  propriétaire  y  a 
consacré  plus  de  ses  soins  et  y  attache  plus  de  prix  ;  et  les  produits 
de  la  pensée  sont  une  propriété  non  moins  respectable  que  les 
produits  de  l'industrie.  B. — pr. 

—  Gravure. — Histoire  naturelle. — Le  professeur  Don  Juan  Mieg 
vient  de  publier  une  collection  de  29  planches  ,  pour  servir  de  suite 
à  son  Paseo  por  el  gabineta  do  historia  natural  de  Madrid  (  Voye» 
ci-deasus,  T.  X,  p.  \o6>).  Elles  contiennent  an  gravures  d'animaux. 

—  Nécrologie.  —  M.  Rodrigues ,  astronome  distingué ,  que  le  gou- 
vernement espagnol  adjoignit  à  MM.  Biot  et  Arago,  savans  français, 
pour  la  mesure  d'un  arc  du  méridien,  est  mort  subitement,  à 
Madrid,  âgé  d'environ  quarante-cinq  ans.  Ses  travaux  l'avaient  fait 
séjourner  pendant  long-tems  à  Paris  et  à  Londres. 

PAYS-BAS. 

Amsterdam.  —  Institut  royal  belgique.  —  La  troisième  classe 
propose  pour  sujet,  du  prix  qu'elle  décernera ,  dans  sa  séance  pu- 
blique de  1823,  la  question  suivante  ;  *  Disquirutur  quid  Grœci 


em  EUROPE. 

vetereSy  ium  in  linguâ  scripturâque  suâ,  in  arlibus  atque  doctrinis 
ah  orientis  popiilis  mutuati  sint,  et  quam  ingressi  radonem  illud 
ad  suum  ipsiingenium,  vitœprivatœ  et  civilis  usum  accommodaue " 
rint,  auxerint  i  excoîuerint?  r»  Le  prix  est  de  "hoo  florins  de  Hol- 
lande, ou  d'une  médaille  d'or  de  même  valeur. 

Les  mémoires  pourront  être  écrits  en  latin,  en  belge  ,  en  fran- 
çais ,  en  anglais  ou  en  allemand  (  mais  avec  les  caractères  romains); 
ils  devront  parvenir  au  secrétaire  ordinaire  de  la  classe,  avant  la 
fin  de  1822. 

Becxelles.  —  Théâtre,  —  Depuis  que  le  gouvernement  a  institué , 
dans  cette  ville,  un  comité  de  lecture  pour  les  ouvrages  drama- 
tiques ,  on  a  joué  cinq  pièces  sur  le  théâtre  de  cette  ville  :  Premis- 
las ,  drame  tragique  ,  écrit  avec  emphase ,  et  où  l'on  cherche  en 
vain  une  action;  Guillaume  y  tragédie  ^  que  quelques  personnes 
ont  mise  à  côté  des  chefs-d'œuvre  de  Corneille,  mais  où  il  n'y  a  à 
louer  que  quelques  bons  sentimens,  assez  convenablement  expri- 
més; le  Jaloux  du  quinzième  siècle ^  opéra  en  un  acte,  plein  de 
•nouvemens.  . .  .  de  machines;  enfin,  VHeure  du  rendez  -  vous , 
bluette  dont  la  musique ,  qui  est  fort  agréable ,  et  les  paroles ,  qui 
sont  très-fades,  appartiennent  à  un  officier  de  l'armée  nationale. 

LovvAiN.  —  Nécrologie.  —  Joseph  JPlaschaerl ,  né  à  Bruxelles ,  en 
1760,  est  mort  dans  cette  ville,  le  19  mai  1821.  L'afiaiblissement 
de  sa  santé  l'avait  forcé  de  renoncer  aux  fonctions  publiques,  et  les 
bons  citoyens  l'avaient  vu  avec  peine  diminuer,  en  sortant  des  Etats- 
généraux,  le  nombre  des  défenseurs  des  saines  doctrines  et  des 
véritables  intérêts  de  l'État.  M.  Plaschaert  était,  à  la  fois,  homme 
public  et  littérateur.  On  a  retenu  de  lui  un  grand  nombre  de  jolis 
vers ,  pleins  d'une  gaîté  philosophique  ;  et  ses  deux  brochures ,  sur 
V Influence  des  langues  et  sur  la  Noblesse ,  font  regretter  qu'il  n'ait 
pas  entrepris  quelque  composition  plus  considérable.       de  R — g. 

FRANCE. 

Seine-et-Oisb. — Mably. — Machine  hydraulique» — La  machine  de 
Marly,  construite  sous  le  règne  de  Louis  XIV,  par  Rennequin,  pour 
faire  arriver  les  eaux  de  la  Seine  à  Versailles  et  au  château  de 
Marly,  était  parvenue,  dans  le  cours  d'un  siècle,  à  un  état  de  vé- 
tusté qui  faisait  craindre  que  sa  suppression  ne  devînt  bientôt 
nécessaire,  on  chercha  dcs-lois  les  moyens  de  la  remplacer.  Celle 


EUROPE.  667 

grande  machine  élevait  l'eau  à  une  hauteur  verticale  de  5oo  pieds  ; 
mais  avant  d'arriver  à  cette  élévation,  Teau  était  reprise  à  trois  fois 
par  des  pompes  mises  en  mouvement  par  des  chaînes  et  des  balan- 
ciers, qui  recevaient  leur  impulsion  de  roues  placées  sur  la  rivière* 
Ce  mécanisme  était  fort  compliqué,   et  l'on  devait  chercher  à  le 
simplifier.  On  pensa  qu'il  était  possible  d'élever  l'eau  d'un  seul  jet, 
de  la  rivière  à  l'aqueduc  construit  au  l;»aut  de  la  colline  de  Marly. 
M.  Brunet  y  parvint,  en  i8o4,  au  moyen  de  pompes  aspirantes  et 
refoulantes,  et  d'un  récipient  d'air.  Cette  importante  découverte  fut 
perfectionnée,  en  1808,  par  M.  Bralle,  ingénieur  en  chef  des  ponts  * 
et  chaussées,   alors  directeur  de  la  machine  de  Marly,    qui  donna 
au  cours  de  l'eau  élevée  plus  de  régularité.  En  ï8h,  il  fut  décidé 
que  la  machine  hydraulique  serait  remplacée  par    une  pompe  à 
vapeur.  Celle-ci  doit  offrir,  en  effet ,  l'avantage  d'agir  en  tout  tems, 
indépendamment  de  la  crue  ou  de  la  baisse  des  eaux  ;  elle  permettra 
d'ailleurs  de  rendre  à  la  navigation  le  bras  de  la  Seine  fermé  pour 
l'établissement  de  l'ancienne  machine.  MM.  Martin  et  Cécile  furent 
chargés  de  présenter  les  plans  de  cette  machine  à  feu,  et  ils  firent 
avec  succès,  en  i8i5,  l'essai  de  leur  système  de  pompes  foulantes, 
élevant  l'eau  d'un  seul  jet,  et  sans  récipient  d'air.  D'après  le  ré- 
sultat de  cette  expérience ,  le  roi  ordonna  que  la  machine  projetée 
serait  construite  aux  frais  du  trésor  de  la  couronnne  ;  elle  représen- 
tera la  force  de  soixante-quatre  chevaux,  et  élèvera  80  pouces  d'eau. 
L'exécution   de    ces  travaux   exigeait  la  démolition  de  l'ancienne 
machine.  D'un  autre  côté  ,  le  service  de  la  ville  de  Versailles  devant 
être  assuré,  on  établit  une  machine  provisoire  ,  mise  en  mouvement 
par  une  des  roues  placées  sur  la  rivière;  et,  en  1817,  la  machine 
de  Rennequin  fut  démolie.  Depuis  lors,  on  n'a  pas  cessé  de  tra- 
vailler à  la  construction  du  bâtiment  qui  renfermera  la   machine 
à  vapeur  et  à  la  construction  de  la  machine  elle-même  ;  le  bâtiment 
est  terminé  ,   et  l'on  vient  d'arriver  à  la  fondation  du  massif  qui 
doit  supporter  le  cylindre. 

Le  ministre  de  la  maison  du  roi  ayant  voulu  que  ,  pour  cons- 
tater l'époque  d'une  construction  si  remarquable  et  en  rappeler  les 
circonstances,  une  inscription  fût  posée  dans  la  première  pierre  de 
la  fondation  de  ce  massif,  cette  opération  a  eu  lieu,  le  i4  octobre 
dernier,  avec  la  solennité  convenable. 

—  Jura,  —  SAtiifs,  — Enseignement  mutuel,  —-La  distribution  des 


668  EUROPE. 

prix  de  l'école  de  cette  ville  s'est  faite  avec  beaucoup  de  fiolennité. Cette 
école  ,  entretenue  par  une  souscription  volontaire,  voit  chaque  année 
le  nombre  de  ses  élèves  s'augmenter.  C'est  au  zèle  éclairé  de  son  ins- 
tituteur, M.  Bigonnet,  qu'elle  doit  ses  rapides  succès.  Les  pères  de  fa- 
mille les  plus  prévenus  contre  un  établissement,  qu'on  leur  avait  re- 
présenté comme  une  nouveauté  dangereuse,  en  reconnaissent  aujour- 
d'hui les  avantages,  et  n'hésitent  plus  d'y  envoyer  leurs  enfans.  Les 
curés  les  plus  respectables  de  la  ville ,  s'étant  assurés  que  l'instruc- 
tion religieuse  y  était  suivie  avec  le  plus  grand  soin  ,  se  sont  fait  un 
devoir  de  le  protéger.  Cet  établissement  était  surtout  nécessaire 
dans  une  ville  qui  a  perdu  tous  ceux  qu'elle  avait  avant  la  révolu- 
tion, et  qui,  éloignée  des  grandes  routes  commerciales,  n'a  guère 
pour  ressources  que  la  culture  peu  productive  de  son  vignoble. 
Cette  même  nécessité  se  fait  également  sentir  dans  la  plupart  des 
petites  villes  du  département,  où  la  pauvreté  des  familles  du  peuple 
les  oblige  de  retirer  leurs  enfans' des  écoles  publiques,  aussitôt  qu'ils 
sont  propres  à  un  travail  manuel.  On  doit  considérer  l'instruction 
des  basses  classes  du  peuple  comme  la  sauve-garde  de  leurs  mœurs 
et  la  plus  sûre  garantie  de  leur  obéissance  aux  lois.  L'expérience 
de  tous  les  siècles  a  prouvé  que  l'ignorance  dans  le  peuple  était 
un  germe  de  fanatisme  et  de  révolution.  B — t. 

CHAEEnTE-lNFÉBiEunE^  —  Saihtes.  —  ArcTièologie.  —  M.  Chaudruc 
deCrazannes,  chargé,  parle  ministre  de  l'intérieur,  de  l'inspec- 
tion et  de  la  conservation  des  monumens  d'antiquité  du  départe- 
ment de  la  Charente-Inférieure,  et  particulièrement  de  ceux  de  la 
ville  de  Saintes,  vient  de  se  livrer  à  de  nouvelles  recherches,  qui 
ont  été  couronnées  d'un  heureux  succès;  en  voici  les  résultats. 

Amjthithèâtre» — M.  de  Crazannes,  pr.r  suite  d'une  étude  et  d'un 
examen  approfondis  du  terrain ,  et  à  l'aide  de  nouvelles  fouilles  ,  a 
reconnu  ,  i»  que  l'arène  ou  aire  d«  l'amphithéâtre  ,  aujourd'hui  en- 
combrée par  les  ruines  de  ce  monument ,  et  située  à  environ  neuf 
pieds  au-dessous  du  sol  moderne,  était  entièrement  pavée  ;  a"  que 
ies  caveœ ,  ou  loges  des  animaux  destinés  aux  jeux,  aussi  recou-; 
vertes  et  masquées  maintenant  par  les  terres,  étaient  placées  sous 
le  podium  i  à  droite  de  la  grande  arcade  de  l'est ,  et  que  les  cafeœ  4 
qui  sont  la  partie  la  mieux  conservée  du  monument,  communi-« 
quaieut,  par  dos  souterrains,  bâtis  et  voûtés  à  la  manière  des  Ro- 
mains ,  à  la  maison  romaine  ,  dite  du  Colcau ,  située  dans  la  vallée 


EL'RO^E.  669 

de  raniphitliéâtre,  à  l'est ,  et  à  trente  toises  de  ce  monument  ;  mai-' 
son  destinée ,  selon  toutes  les  apparences  ,  au  logement  des  ie5-" 
tiaires  et  autres  préposés  au  service  de  l'amphithéâtre  et  de  là 
naumachie.  Ces  souterrains,  de  six  pieds  de  hauteur,  sur  quatre  h 
cinq  de  largeur,  sont  encore  dans  toute  leur  intégrité.  Par  leur 
moyen,  les  bestiaires,  sans  sortir  de  l'enceinte  de  leur  habitation,  ' 
pouvaient  donner  leurs  soins  aux  animaux ,  et  communiquer  même  , 
au  besoin ,  intérieurement  avec  l'arène.  M.  de  Crazannes  a  décou- 
vert quatre  de  ces  caves  que  la  Sauvagère  et  Bourignon  n'avaient 
pas  vues. 

aqueduc  et  naumachie. — Le  même  antiquaire  a  également  par- 
couru, dans  tout  son  cours,  avec  le  plus  grand  soin,  l'aqueduc 
destiné  à  porter,  dans  un  trajet  de  plus  de  deux  lieues,  tantôt  sur 
des  arcs ,  tantôt  au  moyen  de  conduits  souterrains ,  les  eaux  des 
fontaines  du  Douhet  et  de  Vénérand,  à  Mediolanum-Santonum , 
pour  le  service  des  établissemens  publics  de  cette  ville ,  celui  de  ses 
habitans,  et  aussi  pour  alimenter  la  naumachie  pratiquée  dans  l'arène 
de  l'amphithéâtre.  Il  est  parvenu  à  retrouver  la  majeure  partie  des 
puits  ou  évents ,  des  réservoirs  et  des  piles  ruinées  des  arcs  de  ce 
beau  monument ,  ainsi  que  le  bassin  ou  canal  des  eaux ,  dans  les 
parties  où  il  circulait  à  fleur  déterre.  M.  de  Crazannes  a  reconnu 
que  ce  oanal ,  arrivé  sur  le  coteau,  à  l'est  de  cette  ville ,  au  lieu  dit 
du  moulin  de  la  Grille ,  faisait  un  coude  ou  détour  pour  prendre  sa 
direction  vers  Saintes,  à  droite  du  faubourg  des  Dames ,  qui  est  l'an- 
cienne chaussée  ou  voie  romaine  de  Mediolanuni'Santonum  à  Li- 
monum  {  Poitiers  ).  L'aqueduc  traversait  le  lit  actuel  de  la  Charente, 
vis-à-vis  la  chaussée  dite  de  Rei^ersaux ,  et  dans  le  lieu  où  cet  inten- 
dant avait  projeté  de  faire  construire  le  nouveau  pont  de  Saintes  : 
parvenu  à  l'angle  du  mur  de  ville ,  cette  muraille ,  dont  il  reste 
encore  quelques  pans,  et  qui  est  construite,  selon  l'usage  des  Ro- 
mains, en  gros  quartiers  de  pierre  sans  ciment,  lui  servait  d'appui 
ou  de  support,  ainsi  que  la  porte  Aiguière  {porta  Aquaria  ) ,  à  la- 
quelle il  donnait  son  nom.  L'aqueduc  aboutissait,  de  cette  manière, 
au  coteau  ou  hauteur  dite  de  Saint-Macoul  [on  Maciou),  servant 
d'assiette  à  la  ville  antique.  On  le  voit  à  découvert  sur  une  étendue 
de  seize  toises  ,  près  de  la  maison  de  la  poste  aux  chevaux  ,  où  il  re- 
prenait son  cours  souterrain.  Arrivé  sur  ce  point ,  il  se  divisait  en 
deux  branches   principales,  l'une  suivant  la  direction  de  l'ouest, 


670  EUROPE. 

Ters  la  cité  Romaine,  et  l'autre,  se  détournant  brusquement,  et 
formant  un  angle  droit,  en  suivant  la  rampe  du  coteau  jusque  vis-à-vis 
l'amphithéâtre,  sur  cette  même  colline  où  il  a  été  également  mis  & 
découvert  :  c'est  là  qu'il  débouchait  dans  le  vallon  même  de  cet 
amphithéâtre,  à  côté  delà  maison  du  coteau  ,  dont  on  a  parlé  plus 
haut.  L'aqueduc  suivait  cette  vallée  dans  un  lit  h  fleur  de  terre ,  et 
parvenait  dans  l'arène  par  l'arcade  principale  ou  du  centre ,  du  côté 
de  l'est,  dont  le  sol  a  été  tenu,  à  cet  effet,  beaucoup  plus  bas  que 
celui  des  antres ,  à  droite  et  à  gauche ,  et  où  l'on  reconnaît  encore 
facilement  le  lit  de  l'aqueduc.  Une  branche  accessoire  de  dérivation 
alimentait  d'eau  la  maison  du  coteau,  pour  l'usage  des  hommes 
et  des  animaux. 

Capitule.  On  a  découvert  dernièrement  sous  le  sol  du  capitole  de 
Santonum,  un  superbe  chapiteau  d'ordre  ionique,  en  belle  pierre  du 
pays,  et  dans  les  plus  grandes  proportions.  La  sculpture  en  est 
riche,  et  elle  rappelle  les  meilleurs  ouvrages,  en  ce  genre,  de  Tépoque 
d'Adrien  et  des  Antonins,  qui  se  plurent  à  embellir  les  Gaules  des 
monumens  des  arts.  Cette  découverte  est  d'autant  plus  précieuse 
pour  les  habitans  de  Saintes ,  que  c'est  le  seul  fragment  d'ordre 
ionique  trouvé  jusqu'à  ce  jour  dans  les  ruines  de  Mediolanum  ,  où 
le  corinthien  et  le  dorique  s'offrent  en  abondance. 

Bains  romains*  En  continuant  les  fouilles  de  ce  monument, 
M.  de  Grazannes  a  fait  dégager  une  nouvelle  chambre ,  couverte  de 
peintures  à  fresque ,  dont  les  bordures  présentaient  des  espèces  de 
méandres  de  divers  dessins  à  compartimens.  On  a  aussi  retiré  des 
décombres  plusieurs  plaques  de  marbre  de  revêtement,  dont  quel- 
ques-unes ornées  de  moulures.  Le  blanc  et  le  vert  antique  y  domi- 
naient. Ge  monument ,  où  il  y  a  encore  beaucoup  à  fouiller  ,  appar- 
tient à  un  particulier ,  et  il  serait  fort  à  désirer  que  le  département 
ou  la  ville  en  fissent  l'acquisition  :  c'est  ce  qu'a  souvent  demandé 
M.  de  Grazannes.  M.  Millin  en  avait  aussi  exprimé  le  vœu. 

On  déterre  tous  les  jours ,  à  Saintes  et  dans  ses  environs ,  des 
médailles  consulaires  et  impériales  de  divers  métaux  et  modules  ; 
des  pierrres  gravées,  des  figurines,  des  vases  ,  etc.  M.  de  Grazannes 
a  transmis  dernièrement  à  M.  Mongèz  le  dessin  d'une  bague  an- 
tique, en  argent,  figurant  un  double  chapiteau  corinthien  ;  le  chaton 
orné  d'une  cornaline ,  dont  la  gravure  représente  une  cicogne  ou  un 
ibis,  le  cou  renversé  en  arrière  et  le  bec  en  l'air,  à  peu  près  dans 


EUROPE.  671 

i'atlltude  que  Ton  remarque  à  l'oiseau  symbolique  indiquaftt  la  bon, 
principe  i  sur  les  chapiteaux  historiés  de  nos  premières  églises  go- 
thiques ;  d'où  M.  de  Crazannes  avait  tiré  l'induction  que  ce  bijou 
pouvait  avoir  appartenu  à  un  chrétien  primitif,  le  travail  de  cette 
bague  étant  romain. 

M.  Pépin  de  Belisle,  préfet  du  département,  a  annoncé  à  M.  de 
Crazannes  qu'il  venait  de  demander  au  ministre  de  l'intérieur 
l'autorisation  de  prendre,  sur  les  fonds  libres  de  ce  département, 
une  somme  destinée  à  continuer  les  fouilles  et  les  recherches  d'an- 
tiquités auxquelles  cet  antiquaire  se  livre  avec  autant  de  fruit  que 
de  zèle. 

SOCIÉTÉS    SAVANTES   ET    d'uTJLITÉ   PUBLIQUE. 

LoNS -LE-SAULNiEft  (Jura).  —  JJa  Société  d'émulation ,  établie 
dans  cette  ville  en  i8i8,  travaille  avec  zèle  et  succès  à  faire  con- 
naître à  la  France  les  ressources  particulières  que  le  sol  et  l'industrie 
de  ce  département  peuvent  lui  offrir.  Nous  indiquerons  brièvement 
l'objet  des  principaux  mémoires  dont  M.  le  secrétaire  perpétuel  a 
fait  l'analyse  dans  la  séance  publique  de  cette  année. 

M.  Nicod  de  Ronchaud  a  examiné  les  bases  sur  lesquelles  on 
veut  établir  le  calcul  du  revenu  imposable  dans  le  Jura  ;  et  il  a  dé- 
montré, d'après  la  connaissance  des  localités, que  ce  calcul  est  inexact, 
et  qu'il  doit  l'être  également  dans  les  départemens  voisins. — M.  de 
Coucy ,  ci-devant  préfet  du  département ,  s'est  occupé  paticulière- 
ment  d§  l'amélioration  des  races  bovines.  —  Les  observations  de 
M.  Gerrier  sur  les  perfectionnemens  dont  l'agriculture  lui  paraît 
susceptible ,  suivant  les  localités ,  sont  du  plus  grand  intérêt  pour 
les  propriétaires.  Il  insiste  surtout  sur  la  nécessité  d'abandonner 
les  jachères ,  les  droits  de  vaine  pâture ,  d'encourager  les  prairies 
artificielles  qui  ne  sont  point  encore  généralement  introduites 
et  d'adopter  les  instrumens  aratoires  de  Fellenberg  et  de  Pictet. 
— Les  antiquités  du  département  ont  fixé  l'attention  de  M.  Monnier, 
conservateur  du  Musée.  Son  mémoire  sur  la  Séquanie,  ses  recher- 
ches sur  les  anciens  châteaux  forts  dont  les  ruines  subsistent  en- 
core, lui  ont  obtenu  les  suffrages  du  ministre  de  l'intérieur  et  de 
l'académie  des  inscriptions  et  belles-lettres.  —  M.  Babey,  élève  do 
l'école  normale  et  professeur  de  mathématiques  au  collège  de 
Salins,  a  communiqué  à  la  Société,  dont  il  est  membre)  ses  essais 


672  EtROPE. 

_         .  .    -  .r    . 

sur  la  liçhnographie  «t  la  mufcolagie  du  Jura.  La  plus  grande  partie 
de  cette  longue  chaîne  dé  montagnes  n'avait  pas  encore  été  ex- 
.plorée  par  les  botanistes,  M.  Babey ,  encouragé  par  M.  de  Candole, 
.«  choisi  pour  objet  de  ses  études  la   partie  de  la  science  bota- 
nique dont  les  amateurs  aiment  le  moins  à  s'occuper,  et  qui  pré- 
sente le  plus  de  difficultés,.par.la  nécessité  d'observer  à  l'aide  d'une 
loupe  ou  du  microscope.  Le  succès  a  couronné  son  zèle;  et  déjà , 
dans  ses  courses  botaniques ,  il  a  découvert ,  observé  et  recueilli^ 
dans  le  Jura,  plus  de  deux  cents  espèces  de  lichens  (on  n'en  connaît 
que  six  centsj ,  et  fait  une  collection  de  cent  cinquante  espèces  de 
mousses.  —  M.  Charbaut,  ingénieur  des  mines,   s'est  occupé  de 
la  géologie  des  environs  de  Lons-le-Saunier  ;  et  M.  Guyétand ,  dt 
l'histoire  naturelle  et  de  la  topographie  médicale  de  cette   belle 
vallée   du  Jura,   connue  sous  le   nopi    de  Grand-Vaux,  —  M.  de 
Rebours  a  fait  voir  tous  les   avantages  qui  résulteraient,  pour   le 
déparlement,  de  l'établissement  d'une  caisse  hypothécaire  d'agricul- 
ture. —  Le  mémoire  de  M,  Boichoz,  sur  la  culture   des  plantes  à 
potasse  ,  lui  a  mérité  une  mention  honorable  de  la  Société  d'en- 
couragement pour  l^industrie  nationale.  Parmi  les  plantes  soumises 
à   ses  essais,  la  tanaisîe  est  celle  dont   la    culture  serait  la   plus 
avantageuse,  si  l'expérience  justifiait  les  calculs  de  l'auteur  ;  il  assure 
qu'un  hectare  de  tanaisie  produirait  douze  cent  cinquante  livres 
de  potasse ,  dont  la  valeur  ne  peut  être  moindre  de  45o  francs  par 
an. — Nous  devons  aussi  mentionner  la  nouvelle  charrue  inventée 
par  M.  Hugonet,  cultivateur,  et  adoptée  dans  le  premier  échelon 
des  montagnes  du  Jura.  Cette  invention  lui  a  valu  une  récompense 
de  3oo  francs  de  la  part  du  ministre  de  l'intérieur.  —  Enfin  ,  nous 
citerons  un   mémoire  de  M.  l'abbé  Mermet,  professeur  émérite  ^ 
sur  l'origine  et  les  progrès  de  l'art  du  tour  à  Saint-Claude ,  ville  re- 
nommée par  ses  jolis  ouvrages  en  buis.  B — t. 

Lyow  (Rhône).  —  L'académie  royale  des  sciences ,  lettres  et  artf 
de  cette  ville  vient  d'associer  à  ses  travaux  l'un  de  nos  collabora- 
teurs, M.Moreau  de  Jonnès,  correspondant  de  l'Institut  de  France, 
auteur  d'une  Monographie  historique  et  médicale  de  la  fièvre  jaun^ 
et  d'une  Histoire  physique  des  Antilles,  dont  il  a  déjà  paru  des  fragr 
mens  étendus. 

Macon  (Saône-et-Loire). — Société  des  sciences ,  arts  et  belles- letj- 
très.  —  A  l'exemple  de  l'Académie  française  ,  celte  société  vient  d# 


I 


EUROPE.  673 

voter  on  prix  de  poésie  destiné  à  honorer  le  dérouement  des  méde- 
cins français  et  des  dignes  sœurs  de  Saint-Camille ,  à  Barcelonne. 

PARIS. 

Institot.  —  Académie  des  sciences,  — Novembre  1821 .  —  Séance 
du  5.  —  MM.  Vauquelin  et  Brongniart  font  un  rapport  sur  un  mé- 
moire de  M.  Riveiro  ,  relatif  à  une  combinaison  nouvelle  ,  nommée 
par  celui-ci  humboldtine  ^  et  qui  est  un  sous-oxalate  de protoxide  de 
fer^  trouvé  par  M.  Breithaupt,  dans  un  dépôt  de  lignite  friable  ,  à 
Kolowerux,  près  de  Bilin,  en  Bohême.  Les  conclusions  de  ce  rap- 
port, entièrement  favorables  à  M.  Riveiro,  sont  adoptées  par  l'aca- 
démie.—  Au  nom  d'une  commission,  M.  Geoffroy-Saint-Hilaire  lit 
Mn  rapport  sur  le  précis  du  voyage  fait  au  cap  de  Bonne-Espérance  , 
parM.  Delalande.  (Fity/.  T.  IX,  p.42i.)Surles  conclusionsdurappor- 
teur,l'académie  arrête  qu'elle  recommandera  M.  Delalande  à  l'intérêt, 
et  à  la  munificence  du  gouvernement. — M.  le  baron  Milius  donne  des 
détails  sur  les  progrès  des  cultures  de  l'île  Bourbon ,  et  envoie  un 
échantillon  de  l'opium  qui  a  été  recueilli  dans  cette  île.  MM.  Vau- 
quelin et  Deyeux  sont  chargés  de  l'examiner.  -^  M.  Turban  annonce 
iin  moyen  contre  les  contagions,  (MM.  Halle  et  Duméril ,  comjnis- 
saires.  )  — M.  Portai  rend  un  compte  verbal  du  mémoire  de  M.  Lar- 
rey  sur  lafièure  jaune.  — M,  Audoin  lit  un  mémoire  sur  un  insecte 
aptère,  trouvé  sur  un  dittique.  (MM.  Latreille  et  Savigny,  com- 
missaires.) —  M.  Despretz  lit  un  mémoire  sur  la  densité  des  va- 
peurs. (  MM.  Biot  et  Thénard  ,  commissaires.  ) 

—  Du  12.  —  M.  Buache  fait  un  rapport  verbal  sur  la  Géographie 
physique  de  M.  Lamouroux.  (V.  l'annonce  de  cet  ouvrage,  ci-dessus, 
p.  599.) — M.  Latreille  fait  un  rapport  verbal  surTeniomographie  russe 
de  M.  Fischer.  — M.  Pelletan  lit,  au  nom  d'une  commission,  un  rap- 
port sur  un  mémoire  très  -  intéressant  deM.  Bertin ,  relatif  aux  affèc- 
fions  du  cœur.  L'académie  témoigne  à  ce  médecin  sa  satisfaction 
et  le  désir  de  lui  voir  poursuivre  ses  importans  travaux. 

—•Du  19.  —  M.  Ampère  communique  une  expérience  nouvelle  el 
très-remarquable  de  M.  Faraday  ,  qu'il  a  répétée  avec  MM.  Hachetta 
5t  Savary,  et  où  l'on  produit^  par  l'action  mutelle  d'un  aimant  et 
i'un  conducteur  voltaïque ,  un  mouvement  de  révolution  de  l'uo 
les  deux  autour  de  l'autre ,  mouvement  qui  se  continue  toujours 
lans  le  même  sens,  tant  que  la  pile  agit.  —  L'académie  va  au  scrutin 


i:u, 


67A  EUROPE. 

pour  l'élection  d'un  membre  à  la  place  de  M.  Gorvisart.  Les  candi- 
dats étaient  MM.  Chaussier  et  Desgenettes,  ex  œquo^  Bally,  Ber- 
tin,  Alibert  et  Double;  MM.  Magendie  et  Orfila,  ex  œquo.  Au 
second  tour  de  scrutin,  M.  Magendie  est  nommé  membre  de  Taca- 
demie.—  M.  Moreau  de  Jonnès  lit  un  mémoire  sur  les  phénomènes 
de  la  propagation  de  la  fièvre  jaune.  L'importance  du  sujet  nous 
détermine  à  donner  ici  les  conclusions  de  ce  mémoire ,  qu'il  est  in- 
téressant de  comparer  avec  l'opinion  contraire,  que  nous  avons  fait 
connaître  ci-dessus.  (  Vqy.  pag.  694.  )  —  «  En  récapitulant ,  d'après 
notre  propre  expérience,  dit  M.  Moreau  de  Jonnès,  et  d'après  plus 
de  six  cents  autorités  médicales  et  historiques,  les  phénomènes  de 
la  propagation  du  principe  contagieux  de  la  fièvre  jaune ,  on  est 
conduit  aux  résultats  suivans  :  cette  maladie  pestilentielle  est  tou- 
jours introduite  par  les  communications  marifimes ,  ou  par  celles 
avec  les  territoires  limitrophes  ,  quand  elle  apparaît  dans  une  con- 
trée pour  la  première  fois,  ou  après  un  long  intervalle.  Elle  est 
importée  et  propagée  par  les  personnes  ou  les  choses  qui  sont  in» 
fectées  de  son  principe  contagieux.  Il  est  faux  qu'elle  ait  aucune 
autre  origine  >  et  qu'elle  soit  produite  par  le  climat ,  les  tremble- 
mens   de  terre,  la  malpropreté,  l'intempérance,  ou  aucune  des 
prétendues  causes ,  désignées  sous  le  nom  àHnfeclion  locale.   C'est 
une  maladie  sui  generis ,  qui  appartient  à  l'ordre  des  contagions  , 
et  que  ses  caractères  rapprochent  de  la  peste  et  du  typhus.  Elle  est 
soumise,  comme  l'une  et  l'autre,  à  des  conditions  spéciales  de  dé- 
veloppement et  de  propagation  :  ces  conditions  sont  un  certain  de- 
gré de  chaleur,  l'humidité  pélagique  ou  celle  des  fleuves  ;  et,  quant 
aux  individus  exposés  à  l'action  du  principe  de  la  maladie  ,  le  degré 
d'excitabilité  cutanée ,  appartenant  aux  constitutions  fortes  et  ro- 
bustes, spécialement  au  tempérament  sanguin  et  aux  hommes  de  la 
race  européenne.  Les  lieux  et  les  individus  qui  ne  réunissent  point 
ces  conditions  échappent,  en  général,  à  la  propagation  de  la  maladie. 
C'est  pourquoi  elle  ne  s'étend  point  dans  les  contrées  éloignées  du 
littoral  de  la  mer  ou  des  fleuves  ;  elle  ne  se  propage  point  pendant 
l'hiver  de  nos  climats  ;  elle  s'éteint  sur  les  lieux  élevés  ;  elle  permet 
aux  races  africaines,  et  même  presque  toujours  aux  habitans  des  pays 
maritimes  de  la  zone  torride ,  d'échapper  à  la  contagion.  Elle  sévit, 
au  contraire,  avec  fureur  partout  où ,  étant  importée ,  elle  trouve  let 
circonstances  qui  favorisent  son  développement  et  sa  propagation 


EUROPE.  675 

San  germe  paraît  s'introduire  principalement  dans  le  corps  humain 
par  l'absorption  cutanée  ,  ce  qui  indique  les  frictions  huileuses,  ou 
de  tout  autre  corps  gras,  comme  un  moyen  préservateur.  Ce  germe 
ère  reproduit  dans  le  corps  humain  par  l'action  assimilatrice  des  forces 
Vitales,  et  sous  l'empire  des  conditions  nécessaires  de  son  développe- 
ment. Lorsque,  par  l'absence  d'une  ou  de  plusieurs  de  ces  conditions, 
Je  développement  n'a  point  lieu  ,  ou  ne  se  fait  qu'imparfaitement,  il 
n'y  a  point  de  reproduction  du  germe  de  la  maladie,  qui  devient 
alors  individuelle  et  sporadique.  Quand,  au  contraire,  le  principe  de 
la  fièvre  jaune  est  puissamment  reproduit  par  l'action  assimilatrice 
des  forces  vitales ,  que  stimule  l'influence  de  l'humidité  de  l'aiir  et 
delà  constitution  physiologique  des  individus,  ce  principe  s'échappe 
du  corps  humain  et  forme  autour  de  lui  une  atmosphère  de  conta- 
gion. Les  émanations  qui  constituent  le  principe  de  la  maladie  la 
communiquent  aux  personnes  qu'elles  peuvent  atteindre  d'une  ma- 
nière directe  ou  indirecte  ,  soit  en  s'exhalant  immédiatement,  soit 
en  cessant  de  demeurer  latentes  sur  les  objets  où  elles  étaient  restées 
déposées.   11   est   vraisemblable    que  ces   émanations  morbifiques 
agissent ," non  seulement  par  leur  énergie  propre,  mais  encore  par 
leur  quantité  ;  dans  les  circonstances  ordinaires  ^  leur  sphère  d'ac- 
tion paraît  ne  pas  s'étendre  au-delà  d'une  distance  de  dix  pieds.  Il 
n'y  a  point  de  fondement  à  l'assertion   que   ces  émanations  sont 
transportées  par  les  vents  d'un  lieu  dans  un  autre  ;  qu'elles  agissent 
à  une  grande  distance  à  l'air  libre,  et  que  l'atmosphère  entière 
d'une  ville  puisse  en  être  infectée.  Mais,  dans  tous  les  lieux  où  l'air 
est  stagnant ,  tels  que  l'entrepont  d'un  navire ,  les  salles  de  la  plu- 
part des  hôpitaux  ,  ou  les  maisons  resserrées   des  cités  d'Europe, 
ces  émanations   s'accumulent,  s'attachent  aux  personnes  et  auit 
choses ,  et  propagent  également  la  maladie  par  les  unes  et  par  les 
autres.  Par  ce  mode  d'action ,  s'expliquent  les  anomalies  que  pré- 
sente la  contagion  de  la  fièvre  jaune.  L'on  conçoit  comment  la  ma- 
ladie se  propage  dans  un  lieu  et  non  dans  un  autre;  comment  elle 
est  plus  contagieuse  que  la  peste  dans  la  chambre  étroite  d'un  ma- 
lade, et  comment  elle   cesse  de  l'être  sur  une  montagne,  sur  un 
rocher  insulaire  ,  ou  dans  un  lazaret ,  exposés  à  une  ventilation  forte 
et  soutenue.  La  puissance  salutaire  qu'il  est  possible  d'exercer  contre 
la  fièvre  jaune ,  en  la  dépouillant ,  par  ce  moyen ,  de  son  caractère 
contagieux,  ne  peut  avoir  toutefois  d'efficacité,  que  si  l'on  saisit  les 

Tome  xu.  A3 


676  EUROPE 

premières  traces  de  cette  maladie,  pour  l'arrêter  dans  ses  progrès, 
s'en  rendre  maître  et  l'étoufTer.  Mais  il  faut  en  faire  l'effrayant  et 
véridique  aveu  :  quand  le  principe  contagieux  de  la  fièvre  jaune , 
introduit  dans  une  ville  par  l'incurie  ou  la  cupidité,  protégé  par 
l'ignorance  ou  l'esprit  de  système  ,  est  reproduit  à  chaque  instant  du 
jour  en  cent  endroits  divers,  et  se  propage  par  toutes  les  transac- 
tions de  la  vie  sociale ,  il  n'y  a  plus  d'espoir  d'arrêter  ses  ravages  ; 
et  si  l'avenir  promet  d'y  mettre  un  terme  par  la  puissance  des  fri- 
mas, il  montre  aussi  leur  funeste  retour,  au  retour,  du  printems, 
et  seinble  menacer  l'Europe  du  destin  de  ces  peuples  de  l'antiquité, 
qui  devaient  payer  à  des  monstres  un  tribut  annuel  dé  victimes 
humaines.  » 

Du  26.  —  M.  Vauquelin  lit  un  rapport  sur  une  aérolithe  d'Aube- 
nas. —  M.  de  Férussac  lit  un  tableau  comparatif  des  mollusques  qui 
•habitent  les  terres  et  de  ceux  qui  habitent  les  eaux.  (MM.  Dnméril 
et  Savigny ,  commissaires.  )  —  M.  Bouvard  présente  des  Tables  nou- 
velles de  Jupiter  et  de  Saturne.  — M.  Fresnel  lit  un  mémoire  sur  la 
double  réfraction.  (MM.  Arago,  Ampère,  Poisson  et  Fourrier, 
commissaires.  )  —  M.  Girardin  commence  la  lecture  d'un  mémoire 
intitulé  ,  Considérations  physiologiques  et  médicales  sur  les  nègres. 

A.  M— T. 

—  Académie  française.  —  Séance  du  4  décembre.  —  M.  Duvallit 
une  comédie  en  cinq  actes  ,  intitulée  le  Complot  de  famille. 

Séance  du  6.  —  L'académie  arrête  qu'elle  proposera,  pour  sujet 
du  concours  de  poésie  de  1823  ,  le  dévouement  des  médecins  fran- 
çais et  des  sœurs  de  Saint-Camille ,  à  ^occasion  de  la  fièure  jaune 
de  Barcelonne. 

Le  Roi,  instruit  de  cette  décision  ,  a  mis  i,5oofr.  à  la  disposition 
de  l'académie  ,  pour  que  le  prix  fût  décerne  dans  la  séance  publique 
du  mois  à.'août  1822. 

Société  royale  et  centrale  d* agriculture.  —  Séance  du  27  Tnai 
1821  (i). — Prix  proposés  pour  1822  : —  i°  pour  l'introduction  dans 

(1)  L'abondance  des  matières  ne  nous  a  pas  permis  de  donner 
iplus  tôt  ce  programme  ;  et  môme  nous  sommes  obligés  de  nous 
borner  à  l'annonce  des  prix  relatifs  aux  objets  les  plus  importans. 
On  peut  d'ailleurs  se  procurer  gratuitement  les  programmes  dé- 
taillés de  la  plupart  de  ces  prix,  chez  madame  Iluzard,  néo  Vallat 
de  la  Chapelle.,  imprimeur-libraire  de  la  Société,  rue  de  l'Éperon , 


I 


k 


EDROrE.  677 

un  canton  de  la  France,  d'engrais  on  d'amendenicns  qui  n'y  étaient 
pas  usités  auparavant  ;  2°  pour  des  essais  comparatifs,  faits  en  grartd 
sur  différens  genres  de  culture^  de  l'engrais  terreux  (urate  calcaire), 
extrait  des  matières  liquides  des  vidanges,  par  MM.  Donat  et  coRi- 
pagnie;  30  pour  des  traductions,  soit  complètes,  soit  par  extraits, 
d'ouvrages  ou  mémoires  relatifs  à  l'économie  rurale  ou  domestique, 
écrits  en  langues  étrangères ,  et  qui  offriront  des  observations  ou 
des  pratiques  neuves  et  utiles;  4"  pour  des  notices,  soit  biogra- 
phiques, soit  bibliographiques,  sur  des  agronomes,  des  cultivateurs 
ou  des  écrivains  dignes  d'être  mieux  connus  pour  les  services  qu'ils 
ont  rendus  à  l'agriculture  :  pour  ces  quatre  objets  ;  des  médailles 
d'or  et  d'argent \  5°  pour  la  culture  du  pavot  (œillette),  à  l'effet 
d'extraire  l'huile  de  sa  graine ,  dans  un  arrondissement  où  cette 
culture  n'est  point  pratiquée  ,  des  médailles  d'or;  6°  pour  le  meil- 
leur mémoire  sur  la  cécité  des  chevaux,  sur  les  causes  qui  peuvent 
y  donner  lieu  dans  les  diverses  localités,  sur  les  moyens  de  les 
prévenir  et  d'y  remédier  ,  une  somme  de  i,5oo  fr.  et  des  médailles 
d'or  et  d'argent,  selon  l'importance  des  mémoires;  7"  pour  la  pra- 
tique de^  irrigations  :  i*"^  prix,  3, 000  fr.  ;  2«  prix,  i,5oofr.,  avec  le 
Théâtre  d'agriculture,  édition  de  la  Société  ;  x"''  accessit ,  la  grande 
médaille  d'or  de  la  Société  ;  2^  accessit,  la  médaille  d''or  à  V effigie 
d'Olivier  de  Serres  ;  pour  des  machines  hydrauliques  appropriées 
aux  usages  de  l'agriculture  et  aux  besoins  des  arts  économiques  : 
prix,  5,000 //•. 

Pour  être  décernés  en  1820  :  9°  pour  un  traité  complet  de  la  cul- 
ture maraichère  :  3,ooo  fr.  ;  pour  des  descriptions  partielles  de  di- 
verses branches  de  cette  culture  :  des  médailles  d'or;  10°  pour  le 
meilleur  Manuel  pratique  propre  à  guider  les  habitans  de  la  cam- 
pagne et  les  ouvriers  dans  les  constructions  rustiques  :  i<^r  prix, 
1 ,000  fr.  ;  2«  prix  ,  600  fr. 

En  1824  •  11"  pour  des  essais  comparatifs  de  culture  des  plantes 
les  plus  propres  à  fournir  des  fourrages  précoces  :  i^^ prix,  1,000  fr,; 
2*  prix,  5oo  fr. 

En  1825  ;    12"  pour   l'établissement  de  pépinières  d'oliviers  ; 
i**prix,  3,000  fr.  ;   2*  prix  ,  2,000  fr. 

En  1826;  iS"  pour  la  culture  du  pommier  ou  du  poirier  à  cidre 
dans  les  cantons  où  elle  n'est  pas  encore  établie;  des  médailles 
(l'or  et  d'argent. 


678  EUROPE. 

Tous  les  envois  doivent  être  adresssés  au  secrétaire  perpétuel  de 
la  Société,  sous  le  couvert  du  ministre  de  l'intérieur  ,  avant  le  i^» 
janvier  des  années  respectives  pour  lesquelles  les  prix  sont  annoncés. 
La  Société  se  réserve  expressément  la  faculté  de  conserver  et  d'em- 
ployer, soit  en  totalité,  soit  en  partie,  les  mémoires  qui  auront 
été  envoyés  aux  divers  concours. — Signé  :  Fbawçois  dk  Nbufchatkac, 
président;  d'Awdbé,  vice  -  président  ;  SitvEgxRB,  secrétaire  perpé- 
tuel; CHAtLAK,  vice  secrétaire. 

Société  centrale  de  paccine. — Le  5  mai  1821,  M.  Capelle^  conseiller 
d'état,  chargé  de  l'administration  des  hospices  et  des  établissemens 
de  bienfaisance,  accompagné  de  M.  Lafibn  de  Ladebat,  chef  du 
bureau  des  secours  et  des  hôpitaux ,  a  présidé  la  séance  générale 
de  la  Société  centrale  de  paccine.  Plusieurs  professeurs  de  la  Faculté 
d*  médecine,  des  médecins  et  des  chirurgiens  de  la  capitule,  plu- 
sieurs membres  du  clergé  de  Paris,  des  pasteurs  du  culte  réformé 
et  un  nombre  considérable  d'élèves  en  médecine  étaient  présens 
à  cette  séance.  Après  les  discours  de  M.  le  conseiller  d'état,  de 
M.  Chaussier,  médecin  de  l'hôpital  de  la  Maternité,  et  le  rapport 
de  M.  Husson,  au  nom  du  comité,  sur  les  progrès  de  la  vaccine  , 
pendant  les  années  1818  et  1819,  on  a  procédé  à  la  distribution 
des  prix  institués  en  faveur  des  personnes  qui  ont  fait  le  plus 
grand  nombre  de  vaccinations,  et  qui  ont  obtenu  le  plus  de  succès 
dans  la  propagation  de  la  vaccine,  pendant  les  années  1818  et  1819. 
Le  premier  prix,  de  5,ooo  fr.,  a  été  partagé  entre  MM.  Daudi- 
bertières&h^  médecin  à  Saint-Projet  (Taru-et-Garonde),  et  Le  jeune, 
médecin  à  Laon  (Aisne).  Les  deuxsecofids  prix,  chacun  de  2,000  fr., 
ont  été  partagés  :  1"  entre  MM.  Louis,  ofiBcier  de  santé  à  Château- 
Salins  (Meurthe),  et  Salles,  médecin  à  Valognes  (Manche);  2°  entre 
MM.  Flamand,  médecin  à  Lure  (Haute-Saône),  et  Barny,  phar- 
macien à  Limoges  (Haute-Vienne).  Les  trois  autres  prix,  de  1,000 fr. 
chacun,  ont  été  partagés  entre  MM.  Barré,  médecin  à  Besançon 
(Doubs\  et  Eve,  médecin,  à  Toul  (Meurthe)  ;  2»  entre  MM.  J^qy- 
naud,  médecin  à  Montauban  (Tain-et-Garonne),  et  Nedey,  méde- 
cin à  Vesoul  (Haute-Saône)  ;  3°  entre  MM.  Martin,  chirurgien  à 
Teste-Ja-Madeleine  (Orne),  et  Pignot,  médecin  à  Issoudun  (Indre). 
Il  a  été  accordé,  en  outre,  vingt  médailles  d'or  et  deux  cents  mé- 
dailles d'argent. 

Société  d^enrouragemeni pour  l'industrie  nationale. — La  distribu- 


EUROPE.  679 

lion  des  prix  de  cette  société  s'est  faite  le  3  octobre  deinier.  On 
a  d'abord  lu  une  lettre  par  laquelle  le  ministre  de  l'intérieur 
invite  la  Société  à  provoquer,  par  un  concours,  le  perfectionnement 
de  machines  à  égrener  le  coton,  perfectionnement  dont  le  besoin 
se  fait  sentir  de  plus  en  plus  dans  nos  colonies.  La  Société  a 
pensé  qu'elle  satisferait  mieux  et  plus  promptement  au  désir  du 
ministre^  en  chargeant  une  commission  spéciale  de  faire  des  re- 
cherches et  des  expériences  sur  ce  sujet. 

Le  rapport  sur  les  résultats  généraux  du  concours  a  été  fait  par 
M.  Cl.  Anth.  Gostaz,  l'un  des  secrétaires;  conformément  aux  con- 
clusions de  ce  rapport,  la  Société  a  retiré  du  concours  le  prix 
qu'elle  avait  proposé  pour  une  substance  végétale,  naturelle  ou 
composée,  propre  à  remplacer  la  feuille  du  mûrier  dans  la  nour- 
riture des  vers  à  soie,  et  remis  à  l'année  prochaine  les  prix  suivans  : 
i"  pour  l'application  de  la  presse  hydraulique  à  l'extraction  de 
l'huile,  3,000  fr.  ;  2»  pour  une  machine  à  raser  les  peaux  employées 
dans  la  chapellerie,  1,000  fr.  ;  Z"  pour  la  fabrication  du  fil  d'acier 
propre  à  faire  les  aiguilles  à  coudre,  6,000  fr. —  Nota.  La  condition 
qui  fixait  à  10,000  fr.  le  montant  de  la  vente  dont  les  concurrens 
devaient  fournir  la  preuve,  est  supprimée  ;  4°  pour  le  perfectionne- 
ment des  m  atériaux  employés  dans  la  gravure  en  taille-douce,  1 ,000  f.  ; 
5"  pour  la  teinture  en  écarlate  sur  laine  avec  la  garance,  6^000  fr.  ; 
6°  pour  la  cuLtjire  du  pin  laricio,  1 ,5oo  fr.  ;  7°  pour  la  culture  du 
pin  d'Ecosse  (pinus exbra),  1,000  fr.;  8<»  pour  la  fabrication  du  cuir 
d'œuvre  de  Russie  ;  1*'  prix,  3,ooo  fr.  ;  a«  prix,  i,5oo  fr.  ;  9»  pour  un 
moulin  à  nettoyer  le  sarrasin  ,  600  fr.  ;  10°  pour  un  alliage  propre 
aux  machines  à  diviser  les  substances  molles  alimentaires,  3,ooofr. 
— Nota.  Une  mention  honorable  a  été  décernée,  pour  cet  objet,  à 
M.  Louis  Salmon,  chimiste,  place  de  l'Estrapade,  n»  1. 

La  Société  a  prorogé  à  l'année  iSaS  les  prix  pour  la  conserva- 
tion des  viandes,  par  le  procédé  de  M.  Appert,  ou  tout  autre  exécuté 
en  grand,  2,000  fr.  ;  et  à  l'année  1824»  pour  la  dessiccation  des 
viandes,  5,ooo  fr. 

Les  nouveaux  prix  proposés  sont  :  i"  pour  l'importation  et  l'ac- 
climatement des  plantes  utiles  aux  arts;  i«'  prix,  2,000  fr.  ;  2«  prix, 
1,000  fr,;  n*  pour  la  plantation  des  différentes  espèces  d'arbres; 
»*'  prix, 3,000  fr.  ;  2»  prix,  i,5oo  fr.  ;  3°  des  médailles  d'or  de  5oofr. 
scxont  décernées  à  chacun  des  trois  propriétaires  qui,  avant  l'année 


CbO  EUROPE. 

i8!24»  et  dans  un  pays  où  il  n'existe  pas  dit  pui(s  asièsiens  ^  ea 
aurait  introduit  l'uiage  pour  servir  à  l'irrigation  d'un  terrain  d'au 
moins  cinq  hectares. 

Il  a  été  ensuite  procédé  ,    dans  l'ordre   suivant,  à  la  distribu- 
tion des  prix  remportés  ;  i°    prix  de  600  fr. ,    pour  la  découverte 
d'une  carrière  de  l'espèce  de  pierre  propre  à  la  lithographie,  dé- 
cerné à  M.  Lefébure  Chaillois,  professeur  de  dessin  au  collège  de 
Belley;  2°  prix  de   1,200  fr.  ,  pour  la  culture  comparée  des  plantes 
oléagineuses,  décerné  à  M.  Mathieu  de  Dombasle,  propriétaire  à 
Nancy.    Cette  question  était  au  concours    depuis  1808.  3°   Deux 
prix,  l'un  de  i,5oo  fr.,  pour  la  culture    du  pin  de  Corse  ou  laricioy 
et  l'autre  de  1,000  fr.  pour  la  culture  du  pin  d'Ecosse,  réservés; 
savoir  :  le  i*^  à  M.  Petit  Didier,  négociant  à  Saint-Dié  (Vosges),  et 
le  2*  à  M.  Trochu,   propriétaire  à   Belle-Isle-en-mer  ;   4°  niédaille 
d'argent  décernée  pour  le  même  genre   de   culture  à  M.    le  che- 
valier de  Brun    des    Baumes ,  docteur  en   la  faculté    des   sciences 
de  l'université  royale,   propriétaire  à  Champrond ,  prèsEtampes; 
5"  prix  de  1,000  fr.,  pour  la  construction  d'un  moulin  à  eau  qui  n'obs- 
true point  le  cours  des  rivières  et  qui  ne  nuise  ni  4  la  navigation, 
ni   à  l'irrigation  ,   ni   aux  prairies  ,   décerné  à   M.  Pouguet ,    char- 
pentier k  Ornans^  département  du  Doubs.   (Voy.   la  Revue,  T.  XI, 
page  617);  6°  encouragement  de  1,000  fr.,  partagé  entre  MM.  Werdet 
et  Géant,    de  Paris,  pour  avoir  tenté,  avec  quelque  succès,    de 
résoudre  le  problême  qui  avait  pour  objet  la  teinture  de  la  laine 
êcarlate  avec  la  seule  garance  ;  7"  prix  de  5, 000  fr.,  pour  la  meil- 
leure instruction  élémentaire  et   pratique  sur  l'art  de  percer  ,    à 
l'aide    de   la  sonde   du  mineur  ,  les   puits  astésiens  ,    décerné  à 
M.  Garnier,  ingénieur  des  mines  à   Arras. 

Il  nous  reste  à  faire  connaître  ce  que  nous  avons  remarque  de 
plus  intéressant  parmi  les  produits  industriels  dont  l'exposition  a 
fait  l'ornement  de  cette  séance.  Nous  parlerons  d'abord  des  pre- 
miers résultats  d'un  travail  considérable,  ordonné  par  la  Société  , 
et  qui  consiste  en  recherches  sur  l'amélioration  de  l'acier,  par  son 
alliage  avec  différentes  substances.  Les  expériences  sont  dirigées 
par  M.  Bréant,  vérificateur  des  essais  à  la  Monnaie,  chimiste 
habile  et  plein  de  zèle  pour  les  arts;  il  a  déjà  combiné  entre  eux 
plus  de  cinq  cents  alliages  dilTércns,  et  acquis  la  connaissance  de 
plusieurs  faits  imporlans  qui  seront  rendus  publics.— Les  commis- 


EUROPE.  681 

saires  de  la  Société  s'occupent  en  même  tcms  de  l'exauiea  d'un 
procédé  particulier,  au  moyen  duquel  M.  Sirhcnry,  coutelier,  place 
de  rÉcolc-de-Médecine,  est  parvenu  à  durcir  l'acier ,  d'une  ma- 
nière étonnante  (Voy.  la  Reloue,  T.  IX,  pag.  672.)  C'est  ainsi  que 
les  encouragemens  accordés  en  1819  et  1820,  parla  Société,  aux 
travaux  de  madame  de  Grand-Gurgey,  de  Marseille,  sur  la  fabri- 
cation des  damas,  ont  assuré  à  la  France  la  conquête  d'un  nouvel 
art. — Une  grande  coupe  et  autres  articles  en  plaqué  d'argent  ont 
été  exposés  par  M.  Jallabert,  mécanicien,  rue  du  Temple,  n"  98. 
On  sait  combien  cette  espèce  d'argenterie  économique  est  aujour- 
d'hui répandue,  et  combien  la  fabrication  en  est  perfectionnée. — 
Divers  produits  qui  ne  sont  point  encore  en  circulation  dans  le 
commerce  ont  fixé  notre  attention.  Tels  sont  des  échantillons  de 
marbre  factice  ,  préparés  en  vertu  d'un  brevet  d'invention  ,  par 
M.  Tissot,  horloger  mécanicien  à  Paris.  L'architecture  et  la  sculp- 
ture ne  peuvent  manquer  de  s'emparer  de  cette  découverte  et  d'en 
tirer  de  grands  avantages. 

Ne  pouvant  faire  connaître  en  détail  tous  les  objets  qui  ont  attiré 
notre  attention;  nous  renverrons,  pour  les  développemens,  au  bul- 
letin de  la  Société,  et  nous  nous  bornerons  à  citer  :  1°  divers  pro- 
duits   très  •  soignes  de   la  manufacture    des  apprentis  pauvres    et 
orphelins,  rue  du  Faubourg-St.-Denis,n°  i52.  (Voy.  la  Rev.y  T.  IX, 
page  2o6j  ;  2"  la  coutellerie  fine  de  MM.  Queillé,  rue  du  Faubourg- 
IVïontmartre,  n°   74 ,  et  Cardailhac,  rue    du  Roule,  n°   4  ;    3°  les 
rasoirs  si  justement  renommés  et  les  cuirs  à  repasser  de  M.  Pro- 
dico,  rue  Bourg  l'Abbé,  n*  2a;  4**   une  horloge  publique  en  fer 
fondu ,  de  M.  Wagner,  rue  du  Cadran  ;  5»  une  sphère  dite  à  lan- 
terne ,  appareil  propre  aux  démonstrations  astronomiques  et  géogra- 
phiques, exécutée  par  M.  Richer,  boulevard  Saint- Antoine,  n°7i; 
ô*  une  nouvelle  règle  à  calculer  présentée  à  la  Société,  par  M.  Sar- 
gent ,  anglais,  domicilié  à  Paris,  allée  d'Antin ,  n»  _  3  (  Champs- 
Elysées)  ;  un  autre  instrument  du  même  genre,  exécuté  par  M.  Le- 
noir,  rue  Saint- Antoine,   n°  34o;  7'»   \xn  arithmomèlre  ou  machine 
à  calculer,  inventée  par  M.  Thomas  de  Colmar,  rue  de  l'Echiquier, 
n*>  33;   8"  des  tuyaux  de  plomb   sans  soudure,  depuis  six  lignes 
jusqu'à  quatre  pouces  de  diamètre ,   étirés  à  l'aide  d'une   machine 
à  vapeuFj  dans  la  plomberie  de  M.  Lenoble  ,  rue   des  Coquilles  ; 
9°  des  marbres  indigènes  ,  extraits  des  carrières  découvertes  dans  le 


682  EUROPE. 

département  du  Nord,  par  M.  le  baron  Morel,  et  dans  le  dépar- 
tement des  Ardennes,  par  M.  Bourguignon;  lo"  des  jarres  d'une 
très  •  grande  dimension  et  autres  vases  en  poterie  grès  de  la  fa- 
brique de  Montel  (Saône -et -Loire)  ^  appartenante  M.  Lanjorrois  ; 
11"  une  cheminée  portative  àït%  parisienne,  et  des  garde-vues  en 
porcelaine,  de  M.  Lhomond,  rue  du  Faubourg-du-Temple,  n"  3o} 
12°  des  vignettes  gravées  en  relief  d'après  une  nouvelle  méthode 
par  M.  Deschamps,  rue  du  Battoir^  n"  26;  i3<»  enfin,  des  nappe$ 
et  serviettes  damassées  en  fil  de  lin ,  de  M.  Dollé  fils,  fabricant  de 
linge  de  table _,  à  Saint-Quentin  (dépôt  à  Paris,  rue  Montmartre  i 
n»  i32)  ;  14*  à  la  fin  de  la  séance,  un  musicien  d'un  des  régimens 
de  la  garde  royale  a  fait  entendre  Vophicléide  ou  serpent  à  clefs 
perfectionné  par  M.  Labbaye  fils,  rue  de  Chartres,  n«  i4. 

^  Société  de  géographie.  — Assemblée  générale.  —  Aucune  Société 
ne  .s'est  élevée  sous  des  auspices  plus  favorables  que  la  Société  de 
Géographie,  dont  nous  avons  déjà  annoncé  la  formation  et  le  but. 
{Vojez  ci-dessus,  p..  226  et  46o.  )  L'assemblée  générale  de  ses 
membres  a  eu  lieu,  le  i5  décembre,  à  l'Hôtel-de-ville  ;  et,  parmi  ces 
véritables  amis  des  sciences,  on  a  pu  distinguer  le  savant,  l'homme 
d'état  et  l'étranger  lui-même,  qui  sont  venus  contribuer  à  la  for- 
mation de  cette  belle  institution.  La  liste  imprimée  des  membres 
de  la  Société  en  porte  le  nombre  à  près  de  23o,  nombre  qui  s'ac- 
croît encore  journellement  ;  tant  il  est  vrai  que  ce  qui  est  beau, 
honorable  et  utile  ne  peut  manquer  de  trouver  en  France  de  justes 
appréciateurs.  La  séance  a  été  ouverte  par  un  discours  de  M.  Barbie- 
Dubocage.  père,  président  provisoire;  ce  savant  s'est  attaché  à 
retracer  à  l'assemblée  le  but,  les  motifs  et  les  avantages  de  l'asso- 
ciation. On  a  procédé  ensuite  à  la  formation  du  bureau  et  de  la 
commission  centrale,  chargée,  au  terme  du  règlement,  d'agir  au 
nom  de  la  Société;  voici  le  résultat  des  divers  scrutins  : 

Président,  M.  de  la  Place,  pair  de  France,  de  l'Institut  ; — i>ice- 
présidens ,  MM.  de  Rosily-Mesros,  directeur  du  dépôt  de  la  marine  « 
et  de  Chateaubriand ,  membres  de  l'Institut; — secrétaire,  M.  de 
Pastoret  fils,  maître  des  requêtes;  —  scrutateurs,  MM.  Ternaux 
aîné  ,.et  Delessert,  membre  de  l'Institut  ; — trésorier ,  M.  Ghapellier , 
notaire;  —  archiviste  bibliothécaire.  M,  Champollion-Figeac  ,  cor- 
respondant de    l'Institut.   Merabres    de  la   commission  centrale  : 


EUROPE.  r,8r> 

MM.  Langltjs,  IJarbié-Dubocage,  membres  do  l'Iûstilut;  —  Amédée 
Jaubert,  professeur  de  turc,  à  l'école  royale  des  langues  orientales; 
— Héricart  de  Thury,  ipspecleur  général  des  carrières  de  Paris;  — 
Letronne,  Jomard,Walckenaer,  membres  de  l'Institut  ;-^ de  Rossel, 
membre  de  l'Institut,  sous- directeur  du  dépôt  de  la  marine; — Louis 
de  Freyciaet,  capitaine  de  vaisseau,  correspondant  de  l'Institut; 
— Malte-Brun  ,^  Eyriès,  hommes  de  lettres; — Lapie,  chef  d'escadron 
du  génie,,  géographe;  — Denon  et  de  Humboldt,  membres  de  l'Ins- 
titut ; —Guilleminot ,  inspecteur  général  des  ingénieurs  géographes; 
— Girard,  Beautems-Beaupré,  Coquebert-Montbret,  membres  de 
l'Institut  ;  —  Jacotin,  colonel  des  ingénieurs  géographes  ; — Warden, 
ancien  consul  des  Etats-Unis  d'Amérique;— Roux,  chef  de  division 
au  ministère  dés  affaires  étrangères;  — Puissant,  chef  d'escadron 
au  corps  des  ingénieurs  géographes;  — Castellan,  membre  de  l'Ins- 
titut;—  Champollion  jeune,  homme  de  lettres; — George  Cuvier, 
membre  de  l'Institut  ;  —  Cirbied,  professeur  d'arménien  à  l'école 
royale  des  langues  orientales;  —  Tromelin,  maréchal  de  camp; — '■ 
Bajot,  rédacteur  des  Annales  maritimes  ;  —de  Châteaugiron ,  A.  de 
Pasloret ,  maître  des  requêtes  ;— Verneur,  rédacteur  du  journal  des 
Voyages  ;  — de  Férussac,  chef  d'escadron  au  corps  royal  de  l' état- 
major  ;  —  Barbié-Dubocage  (Alexandre)  ;  —  Vauvilliers ,  secrétaire- 
général  du  ministère  de  la  marine. 

Société  de  la  morale  chrétienne.  —  Cette  Société ,  d'un  genre 
tout  nouveau  en  France ,  a  tenu  sa  première  assemblée  générale  , 
le  20  décembre,  dans  le  local  des  séances  de  la  Société  d'encourage- 
ment pour  l'industrie  nationale.  M.  de  la  Rochefoucault-Liancourt,. 
pair  de  France,  président, a  prononcé  un  discours,  où  il  a  exposé,  avec 
une  éloquence  douce  et  persuasive,  le  but  et  le  plan  delà  Société. 
On  a  lu  ensuite  un  rapport  de  M.  Wilm,  l'un  des  secrétaires  ,  sur  l'o- 
rigine et  les  progrès  de  l'association.  Ce  sont  les  Sociétés  de  la  Paix  , 
fondées  en  Angleterre  (^.ci-dessus,  p.65o)  qui  ont  provoqué  l'établis- 
sement en  France  de  la  Société  delà  morale  chrétienne  ;  mais  celle- 
ci  est  basée  sur  un  plan  plus  étendu  ;  aucune  idée  morale ,  aucune 
institution  philantropique  ne  lui  restera  étrangère.  Nous  ne  doutons 
point  que  toutes  les  personnes  qui ,  en  France  et  même  en  Europe^ 
allient  dans  leur  esprit  les  saines  idées  politiques  aux  idées  mo- 
rales et  chrétiennes,  ne  s'empressent  de  s'affilier  à  la  Société 
nouvelle.  L'assemblée  était  composée  d'une  manière  fort  distinguée; 


68A  EUROPE. 

on  y  remarquait  des  personnes  des  trois  communions  chrétiennes 
qui  existent  en  France  ,  des  membres  des  deux  Chambres  ,  des  ec- 
clésiastiques, des  membres  de  l'Institut,  etc.  Les  réunions  ordinaires  , 
auxquelles  tous  les  souscripteurs  ont  droit  d'assister ,  auront  lieu 
le  premier  lundi  de  chaque  mois ,  à  sept  heures  du  soir.  On  espère 
que  le  premier  cahier  du  journal  de  la  Société  pourra  être  publié 
avant  la  fin  de  janvier  1822.  En  attendant,  on  reçoit  les  lettres  et 
les  souscriptions,  à  Paris,  chez  MM.  Treuttel  et  Wùrtz,  rue  de 
Bourbon,  n°  17,  et  à  Londres,  même  maison  ^  Soho-Square,  n°  3o. 

X. 


Médecine.-^  Vermifuge.  —  M.  le  docteur  Bouillon  -  Lagrange  a 
proposé  dernièrement  de  substituer  un  sirop  d'une  saveur  agréable, 
et  dans  lequel.il  entre  une  certaine  quantité  d'huile  volatile  de 
semen-contra ,  à  toutes  les  préparations  vermifuges  qu'on  a  faites 
jusqu'à  présent  avec  cette  substance,  et  que  les  enfans  ne  prennent 
qu'avec  dégoût.  Il  suffit  de  leur  donner  quelques  cuillerées  de  ce 
sirop  et  de  les  purger  ensuite,  pour  obtenir  leur  guérison. 

TnÉATaES. — Second  théâtre  français. — LeParia^  tragédie  en  cinq 
actes  ,  par  M.  Casimir  Delavisîie  (i^'  décembre). — Cette  pièce,  sur 
laquelle  uous  reviendrons  plus  tard ,  a  obtenu  un  succès  d'en- 
thousiasme. Sujet,  mœurs,  caractères,  poésie,  tout  est  neuf 
dans  ce  bel  ouvrage,  où  les  couleurs  locales  sont  employées  avec 
une  habileté  dont  il  est  peu  d'exemples.  L'action  est  simple  ;  l'au- 
teur n'accumule  pas  les  événemens,  il  développe  les  situations. 
En  voyant  le  Paria ,  on  n'éprouve  pas  de  ces  émotions  violentes 
dont  le  mélodrame  a  fait  un  besoin  pour  certains  spectateurs  ,• 
mais  on  est  captivé  par  un  intérêt  doux  et  touchant,  qui,  dans  les 
deux  derniers  actes ,  se  change  en  une  pitié  vive  et  déchirante. 
Les  critiques  ont  attaqué  le  personnage  du  vieux  Paria  ;  ils  ont  vu 
de  l'égoïsme  dans  la  tendresse  jalouse  et  passionnée  qu'il  montre 
pour  son  fils.  Comment  !  c'est  d'après  nos  mœurs  qu'oD  veut  juger 
l'amour  paternel  dans  un  vieillard  presque  sauvage,  rejeté  par  la 
société,  et  qui,  après  avoir  perdu  la  compagne  de  sa  vie,  s'est 
trouvé  seul  au  monde  avec  son  fils;  la  fuite  d'un  enfant  ingrat 
l'a  réduit  au  désespoir ,  elle  l'a  fait  douter  des  dieux ,  et  l'on 
s'étonne  qu'il  aime  mieux  vivre*  au  fond  d'un  désert ,  avec  ce  fils, 
objet  de  toutes  ses  ailections,  que  de  pailagcr  avec  lui  un  bonheur 


EUROPE.  685 

fondé  sur  une  imposture  dont  la  découverte  doit  les  conduire  tous- 
deux  à  la  mort  !  Combien  il  était  facile  à  M.  Dclavigne  d'obtenir, 
aux  dépens  de  la  vérité ,  les  suffrages  de  ces  critiques  irréfléchis , 
en  mettant  dans  la  bouche  de  son  vieux  Paria  quelques  vers  de 
rhéteur.  Félicitons-le  de  n'avoir  consulté  que  la  nature,  et  de  s'être 
affranchi  de  l'obligation  ridicule  qu'on  voudrait  imposer  aux  auteurs 
tragiques,  de  faire  agir  et  parler  leurs  personnages  de  tous  les 
tems  et  de  tous  les  pays,  comme  parlent  et  agissent  les  Français  de 
hos  jours. 

Mais,  si  quelques  dissentimens  existent  sur  le  plan  de  Touvrage, 
on  est  unanime  sur  le  style  ;  on  y  trouve  réunis  la  vérité,  l'éléva- 
tion ,  et  souvent  la  sublimité  des  pensées  ;  l'abondance  et  la  variété 
des  images;  la  richesse  et  l'harmonie  des  expressions.  Enfin,  je 
pense  que  cet  ouvrage,  bien  supérieur  aux  Vêpres  Siciliennes^  n'a 
pu  être  composé  que  par  un  homme  de  génie ,  et  qu'il  place 
M.  C.  Delavigne  au  rang   de  nos  plus  grands  poètes. 

A.     MiCHELOT. 

Opéra-Comique. — Léonore  et  Félix,  opéra  en  un  acte,  paroles 
de  feu  Saint-Marcelin,  musique  de  M.  Benoit  (27  novembre). — 
Dona  Eléonore,  éprise  d'un  cavalier  qu'elle  a  vu  une  ou  deux  fois, 
s'attache  secrètement  à  ses  pas,  dans  le  double  dessein  de  s'en 
faire  aimer,  et  de  lui  faire  oublier  une  coquette  dont  elle  le  croit 
amoureux.  Un  valet  adroit,  qu'elle  a  mis  auprès  de  don  Fernand, 
attire  ce  dernier  à  Tolède,  où  la  jeune  veuve  parvient  bientôt  à 
faire  naître  une  pas'sion  aussi  vive  que  la  sienne.  Pour  mieux  s'as- 
surer sa  conquête,  elle  reparaît  sous  les  trî^its  de  don  Félix,  cousin 
prétendu  de  Léonore  j  et  finit  par  exciter  la  jalousie  de  don  Fer- 
nand, au  point  de  lui  faire  mettre  l'épée  à  la  main  contre  celui 
qu'il  croit  son  rival  préféré.  Décidée  par  cette  dernière  preuve 
d'amour,  Léonore  se  fait  connaître,  et  accorde  sa  main  à  l'heureux 
don  Fernand.  On  doit  être  indulgent  pour  un  ouvrage  posthume; 
cependant,  nous  ne  pouvons  nous  empêcher  de  remarquer  qu'il 
aurait  fallu  une  intrigue  moins  usée  et  un  dialogue  plus  piquant, 
pour  faire  oublier  l'invraisemblance  du  sujet.  Peut-être  M.  Benoît 
à-t-il  voulu  montrer  trop  de  science  dans  sa  musique  ;  mais  les 
spectateurs  ont  applaudi  un  trio  fort  agréable ,  une  romance  chai- 
niante  et  un  nocturne  harmonieux. 


fili 


686  EUXIOPE. 

"Publications  noovellbs  et  prochaines. — Atlas  communal  de  la 
France  <,par  dipisions  militaires.  Cet  atlas,  dessiné  par  M.  Ghable, 
dessinateur  géographe  attaché  au  bureau  de  la  guerre  ,  et  gravé  par 
les  artistes  les  plus  habiles  de  Paris  ,  sera  composé  de  21  feuilles, 
contenant  chacune  une  division  militaire.  Si  l'on  en  juge  par  les 
neuf  cartes  déjà  publiées  ,  cet  atlas  sera  sans  contredit  le  plus  beau 
et  le  plus  complet  qui  ait  été  fait  jusqu'à  présent.  Circonscription 
par  départemens,  arrondissemens  et  cantons;  position  de  toutes  les 
communes  de  France  ,  des  routes ,  des  canaux  ,  des  forêts  ;  relais 
et  bureaux  de  poste ,  étapes  ,  places  fortes  ,  directions  du  génie 
et  de  l'artillerie,  brigades  de  gendarmerie,  etc.,  tout  a  été  établi 
d'après  les  documens  les  plus  exacts  et  avec  les  soins  les  plus 
minutieux.  Chaque  feuille  contient  deux  légendes  qui  donnent  les 
noms  classés  par  ordre  alphabétique  des  départemens  ,  des  arron- 
dissemens, des  cantons ,  ainsi  que  lés  établissemens  religieux,  civils 
et  militaires  qu'elle  renferme  ;  des  tableaux  particuliers  offrent  encore 
la  population  et  la  superficie  des  principales  villes,  leur  distance 
de  Paris,  etc.  etc. 

.  Chaque  carte  coloriée  est,  pour  les  souscripteurs,  du  prix  de  4  fr, 
25  cent.,  ce  qui  fait  pour  l'atlas  89  fr.  iS  cent.  On  souscrit  à  Paris, 
chez  M.  Dandalle,  rue  du  Cherche-Midi,  n»  4o>  e*  chez  Eymery, 
rue  Mazarine,  n^  3o. 

— Collection  des  meilleurs  ècriuains  en  prose  de  la  Grande-Bre- 
tagne, avec  des  préfaces  critiques  et  biographiques,  par  Sir  John 
Byebley. 

Cette  collection  se  composera  de  trente-six  volumes  in-52,  imprimés 
sur  papier  grand-raisin  vélin  satiné,  par  Fibhir  Dicot,  et  ornés 
du  portrait  de  chaque  auteur ,  gravé  sur  des  dessins  faits  à  Londres 
d'après  des  peintures  authentiques.  Elle  se  publiera  de  mois  en  mois, 
à  dater  de  décembre   prochain  ,   par  livraison  de   deux    volumes. 

Le  prix  de  chaque  volume  est  fixé  à  3  fr. ,  et  3  fr.  5o  cent,  pour 
les  plus  gros.  On  souscrit  t  Paris  chezMALEPEYBB ,  libraire ,  rue  Gît- 
le-Cœur,  n**  4« 

Bkaux-ahts.  — Orai'are. — M.  Forster  a  gravé,  depuis  peu,  le  tar 
bleau  de  V Aurore  et  Céphahi  exposé  en  1810,  par  M.  Guérin.  Cet 
artiste  s'est  fait  remarquer,  il  y  a  quelques  années,  par  son  portrait 
du  général  Wellington  ,  d'après  Gérard.  Depuis,  il  a  donné  une 
gravure  du  tableau  dans  lequel  le  Titien  aurait  ,  dil-on,  représenté  sa 


EUROPE.  687 

maîtresse;  mais  il  n'a  pas  été  aussi  heureux  dans  cet  ouvrage  qui,  au 
reste,  offrait  de  grandes  difficultés. Celui  que  j'annonce  aujourd'hui, 
V Aurore  et.  Céphale^  prouve  de  nouveau  que  M.  Forster  manie  le 
burin  avec  beaucoup  d'habileté;  mais  ce  n'est  pas  assez  de  bien 
tailler  le  cuivre.  Pour  plaire  aux  véritables  connaisseurs ,  il  faut 
encore  que  le  graveur  reproduise,  le  plus  complètement  possible  , 
le  sentiment  du  maître  et  l'effet  général  du  tableau.  M.  Forster, 
trop  occupé  de  son  outil,  ne  s'est  pas  assez  appliqué  à  donner  du 
charme  et  de  la  douceur  à  sa  gravure  ;  il  règne,  au  contraire,  dans 
celte  production,  une  sécheresse  que  la  précision  du  burin  ne  peut 
racheter,  à  mes  yeux.  Que  M.  Forster  considère  aveft  soin  les 
ouvrages  de  Morghen  et  de  ses  principaux  élèves  ,  MM.  Longhi  et 
Anderloni,  et  cet  examen  lui  expliquera  ma  pensée  tout  entière. 
Cependant,  je  dois  le  dire,  cette  gravure  a  eu  beaucoup  de  succès, 
parce  qu'il  est  un  grand  nombre  d'amateurs  qui  sont  bien  plus 
Géduits  par  l'habileté  de  la  main  ,  que  par  la  finesse  des  contours  et  le 
charme  de  l'expression. 

—  Un  des  élèves  de  notre  illustre  David,  M.  Potrelle,  vient  de 
faire  paraître  la  gravure  d'un  des  derniers  tableaux  de  son  maître, 
Y  Amour  et  Psyché.  Il  a  pensé  ,  sans  doute  ,  honorer  le  chef  de 
Pécole  française  ,  et  faire,  en  même  tems,  une  entreprise  lucrative  ; 
mais  je  crains  qu'il  ne  se  soit  trompé,  et  qu'il  n'ait  pas  assez  me- 
suré ses  forces.  Cette  gravure  est  un  ouvrage  à  peine  au-dessus  du 
médiocre,  et  que  le  nom  du  peintre  peut  seul  faire  acheter. 

—  M.  Lemonnieb,  membre  de  l'ancienne  académie  de  peinture 
et  administrateur  de  la  manufacture  des  Gobelins,  exposa,  en  i8i4, 
deux  tableaux' où  il  s'était  proposé  d'offrir  les  portraits  des  person- 
nages célèbres  de  France  ,  à  deux  époques  également  remarquables. 
Dans  l'un,  il  avait  montré  François  I«'  recevant ,  à  Fontainebleau, 
la  grande  Sainte  famille  que  Raphaël  venait  d'exécuter  pour  lui. 
Ce  prince  était  entouré  non  seulement  des  grands  de  sa  cour,  mais 
encore  des  artistes,  français  et  étrangers,  qu'il  avait  appelés  près 
de  lui ,  tels  que  Léonard  de  Vinci ,  Jean  Cousin ,  Jean  Goujon  ) 
Serlio,  le  Primatice  alors  occupé  à  embellir  Fontainebleau ,  lieu  de 
la  scène ,  etc.  Dans  l'autre ,  il  avait  représenté,  réunis  dans  le  salon 
de  madame  Geoffiin  pour  y  écouter  la  lecture  de  V Orphelin  de  la 
Chine  ^  faite  par  le  Kain ,  tous  les  personnages  remarquables  de 
cette  époque.  Ces  deux  tableaux   fure  nt  effectivemeat  remarqués  ; 


688  EUROPE. 


1 


malheureusement,  les  connaisseurs  n'y  trouvèrent  pas  cette  fînessé 
et  cet  éclat  d'exécution  qui  peuvent  seuls  soutenir  l'attention  ;  ce- 
pendant, ils  viennent  d'être  gravés  à  Vaqua  tinta  par  MM.  Debucourt 
et  Jazet.  Ces  deux  gravures,  d'une  dimension  considérable,  sont  des- 
tinées à  former  pendans. 

M.  Jazet,  qui  s'est  chargé  du  tableau  de  François  1*=',  est  l'homme 
le  plus  habile  dans  le  genre  qu'il  a  choisi  ;  je  crains  cependant 
qu'il  ne  veuille  abuser  de  la  facilité  de  ce  genre  et  de  son  talent. 
Je  crois  même  que ,  dans  cette  dernière  production  ,  il  n'est  pas 
entièrement  égal  à  lui-même.  Quant  à  M.  Debucourt ,  maître 
de  M.  Jazet,  il  est  certainement  bien  loin  de  ma  pensée  de  vouloir 
l'affliger;  mais  je  dois  la  vérité  au  public ,  et  la  vérité  me  force  de 
dire  que  sa  planche  ne  vaut  pas  celle  de  son  élève. 

Lithographie.  —  Dans  le  grand  nombre  de  tableaux  où  Raphaël 
a  représenté  la  Sainte  famille,  on  ne  sait  ce  que  l'on  doit  le  plus 
admirer,  de  l'inépuisable  variété  qu'il  a  su  répandre  dans  ses  com- 
positions, ou  de  la  grâce  particulière  qu'il  a  imprimée  à  chacune 
de  ces  productions.  Celui  de  ces  tableaux,  que  l'on  nomme  la  Vierge 
au  linge,   quoique   d'une    petite    dimension,  n'est  pas  moins  un 
modèle  de  noblesse  et  d'expression. L'enfant  Jésus  surtout  est  d'un€ 
finesse  de  couleur   et   de  modèle   extrêmement   remarquables.  Un 
artiste  moderne ,  d'un  talent  reconnu ,  a  essayé  de  graver  ce  tableau; 
mais  il  est  l'esté  éloigné  du  modèle.  Un  jeune  russe,  M.  Haberzettel, 
a  tenté  la  même  entreprise  par  un  autre  moyen.  Il  vient  de  publiei 
un  recueil  de    quatre  planches  lithographie  es  ,  qu'il  a  intitulées  ; 
Etudes  de  la  Vierge  au   linge.  La  première  planche  est  la   copie 
réduite  du  tableau;  dans  les  trois  autres,  il  a  représenté,  de  même 
dimension  que  l'original ,  chacune  des  trois   figures  qui  composent 
le   tableau.     Quelque    désir   que    j'aie   d'être  poli   et  bienveillant 
avec  le  jeune  artiste  étranger ,   je    dois  cependant  lui   faire   ob 
server    que   son  travail   n'annonce  pas  assez   la    recherche   de  la 
correction  ;  la  copie  réduite  du  tableau  est  vraiment  très  -  loin  do 
maître;  les  trois  autres  planches  sont  mieux,  sans  doute,  et  cepcn 
dant  il  s'en  faut  de  beaucoup  qu'elles  soient  assez  étudiées.  Dans  Ici 
épreuves  tirées  sur  fond  colorié  ,  rehaussé   de  blanc ,  les  lumières 
sont  appliquées  avec  si  peu  de  délicatesse,  qu'il  est  évident  que  ce 
travail  a  été  confié  à  des  mains  vulgaires.  Je  voudrais  que  M.  Ha- 
berïettel,  qui  paraît  aimer  son  art,  fût  bien  convaincu  que,  pour 


EUROPE.  689 

reproduire  Raphaël,  de  manière  à  mériter  les  éloges  des  véritables 
connaisseurs,  ce  n'est  pas  trop  de  toute  rattention  et  de  tous  les  soins 
d'un  homme  de  talent,  P.  A, 


Njécbologie.  — Cadet  Gassicourt,  —  M.  Cadet  Gassicourt  ,  phar- 
macien, docteur  es -sciences,  l'un  des  secrétaires  de  l'académie 
de  médecine  ,  membre  du  conseil  de  salubrité  ,  chevalier  de  la  Lé- 
gion-d'Honneur ,  et  l'un  des  collaborateurs  de  ce  recueil ,  a  été 
enlevé  à  sa  famille  et  à  ses  amis  le  21  novembre  dernier,  à  l'âge 
de  quarante-deux  ans.  11  avait  cultivé  avec  succès  les  sciences  et  les 
lettres ,  et  ses  travaux  philantropiques  ont  souvent  été  utiles  à  l'hu- 
manité; mais  la  chimie  et  les  applications  de  ôette  science  à  la  phar- 
macie l'avaient  spécialement  occupé  :  ses  travaux  en  ce  genre  lui 
avaient  acquis  parmi  les  savans  de  l'Europe  une  réputation  méritée. 
Ennemi  déclaré  du  charlatanisme  ,  il  l'a  constamment  poursuivi , 
et  il  a  soutenu  plus  d'une  lutte ,  inspiré  par  l'amour  de  l'humanité, 
autant  que  par  l'intérêt  de  la  science. 

Il  a  donné  plusieurs  ouvrages  ,  parmi  lesquels  nous  citerons  : 
le  Dictionnaire  de  chimie  ;  le  Formulaire  magistral  ;  la  Pharmacie 
domestique  ;  un  Vojyage  en  Autriche;  le  Tombeau  de  Jacques  Molay, 
ouvrage  sur  les  associations  secrètes  ;  un  Essai  sur  la  vie  privée  de 
Mirabeau,  qui  a  eu  plusieurs  éditions  ;  il  a  composé ,  en  outre  ,  un 
grand  nombre  d'articles  remarquables  qui  ont  été  insérés  dans  le 
'Dictionnaire  des  sciences  médicales,  le  Dictionnaire  d'agriculture  et 
divers  journaux  scientifiques,  ainsi  que  beaucoup  de  mémoires excel- 
lens  et  de  notices  intéressantes.  Il  laisse  imparfait  un  grand  ouvrage 
sur  la  salubrité  publique  ;  les  amis  de  l'humanité  et  de  la  science 
attendaient  impatiemment  ce  livre ,  qui  est  à  peu  près  achevé. 

Aux  connaissances  du  savant  ,  à  la  piquante  finesse  de  l'homme 
d'esprit ,  M.  Cadet  Gassicourt  joignait  les  qualités  d'un  citoyen 
intègre  et  dévoué  aux  intérêts  de  son  pays;  il  est  regretté  ,  comme 
doivent  l'être  tous  les  gens  de  bien»  Nous  lui  consacrerons  une 
notice  dans  ce  recueil. 


FIN   DU  JDOVZIIÎME   VOLUME. 


TABLE    DES    ARTICLES 

CONTENUS 

DANS  LE  TRENTE-SIXIÈME   CAHIER, 
DÉCEMBRE  1821. 


r.   MÉMOIRES,  NOTICES  ET  MÉLANGES. 

1.  Lettre  au  sujet  de  la  nouvelle  édition  des  œuvres  de 

BUffoh..  De  Lacépède.'  ^ag.        iSi 

2.  '    Des     institutions    de    bienfaisance    en    Allemagne. 

Friedlander.        4^^ 

II.  ANALYSES   D'OUVRAGES. 

3.  Association  intellectnelle  ,  parM.Amard. 

Bory  de  Saint-Vincent.  5io 

4.  Traité  complet  de  Mécanique  appliquée  aux  arts ,  par.    . 

M.  Borgnis.  Le  Normand. .       5i5 

5.  Voyage   du    prince   Maximilien  au   Brésil ,  traduit  de 

l'allemand  par  M.  Eyriès.  Aignan,         Sai 

6.  Histoire  de  l'administration  des  «écours  publics,   par 

M.  Dupin.  De  la  Borde.         5 29 

7.  Annuaire  historique  universel,  pour  1820,  par  M.  Lesur. 

AfeneL         554 

8.  OEuvres  complètes  .de  Mad.  de  Staçi.  Année.         55 1 

9.  Recherches  sur  la  lîature  du  culte  de  Bacchus,parM.GaiI. 

Lanjuinàis.         568 

IIL  BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE. 

Annonces  de    102  ouvrages  français  et  étrangers.  571 

IV.    NOUVELLES    SCIENTIFIQUES    ET   LITTÉRAIRES. 

Amébiqce.  — États-Unie.  — Brésil.  63 1 

Asie,  —  Indes  orientales.  633 

Afrique. — Nubie.  634 
EuaopB. —  Iles-Britanniques. — Russie.  — Danemarck.  — Alle- 
magne.—Suisse. — Italie. — Grèce.  —  Espagne. — Roj'aurae 

des  Pays-Bas.  —  France.— Paris.  ,  ^^i 


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1. 12 


Revue  encyclopédique 


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